DE PAR LE ROI
Exil de Brulart.
Sa Majesté étant mal satisfaite de la conduite du sieur Brulart, Premier Président en la Cour de Parlement de Dijon, lequel est présentement en cette ville, Sa Majesté ordonne au sieur de Saintot maître des cérémonies de faire de sa part commandement audit sieur Brulart de partir incontinent et sans délai de cette ville, et d'aller incessamment et droit en celle de Perpignan en Roussillon, et d'y demeurer jusqu'à nouvel ordre.
Fait à Lyon le 20e de décembre 1658. Signé : LOUIS. Et plus bas : Le Tellier, et scellé.
Je certifie que le présent extrait a été tiré sur l'original . Signé : Saintot.
BRULARD AU CARDINAL
Il recourt à sa justice.
Perpignan, le 25 janvier 1659.
Monseigneur ,
La plus grande disgrâce qui me puisse jamais arriver serait de voir changer les bons sentiments que Votre Eminence m'a témoigné avoir pour moi. J'ai été si soucieux de continuer de vous donner des marques de cette vérité, que je n'ai point eu de plus fortes impatiences, depuis mon malheur, que d'obéir sans relâche aux ordres du Roi en me rendant en cette ville où je suis depuis sept jours. Mais présentement, Monseigneur, que j'y ai satisfait exactement, j'emploie mon temps, que j'ai dédié tout
entier au service de Sa Majesté et à celui de Votre Eminence, à plaindre mon infortune de ne vous avoir pu faire voir par le compte de mes actions des vérités importantes concernant les choses qui se sont passées en Bourgogne, et que Votre Eminence aurait trouvées certainement fort différentes de ce qu'on lui a donné à entendre. C'est ce malheur qui a fait accuser ma conduite , et qui en mon esprit a fait toute ma faute que j'ai tâché d'expier par la promptitude de mon obéissance. Mais j'ose espérer que Votre Eminence, qui est toujours juste et toujours généreuse , ne refusera pas d'ouïr un jour un de ses plus assurés serviteurs en sa pleine justification, et que si l'état des choses ne souffre pas encore que je retourne à l'exercice de ma charge, elle me permettra à présent , par une première grâce , de me retirer en Bourgogne dans une de mes maisons de campagne, pour y vivre ponctuellement suivant les ordres qu'elle me donnera , en attendant que , par une dernière , j'aie la liberté de servir le Roi à la tête du Parlement, comme j'ai fait jusqu'à présent, avec fidélité. C'est la très humble prière que fait à Votre Eminence , avec soumission et sincérité , celui de tous les hommes qui est aussi fortement, Monseigneur, de Votre Eminence, le etc.
BRULART
LE CARDINAL A BRULART
Réponse à la précédente.
Paris, le 13 février 1659.
Monsieur ,
J'ai vu ce que vous avez pris la peine de m'écrire de Perpignan et je vous rends grâce de ce qui me regarde en mon particulier. Mais au reste vous trouverez bon que je vous dise fran-
cheraent qu'il serait à souhaiter, pour le bien de votre Compagnie et pour l'avantage des affaires de Sa Majesté, que vous eussiez toujours fait paraître les mêmes sentiments que vous me témoignez par votre lettre. Je serai ravi de contribuer à votre soulagement lorsque je le pourrai faire ; mais les choses n'étant pas encore en cet état-là, je ne puis que souhaiter qu'elles y soient bientôt, et vous assurer qu'alors je ne perdrai pas un moment de temps à vous faire voir par les effets que je suis , Monsieur, votre etc.
Le Cardinal MAZARIN.
BRULART A LE TELLIER
Il demande qu'on adoucisse son exil.
Perpignan, le °25 janvier 1659,
Monsieur ,
Sur l'assurance qui m'a été donnée par M. le Premier Président de Grenoble que vous aurez la bonté de vouloir m'aider à obtenir ma grâce de Son Eminence, je commence par les justes remèrcîments que je vous dois de vos bons offices dans mon malheur, et à vous dire , Monsieur, que j'arrivai ici le 20 de ce mois, n'ayant pu m'y rendre plus tôt à cause de la misère d^ Perpignan, qui est telle qu'un de mes g;ens que j'y avais envoyé devant n'y ayant trouvé que quatre vilaines murailles qu'il a fallu reblanchir, je fus contraint malgré moi de séjourner quelques jours à Narbonne pour y faire faire absolument tous les meubles nécessaires à un ménage. L'obéissance a donc été tout mon souci depuis mon départ de Lyon, et je l'ai préférée au soin et aux pensées mêmes de travailler à mon retour, étant bien aise de faire voir par ma conduite à tout le monde que je n'ai pas moins de soumission envers le Roi dans ma disgrâce.
que j'ai montré d'empressement et de fidélité dans mon emploi pour son service. Je sais bien aussi que c'est là la plus belle voie pour me signaler dans ma charge que je ne dois qu'à lui et à la protection de Son Eminence, et comme je n'ai jamais eu d'autres sentiments et que j'en ai toujours donné des marques publiques, j'ai raison d'espérer que cette vérité ne doit pas être longtemps cachée. Mais parce que l'état des affaires répugne peut-être encore à mon entier rétablissement, je vous supplie, Monsieur, en attendant la fin de ma mauvaise fortune , d'intercéder pour moi auprès de Son Eminence et de lui faire trouver bon que je me retire à La Borde ou à Sombernon, qui sont deux terres que j'ai en Bourgogne. Je consentirai plutôt , après avoir fait près de deux cents lieues , d'avoir encore l'une de ces maisons pour exil ou, si l'on veut , pour prison, et de n'y vivre que suivant la loi qui me sera donnée. Je vous le demande même par grâce, et à Son Eminence à qui j'en fais la prière par la lettre que je mets en votre paquet, après la bonté que vous avez eu d'en agréer l'adresse ; mais je ne vous en saurais offrir que des ressentiments jusqu'à ce que vous m'ayez mis en état de pouvoir vous en donner des marques , et que je suis , Monsieur, votre etc .
BRULART
LE TELLIER A BRULART
Réponse à la précédente.
Paris, le 7 février 1659.
J'ai rendu en main propre de Son Eminence la lettre qu'il vous a plu de m'aclresser pour ce sujet, et vous ne devez point douter que je n'observe soigneusement ce qui se passera dans
toutes les choses qui vous touchent pour profiter des occasions qui s'offriront de contribuer à votre satisfaction , n'y ayant rien en quoi je souhaite plus de réussir, puisqu'il s'agit de vous témoigner que véritablement je suis, Monsieur, votre etc.
LE TELLIER
BRULARÏ A VILLEROY.
Il sollicite le recouvrement de sa liberté.
Perpignan, le 1er mars 1659.
Monsieur ,
Ce n'est pas assez que j'aie une parfaite reconnaissance des bons et signalés offices que vous me faites la grâce de me rendre à tout moment, il est encore juste que je vous donne des assurances de ma gratitude, et qu'apprenant l'excès de votre bonté pour moi je tâche de m'en rendre aucunement digne par la protestation que je vous fais que rien ne m'est si sensible ni si glorieux que l'honneur d'avoir part en vos bonnes grâces. L'attache que j'ai à m'en continuer la possession me fait aussi, en vous remerciant de la protection que vous donnez à mes intérêts, vous supplier de ne vous point lasser d'obliger une personne qui ne souhaite le recouvrement de sa liberté que pour vous en faire hommage et pour l'employer tout entière à vous faire connaître que je suis tout ce qu'on peut être , Monsieur, votre etc.
BRULART