‹ Choix de lettres inédites, écrites (volume 2)Chapitre 62 sur 131 · MILLOTET · texte numérisé non relu

MILLOTET

(1) Archives de TEmpire.

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pt il m'est assez indifférent en quelle des deux places je sois; que rintendant de la province serait ensuite; et que, la messe finie, le lieutenant de Roi marcherait devant M. le Prince allant à la salle où se tiennent les Etats, et moi au premier rang après Son Altesse , ayant l'intendant à ma gauche , et que pour aller depuis le logis du gouverneur, chez qui nous nous assemhlons tous, à la messe, le même ordre serait suivi, soit que nous y allassions à pied ou en carrosse. Je crois que la véritable place de Son Altesse à cette messe est d'être au milieu du chœur, et que cela est dû à son sang, à son titre de gouverneur et à l'honneur de la commission qu'il exécute ; et cela étant tout le reste est bien, et il est beaucoup plus avantageux au lieutenant de Roi de marcher toujours devant M. le Prince que de prendre le derrière en mon absence pour m'eu faire la cession quand je me présente, comme il s'est pratiqué ces trois derniers Etats. S'il est à propos de vous dresser des mémoires plus amples, je le ferai si vous me l'ordonnez.

Je ne commence cette nouvelle année qu'avec des souhaits qu'elle vous soit heureuse, et des sentiments de vous donner de véritables marques que je suis de tout mon cœur et avec tout le respect possible, Monsieur, votre etc.

BRULART

MÉMOIRE DE BRULART A LA VRILLIÈRE

ANNEXÉ A I.A PRÉCÉUENTK.

Sur le même lujei; proposition coDciiiante du Premier Président touchant cette querelle; scène violente et emportements de d*Amanzé; accommodements antérieurement conclus entre lui et Brulart pour régler leur rang respectif.

Ayant dit à M. le Prince que pour rendre la cérémonie des Etats entière, il était de Tordre et de la décence que j'assistasse avec lui à la messe du Saint-Esprit qui se célèbre immédiatement

avant que de les ouvrir, et qu'il me semblait que cela se pouvait faire sans que le lieutenant de Roi, qui prétendait ne pas quitter la première place auprès la personne de Son Altesse^ y put trouver rien à redire , j'expliquai à M. le Prince que s'il prenait sa place, cette fois, comme aux derniers Ëtats de 1665 sur un prie-Dieu au milieu du chœur, je me mettrais sur la première place des hauts sièges à main droite en entrant, laquelle Son Altesse avait occupée en d'autres Etats , et que je tenais cette place si égale à celle que le Ueutenant de Roi prenait à la droite de Son Altesse auprès de son prie -Dieu, que, bien que la préséance m'appartint partout sur le lieutenant de Roi et nécessairement dans tout ce qui regardait la commission des Etats où j'étais le premier commissaire du Roi après Son Altesse, siégeant à sa droite dans l'assemblée et parlant le premier après lui pour Sa Majesté, sans que le lieutenant de Roi, Son Altesse présente, eut aucune fonction, je lui laisserais toutefois le choix de ce$ deux places ; qu'au sortir de la messe le lieutenant de Roi qui, par une convention arrêtée en 1662 et remise à M. le Prince, le devait suivre jusqu'à l'endroit où je rencontrerais Son Altesse, auquel lieu il devait quitter son rang et passer devant elle pour me le laisser occuper, n'en userait plus ainsi et marcherait devant Son Altesse depuis l'église, ce qui lui serait avantageux, parce que la cession de sa place en ma présence et pour moi était une décision formelle contre lui de la prétention qu'il avait de nie précéder dans la marche ; mais que pour rendre la cérémonie à la messe plus solennelle jn ne m'airêterais pas à cet avantage, ne croyant pas qu'il y eût aucun doute qu'étant le second commissaire du Roi je ne dusse suivre immédiatement M. le Prince qui était le premier; cependant, que je priais Son Altesse d'examiner si dans cette proposition, qui me paraissait ne devoir recevoir aucune difficulté et devoir même être agréable au lieutenant de Roi , il pouvait s'y rencontrer le moindre embarras du monde, parce que ne la faisant que pour rendre la cérémonie plus belle et plus complète dans TexécuticHi de la commission du Roi, sans prétendre m 'attribuer aucmi droit nou-

veau ni avantage quelconque qui pût préjudicier ou déplaire à personne, je ne demanderais pas d'assister à la messe en cas que cette proposition pût n*être pas reçue avec accueil du lieutenant de Roi ou de quelque autre , et me contenterais que la convention de 1662, exécutée en cette année et en 1665, le fût encore présentement. M. le Prince, après Tavoii' examinée, crut que bien loin que cette proposition fit naître quelques embarras, le lieutenant de Roi aurait sujet d'en être très content et me dit que pour faire les choses mieux et nous accommoder tous, il se mettrait là où on voudrait ; que jugeant donc bonne la proposition , il fallait nous assembler devant lui et en convenir. Il m'ordonna donc de m'y trouver avec M. d'Amanzé lieutenant de Roi , M. l'Ëvêque d'Autun et M. Bouchu intendant de justice, le dimanche premier jour de cette année 1668. Mais étant tous en présence de Çon Altesse, M. d'Amanzé s'échauffa extraordinairement et s'emporta au-delà de ce qu'on peut dire contre le respect dû à Son Altesse et contre l'honnêteté même qu'il devait à tous nous autres, et particulièrement contre moi qui ne répondis à tous ses mépris, à tous ses reproches et à toutes ses injures qu'autant qu'il fallait pour marquer à Son Altesse le respect que j'avais pour elle, qui était présente, et le peu d'état que je faisais de ces choses , dites par un homme emporté de son naturel , qui ne savait de quoi il criait , et dont l'âge peut faire pardonner à sa faiblesse. Enfin, personne n'ayant pu lui faire entendre, ni son devoir ni la raison^ sur une chose qui lui était plus avantageuse qu'autrement et qui se proposait avec autant de douceur et d'indifférence, il forma une difficulté nouvelle et qui fut la plus grande sur l'exécution de l'écrit de 1662, prétendant que je devais demeurer ferme et arrêté au coin de la porte de la salle où se tiennent les Etats sans m'avancer aucunement vers Son Altesse, bien que je la visse depuis le coin venir tout le long du cloître, et qu'étant là arrivée il devait alors seulement quitter la place qu'il occupait derrière Son Altesse et se mettre et marcher devant elle pour me laisser libre le poste qu'il occupait auparavant derrière elle. On trouva qu'il y

avait de la nouveauté dans cette prétention qui ne me paraissait pas même honnête , tant par Tendroit d'un coin de porte où il voulait qu'un second commissaire du Roi demeurât comme un garde et parmi des gardes, que par l'indécence de ne pas faire un pas pom* M. le Prince, à la suite de qui je devais être. Enfin, il fut reconnu et avéré, tant par Son Altesse et par M. Bouchu que par M. d'Amanzé même, qu'en 1662 M. le Prince entrant, an sortir de l'église, dans le cloître, je m'avançai depuis le fond du cloître où j'étais et allai à M. le Prince, et qu'ayant joint Son Altesse au milieu du cloître , M. d'Amanzé étant alors derrière elle, il quitta aussitôt cette place et passa devant Son Altesse, et qu'en même temps je pris celle qu'il occupait auparavant derrière M. le Prince, ayant M. Bouchu dans mon même rang à ma main gauche, et qu'ensuite la marche se continua de cette sorte le long du milieu du cloître et tout le long de la salle des Etats jusque dans nos places, M. d'Amanzé marchant devant Son Altesse, et moi après, accompagné de M. Bouchu. Ils convinrent aussi qu'en 1665 la même chose fut faite, sinon que M. le président Fyot, qui était appelé dans la commission en mon absence, avait joint Son Altesse plus loin que le milieu du cloître, de manière qu'il avait marché encore plus longtemps dans le cloître. Mais M. d'Amanzé soutenant toujours que j'avais dû attendre au coin de la porte des Etats sans m'avaucer dans le cloître, et que s'il en avait été autrement avec M. Fyot, c'était par amitié qu'il avait pour lui , avec qui il ne prenait pas garde à ces choses; que je ne devais maicher immédiatement après M. le Prince et lui devant qu'à la porte de Tenti'ée de la salle des Etats, où il disait que commençait seulement ma fonction , il fut enfin arrêté et convenu que M. d'Amanzé donnait sa parole positivement à Son Altesse, qu'en attendant que le Roi eût pourvu à ce différend , tant pour ma préséance à la messe que dans la marche, je joindrais Son Altesse dans le milieu du cloître, et que M. d'Amanzé , qui marcherait dans l'église et depuis jusque là derrière M. le Prince, quitterait alors sa place que je prendrais pour y marcher ht long du reste du cloître et de la salle des

Etats jasqu'à nos places, et que M. d'Amauzé depuis le milieu du cloître où j'aurais joint Son Altesse marcherait aussi toujours devant elle jusqu'à nos places. Mais pour parvenii* à cette conclusion il y eut tant de chaleur de la part de M. d'Amanzé pendant près de cinq heures et jusqu'à minuit que dura cette contestation, que M. le Prince, après Tavoir plusieurs fois invité de se contenir, fut enfin obligé à prendre un ton plus sérieux et plus sévère. Mais M. d'Amanzé ne se remettant pas pour cela dans son devoir, Son Altesse fut enfin contrainte de lui dire qu'elle trouvait fort étrange que pendant deux heures entières il lui eût manqué de respect; et sur cela ce Ueutenant de Roi ayant dit à Son Altesse qu'il ferait ce qu'elle lui commanderait, M. le Prince lui répliqua du même ton qu'il s'accommodât s'il voulait et qu'il ne laisserait pas de tenir les Etats; qu'il n'avait rien à lui commander à cet égard, mais qu'il lui commandait de lui garder le respect qu'il lui devait, et qu'il y avait longtemps qull abusait de ma patience, qui avait été plus grande que n'aurait été celle de M. l'Evèque d'Autun et de M. Bouchu, si on leur en avait autant dit. M. le Prince dit, en finissant, ce qui est au commencement de cet écrit touchant la proposition que je lui avais faite, rindiflerence dont je l'avais accompagnée, et que même je lui avais témoigné que je croyais obliger M. d'Amanzé, de qui je suis parent et étais ami, et que je pensais aussi que M. Bouchu intendant, qui a un différend pour la séance à l'église avec les autres lieutenants de Roi de cette province qui prétendent le précéder, serait très aise de ma proposition qui le terminerait, parce qu'il se placerait à l'église auprès de moi, qui siégerais dans les hauts sièges; au lieu que cette cx)ntestation qui avait fait bruit aux Etats de 1665 avec ces Messiem's, en ferait toujours beaucoup quand il s'y en trouverait quelques-uns , ce qui ne manquait presque jamais à cause de leur grand nombre; et enfin qu'il était wai que je lui avais dit que , comme je ne me proposais d'assister à l'église par cet ajustement que pour rendre la cérémonie plus entière et pour exécuter la commission du Roi avec plus de décence et d'éclat

sans prétendre me rien attribuer par là, mais seulement par l'autorité du Roi à qui il appartenait seul de régler la préséance entre M. d'Amanzé et moi à Téglise et dans la marche, je le priais qu'on ne parlât pas du tout de ma proposition s'il croyût qu'elle dût ou pût recevoir la moindre difficulté, afin de ne lui point causer de l'embarras ni à personne; puisque d'ailleurs je ne doutais pas que le Roi n'apportât de l'ordre à ce que cette prétention de M. d'Amanzé, qui n'est rien dans les Etats M. le Prince présent, de précéder le Premier Président d'un Parlement dans une action célèbre où il a la première place sans contestation et parle le premier après le gouverneur, enfin, qui est le premier conmiissaire du Roi après lui , ne cause pas des désordres à chaque tenue des Etats comme elle a accoutumé de le faire.

Enfin, le 4 de ce mois étant venu, je n'assistai pas à la messe du Saint-Esprit avec M. le Prince, ni les autres commissaires du Roi, et j'attendis dans le cloître des Cordeliers qu'ils passassent tons par là pour aller dans la salle des Etats. J'abordai M. le Prince du côté de sa droite dans le milieu de ce cloître , ayant M. d'Amanzé au premier rang derrière lui, lequel avait à sa gauche et dans le même rang M. Bouchu; et quand je fus à un pas seulement de Son Altesse, M. d'Amanzé quitta sa place, prit le tour derrière moi, se mit devant M. le Prince et continua sa marche devant lui dans cette ordre , et moi je pris la place que M. d'Amanzé venait de me quitter derrière M. le Prince, que je suivis aussi en cette ordre jusqu'à nos sièges dans la salle des Etats.

Mais il faut remarquer que par mégarde, M. le Prince n'y pensant pas , il fit monter dans son carrosse allant aux Etats M. d'Amanzé qui n'y devait pas être si je n'y étais, et dans une place plus avantageuse suivant ma prétention de le précéder partout et particulièrement dans cette marche ; ce qu'ayant dit à M. le Prince deux fois. Tune le même jour et l'autre le suivant, et l'ayant même fait ressouvenir qu'en 1662 il fut concerté qu'il aurait la bonté de s'excuser d'aller à pied comme on a

accoutamé et que chacun irait de son côté aux Gordeliers comme il voudrait , saus que les commissaires du Roi fussent avec lui, ce qui avait été ainsi exécuté, il me dit et promit, en présence de M. d'Autun, que la première fois qu'il tiendrait les Etats il ne mènerait point le lieutenant de Roi avec lui, et que si nos difficultés n'étaient pas encore réglées il en userait comme en i662.

CCCZXII

BRULART AU CHANCELIER

Il loi fait pari, comme parent, de la mort de sa femme, et lai demande sa procuration pour la tutelle de ses filles.

Dgon, le 8 janvier IMS.

Monseigneur ,

Ayant été assez malheureux pour perdre depuis un mois ma femme, qui était ce que j'avais de plus cher au monde, et llionneur que j'ai de vous appartenir m'ayant procuré aupi*ès de vous la grâce de signer mon contrat de mariage , il me reste à vous supplier de m'accorder celle de donner votre procuration pour la tutelle de trois filles qui en sont venues. C'est un titre si glorieux pour moi. Monseigneur, que celui de me compter de votre famille, que je ne puis rechercher qu'avec empressement d'en laisser des marques à mes descendants, aussi bien que (ie mon respect pour votre personne, de mon ressentiment des obligations que je lui ai, et que vous m'aurez fait l'honneur de me croire, Monseigneur, votre etc.

BRULART

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