Voy. Charles XII (livre V
« 11 (le baron Fabrice) avait lu lous les bons auteurs français.
11 lit lire au roi les tragédies de Pierre Corneille, celles de Racine, et les ouvrages de Despréaux. Le roi ne prit nul goût aux satires de ce dernier, qui en effet ne sont pas ses meilleures pièces;
mais il aimait fort ses autres écrits. Quand on lui lut ce trait de la satire huitième, où l'auteur traite Alexandre de fou et d'enragé, il déchira le feuillet. »
i. Tous les princes guerricrs\ sont des vandales pour Voltaire, 1 et son ami Frédéric de Prusse / sera du nombre.
5. Pierre le Grand et Auguste II de Pologne étaient l'àme de la coalition contre laquelle Charles XII eut à lutter.
6. Chapelain (1593-1674), auteur du poème épique de la Pucellt-, et labbé Cotin (160i-1682), aussi médiocre comme prédicateur que comme poète, sont les écrivains les plus décriés par Boileau.
VOLTAIRE
mais très supérieure à celle de tous les écrivains de son temps, si vous en exceptez M. Racine. Je regarde ces deux grands hommes comme les seuls qui aient eu un pinceau correct, qui aient toujours employé des couleurs vives, et copié fidèlement la nature*. Ce qui m'a toujours charmé dans leur style, c'est qu'ils ont dit ce qu'ils voulaient dire 2, et que jamais leurs pensées n'ont rien coûté à l'harmonie ni à la pureté du langage. Feu M. de La Motte, qui écrivait bien en prose, ne parlait plus français quand il faisait des vers^. Les tragédies de tous nos auteurs, depuis M. Racine, sont écrites dans un style froid et barbare*; aussi La Motte et ses consorts ^ faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour rabaisser Despréaux, auquel ils ne pouvaient s'égaler 6. Il y a encore, à ce que j'enlends dire, quelques uns de ces beaux esprits subalternes qui passent leur vie dans les cafés', lesquels font à la mémoire de M. Despréaux le même honneur que les Chapelain faisaient à ses écrits, de son vivant. Ils en disent du mal, parce qu'ils sentent que si M. Despréaux les eût connus, il les aurait méprisés autant qu'ils méritent de l'être. Je serais très fâché que ces messieurs crussent que je pense comme eux parce que je fais une grande différence entre ses premières satires et ses autres ouvrages. Je suis surtout de votre avis sur la