A M. FAVART
Feniey, par Genève, 14 décembre (1765).
Je croyais, monsieur, être guéri de la vanité à mon âge ; mais je sens que j'en ai beaucoup avec vous. Non seulement vous avez flatté mon amour-propre en parlant de la bonne Gcrtrude -, mais j'en ai encore davantage en lisant yotre Fée Vrgèle^, car je crois avoir deviné fous les endroits qui sont de vous. Tout ce que vous faites me semble aisé à reconnaître; et lorsque je vois à la fois finesse, gaieté, naturel, grâces et légèreté, je dis que c'est vous, et je ne me trompe point. Vous êtes inventeur d'un genre infiniment agréable*; l'opéra aura en vous son Molière, comme il a eu son Racine dans Quinault". Si quelque chose pou-
1. Favart, dont il est question dans la lettre précédente, est né en 1710, mort en 1792. Il fut d'abord, comme son père, pâtissier de son métier et chansonnier par loisir; ensuite il se livra exclusivement à son goût pour les vers, fit des pièces pour l'Opéra- Comique, dirigea ce théâtre, puis une troupe ambulante qui suivit en 1745 l'adirée du maréchal de Saxe en Flandre; revint enfin à Paris, où il ne cessa de travailler pour le Théâtre-Italien ou pour l'Opéra- Comique. 11 avait pour collaborateurs l'abbé de Voisenon et l'aimable actrice (Mlle Duronceray) sou épouse.