A M. LEBRUN
A Feiney, 7 novembre (1760).
Je vous ferais, monsieur, attendre ma réponse quatre mois au moins, si je prétendais la faire en aussi beaux vers que les vôtres. Il faut me borner à vous dire en prose combien j'aime votre Ode et votre proposition. Il convient assez qu'un vieux soldat du grand Corneille tâche d'être utile à la petite-fille de son général^. Quand on bâtit des châteaux et des églises, et qu'on a des parents pauvres à soutenir, il ne reste guère de quoi faire ce qu'on voudrait pour une personne qui ne doit être secourue que par les plus grands du royaume.
Je suis vieux ; j'ai une nièce qui aime tous les beaux-arts *, et qui réussit dans quelques-uns : si la personne dont vous
1. Intendant d'Auvergne, que Turgot allait quitter pour prendre la route de Lyon et de Genève.
2. Écouchard-Lebrun (dit Lebrun-Pindare), né en 1729, mort en 1807, l'un de nos meilleurs poètes lyriques de second ordre.
Il venait d'adresser une ode à Voltaire pour recommander Mlle Corneille à sa bienfaisance.