LUI
LE COMTE D'ARMAGNAC A BRULART
Réponse à la précédente.
Paris, le 24 mai 1658.
Monsieur ,
Je vous suis très obligé de la part qu'il vous plaît de prendre aux avantages qui arrivent à notre maison. Je souhaite de tout mon cœur que celui de mon établissement en la charge de grand écuyer de France me donne plus lieu de répondre par des effets solides de mon amitié à ceux que j'ai reçus de la vôtre, dont je vous demande la continuation, et vous prie de croire que vous ne l'avez jamais accordée à personne qui soit avec plus de ressentiment ni plus véritablement, Monsieur, votre etr.
Le comte D'ARMAGNAC.
LE COMTE D'HARCOURT A BRULART
Ses rapports avec le cardinal Mazarin.
Pagny, le 1G juin I6.ï8.
Monsieur ,
La confiance entière que j'ai en votre généreuse amitié et les marques que vous m'en avez données en toute rencontre m'obligent à vous faire part de l'état de mes affaires et des belles dispositions où Son Eminence témoigne être de me donner satisfaction. J'envoie le sieur de Saint-Lambert lieutenant de mes gardes vous porter les lettres que le sieur Bidaud qui est à la
Cour m'a écrites, afin de vous en mieux informer ; sur lesquelles je vous supplie de me mander par lui vos sentiments avec autant de franchise que je chercherai toute ma vie avec soin les occasions de vous témoigner que je suis parfaitement, Monsieur,
HARCOURT
BRULART AU COMTE D'HARCOURT
Réponse à la précédente.
Dijon, le 18 juin 1658.
Monsieur ,
Après vous avoir témoigné ma confusion et mes déplaisirs de n'avoir pu trouver un passage pour aller vous renouveler l'assurance de mon respectueux attachement , je vous supplie d'avoir agréable que je vous proteste qu'il augmente tous les jours, soit par mon inclination naturelle de vous servir, soit par la très juste reconnaissance à laquelle votre confidence m'engage. Je ne pouvais recevoir plus de joie que j'en ai ressenti à la lecture de votre obligeante lettre et des autres qu'il vous a plu de m'envoyer. Vos affaires , grâces à Dieu , prennent le plus beau chemin que vos serviteurs peuvent souhaiter. La manière dont elles se traitent et l'empressement qu'on témoigne pour votre amitié sont de si bons pronostics, que la suite répondra à ce glorieux commencement, et votre conduite est si sage en cette rencontre, que les apparences tromperont tout le monde , si votre entière satisfaction n'éclate dans peu de temps. Je doute que quelqu'un la puisse désirer avec plus d'ardeur que je fais, puisqu'il n'y a personne qui soit tant que je suis, Monsieur, votre etc.
BNULART.
LE ROI A BRULART
Te Deum pour la victoire remportée par Tnrenne devant Dunkerque.
18 juin 1658.
Monsieur Brulart,
Vous verrez par la dépêche que j'écris à ma cour de Parlement le glorieux succès remporté sur les ennemis devant Dunkerque en la bataille que mon cousin le maréchal de Tnrenne y a donnée. Gomme je désire qu'il en soit rendu grâces à Dieu, je mande aux archevêques et évêques de mon royaume d'en faire chanter le Te Deum , et à votre Compagnie d'assister en Corps et en robes rouges à celui qui sera célébré en ma ville de Dijon. Sur quoi je vous ai voulu faire cette lettre pour vous recommander de tenir la main à ce que mon intention soit en cela accomplie; ce que me promettant de votre affection, je prierai Dieu qu'il vous ait, Monsieur Brulart, en sa sainte garde.
Ecrit à Calais le 18e jour de juin 1658. Signé : LOUIS. Et plus bas : Phelypeaux.
BRULART AU CARDINAL
Félicitations sur la même victoire.
Dijon , le 26 juin 1668.
Monseigneur ,
Le triomphe des armes du Roi étant une suite nécessaire de la sagesse de vos conseils, ce n'est pas assez d'avoir remercié Dieu à la tête de ce Parlement de la bénédiction qu'il a donnée à votre dernière entreprise, il est juste, Monseigneur, d'adresser encore
ses ressentiments à Votre Eminence, puisque la prospérité de cette couronne victorieuse est toujours votre ouvrage, et que vous faites voir continuellement que vous êtes à l'égard de la France le ministre du ciel et de la terre. 11 faut demeurer d'accord de cette vérité pour comprendre l'action extraordinaire qui se vient de faire auprès de Dunkerque. Votre Eminence avait à combattre toute la bravoure espagnole et celle des Pays-Bas jointes ensemble au commencement de cette campagne. Les troupes du Roi n'étaient pas assemblées, et cependant avec ce petit nombre que Votre Eminence sépare encore en deux , parce qu'elle veut vaincre en plus d'un lieu en même temps, elle continue et avance un grand siège , et défait en un autre endroit les ennemis en bataille rangée. Peut-on douter après cela, Monseigneur, que votre prudence ne force les événements d'obéir à vos admirables résolutions, et tant de circonstances ne marquent-elles pas que les effets de la vaillance de nos braves ne dépendent pas tant de leurs bras que de votre tête! Je ne saurais finir, Monseigneur, avnc une pensée qui ait plus de conformité à votre gloire et qui marque mieux le respect et rattachement avec lequel je suis, Monseigneur, de Votre Eminence, le etc.
BRULART
LA VRTLL1ÈRE A BRULART
Réduction de Dunkerque et de Bergues. — Maladie du Roi.
r.alais, le 6 juillet. 1658.
Monsieur ,
Ayant reçu la lettre qu'il vous a plu m 'écrire du 26 du mois dernier, je n'ai pas manqué d'informer le Roi du bon devoir que vous et votre Compagnie avez fait d'exécuter les ordres qui vous avaient été adressés à l'occasion de la grande victoire remportée
sur les ennemis proche Dunkerque, dont Sa Majesté a témoigné être satisfaite. Cependant, Monsieur, pour ce qui est de la cérémonie de la robe rouge, le sujet le méritant bien, l'on ne pouvait avec trop d'éclat en marquer la réjouissance; outre que l'ordre ayant été général pour toutes les Compagnies souveraines du royaume, il n'aurait pas été de la bienséance de le rendre particulier pour la vôtre. Je ne doute pas que depuis vous n'ayez appris la réduction de cette place, qui a été suivie de celle de Bergues. Maintenant l'on est sur le point de faire quelqu'autre entreprise.
Je suis obligé de vous dire que lundi dernier le Roi revint de l'armée avec un mal de tête accompagné d'une fièvre de rhume qui provient des grandes fatigues que Sa Majesté a prises durant les sièges de Dunkerque et Bergues. Mais les saignées qu'on lui a faites ayant beaucoup diminué son mal , nous espérons une prompte guérison, après laquelle j'estime qu'on le mènera à Compiègne pour prendre l'air et achever de le remettre. Sur oc je vous baise très humblement les mains et vous supplie de me croire toujours, Monsieur, votre etc.
LA VIULLIÈRE.
BRULART A LA VRILL1ÈRE
Réponse à la précédente.
Dijon, le 14 juillet 1658.
Monsieur ,
La prospérité des armes du Roi qui , dans un autre temps, ferait ressentir à ses véritables sujets toute la joie dont ils sont capables ne peut présentement , qu'ils savent sa maladie , produire cet effet. Ce Parlement Fa apprise avec douleur; mais je
lui ai donné en mémo temps beaucoup d'espérance d'une prompte guérison, suivant la lettre qu'il vous a plu de m'écrire.
Nous n'avons pas laissé d'avertir le clergé de faire des prières publiques afin d'unir et d'adresser à Dieu tous les vœux d'un peuple passionné pour la conservation de son prince. Elles furent hier commencées partout et dureront les quarante heures ; chacun fait son devoir en cette rencontre. Je crois que vous ne douterez pas, Monsieur, que je ne montre l'exemple et que je ne sois de la meilleure manière qu'on puisse être, Monsieur,
votre etc.
BRULART AU CARDINAL
Réjouissances sur !e rétablissement de la santé du Roi.
Dijon, le 24 juillet 1658.
Monseigneur ,
Encore que la joie de la santé du Roi soit excessive et générale et que Votre Eminence en ait déjà reçu des compliments de toute part, je n'ai garde de me priver de l'honneur et de la satisfaction de vous assurer de la mienne particulière et de vous dire que celle de cette province a autant éclaté en cette rencontre, que la fidélité de son amour est exemplaire.
C'est une agréable chose, Monseigneur, de voir les peuples dans les sentiments où ils doivent être. La douleur que j'ai eue durant la maladie de Sa Majesté a été suivie de ce plaisir, et il est aisé d'être persuadé que Votre Eminence n'en recevra pas un médiocre quand elle saura que chacun de deçà a fait en cette occasion son devoir de très bonne sorte. J'ajouterai seulement au compte que je lui devais de l'état des choses , que je serai éternellement avec la même passion, que j'ai fait vœu d'être, Monseigneur, de Votre Eminence, le etc.
BRULART
BRULART A LA VR1LLIÈRE
Même sujet que la précédente. — Incursion faite en Bourgogne par des cavaliers
de Luxembourg.
Dijon, le 24 juillet 1658.
Quand mes sentiments naturels ne m'auraient pas donné toute la joie de la santé du Roi dont un tidèle sujet est capable, et que la bienséance ne m'engagerait pas à vous assurer de cette vérité, je ne me pourrais dispenser de vous faire connaître que la réjouissance a été universelle parmi les peuples de cette contrée , et que chacun a témoigné en eette occasion le parfait amour qu'il avait pour son prince.
Je ne sais pas , Monsieur, si vous avez été averti des courses qui se font depuis quinze jours en cette province par une trentaine de cavaliers d'un petit château qui s'appelle Biche, appartenant à M. le duc de Lorraine, situé au pays de Vosges , près de Belfort. Nous avons déjà écrit à Messieurs du Parlement de Dole pour empêcher le passage que ces gens-là prennent dans leur pays , à quoi ils témoignent de leur part vouloir apporter tout l'ordre possible. Cependant ces cavaliers ne laissent pas que de courir. Ils ont même fait deux prisonniers à nos portes , et nos prévôts ont arrêté ces jours passés un petit noble qui est dans nos prisons accusé d'intelligence avec eux. Si ce désordre continuait il faudrait de nécessité cesser le commerce et ne penser qu'à sa sûreté. C'est pour cela , Monsieur, que j'ai été bien aise de vous en donner avis pour y pourvoir comme vous le jugerez à propos.
Je vous prie d'agréer que je vous assure que je suis avec beaucoup de passion et de respect, Monsieur, votre etc.
BRULART
BRULA RT A LA VRILLIÈRE
Continuation du dernier sujet; il demande des instructions sur le fait de prisonniers faits par ces cavaliers. Neutralité suspecte du comté de Bourgogne dans cette affaire; conduite louable du Parlement de Dole.
Dijon, le 4 août 1658.
Les coureurs de Luxembourg n'ont pas paru depuis la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire le 24 du mois dernier. Cependant ce Parlement voyant pour lors deux hommes enlevés et ne sachant pas quelles en seraient les suites, il en écrivit au Parlement de Dole comme d'une affaire qui regardait le repos des deux provinces. Celui-ci fit d'abord arrêter en son ressort un homme soupçonné d'avoir fourni des vivres aux ennemis, et promit par sa réponse d'employer tout son pouvoir dans le comté et ailleurs pour empêcher la continuation de ces désordres. Je viens encore présentement d'en recevoir une lettre que je n'ai pas encore rendue. Je ne laisse pas de vous en envoyer une copie afin que vous connaissiez mieux l'état des choses, et que s'il y en a quelqu'une à faire vous y puissiez plus assurément pourvoir.
Il est à craindre que ces coureurs reprennent leur chemin , et il est important d'y mettre ordre de bonne heure. Je vous supplie, Monsieur, de me dire votre sentiment touchant la prise qu'ils ont faite et celles qu'ils peuvent faire. J'ai peine de les croire bonnes, à cause de la neutralité qui ne permet même pas de donner passage pour faire des actes d'hostilité les uns contre les autres. C'est par cette raison, Monsieur, que je vous prie très humblement de me faire savoir aussi de quelle façon nous en devons user si par un second malheur on vient encore à faire des prisonniers en cette province. Toutes ces choses sont néces-
saires à savoir, afin qu'on puisse prendre ses mesures si ou enlevait encore quelqu'un.
Je serai toute ma vie avec respect, Monsieur, votre etc.
BRULART
LA VRILLIÈRE A BRULART
Réponse à la précédente.
Compiègae, le 8 août 1658.
Je n'ai point encore reçu la lettre qu'il vous a plu m 'écrire du 24 du mois dernier, sur le sujet des coureurs de Luxembourg en Bourgogne, mais seulement celle du 4 du présent mois, avec copie de la réponse qu'a faite au Parlement de Dijon celui de Dole, lequel a pris l'affaire de si bonne sorte que, comme il y a lieu d'espérer qu'il y aura ordre de la part du roi d'Espagne portant défense à ses troupes de plus courir dans le duché , il sera bien à propos que Messieurs de Dole , ayant besoin dans quelqu 'autre rencontre de votre Compagnie , elle en use de même que la leur a fait en celle-ci, afin de conserver entre les deux provinces la neutralité qui y est établie depuis quelque temps. Cependant je ne manquerai d'informer le Roi de la bonne conduite que vous avez tenue en cette occasion et vous témoignerai en toutes celles qui s'offriront pour votre service que je suis toujours, Monsieur, votre etc.
LA VRILLIÈRE
BRULART A LHUILLIER