BRULART A BRETEUIL
Même sujet; le retard du conseil du Roi à statuer suspend le travail des commissaires.
Dijon, le 7 août 16S5S.
Monsieur ,
Il y 8 plus de deux mois que j'eus l'honneur de vous mander que ce Parlement aurait ordonné qu'un arrêt du Conseil dont la date est en blanc dans la commission que vous m'avez adressée pour la vérification des impositions de cette province, sera représenté et cependant qu'elle demeurerait au greffe de la Cour. Jo n'ai pas appris que le Conseil ait rien fait depuis pour lever cet obstacle, et cependant je viens d'en recevoir un nouvel arrêt du 6 juin dernier qui porte en substance la même chose que le premier, sans pourvoir néanmoins sur la rétention qui en est faite au greffe. Les commissaires ont donc toujours les mains liées comme auparavant, et, à moins que l'autorité du Roi rende facile l'exécution de sa volonté en cette affaire, vous ne devez pas en espérer grand secours, puisque le Parlement incline aux remontrances et sollicitations des officiers de la chambre des Comptes et à celles des élus des Etats qui s'y opposent ouvertement et disent que c'est un moyen pour venir à l'établissement des élections en Bourgogne (1).
Je dois vous donner avis que la vacation commence dans quinze jours et que si vous n'envoyez rien qui l'empêche de
(1) Juridiction en matière d'impôts
traverser les commissaires dans l'exécution de leur commission, ils auront grande peine d'y travailler avant la Saint-Martin ({). Ce ne m'en sera jamais une de donner mon temps tout entier et ma vie même pour le service de Sa Majesté. Je n'ai plus rien à ajouter à ces vérités que l'assurance etc.
BRULART
BRULART A LA VRILLIÈRE
Entreprises du duc d'Epernon sur les honneurs publics et les libertés municipales.
La Borde, le 19 septembre 1653.
Monsieur ,
En vous rendant compte de l'exécution des ordres du Roi touchant le Te Deum de Gravelines et de Mortare, auquel il voulait que ce Parlement assistât, je suis obligé de vous avertir de ce qui s'est passé en cette occasion.
M. d'Epernon m 'ayant fait prier de remettre la cérémonie à dimanche dernier et qu'il se trouverait au Palais, je fis résoudre qu'elle ne se ferait que ce jour-là. Il s'y rendit en habit de couleur quand la Compagnie fut assemblée, ce qu'elle n'avait jamais vu. Je fus bien plus étonné quand on m'avertit qu'il avait fait mettre à l'église, devant son siège qui est immédiatement après le mien, son tapis sur celui du Roi qui couvre le devant de tous les sièges de Messieurs du Parlement. Cette nouveauté inouie jusqu'alors me surprit. Je lui envoyai dire que les princes du sang qui avaient été gouverneurs ne l'avaient jamais prétendu, marchant avec la Compagnie , et que je le priais ou de le faire oter, ou de trouver bon que j'en fisse mettre un devant mon
(1) Le 22 août de la même aimée il y eut arrêt du Conseil qui mit un terme à ces retards.
siège, m'étant trop rude de voir que lui qui, en cette occasion, ne marchait et ne siégeait qu'après moi , il eût néanmoins une marque d'honneur que je ne prenais pas moi-même. Il na voulut point accepter cet expédient et aima mieux dire qu'il était incommodé et ne pouvait assister au Te Deum; il sortit en même temps du Palais et s'en alla en sa maison. Je menai aussitôt la Compagnie à l'église où son tapis n'était plus, son aumônier l'ayant ôté sans nouvel ordre dans le moment qu'il vit qu'on en préparait un pour moi , ce qui marque assez le dessein prémédité. La cérémonie se fit ensuite avec la pompe ordinaire, et j'ai cru, Monsieur, vous devoir marquer ceci comme une chose importante qui peut avoir de la suite.
Je n'ai garde d'oublier de vous avertir en même temps d'une action que M. d'Epernon a faite à Montbard , qui fait présentement parler toute la province et qui aurait déjà éclaté au Parlement s'il n'avait pas été en vacation. Cette ville a été fort en désordre depuis quatre mois et ses divisions nous obligèrent d'envoyer deux commissaires du Parlement , il y a bien deux mois , pour apaiser une sédition qui y était et faire le procès aux coupables. Nous commîmes ainsi ces Messieurs ensuite de la requête qui nous fut présentée par les habitants pour assister à l'élection du maire qui se devait faire. Elle fut faite avec tout l'ordre possible, sans brigues ni mouvements, et tous les suffrages furent donnés à un nommé Blaisot qui prêta serinent publiquement et fut mis sur-le-champ en possession de la magistrature. M. d'Epernon, qui souhaitait que cette place fût remplie par le nommé Fanon, quoique dans l'horreur et dans l'aversion de ces peuples, n'a pu se résoudre de reconnaître l'élection de Blaisot. Il en a poursuivi la cassation au Conseil , qu'il a obtenue sous des prétextes qui sont hors de cette affaire , régulière en toutes ses circonstances. C'est par cette raison qu'il a été obligé de faire exécuter l'arrêt sans le faire voir ni enregistrer, de manière qu'on voit ce maire , choisi par toute la ville et dont l'élection avait calmé tous les troubles, aujourd'hui dépossédé sans aucun sujet ni motif. Non content de ce procédé qui alarme toute la pro-
vince par la crainte de la perte de sa totale liberté , il a établi Fanon maire sans aucune forme , et a fait prendre prisonnier Blaisot son prédécesseur, pour avoir seulement accepté contre son gré la mairie ; l'a fait conduire dans Auxonnc place frontière, à vingt-deux lieues de Montbard, et a fait passer ce malheureux captif à la face du Parlement, à travers la ville de Dijon. Vous ne pouvez croire , Monsieur, combien est grand l'éclat et le bruit de cette action. J'ai été obligé de vous la faire connaître pour en informer Son Eminence, aussi bien que de ce qui s'est passé au Te Deum, et de vous prier de savoir si elle ne trouvera pas bon que je fasse mon devoir en ces occasions , pour empêcher le cours d'une conduite qui pourrait produire de fâcheux effets si elle n'était arrêtée. Il est important que Son Eminence soit pleinement informée de ces mécontentements publics, et comme je ne me peux mieux adresser qu'à vous qui prenez grand soin des affaires du Roi en ce pays , je m'assure que vous entretiendrez volontiers M. le Cardinal de celles-ci qui regardent le service de Sa Majesté, et que vous me ferez savoir ses intentions.
Il ne me reste, Monsieur, qu'à vous demander la continuation de l'honneur de vos bonnes grâces, et de me croire, Monsieur,
votre etc.
BRULART
LE COMTE D'HARCOURÏ A BRULART
Enlèvement du bailli de Pagny par des soldats d'Auxonne.
Pagny, le 3 octobre 1658.
Monsieur ,
Je crois que le fils du sieur Bretagne bailli de ce lieu vous aura dit comme son père avait été enlevé par des soldats de la garnison d'Auxonne, ce qu'ayant appris aussi j'ai envoyé aus-
sitôt quatre de mes gentilshommes après , lesquels l'ayant rencontré à la vue d'Auxonne l'ont ôté des mains de ceux qui le conduisaient, quoique beaucoup plus en nombre, et l'ont ramené ici, après les avoir poussés et désarmés en partie. Gomme ledit sieur Bretagne est un de mes officiers et que j'ai .affection particulière pour lui, j'ai cru en devoir user de cette façon et vous avertir de tout ce qui en est arrivé comme à une personne de qui j'estime l'amitié au dernier point, et à laquelle je suis avec toute la passion imaginable, Monsieur, votre etc.
HARCOURT
BRULANT AU COMTE D'HARCOURT
Réponse à la précédente.
La Boide, le 3 octobre 1658.
Monsieur ,
Il n'y a personne qui ne doive approuver ce que vous avez fait, et je ne sais pas comment on se pourra justifier de l'entreprise d'avoir fait arrêter un de vos officiers et domestiques , et de l'avoir passé à la vue de votre maison, vous y étant. Quand d'ailleurs je considère le sujet de cet emprisonnement, je trouve que la justice en est offensée. Je vous suis obligé, Monsieur, de l'avis que vous m'en avez donné , qui passera plus loin par ma plume ; elle sera fidèle à faire connaître la vérité à ceux à qui j'en suis comptable. Je crois que vous ferez bien de votre part d'en instruire vos amis jde la Cour afin qu'ils fassent leur devoir. Ceux de la province n'y manqueront pas certainement. Pour moi, Monsieur, je suis tout avons et ferai toutes choses imaginables pour vous faire connaître que je suis sans réserve , Monsieur, votre etc.
BRULART
BRULART A LA VRILLIÈRE
Exposé de la même affaire.
La Borde, le 5 octobre 1658.
Monsieur ,
M. d'Epernon , continuant dans le dessein de mettre dans le château d'Auxonne les maires de la province qui ont été élus au préjudice de ceux pour qui il avait affection , fit prendre le 2 de ce mois un nommé Bretagne , qui avait été choisi par les habitants de Bellegarde pour être leur maire durant la présente année. Mais comme cet homme est officier de M. le comte d'Hareourt, et que les soldats qui le conduisaient le passèrent à la vue de Pagny, ce prince y étant , il commanda à. quatre de ses gentilshommes de l'aller tirer des mains de ceux qui le tenaient. Ils y coururent à toute bride , et ayant joint ces soldats qui étaient cinq en nombre, commandés par un sergent de la garnison, ils les poussèrent et les désarmèrent, et ils leur enlevèrent le prisonnier qu'ils ramenèrent dans Pagny où il est présentement. Je ne cloute nullement que cette affaire n'ait des suites, et comme elle est considérable, j'ai cru vous en devoir informer. Toutes ces captures troublent fort la province et personne ne saurait s'imaginer que laCour approuve cette conduite. Je crains qu'à la fin elle ne nous jette dans la nécessité de parler; mais le Roi peut prévenir tous ces désordres en faisant -«-'ivre chacun comme il doit. Je vous supplie, Monsieur, de croire qu > j'ai pour vous tous les respects imaginables, et que je suis sans réserve
BRULART AU CARDINAL
Suite de la même affaire.
La Borde, le 5 octobre 1658.
Monseigneur ,
Je ne saurais avoir plus de joie que de voir Votre Eminencc acquérir du bien en cette province , puisqu'elle a eu agréable que j'y prisse le soin de ses intérêts , ce que je fais avec autant de plaisir que si c'était pour les miens propres , n'étant guère moins à elle qu'à moi-même. Je viens de faire prendre possession en son nom de l'abbaye de Saint-Bénigne. Je soubaiterais qu'il lui plût de tourner un peu ses pensées de deçà, où elle a présentement vingt mille livres de rente, et qu'elle voulût y on avoir davantage ; cela serait si facile à faire qu'elle n'aurait qu'à le trouver bon. Je n'oserais toutefois lui rien dire de particulier là-dessus que je ne sacbe si elle l'aurait agréable, et je me contenterai de lui protester présentement que je suis à elle sans réserve.
Je dois avertir Votre Eminence que M. d'Epernon lit prendre prisonnier, le 2 de ce mois , un nommé Bretagne ancien domestique de M. le comte d'Harcourt, et à présent son bailli de Pagny, où il demeurait depuis quelque temps auprès de la personne de ce prince. Le sujet de cet emprisonnement n'était qu'à cause qu'il avait été élu maire de Bcllegarde pour la présente année, au préjudice d'un autre que portait M. d'Epernon. Il fut arrêté par un sergent et cinq soldats d'Auxonne, qui le prirent à une lieue de Pagny et le passèrent à la vue du château où était M. le comte d'Harcourt. Celui-ci commanda aussitôt à quatre de ses gentilshommes de monter à cheval et de faire eu sorte de retirer Bretagne. Ils poussèrent donc aux soldats qui firent ferme d'abord, mais ils lurent renversés et en partie dé-
sarmés, et le prisonnier repris sans mort ni blessé et ramené dans Pagny.
Voilà, Monseigneur, le récit au vrai de ce qui s'est passé en cette occasion, et Votre Eminence y peut faire un fondement certain. Je ne sais si elle aura appris que M. d'Harcourt et M. d'Epernon étaient déjà très mal avant cette dernière brouillerie qui peut avoir des suites les plus fâcheuses pour la province ; ce serait de voir la continuation de ces captures qui deviennent fréquentes et qui troublent et renversent la liberté d'élire des maires et officiers de ville, qui est le plus ancien droit et le moins dommageable pouvoir qu'aient jamais eu les peuples. Il est difficile d'écrire le secret de toutes ces choses, mais il est très important d'y pourvoir et très facile de conserver tous les cœurs sous le plus auguste et le plus aimable ministère qu'on ait encore connu.
Je demande à Votre Eminence la continuation de sa protection et de se souvenir que je suis à elle. C'est, Monseigneur, do Votre Eminence, le très humble etc.
BRULART
LE ROI A BRULART
Lit de justice de 1658.
Monsieur Brulart,
Ayant résolu de m'acheminer en ma province de Bourgogne dans la fin du présent mois , et d'entrer le lendemain de la fête de la Toussaint en ma Cour de Parlement pour lui faire entendre plusieurs choses concernant mon service et le bien de mes sujets de ladite province, j'écris à madite Cour de s'assembler incontinent pour cet effet, et vous fais cette lettre pour vous dire
de tenir la main à ce que mon intention soit accomplie , vous assurant que vous ferez chose qui me sera très agréable. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur Brularl, en sa sainte garde.
Ecrit à Paris ce 15e jour d'octobre 1658. Signé : LOUIS. Et plus bas : Phelypeaux.
LA VRILLIÈRE A BRULART
Même sujet.
Paris, le 15 octobre 165S,
Monsieur,
Ce mot n'est que pour accompagner les dépèches ci -jointes que le Roi vous fait et à Messieurs de votre Compagnie , pour leur donner avis du voyage que Sa Majesté va faire en peu de jours en Bourgogne, et leur ordonner de s'assembler en Corps pour entrer le lendemain de la fête de la Toussaint prochaine au Palais où Sa Majesté se rendra pour leur faire entendre ses intentions. Je vous supplie, Monsieur, d'apporter pour l'accomplissement de ses ordres toute la diligence possible , et de me
croire toujours, Monsieur, votre etc.
LA VRILLIÈRE
BRULART A LA VRILLIÈRE
Réponse à la précédente; il se plaint de n'être pas instruit du sujet de cette solennité.
Dijon, le 20 octobre 165S.
Monsieur ,
Aussitôt votre paquet reçu, j'ai fait assembler le petit nombre de Messieurs du Parlement qui étaient à Dijon pour résoudre, comme on a fait de mander les autres de se rendre ici *uv la lin
de cette semaine, en attendant l'arrivée du Roi et son entrée au Parlement. Cet honneur est grand pour lui , mais particulièrement pour moi qui dois parler. Je ne laisse pas d'avoir un sensible déplaisir de n'être pas averti, du moins en gros, de quoi il s'agit et de me voir par là dans la nécessité d'être surpris. Je m'imagine qu'on ne souhaite pas que personne parle , puisque je ne suis point averti du sujet. J'attendrai de vos nouvelles làdessus avec impatience, me réjouissant par avance de l'honneur que j'aurai de vous renouveler de vive voix l'assurance que je suis et serai toujours, Monsieur, votre etc.
BRULART
BRULART A LE TELLÏER.
Compte-rendu de l'affaire du greffier en chef Joly et des dispositions
du Parlement.
Dijon, le 26 novembre 1 6SS.
Monsieur ,
Je me donne l'honneur de vous envoyer un extrait en forme du registre du Parlement contenant ce qui s'y passa le vendredi 22 du courant contre le greffier en chef (1). L'affaire a été traitée comme particulière et par discipline, sans que la Compagnie ait prétendu délibérer sur l'enregistrement des édits. Vous verrez mieux par ce fidèle récit la conduite du général et du particulier que je ne vous le pourrais expliquer. Je me contenterai seulement de vous dire, Monsieur, que je n'ai pas voulu me rendre partie de ce greffier, de crainte d'échauffer des esprits que je travaille tous les jours à adoucir pour le bien du service du Roi.
(1) Voir, pour connaître ce qui se passa à celle occasion, notre Histoire du Parlement de Bourgogne, t. II, chap. X,
On s'est imaginé qu'il y avait ici quelque mouvement parmi la populace ; mais le procureur syndic de la ville m'a mis en main les procès-verbaux de ses patrouilles , qui m'apprennent qu'il a tout trouvé dans un grand calme. J'ai vu M. d'Epernon là-dessus, à qui j'ai dit que le Parlement joindrait son autorité à la sienne pour faire quelque chose d'éclat, s'il le jugeait à propos; mais il m'a assuré que tout était en bon état et qu'il n'y avait rien à craindre.
Encore qu'il y ait eu quelque froideur entre M. le Chancelier et moi à cause d'un refus qu'il croyait qu'on avait fait de laisser entrer un maître des requêtes qu'il avait envoyé au Parlement, ce dont il doit être désabusé ; je n'ai pas laissé de le voir avec assiduité et de l'informer de tout ce qui se passait soit au Parlement ou aux Etats, afin de savoir de lui, de moment à autre, les moyens pour servir le Roi en l'un et en l'autre lieu. Je lui dis même il y a quelques jours la résolution où je voyais le Parlement d'ordonner des remontrances sur les édits et de prier le Roi d'en agréer la surséance, et que je faisais mes efforts pour éloigner cette proposition. Et enfin; ne pouvant plus l'éviter, je lui fis dire hier matin qu'assurément l'arrêt se rendrait l'aprèsdînée, s'il n'y pourvoyait. En effet, la chose fut conclue et passa tout d'une voix, à la mienne près, avec une autre qui était de se contenter des remontrances.
L'affaire des Etats ne prend pas un bon chemin ; ce n'est pas qu'elle ne puisse s'accommoder, mais ils ne s'avancent pas davantage qu'ils ne voient espérance que vous vous relâchiez de votre côté , et s'il y avait moyen que vous fissiez quelque chose pour eux , je crois certainement qu'ils prendraient pensée de passer encore par delà le million. L'aversion qu'ils témoignent ouvertement avoir contre quelques-uns qui font des propositions pour la Cour gâte et détruit la plupart des choses qu'ils proposent, et je m'imagine que celles qu'on rebute avec hauteur seraient plus considérées si la personne du proposant était moins odieuse....
Voilà le compte des choses qui sont de ma connaissance, dont
je n'entretiens pas Son Eminence si amplement que vous , me remettant au récit que je crois que vous lui en ferez. Je vous demande pardon de la liberté que je prends de mettre la lettre dans votre paquet, et en môme temps la grâce de me croire, Monsieur, votre etc.
BRULART
BRULART AU CARDINAL
Même sujet; il ne peut servir le Roi qu'en restant uni a sa Compagnie.
Dijon, le 26 novembre 1658.
Monseigneur ,
Je n'oserais importuner Votre Eminence de la lecture de tout ce qui s'est passé ici dans les affaires du Roi depuis son départ. Je crois que M. Le Tellier, à qui j'en mande le détail, prendra la peine de vous en informer. Cependant, Monseigneur, comme je me trouve ici dans de fâcheux embarras et que je sais que Votre Eminence trouve bon qu'en me proposant toujours le service du Roi pour but je conserve aussi quelque crédit pour le servir plus utilement, je supplie très humblement Votre Eminence d'interpréter toujours ma conduite suivant l'assurance que je lui en donne et l'espérance qu'elle m'a déjà fait la grâce d'en concevoir, ne pouvant jamais être qu'avec toute la passion et toute la fidélité imaginable , Monseigneur, de Votre Eminence, le etc.
BRULART
BRULART A LE TELLIER
Même sujet; il explique sa conduite et les difficultés qu'il rencontre de la part
du Parlement.
Dijon, le 3 décembre 1658.
Monsieur ,
Je vous rendis par la dernière poste un compte fidèle et exact de l'état de toutes choses. Les juges du greffier en chef se sont aujourd'hui assemblés pour députer au Roi ensuite de la lettre du cachet, afin de lui rendre raison des motifs de leur arrêt. Ces Messieurs n'ont point voulu que les parents et alliés de ce greffier, du nombre desquels je suis, opinassent sur l'exécution de l'ordre de Sa Majesté, parce que cette affaire, disent-ils, est particulière et qu'il ne serait pas juste d'obliger ceux qui n'ont pas été juges de députer pour soutenir l'arrêt rendu contre leur parent. Je n'ai donc pu assister à cette délibération, quoique j'aie fait mes efforts pour ne point quitter ma place, s 'agissant de faire exécuter la volonté du Roi. Ils ont enfin délibéré qu'il serait satisfait à l'ordre de Sa Majesté porté par la lettre du cachet, et cependant que deux conseillers iraient au plus tôt à Lyon se rendre auprès de sa personne, ce dont vous devez être averti par les syndics du Parlement.
J'avais voulu obliger Messieurs du Parlement de vous donner avis de leur délibération sur les édits portant qu'il serait fait des remontrances au Roi , afin que vous leur pussiez faire savoir ses intentions là- dessus, et qu'ils ne fussent pas accusés d'avoir voulu arrêter l'exécution des édits, sans s'être seulement mis en état d'en représenter les raisons; mais je ne l'ai pu obtenir, et je suis honteux de vous dire que je n'ai été suivi que d'une personne. Je vous dirai à ce propos, Monsieur, que je me trouve ici dans le plus mauvais poste qui se puisse imaginer. Les esprits sont si éloignés par le bruit de ces nouveautés, que je ne
saurais m'assurer sur mes meilleurs amis ni mes plus proches parents pour soutenir les propositions que je fais. Vous serez encore plus étonné quand vous saurez qu'ils ont dit, en députant ces deux conseillers, que c'était à condition qu'ils ne pourraient entendre aucune proposition concernant les affaires publiques , ni négociation. On le voulait même insérer dans la délibération, et, s'ils ne l'ont pas fait, c'est parce qu'ils ont tous dit et convenu que, députant seulement sur la lettre du cachet qui est une affaire particulière , les pouvoirs des députés ne s'étendaient qu'à faire entendre les motifs de l'arrêt. Je suis fâché d'être obligé de vous dire ce détail et de vous faire connaître qu'en l'état présent des choses il n'y a personne qui puisse s'opposer au torrent. Ils disent que la province est perdue, mais que du moins ils n'y consentiront pas par leurs suffrages. Je leur fais voir le contraire , je leur propose des remèdes , ils répondent par colère et par désespoir. Je serais bien heureux si vous me vouliez donner quelques règles pour ma conduite , afin d'agir suivant vos ordres et de ne laisser pas à mes ennemis le plaisir de m'imputer tout ce que le Parlement fait de désagréable , quand je suis dans le dernier déplaisir de voir qu'il ne s'aide pas comme il le pourrait.
Je prends la liberté de vous écrire toutes ces choses en secret et de vous demander le secours de vos lumières dans des affaires si embarrassées, puisqu'il me sera très aisé de conformer mes fidèles sentiments à ceux que vous m'inspirerez. Je suis, Monsieur, votre etc.
BRULART
LE ROI A BRULART
Il le mande à Lyon.
7 décembre 1658.
Monsieur Brulart,
Ayant ordonné à ma Cour de Parlement de Dijon de députer vers moi un président et quatre conseillers pour me rendre compte de ce qui s'est passé en l'arrêt par elle donné contre M. Joly de Cutigny, greffier en chef, je ne doute pas que madite Cour n'y ait satisfait et que lesdits députés né soient en chemin pour me venir trouver. Mais comme je désire être informé par votre bouche de quelques particularités concernant cette affaire, je vous fais cette lettre pour vous dire qu'incontinent après l'avoir reçue vous ayez à partir pour vous rendre incessamment auprès de moi; et me promettant que vous ne manquerez d'accomplir ce qui est en cela de mon intention , je ne vous en ferai la présente plus expresse ni plus longue, que pour prier Dieu qu'il vous ait, Monsieur Brulart, en sa sainte garde.
Ecrit à Lyon le 7e jour de décembre 1658. Signé : LOUIS, Et plus bas : Le Tellier.
LA VRILLIÈRE A BRULART
Envoi de l'ordre du Roi.
Lyon, le 7 décembre lo^8.
Monsieur ,
Je vous adresse, par ordre du Roi, la lettre qu'il vous a écrite pour vous dire de le venir trouver et lui rendre compte de ce qui s'est passé en votre Compagnie , à quoi je ne doute pus ,
Monsieur, que vous ne défériez avec tout le respect et l'obéissance que vous devez aux ordres de Sa Majesté, et vous supplie de croire que s'il se présente occasion de vous rendre service, je vous témoignerai que je vous honore particulièrement et que je suis toujours, Monsieur, votre etc.