Voy. p. 190, note -i
i. Célèbre empoisonneuse, exécutée à l'aris en 167G.
196 VOLTAIRE
le bourreau ne fui jamais seul avec elle; il n'y a point d'exemple d'une indécence si barbare. Et quel était votre crime? d'avoir couru deux cents lieues pour conduire aux eaux de Plombières un oncle mourant, que vous regardiez fcjmme votre père.
Il est bien triste, sans doute, pour le roi de Prusse, de n'avoir pas encore réparé cette indignité commise en son iDm par un homme qui se dit son ministre. Passe encore pjur moi ; il m'avait fait arrêter pour ravoir son livre imprimé de poésies, dont il m'avait gratifié et auquel j'avais quelque droit; il me l'avait laissé comme le gage de ses bontés et comme la récompense de mes soins. Il a voulu reprendre ce bienfait; il n'avait qu'à dire un mot, ce n'était pas la peine de faire emprisonner un vieillard qui va prendre les eaux. Il aurait pu se souvenir que, depuis plus de quinze ans, il m'avait prévenu par ses bontés séduisantes; qu'il m'avait, dans ma vieillesse, tiré de ma patrie ; que j'avais travaillé avec lui deux ans de suite à perfectionner ses talents; que je l'ai bien servi, et ne lui ai manqué en rien ; qu'enfin il est bien au-dessous de son rang et de sa gloire de prendre parti dans une querelle académique*, et de finir, pour toute récompense, en me faisant demander ses poésies par des soldats.
J'espère qu'il connaîtra, tôt ou tard, qu'il a été trop loin ; que mon ennemi l'a trompé, et que ni l'auteur ni le roi ne devaient pas jeter tant d'amertume sur la fin de ma vie. Il a pris conseil de sa colère, il le prendra de sa raison et de sa bonté. Mais que fera-t-il pour réparer l'outrage abominable qu'on vous a fait en son nom? Milord Maréchal*
1. La querelle entre Kœnig et Manpertuis, à laquelle Voltaire avait pris la part que l'on sait.
Voy. Notice, p. xxi.