‹ Choix de lettresChapitre 115 sur 494 · Voy. p. 49, note · texte numérisé non relu

Voy. p. 49, note

i. Thieriot était chargé depuis

1736, et grâce à Voltaire, de communiquer au prince royal de Prusse les nouveautés littéraires de Paris : il lui avait envoyé la VoUairomanie ; mais Mme du Chàtelet avait écrit à Frédéric, le 12 janvier, une dénonciation en régie de l'infamie de Thieriot, ce qui ne fit aucun effet sur le prince, dont l'amitié pour Voltaire n'était pas si délicate

5. Desfontaines accusait Voltaire d'avoir volé les souscripteurs de la Henriade; or c'est à Thieriot qu'olait imputable celle infamie.

VOLTAIRE

devoir, ni de promettre de le faire, surtout quand co devoir est si aisé.

A l'égard de la lettre que M. du Chàtelet exige de vous*, il sera très piqué si vous ne l'écrivez pas; il la faut écrire; pour moi, je la trouve inutile. Je vous la renverrai, et n'en ferai point usage ; mais il faut contenter M. et Mme du Chàtelet.

Tout le monde est indigné ici de l'exemple de dem Prévost, que vous citez toujours. Quand quelque dom Prévost aura refusé dix mille livres de pension d'un prince souverain, quand il aura donné quelquefois et partagé souvent le profit de ses ouvrages, quand il aura donné des pensions à plusieurs gens de lettres, quand il aura fait des ingrats et la Henrindô, alors vous pourrez me citer dom Prévost-. N'en parlons plus. Une lettre d'attachement à Mme du Chàtelet, de la vigueur, et des lettres fréquentes à votre intime ami Voltaire, et tout est effacé, tout est oubhé. Mais plus de politique; elle n'est faite ni pour vous ni pour moi, et je ne connais et n'aime que la franchise. Voilà tout ce que je veux, et comptez que mon cœur est à vous pour jamais^. Il est vrai, il est tendre, vous le connaissez; adieu.

1. M. du Chàtelet, fort animé cuHim-c la marquise, exigeait de ïiiieriot un démenti suivant une formule qu'il lui avait envoyée.

2. 11 s'agit de l'abbé Prévost, né en 1697,mortenl763,qu'ilappelle dom Prévost, parce que l'abbé avait été bénédictin dans l'abbaye de S.iint-Germaia des Prés. Cet écrivain prodigieusement fécond, dont on ne lit plus guère aujourd'hui que le roman de Manon Lescaut, était alors aumônier du prince de Conti, ce qui était une sinécure, et rédigeait la feuille littéraire inti-

tulée le Pour et le Contre. Prévost avait eu une existence romanesque, aventureuse ; la médisance ne le ménageait pas, et Thieriot vantait sansdoute (iln'enest point question dans sa lettre à Mme du Chàtelet) le mépris que l'auteur du Pour et Contre opposait à ses diffamateurs, parmi lesquels devait (igurer Desfontaines.

5. Thieriot finit par démentir certaines allégations de Desfontaines et par se joindre aux amis de Voltaire quand ceux-ci présentèrent requête contre l'abbé.

J'ai dicté tout cela bien à la hâte; j'ajoute qu'on nous écrit, dans ce moment, que votre malheureuse lettre à Mme du Chàtelet va être publique dans le Poui- et Contre. Ah! mon ami, serait-il vrai? Ce serait le plus cruel outrage à Mme du Chàtelet et à toute sa famille. De quoi vous êtesvous avisé? quelle malheureuse lettre! qui vous la demandait? pourquoi l'écrire? pourquoi la montrer?

S'il en est temps, volez chez le Pour d Contre, brûlez la feuille, payez les frais ; mais je ne crois pas que cela soit vrai. Voilà ce que c'est que de garder le silence dans de telles occasions. Il fallait écrire toutes les postes. Je vous embrasse.

Page 1