SEMONCE A UN PARESSEUX
A Monsieur Thieriot, a Paris*.
Lunéville, le 12 juin 1755,
Oui, je vous injurierai jusqu'à ce que je vous aie guéri de votre paresse. Je ne vous reproche point de souper tous les soirs avec M. de La Popelinière ; je vous reproche de borner là toutes vos pensées et toutes vos espérances. Vous vivez comme si l'homme rivait été créé uniquement pour souper, et vous n'avez d'existence que depuis dix heures du soir jusqu'à deux heures après minuit. Il n'y a ::oupeur qui se couche, ni bégueule qui se lève plus tard que vous. Vous restez dans votre trou jusqu'à l'heure des spectacles"', à dissiper les fumées du souper de la veille ; ainsi vous n'avez pas un moment pour penser à vous et à vos amis. Cela fait qu'une lettre à écrire devient un fardeau pour vous. Vous êtes un mois entier à répondre, et vous avez encore la bonté de vous faire illusion, au point d'imaginer que vous serez capable d'un emploi et de faire quelque fortune, vous qui n'êtes pas capable seulement de vous faire, dans votre cabinet, une occupation suivie, et qui n'avez jamais pu prendre sur vous d'écrire régulièrement à vos amis, même dans les affaires intéressantes pour vous et pour eux. Vous me rabâchez de seigneurs et de dames
1. Conseiller au Parlement de Rouen, ami de Cideville, de Voltaire et de M"* du Dniïand.
. 2. Thieriot (1696-1772), ami de Voltaire, qui l'avait connu dans l'étude de M* Alain, n'est iiit(;rcssant à aucun titre. Il exploita l'amitié de Voltaire, le vola, le lâcha.
le flatta tour à tour, selon l'occason : il vivait en parasite chez M. de la Popelinière, fermier général, ami des gens de lettres. Il fut (fuclque temps, grûceà Voltaire, correspondant littéraire de Frédéric.