M"* Chevandier (éd. Perroud
5. -- LES ORATEURS DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE. A Monsieur Bancal-des-Issarts *.
7 mars 1791.
Voilà quinze jours que je respire mon air natal; j'ai \u de vieux parens, seuls débris d'une famille qui s'est presqu'éleinte depuis dix ans; j'ai été, à sept lieues d'ici, visiter une digne femme dont l'amitié fut chère à ma jeunesse et qui, dans la simplicité des mœurs champêtres, exerce aujourd'hui mille vertus utiles à tout ce qui l'environne; j'ai repassé, avec un charme inconcevable sur tous les lieux où se sont écoulées mes premières années; je me suis livrée avec délices à cet attendrissement dont on aime à se trouver capable, parce qu'effectivement on ne l'éprouve qu'autant qu'on a préservé son âme du dessèchement que produit l'ambition, qu'entraînent les sollicitudes et les petites passions.
J'ai vu mon pays devenu libre, j'ai admiré tout ce qui m'attestait cette liberté, et je n'ai plus regretté de n'être pas née sous un autre gouvernement que le mien*. Après mes devoirs particuliers, mon premier empressement a été pour cette Assemblée nationale qui a fait tant de choses, ou du moins qui a revêtu du caractère de la loi tout ce que faisait réellement la force des circonstances, et celle de l'opinion publique. Si je n'avais pas été patriote, je le serais devenue en assistant à ses séances, tant la mauvaise foi des noirs^ se manifeste évidemment. J'ai entendu le sublil et captieux Maury*, qui n'est qu'un so^^histe à grands talens;
1. C'était la prcmictrr; fois que M"' Roland venait à Paris depuis le commencement de la Révolution.
— Bancal des Issarts (1750-1826), notaire à Paris, fut député à la Convention. Il fut >in des commissaires chargés d'arrêter Dumouriez, qui furent arrêtés eux-mêmes et livrés par lui aux Autrichiens. Il fut trois ans prisonnier.