‹ Choix de lettres inédites, écrites (volume 2)Chapitre 58 sur 131 · i:n:~vï- - r-'-iiz^a. imi^i."ix> ^<E:e forte de paii · texte numérisé non relu

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J 'avais reçu la veille la lettre qu'il vous avait plu ni'écrire portant seulement qu'on avait résolu de lui faire expédier cette commission ; de sorte , Monsieur, que né croyant pas que les choses fussent si avancées, je pris la plume à Tinstaut pour vous prier de ne m'ôter pas ITionneur de faire faire dans la Compagnie par les formes ordinaires la vérification qu'on désirait qui y fût faite, et je vous marquais qu'il était le plus inutile du monde de prendre une voie dont nos registres ne nous fournissaient pas d'exemple pour y faire passer par autorité ce que je me chargeais d'y faire réussir par la liberté des suffrages. Mais je ne puis vous celer que je ne fus pas un peu surpris quand, dans le moment qu'on fermait ma lettre, on me vint avertir que MM. d'Âmanzé et Bouchu me demandaient. Ils me firent voir d'abord leur commission et vos lettres, et sur-le-champ nous résolûmes ensemble que dès le lendemain , qui était hier, ils pourraient venir le matin au Palais, où l'enregistrement serait ordonné dans la même séance pour faire la publication le jour suivant à l'audience. Les choses ont donc été exécutées de cette manière. Ces Messieurs sont entrés dans la Compagnie, où M. d'Amanzé ayant dit quelques paroles, M. Bouchu a ensuite prononcé une harangue dont le ton marquait qu'elle était préparée, et moi j'y ai répondu comme je l'ai pu faire, n'ayant eu que la nuit pour y penser. Aussitôt après, la commission et la lettre du cachet ayant été lues, on a fait aussi lecture du préambule de l'édit et des cinq ou six premiers articles ; puis la communication en ayant été ordonnée au Procureur général, et les gens du Roi qui étaient présents ayant conclu de vive voix, j'ai pris les avis et un instant après il y a eu arrêt portant que l'édit serait registre, publié et exécuté. Aujourd'hui l'audience tenante, j'ai fait faire lecture du commencement et de la fin de cet édit, qui n'aurait pu se lire tout entier en moins de deux séances, et ensuite j'ai prononcé l'arrêt, auquel les commissaires du Roi ont encore assisté. Il était difficile, Monsieur, d'apporter plus de diligence dans l'exécution des ordres de Sa Majesté; mais j'ai un peu à me plaindre du secret qu'on m'a fait jusqu'à l'extré-

mité d'une chose qui par toutes sortes de raisons me devait être connue et confiée, puisqu'il s'agissait de ma fonction. Je puis vous dire aussi que cela a été fort remarqué, et personne ne doute qu'il n'ait été affecté par M. Bouchu par le seul dessein qu'il a eu de me surprendre, et que ne me déclarant les choses qu'au dernier moment je tombasse en quelque embarras pour la conduite de Tafifaire ou pour les discours que ma place m'obligeait à tenir en cette rencontre ; mais grâce à Dieu je ne crains point de reproches pour l'un ni pour l'autre. Ce qui a donc fait raisonner de la sorte c'est la nouveauté de ce traitement capable de décréditer un homme qui est dans mon poste, et c'est encore la connaissance qu'on a de l'honneur que j'ai de vous appartenir et de ma conduite dans les affaires du Roi, d'où on a inféré qu'on ne m'aurait pas dû traiter si peu agréablement dans une occasion comme celle-ci, dont on sait que vous avez eu le pouvoir de régler tous les détails. Je ne vous dis ceci. Monsieur, que pour vous prier d'y faire la réflexion que vous jugerez à propos et d'observer qu'il est important pour le bien du service, pour l'ordre des choses et pour mon propre honneur, que dans les affaires qui à l'avenir regarderont le Parlement, le secret4e la conduite n'en soit pas tellement abandonné à un antre que je sois sujet à n'apprendre que par lui ce que régulièrement je dois tenir de plus haut et qui doit même être concerté auparavant avec moi comme chef de la Compagnie. La division qui est, il y a plus de trente ans, dans nos familles, qu'il entretient avec plaisir pour se faire valoir à mes dépens, est encore une juste raison pour faire prendre de raisonnables défiances do lui dans tout ce qui me regardera. Mais de tout cela rien ne peut être si puissant que la grâce que vous me pouvez faire comme l'homme du monde qui par inclination et par devoir est autant obligé de vous être attaché

BRULARÏ.

BRULART AU PRINCE DE GONDÉ

Sur le même sujet.

DijoD, le 10 août 1667.

Monseigneur,

Je prenais la plume dimanche dernier pour me donner l'honneur de remercier Votre Altesse de la grâce qu*elle m'a faite de me mander qu'on avait résolu d'envoyer au Parlement les nouvelles ordonnances, lorsque MM. d'Amanzé et Bouchu me vinrent dirent qu'ils avaient une commission pour entrer au Palais le lendemain sur ce même sujet. Gomme cette forme était nouvelle et très inutile après ce qu'il vous avait plu m 'écrire, dont j'avais déjà donné connaissance à la Compagnie^ j'en fus un peu surpris, mais les choses n'ont pas laissé de se passer très bien et avec cérémonie. L'édit fut donc enregistré lundi, et hier pubUé à l'audience. Notre intendant en avait fait un si grand secret à M. d'Amanzé même, que celui-ci, qui fut mandé par lui huit jours devant, n'a su que dans Dijon le sujet de son voyage , et sans la lettre d'avis qu'il reçut en même temps de Votre Altesse, il n'aurait pas eu le moindre soupçon de ce qui se devait faire. En eflfet, il lui manda de se rendre à Pulîgny; y étant, il le pria de ne se pas impatienter et de prendre prétexte de son séjour sur ses affaires domestiques et s'excusa de ne pouvoir lui mander ce que c'était. Enfin, la troisième lettre l'appela à Dijon pour s'y rendre à dix heures du matin et que là il saurait le glorieux emploi qui lui était destiné. En vérité, Monseigneur, M. d'Amanzé crut qu'il s'agissait de quelque exploit de guerre dans le Gomté , et de bonne foi il s'y prépara. Il n'y a pas eu moyen de n'en pas un peu rire. Mais la fin de tout cela a été apparemment pour me surprendre par le peu de temps qu'on

me donnerait pour me résoadre sur ce qui était à faire, et pour répondre à une harangue qu'on a bien reconnu par le ton de l'orateur avoir été étudiée longtemps auparavant. Mais grâce à Dieu les choses se sont bien passées et le Roi doit être fort content, n'y ayant eu que des louanges de sa grandeur et de sa justice et point du tout de modification , ni seulement d'examen de sou édit, quoiqu'il étonne bien des gens qui ne savent encore que par ouï dire ce qu'il contient. Je supplie très humblement Votre Altesse de me permettre de la féliciter de la gloire que s'acquiert tous les jours Monseigneur le Duc et du bonheur qu'il a eu jusqu'ici de sortir des périls où sa valeur l'expose à tout moment. Un homme comme moi ne peut faire que des vœux inutiles ; mais que ne suis-je à présent de l'autre profession pour ne pas perdre de vue cet aimable prince , pour le suivre et le servir dans les dangers qui me font frayeur pour sa personne, et pour vous témoigner par là que je suis parfaitement^ Monseigneur, de Votre Altesse, le etc.

BRULART

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