Voy. la lettre précédente
5. Il s'agit de la cité industrielle établie à Ferney; voy. lettre 1G9. — Après la disgrâce de M. de Choiseul, les fermiers généraux avaient pris à tâche de l'aire abolir tous les privilèges fiscaux accordés par l'ancien ministre aux domaines de Voltaire.
VOLTAIRE
cette harpie *, que de ne jamais faire d'autre ouvrage que son épitaphe, de ne bâtir que son tombeau, et de se mettre dedans au plus vite.
Quand je vous dis, madame, que j'ai bâti une petite ville assez jolie, cela est très ridicule, mais cela est très vrai. Cette ville même faisait un commerce assez considérable ; mais si on continue à me chicaner, tout périra. Pour me dépiquer, j'ai fait une Épitre à Horace. Je ne vous l'envoie pas, parce que je ne sais pas si vous aimez Horace, si vous souffrez encore les vers, si vous avez envie de lire les miens. Vous n'aurez cette épitre que quand vous m'aurez dit : « Envoyez-la-moi ». Ce n'est pas assez de prier quelqu'un à souper, il faut avoir de l'appétit -.
J'ai toujours mon ancien chagrin que vous connaissez. Ce chagrin m'empêchera de revoir jamais Paris. Je ne saurais souffrir les tracasseries et les factions, aussi ridicules qu'acharnées, qui régnent dans cette Babylone où tout le monde parle sans s'entendre. Je m'en tiens à mes Alpes et à votre souvenir. Je vous souhaite toute la santé, tous les amusements, toute la bonne compagnie, tous les bone soupers qu'on peut mettre à la place de deux yeux qui vous manquent.
Voici le temps où je vais perdre les miens, dès que les neiges arrivent^; et cependant je ne cherche point à revenir à Paris, parce que j'airae mieux souffrir chez moi que d'essuyer des tracasseries dans votre grande ville. Il est vrai que les hommes ne se mangent pas les uns les autres dans Paris comme dans la Nouvelle-Zélande*, qui est habitée par des anthropophages dans huit cents lieues de circon-
1. Êtres fabuleux qui souillaient les aliments à leur portée; voy.
Virgile, Enéide, 111, 219 et suiv.