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Yoy. p. 52, note

VOLTAIRE

qu'à Camoëns* pour me rabaisser, et qui, me lisant en secret, affecteront en public de garder le silence sur ce qu'ils estiment malgré eux. Peut-être

exstinctus amabitur idem.

(Hor., lib. Il, ep. i, v. 14.)

Vous êtes trop au-dessus de ces lâches cabales formées par les esprits médiocres, vous encouragez trop les arts par vos excellents préceptes, pour ne pas chérir un homme qui a été formé par eux. Je ne sais pourquoi vous m'appelez pauvre ermite; si vous aviez vu mon ermitage, vous seriez bien loin de me plaindre. Gardez-vous de confondre le tonneau de Diogène avec le palais d'Aristippe^. Notre première philosophie est ici de jouir de tous les agréments qu'on peut se procurer. Nous saurions très bien nous en passer; mais nous savons aussi en faire usage; et peut-être, si vous veniez à Cirey, préféreriez-vous la douceur de ce séjour à toutes les infâmes cabales des gens de lettres, au brigandage des journaux, aux jalousies, aux querelles, aux calomnies qui infestent la littérature. Il y a des têtes couronnées, mon clier abbé, qui ont envoyé dans cet ermitage de Mme du Chàtelet leurs favoris ^ pour venir l'admirer, et qui vou-

1 . Poète épique portugais, auteur des Liisiades, dont le héros est Vasco de Gama. Né en 1525, Camoëns mourut en 1579.

2. Diogène et Aristippe sont deux philosophes grecs du quatrième siècle av. J.-C. — Diogène le Cynique vivait, dit-on, dans un tonneau, et professait un mépris ironique pour toutes les affections de l'homme, qu'il regardait comme des préjugés. Aristippe au contraire enseignait la reclierche du plaisir, poursuivie avec goût et modéra-

tion : c'était un voluptueux élégant.

3. Frédéric avait envoyé son ami le baron de Kaiserling à Cirey, en 1737 : il était chargé de remettre à Voltaire un portrait du prince royal et d'offrir les hommages de son maître à la marquise ; mais surtout il devait ten ter de convertir Voltaire à l'idée' d'un voyage en Prusse, et en attendant lui demander communi cation des ouvrages qu'il avait ei portefeuille.

(Iraient y venir eux-mêmes ; et, si vous y veniez, nous en serions tout aussi flattés. La visite du sage vaut celle des princes.

Adieu; je ne vous écris point de ma main, je suis malade ; je vous embrasse tendrement. Adieu, mon ami et mon maître.

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