DISCOURS PRÉLIMINAIRE
ie ne ttiif pu maître de Thoimeur de ma charge; et, puisque met devancien l'ont maintenue pendant plutieurt siècles sf «■tière, quils n'ont laine aucun exemple de ce qui se propose, ai>je tort de Touloir éviter le reproche que me feraient mes successeurs, de n'avoir pas su lui conserrer ce qu'on a bien su lui aequérir?....
{/A^ltre de Brulart à PéfUêon.)
Un auteur d*un vrai talent, mais appartenant à cette école historique qui incline à forcer le caractère des époques en appropriant les besoins des temps passés à ceux du temps actuel» M. Alexandre Thomas, a écrit quelque part^ au sujet des lettres que nous publions : « Cette correspondance est une des sources les plus précieuses que Ton puisse consulter pour étudier les affaires sérieuses du royaume sous Louis XIV. Les grands administrateurs de l'époque s'y peignent eux-mêmes. On y voit tout le secret de leur conduite, en même temps que la diversité de leur esprit. On y lit facilement, on aime vite ce style simple et familier qui convient aux gens pressés d*agir, qui va droit au but et dit les choses sans autre ambition que de les dire. On saisit sans trop d'efforts ce mécanisme caché du régime absolu, quand on le voit expliqué et pour ainsi dire démontré dans ses détails par ceux-là même qui en réglaient la marche. L'œuvre était laborieuse ; mais les hommes qui Tentreprirent avaient tous ces solides mérites qu*il faut à des fon-
dateurs : c'étaient des caractères TÎgoureiii, avec des idées justes. On reconnaîtrait les lettres de Colbert arant d'avoir vu ^ sizniture. Celles du premier La Vrillière* qui, jusqu'à I669« époque de si retraite, sont les plus nombreuses, attestent une capacité, une science pratique à laquelle la renommée n^a pas rendu toute justice. Chargé d'affaires moins éclatantes que celles de Colbert et Louvois, il leur prête constamment la sagesse et rénergie de son concours. La publication de cette rare correspondance^ qui comprend les plus belles anMcs du régne de Louis XIV, serait un véritable service. »
Rien n*est mieu\ fondé que ce jugement porté sur un recueil oublié de nos jours» par un de nos plus savants professeurs de Faculté, et qui, dans une œuvre de parti, mais pleine d'attraits. Une Province stms Louis XIV, ranima en Boui^(^e, il y a quinze ans, le goût des études historiques. Déjà le président Bouhier avait reconnu Timportauce de ces lettres, en les considérant comme le témoignage le plus sur des événements qui avaient marqué le mouvement politique de cette province pendant la plus belle période de Tanciennc monarchie (I).
Des autorités aussi compétentes confirmeraient Futilité du but
(I ) (> rerueil, qui s»i composa de plusieurs volumes in-f* contenant plus de deux mille lettres, est écrit en caractères du XVII* siècle. Il porte ^ar la reliure de chacun les armes du Premi'^r Président. c'est-A-dire de gueules à une h^inde d'or rhargêe d'un»: trmnèe de sable^ arrompagnée de riri'i barillets de même; supports deux griffons dor. Ce signe indique assez qu'il avait appartenu à ce magistrat qni , en gardant copie des actes de son administration, n*a?ait fait que suivre l'exemple des principaux Ministres de son siècle. Depuis sa mort, cette correspondance avait , par la suite du temps , passé entre les mains du président Bouhier, parmi les manuscrits dnquel elle Qgurait. ain«i que le prouve une mention écrite de sa main en télé de chaque volume. Le
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que noos nous sommes proposé d'atteindre^ quand THistoire, que nous venons de publier^ de Tancien Parlement de Bourgogne ne nous en imposerait pas le devoir. Nous accomplissons ainsi le dessein, que nous avions conçu d*abord, de mettre en ordre, dans un travail séparé^ le choix de ces documents, après qu'une étude plus approfondie des événements auxquels ils se rapportent nous aurait fait juger ceux qui devaient être sauvés de l'oubli. L'intérêt si empressé qui a salué Tapparition du premier ouvrage nous a aussi soutenu dans cette entreprise, protégée, à cause de son caractère irréfragable, par d'illustres encouragements.
Quoi de plus propre, en effet, pour connaître les mœurs d'une époque 9 ainsi que les hommes d'Etat et de robe qui s'y trouvèrent mélés^ que de les surprendre dans ces communications presque familières qui découvrent leurs plus secrètes pensées et en même temps celles du maître qui les inspira? Dans ces rapports journaliers, où l'habileté fait place à une sorte d'abandon entre des hommes que les détours n'eussent pu aisément tromper, le lecteur apprendra à pénétrer ce qu'ils ont laissé entrevoir sous ces formes rapides du style, imposées par les soins dus à Tadministration d'un vaste empire. Rien
f^arplas des leUres que nous y avons ajoutées appartient à des sources non moins authentiques que nous mentionnons à leur place. De nombreuses fautes dans ces manuscrits, résultant de la négligence des copistes, ne nous permettaient pas de les corriger nous-méme, sans lisqoe de porter arbitrairement atteinte à ces formes surannées qui disparaissaient d'ailleurs chaque jour, à mesure que la langue venait à s'épurer. Nous avons dû , dés lors, supprimer partout Torthographe du temps; de sorte (jue ce qui serait sans excuse pour l'impression de manuscrits originaux sera sulRsarament justifié par cette cause. (Voir k la Bibliothèque de la ville de Dijon, n° 311 des Msî^.)
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n'est donc plus précieux que leur témoignage, et l'on peut dire qu*il est aussi le moins si}S|)ect. Sous un règne comme celui de Louis XIV, nous y verrons ce que fit en Bourgogne, durant sa longue carrière, un des plus grands magistrats du XVII' siècle, en lutte avec des hommes supérieurs à lui en autorité, mais audessous desquels il ne resta pas par le mérite. C'est ainsi qu'après avoir jugé le Premier Président Brulart comme chef du Parlement, il ne sera pas moins curieux de le considérer dans ses rapports de subordination, où il fit plier ses habitudes tout en restant fidèle à ses maximes qui furent le plus souvent celles de sa Compagnie. Contraste singulier qui ne changera lien au portrait que nous avons tracé de ce personnage, mais lui attribuera un caractère de plus, celui d'avoir su se prêter aux situations et en tirer avantage. Aussi ferme que nous Tavons vu dans ses harangues et dans sa vie, nous le retrouvons dans ses lettres, habile, délié, pénétrant, ami des tempéraments qui terminent les affaires et des réconciliations qui sont la garantie de la paix entre le« grands Corps; mettant surtout sa gloire à réussir daas ces actes ignorés de la foule et oii il sait si bien se transformer lui-même; en un mot, administrateur de premier ordre, en même temps qu*il reste \n\ magistrat de premier rang.
Sous un autre as|H'ct, on verra dans cette correspondance, se mouvoir |Kir une impulsion uniforme, les ressorts d'une administration régulière, au lieu de ces tiraillements d autorité qui avaient énervé le pouvoir pendant répo]ue si orageuse d^une minorité. L'histoire de la royauté pendant les troubles de la Fronde avait pu faire présagor le règne qui leur succéda, eldool la missiou fui de soumettre un parti turbulent qui avait ib U France à deux doigts \1e sa ruine. Telle est la réaction
qui se manifeste dans le monde politique à la suite des grandes commotions, et ramène les sociétés » en les sauvant» à la loi de leur durée. L'avènement de Louis XIV au gouvernement de TEtat avait été le signal de cette réaction, qui dut s'appliquer moins aux hommes qu'aux idées dont la nation était imbue ; seulement, le but^ à peine atteint, fut-il dépassé par des fautes communes, ainsi qu'on en jugera par un recueil de pièces, où toutes viennent se réfléchir.
Ce rapprochement de deux époques dominantes du XVII' siècle se fait surtout sentir par les influences contraires que nous venons d'indiquer, et qui forment comme le premier choc des intérêts d'Etat avec l'opinion du temps assujétie au gouvernement d'un seul. L'opposition inquiète qui, durant la Fronde , avait altéré |es mœurs nationales , survécut ainsi en Bourgogne aux causes qui l'avaient produite Cette province fut, parmi toutes les autres, celle qui conserva le plus longtemps son gouvernement municipal et jusqu'aux allures libres de son Parlement. Durant plusieurs années ses institutions lui demeurèrent, surmontées par la puissance royale , mais non dépourvues de cette vie politique qui, dans une lutte sans proportion, retarda leur perte ou leur décadence. A côté des Etats et du Parlement, on voit cette lutte se manifester encore dans les mœurs et dans la littérature, ce champ de bataille des [)artis vaincus (1) ; en d'autres termes, dans des passions d'une autre
(I; La célèbre solitude de l*urt-Koyal iHait devenue le centre d'une «erte de mécontents, gouvernée par des Iionimes do ffénie. Louis XIV ne «^'v trompait pa'*, et il regardait la faveur publique qui r/clamait jiour eux . comme un reste des tracasseries de la Fronde. Ainsi Tin-
époque, sous an régime qui ne les comporte plos et qoi fermentent plus an dedans qn^à la surlace d'nne société qui se renontelle lentement.
Dans cette réaction des souvenirs du passé contre le présent, une sorte de licence semble régner en même temps qn*un grand despotisme : Tune vient des Corps électifs ou privilégiés ; Tautre, de la puissance d^nn seul, qui est le Roi. Il faut lire la correspondance que nous publions pour juger des résistances qoe rencontre, au milieu de cet antagonisme, le gouvernement de Louis XIV de la part d'institutions qu'il croyait désarmées, et qui, comme le Parlement, deviennent souvent agressives. A défaut des questions politiques restées plus rares, ce dernier Corps a transporté son opposition sur le terrain des questions vulgaires, où il se montre le plus opiniâtre. Aujourd'hui, tout lui est bon pour eiercer ses forces maîtrisées qu'il entretient, faute de mieui,dans des luttes sans raison. C'est ainsi que le règlement du Palais, qui tend à séparer dans une sage mesure l'autorité du Prince de la sienne , devient, de la part de cette Compagnie, l'occasion des plus grands désordres, bien que dressé sur les bases qu'elle avait ambitionnées depuis plus d'un siècle. La cause en est le syndicat, sorte de triumvirat que ce règlement supprime , et qui , fondé sur rélection , confère, par une usurpation récente, à deux conseillers le droit d'assujétir le chef du Parlement à leur domination, qui est celle du plus grand nombre.
fortune de Foaqnei, condamné par des jages de Coar, fut -elle maudite par les gens de lettres, malgré des déprédations que tout le monde avouait, mais dont l'esprit de parti oVût pas voulu qu*on lui demandât compte.
Celte invention de la révolte contre un chef hai , avait été concertée par le Parlement après la Fronde pour punir le Premier Président La Marguerie de la guerre acharnée qu'il avait faite durant cette époque à la Compagnie , alors qu'il était intendant de Bourgogne, guerre qu'elle ne lui pardonna jamais. Mai^erie forcé de se démettre, le syndicat dénaturé était resté sous son successeur comme une conquête qui ne demeura pas stérile, aiusi qu'il arriva après le lit de justice de 1658. Le Parlement, dont cette institution était devenue l'appui dans ses envahissements intérieurs, n'y renonça que de force, à la suite d*une lutte qui montre jusqu'où l'esprit de corps peut s'égarer.
Les édits du Roi , ailleurs acceptés , rencontrent aussi de sa part une opposition violente. Sans discernement et comme de parti pris, il s'oppose aux meilleures lois comme à autant d'entreprises sur ses droits et constituant ce qu'il appelle des iMurpatians. La plus importante des réformes^ celle qui tend à rétablir l'ordre dans les finances, excite principalement sa colère ; il s'agissait de la vérification des dettes des communes. Cette mesure, un des actes les plus importants de l'administration de Colbert, devait préparer pour l'avenir rétablissement du crédit dans le royaume. Jamais précaution plus sage ne fut mieux justifiée. Tous les hommes d'Etat qui avaient gouverné la France en avaient senti le besoin, sans oser le satisfaire. L'abus était presque aussi ancien que les institutions municipales^ et la Couronne l'avait favorisé sans le vouloir. Avant qu'elle ne fut accomplie, peu importait au souverain l'emploi qui était fait du produit des tailles, une fois qu'il avait perçu la part qui en revenait au trésor, et qui se prélevait avant toute chose. De là Tintérèt des exacteurs à y satisfaire pour échap-
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pêr à la vigilance du gouTeraement central. Ces spéculataurst appartenant à la classe de la bourgeoisie, étaient, par ces abus, devenus une puissance dans chaque commune, où ils disposaient en maîtres des charges de Tédilité. 11 est curieui de lire, dans une lettre de Bouchu à Colbert , les avantages qu'ils en obtenaient pour eux et leurs familles, depuis la fortune jusqu'aux honneurs. Ajoutons les taxes qu^ils ne craignaient pas de doubler pour satisfaire à ces rapines affectées à des voyagea, festins, présents et autres dépenses de même nature; épargnant les plus puissants et se faisant exonérer à leur tour. Ces hommes étaient les mêmes qui, lors de la réforme des octrois, avaient acheté à vil prix les biens communaux qu'ils devaient restituer plus tard ; aussi est-ce de leur part que devaient venir les premières résistances. Colbert Tavait prévu, et ils ne manquèrent pas d'en exciter de sérieuses. De son côté, « le bas peuple, D dont les souffrances allaient trouver un remède dans la vérification des dettes, la défendit par des violences qui furent poussées jusqu'à la révolte. Le Parlement, qui n'approuvait aucune mesure qu'il ne l'eût conseillée, osa lutter contre celle-ci , la plus utile de toutes , mais qui atteignait ses partisans les plus intéressés. Suspect à la Cour^ elle ne lui laissa pas même le droit de réprimer des désordres commis par des ennemis de sa politique et il eut le déboire d'en voir charger l'intendant, bien que récusable à un titre opposé. Telle est l'explication sommaire des conflits nombreux qu'engendra en Bourgogne cette grande réforme.
Le même esprit d'insubordination de la Compagnie se manifeste encore dans d'autres occasions non moins sérieuses Ainsi, l'ordonnance de Bordeaux sur les gabelles, qui étai
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uo premier pas vers Tunité financière , ne fut publiée qu'après deux années de négociations» et sur les plus vives instances de Colbert. La fameuse ordonnance de 1667« plus connue sous le nom de Réformalion de la justice dont elle simplifia les rouages en les purifiant, n'échappa à ces lenteurs que sur les ordres de Tintendant et du lieutenant de Roi dans la province, entrés aux Chambres assemblées. Déjà en avait-il été de même de sa part d'autres édits indispensables aux finances de l'Etat» tels que ceux relatifs au nombre des officiers de justice subalternes ou aux usurpateurs de la noblesse. En un mot, en face de ce gouvernement qui semble si absolu, il n'est pas un édit fiscal que ce Corps ne marchande, pas une mesure utile qu'il ne débatte, pas un intérêt public qu'il ne pèse au gré de sou anu)urpropre engagé. Il reste ainsi le Parlement de la Fronde, moins la guerre civile dont la nation fatiguée ne veut plus et qu'il ne pourrait plus lui-même ranimer.
Trois ans auparavant des désordres d'un autre genre avaient éclaté à sa barre et dans son sein. On avait vu la Compagnie ; sous de faux dehors de répression, faire cause commune avec les procureurs dans la résistance que ces officiers avaient opposée à la conversion de leurs charges en offices royaux. <^tte résistance s'était manifestée par le refus de ceux-ci de postuler, ce qui avait fait suspendre à plusieurs reprises le cours de la justice. Louis XIV irrité en accuse le Parlement, en rappelant à sa mémoire « des temps dont il ne soufirira pas, dit-il, le retour. » Pour combler la mesure, les avocats généraux eux-mêmes, blessés d'un arrêt du Conseil qui a réduit leur privilèges , ne craignent pas, plus tard , d'abandonner leurs fonctions. Ainsi voit-on en peu d'années, et ce sont
le» plot brillaales do graiid Rig»e, le» djmnin rt h déserta de quelques gens de robe leoir tn échec l'aulorîlé royale ^ que le grand Corps qôî soKÎte ou sootieot en secret leur révolte, D^œe plu» attaquer eu bee.
A h même époque, la polRîqoe modérée des Etals de Bourgogne était Tenue former avec cdie du Parlement uo oontraste qui rendait plus frappants les loris de cette Compagnie. Après afoir refusé de recevoir dans leur sein des membres pounrus de licence du Roi, ib avaient défendu aTec soeoès h InridictioD des Elus, leurs délégués en matière d'impôts. Leurs remontrances sur les abus dans h recherche des bm nobles, afin daccrollre le nombre des contribuables» furent écoutées^ et les agents du fisc , qui avaient en cela malversé , obligés de restituer le produit de leurs déprédations. Les mêmes Etats avaient obtenu du Roi, malgré un édit contraire » le maintien de leur jnridictiou, qui rendait deui Chambres de leur ordre réunies, juges d^appel de h sentence de Tune des trois dont ils se composaient. Plus tard» ils s'opposèrent aux exigences des grandes fermes, qui frappaient les amsommateurs et dénaturaient la forme de Timpôt du prince, abandonnée à Tarbitraire des traitants. S^ils avaient repoussé l'union administrative , ils acceptèrent l'union douanière qui donnait à la Bourgogne des débouchés plus avantageux sur les marchés français que sur les marchés étrangers. Le libre échange n'y comptait dès cette époque aucun partisan aTOué, si ce n'est, si Ton peut l'appeler ainsi , celui des grandes pro- Tinces françaises entre elles, et qui fut nommé l'iiiitofi nationale y premier pas fait par chacune d'elles vers l'unité politique. En 1650, ik avaient fait surseoir, malgré la dé-
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cltralion de 1652, à Teiécution de l'édit des francs-fiefs, qoi fatorisait la possession en roture des biens nobles , et flattait ainsi la yanité bourgeoise en dépréciant les terres patrimoniales. Enfin en 1693, au milieu du grand règne, ils obtinrent un triomphe plus éclatant encore en faisant abolir le droit de franc-aleu roturier pour les terres reconnues franches, c'est-àdire comme ne dérivant pas du fief ou de la censive. C'étaient là les maximes du droit romain et de nos plus anciennes coutumes substituées à un impôt qui, par Tempire d'une présomption légale, grevait tous ces héritages en France d'une dette de libération. La plupart de ces concessions sur des édits qui aboutissaient à de nouveaux subsides ^ furent de la part de la Cour autant de sacrifices d'argent à une époque où, sous l'empire des besoins si impérieux du fisc, on battait monnaie de toutes parts. Cette condescendance d'un gouvernement qui ne transigeait guère avec les remontrances ne doit pas rester ignorée pour l'histoire de ces temps, trop souvent défigurée de nos jours. En *cela , les Etats avaient mérité de la Cour une justice qui ressembla à de la faveur, tant les exemples en furent rares ailleurs. En argent, ils avaient aussi, par le vote régulier du don gratuit, excédé plus d'une fois les ressources de la province, soutenus en cela par l'amour, pour leur Roi , de populations restées fidèles. Dans l'ordre- civil, ils s'étaient enfin associés aux grandes réformes de la législation et des finances, pendant que le Parlement ne se soumettait sur aucun point et harcelait le pouvoir par des tracasseries, quand il n^osait l'attaquer dans des luttes plus périlleuses. Le gouvernement de Louis XIV régla sa marche sur ces difTérences de conduite et de caractères : les Etats furent écoutés dans les derniers eflbrts de leurs liber-
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droit de prononcer jusqu'à des condamnations capitales pour punir des crimes contre Tautorité ; les évocations générales qui, pour protéger les personnes contre les vengeances du Parlement, le dépouillent de sa juridiction la plus naturelle; les prétentions des commandants militaires , en fait de préséance, pour humilier ce Corps si jaloux des honneurs publics; des tiolences faites à ses membres, quand ils osent se plaindre ou résister : le tout mêlé à quelques actes de déférence y comme pour montrer que la Couronne n*a pas renoncé à toute justice; et ainsi d'une foule de malversations, forfaitures ou abus de pouvoir, où Ton verra la province traitée en pays conquis par des commis insolents « qui se livrent, ainsi que l'écrit Brulart à Golbert , à toutes sortes de pilleries et de brigandages. »
Sans faire cesser ces désordres, Tannée 1673 avait servi de trêve aux luttes du Parlement contre la Cour. Elle devint aussi pour cette Compagnie, dans l'enregistrement forcé de Tédît sur les droits des francs-fiefs, le dernier terme des anciennes résistances. Depuis cette époque, l'apaisement des esprits, cette gloire qui brille en toute chose sous un Prince qni a sauvé la France de sa ruine , a pénétré de l'opinion dans la conduite des Cours souveraines. La déclaration du Roi du 24 février de la même année, qui enlève à ces Corps le droit de remontrances, achève cet ouvrage. Le Parlement de Paris fait entendre une protestation inattendue. Celui de Dijon reste muet avec tous les autres , condamnés depuis treize ans au silence, et dont jusque-là il avait refusé d'imiter l'exemple. Ainsi, et de toutes parts, dans ces hautes régions de la justice, le calme a succédé à l'orage, calme trompeur quand le volcan conCemi ne demandera qu'à éclater. Alors les lettres de Brulart, rem-
plKÇ d*îdée8 différentes, placent l^obcissance envers le Prince an premier rang des devoirs d'une Compagnie fatiguée plutôt que soumise; le Roi s'apaise à son tour, les Ministres chaogieqt de langage, et le droit de révision des arrêts de Francbe- Gomtc semble être envers ce Corps, moins la récompense de son adhésion, que d*one Gdéiité suspecte qui est acceptée faute de mieux. Cependant, malgré ces apparences de paix, Timpatîence u*en reste pas moins au fond des cœurs ; Tagitation continue sans éclater, le Parlement murmure sans se pbindre» et Brulart regrette son ancienne Gerté. Ses harangues aux nenlrées de la Saint-Martin deviennent le reflet de cette situation qui semble amoindrir ou dénaturer son caractère. En un mot c^est une trêve pendant laquelle, en réparant ses forces, chacun se prépare à des luttes nouvelles. Or, ce temps sera oslui où la fortune du Monarque venant à changer, on pourra traverser ses desseins par des résistances qui seront celle fois péril (1).
Ce n'est pas qu*à travers ces phases différentes la puisroyale n*eût cherché à s'attacher ce Parlement par des oflGres ou par la faveur. Les offres, il les repoussa ; la faveur, il la sacrifia au désir de conserver intacte une indépendance qui disait sa force, de même que ses soins scrupuleux dans l'administration de la justice avaient fait sa gloire à toutes les époques. Les Etals de la province, au contraire, donnèrent
(f) Louis X(V meurt au mois de septembre 1715. Cette Compagnie n*{ftttend pas ce moment suprême qui va changer la face des choses : à ^Q lit de mort, et le 19 août de la même année, elle devance le Piarltment de Paris, attaque l'Institut des Jésuites, proclame Tillégalité dç rimpOt, et adresse des remontrances touchant la levée de la capitatioo et du dixième. (Registres secrets.)
plus d'une fois l'exemple, de ce que peut la séduction sur un Corps qui se renouvelle. Le don gratuit accordé au Roi par la générosité des trois ordres^ h chaque triennalité, était deyenu sous Louis XIV un pâle reflet des anciennes libertés d^ la province réduite à en discuter le chiffre. La correspondance de Coudé avec Colbert fait connaître à quels moyens le vainqueur de Rocroy ne craignit pas de recourir pour l'obtenir d'une province ruinée. Toutefois, le succès qu'il faillait assurer à nos armes fut le plus sûr garant de ses efforts, comme il fut le plus digne de son nom. C'est ainsi qu'aux Etats de 1662, il excitait le patriotisme bourguignon en opposant aux doléances des Elus, que le Roi était obligé de payer des troupes nombreuses pour conserver ses conquêtes, entretenir ses alliances et assurer l'incorporation de la Lorraine à la France (1).
Dans des conjonctures moins glorieuses et où le but ne pouvait faire excuser les moyens, on voit aussi qu'à côté des Elus du clergé et de la noblesse^ dont l'empressement à y soucrire n'était qu'une affaire d'étiquette , les députés du tiers état, qui seul supportait l'impôt , n'avaient pas toujours dédaigné les présents du ministère. Condé écrivant à Colbert après le vote du don gratuit par les mêmes Etats, lui demande l'autorisation de distribuer ces récompenses, suivant l'usage, ajoutet-il, qui en a été pratiqué de tout temps; et il n'est pas jusqu'à un fonctionnaire d'un ordre élevé qui n'ose réclamer du même ministre l'exécution de la promesse qu'il en a reçue.
(1) Par un traité fait à Montmartre le 6 février de la même année, et qui n'eut d'autre avantage i>our les princes Lorrains sinon qa'ils succéderaient à la couronne à défaut de la maison de Bourbon. Le prince Charles, neveu du dernier duc, prolesta contre cet acte et passa en Allemagne oh il se joignit aux ennemis de la France.
iMiiHeu de ces défaillances dans les mœurs politiques ,
à la fois en Bourgogne la haine de Thomme
qui représente à la tdtc de Tadministration Tanto-
lie. Colbert interroge Tlntendant sur l'aptitude ^ le
et la conduite de chacun des membres du Parle-
:hu envoie ce travail^ pièce des plus curieuses, où la
s^attache à défigurer les portraits dans le but de flat-
4s8 desseins entrevus, un Ministre qui ne s'y laissera
iper. Un tel acte dans lequel la passion se montre
découvert, et qui se répéta en même temps dans les
L«iSorts» apprendra au lecteur avec quelle réserve il
tpter les reproches adressés par Bouchu à la Cour
démêlés avec le Parlement. Mais la conduite d'une
lie doit être jugée par d'autres témoignages que celui
li ;'de même que celle du Parlement, pendant celte
de son histoire, ne peut l'être sainement que par ses
haine d'un homme contre une Compagnie entière deeocore plus violente de sa part vis-à-vis du chef de cette
;tiie, après des rivalités de famille qui les désunissaient fde longues années. La mission de Bouchu en Bourgogne
T le pouvoir administratif sur la ruine des prétentions
mtaires, n'était pas de nature à lui faire désirer la paix llloi fut offerte par Brularl, et qu'il rejeta avec dédain. É wrra avec quel empressement cet Intendant enlève peu lott ao Parlement le droit» quMl possédait, de s'immiscer jpi les affaires publiques, pendant que ce Corps se défend WÊn des attiques dont la bonne foi est bannie. Ici deux imiiies d'un mérite inégal personnifient cette lutte pleine
d'enseigiieinents : Tun obéissant aa Pariement^ dont il eiprime 'led passions les moins dissimulées; Fautre obéissant aa Roi, dont il exagère les ordres et fait maudire Taulorité. Chez Bith lart, c'est la sagesse présidant aux grands desseins comme aux grandes actions ; chez Bouchu , au contraire , c*est la haine d*un homme infidèle à sa race, qui veut faire oublier à la royauté^ en la serrant sans mesure^ les troubles de la Fronde dont son père avait été le moteur en Bourgogne , et qui ne
cessèrent que par sa mort (1).
La perception des tailles sur des populations ruinées par lot besoins de la guerre et de la politique alimente cet antagonisme ob la violence remporte constamment sur le droit. De la pari de rintendant ou de ceu\ qui agissent en son nom, des voies de fait^ des séquestrations et des saisies sur des malheureux taillables à merci et miséricorde ; de la part du Parlement, au contraire, une protection sollicitée par eux de son autorité et dont on lui fait un crime, comme s*il voulait^ de lui-méree» ressaisir, à titre de Cour des aides, sa juridiction en matière d'impôts, désormais réunie à Tadministration de la province; dans les élections des villes, les maires nommés par le peuple» arrêtés et traînés en prison, tandis que les candidats présentés par Bouchu sont installés solennellement après que le scrutin a proclamé leur défaite ; le Parlement intervenant pour faire respecter la loi, au risque de voir briser son œuvre par le grand Conseil, et Brulart conjurant en vain par sa prudence des conflits qui n'aboutissent qu^à fomenter de nouveaux troubles dont le Gouvernement lui de-
(1) Voir notre Histoire du Parlement de Bourgogne, t. Il, chap. ut.
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mandera compte ; ainsi la traie connaissance de l'histoire , la politiqoe du temps, les passions de Corps, les règles du Gou- ▼emement personnel^ une société qui ne ressemble en rien à la nôtre, des maximes qui ne sont plus de saisou , des caractères qu'on ne retrouverait plus au sein d'une civilisation vieillie : telle est l'image que présente l'ensemble d'une correspondance qui ne saurait être bien comprise qu'en la rapprochant des événements auxquels elle se rapporte, et qui en augmentent l'intérêt par l'étude des hommes et du temps où ib vécurent.
Par elle on voit ainsi se succéder, dans une revue qui ressemble plutôt a un tableau vivant, les plus grands personnages do XVII* siècle» tels que Louis XIV, Condé, Mazarin, Lou- ▼(HS» Colbert, Lie Tellier, La Vrillière, Ghateauneuf, le surintendant Fouquet, Pontchartrain et Brulart lui-même, l'âme de ces lettres qui sont le plus souvent son ouvrage. L'histoire de la France dans ses conquêtes , celle de la législation dans ses réformas , de l'administration dans ses vues, des finances dans leur économie, de la religion dans ses épreuves, de la royauté dans son éclat comme à son déclin, et d'une province dans sa ruine, sont les sujets auxquels toute cette correspondance se rapporte. Puis s'y reflètent en abondance nos souvenirs municipaux les plus intimes et les plus variés, soit qu'il s'agisse des privilèges des villes ou de la province, de leurs oieeurs ou de ces natures énergiques qu'enfante le patriotisme du foyer héréditaire.
Sous un aspect différent viennent les rivalités des deux Bourgognes, confondues bientôt par la conquête sous un même sceptre. Dans le Comté, les vieilles haines de la sépara-
tion après les désastres de Charics-le-Tétnéraire , mêlées aux souYenirs irritants de Tinvasion de 1636^ se ranimaDt par des infractions, sur les gens de guerre et le libre échange, aux traités de neutralité conclus entre les deux provinces. Des menaces contre Louis XIV qui ressemblent à des complots, et des usurpations de territoire qui entretiennent entre deux peuples voisins Tagitation et les représailles ; le Roi de France intervenant dans ce conflit qui semble favoriser des desseins dont sa politique a le secret. Enfin un projet d^alliance de cette province avec les Suisses sous le nom du Roi d'Espagne, peu de temps avant la première conquête qui en sera faite. Dans le Duché 9 l'esprit public excité en présence des mesures acerbes d'un Gouvernement qui veut l'asservir. Les Elus demandant, malgré l'opposition du Parlement, la liquidation des dettes des communes ; une telle mesure combattue par la révolte, et Condé, au milieu de cette lutte, préchant ^obéissance au Roi avec un zèle qui fera oublier ses ardeurs de la Fronde. Plus tard, la Compagnie des Indes fondée par des prêts d*ai^ent auxquels tous les membres du Parlement sont invités à souscrire par des lettres de Louis XIV qui ressemblent à des menaces. La religion elle-même attaquée par l'hérésie, mais protégée par des mesures inhumaines, et dont des ministres tels que Mazarin etColbert prennent soin de se justiGcr d*avance. La révocation do l'édit de Nantes enregistrée de plein gré, après que cet édit l'avait été de force par la même Compagnie. Des désordres dans le clergé, aujourd'hui si pur (1). Des défaillances
(!) Les désordres dans le clergé et les monastères à cette époque sont devenus du domaine de l'histoire à lac|uelle ils se rattachent par
dans la magistratare» que la politique a détournée de sa misrioo. Des luttes du ParleineDl avec la Chambre de ville, son antagoniste à toutes les époques. Au dehors enfin, la Bourgogne sansdéfense^ émue de l'approche annoncée du duc de Lorraine, pendant que nos armées triomphent à l'étranger d'un ennemi redoutable. Toutes ces choses» et une foule d'actes oubliés de nos jours, animent cette vaste scène de l'histoire, en l'éclairant de lumières qu'on ne rencontrerait pas dans les chroniques.
Ainsi assistons- nous, malgré la distance des temps, au récit des faits aussi sûrement que s'ils se passaient sous nos yeux, puisqu'ils nous sont racontés par ceux qui y prirent la plus grande part. Déjà la Correspondance administrative sous Louis XIV, publiée en 1851 par les soins de l'Etat^ avait montré tout ce que renferment en richesses de semblables documents échappés à la destruction. La coïncidence d'événements relatés dans un recueil contemporain , et contenant les rapports journaliers d'un magistrat célèbre avec les princes et les ministres du grand règne, nous a donc paru mériter les honneurs d'une publication h ajouter à celles dont le Gouîernement avait pris l'initiative. La peine que nous avons prise de compulser ces lettres et d*en comparer le témoignage avec l'histoire, serait déjà récompensée par le plaisir que leur étude nous a fait éprouver, en même temps que nous y avons trouvé la justification de nos précédents travaux. Le public y verra, de plus, des éclaircissements précieux sur les mœurs de
plos d'un côlé important. La vérité catholique triompha de cis causes ^e ruine, de même qu*elle l'avait fait en tous temps de la violence des persécutions et des hérésies.
répoqoe ob elles furent écrites, et sur le csractère de laquelle la critique n*est pas épuisée.
Puis avec le food des ades qui forme leur priflScipal mérite^ il ne sera pas moins curieux de considérer» dans ce conmieroe non interrompu d'hommes d'Etat arec le chef d'une Coursonreraine, à quel degré de perfection était parvenue déjà la science des affaires. Le style de ces lettres est simple et élefé ; c'est-a-dire la pensée du moment eiprimée par des bonmies qui toient juste * de haut et promptement les choses. La raison d'Etat s*y découirre , plutôt quelle ne s'y montre à découf erL Ce qui fdalt surtout^ c'est le naturel on le bon sens écrit, conune le plus sdr moyen de conYaincre. La n^igence en fait parfois le charmct de même que la recherche en détruirait TeSet. EcriTant pour le besoin des aflEiires, les auteurs se gardent de ces airs étudiés qui déparent une correspondance , en la prifant de ce premier mouvement qui en^est l'âme. On y trouve la sévérité qui sied aux choses graves^ relevée par des traits qui mettent en saillie les torts de conduite et de caractère. La politique^ l'administration, la philosophie* la critique, les anecdotes, s'y entremêlent sans confusion et délassent le lecteur en variant les sujets. Enfin , la distance des hommes entre eux s'y efface sous les formes d'une politesse exquise qui , même dans le reproche , n'abandonne jamais celui qui l'adresse et console celui qui en est le sujet. Quelques lettres d*autres personnages adressées à Colbert sur des matières anal(^es, mises en regard de celles de Brulart, font voir de plus près à quel degré déjà ce magistrat et les ministres de Louis XIV avaient, par leurs eiemples, su purifier la langue et le goût.
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Tel est l'aspect général sous lequel il faut encore considérer ce recueil , qui fournit un des exemples les plus cu^ rieuz de la^Tolution du style épistolaire à cette grande époque. Rien n'y est plus solide que le jugement, de plus net que la conclusion , de plus ferme que la volonté du maître, qui commande sous des dehors qui n'abusent pas et rendent Tobéissance plus sûre. J'admire la noble simplicité de Condé, l'habileté de Mazarin, le coup-d*œil de Colbert, le génie de LouTois» la rigidité de Le Tellier^ l'aptitude des deui^La Vrillière, la supériorité d'esprit de Pontchartrain, loué par Saint-Simon lui-même , et l'élévation de Brulart, grand même dans les petiteschoses, pourvu que son intérêt ne soit point en jeu. La ruse n*y est point employée , ainsi qu'on pourrait le croire , et le respect de la vérité en est un moyen de succès que ne remplacerait pas le mensonge» qui indigne celui auquel il s'adresse et déshonore celui qui y a recours. Mais la réserve y conserve aussi ses droits, la politique son empire, le secret d*Etat son importance » la déférence elle-même sa propre dignité dans des lettres, modèles de tact ou de ce qu*ii faut dire et taire dans le maniement des grandes affaires.
Peut-être pourrait-on faire à Brulart le reproche d^avoir, à regard de supérieurs en naissance ou en autorité ^ poussé la déférence jusqu'à Tadulalion dans un style où les formules de soumission surabondent. Mais il ne faut pas oublier que c'est au Roi qu*il écrit dans la personne de ses Ministres, et qu'ici le Magistrat se confond avec l'homme qui représente, par ses devoirs envers elle, l'autorité royale à la tête du Parlement. Qu'on lise ses lettres avec soin et l'on demeurera convaincu que tout en changeant de langage, il
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ne change pas de résolotion et n*abdiqae aucono de ses maximes , ou pour mieux dire , qn*il reste inTariablement le même an milieu de situations opposées. Yest-ee (As le comble de rhabiletê qu*un parai contraste, qui montre Thomme d*Elat sous rhomme de robe . tantôt apaisant la Cour irritée contre le Parlement^ tanidl défendant cette Compagnie contre les tendances de la Cour à l'asservir, et conquérant* en restant fidèle à tous» Testime d*uu grand Roi. le meilleur juge en fait de mérite. Si donc Ton a tu Bnilart à h tête du Parleflient« ferme jusqu'à la roideur, fier jusqu'à l'orgueil, sêTère pour les autres comme envers Inh-meme, on le troure» dans son e.\il de ll>59» patient )ir§qu'à la vertu . digne jusqu'à la grandeur* humble sans abaisseffienl , passùoooê pour son Prince el pour b Compagnie d%?nl il eipce les Einles sans y avoir pris part« ainsi que Louis \1V le reconoal dans les lettres de rémtêgratioa que nous publkK». et qui seront le plus êdilanl témoignage de sa cooiloite.
Ajooloas ces combats sais nombre soutenus par le Vagis^ Irat appelé par la place qu'il occupait à y prea'ire h pins grsiiile part. Vh^eUe vie que celle d'uu homme ^ Uiujoafs sous le bornais. ^ comme il le dit iui-méme dacs one de ses kfttres; hitbutt contre si Compuguie 51 impatiente du finn, ccalre les Ministres si avides de !a tcaitri^r. contre la Ckimbce des Comptes qui veut partager ses privilèges» contre Itts IlIus de la province qui s euipan.Mit Je sa juridict^en • cooire la Chambre Je ville si dere de <es pn^nj^lives. contre les lieutenants de Ibii. <es advecsain» Les plus ichamés. •nmtre on intendant sans pitié qui opprime «Jes populadoirs aux ibuis: luirmème haï de quelques uiis» suspect «i plusieurs» envie
du plus grand nombre^ calomnié par ses compétiteurs en autorité, et parfois abandonné par une cour ingrate! Oublierai-je son courage, lorsqu'à rapproche annoncée d'une armée ennemie qui menace la Bourgogne, il accourt, prend le commandement des armes, rassure les populations , organise la défense et fait passer dans les âmes toute son énergie; quand déjà Tintendant de la province lui-même a, dans sa famille, donné Texemple de la fuite.
Tel fut Tathlète de ces luttes incessantes dont cette correspondance offre le tableau si intéressant pour Tbistoire du XVU* siècle. De nos jours, où les pouvoirs publics, mieux définis, se touchent sans s'entre-choquer, mais aussi, où le patriotisme s'est affaibli par Tunité en toutes choses, trouverait-on, dans des situations analogues, des hommes capables d'y suffire, comme le fit Brulart pendant trente-cinq ans à la tète du Parlement de Boui^ogne?
Puis dans un ordre plus sévère de ses devoirs, nous le Toyons rendre compte aux ministres de Louis XIV, tantôt d'une accusation de rapt portée contre un conseiller de sa Compagnie, protégé par la faveur; tantôt de guet-apens, de violences exercées par des magistrats en robe, sur une femme de qualité et ses valets ; ici^ de menées coupables pour arracher à la justice un moine convaincu d*avoir empoisonné l'abbé deCiteaux et ses religieux; là, de l'insulte faite en plein Palais, par un conseiller arrogant, à la Compagnie qui vient d'ajourner sa réception; enfin, et par-dessus ces choses, des irrévérences commises en vers lui-même jusque sur son siège au Parlement. Révélations trop fidèles des désordres d'un Corps où la jeunesse l'emporte en nombre, mais où parfois des hommes
graves panrienneni à se faire entendre «aa milieu de la cohue des chambres assemblées. » Tel se montre ce magistrat dans des lettres intimes» ou ces yérités^ adoucies, sont relevéei d'aiU teors par de belles actions et de grands caractères.
Sans doute il y eut à reprendre des torts ou des erreurs dans une vie si éprouvée. Ecrivain véridique, nous n*en dissimulons aucun (1). Le lecteur les jugera comme npus l'avons fait nous-méme, en pénétrant dans cette correspondance oooservée entière par son auteur et où il se montre h découvert. C'est ainsi qu'avec les qualités qui le distinguent on voudrait de sa part nwins d*attachement à la fortune et de c^tte avidité pour Taccroltre qui apparaît à côté des plus grands devoirs de sa charge , que ce contact offense dans ce qu'Us ont de plus pur et de plus délicat; plus d'indulgence vis-è*vis d'uQ adversaire qui , comme Tavocat général MiUotet, avait, pendant les troubles de la Fronde , donné des exemples de fidélité incomparables ; moins d'ardeur à solliciter des dignités pour ses plus proches parents ; en un mot » ce désintéressement joint à la magnanimité, vertus si rares, qui sont l'apanage des grands Magistrats, et dont auparavant Fremiot avait été en Bourgogne le modèle. Parlerai-je des dédains qu'il aflS^le vîs-|i-vis des gens au-dessous de son rang , sinon pour Tw faire eicuser par les pr^ugés de son siècle.
Ainsi l'humanité perce à travers une grande figure dam
(1) Par respect pour la vérité, nous avons dû, dans cette publication fieavelie, oii il «at été m facile de laisser certaines pièeee dana l'oubli, proQTer une fois do plus que nous n^arons jamais confondu Je panég}'rique avec Tliistoire qui se forme pour le jugement des hommes d*Etat^ de Isart fautes comme de leurs senrices.
celle correspondance secrète qui, mise ici en lumière, defîeul» pour la vie d'un seul bomme* une épreuve de conduite que les plus hautes renommées ne subiraient pas sans perle. Chrétien fidèle dans ses harangues, connue il le fui à la mort, on ne ▼oit rieu dans ses lettres qui rappelé Thérésie de Jansénins» qui avait pénétré dans sa Compagnie et qui excita à un ai haut point les passions des Parlement. Dans quelques-unes d'entre elles il semble emprunter d'avance le tou et le langage d'un philosophe du XVIU* siècle. Nous citerons celle qu'il écrit à un gentilhomme de Bourgogne pour le dissuader des vœui religieux , modèle d'une fine bien que regrettable raillerie. Mais que penser de son silence et de celui de sa Compsgnie quand il s'agit d'enregistrer ces édits cruels touchant les protestants relaps, et contre lesquels on Corps aussi considérable et un Magistrat aussi grand ne firent pas entendre une feule fois la voix de la pitié ! Les illusions de la Cour sur les forces d'une hérésie que des flatteurs avaient présentée comme anéantie dans le royaume ne méritaient-elles pas d*étre dissipées par un organe aussi accrédité, ou combattues par l'athlète du lit de justice de 1658. Objectera4-on qu'alors le droit de remontrances avait été enlevé aux Cours souveraines? Mais le Parlement de Dijon ne l'avait-il pas plus d'une fois ressaisi dans des conjonctures moins importantes pour son honneur, témoin le refus qu'il fit en 1682 de recevoir sans examen le Procureur général Parisot^ refus qui ne céda que devant les menaces de la royauté attaquée en cela dans sa plus importante prérogative?
De ces fautes ou de ces erreurs, quelques-unes tiennent au temps où Brulart vécut^ c'est-à-dire à la révolution que le
graves parviennent à se faire entendre «an milieu de la cohna des chambres assemblées. » Tel se montre ce magistrat dana des lettres intimes, où ces yérités, adoucies, sont relevées d'ait leurs par de belles actions et de grands caractères.
Sans doute il y eut à reprendre des torts ou des erreott dans une vie si éprouvée. Ecrivain véridique , nous nW dissimulons aucun (1). Le lecteur les jugera comme npoePa* ' vous fait nous-même, en pénétrant dans cette correspoodaoee conservée entière par son auteur et où il se montre h découvert. C'est ainsi qu'avec les qualités qui le distinguent on voudrait de sa part moins d*attachement à la fortune et de ç^Hto avidité pour Taccroltre qui apparaît à côté des plus grandi devoirs de sa charge , que ce contact offense dans ce qu'ils ont de plus pur et de plus délicat; plus d'indulgence vis-à-vi^ d*UQ adversaire qui , comme Tavocat général MiUotet, avait, pendant les troubles de la Fronde , donné des exemples de fidélité incomparables ; moins d'ardeur à solliciter des dignités pour ses plus proches parents ; en un mot , ce désintéressement joint à la magnanimité» vertus si rares, qui sont l'apanage des grands Magistrats, et dont auparavant Fremiot avait été en Bourgogne le modèle. Parlerai-je des dédains qu*il affecte vis-à-vis des gens au-dessous de son rang , sinon pour r^n (aire eicuser par les préjugés de son siècle.
Ainsi l'humaoité perce à travers une grande figure dans
(i) Par respect pour la vérité, nous avons dû, dans cette poblication fiouvelle, où il eût été si facile de laisser certaines pièces daB« l'oaMi, prouver une fois de plus que nous n'avons jamais coofQndu Je psjpyégyrique avec l'histoire qui se forme pour le jugement des hommes d'Etat^ de leurs fautes comme de leurs services.
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LE PARLEMENT DE BOURGOGNE
DE 16r>7 A 1714