A M. L'ABDÉ DE VOISENON
A Ferney, le 28 octobre (176^,
J'avais un arbuste inutile* Qui languissait dans mon canton; Un bon jardinier de la ville Vient de greffer mon sauvageon.
Je ne recueillais de ma 'igné Qu'un peu de vin grossier et plat; Mais un gourmet l'a rendu digne Du palais le plus délicat.
Ma bague était fort peu de choîe; On la taille en beau diamant :
Honneur à l'enchanlcur charmant Qui fit cette métamorphose !
Vous sentez bien, monsieur l'ëvèque de Montrouge', à qui sont adressés ces mauvais vers. Je vous prie de présenter mes compliments à M. Favart, qui est un des deux conservateurs des grâces et de la gaieté françaises. Comme il y a environ dix ans que vous ne m'avez écrit, je n'ose
1. Né en 1708, mort en 1773, reçu à l'Académie française en 1763. L'abbé de Yoisenon, poète spirituel, autant que mauvais prêtre, a laissé des pièces fugitives, des comédies et des opéras comiques. Ou dit qu'il travaillait aussi aux pièces données par ses amis, Favart et sa femme. C'aait un homme aimable, mais sans caractère.
2. Favart venait de prendre le conte de Voltaire, Gerlrude ou \
l'Éducation d'un prince, pour en faire un opéra comique sous C3 titre : Isabelle et Gertrnde, ou les Sylplies supposés. Voltaire, suivant l'opiuiun commune, estime que l'ouvrage est autant de Voiscnnn que de Favart.
3. C'est un nom que Vollaire donnait 5 Voisenon depuis longtemps, par allusion aux fréquents séjours que faisait l'ab'jé chez soii ani le duc de La Vallicre, à Mont-
VOLTAIRE
vous dire : 0 mon ami! écrivez-moi ; mais je vous dis : Ah! mon ami, vous m'avez oublié net.