Né en 1721, mort le 22 avril
peu de vie en recevant votre excellent discours. J'admire la générosité de votre cœur autant que votre éloquence; car je suppose que c'est de vos bontés que je tiens ce chefd'œuvre. Je vois que vous m'avez pardonné d'avoir été d'une opinion qui n'était pas la vôtre; vous avez senti combien je devais être affligé autrefois, et combien même je le suis encore (et je le serai jusqu'au dernier moment de ma vie), d'une cruauté inutile dont on ne peut se souvenir qu'avec liorreur. Vous avez été plus sage que moi; vous avez séparé cette barbarie dos services rendus par ceux qui l'ont commise, et moi j'ai tout confondu. Voilà comme les passions sont faites. Mes plus grandes passions aujourd'hui sont la reconnaissance que je vous dois, monsieur, et le regret de n'avoir pu vous entendre.
Je mets à vos pieds l'ouvrage d'un jeune homme * qui m'avait d'abord donné quelques espérances; mais il n'a pas tenu ce qu'il promettait.
J'ai l'honneur d'être, etc.
1794, sur l'cchafaud révolutionnaire. — Fils du chancelier de Lamoignon, il avait suivi la carrière de la magistrature, où il s'éleva de degré en degré jusqu'à la pri'sidence de la cour des aides.
Dans les fonctions de directeur de la librairie, qu'il exerça de 1750 à 17G8, il se montra pour les philosophes d'un libéralisme extrême.
et pour quelques-uns d'entre eux (Rousseau, Diderot) d'une générosité presque téméraire et compromettante. 11 ne parvint pas toujours, cependant, à satisfaire Voltaire, dont les exigences, en cette matière, n'étaient pas souvent équitables. De plus, l'attitude prise par Voltaire dans la question des parlements avait vi-
vement froissé M.deMalesherbes.
Pourtant, quand Malesherbes fut nommé ministre de la maison du roi, tandis que Turgot était contrôleur général des finances, le sentiment unanime de l'Académie se prononça en sa faveur pour la prochaine élection, et Voltaire fit savoir qu'il se rangeait volontiers à l'opinion de ses confrères. M. do Malesherbes répondit à ce bon procédé en insérant dans son discours de réception un mot très élogieux sur Voltaire défenseur des opprimés. Cette lettre est pour remercier M. de Malesherbes et effacer tout souvenir des anciens différends.