BRULA HT AU H
Compte-rendu de la même affaire; il signale l'esprit d'empiétement de sa Compagnie.
Dijon, le 4 février 1663.
Sire,
Votre Majesté m'ayant l'ait l'honneur de me recommander elle-même l'exécution du règlement qu'il lui a plu de faire pour ce Parlement, j'ai rapporté à la Compagnie ce qui était en cela des intérêts de Votre Majesté, tant à l'égard de la suppression des syndics, que des autres choses contenues dans ce règlement, que je lui ai dit plusieurs fois avoir été fait solennellement, par Votre Majesté, pour servir de loi à l'avenir dans l'administration de la justice et qu'elle en affectionnait l'observation. M. le Prince, de son côté, ayant reçu ordre de Votre Majesté de tenir la main à l'exécution de ses volontés, et de lui faire savoir la conduite du Parlement en cette rencontre, afin que, si elle n'était pas conforme aux intentions de Votre Majesté, elle y pourvût par les voies de son autorité, n'a rien oublié de ce qui pouvait porter à une parfaite obéissance. Il a donc été délibéré, Sire, que le règlement serait exécuté; mais l'obéissance n'a pas été entière, parce que le même arrêt porte que très humbles remontrances seront faites à Votre Majesté. Gela a été fait, non pas dans le dessein de venir effectivement à ces remontrances , qu'on croit bien que Votre Majesté ne recevra pas, après en avoir tant écouté sur cette même affaire qu'elle a enfin terminée presque selon le projet entier du règlement fait par le Parlement, mais pour se conserver toujours une voie pour revenir dans un autre temps contre ce qu'il a plu à Votre Majesté d'ordonner touchant la suppression du syndicat et rétablissement d'une audience publique le mardi matin, qui sont les seules choses que Votre Majesté a ajoutées au projet du Parlement, et, par l'incertitude de
la forme et des lois de cette Compagnie, entretenir toujours dans le Corps de la division, et de conséquent un parti et des cabales dont il se trouve toujours des gens qui sont bien aises de se faire chefs. Si bien, Sire, que si Votre Majesté veut que son ouvrage serve de loi et qu'il en ait la force , il est nécessaire, tant pour sa durée et son autorité que pour la réunion des esprits , que Votre Majesté ait la bonté de faire expédier de nouveaux ordres qui portent qu'elle veut que son règlement soit perpétuellement observé en tous ses points, qu'elle n'agrée pas qu'on lui fasse davantage de remontrances au contraire, ni que le Parlement s'ingère plus de faire à l'avenir aucun règlement concernant la distribution des procès, l'ordre des audiences et la fonction des charges , comme étant des choses réservées à Votre Majesté seule, et qu'en cas que, dans l'exécution de son règlement, il arrive quelques difficultés, elle entend qu'il en soit usé comme au Parlement de Paris, à l'exemple duquel celui-ci a été créé et a toujours été réglé presque en toutes choses. Je tiens , Sire , que c'est là le moyen d'atl'ermir l'ordre et l'union dans cette Compagnie, et je suis obligé de dire à Votre Majesté qu'il est très utile au bien de son service que son autorité y paraisse clans ces occasions , non seulement parce qu'il faut obéir puisqu'elle a une fois commandé avec tant de connaissance et de justice, mais parce que ce Corps, par une erreur assez particulière qui le trouble depuis plus de trente ans, quoique condamnée par plusieurs arrêts du Conseil, déclarations et lettres du cachet, a cru et croit peut-être encore avoir droit de régler par la pluralité des voix les charges mêmes qui y dépendent immédiatement de Votre Majesté. Je la supplie, Sire, de vouloir être persuadée de ma fidélité et que je suis, Sire, de Votre Majesté, le etc.
BRULART
LE ROI A BRULART
Son mécontentement de la conduite du Parlement; il charge le prince de Condé d'aplanir les difficultés et veut qu'on obéisse à ce gouverneur comme à lui-même.
13 février 1663.
Monsieur Brulart,
J'ai vu par la dépêche que vous m'avez écrite du 4 de ce mois ce qui s'est passé eu ma Cour de Parlement de Dijon, touchant le dernier règlement qui a été expédié, tant pour la séance des officiers qui le composent, que pour la forme de l'administration de la justice. J'aurais souhaité que les remontrances ordonnées sur ce sujet eussent été prévenues et empêchées par une exécution paisible et entière de mes ordres, et par l'ajustement des difficultés survenues en quelques points que j'ai appris être sujets à explication et pouvoir tomber en question. Mais comme je désire que ces incidents et contestations n'altèrent point l'union qui doit être dans la Compagnie, j'écris à mon cousin le prince de Condé de terminer toutes choses par un bon accommodement, et s'il se peut, à la satisfaction d'un chacun, dont j'ai cru vous devoir donner avis par cette lettre, et vous dire que vous ayez à vous soumettre à ce qu'il fera en cette occasion; ne doutant point que mes autres officiers ne contribuent aussi à cet effet par la déférence qu'ils sont obligés d'avoir à son entremise, non seulement parce que c'est mon intention, mais encore à cause du respect qu'ils doivent à sa qualité et à sa charge. Cependant je prierai Dieu qu'il vous ait, Monsieur Brulart, en sa sainte garde.
Ecrit à Paris le 13e jour de février 1663. Signé : LOUIS. Et plus bas : Phelypeaux.
LA VRILL1ÙRE A BRULA RT.
Sur le même sujet.
Paris, le 13 février Kiti.'i.
Monsieur ,
Je n'ai pas manqué de lire au Roi la lettre que vous lui avez écrite et de lui rendre compte de celle qu'il vous a plu me faire du 4 de ce mois. Vous verrez par la réponse de Sa Majesté , cijointe, ses intentions et la résolution qu'elle a prise de renvoyer au jugement de M. le Prince l'ajustement de quelques points qui l'ont la contestation entre vous et la plupart des officiers de votre Compagnie, à cause des différentes explications qu'ils peuvent recevoir; le reste qui est l'essentiel étant assez décidé par la clarté des termes du règlement et réservé au Conseil pour le décider et prononcer dessus, s'il était nécessaire. Je ne doute point que cette voie d'accommodement ne vous soit bien agréable et ne produise un bon effet, puisque, outre que Son Altesse est fort juste et bien intentionnée pour vous, ainsi qu'il paraît par ce qu'elle me mande et par les assistances qu'elle vous a déjà données en cette occasion, son autorité portera les intéressés à se réduire aux choses raisonnables, qui est tout ce que vous devez souhaiter, et, par ce moyen, les contestations se terminant amiablement et de concert, vous conserverez avec le Parlement l'union et la bonne intelligence qui ne vous sont pas moins avantageuses pour affermir votre créance et votre repos, qu'elles sont nécessaires au service du Roi et au bien public. Je vous supplie d'y concourir de votre part de la bonne manière et de m'informer de ce qui se passera, comme aussi de me croire toujours véritablement, Monsieur, votre etc.
LA VRILLIÈRE
BRULART A LA VRILLIÈRE
Encore l'affaire du règlement; les présidents s'acharnent a remettre tout en question. — Scène de violences et de mauvais traitements, attribuée k plusieurs magistrats du Parlement, vis-à-vis l'un des présidents, sa femme et ses valets.
Dijon, le 21 février 1663.
Monsieur,
Vous étant attaché au point que je le suis, je crois que vous me faites la grâce d'être persuadé que je prends une entière part en ce qui vous touche, et que j'entre dans tous les sentiments que vous avez à l'égard de la perte que vous venez de faire.
Ensuite de la lettre que vous écrivîtes à M. le Prince le 9 de ce mois, il offrit au Parlement, où il entra le 17, sa médiation pour l'accommodement des différends qui pourraient naître en exécution du règlement fait par Sa Majesté. La Compagnie délibéra le même matin qu'il lui serait député pour l'en remercier, accepter ses offres et l'assurer qu'incontinent qu'il aurait pris le jour et l'heure qu'il lui plairait de travaillera cette affaire, elle lui députerait à cet effet. Les lettres du Roi du 13 lui ont été depuis apportées par un courrier extraordinaire, et celle dont Sa Majesté m'a honoré de même date m'a été rendue par l'ordinaire trois jours après. L'affaire prend le cours que j'ai prévu qu'elle prendrait; depuis qu'on en reparle les esprits s'échauffent et auparavant tout était quiète. Cette chaleur est excitée par nos présidents qui appréhendent que tout ne s'accommode et que, par ce moyen, le règlement du Roi ne soit reconnu par toute la Compagnie, principalement en ce qui est de conforme au projet de règlement qu'elle a présenté au Roi pour être homologué nonobstant leur opposition. Ils essayèrent hier par toute voie d'obliger les députés à s'assembler avec eux en mon absence pour dresser des propositions qui seraient présentées à M. le Prince et me seraient communiquées, voulant, par cette adresse, faire faire un
pas par la Compagnie contre moi, et faire paraître qu'ils sont unis avec elle contre mes intérêts. Mais je me trouvai à leur assemblée et dis que je n'avais aucun différend avec la Compagnie ; que j'étais d'accord avec elle de tout ce qu'elle avait projeté et qui avait été confirmé par le Roi ; que quant aux choses ajoutées qui ne lui plaisaient pas, je n'insistais pas même aies maintenir et consentais au contraire à ce qu'elle voudrait à cet égard, pourvu qu'elle le fit agréer au Roi, mais que, parle respect que je devais aux ordres de Sa Majesté, je n'osais pas donner un consentement plus formel contre le propre terme du règlement concernant les choses ajoutées ; qu'il était donc évident que j'étais d'accord avec elle sur le règlement, et qu'en ce qui était des points qui pouvaient être sujets à interprétation, ils étaient si aisés à terminer et ils avaient été déjà tant de fois concertés de deçà, qu'il ne faudrait qu'une demi-heure en présence de Son Altesse pour tout parachever ; mais que si quelque intérêt particulier nous brouillait, c'était celui seulement des présidents qui ne voulaient reconnaître, ni le règlement fait par le Roi, ni le projet de celui du Parlement; qu'ainsi je pouvais dire que j'étais d'accord avec la Compagnie, au lieu que les présidents avaient d'abord formé opposition au projet de règlement; qu'ils en avaient envoyé leurs remontrances au Roi; qu'ils s'étaient tous retirés lorsque son règlement avait été présenté au Parlement, et que, dans les conférences qui avaient été tenues au Palais, l'un d'eux avait déclaré pour les autres qu'ils n'entendaient point reconnaître le règlement du Roi dans les choses mêmes qui étaient conformes à la délibération du Parlement; néanmoins que je n'empêchais point qu'ils ne fussent présents à tout, puisqu'il s'agissait d'un accommodement et qu'on ne pouvait pas se conduire en cela avec trop d'union et de fraternité. Les choses ont changé de face sur ce discours, et tous les conseillers ont été d'avis qu'on ne proposât rien qu'en ma présence. Alors M. le président des Barres dit qu'il avait un intérêt particulier et qu'il prétendait devoir tenir les audiences d'après-dînée des mardi et vendredi. M. le président Fyot dit qu'il répétait l'attribution des procès criminels des ecclésias-
tiques, nobles et officiers à la Tournelle, nonobstant que le règlement les attribue à la Grand 'Chambre, en cas qu'ils demandent leur renvoi. M. le président Joly dit qu'il fallait régler mes audiences et distributions autrement que le Roi ne les a réglées. Enfin, Monsieur, tout le dessein des présidents aboutit à jeter les choses dans le désordre pour venir à un nouveau règlement. Mais M. le Prince, à qui nous sommes renvoyés, saura bien faire la différence des propositions qui devront être écoutées et agitées, d'avec celles qui ne seront faites que pour renverser le règlement du Roi et en faire un nouveau ; aussi ne répliquai-je rien à tout cela jusqu'à présent, parce que ce sera en sa présence qu'il faudra l'examiner et y répondre.
Il est arrivé ici une chose qui mérite de vous être dite : deux présidentes à mortier ayant eu querelle au sermon, pour une place, et étant venues des paroles aux mains , M,ne Raillet , l'une d'elles, voulut déplacer l'autre, nommée Mme Jacob qui occupait son siège; celle-ci prétendant avoir droit de le garder, parce que, disait- elle, il était dans la place qui lui appartenait, un de ses valets prit Mme Raillet par le bras. M. le président Raillet et MM. les conseillers Legouz, Rouhier, Ragys, le Procureur général elle doyen de la Sainte-Chapelle, tous frères et beaux-frères de Mme Raillet, s'en allèrent, incontinent après le sermon, en deux carrosses chez le président Jacob. Ils y entrèrent tous en robe, car on ne la quitte plus depuis la vérification de la déclaration, et demandèrent à ce président de leur remettre son valet pour en faire châtiment. Ils disent qu'ils en usèrent avec civilité; mais M. Jacob dit que ce fut avec injure et menaces. Le valet passant dans une cour et étant reconnu par un de ces Messieurs, il courut à lui. M. le président Jacob alla après celui-là et le retint par sa robe ; mais il se retourna et prit M. Jacob par le collet du pourpoint, qu'il rompit. M. Jacob ajoute (ce qui est dénié) qu'il fut frappé de quelques coups, et d'un entre autres au visage qui m'en a paru enflé. Le valet fut ensuite poursuivi par le même qui enfonça la porte de la cuisine où il s'était sauvé ; il se retira dans un autre réduit dont la porte fut aussi
rompue; le valet s'étant servi de quelques gros bâtons qui lui turent jetés parla porte, ne fut pas attaqué davantage. L'on convient encore qu'il y eut un laquais de M. Jacob battu par l'un de ces Messieurs; qu'ils entrèrent quatre dans la cuisine, et que deux autres demeurèrent en dedans la cour, à la porte de la rue qui était fermée. Mais ils ne demeurent pas d'accord de ce que soutient M. Jacob, que sa femme a été battue de plusieurs coups par l'un des quatre ; qu'ils étaient entrés dans sa maison avec des bâtons sous leur robe ; qu'ils avaient des armes dans leurs carrosses, et que leurs laquais en grand nombre s'étaient rendus maîtres de la porte par le debors , et avaient empêché ceux qui étaient accourus au secours d'entrer dans la maison. M. le Prince reçut d'abord la plainte de la plupart de ces choses par M. le président Jacob, qui se rendit chez Son Altesse aussitôt après dans le même état auquel il disait avoir été mis. M. le Prince me manda incontinent et voulut me donner connaissance de tout pour essayer de l'accommoder avec lui. Ces Messieurs vinrent ensuite le trouver et se plaignirent fort du valet de M.Jacob et de lui-même; chacun parla de se pourvoir au Parlement; cela fut arrêté pour ce jour-là par Son Altesse. Mais M. Jacob n'a pas voulu remettre ses intérêts à M. le Prince qu'il n'ait pris l'avis de ses parents, dont il y en a à Paris et d'autres à vingt-cinq lieues d'ici, où il est allé. Voilà, Monsieur, l'état de l'affaire dont je souhaite fort l'accommodement à cause des suites qu'elle pourrait avoir et de la division qu'elle ferait en cette ville, où l'un et l'autre des partis ont de grandes parentés... (1).
Je vous supplie d'être persuadé que personne n'est avec tant de respect que je suis, Monsieur, votre etc.
BRULART
(1) Cette affaire n'eut pas d'autres suites, ayant été apaisée par l'entremise du prince de Coudé.
BRULART A LA VRILLIÈRE
Il lui annonce la conclusion de l'affaire du règlement du Palais terminée par l'entremise du prince de Condé.
Dijon, le 7 mars 1663.
Monsieur ,
Les articles arrêtés en présence de M. le Prince ayant été vus, les Chambres assemblées, ils ont été approuvés d'un commun consentement ; chacun s'est désisté de ses prétentions et oppositions, et il a été arrêté que le règlement du Roi avec ses articles serait enregistré et exécuté. L'on a fait aussi un règlement pour les menues nécessités du Palais; vous trouverez le tout joint à cette lettre. Son Altesse en fut hier remerciée par une députation solennelle , et tous les esprits sont à présent, aussi bien que les choses, dans une grande tranquillité. Vous y avez, Monsieur, infiniment contribué par le secours qu'il vous a plu me donner et par vos sages conseils; aussi en ai-je un très grand ressentiment, et je vous supplie de croire que je ne serai jamais si heureux que lorsque je pourrai vous le témoigner, et
que je suis votre etc.
BRULART
GCXVIII
BRULART A LA VRILLIÈRE
Il se justifie de plaintes portées conlre lui au Roi par l'abbé Fyol, pour des paroles injurieuses.
Dijon, le H mars 1663.
Monsieur ,
Après vous avoir rendu de très humbles grâces de la lettre qu'il vous a plu m'écrire le 6 de ce mois et de toutes les choses que vous m'avez fait l'honneur de me mander, je ne saurais m'empêcher de vous dire que j'ai été très surpris d'apprendre
par la lettre que vous avez écrite à M. le Prince , dont il m'a donné connaissance, que M. l'abbé Fyot aumônier du Roi a fait des plaintes à Sa Majesté que je l'avais traité avec iujures, les Chambres assemblées, et qu'elle désirait que Son Altesse en prît connaissance pour m'obliger à faire satisfaction à cet abbé, en cas qu'il lui en fut dû; de telle sorte néanmoins que lui et moi demeurassions satisfaits. Je vous ai, Monsieur, grande obligation de ces derniers mots que l'on a bien reconnu venir de la grâce que vous me faites de me protéger. Quant au surplus, je vous peux dire et assurer, Monsieur, que je ne sais ce que c'est f que le i'ondement de cette plainte, et je pose en fait que de ma vie je n'ai dit ni pensé aucune chose dont M. l'abbé Fyot ait pu se plaindre. H y a plus de deux mois, avant que M. le Prince arrivât, que lisant, les Chambres assemblées, le règlement du Roi, Monsieur son père se plaignant de renonciation qui y est faite que les remontrances des présidents ont été envoyées au Roi et vues au Conseil, il voulut persuader que c'était moi qui y avais coulé ces mots-là. Je dis que cette proposition était contre le respect dû au Conseil et l'arrêt qui en faisait mention; mais que je m'étonnais que cela fût avancé, puisque c'était son fils l'abbé qui avait présenté ces remontrances à M. Le Tellier, lequel vous les avait remises après votre retour, et qu'il avait été un très bon agent dans cette affaire, où il n'avait rien oublié pour donner toute la couleur imaginable à ses raisons. Ce mot d'agent ne plut pas au père, qui n'y aurait pas pris garde dans une autre occasion que celle-là où il se voyait sans réplique. Cependant il ne fut pas autrement relevé , et il dit seulement que son fils n'était pas un agent ni un envoyé ; après quoi ayant dit que ce terme pour un fils à l'égard de son père ne pouvait être trouvé mauvais , la chose demeura là. Et afin de vous en dire plutôt davantage que moins, je ne dois pas oublier que, comme on parlait de cet abbé, son père n'étant pas encore dans la Chambre, je dis ce mot que j'ai dit mille fois par habitude en parlant de son fils « le petit abbé Fyot, » comme en effet on ne le nomme presque pas autrement à la Cour ; mais cela fut dit sans
aigreur, mépris , chaleur ni affectation quelconque , de même que je l'ai dit plusieurs fois et que je le dis toujours lorsque je n'y fais pas une particulière réflexion. Voilà, Monsieur, tout ce qui s'est passé, et s'il dit que j'aie tenu d'autres discours, même équivoques ou qui aient pu marquer du mépris ou quelque mécontentement de lui, je vous prie de croire qu'il l'avance et que je le nie fortement. Si cela était, son père qui vit bien avec moi et avec plus de douceur qu'il n'en a eu il y a plus de huit mois, se serait apparemment un peu refroidi; mais je crois avoir raison de me plaindre que cet abbé, abusant de l'accès qu'il a à la Cour, me veuille faire passer auprès de Sa Majesté pour un emporté. Il faut que, pour en user ainsi sans sujet ni provocation, il ait quelques vues et se veuille préparer une évocation générale des affaires qu'il meurt d'envie de commencer ici pour son abbaye de Saint-Etienne, à laquelle il veut attribuer de nouveaux droits dont il sait bien ne pouvoir venir à bout dans ce Parlement sans de grandes peines. Je vous conjure donc, Monsieur, de vouloir rendre témoignage à Sa Majesté de ma conduite, qui est autant différente de celle de M. l'abbé Fyot que ma place l'est de la sienne, et que j'espère que Sa Majesté , après avoir été éclairée par M. le Prince de la vérité des choses que j'ai l'honneur de vous écrire, l'obligera à me faire excuse de s'être plaint au Roi de ma personne, sans lui en avoir donné sujet ni même le prétexte. Jusqu'ici, Monsieur, je n'avais rien dit contre lui; mais à présent qu'il a parlé de moi à Sa Majesté en mauvaise part, j'espère qu'il m'en fera avoir satisfaction, après qu'il vous aura plu de lui rendre compte de la vérité de la chose, et de lui témoigner que, n'y ayant rien que j'aie tant à cœur que de vivre en ma charge avec la modestie et la décence que je dois, j'ai tous les déplaisirs possibles que la hardiesse de cet abbé l'ait fait oser entreprendre de parler au Roi contre la vérité, pour essayer de détruire ce que je fais en sorte d'établir tous les jours par mes services et par ma conduite. Je vous demande en cela votre protection et de me croire toujours, avec toutes sortes de respects, Monsieur, votre etc.
BRULARÏ.
LA VRILLIÈRE FILS A RRULARÏ
Le Roi a agréé ses explications; le prince de Condé est chargé de réconcilier les partir s — Rapt imputé à M. de La Coste dans la personne de la pupille d'un membre du Parlement.
Paris, le 20 mars 1663.
Monsieur ,
Je me trouve obligé non seulement à cause de l'absence de mon père, qui est allé pour trois semaines en sa terre de Châteauneuf, proche Orléans, mais encore par la passion que j'aurais de vous être utile en quelque chose, de vous informer que j'ai soigneusement représenté et fait valoir vos raisons au Roi touchant la conduite tenue par vous au sujet de M. l'abbé Fyot. Elles ont été reçues aussi agréablement que vous le pouviez espérer, à quoi n'a pas peu contribué la manière obligeante pour vous dont en a écrit M. le Prince, que vous devez, ce me semble, remercier. Mais comme Sa Majesté désire que cette petite aigreur et mésintelligence finisse par quelque sujet de satisfaction pour M. Fyot, sans toutefois que vous en ayez de vous plaindre, ni pour cela que vous vous portiez à rien qui puisse être le moins du monde contre votre honneur ou votre dignité, elle a remis la décision entière de la chose à Son Altesse, qui est trop équitable pour rien exiger de vous au-delà de ce que vous devez faire, et vous trop prudent pour ne pas seconder ses bonnes intentions de toutes les facilités raisonnables , afin que la réconciliation et l'accommodement soient solides. C'est l'avis et l'éclaircissement que j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir sur la dernière lettre que vous avez pris la peine d'écrire à M. de La Vrillière, du 11 de ce mois.
Cependant, avant de finir celle-ci , j'ajouterai que la conduite de votre Compagnie n'est pas approuvée dans le procès de M. de La Coste, prévenu d'un rapt en la personne de Mlle de Chaumelis, mineure. Il se remarque beaucoup d'affectation et de
complaisance en faveur de l'accusé, à cause de sa qualité d'officier dans le Corps, bien que cette raison et la nature de l'affaire, qui est odieuse et de mauvais exemple, dussent porter le Parlement à faire connaître son désintéressement et l'exactitude de la justice. Mais le contraire paraît par plusieurs preuves et entre autres par un nouvel arrêt du 2 de ce mois qu'on cassera, comme je crois, au premier jour, attendu qu'il ordonne la communication des requêtes à l'avocat général pour le procureur général ; ce qui est une entreprise , par toutes les raisons que vous savez et qui seraient longues à dire, aussi bien qu'un effet de l'attachement de M. Languet à faire en cette occasion le devoir de sa charge, nonobstant les traverses qui lui ont été données. Par toutes ces considérations , Monsieur, l'intention de Sa Majesté est que vous teniez la main en ce qui dépendra de vous à ce que toutes choses aillent dans l'ordre, et que vous informiez M. de La Vrillière ou moi de ce qui se passera en cette occasion. Au surplus, je souhaite qu'il s'en présente quelques-unes de vous témoigner que je suis toujours, Monsieur,
votre etc.
LA VRILLIÈRE fils.
GGXX
BRULART A LE TELLIER
Affaire du comte de Tavannes emprisonné pour duel.
Dijon, le 24 avril 1663.
Monsieur ,
Les grâces que j'ai reçues de vous en foutes occasions semblent autoriser la liberté que je prends de vous supplier d'être favorable à M. le comte de Tavannes mon cousin germain, prisonnier au fort l'Evêque pour une rencontre dans laquelle j'apprends de tout le monde qu'il s'est conduit avec tant de pru-
dèiïce, que personne ne doute que, quand il aura plu au Roi d^ s'en faire informer, 8a Majesté ne reconnaisse qu'il a conservé pour ses édits tout le respect qu'il pouvait leur rendre. Cependant, il y a trois semaines qu'il est enfermé, et comme tout eé que lui et moi passionnons le plus est que le Roi connaisse parfaitement la vérité de sa conduite , et que rien au monde ne le peut toucher davantage que le seul doute que pourrait avoir Sa Majesté qu'il eût manqué en quelque chose au respect qui est dû à ses ordres, je vous demande la grâce, Monsieur, de vouloir supplier Sa Majesté de prendre connaissance du détail de ee (pu s'est passé, ne doutant point que ce ne soit le moyen, non seulement de lui faire recouvrer sa liberté, qui est ce qui lui est de moins considérable présentement , mais de persuader à Sa Majesté une chose qui est plus importante au prisonnier; qu'il a eu pour ses édits tout le respect imaginable , comme il a pour son service tout rattachement et toute la fidélité que peut avoir pour elle un de ses meilleurs et plus affectionnés sujets. Je vous supplie instamment de vouloir lui rendre vos offices en cette rencontre et d'être persuadé que je suis, avec tout le respect et le ressentiment possible, Monsieur, votre etc.
BRULART
BRULART A LE TELLIER
Continuation du même sujet.
Dijon, le 6 mai 1663.
Monsieur ,
Vous m'avez si fort obligé à être sensible à tout ce qui vous touche , que je ne dois pas manquer à vous témoigner le déplaisir que je ressens de la perte que vous venez de faire de
M. de Saint -Pouange, et quand ce n'en serait pas une qui m'est particulière, votre seule considération ne pourrait manquer de me donner beaucoup de regrets de sa mort.
Souffrez, je vous supplie, qu'après ce compliment j'ajoute ici à la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire pour M. de Tavannes, qu'il ne connaissait pas seulement M. de Plancy, que cette rencontre était inévitable, et qu'ayant été deux fois attaqué, il ne pouvait s'empêcher de se défendre. Au surplus, Monsieur, il y a eu si peu d'aigreur dans le sujet de leur différend , qu'ils sont à présent bons amis et ne bougent plus d'ensemble. Je ne doute pas que Sa Majesté, sachant toutes res circonstances, n'accorde bientôt à M. de Tavannes la liberté; c'est ce que je souhaite de tout mon cœur et dont je ne vous parlerais pas si souvent, si ce n'était pas un de mes plus proches parents et le plus intime de mes amis. Faites-moi s'il vous plaît la grâce d'être persuadé que je suis, avec toute la reconnaissance possible, Monsieur, votre etc.
BRULARÏ.
GGXXII