La comédie de Beaumarchais jouée cette année même
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excepté de me faire venir à Paris. Mon imagination m'y promène quelquefois, parce que vous y êtes; mais la raison me dit que je dois achever ma vie à Ferncy. 11 faut se cacher au monde quand on a perdu la moitié de son corps et de son âme, et laisser la place à la jeunesse. Il y a et il y aura toujours à Paris heaucoup de jeunes gens qui font et qui feront très joliment des vers ; mais ce n'est pas assez de les faire bons, il leur faut un je ne sais quoi qui force à les retenir par cœur, ou à les relire malgré qu'on en ait, sans quoi cent mille bons vers sont de la peine perdue.
Je suis indigné, depuis quelques années, de la prose de Paris, et surtout de la prose des avocats, qui parlent presque tous comme mailre Petit-Jean. Les factums contre M. de Guines et contre M. de Richelieu * m'ont paru le comble de l'absurdité. Celui de JI. de Richelieu^ était un peu ennuyeux, mais au moins il était fort raisonnable.
J'espère que quand mon jeune homme ^ sera obligé d'en faire un, il pourra être assez intéressant ; mais probablement cette pièce de Ihcàlre ne se jouera pas sitôt.
Adieu, madame ; dissipez-vous, soupez, mais surtout digérez, dormez, vivez avec le monde, dont vous ferez toujours le charme. Daignez me conserver toujours un pou d'amitié; cela console à cent lieues.
1. M de Guines, aniLassadeur de France à Londres de 1770 à 1776, soutenait un procès à lui intenté par le sieur Tort de La Son îe, son secrétaire : M. de Guines eut gain de cause. Quant au duc de Richelieu, il avait à prouver la falsidcalion de billets souscrits en son nom, pour plus de 300 000 livres, par une cer-
taine dame de Saint- Vincent, avec laquelle il avait eu des relations galantes: il obtint justice; mais le scandale de ce procès ruina son crédit à la cour.
?. Par l'avocat Tronchet, qui collabora plus tard au code civil.
3. D'Etallonde, pour réclamer sa réhabilitation. Cf. pîge 421.
note 2.