Ainsi M"* de Sévigné lisait avec
passion les romans de La Calprenède.
5. Rien ne devait aller plus au cœur de Voltaire que cette sévérité de Vauvenargues contre J.-B. Rousseau ; au reste cette sévérité n'est pas injuste.
prenne ni vous choque : de mille personnes qui lisent, il n'y en a peut-être pas une qui ne préfère, en secret, l'esprit de M. de Fontenelle au sublime de M. de Meaux, et l'imagination des Lettres persanes à la perfection des Lettres provinciales, où l'on est étonné de voir ce que l'art a de plus profond, avec toute la véhémence et toute la naïveté de la nature. C'est que les choses ne font impression sur les hommes que selon la proportion qu'elles ont avec leur génie; ainsi le vrai, le faux, le sublime, le bas, etc., tout glisse sur bien des esprits et ne peut aller jusqu'à eux : c'est par la même raison [qui fait] * que les choses trop petites par rapport à notre vue lui échappent et que les trop grandes l'offusquent*. D'où vient que tant de gens encore préfèrent à la profondeur méthodique de M. Locke 5, la mémoire féconde et décousue de M. Bayle, qui n'ayant pas peut-être l'esprit ass". v^aste pour former le plan d'un ouvrage régulier, entasse, dans ses Réflexions sur la comète, tant d'idées philosophiques qui n'ont pas un rapport plus nécessaire entre elles que les fades histoires de Mme de Villedieu*. D'où vient cela? Toujours du même fonds : c'est que cette demi-profondeur de M. Bayle est plus proportionnée aux hommes.
Que si l'on se trompe ainsi sur des choses de jugement, combien, à plus forte raison, sur des matières de goût, où il faut sentir, ce me semble, sans aucune gradation, le sentiment dépendant moins des choses que de la vitesse avec laquelle l'esprit les pénètre !
Je parlerais encore là-dessus longtemps, si je pouvais oublier à qui je parle. Pardonnez, Monsieur, à mon âge et au métier que je fais, le ridicule de tant de décisions aussi
1. Ces deux mots sont de trop pour le sens et pour la correction de la phrase.
2. 11 y a ici un souvenir de Pascal : « Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême. Trop de bruit nous assourdit ; trop de lumière éblouit, etc. » {Pensées, l, 1.)