‹ Choix de lettresChapitre 211 sur 494 · Voy. p. 197, note · texte numérisé non relu

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plus grand que celui de ce cuir de bœuf qu'on donna à la fugitive Didon». Mais je ne l'agrandirai pas de même. Ma maison est dans le territoire de Genève, et mon pré dans celui de France. Il est vrai que j'ai i\ l'autre bout du lac une maison qui est tout à fait en Suisse S' elle est aussi un peu bâtie h la suisse. Je l'arrange en même temps que mes Délices ; ce sera mon palais d'hiver, et la cabane où je suis à présent sera mon palais d'été.

Prangins est un véritable palais; mais l'architecte de Prangins a oublié d'y faire un jardin, et l'architecte des Délices a oublié d'y faire une maison. Ce n'est point un Anglais qui a habité mes Délices, c'est le prince de Saxe- Gotha 5. Vous me demanderez comment ce prince a pu s'accommoder de ce bouge ; c'est que ce prince était alors un écolier, et que, d'ailleurs, les princes n'ont guère à donner des chambres d'amis-».

Je n'ai trouvé ici que de petits salons, des galeries, et des greniers; pas une garde-robe. Il est aussi difficile de faire quelque chose de cette maison que des livres et dos pièces de théâtre qu'on nous donne aujourd'hui.

J'espère cependant que, à force de soins, je me ferai un

1. Les Tyriensde Didon avaient achclé pour cUblir leur nouvelle ville le Icrrain qu'ils pourraient embrasser avec une peau de taureau; ils découpèrent cette peau en minces lanières, et par celte su porcherie s'emparèrent du vaste emplacement où s'éleva leur citadelle, Byrsa (de pOçua, cuir). Cf.

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■2. Moniion.. cnlre Lausanne et le lac : ce fut d'abord l'habitalion où Voltaire se fixa pendant l'hiver, à l'abri des vents du nord.

5. Le lils de celte duchesse de Sa.ve-Golha, qui avait reçu Vol-

taire quand il quittait Berlin, et l'avait prié de composer les Annales de l'Empire.

4. Voltaire, après les mauvais traitements que lui avait infligés Frédéric, ella rigueurqu'il éprouvait en ce moment même de la part de Louis XV, n'était i)as tendre aux princos. 11 écrivait le lendemain même à la duchesse de Saxe-Colha : « Votre Altesse Sérénissime me dira que depuis quelque temps je n'aime pas les trônes : je les aimerais si Votre Allesse Sérénissirne avait un royaume. >

VOLTAIRE

tombeau assez joli. Je voudrais vous engraisser dans ce tombeau, et que vous y fussiez mon vampire*.

Je conçois que la rage de bâtir ruine les princes aussi bien que les particuliers. 11 est triste que le duc de Deux- Ponts- ôte à son agent littéraire ce qu'il donne à ses maçons. Je vous conseillerais, pour vous remplumer, de passer un an sur notre lac; vous y seriez alimenté, désaltéré, rasé, portés de Prangins aux Délices, des Délices à Genève, à Morges*, qui ressemble à la situation de Constantinople, à Monrion, qui est ma maison près de Lausanne; vous y trouveriez partout bon vin et bon visage d'hôte; et, si je meurs dans l'année, vous ferez mon épitaphe. Je tiens toujours qu'il faudrait que M. de Prangins vous amenât avec Mme de Fontaine, à la fin de mai. Je viendrais vous joindre à Prangins dès que vous y seriez, et je me chargerais de votre personne pour tout le temps que vous voudriez philosopher avec nous. Ne repoussez donc pas l'inspiration qui vous est venue de revoir votre ancien ami

J'attends Lekain ces jours-ci ; nous le coucherons dans une galerie, et il déclamera des vers aux enfants de Calvin ^ Leurs mœurs se sont fort adoucies ; ils ne brûleraient

1. Animal fabuleux qui, d'a]irês les supersti lions de cerlains peuples de l'Europe orientale, passe pour sortir des tombeaux et venir sucer le sang- des vivants. — On serapiiclle la gourmandise do Thieriot. Voy. lettre 26.

2. Le duc de Deux-Ponts (district du Rhin, en Bavière) avait Thieriot pour agent littéraire, et ne le payait pas.

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