Le biribi, jeu de hasard alors fort à la mode
5. La Faluère de Génonville, conscÏÏler au Parlement, intime ami de Voltaire, mort de la petite vérole, à vingt-six ans, le 9 septembre 1723 : cette mort préma-
Uin'o est devenue célèbre par ja IjoUc^ép'.lre (lu'cllo inspira, en ft-ii^'lï "^'oU;iire (Aux vidnes de Génonville).
4. Né en 16o7, mort en 1737; secrétaire de r.\cadémie des sciences depuis 1699. Son meilleur ouvrage est le recueil de ses Éloges des membres de cette Académie. Bel esprit, philosophe,
il VOLTAIRE.
par vos églogues ; et nous les verrions plus volontiers ici bergères que philosophes ' . Elles mettent à observer les astres un temps qu'elles pourraient beaucoup mieux employer ; et, comme leur goût décide des nôtres, nous nous sommes tous faits physiciens pour l'amour d'elles.
Le soir sur des lits de verdure,
Nous brouillons tout l'ordre des cieux Nous prenons Vénus pour Mercure; Car vous saurez qu'ici l'on n'a Pour examiner les planètes, Au lieu de vos longues lunettes.
Que des lorgnettes d'Opéra.
Comme nous passons la nuit à observer les étoiles, nous négligeons fort le soleil, à qui nous ne rendons visite que lorsqu'il a fait près des deux tiers de son tour. Nous venons d'apprendre tout à l'heure qu'il a paru de couleur de sang tout le matin ; qu'ensuite, sans que l'air fût obscurci d'aucun nuage, il a perdu sensiblement de sa lumière et de sa grandeur : nous n'avons su cette nouvelle que sur les cinq heures du soir. Nous avons mis la tête à la fenêtre, et nous avons pris le soleil pour la lune, tant il était pâle. Nous ne doutons point que vous n'ayez vu la même chose à Paris.
C'est à vous que nous nous adressons, monsieur, comme à notre maître. Vous savez rendre aimables les choses que
mais plus léger que sérieux, Fontanelle était alors célèbre comme poète pastoral, et plus encore comme auteur des Enlreliens ïU7- la pltiralité des mondes (1G86), qui avaient répandu dans la société polie, et surtout parmi les femmes, le goût de l'astronomie. — Celte lettre mêlée de vers était destinée à circuler dans le
public, et même à être imprimée, «J'ai impatience, écrivait Voltaire à son ami Thieriot, de vous voir pour vous montrer ce petit ouvrage, dont nous grossirons notre recueil. » /'
1. Le ton pastoral était celui / de la galanterie, vers laquelle Voltaire avait alors quelque penchant.
beaucoup d'autres philosophes rendent à peine intelligibles; et la nature devait à la France et à l'Europe un homme comme vous pour corriger les savants, et pour donner aux ignorants le goût des sciences*.
Or dites-nous donc, Fontenelles, Vous qui, par un vol imprévu, De Dédale prenant les ailes*, Dans les cieux avez parcouru Tant de carrières immortelles :
Du soleil, par vous si connu, Ne savez-vous point de nouvelles?
Pourquoi sur un char tout sanglant A-t-il commencé sa carrière?
Pourquoi perd-il, pâle et tremblant, Et sa grandeur et sa lumière?
Que dira le Boulainvilliers' Sur ce terrible phénomène?
Va-t-il à des peuples entiers Annoncer leur perte prochaine?
Verrons-nous des incursions.
Des édits, des guerres sanglantes, Quelques nouvelles actions,^ Ou le retranchement des rentes?
Jadis, quand vous^étiez^pasleur^, On vous eût vu sur la fougère, A ce changement de couleur Du dieu brillant qui nous éclaire, Annoncer à votre bergère Quelque changement dans son cœur.
Mais à présent, monsieur, que vous êtes devenu philo-
1. Pure flatterie : Voltaire n'aimait pas l'esprit de Fontenelle et l'a souvent raillé, notamment dans Microméqas.
. Virgile, iin., VI, U.
Vscdalus, ut fama est, fugiens Uinota
[rr.pna,
Prxpetibus pennis ausus se credcre
{rxlo,
Insuelum ver iter qelidas enavit ad
[Arctos...
5. Le comte de Boulainvilliers, I ! en 1658, mort en 172-2, célèbre par ses études historiques sur la féodalité, libre penseur déclaré, passait pour avoir la faiblesse de croire à l'aslrologie.