A FREDERIC II, ROI DE PRUSSE
Octobre (1737).
Sire, votre Épître d'Erfurt* est pleine de morceaux admirables et touchants. 11 y aura toujours de très belles choses dans ce que vous ferez, et dans ce que vous écrirez. Souffrez que je vous dise ce que j'ai écrit à Son .altesse Royale votre digne sœur s, que cette Épîlre fera verser des larmes si vous n'y parlez pas des vôtres. Mais il ne s'agit pas ici de discuter avec Votre Majesté ce qui peut perfectionner ce monument d'une grande âme et d'un grand génie; il s'a-
1. Sur la Neilh, en Silésie, imniédialcnient au nord des monts des Géants.
2. 11 s'agit des Prussiens, qui en sortirent, mais pour peu de temps. <t La tragédie qu'on joue en Boliême, écrivait Voltaire à Cideville (15 juillet), n'est pas encore à son dernier acte. La pièce devient très implexe.... On a cru d'aljord le roi de Prusse perdu par la victoire du comte Daun (à Kollin) et par la délivrance de Prague; mais il est encore au milieu de la Bohème, et maitre du cours de l'Elbe jusqu'en Saxe. On croit qu'enfin il succombera. » Au contraire il se
dégageait en battant les Français à Rosbach (5 novembre) et les Autrichiens à Lissa (5 décembre).
3. Une chanson du pont Neuf, ou simplement un pont-neuf, est une chanson populaire sur un air connu.
4. Réduit à la dernière extrémité (voy. lettre précéd.), Frédéric avait pris la résolution de se tuer : c'est ce qu'il développait à grand renfort .ie déclamation dans cette Èpitre écrite d'Erfurt en Saxe, le 23 septembre, au mai^guis d'Argens (voy. p. I7G.
note 1).