Le célèbre protecteur de J.-D
Kûusseau, qui lui a dédié sa plus
belle ode; prédécesseur du duc de Richelieu dans l'ambassade de Vienne.
3. Thieriot ne veut pas d'appointements : cela sent la domuslicité ; mais il reçoit très bien des secours en argent.
22 VOLTAIRE
dans la maison de M. de Bernières, vous l'auriez pu encore plus aisément dans la maison de l'ambassadeur de France, et peut-être n'auriez-vous point rougi de recevoir de la main de celui qui représente le roi des présents qui eussent mieux valu que des appointements.
Vous avez refusé l'emploi le plus honnête et le plus utile qui se présentera jamais pour vous. Je suppose que vous n'avez fait ce refus qu'après y avoir mûrement réfléchi, et que vous êtes sûr de ne vous en point repentir le reste de votre vie. Si c'est Mme de Bernières qui vous y a porté, elle vous a donné un très méchant conseil; si vous avez craint effectivement, comme vous le dites, de vous constituer domestique de grand seigneur, cela n'est pas tolérable. Quelle fortune avez-vous donc faite depuis le temps où le comble de vos désirs était d'être ou secrétaire du duc de Uichelieu, qui n'était point ambassadeur, ou commis des Paris'? En bonne foi, y a-t-il aucun de vos frères qui ne regardât comme une très grande fortune le poste que vous dédaignez?
Ce que je vous écris ici est pour vous faire voir l'énormité de votre tort, et non pour vous faire changer de sentiments. Il fallait sentir l'avantage qu'on vous offrait; il lallait l'accepter avidement, et vous y consacrer tout entier, ou ne le point accepter du tout. Si vous le faisiez avec regret, vous le feriez mal; et, au lieu des agréments infinis que vous y pourriez espérer, vous n'y trouveriez que des dégoûts et point de fortune. N'y pensons donc plus, et préférez la pauvreté et l'oisiveté à une fortune très honnête et à un poste envié de tant de gens de lettres, et que je ne cédeiais à personne qu'à vous, si je pouvais l'occuper. Un our viendra bien sûrement que vous en aurez des regrets,
1- Les fameux banquiers, chez | mais qui, le connaissant trop liien, qui Voltaire avait voulu le placer, I n'avaient pas voulu de lui.
car vos idées se rectifieront, et vous penserez plus solidement que vous ne faites. Toutes les raisons que vous m'avez apportées vous paraîtront un jour bien frivoles, et, entre autres, ce que vous me dites qu'il faudrait dépenser en habits et en parures vos appointements. Vous ignorez que, dans toutes les cours, un secrétaire est joujours modestement vêtu, s'il est sage, et qu'à la cour de l'empereur il ne faut qu'un gros drap rouge, avec des boutonnières noires*; que c'est ainsi que l'empereur est habillé-, et que d'ailleurs on fait plus avec cent pistoles^ à Vienne qu'avec quatre cents à Paris. En un mot, je ne vous en parlerai plus; j'ai fait mon devoir comme je le ferai toute ma vie avec mes amis. Ne songeons plus, mon pauvre Tliieriot, qu'à fournir ensemble tranquillement notre carrière philosophique.
Mandez-moi comment va l'édition de l'abbé de Chaulieu*, que vous préférez au secrétariat de l'ambassade de Vienne, et n'éloignez pas pourtant de votre esprit toutes les idées d'affaire étrangère au point de ne me pas faire de réponse sur le nom et la demeure du copiste qui a transcrit Mariamne", et qui ne refusera peut-être pas d'écrire pour M. le duc de Richelieu. Enfin, si l'amitié que vous avez pour moi, et que je mérite, est une des raisons qui vous font préférer Paris à Vienne, revenez donc au plus tôt retrouver votre ami. Engagez Mme de Bernières à revenir à