JUGEMENT
DE NOS SEIGNEURS LES COMMISSAIRES NOMMÉS PAR LE ROI AL FAIT DES PERSON- NES, RELIGIEUSES ET AUTRES, POSSÉDÉES DU MALIN ESPRIT A AUXONNE, SUR LE RAPPOUT DE MONSEIGNEUR L'ÈVÉQUE DE CHALON , COMMISSAIRE DÉPUTÉ DE SA MAJESTÉ (1).
Annexe à la lettre précédente.
Nous soussignés, ayant entendu le récit, qui nous a été fait par Monseigneur l'évêque de Chalon-sur-Saône, de tout ce qui s'est passé en sa présence, dans la visite et les exorcismes auxquels il
faite eut pour but de mettre un terme à ce mal; le Parlement, qui déjà avait acquitté Barbe Bu vée, ne paraissant pas disposé à s'en tenir à cette dernière décision, quand la prudence lui en faisait une loi.
Une commission nouvelle nommée par le Roi le 14 octobre 1662 et qui fut présidée par l'intendant Bouchu , sembla avoir été choisie dans ce but. Elle examina ces religieuses séparément, sans avoir pu trouver en elles des signes certains de possession. Le procès-verbal des exorcismes est du •23 juin 1663, c'est-à-dire postérieur de dix-sept mois à celui des évèques et quand, depuis ce dernier acte, les preuves avaient pu disparaître. Il semblait que tout était fini de ces recherches; mais il n'en fut rien. On verra plus tard des lettres du Roi qui en renvoyèrent successivement la connaissance au Parlement et à l'intendant Bouchu. Depuis lors, on n'en trouve nulle trace, et tout porte à croire qu'elles furent assoupies.
(1) Tiré des manuscrits de la bibliothèque impériale.
a vaqué pendant quatorze jours par l'ordre du Roi et la commission de Monseigneur l'archevêque de Besançon, de plusieurs tilles, tant religieuses que séculières, qui paraissent vexées et travaillées du mauvais esprit en la ville d'Auxonne, assisté de plusieurs ecclésiastiques par lui choisis, personnes de mérite et de probité, et du sieur Morel, ancien médecin de la ville de Chalon, connu par sa doctrine et son expérience : tous lesquels ont convenu dans le même sentiment, après que ledit Seigneur évêque nous a rapporté :
ï. — Que toutes lesdites tilles, qui sont au nombre de dix-huit, tant séculières que régulières, sans en excepter une, lui ont paru avoir l'intelligence et le don des langues, en ce qu'elles ont toujours répondu fidèlement au latin qui leur était prononcé par les exorcistes, qui n'était pas emprunté du rituel et encore moins concerté avec eux : souvent même se sont expliquées en latin, quelquefois des discours achevés; qu'une d'entre elles, nommée Anne l'Ecossais, dite de la Purification, l'un des exorcistes lui parlant en Irlandais, a témoigné l'entendre fort bien, et le lui ;i expliqué en langue française par plusieurs fois.
II. — Que toutes ou presque toutes ont témoigné avoir connaissance de l'intérieur et du secret de la pensée, quand elle leur a été adressée; ce qui a paru principalement dans les commandements intérieurs qui leur ont été faits très souvent parles exorcistes, en diverses occasions, auxquels elles ont obéi très ponctuellement pour l'ordinaire, sans que les commandements fussent exprimés ni par la parole, ni par aucun signe extérieur; dont ledit seigneur évêque a fait plusieurs expériences, entre autres en la personne de Denise Lamy, servante du lieutenant général d'Auxonne, à laquelle ayant fait commandement dans le fond de sa pensée de le venir trouver pour être exorcisée, elle y est venue incontinent, quoique demeurant en un quartier delà ville assez éloigné, disant audit seigneur évêque qu'elle avait été commandée par lui de venir, ce qu'elle a fait plusieurs fois. Et
encore en la personne de la sœur Marguerite Jamin, dite de l'Enfant Jésus, novice qui, sortant de l'exorcisme, lui dit le commandement intérieur qu'il avait fait au démon pendant l'exorcisme. Et en la personne de Huberte Borthon, dite de Sainl- François, à laquelle ayant commandé mentalement au plus fort de ses agitations de venir se prosterner devant le saint Sacrement, le ventre contre terre et les bras étendus, elle exécuta l»v commandement au même instant qu'il eut été formé, avec une promptitude et une précipitation toute extraordinaire. Les autres ecclésiastiques qui avaient l'honneur d'assister ledit seigneur évêque, selon qu'il nous l'a rapporté, en ayant tiré des preuves semblables tous les jours par plusieurs fois; cette expérience étant fort commune chez eux et cette pratique ordinaire pour les faire obéir.
III. — Qu'elles ont prédit, en diverses occasions, les choses qui devaient arriver, particulièrement touchant les maléfices et les sorts qui se devaient trouver non seulement en divers lieux du monastère, où ils ont été trouvés par effet, mais encore dans le corps des autres filles auxquelles elles n'avaient pas parlé, qui les ont rendus et vomis le jour et l'heure précisément que les premières avaient marqués : les démons, selon qu'il paraît, se détruisant ainsi les uns les autres à leur confusion. Quelquefois elles ont découvert audit seigneur évêque, ou à quelques-uns de ses domestiques, des particularités fort secrètes touchant des affaires domestiques et le temps du voyage qu'il était obligé de faire à Paris, que lui-même ne connaissait pas encore, et qui se sont trouvées fort véritables par l'événement, quoique les unes et les l'autres ne pussent être connues, ni par soupçon, ni par conjecture.
IV. — Qu'elles ont presque toutes universellement témoigné, surtout dans la chaleur de leurs agitations, une étrange aversion pour les choses saintes, particulièrement dans les sacrements de pénitence cl de la très sainte eucharistie : étant nécessaire sou-
vent d'y employer plusieurs heures pour en confesser une", à cause des résistances extrêmes et des cris dont les confessions sont interrompues, et qu'on ne surmontait qu'cà force d'imprécations et de commandements au démon : et dans la communion les convulsions et les mouvements, involontaires apparemment, dont elles étaient saisies auparavant de recevoir la sainte hostie, et, du moment qu'elle était reçue, les hurlements et les cris effroyables qu'elles faisaient, se roulant par terre, la sainte hostie demeurant toujours sur la pointe de la langue qu'elles avançaient et retiraient horriblement, au commandement de l'exorciste, sans faire néanmoins aucune injure ou irrévérence au saeremènt, quelquefois l'espace d'une demi -heure plus ou moins; tant que, les espèces étant avalées, la fille demeurait tranquille en un moment, et sans mémoire de tout ce qui s'était passé. Qu'elles ont témoigné des répugnances et des horreurs extraordinaires à l'approche des reliques des saints, qu'elles ont souvent reconnues et nommées tout haut, sans les avoir aperçues et sans en avoir rien appris. Que presque toutes, Monseigneur ayant quelquefois imposé les mains secrètement et sans qu'elles pussent le connaître, ont témoigné le sentir en criant que cette main leur était insupportable, qu'elle était trop pesante et qu'elles en étaient brûlées. Que, dans la chaleur des exorcismes, et surtout pendant la sainte messe , elles ont souvent vomi des blasphèmes et des exécrations si horribles et si fréquentes contre Dieu et sa sainte Mère, qu'il était impossible de les ouïr sans frayeur, et qui ne peuvent sortir vraisemblablement que de la bouche d'un démon.
V. — Qu'étant pressées de donner des marques surnaturelles pour justifier la présence du démon, elles semblent y avoir obéi : nitre autres, une nommée Denise Lamy, servante, commandée par Monseigneur de faire cesser le pouls entièrement au bras droit pendant qu'il battait au gauche, et puis transférer le battement du bras gauche au bras droit pendant qu'il cessait au gauche, elle l'a exécuté ponctuellement en présence d'un médecin.
qui l'a reconnu et déposé, et de plusieurs ecclésiastiques. Que la sœur de la Purification a fait la même chose deux ou trois fois, lune et l'autre en pleine santé, agissant et parlant à son ordinaire, le faisant battre et cesser selon qu'il lui était commandé par l'exorciste. Que la sœur Marguerite Jamin, dite de l'Enfant Jésus, a fait la même chose; et au commandement de l'exorciste, ayant fait enfler sa poitrine d'une grosseur monstrueuse, au seul commandement accompagné du signe de la croix l'a désenflée au même instant, et cela par trois fois, par un effet surprenant et aussi prompt que la parole. Que la sœur Lazare Arvier, dite de la Résurrection, vint à l'un des ecclésiastiques portant dans sa main un assez longtemps un charbon de feu tout allumé, sans en témoigner aucun sentiment , et plusieurs autres laits de pareille nature qu'il serait difficile de rapporter. -
YI. — Qu'au simple commandement de l'exorciste , elles ont paru quelquefois dans l'état d'une insensibilité prodigieuse : entre autres, la nommée Denise. Monseigneur ayant fait commandement au démon de suspendre les sens de la fille, en sorte qu'elle ne sentît aucune douleur, et icelle ayant déclaré qu'elle était dans cet état, une épingle lui étant enfoncée par le médecin présent jusqu'à la tête dans le doigt, au lieu où il s'attache au bout de l'ongle, qu'il disait être le plus sensible, elle témoigna n'en rien sentir du tout. Etant commandée d'arrêter le sang, l'épingle fut tirée de la plaie sans tirer du sang; étant commandée de le laisser couler, il coula tout aussitôt avec abondance , et après que le commandement lui eut été fait encore de l'arrêter, il cessa de couler. L'ayant encore fait quelques jours après en la personne de la sœur de la Purification, la peau du bras lui ayant été percée de part en part et une aiguille enfoncée jusqu'à la tête dans les doigts, sans qu'il y parût ni de douleur ni de sang, sans que la fille parût ni malade ni assoupie, mais parlant et pressant les assistants d'employer le fer et le feu, protestant de n'en rien sentir absolument. Quelques-unes d'entre elles, particulièrement la sœur de la Purification, ayant été empêchée
de sortir du monastère une nuit qu'elle devait être enlevée an sabbat, selon que les autres avaient assuré dans les exorcismes des jours précédents, dans le même temps de cette assemblée prétendue, était tombée tout à coup dans une espèce d'assoupissement ou d'insensibilité merveilleuse qui avait duré cinq quarts d'heure ou plus, aliénée de tous ses sens , sans mouvevement, sans parole, sans connaissance, les bras croisés sur l'estomac, mais siraides, qu'il fut impossible de les ouvrir; les yeux fermés et puis ouverts, mais fixes, arrêtés et sans rien voir, selon qu'il paraissait en ce que, passant les mains devant, elle ne sillait point les paupières , telle qu'une personne morte ou privée de l'usage de tous les sens; qu'étant revenue de cette extase, elle disait avoir été transportée au sabbat en esprit, et disait tout ce qu'elle avait vu.
VII. — Qu'elles ont paru jeter souvent xlu fond de l'estomac par la bouche, après plusieurs heures de conjurations et d'exorcismes, de certains corps étrangers qu'elles appellent des sorts et maléfices de différentes espèces : des morceaux de cire, des ossements, des cheveux, des cailloux d'une grosseur et d'une taille telle, qu'il est mal aisé de croire qu'ils puissent passer la çorge naturellement, comme nous l'avons jugé, nous ayant été représentés , tel se trouvant plus large et plus épais qu'un écu blanc. Que la nommée Denise entre autres, après trois heures d'exorcismes et des violences extraordinaires, avait jeté par la bouche une grenouille ou crapaud vivant de la largeur de la pomme de la main, qui fut brûlé au même temps.
VIII. — Que les démons dont les filles se disaient possédées, pressés de sortir par la voix des exorcistes et par la présence du saint Sacrement, ont paru donner des signes surnaturels et convaincants. Que, dans la nommée Denise, les démons ayant reçu commandement de sortir, et, pour signe, de casser un endroit de la vitre qui lui fut montré du doigt par Monseigneur de Ghalon, la fille fut délivrée et la vitre cassée par effet. Que la sœur
Huberte Borthon, dite de Saint -François, qui se trouva absolument et entièrement guérie du jour de la présentation de la Vierge, 1661, pour marque de sa délivrance, jeta par la bouche un taffetas plié dans lequel paraît écrit en lettres rouges le nom de Marie, et quatre autres lettres capitales qui marquaient les noms de saint Hubert et du bienheureux François de Sales. Que la sœur Anne de la Purification, qui se dit avoir été délivrée de plusieurs démons le jour de saint Grégoire Thaumaturge, pour signe de cette grâce rendit par la bouche un morceau de drap dans un cercle de cuivre dans lequel était écrit le nom de Gregoriiïs. Que le même jour de la Présentation, la sœur Anne de la Purification, pour marque d'une autre délivrance de plusieurs démons chassés de son corps dans le commandement de l'exorcisme, fit paraître en un instant écrit sur son bandeau, en gros caractères comme de sang : Jésus , Marie , Joseph ; ce bandeau ayant été vu tout blanc par les exorcistes un moment auparavant .
IX. — Que parmi les mouvements et les postures violentes dont elles sont agitées pendant l'exorcisme, quelques-unes ont paru si extraordinaires, qu'elles ont été jugées passer non seuseulement le pouvoir d'une fille, mais encore les forces de la nature. Que la sœur Borthon, dite de Saint-François, commandée d'adorer le saint Sacrement, s'est prosternée, touchant].! terre de la pointe de l'estomac; la tête, les pieds et les mains aussi bien que le reste du corps portés en l'air. Que la sœur de la Résurrection a fait la même chose. Celle-ci a paru quelquefois prosternée en terre tout le corps plié comme un cercle, de sorte (pie la plante de ses pieds venait lui toucher au front. Que les nommées Constance et Denise ont été vues quelquefois renversées contre terre qu'elles touchaient seulement du sommet de la tête et de la plante des pieds, tout le reste du corps en l'air, et marcher en cet état. Que toutes, ou presque toutes, demeurant à genoux et les bras croisés sur l'estomac, se sont renverversées en arrière; de sorte que le haut de la tète allant joindre la plante des pieds, la bouche venait baiser la terre et former de
la langue un signe de croix sur le pavé. Que quelques-unes
d'entre elles, entre autres la sœur de Sainte-Catherine, dans l'exorcisme, avaient paru la tète renversée et les yeux ouverts ; en sorte que la prunelle s'étant retirée absolument sous la paupière supérieure, on ne vit que le blanc des yeux, perdant apparemment l'usage de la vue dans ce moment, ce qui était effroyable à voir. Que la nommée Denise, qui paraît jeune et infirme, étant agitée, a pris avec deux doigts un vase d'une, espèce de marbre rempli d'eau bénite si pesant, que deux personnes des plus robustes auraient peine de le soulever, l'a tiré de son piédestal et l'a renversé par terre, sens dessus dessous, avec autant de facilité qu'elle aurait eu pour un morceau de papier. Qu'il leur est arrivé souvent aux unes et aux autres, dans la chaleur de leurs transports, de se frapper la tête, ou sur le front ou aux tempes, contre la muraille et sur le pavé, plusieurs l'ois par des coups si rudes et si violents, qu'apparemment elles en devaient être notablement offensées, avec effusion de sang, sans qu'il y parût, ni meurtrissure, ni contusion, ni marque.
X. — Que toutes ces filles sont de différentes conditions : il y en a des séculières, des novices, des postulantes et des professes ; il y en a des jeunes, il y en a qui sont fort âgées; quelques-unes sont de la ville, quelques-unes n'en sont pas; quelques-unes qui sont de bonne condition, d'autres qui sont de basse naissance ; quelques-unes qui sont riches, et quelques autres qui sont pauvres et de moindre condition-; Qu'il y a dix ans ou environ que cette affliction a commencé dans le monastère; qu'il est mal aisé que depuis un si long temps un dessein de fourbe et de friponnerie pût conserver le secret parmi des filles en si grand nombre, de condition et d'intérêts si différents; qu'après une recherche et une enquête la plus exacte, ledit seigneur êvêque n'a trouvé personne, soit dans le monastère, soit dans la ville, qui ne lui ait parlé avantageusement de l'innocence et de la régularitë tant des filles que des ecclésiastiques qui ont travaillé avant lui aux exorcismes, et qu'il témoigne avoir reconnu de sa
part, en tous leurs déportements, pour des personnes d'exemple, de mérite et de probité : témoignage qu'il pense devoir à la justice et à la vérité.
Joint à tout ce que dessus le certificat à nous présenté du sieur Morel, médecin, présent à tout, qui assure que toutes ces choses passent les termes de la nature et ne peuvent partir que de l'ouvrage du démon.
Le tout bien considéré, nous estimons que toutes ces actions extraordinaires en ces filles excèdent les forces de la nature humaine et ne peuvent partir que de l'opération des démons possédant et obsédant les corps : c'est notre sentiment.
Fait à Paris, le vingtième jour de janvier mil six cent soixante et deux. Signé sur l'original : -j-Marca, archevêque de Toulouse, nommé par le Roi à l'archevêché de Paris; f Henry de la M., évêque de Rennes, grand-aumônier de la Reine-Mère du Roi ; t Hardouin , évêque de Rhodez ; f Jean , évêque de Chalon-sur- Saône ; François Annat, de la Compagnie de Jésus, confesseur du Roi; Morel, docteur en théologie de la Faculté de Paris, de la Maison et Société de Sorbonne , théologal de l'Eglise de Paris ; N. Cornet, docteur de la Faculté de théologie de Paris, grandmaître de la Maison de Navarre ; M. Grandin, docteur et professeur royal en théologie de la Faculté de Paris, de la Maison et Société de Sorbonne, syndic de ladite Faculté de théologie ; Fr. Ph. Leroy, religieux cordelier, docteur de la Faculté de théologie de Paris, confesseur de la Reine-Mère du Roi.
BRULART A LA VRILUÈRE.
Le nouveau règlement du Palais est apporté au Parlement; résistance factieuse
de cette Compagnie.
Dijon, le 3 janvier 1603.
Je commence cette année avec les mêmes sentiments de respect et de reconnaissance que j'ai toujours eus pour votre personne. J'ai fait présenter au Parlement le beau et grand règlement qu'il a plu à Sa Majesté de faire dresser pour la séance des officiers qui le composent, et l'ordre et l'administration de la justice. La communication en a d'abord été ordonnée aux gens du Roi qui ont conclu à ce qu'il fût enregistré et exécuté. Les Chambres ont été aujourd'hui assemblées pour y pourvoir; mais les présidents ont fait leurs efforts pour empêcher d'opiner sur l'enregistrement, jusqu'à interrompre le doyen quand il en a pris l'avis, et à se retirer quand ils croyaient que d'autres voulaient prendre son sentiment ; le leur étant de tirer de longueur et d'éloigner l'exécution des volontés du Roi. Ils ont ensuite échauffé les esprits sur la révocation du syndicat, et soutenu qu'elle était préjudiciable au service du Roi et à l'autorité du Parlement. J'ai fait entendre sur cet article et sur les autres les intentions de Sa Majesté, et que, quoique j'eusse fait mes efforts au Conseil pour en empêcher la résolution, il avait été résolu , d'une commune voix, qu'il n'y aurait plus de syndic pour quelqu 'affaire que ce soit. L'un d'eux a bien osé dire qu'ils n'étaient pas obligés à croire ce que je disais de la part du Roi, et enfin, les opinions prises, il a été délibéré que le règlement fait par le Roi et le projet de celui du 7 juillet, arrêté les Chambres assemblées, seraient examinés par commissaires des Chambres. La chose va à. éloigner l'effet du nouveau règlement autant qu'on pourra, et enfin qu'à ne s'attacher qu'au projet de règlement, et non pas à
la réformation qui en a été faite au Conseil. Peut-être que le respect qu'ils auront pour Monseigneur le Prince qui ne manquera pas de leur faire connaître que le Roi veut être obéi, produira quelque chose. Mais si Sa Majesté ne lui avait pas recommandé cette affaire, comme peut-être vous aurez oublié de lui en faire parler par elle, il serait fort à propos qu'il lui plût de lui en écrire pour faire connaître que sa volonté est que le règlement qu'ellr vient de faire soit entièrement suivi et exécuté et qu'il ait à l'informer de ce qui se passera. Je crois que cet expédient, qui est de l'ordre et conforme à ce qui avait été résolu, fera un bon effet. Que si tout cela ne suffisait pas pour commencer à exécuter le nouveau règlement, en m'envoyant un ordre du Roi en mon particulier de l'exécuter, je le ferai pour ce qui dépendra de moi. Je vous supplie, Monsieur, d'être toujours persuadé que l'on ne saurait être plus que je suis, Monsieur, votre etc.
LA VRILLIÈRE A BRULART
Réponse à la précédente.
Paris, le \i janvier 1663.
Monsieur,
J'ai vu par la lettre qu'il vous a plu m'écrire du 3 de ce mois ce qui s'est passé en votre Compagnie touchant le dernier règlement. Elle eût sans doute mieux fait de l'exécuter que d'y chercher des difficultés qui déplairont plutôt au Roi qu'elles ne le feront changer de sentiment en une chose qui a été résolue avec connaissance et demandée par la meilleure partie du Parlement; aussi j'estime qn'il se soumettra comme il doit aux volontés de Sa Majesté, et, afin de l'y porter encore davantage, je vous adresse
l'ordre que vous avez désiré sur ce sujet pour M. le Prince, ne doutant point que cette voie ne produise un bon effet et n'oblige les plus attachés à leur sentiment et les plus contraires à l'observation dudit règlement à revenir et à ne rien entreprendre en cette occasion, dont j'attendrai de vos nouvelles comme de tout ce qui arrivera de considérable, et demeure, Monsieur, votre etc.
LA VRILLIÈRE
CGVIII
BRULARÏ A LA VRILLTÈRK.
L'agitation continue dans le Parlement à l'occasion du nouveau règlement. — Apparences de réconciliation entre Brulart et Houchu.
Dijon, le 17 janvier 1663.
Aussitôt que votre paquet m'a été rendu, j'ai remis à M. le Prince la dépêche de Sa Majesté du 12 de ce mois; il me chargea, après l'avoir lue, de la faire voir au Parlement et de l'inviter à se conformer aux intentions du Roi, se réservant de presser tous les présidents et conseillers qu'il verrait d'avoir cette soumission. La lettre ayant été lue à la Grand 'Chambre, et les Chambres ayant été ensuite assemblées, il y a eu diverses propositions : les unes de députer au Roi pour lui expliquer la conduite de la Compagnie sur son retardement à exécuter le règlement ; les autres de le lui écrire ; d'autres, et c'étaient celles de quelques présidents seulement, qu'il fût dit que, du très exprès commandement du Roi, le règlement serait enregistré, sauf à faire des remontrances. Et enfin il a été délibéré que Ton députerait à M. le Prince pour lui faire connaître ce qui s'est passe dans la Compagnie et dans l'assemblée des commissaires sur l'exécution du règlement à laquelle ils travailleraient incessamment, et que Son Altesse serait priée d'en informer le Roi. Il y .1
eu d'abord de la chaleur, comme si c'eût été une faute ou une entreprise de ma part d'informer le Roi de la première délibération dont j'ai eu l'honneur de vous avertir ; mais enfin les choses se sont adoucies, après avoir parlé un peu ferme sur l'avis que j'avais donné et après avoir dit que l'on devait se souvenir que j'avais d'abord fait entendre à la Compagnie que le Roi m'avait commandé de l'informer des résolutions qui seraient prises en cette affaire; à quoi je lui disais de nouveau que j'obéirais, mais que je l'invitais à prendre des résolutions dignes d'elle et convenables au respect qui est dû à celui à qui elles seraient portées. Cette lettre ne saurait produire qu'un merveilleusement bon effet, et je vous en rends de très humbles grâces. Nous nous assemblerons dès demain, les commissaires et moi, pour travailler aux choses qui pourraient avoir besoin d'interprétation. Et sur cela, je leur ai dit que l'on prît garde de ne rien arrêter qui soit contraire à aucun article du règlement ou qui ne soit pas dans l'ordre, comme que les requêtes ne saisiraient plus, et d'autres abus dont il ne fallait pas parler, si on ne voulait s'exposer aune nouvelle réformation de tout ce qui se passerait, et que le Roi ne dissimulerait jamais le désordre et les abus quand ils viendraient à sa connaissance. Je ne manquerai pas, Monsieur, d'y satisfaire et de conserver toute ma vie un parfait ressentiment de toutes les grâces que j'ai reçues et que je reçois de vous en cette rencontre.
L'on vient de me mettre en main un ordre du Roi, dont je vous envoie la copie, croyant que, comme il n'est pas signé de vous, quoique vous fussiez alors à Paris, je suis obligé de vous en informer.
Je vous dois encore dire, Monsieur, que M. le Prince nous ayant dit, à M. Rouchu et à moi, l'ordre qu'il avait reçu de Sa Majesté de nous accommoder, cela s'est exécuté de très bonne façon, et qu'à présent c'est entre nous à qui se rendra le plus de civilités et d'amitié. Il ne me reste qu'à vous supplier d'être persuadé que je suis avec toutes sortes de respects. Monsieur, voire etc.
BRULART
LA VRILL1ÈRE A BRULART
Réponse à la précédente.
Paris, le 23 janvier 1663.
Monsieur,
J'ai donné au Roi une particulière connaissance de ce qui s'est passé à la présentation de la lettre du cachet touchant le dernier règlement, tant de votre part que de celle du Parlement, dont sa Majesté a été bien aise, estimant qu'après cette démarche votre Compagnie ne manquera pas d'exécuter ses ordres et de s'acquitter de ce qu'elle a promis sur ce sujet à M. le Prince, auquel je mande par ordre de Sa Majesté de s'employer pour taire exécuter ses ordres et ses intentions. Elle a été aussi bien satisfaite de l'accommodement ménagé entre vous et M. Bouchu par l'entremise de Son Altesse.
Cependant, Monsieur, je vous remercie de l'avis que vous me donnez de la délivrance qui vous a été faite d'un ordre signé d'une autre main que de la mienne, où je n'ai rien à dire, sinon que vous devez satisfaire à la volonté du Roi et m 'informer, s'il vous plaît, de tout ce qui arrivera de considérable en vos quartiers; sur ce je demeure, Monsieur, votre etc.
LA VRILLIÙRE.
CGX
BRULART A LA VRILLIÈRE
L'agitation redouble; prétentions inouies du Parlement sur les attributions du syndicat ; cabale du plus grand nombre ; le prince de Condé intervient et en impose aux séditieux.
Dijon, le 31 janvier 1663.
Monsieur,
Le Parlement continue toujours ses assemblées de Chambres sur le règlement fait par Sa Majesté, et je pense que ce fut hier la septième fois qu'il s'assembla depuis qu'il lui a été présenté, sans compter quatre autres assemblées d'un grand nombre de présidents et de huit ou dix conseillers qui l'ont examiné avec moi dans le Palais, et ont retenu diverses propositions sur de certaines choses qui pourraient arriver en son exécution. Tout cela n'avance guère la conclusion de l'affaire, parée que Ton s'y prend d'un si méchant air qu'on ne travaille à autre chose, dans toutes ces conférences, qu'à rendre le règlement inutile en tout ce qu'on pourra; et, si ces assemblées devaient tirer en de plus grandes longueurs, il serait à propos, pour le respect qui est dû aux ordres du Roi et pour le bien de la justice, de les faire cesser et d'ordonner l'exécution entière du règlement, sauf à se pourvoir par-devant Sa Majesté pour l'interprétation des choses sur lesquelles on s'échauffe de deçà, ce qui ne peut être de plus longue durée sans blesser son autorité. En effet , il se dit quelquefois dans ces assemblées des choses que je relève comme je dois, et lesquelles déplairaient à la Cour, si elle en savait le détail. Ce n'est d'ailleurs que confusion et je peux dire ignorance, la plupart de ceux qui y parlent ne sachant pas les ordonnances du royaume, dont ils prétendent être les derniers maîtres, se croyant de souverains législateurs et se laissant aveugler par leur propre intérêt, sans pouvoir souffrir qu'on leur fasse voir que les Parlements doivent être soumis en cela au Prince comme les
autres sujets. Vous ne sauriez croire, Monsieur, la peine que ces fausses opinions me donnent dans une Compagnie qui n'en est que trop imbue. La lettre qu'il a plu au Roi d'écrire à M. le Prince sur cette affaire a produit ce bon effet, qu'elle l'a persuadée qu'il fallait obéir; mais cela se fait si lentement, de si mauvaise grâce et avec tant de répugnance, qu'il paraît visiblement que les esprits en ont pris de nouvelles aigreurs. Cependant il n'y a sorte de tempérament que je n'apporte pour les adoucir et faciliter les choses ; je me relâche dans les assemblées sur tout ce qui ne va pas contre le propre texte du règlement, et je leur dis souvent que, pour le surplus, il n'est pas en leur liberté ni en la mienne d'y toucher. Cependant c'est ce qui fait tout leur chagrin; car ils sont au désespoir de la suppression du syndicat, et, dans le déplaisir qu'ils en ont, ils expriment le regret qu'ils ont de cette perte d'une manière qui m'oblige à changer le sentiment que j'avais quand j'en sollicitais si ardemment au Conseil le maintien et la durée, parce que plusieurs m'ont dit à moimême que la fonction des syndics s'étendait à se charger de toutes les affaires où le public pouvait souffrir par des nouveautés préjudiciables ; à parler quand l'autorité fermait la bouche aux autres; à faire assembler les Chambres quand il arrivait des interdictions et des relégations ; à proposer de leur office ce qu'aucun n'avait droit de dire par sa charge; à s'opposer à tout ce qui était contraire à l'autorité du Parlement ; à maintenir la discipline dans la Compagnie contre toutes sortes de personnes sans exception, et sans que le Procureur général eût droit d'en prendre connaissance, et enfin, à maintenir les droits des conseillers. Ces prétentions sont si grandes et si préjudiciables à l'autorité légitime, que je suis à présent contraint d'avouer que Sa Majesté ne pouvait prendre en cela une résolution plus utile à son service, que de supprimer jusqu'au nom du syndicat. Mais c'est, Monsieur, ce qui leur perce aujourd'hui le cœur, et qu'ils commencent néanmoins à vouloir dissimuler, depuis qu'ils savent l'aversion que le Roi a prise contre cet établissement. Cependant, leur déplaisir se manifeste par leur conduite sur le reste du rè-
glement, quoiqu'il soit conforme, presqu'en toutes choses, au projet même que la Compagnie en a présenté au Roi. Les présidents se prévalent de cette conjoncture pour s'attirer les conseillers qui étaient au commencement en colère contre eux, comme ayant donné lieu par leurs remontrances à la réformation qui a été faite au Conseil. Mais ceux-ci dénient hardiment qu'ils aient jamais envoyé aucune remontrance ni mémoire, et font leurs efforts dans toutes les assemblées pour soulever les esprits. Ils cabalent jour et nuit quand ils en sont dehors ; en leurs places, ils font des propositions hors de sujet, à dessein seulement d'aigrir les choses, de les brouiller davantage et de faire ordonner des remontrances. M. le Prince, de son côté, agit autant qu'il est possible, suivant les intentions de Sa Majesté pour obliger à l'obéir; il a même été contraint de parler avec hauteur et de faire quelques menaces à l'un d'eux qui tenait de mauvais discours, et je crois que si celui-là était d'un esprit plus rassis, vous en auriez déjà su le nom. Ce que je peux donc connaître qui arrivera de tout ceci, c'est que, suivant les brigues et l'avis de tous les présidents, il y aura des remontrances ordonnées par toute la Compagnie, ou que s'il passe à l'avis des sages, qui sont nos anciens conseillers, il n'y aura que les présidents qui en feront en leur particulier. Mais, en l'un et l'autre cas, on exécutera le règlement, avec cette différence toutefois, que si nous prenons l'avis le plus sage, le règlement sera exécuté sous le bon plaisir du Roi, suivant de certaines propositions que nous avons concertées dans nos dernières assemblées et qui ne regardent, ce me semble, que l'exécution du règlement; auquel cas nous serons d'accord et nous n'irons pas au Conseil, à moins que les présidents nous y fassent aller; au lieu que s'il passe, à leur avis, la Compagnie fera des remontrances sur tout le règlement qui cependant sera exécuté sans rien dire davantage, afin que, dès les premiers inconvénients qui paraîtront, on soit obligé à recourir à Sa Majesté pour y pourvoir. Si ce dernier avis n'était fondé sur l'animosité, je le trouverais le meilleur, et tout aigres que sont les esprits de ceux qui le prennent, il ne me déplaît pas entièrement. Mais afin de
ne rien celer à la Compagnie des inconvénients qui en peuvent arriver, je lui ai dit que si je n'avais pas un extrême désir de vivre avec elle en paix, et de préférer l'union et la douceur à tous les autres avantages de ma place, je préférerais ce sentiment à tout autre, puisqu'il me mettrait en état de demander au Roi plusieurs choses qui appartiennent à ma charge, et que le Roi doit désirer qui lui soient conservées : comme la réformation des requêtes qui saisissent les rapporteurs, l'attribution à la Grand- Chambre, comme à toutes les autres Grand'Ghambres de France, du droit de vérifier seule toutes les déclarations et lettres-patentes, sans y appeler les autres Chambres, à la réserve des édits et plusieurs autres choses considérables et de grande justice. Je crois, Monsieur, que dans peu de jours je pourrai avoir l'honneur de vous écrire lequel de ces deux avis prévaudra; cependant voilà le compte exact de ce qui s'est passé jusqu'ici.
Son Altesse m'a fait voir ce que vous lui avez mandé, tant sur cette affaire, que sur celle qui regarde la vérification des octrois de Chalon. Je vous dirai, à l'égard de cette dernière, que je la fis passer hier l'après-dînée, avec quelques contradictions; mais enfin l'affaire est faite et les intérêts de M. le marquis d'Uxelles ont été conservés comme le devaient être ceux d'une personne qui vous appartient et que vous affectionnez. Il ne me reste qu'à vous demander la continuation de votre protection et vous supplier de me croire parfaitement, Monsieur, votre etc.
BRULART
BRULART AU CHANCELIER
r;o npte-rendu de la même affaire; des remontrances sont votées, il propose d'en prévenir l'effet.
Dijon, le 3 février 1663.
MONSEIGNEIK ,
Je n'ai pu jusqu'à présent vous rendre compte de l'exécution du règlement qu'il a plu au Roi de faire pour ce Parlement, parce que depuis près de six semaines que je l'ai fait présenter à la Compagnie , la dernière résolution ne vient que d'y être prise en cette affaire. Les présidents se sont, à leur ordinaire, fort mal conduits en cette rencontre, et il n'y a sorte de discours qu'ils n'aient tenus et de cabales qu'ils n'aient faites pour empêcher qu'il ne fût enregistré purement et simplement; et pour soulever les esprits. Ils ont pris leur temps d'en user ainsi, et de se faire un parti dans la Compagnie, sur ce que le règlement du Roi n'est pas entièrement conforme au projet qu'elle lui avait fait présenter et auquel les présidents s'étaient eux-mêmes opposés. Ils ont échauffé plusieurs conseillers sur la suppression du syndicat qu'ils avaient demandée par leurs remontrances et sur la nouvelle audience du mardi matin que vous avez réglée comme les autres audiences ; au lieu que parle projet du règlement elle n'était que pour une seule nature d'affaires, je veux dire les requêtes civiles; ce qui aurait été sans exemple et contre la dignité du Parlement, puisque souvent il aurait été obligé de se lever avant l'heure , quoiqu'il y ait toujours d'autres affaires pressées et prêtes à plaider. Voilà tout ce qu'il y a de différent entre le règlement du Roi et le projet de celui de la Compagnie, et néanmoins c'est tout ce qui sert de prétexte à la division qui paraît parmi elle. J'ai eu beau dire et M. de Thésut aussi à MM. nos présidents ce que vous nous aviez
chargé de leur faire savoir que leurs intérêts avaient été conservés, et à MM. les conseillers que leur ordre avait été traité avec une faveur extraordinaire d'autoriser que les jeunes , qui devaient être fixes dans la Chambre des enquêtes, passassent d'abord à la Grand'Chambre, qui est une introduction nouvelle sans exemple dans les Parlements où il y a des enquêtes, il n'a pas laissé de passer de trois voix à ordonner des remontrances ; et tout ce que j'ai pu faire par le secours de M. le Prince qui a puissamment agi suivant une lettre qu'il a reçu du Roi, a été de faire résoudre que le règlement de Sa Majesté serait cependant exécuté. Mais, Monseigneur, ils disent hautement que cette délibération est une rupture ; que la porte est à présent ouverte pour aller à quelqu'autre règlement; qu'ils le feront sur les audiences, sur les distributions et sur plusieurs autres chefs. Et ce ne sera jamais fait, si après ce dernier qui est si solennel , qui porte qu'il servira de loi inviolable, et si concerté parle Parlement même , le Roi permet encore qu'on lui fasse des remontrances qui n'ont été ordonnées que pour avoir droit de se plaindre à tout moment du nouveau règlement et pour y contrevenir dans la suite. Je crois donc qu'il est de son autorité de faire non seulement des défenses de lui envoyer lesdites remontrances et de les tenir pour faites, comme en effet l'on ne saurait rien dire de nouveau, mais que Sa Majesté en doit faire encore au Parlement de ne dresser à l'avenir aucun règlement sur les audiences, distributions de procès et sur toutes les autres choses qui peuvent regarder la fonction des officiers de la Compagnie , sans permission expresse de Sa Majesté, et qu'à l'égard des difficultés qui pourraient naître en exécution ou interprétation du règlement fait par le Roi , Sa Majesté ordonnera qu'il en soit usé comme à Paris. Quant à l'audience du mardi matin, je crois, Monseigneur , qu'étant établie par le règlement et ce point étant avantageux à l'honneur du Parlement et au public, je ne dois perdre aucun temps à commencer à la tenir, et que si nos Messieurs étaient assez mal conseillés pour ne s'y vouloir pas trouver, je dois empêcher qu'il ne se fasse rien autre chose du-
rant le temps qui y est destiné, en attendant que Sa Majesté ou vous m'ayez fait savoir vos intentions. Mais ce qui dans le fond leur fait plus de mal au cœur et a excité la tempête parmi les conseillers, c'est la suppression du syndicat, dont j'avoue n'avoir pas connu les droits, comme ils me les ont appris dans leur déplaisir; car plusieurs m'ont dit à moi-même que la fonction des syndics était de veiller au bien public dans le Parlement et de l'assembler; que c'était à eux d'opiner les premiers dans les affaires fâcheuses et d'ouvrir les avis de vigueur; que lorsqu'il arrivait des interdictions, veniat ou relégations, c'était à eux de l'assembler pour lui faire prendre des résolutions pour le maintien de son autorité et le secours des confrères affligés, et qu'enfin ils étaient les véritables promoteurs de la discipline du Palais et de la réformation des mœurs, sans que le Procureur général eût droit de s'en mêler. C'étaient là des droits ou plutôt des prétentions qui vous confirmeront puissamment dans le sentiment que vous avez toujours eu , que cet établissement était dangereux et contre l'autorité du Roi. Mais plus ces choses étaient grandes, plus grands sont les regrets de les avoir perdues, et c'est cette perte qui produit à présent du chagrin et éloigne les esprits de l'union et de l'intelligence qui leur sont recommandées par le règlement de Sa Majesté; mais il ne faut qu'un peu de temps pour les calmer. C'est quelque chose d'avoir déjà obtenu d'eux que le règlement du Roi sera exécuté, et je suis persuadé que si Sa Majesté leur fait connaître qu'elle ne veut plus de remontrances sur cette affaire, tout se pacifiera de soi-même ; parce que toute la ressource des plus opiniâtres étant la vue d'un nouveau règlement qui leur pourrait rendre le syndicat, et celui du Roi étant confirmé par un dernier arrêt, il ne sera plus provisionnel comme il semble le devenir par la délibération du Parlement. Mais il serait à propos, Monseigneur, pour prévenir Les difficultés qui pourraient naître en l'exécutant, d'ordonner qu'il en sera usé comme au Parlement de Paris à l'égard des choses contenues audit règlement non contraires à son usage. Ce doit être en effet notre exemple, y ayant dans nos registres
des déclarations qui portent que lorsqu'il y aura des différends parmi nous sur le fait de l'administration de la justice, nous nous conformerons au Parlement de Paris à l'instar duquel nous avons été créés et établis. C'est la grâce, Monseigneur, que je vous demande et de me donner vos ordres que je suivrai toujours avec le respect et la soumission que vous doit celui de tous les hommes qui est le plus obligé d'être , Monseigneur, votre etc.
BRU L ART
GCXII
BRIJLART A LA VRILLIÈRE.
Le désordre continue; l'enregistrement du règlement est enfin prononcé de colère, à vue d'une lettre du cachet; le Parlement menace de n'en tenir compte.
Dijon, le \ février 1663.
Monsieur ,
L'affaire de notre règlement a eu enfin le succès que j'avais prévu; mais nos présidents ont tellement échauffé la Compagnie sur les choses ajoutées par le Roi qui n'étaient pas dans le projet arrêté par elle, quoique les adjonctions soient conformes à leurs remontrances, qu'il a passé de trois voix d'en faire de nouvelles... Tout ce que j'ai pu faire, à l'aide de la lettre du cachet et de l'entremise de M. le Prince, a été de faire résoudre que le règlement serait cependant enregistré et exécuté. Il semble, à n'en dire pas davantage, que les choses sont en bon train. Mais quand je vous dirai que cet avis a été pris en colère; qu'on n'a pas voulu régler quelques articles dont nous étions convenus dans l'assemblée des commissaires pour pourvoir aux difficultés qui peuvent naître en exécution, lesquelles on a affecté de laisser indécises pour avoir prétexte de brouiller; que l'on dit tout haut que chacun se maintiendra comme il pourra; qu'on rui-
nera les audiences, la forme des distributions et beaucoup de choses, et que c'est le moyen de faire bientôt un nouveau règlement puisqu'il y a des remontrances ordonnées au Roi contre son règlement qui ne sera exécuté que par un intérim , vous jugerez bien, Monsieur, que je me dois préparer à soutenir de nouvelles attaques , et que les esprits sont fort éloignés de la véritable soumission qui est due à la raison et à un maître. Ce qui est de plus étonnant est qu'il ait passé à ordonner des remontrances contre le règlement le plus solennel qui ait jamais été fait pour ce Parlement et avec la plus grande connaissance de cause... Nous sommes dans un temps propre à rétablir l'autorité du Roi dans les Corps, qui sont quelquefois sujets à s'en faire accroire, et je suis persuadé que Sa Majesté , qui a commencé à faire paraître en celui-ci la sienne par le règlement qu'elle lui a envoyé, la soutiendra comme elle a accoutumé. Pour moi, j'y tiendrai la main avec la fermeté et la fidélité que jp, dois avoir pour l'exécution de ses ordres. J'ai déjà averti les avocats publiquement de se trouver le mardi matin au Palais pour la nouvelle audience et je ne manquerai pas d'y aller ces jours-là en robe rouge. Je crois que personne ne sera assez hardi pour refuser de m'y suivre; mais si l'on était assez mal conseillé pour ne le vouloir pas faire , il me semble , Monsieur, que je dois empêcher qu'on ne fasse rien durant le temps qui y est destiné. C'est ce que je ferai en attendant vos ordres sur la conduite que j'aurai à tenir et serai toute ma vie avec une parfaite reconnaissance, Monsieur, votre etc.
BRULABT.
GGXIII