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La Thuilerie

ô. Par exemple Eschyle, et les tragiques ses prédécesseurs depuis Thespis. Chez les Romains, Livius Andronicus, le premier qui ait mis dea tragédies au théâtre.

en était le principal acteur. On voit que Voltaire ne parle pas de Shakespeare, qu'il ne consentirait sans doute point à appeler un tragique

L Ces deux vers ne furent pas maintenus par La Noue dans l'édition de sa pièce.

VOLTATOE.

J'ai vaincu, j'ai conquis, je gouverne à présent. (Acte I, se. ly.)

Parmi tant de dangers ma jeunesse imprudente S'égarait et marchait aveuglée et contente.

(Acte II, se. iv.)

La gloire et les grandeurs n'ont pu remplir mes vœux: Un instant de vertu vient de me rendre heureux. (Acte II, se. v.)

Tout autre bruit se tait lorsque la foudre gronde; Tonne sur ces cruels, et rends la paix au monde. (Acte III, se. VI.)

Cruel aga»! pourquoi dessillais-tu mes yeux? Pourquoi, dans les replis d'un cœur ambitieux. Avec des traits de flamme aiguillonnant la gloire; A l'amour triomphant arracher la victoire?

(Acte IV, se. I.)

n me semble que votre ouvrage étincelle partout de ces traits d'imagination ; et, lorsque vous aurez achevé de polir les autres vers qui enchâssent ces diamants brillants, il doit en résulter une versification très belle, et même d'un nouveau genre. Il ne faut sans doute rien de trop hardi dans les vers d'une tragédie; mais aussi les Français n'ontils pas souvent été un peu trop timides? A la bonne heure qu'un courtisan poli, qu'une jeune princesse, ne mettent dans leurs discours que de la simplicité et de la grâce; mais il me semble que certains héros étrangers, des Asiatiques, (les Américains, des Turcs, peuvent parler sur un ton plus f;er, plus sublime : Major e loncjinquo^

J'aime un langage hardi, métnphorique, plein d'images,

1. C'est le titre que donnent les 1 2. Tacite, Ann., i, 47: Majore Turcs au chef des jani'isaires. I louginuuo revereniin.

dans la bouche de Mahomet II'. Ces idées superbes sont faites pour son caractère : c'est ainsi qu'il s'exprimait luimême. Savez-vous bien qu'en entrant dans Sainte Sophie, qu'il venait de changer en mosquée, il s'écria en vers persans qu'il composa sur-le-champ : « Le palais impérial est tombé; les oiseaux qui annoncent le carnage ont fait entendre leurs cris sur les tours de Constantin ! »

On a beau dire que ces beautés de diction sont des beautés épiques-; ceux qui parlent ainsi ne savent pas que Sophocle et Euripide ont imité le style d'Homère. Ces morceaux épiques, entremêlés avec art parmi les beautés plus simples, sont comme des éclairs qu'on voit quelquefois enflammer l'horizon, et se mêler à la lumière douce et égale d'une belle soirée. Toutes les autres nations aiment, ce me semble, ces figures frappantes. Grecs, Latins, Arabes, ItaUens, Anglais, Espagnols, tous nous reprochent une poésie un peu trop prosaïque. Je ne demande pas qu'on outre la nature, je veux qu'on la fortifie et qu'on l'embellisse. Qui aime mieux que moi les pièces de l'illustre Racine? qui les sait plus par cœur? Mais serais-je fâché que Bajazet, par exemple, eût quelquefois un peu plus de sublime ?

Elle veut, Acomat, que je l'épouse. — Eh bien! (Acte II, se. m.)

Tout cela finirait par une perfidie!

J'épouserais! et qui? (s'il faut que je le die) Une esclave attachée à ses seuls intérêts

Si votre cœur était moins plein de son amour, Je vous verrais, sans doute, en rougir la première : Mais, pour vous épargner une injuste prière, Adieu ; je vais trouver Hoxane de ce pas, Et je vous quitte. — Et moi, je ne vous quitte pas. (Acte 11, se. V.)

1. Le conquérant de Constan- i 2. Cf. le 2* paragraphe de la tinople (1455). | lettre 18.

Que parlez-vous, madame, et d'époux, et d'amant? 0 ciel! de ce discours quel est le fondement? Qui peut vous avoir fait ce récit infidèle?

<e vois enfin, je vois qu'en ce même moment Tout ce que je vous dis vous touche faiblement. Madame, Unissons et mon trouble et le vôtre ; Ne nous affligeons point vainement l'un et l'autre, Roxane n'est pas loin, etc.

(Acte III, se. IV.)

Je vous demande, monsieur, si à ce style, dans lequel tout le rôle de ce Turc est écrit, vous reconnaissez autre chose qu'un Français qui s'exprime avec élégance et avec douceur? Ne désirez-vous rien de plus mâle, de plus fier, de plus animé dans les expressions de ce jeune Ottoman qui se voit entre Roxane et l'empire, entre Atalide et la mort? C'est à peu près ce que Pierre Corneille disait, à la première représentation de Bajazet, à un vieillard qui me l'a raconté : « Cela est tendre, touchant, bien écrit; mais

est toujours un Français qui parle ». Vous sentez bien, monsieur, que cette petite réflexion ne dérobe rien au respect que tout homme qui aime la langue française doit au nom de Racine. Ceux qui désirent un peu plus de coloris à Raphaël et au Poussin ne les admirent pas moins. Peut-être qu'en général cette maigreur, ordinaire à la versification française, ce vide* de grandes idées, est un peu la suite de la gêne de nos phrases et de notre poésie. Nous avons besoin de hardiesse, et nous devrions ne rimer que pour les oreilles; il y a vingt ans que j'ose le dire. Si un vers finit par le mot terre, vous êtes sûr de voir la guerre à la fin de l'autre; cependant prononce-t-on terre autrement que père et mère^ jRirononce-t-on sang autrement que camp? Pourquai donc craindre de faire rimer aux yeux ce qui

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