‹ Choix de lettresChapitre 213 sur 494 · A M. J.^. ROUSSEAU, A PARIS · texte numérisé non relu

A M. J.^. ROUSSEAU, A PARIS

30 août (llSb).

J'ai reçu, monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain*; je vous en remercie. Vous plairez aux hommes, à qui vous dites leurs vérités, mais vous ne les corrigerez

1. Brûlé par ordre de Calvin (1533), pour avoir attaqué le mystère de la Trinité.

2. Clirisloplie de Beaumont, archevêque de Paris depuis 1746, avait prescrit le refus des derniers sacrements à quiconque ne présenterait pas un billet de confession, signé d'un prêtre soumis à la bulle Unigenitus (rendue en 1713 par le pape Clément XI, contre l'hérésie janséniste). De là de continuels conflits entre les Parlements et le clergé.

5. Cette lettre, d'yn^tjj^le vis|tliement soigné, était de'sTïnce à la publicité Elle parut en septembre à la suite de {'Orphelin de la Chine, puis en octobre dans le Mercure avec quelques variantes. Voltaire avait demandé l'autorisation de Rousseau : « On fait courir dans Paris des ouvrages

sous mon nom. Je dois saisir l'occasion la plus favorable de les désavouer. On m'a conseillé de faire imprimer la lettre que J'ai écrite à M. Rousseau, et de m'étendre un peu sur l'injustice qu'on me fait, et qui peut m'clre très prédudiciable. Je lui en demande la permission. » — Jean- Jacques était encore en bons termes avec les philosophes, et particulièrement plein de défc- ^ rence envers Voltaire, qu'il trs' / tait comme son maître.

4. Discours sur Vorigine de de l'inégalité parmi les hommes (1751) : c'était une âpre critique de l'ordre social. Déjà en 17o£ Rousseau avait remporté le prix à l'Académie de Dijon par son Discours sur les arts et les sciences, où il accusait la civilisation d'avoir dépravé le genre humain.

206 VOLTAIIIE.

pas. On ne peut peindre avec des couleurs plus fortes les horreurs de la société humaine, dont notre ignorance et notre faiblesse se promettent tant de consolations'. On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre botes : il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage '^ Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens maliieureusemcnt ([u'il m'est impossible de la reprendre, et je laisse cette allure naturelle <à ceux qui en sont plus dignes que vous et moi. Je ne peux non plus m'embarqiier pour aller trouver les sauvages du Canada; premièrement, parce que les maladies dont je suis accablé me retiennent auprès du plus grand médecin de l'Europe', et que je ne trouverais pas les mêmes secours chez les Missouris*: secondement, parce que la guerre est portée dans ces pays-Là^, et que les exemples de nos nations ont rendu les sauvages presque aussi méchants que nous. Je me borne à être un sauvage paisible dans la solitude

1. On seul l'ironie. Vollaire est, sur ce sujet, aux antipodes de Rorisseau ; voy. la satire du Mondain, où il s'écrie :

Ah, le bon temps, que ce siècle de ferl

2. Allusion au prétendu état de nalura, par lequel l'homme aurait débute, et dont, suivant liousseau, il n'aurait fait que lIp^'cncrer : « La terre, abandonnée à sa fei'lililé naturelle, et couverte de foréls imuicjises que la cognée ne niulila jamais, oITre à chaque pas des magasins et des retraites aux animaux de toute espèce. Les hommes, dispersés parmi eux, observent, imitent leur industrie, els'éléveîit ainsijusqu'à t'inslincl des b/^tcs; a\ec cet avantage que chaque espèce n'a que le sien

propre, et que l'homme, n'en aya'nt peut-être aucun qui lui appartienne, se les approprie tous... »

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