‹ Choix de lettres inédites écritesChapitre 12 sur 55 · MONSIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR

J'envoie ce gentilhomme vous témoigner la joie que j'ai de

l'heureux accouchement de Madame votre femme. Je veux croire

qu'elle fera comme la mienne qui ayant commencé par une

fille a fait ensuite cinq garçons. Je vous en souhaite autant que

vous en désirez et vous prie de croire que personne ne saurait

prendre plus de part que je fais à tout ce qui vous touche, ni

être avec plus de passion et de sincérité que je suis, Monsieur,

votre etc.

HARCOURT

BRULARD AU COMTE D'HARCOURT

Réponse à la précédente.

Dijon, le 5 décembre 1657.

Monsieur ,

J'aurais autant souhaité un fils pour avoir la gloire de vous le dédier, que pour la satisfaction ordinaire que s'en peut proposer un père. L'honneur que vous me faites en cette rencontre attire de moi de nouveaux vœux pour votre personne , la reconnaissance même me l'ordonne et je ne peux donc jamais être qu'avec toute la chaleur et toute In sincérité imaginable, Monsieur, votre etc.

BRULART

LE COMTE D'HARCOURT A BRULART

Vacance de l'abbaye de Saint-Seine; il est accusé à tort d'y prétendre

pour sa famille.

Pagny, le 16 décembre 1657.

Monsieur ,

J'apprends que l'on fait courir un bruit que j'ai dessein d'avoir l'abbaye de Saint-Seine pour un de mes enfants , ce qui me surprend d'autant plus qu'en même temps on me mande que Monsieur votre frère y a des prétentions. Jugez si cette considération ne me ferait pas perdre toutes celles que j'aurais pu y avoir, si j'en avais jamais eu la pensée. C'est ce qui fait que je m'en explique avec vous pour vous prier de vous informer d'où peut provenir cette fausse nouvelle qui ne part assurément que de nos ennemis. Je crois que vous trouverez bon que je vous ouvre

ainsi mon cœur comme vous le devez taire franchement aux occasions où il s'agira de vous témoigner avec combien de passion et de fermeté je suis, Monsieur, votre etc.

HARCOURT

BRULART AU COMTE D'HÀRCOURT

Réponse à la précédente.

Dijon, le 1* décembre 16H7.

Je vous dois de grandes reconnaissances de l'honneur que vous me faites par votre dernière lettre de me donner de si beaux témoignages de vos bonnes grâces. Je vous dirai que j'ai été très surpris de la fausse nouvelle qu'on a débitée que je pensais à la chose dont vous me faites l'honneur de m'écrire et qu'après en avoir cherché les auteurs, il ma été impossible de rien découvrir. En effet , les nouvelles sans fondement se trouvent d'ordinaire sans origine. J'aurais souhaité, Monsieur, pour bien des raisons, que le bruit que vous me mandez qu'on a fait courir que vous y songiez se fût trouvé véritable , et qu'en même temps il eût été quelque chose de la pensée qu'on vous a écrite que j'y avais pour mon frère, parce que j'aurais eu par là une occasion favorable de vous témoigner le respect que j'ai pour vos intérêts, dont je n'aurais pas manqué de vous donner des preuves bien effectives en cette rencontre. Mais vous me prévenez si généreusement que je ne puis recourir qu'aux armes des faibles, qui est d'opposer la gratitude à toutes les bontés que vous avez pour moi et de vous assurer que je suis parfaitement , Monsieur,

votre etc.

BRULART

LE ROI A BRULART

Secondes lettres de jussion pour l'enregistrement de l'édit d'avril 1656, concernant la vente des bois du Domaine en Bourgogne.

27 décembre 1657.

Monsieur Brulart,

Envoyant à ma cour de Parlement les lettres de seconde jussion que j'ai fait expédier pour lever les difficultés qu'elle apporte à l'enregistrement pur et simple de mon édit du mois d'avril 1656, pour la vente des bois en notre province de Bourgogne jusqu'à la somme de 150,000 livres, je vous ai voulu faire cette lettre pour vous dire de tenir la main audit enregistrement, vous employant de sorte que mon intention soit accomplie. Et sur ce, je prierai Dieu qu'il vous ait, Monsieur Brulart, en sa sainte garde.

Ecrit à Paris, le 27 décembre 1657. Signé : Louis. Et plus bas : Phelypeaux.

FOUQUET A BRULART

Envoi d'un délégué pour presser l'enregistrement du même édit; motifs présumés des oppositions à cet enregistrement.

Paris, le 8 janvier 1658.

Monsieur ,

Nous renvoyons le sieur Prounois solliciter l'enregistrement de l'édit pour l'aliénation de 150,000 livres des bois de Bourgogne, avec la jussion et les lettres de cachet nécessaires. Sur ce témoignage qu'on me rend tous les jours de votre zèle au service du Roi et même en cette affaire particulière, je ne doute

point que vous n'apportiez tout ce qui dépendra de vous pour la terminer heureusement et en diligence. J'ai voulu pourtant vous en supplier comme d'une chose importante pour les intérêts de Sa Majesté qui a fait état de cette partie et qui a besoin du secours qu'elle en attend.

On a fait plainte au Conseil que le syndic du pays et quelques uns des députés de la province prennent de faux prétextes pour empêcher l'exécution de l'édit à dessein de se mettre à couvert eux-mêmes des malversations dont ils craignent d'être recherchés. C'est à quoi, Monsieur, j'espère que vous vous opposerez de tout votre pouvoir. Outre l'intérêt public, je vous en serai obligé en mon particulier. Je vous supplie de le croire et que je serai toujours avec la même passion, Monsieur, votre etc.

FOUQUET

LE COMTE D'HARCOURT A BRULART

11 recommande ses deux fils aux conseils de Brulart.

Pagny, le 7 janvier 1658.

Monsieur ,

Envoyant mes deux fils aînés à la Cour, je leur ai ordonné, en passant à Dijon , de vous aller assurer de leurs services et de vous supplier de leur donner vos bons avis et vos bons conseils pour la conduite qu'ils auront à tenir et à la Cour et dans toutes les bonnes compagnies où ils auront le bonheur d'entrer. Comme vous me faites l'honneur de m'aimer, j'espère que vous aurez cette bonté et pour le père et pour les enfants. Je vous en conjure, et de croire que nous vous en demeurerons également obligés. Je suis, Monsieur, votre etc.

HARCOURT

BRULART AU COMTE D'HARCOURÏ

Réponse à la précédente.

Dijon, le 11 janvier 1658.

Monsieur ,

J'ai reçu ces deux jours ici une des plus grandes joies que je pouvais ressentir. Je crois que vous connaissez bien que j'entends parler de l'honneur que j'ai eu de voir Messieurs vos fils et de ma satisfaction d'avoir été témoin des affections publiques que tout le monde de cette ville leur a témoignées avoir pour votre sang. Je leur dois de singulières reconnaissances de toutes les bontés qu'ils ont eues pour moi en cette rencontre; mais 3e ne saurais assez reconnaître la grâce qu'il vous a plu me faire de m'écrire d'un si agréable et si obligeant style sur leur sujet. S'il me restait après cela encore quelque chose de moi-même à vous offrir, je ne manquerais pas de vous prier de le recevoir; mais vous me possédez tout entier et je ne vous peux plus donner que ce qui est déjà à vous. Faites-moi donc , s'il vous plaît, l'honneur de me croire absolument, Monsieur, votre etc.

BRULART

BRULARD AU CARDINAL

Lettre de condoléances au sujet de la mort de son neveu le duc de Candale.

Dijon, le 13 janvier 1658.

Monseigneur ,

Encore que la grandeur de votre génie vous élève autant pardessus les sentiments ordinaires des hommes , que Votre Eminence les surpasse dans leurs conditions, l'amour du sang est

une chaîne si naturelle et qui attache si fortement à tout ce qui le touche, que je ne peux douter que Votre Eminence n'en ait ressenti de douloureux effets dans la perte qu'elle vient de faire. Elle me permettra, s'il lui plaît, de l'assurer en cette rencontre que, lui étant attaché au point que je le suis, j'ai eu toute la douleur de cette mort que peut ressentir celui de tous les hommes qui est absolument à vous.

Je demande la grâce à Votre Eminence de trouver bon que je lui renouvelle ici mes vœux et que je la supplie de croire qu'il n'y a point de fidélité à ses intérêts comparable à celle qu'aura toujours pour vous, Monseigneur, votre etc.

BRULART

BRULART A FOUQUET

Remercîments touchant le droit annuel accordé au Parlement.

Dijon, le 16 janvier 1658.

Monsieur ,

Vous avez commencé d'écouter si favorablement la prière que M. de la Marguerie vous a faite de ma part, touchant le droit annuel (1) pour ce Parlement, qu'il est bien juste que ma reconnaissance marche du même pas que la grâce que j'ai reçue de vous en cette rencontre. J'aurais souhaité que la Compagnie tout entière qui vous en doit être obligée se fût mise en état d'obtenir elle-même ce bienfait sans aucune médiation; mais vous savez, Monsieur, que les grands Corps, pour être difficiles à

(1) Le droit annuel, autrement dit Paulette, était celui que les officiers de justice étaient obligés de payer au Roi pour conserver la disposition de leurs charges à leurs héritiers en faveur des personnes que ceux-ci désigneraient pour en être pourvues. Il était généralement du soixantième denier du prix de la charge elle-même.

mouvoir, ne font guère de choses d'eux-mêmes et que dans leur propre intérêt cette pesanteur gâte quelquefois leurs affaires. Je ne vois aucune raison que celle-là et que l'incertitude de l'événement de la prière qu'il aurait pu faire qui l'ait empêché de demander ce que vous me permettez présentement d'espérer pour lui, vous assurant, Monsieur, qu'il conserve toujours ce même amour et cette même fidélité pour le Roi qui l'ont fait distinguer de tous les autres Parlements dans les derniers troubles. Il lui a fait l'honneur de lui en écrire plusieurs fois son ressentiment en des termes si particuliers et il lui a promis si positivement de lui en donner des marques , que , comme c'est ici la première occasion où Sa Majesté l'a pu faire, cette Compagnie l'a aussi considéré comme la récompense qu'il pouvait lui donner de ses services. Cependant, Monsieur, s'il y a quelque chose à ménager en cette affaire où mon ministère puisse être utile, je vous supplie de croire que je ne passe pas moins en affection ceux qui la composent que mon rang est élevé par-dessus le leur, que je recevrai avec respect et discrétion les ordres qu'il vous plaira de me prescrire et que je les exécuterai avec toute la sincérité imaginable , souhaitant avec ardeur de me procurer l'avantage d'être avoué de vous, votre etc.

BRULART

BRULART A LA VRILLIÈRE

Plainte contre le duc d'Epernon au sujet d'une ordonnance, émanée de lui, qui prohibe l'entrée, dans la province, des fers de la Franche-Comté.

Dijon, le 23 janvier 1658.

Monsieur ,

Une ordonnance qu'on vient d'imprimer sous le nom de M. d'Epernon , portant défense d'amener et laisser entrer dans le duché aucuns fers qui se fabriquent dans la Comté en Bour-

gogne, m'oblige de vous avertir de cette nouveauté, laquelle n'a jamais été pratiquée par les gouverneurs qui l'ont précédé. En effet, il n'appartient qu'au Roi d'empêcher la traite foraine; il n'y a que lui qui puisse aller contre la neutralité des deux provinces, lui qui permet aux Français et aux Comtois de jouir du bien qu'ils ont dans l'une et dans l'autre, et lui seul peut interdire le commerce à ses sujets.

Vous jugerez bien, Monsieur, que cette affaire est d'une très haute importance, parce que, si M. d'Epernon peut empêcher l'entrée du fer, il aura le même pouvoir sur toutes choses venant des pays étrangers. Ce que je ne crois pas que le Roi souffre jamais aux gouverneurs des provinces , à moins qu'il voulût leur abandonner la douane qui est un droit royal le plus beau et le plus ancien du royaume. Les Comtois mêmes auront raison de se plaindre de cette contravention. Je m'acquitte de ce que je dois en vous en donnant avis. Si vous jugez que je doive encore en écrire ailleurs, je le ferai avec tout le zèle que je dois avoir pour les intérêts du Roi et du public.

Permettez-moi , Monsieur, qu'au renouvellement de cette année je vous fasse des protestations nouvelles de mes respects, et que je vous assure que personne au monde n'est tant que je suis, Monsieur, votre etc.

BBULART.

LE CARDINAL A BRULARÏ.

Accusé de réception de la lettre touchant la mort du duc de Candale.

Vincennes, le 24 janvier 1658.

Monsieur ,

La part que vous prenez à mon affliction pour le funeste accident qui est arrivé à mon neveu n'ajoute rien à l'assurance que j'avais déjà de votre amitié. Néanmoins, comme c'en est une

preuve très obligeante, je ne puis que vous en remercier comme

je fais avec tout le ressentiment possible, vous priant de croire

qu'il n'y a personne qui s'intéresse aussi plus que moi aux

choses qui vous touchent , étant véritablement , Monsieur ,

votre etc.

Le Cardinal MAZARIN.

BRULART A LE TELLIER

Plainte contre les entreprises de M. d'Amanzé, lieutenant de Roi en Bourgogne, sur les prérogatives du Premier Président; les lieutenants de Roi ne peuvent prétendre au commandement de la province, hors du territoire de leur lieutenance.

Dijon, le 3 février 1658.

Monsieur ,

L'entreprise que M. d'Amanzé, l'un des lieutenants de Roi de Bourgogne fait sur ma charge , m'oblige de vous en demander justice. Vous savez, Monsieur, que lorsque le gouverneur est absent de la province et qu'un lieutenant de Roi l'est aussi de son département, c'est à moi seul, primativement à tous autres, d'y donner des ordres, parce que la fonction des lieutenants de Roi est tellement limitée dans l'étendue de leur lieutenance, qu'ils ne sont pas seulement reconnus dans le département des autres, et que pour lors on a toujours reconnu ceux qui m'ont précédé en ma charge comme étant également par toute la province dans leur ressort. Néanmoins, M. d'Amanzé s'est avisé, depuis un mois, de donner les ordres enabsencedeMM. d'Uxelles et d'Entragues, dans les départements du Ghalonnais et du Maçonnais , moi étant dans la capitale de la province. Ses prédécesseurs n'ont jamais prétendu à ce droit, et si uu lieutenant de Roi présent pouvait faire la charge des absents, vous voyez bien, Monsieur, que je serais éternellement sans fonction; à cause qu'y en ayant un nombre considérable en ce pays, il ne se pourrait qu'il n'y en eût toujours quelqu'un sur les lieux. Je vous

demande donc la grâce de me conserver cet avantage de ma charge que vous m'avez promis qu'on ne diminuerait pas en ma personne, et d'avoir la bonté de faire agréer à Son Eminence que je sois remis dans la possession que j'ai trouvée établie sans aucune contradiction de la part des lieutenants de Roi. Je crois que vous ne doutez pas du chagrin que j'ai eu de voir cette entreprise dont je me pouvais venger en quelque façon en faisant connaître à toute la province que M. d'Amanzé n'était qu'une personne privée hors l'étendue de son département; mais ma satisfaction n'est pas moins grande de recourir à votre justice que de me la faire moi-même. Je vous en demande encore des marques en croyant que personne n'a tant de respect et d'attachement pour vous que , Monsieur, votre etc.

BRULART

BRULART AU CARDINAL

Même sujet que la précédente.

Dijon, le 3 février 1658.

Monseigneur ,

C'est avec regret que je porte mes plaintes à Votre Eminence de l'entreprise que M. d'Amanzé, l'un des lieutenants de Roi en Bourgogne, fait sur ma charge. Le soin que vous prenez de régler les choses où le service du Roi peut être intéressé me fait adresser directement à vous, comme il a plu à Votre Eminence me l'ordonner. La protection qu'elle m'a départie jusqu'ici me fait espérer qu'elle me la continuera en cette rencontre où il y a lieu de me faire ressentir des effets de sa justice. Vous m'avez déjà fait la grâce, Monseigneur, de me maintenir dans le droit qui de tout temps est attaché à ma charge, de commander en l'absence du gouverneur dans le département de celui ou de ceux des lieutenants de Roi qui sont aussi absents. Je l'ai ainsi exécuté dans le Dijonnais, le Chalonnais et le Maçonnais quand

M. d'Epernon n'a pas été dans la province et que les lieutenants de Roi de ces lieux-là en ont été dehors. J'y ai donné l'ordre aux troupes, mandé des gentilshommes, accommodé leurs querelles et pourvu aux choses qui regardaient le service de Sa Majesté, sans que les lieutenants de Roi qui se sont trouvés dans la province y aient trouvé à redire, ce qu'ils n'avaient garde de faire puisqu'ils n'ont jamais prétendu exercer la charge des absents et qu'ils savent bien qu'en ce cas c'est à moi de commander dans leur département.

Néanmoins , M. d'Amanzé , lieutenant de Roi du Dijonnais, aussi nouveau dans les honneurs que dans sa charge , s'est depuis un mois , de son autorité privée , émancipé de faire la mienne ; il a donné des ordres aux troupes qui ont passé dans le Maçonnais et dans le Chalonnais dont les lieutenants de Roi sont absents, et fait d'autres choses dans ces départements qu'il n'appartenait qu'à moi seul de faire. Je pouvais, Monseigneur, considérer ces ordres comme émanés d'une personne privée et sans pouvoir hors l'étendue de sa lieutenance ; mais parce que tout mon but est de plaire à Votre Eminence et que j'ai cru qu'elle trouverait meilleur que je lui demandasse justice de ce nouveau lieutenant de Roi qui m'a dépossédé d'un droit important qu'aucun de ses prédécesseurs , gens infiniment au-dessus de lui , n'ont jamais prétendu, je n'ai pas eu de peine de faire céder mon impatience à l'extrême respect que j'ai pour Votre Eminence. Je la supplie donc qu'étant à elle sans réserve, elle me fasse la grâce de me conserver dans les avantages et prérogatives de la charge qu'il lui a plu me donner. Permettez-moi , Monseigneur, d'espérer qu'étant en votre protection, on ne commencera pas, sous votre ministère, de violer en ma personne les anciens ordres et accoutumés , et d'abattre une charge dont la fonction légitime ne peut être trop élevée puisqu'elle dépend du Roi sans milieu aussi bien que de Votre Eminence dont je serai toute ma vie avec toutes les soumissions imaginables , Monseigneur, le etc.

RRULART.

LE CARDINAL A BRULART

Il lui promet son assistance dans cette occasion.

Paris, le 14 février 1658.

Monsieur ,

J'ai vu tout ce que vous m'avez écrit touchant votre différend avec M. d'Amanzé. Comme je ne doute pas que vous n'ayez envoyé un mémoire de vos raisons à M. de La Vrillière, j'attendrai qu'il en parle dans le Conseil, et vous pouvez être assuré que la justice vous y sera conservée tout entière; cependant je demeure, Monsieur, votre etc.

Le Cardinal MAZARIN.

BRULART A LA VRILLIÈRE

Envoi d'un mémoire concernant la même affaire.

Dijon, le 19 février 1658.

Monsieur ,

Venant de recevoir de Son Eminence une très obligeante lettre sur le différend que j'ai avec M. d'Amanzé , et me faisant l'honneur de me mander de vous envoyer le mémoire de mes raisons pour lui en parler au Conseil où il m'assure qu'on me conservera une justice tout entière , je prends la liberté de vous adresser cette pièce dont je vous demande excuse, croyant que vous ne la trouverez pas avec tout l'ordre et toute la recherche qu'elle devrait avoir pour vous être présentée ; mais, n'ayant eu que deux heures pour y travailler, je me suis seulement attaché à vous faire connaître mes raisons. Permettez -moi d'espérer votre protection en cette rencontre qui est importante à l'hon-

neur de ma charge et à celles des autres lieutenants de Roi qui ne doivent pas souffrir que M. d'Amanzé donne les ordres dans leur département quand ils en sont éloignés , puisqu'ils ne prétendent pas faire de même dans le sien.

J'espère donc que vous réprimerez cette entreprise comme étant nouvelle et de fâcheuse suite et que vous m'aiderez à conserver les avantages d'une charge où vous avez grande part par le secours que vous m'avez prêté pour y parvenir. C'est ce dont j'aurai toute ma vie une parfaite reconnaissance, voulant être à jamais , Monsieur, votre etc.

BRULART

BRULART AU COMTE D'HARCOURT

Il le félicite sur la réception de ses fils à la Cour. — À Lyon, les Corps ont refusé d'assister au service funèbre célébré pour la mort du duc de Candale.

Dijon, le 5 février 1658.

Monsieur ,

Je ne saurais vous être autant acquis que je le suis sans recevoir une joie très sensible de la réception que le Roi a faite à Messieurs vos fils et de la nouvelle qu'on m'a mandée que les affaires se disposent si bien que, pour peu que vous y contribuiez, elles tourneront tout à fait à votre avantage. Je m'intéresse si fort en ce qui vous touche , que je ne puis m'empêcher de vous supplier de tout mon cœur de vous servir de cette conjoncture et de faire voir que , quand vous voulez faire la cour, vous n'y réussissez pas moins bien qu'à toutes les autres choses dans lesquelles votre conduite vous ajustement acquis la réputation d'un véritable héros. Il y a plaisir de triompher partout, et j'espère dans peu de temps que la mauvaise fortune cédera à celle qui vous est due et pour laquelle vous n'êtes pas seule-

ment né, mais que vous avez vous-même méritée par la suite de la plus belle et la plus illustre vie du monde.

Un ordinaire du Roi, parti de Paris devant la mort de M. de Gandale , a passé aujourd'hui ici en poste pour aller chercher M. de Saint-Martin. Il y a apparence qu'il le trouvera à cette heure. M. de Montrevel m'a écrit par lui que ses amis ont voulu qu'il se soit laissé voir et qu'il va à la Cour. Il me prie de vous faire savoir qu'il est au regret de n'avoir pas été depuis quelque temps en état de se donner l'honneur de vous écrire.

On me mande de Lyon que l'abbé de la Roquette n'a pu obtenir des Corps (après les en avoir instamment priés) d'assister au service qui y a été fait pour M. de Candale , non plus de M. l'archevêque de faire la cérémonie, et qu'il s'est contenté de dire une messe basse. Je vous demande pardon de vous faire une si longue lettre; je l'espère de votre bonté et vous supplie de considérer qu'elle vient de celui qui est sans réserve , Monsieur, votre etc.

BRULART

LE COMTE D'HARCOURT A BRULART

Il attribue le bon accueil fait à ses fils à la Cour aux influences du Cardinal; sa conduite politique avec ce Ministre.

Pagny, le 10 lévrier 1658.

Monsieur ,

Je suis très persuadé que personne n'a plus de joie que vous de la bonne réception que mes enfants ont eue de Leurs Majestés et de Son Eminence. Aussi je vous conjure de croire que vous n'avez point d'amis qui vous honorent et estiment plus que le font le père et les enfants. Il est vrai, du moins M. le duc de Guise et mes amis me le mandent, qu'aucun n'a jamais été si bien reçu du Roi ni tant caressé qu'eux , et même que Sa Majesté ne

m'a pas oublié dans les paroles qu'elle leur a dites. La Reine leur demanda des nouvelles de ma femme et M, le Cardinal les embrassa. Il est certain que tout ce bon traitement vient de Son Eminence. Je l'en ai remerciée et lui ai ouvert mon cœur avec ma franchise ordinaire pour lui faire toucher au doigt qu'il ne tiendra qu'à elle que je ne sois autant son serviteur que jamais ; mais que je ne le veux pas être à demi , ni la tromper comme beaucoup d'autres. J'ai prié M. le duc de Guise de l'en assurer et que je ne veux point de négociations avec Son Eminence ; mais que si elle souhaite que je demeure persuadé qu'elle veut m'aimer, elle ait la bonté de faire directement pour moi ce qu'elle m'a promis. J'ai pris cette résolution parce que je sais de quelle façon je me suis mal trouvé de celles qui se sont faites par le passé , ne doutant point qu'il ne m'en arrive encore de même de celles que je ferais et qu'elles n'auraient effet qu'autant que Son Eminence le voudrait de son côté quand je l'aurais exécuté du mien.

Le sieur Bidaud, que je vous envoie exprès, vous dira mes sentiments ; je vous supplie de me mander les vôtres, vous obligerez extrêmement, Monsieur, votre etc.

HARGOURT.

BRULART AU COMTE D'HARCOURT

Affaires de la Maison d'Harcourt.

Le 18 février 1658.

Monsieur ,

M'étant trouvé dans l'impossibilité de me donner l'honneur de vous écrire lors du départ de M. Bidaud , je le priai de vous protester de mes respects et de ma reconnaissance de vos bontés, attendant que je le pusse par ma plume, qui est ce que je fais présentement.

Le bruit continue fort grand à la Cour de l'accommodement de vos affaires , et on y croit que le gouvernement d'Auvergne valant mieux que le vôtre d'Alsace , c'est le moyen de vous satisfaire. Je crois que vous avez bien prévu , dès lors de la mort de M. de Candale, qu'on ne manquerait pas d'en parler et que cette proposition ne vous étant pas agréable , vous aurez mis ordre à ce que vos amis à la Cour en disent d'abord votre sentiment pour ne la pas laisser engager plus avant. J'ai impatience de savoir de quelle encre Son Eminence vous aura écrit. C'est beaucoup que les choses prennent une bonne disposition , puisqu'il faut toujours passer par là pour passer plus avant. J'ai appris avec joie que Messieurs vos fils avaient merveilleusement réussi au bal de chez M. le Chancelier; assurément ces princes sont aimables et méritent infiniment. Je suis si attaché à ce qui vous touche, que le bien que j'apprends d'eux me charme; aussi ne peut-on être plus que je suis, Monsieur, votre etc.

BRULART AU CHANCELIER

Nouvelle entreprise de M. d'Amanzé; il veut avoir le premier rang dans les

honneurs publics.

Dijon, le 24 février 1658.

Monseigneur ,

Ce Parlement , qui est sous votre protection, vous la demande en une affaire dont M. d'Amanzé l'un des lieutenants de Roi en cette province, fera peut-être parler contre lui au Conseil. C'est au sujet d'un prie-Dieu qu'il fit dresser auprès du grand-autel, où il se plaça en présence de cette Compagnie lors des obsèques de M. de Candale. Cette place a toujours été considérée pour être celle duRoi ; les gouverneurs mêmes ne l'ont jamais occupée,

et M. le duc du Maine, qui l'était de Bourgogne , ayant voulu autrefois s'y placer, le Parlement, qui était en corps, aima mieux se retirer que de voir cette entreprise sans la pouvoir empêcher. Il a fait à l'égard de M. d'Amanzé tout ce qui lui a été possible pour le détourner de son dessein. Il lui fit même l'honneur de l'envoyer inviter de venir à la Compagnie pour marcher et siéger après le Président qui la présiderait; mais, ayant reçu cette civilité avec mépris, elle fut obligée d'y pourvoir par l'autorité qu'elle a sur lui en qualité de chevalier d'honneur ; elle lui fit donc défense d'occuper cette place comme n'appartenant qu'au Roi seul. Cela n'empêcha pas la continuation de son injure , et , non content de s'y mettre au conspect du Parlement après les défenses signifiées , il alla encore à l'offrande depuis ce petit trône, immédiatement après celui qui présidait, et rompit par ce moyen cette cérémonie , personne du Parlement, de la chambre des Comptes ni des autres Corps n'ayant voulu s'y présenter après ce désordre. Les Chambres s'étant assemblées le lendemain pour pourvoir sur son entreprise et sur sa désobéissance, on s'est contenté d'arrêter que, lorsqu'il viendra au Palais, il lui serait dit qu'il n'a pu ni dû prendre en présence de la Cour ce prie-Dieu qui n'appartient qu'au Roi.

On pouvait, Monseigneur, passer plus avant, étant membre du Corps et sujet à l'obéissance , et nous nous persuadons que, si vous blâmerez quelque chose en ceci , ce n'est que la modération dont on a usé. Ce Parlement a jugé à propos de vous faire savoir ce qui s'est passé en cette occasion, et je satisfais à ses sentiments en vous suppliant de le protéger si on l'attaque et de croire qu'il est si plein de respect pour votre personne que je me tiens très heureux par cette raison de me voir à sa tête, étant plus que tout le reste des hommes, Monseigneur, votre etc.

BRULART

BRULART A LA VRILLIÈRE

Sur le même sujet.

Dijon, le 24 février 1658.

Monsieur ,

Je suis obligé de vous avertir d'un petit différend qui est arrivé entre le Parlement et M. d'Amanzé , au sujet d'un prie- Dieu que celui-ci fit élever auprès du grand autel dans l'église de la Sainte-Chapelle où le Parlement se trouva mercredi dernier pour les obsèques de M. de Candale. La Compagnie , qui sut son dessein, l'envoya inviter auparavant d'entrer au Palais et de marcher et siéger avec elle comme tous ses prédécesseurs ont fait, c'est-à-dire après celui qui la présiderait. Mais, ayant son dessein dans l'esprit , il refusa l'invitation et donna ordre en même temps qu'on lui dressât le prie-Dieu qu'il envoya garder. Le Parlement ne pouvant souffrir cette entreprise qu'il n'a jamais dissimulée quand les gouverneurs l'ont voulu faire , lui fit dire encore que cette place appartenait au Roi seul et qu'il ne l'y souffrirait pas. Toutes ces précautions s 'étant trouvées inutiles par le mépris qu'il faisait de ses délibérations , il forma arrêt par lequel défenses lui furent faites de l'occuper. L'obéissance qu'il doit en qualité de chevalier de la Cour, quand sa charge de lieutenant de Roi lui donnerait d'autres prérogatives, ne lui fit pas considérer ce commandement avec plus de respect, et se moquant de ce qui était ordonné , il ne se contenta pas de prendre cette place, il alla encore depuis là à l'offrande immédiatement après le Président qui présidait la Compagnie, ce qui empêcha tout le reste du Parlement et tous les autres Corps de continuer cette cérémonie. Le lendemain, les chambres s'étant assemblées sur son entreprise d'avoir pris une place qui n'appartient qu'au Roi seul et sur le mépris de ses arrêts, on se contenta d'ordonner que, lorsqu'il viendrait à la Compagnie, il lui serait dit par moi qu'il n'avait pu ni dû prendre cette place

et que la Cour lui faisait itératives défenses de la plus occuper ni de tomber en pareille désobéissance.

Je crois que , dans le fond , vous trouverez ce procédé dans l'ordre, puisqu'il s'agissait de conserver au Roi une place que le Parlement ne voulut pas autrefois laisser occuper à M. du Maine , gouverneur de la province , aimant mieux se retirer comme il fit que de l'y soulfrir. M. d'Amanzé en devait user comme ceux qui l'ont précédé , et il est aisé de voir par cette prétention nouvelle qu'il cherchait querelle. Dans la forme cette affaire a été traitée par discipline , comme étant officier d'une Compagnie qui a autorité sur lui, comme sur l'un de ses membres qu'elle pouvait punir avec sévérité , si elle avait voulu. Néanmoins elle en a usé si modérément, que je ne sais pas si vous ne la jugerez point en reste. Ce n;est pas à dire qu'on en parle peut-être au Conseil d'une autre façon; mais je vous puis assurer que c'est ici la vérité.

La Compagnie vous prie, s'il se parle de ce démêlé, de faire un fondement certain sur ce que je vous en viens de dire et de lui donner en cette rencontre des marques de votre bienveillance. Elle a tous les sentiments pour vous que vous pouvez désirer d'un Corps qui vous est obligé, persuadé, en mon particulier, que vous connaissez à quel point je vous suis acquis, ne pouvant être plus que je suis votre etc.

BRULART

BRULART AU CARDIiNAL.

il demande un bénéfice pour un de ses frères, en cas de mort de l'abbé de Castille.

Dijon, le 3 mars 1658.

Monseigneur ,

La grâce que vous m'avez faite d'agréer que je me donnasse à Votre Eminence, me fait espérer qu'elle aura la bonté d'écouter la prière très humble que je lui fais en faveur d'un de mes

cadets, en cas que Dieu dispose de la personne de M. l'abbé de Castille, mon intime ami, qui est présentement alité et en péril. Il est titulaire de quatre bénéfices situés en Bourgogne , dont trois sont de nomination royale et l'autre de la collation de Votre Eminence à cause de l'abbaye de Cluny. Je vous supplie, Monseigneur, de me continuer en cette rencontre , en la personne de mon frère, la protection que j'ai déjà reçue de Votre Eminence. Il trouverait une si grande bienséance dans celui de ces bénéfices qu'il vous plairait lui donner, dont l'un ne fait que sortir de ma maison, que cette considération me rend plus hardi à demander pour lui à Votre Eminence une grâce qu'il n'a pas encore méritée, mais dont il s'efforcera de se rendre digne par toute la gratitude qui est due à un illustre bienfaiteur. Permettez-moi , Monseigneur, de l'espérer et d'être toute ma vie avec tout rattachement imaginable, Monseigneur, votre etc.

BRULART

BRULART A COLBERT

Mort de l'abbé de Castille ; même sujet que la précédente.

Dijon, le 6 mars 1658.

Monsieur ,

Cette lettre vous apprendra la mort de M. l'abbé de Castille, arrivée le dimanche gras , entre onze heures et midi. Il fut enterré dans son église de Saint-Bénigne la nuit suivante. Cette abbaye est si belle , que je la crois digne d'être entre les mains de Son Eminence. Son revenu est de 10,000 livres , comme j'ai eu l'honneur de vous écrire ; les collations sont les plus grandes et les plus belles de cette province, et s'étendent sur dix-huit ou vingt prieurés et plusieurs bonnes cures. La maison abbatiale est fort belle et située dans la ville en toute justice; dix-huit

villages au moins, tous à l'entour de Dijon, en dépendent, et vous devez remarquer que les derniers abbés ont eu des lettres du Roi pour avoir entrée et séance dans le Parlement où ils ont souvent assisté et où même j'ai vu plusieurs fois celui qui vient de mourir.

La beauté de ce bénéfice qui n'a point d'égal en Bourgogne, me fait présumer que Son Eminence y pensera pour elle , et ayant cru que vous le trouveriez à sa bienséance, j'ai pris la liberté, dans cette pensée, de vous en dire quelques particularités auxquelles il s'en pourrait ajouter bien d'autres, si je pouvais les confier en ce papier. Pour les autres qui sont vacants par la mort du même abbé, je vous réitère la prière que je vous ai déjà faite de m'y être favorable. La commodité de leur situation et la quantité de ceux qui sont à donner me l'ont espérer, par votre médiation, que Son Eminence m'en accordera un. Je ne sais pas comme quoi je pourrai jamais mériter de vous toutes les grâces que je vous demande ; je vous supplie encore d'y ajouter celle de me croire, Monsieur, votre etc.

BRULART

GOLBERÏ A BRULART.

Monsieur ,

Réponse à la précédente.

Paris, le 15 mars 1658.

J'ai présenté vos lettres à Son Eminence sur le sujet de la vacance des bénéfices dont était pourvu feu M. l'abbé de Castille et la demande que vous faites pour Monsieur votre frère, et n'ai pas manqué de lui faire connaître en cette rencontre les services que vous lui rendez en toutes occasions et ceux dont vous êtes capable. Je vous puis assurer, Monsieur, que j'ai trouvé Son

Emmence dans une parfaite connaissance de votre mérite et très grande disposition de vous procurer tous les avantages auxquels une personne de votre condition peut prétendre ; mais je l'ai trouvée engagée de longue main à donner des bénéfices à diverses personnes , desquelles elle aura peine de se dégager. Néanmoins, comme cette distribution ne se fera peut-être pas si tôt, je ne laisserai passer aucune occasion de lui en faire souvenir et de vous donner avis de tout ce qui se passera sur ce sujet.

Je vous prie de faire travailler en diligence aux réparations de Gevrey, suivant les marchés que vous avez faits. Et pour cp qui est des bois de Saint-Seine, je vous avoue que je me suis toujours défié des officiers , et en cas que vous trouviez qu'ils aient malversé, il faudra les révoquer et en établir d'autres.

Je suis avec beaucoup de respect et de passion , Monsieur, votre etc.

GOLBERT

BRULARÏ AU PAPE.

il demande la canonisation de François de Sales, évèque de Genève.

Dijon, le jour de Pâques, 1658.

Très Saint Père ,

La vie et les miracles de M. de Sales, évêque de Genève, lui ont attiré une si grande vénération en cette province que sa protection dans le ciel est déjà considérée comme une voie certaine pour en acquérir le séjour, et que chacun se fait de la violence pour ne l'invoquer pas publiquement, puisqu'on sait qu'il ne refuse point les grâces qui lui sont demandées en secret. Le seul respect qui est dû à Votre Sainteté , à qui seul il appartient de donner ce pouvoir, produit cette contrainte ; mais votre amour pour tous les peuples qui se tiennent heureux de vous

avoir pour Père, leur donne espérance que vous ajouterez à leur bonheur celui d'autoriser la confiance qu'ils ont en ce grand serviteur de Dieu, parce qu'il est certain que Votre Sainteté ne refuse jamais aux hommes les moyens de faciliter leur salut, et que la canonisation de ce prélat est attendue parmi eux comme une nouvelle voie pour parvenir un jour, avec son aide, à la félicité dont on croit qu'il est déjà possesseur. Il s'agit même, très Saint Père, de déclarer les victoires de l'Eglise que cet évêque, en son temps, a rendue triomphante. Celles qu'il lui a fait remporter sont trop signalées pour n'être pas reconnu par elle pour un de ses héros. Et certainement quand on voit un homme dans un dix-septième siècle faire des conversions sans nombre , des miracles continuels, et que la religion catholique prend sensiblement de nouvelles forces en toutes les contrées où M. de Genève s'est fait connaître, il est difficile de ne lui pas adresser des vœux et d'étouffer des soupirs qu'on croit qu'ils lui pourraient être poussés efficacement. Je ne sais pas, après cela, si Votre Sainteté ayant achevé de vérifier les marques de la sienne, ne croira pas même signaler son pontificat dans toute l'étendue de l'Eglise, en donnant aux chrétiens ce nouveau médiateur envers la divine Majesté. J'ose donc espérer que mes prières, que je joins à celles de ce Parlement, seront favorablement écoutées de Votre Sainteté , et qu'elle agréera les soumissions respectueuses et filiales avec lesquelles je suis,

Très Saint Père,

De Votre Sainteté , Le très humble et très obéissant serviteur et fils,

BRULART

Premier Président du Parlement de Bourgogne.

BRULART AU COMTE D'HARCOURT

Il le félicite de la survivance accordée à son fils de sa charge de grand écuyer

de France.

La Borde, le 27 avril 1658.

Monsieur ,

La nouvelle qu'on m'écrit que M. le comte d'Armagnac a été reçu en survivance de votre charge et qu'il en a prêté le serment est un sujet de joie si sensible pour moi que, ne pouvant me donner l'honneur de vous l'aller témoigner en personne, j'envoie auprès de vous pour vous assurer qu'on ne peut être plus réjoui que je suis de cette grande affaire, qui, certainement quoique très juste, vous était d'une très haute importance. Je crois que vous le reconnaîtrez encore mieux par la suite ; pour moi je vous suis si acquis que je ne saurais retenir mes sentiments en cette rencontre et me dispenser de vous renouveler les assurances d'être toute ma vie, Monsieur, votre etc.

BRULART

LE COMTE D'HARCOURT A BRULART

Réponse à la précédente.

Pagny, le 3 mai 165S.

Monsieur ,

La joie que vous avez la bonté de me témoigner du serment qu'a prêté mon fils aîné entre les mains du Roi pour la charge de grand écuyer estime continuation des effets de votre généreuse amitié qui augmente toujours d'autant plus les sentiments do re-

oo

connaissance que j'en dois avoir. Cette marque de bonté que Son Eminence m'a encore donnée , et les offres qu'elle me fait parla lettre dont elle m'a honoré, m'ont fait prendre la liberté de lui ouvrir mon cœur et de lui demander avec franchise les choses qu'elle-même, dès longtemps, a reconnues m'être justement dues. Je lui ai envoyé un gentilhomme pour lui porter mes remercîments ; je vous ferai part des réponses que j'en recevrai. Cependant je vous supplie de croire que vous ne sauriez prendre part aux intérêts de personne qui soit plus dans les vôtres que j'y suis, ni avec plus de passion, Monsieur, votre etc.

HARCOURÏ.

LU

BRULART AU COMTE D'ARMAGNAC

Félicitations touchant le même sujet.

Dijon, le 2 mai 1658.

Monsieur ,

Je ne pouvais recevoir plus de joie ni trouver une occasion plus favorable pour vous renouveler les assurances de mon attachement à vos intérêts, que celle du serment que vous venez de prêter entre les mains du Roi. Je crois cette affaire par ellemême et par ses suites si avantageuses à votre maison , que je ne saurais assez m 'avancer pour vous expliquer la part que j'y prends. Je me flatte aussi de la créance que vous en êtes persuadé, puisque vous m'avez témoigné agréer que je fusse éternellement. Monsieur, votre etc.

BRULART

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