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A MADAME LA MARQUISE DU DEFFA.XT 30 mars

J'ai pu vous dire, madame : J'ai été très mal, et je le suis encore^,

1° Parce que la chose est vraie;

2° Parce que l'expression est très conforme, autant qu'il m'en souvient, à nos décisions académiques. Ce le signifie évidemment : « Je suis très mal encore. » Ce le signifie toujours la chose dont on vient de parler. C'est comme quand on vous dit : « Êtes-vous enrliumées, mesdames? » ,lles doivent répondre : « Nous le sommes », ou : « Nous ne le sommes pas ». Il serait ridicule qu'elles répondissent : « Nous les sommes », ou : « Nous ne les sommes pas ».

Ce le est un neutre en cette occasion, comme disent les doctes. 11 n'en est pas de même quand on vous demande : « Êtes-vous les personnes que je vis hier à la comédie du Barbier de Séville^, dans la première loge? » Vous devez répondre alors : « Nous les sommes », parce que vous devez indiquer ces personnes dont on vous parle.

Êtes-vous chrétienne ? Je le suis. Êtes-vous la juive qui fut menée hier à l'inquisition? Je la suis. La raison en eft évidente. Êtes-vous chrétienne? Je suis cela. Êtes-vous la juive d'hier, etc.? Je suis elle.

Voilà bien du pédantisme, madame ; mais vous me l'avez demandé : et vous ferez de moi tout ce que vous voudrez,

1. Mme du Deffant lui avait écrit, le 17 mars : « Il se trouve quelquefois chez moi des gens qui se piquent de grammaire; on agita dernièrement celte question : Une personne malade qui veut rendre compte de son état

peut-elle dire : J'ai élé très mal, et je le suis encore? On demande s'il y a une taule dans cette façon de parler, et en quoi elle consiste. »

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