Esculdjoe-Tronchin (Théo
VOLTAIRE
Notre Esculape nous gouverne à présent; il y a un mois que la pauvre Mme de Fontaine est entre ses mains*. Je ne sais qui est le plus malade d'elle ou de moi ; nous avons besoin l'un et l'autre de patience et de courage. JIme Denis espère que vingt-quatre mille Français passeront bientôt par Francfort ; elle leu r recommandera un certain M. Frey tag, agent du Salomon du Nord-, lequel s'avise quelquefois de faire mettre des soldats, avec la baïonnette au bout du fusil, dans la chambre des dames. Je voudrais que M. le maréchal de Richelieu commandât cette armée. Puisque les Français ont battu les Anglais, ils pourront bien déranger les rangij des Vandales'. Avcz-vous vu le vainqueur de Mahon dans sa gloire''? s'est-il montré aux spectacles? a-t-il été ^ilaqué-. comme Mlle Clairon? On dit que Mme de Graffigny va donner une comédie grecque^, où l'on pleurera beaucoup plus qu'à Génie. Je m'intéresse de tout mon cœur à son succès ; mais des tragédies bourgeoises, en prose, annoncent un peu le complément de la décadence.
On dit que Marie-Thérèse est actuellement l'idole de Paris, et que toute la jeunesse veut actuellement s'aller battre pour elle en Bohême. 11 peut résulter delà quelque sujet de
dore Tronchin) est le fameux médecin genevois qui soignait Voltaire, et à qui sa rôpulation attirait des malades de l'Europe entière. — ApoUon-Tronchin, parent du précédent et conseiller d'État à Genève, avait voulu faire jouer à Paris sa tragédie de Nicéphore, et d'Argcntal l'en avait délourné.
1. Voy. page 197, note 1. — Mme de Fontaine était venue se faiie soigner par Tronchin p,)ur une grave maladie du sein.
2. Voy. la lettre 71. — La France, alliée à l'Autriche, venait
de déclarer la guerre au roi de Prusse.