OEdipe, voy. p. 5, note
— Cette pièce, publiée en 1719.
était dédiée à la duchesse douairière d'Orléans, mère du Rcgont.
3. Henri IV, à la gloire duquel Voltaire venait d'écrire, pendant sa capliviLé, les deux premiers chants du poème de la Ligue.
i. C'est uu trait décoché contre les gens de lettres, qui quêtaient des souscriptions auprès des grands seigneurs, afin de pourvoir, aux frais d'impression de leurs ouvrages.
5. La marquise de Mimeure, née d'Achy, veuve d'un maréchal de camp, membre de l'Académie française, qui était mort au mois de mars de celte année 1719.
Elle recevait dans son hôtel de la rue des Saints-Pères une nombreuse société de gens de lettres :
entre autres Voltaire, Roy, et plus tard Piron.
6. Voltaire était alors au château de Villars (auj. Vaux-Praslin, près Melun) : il y avait été invité par la maréchale, dont il avait fait la connaissance lors de la représentation à'OEdipe, au mois de novemljro précédent, et auprès de laquelle il se posait en soupirant.
10 VOLTAIRE
écrire? Je suis éloigné depuis six semaines de la désolée ville de Paris ^ : je viens de quitter le Bruel, où j'ai passé quinze jours avec M, le duc de La Feuillade-. N'est-il pas vrai que c'est bien là un homme? Et, si quelqu'un approche de la perfection, il faut absolument que ce soit lui. Je suis si enchante de son commerce, que je ne peux m'en faire, surtout avec vous, pour qui vous savez que je pense comme pour M. !é duc de La Feuillade, et qui devez sûrement l'estimer, par la raison qu'on a toujours du goût pour ses semblables.
Je suis actuellement à Villars : je passe ma vie de château en château^; et, si vous aviez pris une maison à Passy, je lui donnerais la préférence sur tous les châteaux du monde.
Je crains bien que toutes les petites tracasseries que M. Law a eues avec le peuple de Paris* ne rendent les acquisitions un peu difficiles. Je songe toujours à vous, lorsqu'on me parle des affaires présentes; et, dans la ruine totale que quelques gens craignent, comptez que c'est votre intérêt qui m'alarme le phis.
Vous méritiez assurément une autre fortune que celle que vous avez; mais encore faut-il que vous en jouissiez tranquillement, et qu'on ne vous l'écorne pas. Quelque chose qui arrive, on ne vous ôtera point les agréments de
1. Désolée, à cause des catasliophes financières produites par la chute imminente de la Ijanquc d(i Law.
2. Le duc de La Feuillade, fils du célèbre maréchal qui fit ériger la statue de Louis XIV sur la place des Victoires, devint luimême maiéchal de France en 17-24. Son château du Bruel était près d'Orléans.
3. A Richelieu, au Bruel, à fully, à Maisons; un peu plus lard, à la Rivière-Lîourdet, chez Mme de Berniéres, et à la Source, chez lord Bolingbroke.
•i. Les embarras de Law étaient devenus publies, et la chut» prochaine du Système devait « écorner » sensiblement la fortune de la marquise, comme tant d'autres.
l'esprit. Mais, si on y va toujours du même train, on pourra bien ne vous laisser que cela; et franchement ce n'est pas assez pour vivre commodément, et pour avoir une maison de campagne où je puisse avoir l'honneur de passer quelque temps avec vous.
ISotre poème» n'avance guère. Il faut s'en prendre un pou aujjii'jjii-, où je perds mon bonnet. Le petit Génonville^ m'a écrit une lettre en vers qui est très jolie : je lui ai fait réponse, mais non pas si bien. Je souhaite quelquel'uis que vous ne le connaissiez point, car vous ne pourriez plus me souffrir.
Si vous m'écrivez, ayez la bonté de vous y prendre incessamment : je ne resterai pas si longtemps à Villars, et je pourrai bien venir vous faire ma cour à Paris dans quelques jours.
Adieu, madame la marquise; écrivez-moi un petit mot, et comptez que je suis toujours pénétré de respect et d'amitié pour vous.