‹ Choix de lettresChapitre 447 sur 494 · A Ferney · texte numérisé non relu

A Ferney

bité par quarante malheureux dévorés d'écrouelles et de pauvreté. Un homme S avec un bien honnête, acheta ce territoire affreux, exprès pour le changer. Il commença par faire dessécher des marais empestés; il défricha; il fit venir des artistes étrangers de toute espèce, et surtout des horlogers, qui ne connurent ni maîtrise, ni jurande, ni compagnonnage^, mais qui travaillèrent avec une industrie merveilleuse, et qui furent en état de donner des ouvrages finis à un tiers meilleur marché qu'on ne les vend à Paris.

M. le duc de Choiseul les protégea avec cette noblesse et cette grandeur qui ont donné tant d'éclat à toute sa conduite'.

M. d'Ogny^ les soutint par des bontés sans lesquelles ils étaient perdus.

M. Tiirgot, voyant en eux des étrangers devenus Français, et des gens de bien devenus utiles, leur a donné toutes les facihtés qui se concilient avec les lois^.

Enfin, en peu d'années, un repaire de quarante sauvages est devenu une petite ville opulente, habitée par douze cents personnes utiles, par des physiciens de pratique <5, par des sages dont l'esprit occupe les mains. Si on les avait assujettis aux lois ridicules inventées pour opprimer les arts, ce lieu serait encore un désert infect, habité par les ours des Alpes et du mont Jura.

Continuez, monsieur, à nous éclairer, à nous encourager, à préparer les matériaux avec lesquels nos ministre? élèveront le temple de la féhcité publique.

t. Voltaire lui-même. — Cf.

leUies 1G9 et 177.

2. Association des compagnons ou ouvriers, qui rayonnait à travers la France, et y tenait tôle à l'autorité souvent jalouse des iniiilrises.

Z. En plaçant les émigrés de Genève sous la protection du roi.

i. Voy. p. 599, note i.

Page 1