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Le prince Koslowski

1G7. — A M. LE COMTE D'ÂRGENTAL

13 octobre (1769).

Mon cher ange, j'aurais dû plus tôt vous faire mon compliment de condoléance sur votre triste voyage d'Orangis*; je vous aurais demandé ce que c'est qu'Orangis, à qui appartient Orangis ; s'il y a un beau théâtre à Orangis; mais j'ai été dans un plus triste état que vous. Figurezvous qu'au i" d'octobre il est tombé de la neige dans mon pays; j'ai passé tout d'un coup de Naples h la Sibérie ; cela n'a pas raccommodé ma vieille et languissante machine. On me dira que je dois être accoutumé, depuis quinze ans, à ces alternatives ; mais c'est précisément parce que je les éprouve depuis quinze ans que je ne les peux plus supporter. On me dira encore : « George Dandin, vous l'avez voulu- »; George répondra comme les autres hommes : « J'ai été séduit, je me suis trompé, la plus belle vue du monde m'a tourné la tète; je souffre, je me repens; voilà comme le genre humain est fait ».

Si les hommes étaient sages, ils se mettraient toujours au soleil, et fuiraient le vent du nord comme leur ennemi capital. Voyez les chiens, ils se mettent toujours au coin du feu, et quand il y a un rayon de soleil, ils y courent. La Motte^, qui demeurait sur votre quai*, se faisait porter en chaise, depuis dix heures jusqu'à midi, sur le pavé qui borde la galerie du Louvre, et là il était doucement cuit à un feu de réverbère.

J'ai peur que les maladies de Mme d'Argental ne vien-

1. Grandis est un village situé près de Corbeil : il avait été question d'y jouer les Guèbres, on ne sait chez qui-

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