Voy. p. 593, note i
A M. LE COMTE D'ARGENTAL
i auguste (1777),
Mon cher ange, il y a plus de soixante ans que vous voulez bien m'aimer un peu. Il faut que je fasse à mon ange un petit croquis de ma situation, quoiqu'il soit défendu de parler de soi-même, et quoiqu'on ait joué VEgoisme^ bien ou mal dans votre tripot de Paris -.
J'ai quatre-vingt-trois ans, comme vous savez, et il y a environ soixante-six ans que je travaille. Tous les gens de lettres en France, hors moi, jouissent des faveurs de la cour^; et on m'a ôté, je ne sais comment, du moins on ne me paye plus, une pension de deux mille livres que j'avais avant que Louis XV fût sacré*.
Je suis retiré depuis trente ans ou environ ^ sur la frontière de la Suisse. Je n'avais qu'un protecteur en France, c'était M. Turgot, on me l'a ôlé^; il me restait M. deTriidaine^, on me l'ôle encore.
J'avais eu l'impudence de bâtir une ville»; celte noble sottise m'a ruiné.
J'avais repris mon ancien métier de cuisine^ pour me consoler; je ne sens que trop, toute réflexion faite, que je
1. C'est le titre d'une comédie en cinq actes et en vers, par Cailhava, jouée le 19 juin