‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 34 sur 80 · XXV. Mais c'est assez parler de cette matière · texte numérisé non relu

XXV. Mais c'est assez parler de cette matière

1 s. Jean, 1. — * Gai., 1. - " 1. Jeao, 4. «Actes, !.-*& Jean, 19,

DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR

IflnKtembleqne j'ai bien prouvé U chair en -'^llbK-Qiristei la duirbamaîne que le Sauveur idc b Vierge. J'estime mttoe que cela laOre, à les diff^otes opinions qui se mr ce sujet ne m'eussent obligé plus parlicolière. J'ai donc na- !to ai^niens et les passages dont les hé- \téùi\m K teireal, je les ai proposé* moipour les combattre, et je crois avoir : montré coatie tous, ce que j'ai en-

trepris de prouver, ft savoir : de quelle chair Jésu&<:hrista été revêtu, et de quel principe sa chair a été formée : ainsi j'ai maintenant à défendre la résurrection de notre chair, et je Fais état de la défendre dansunaulre livre, où ce que je dirai dès le commencement sera la fin et la conclusion de celui-ci: en effet, j'y ai jeté les Fondemeosde notre résurrection, y ayant foît voir très-clairemenl ce que c'est qui a kssuscilé en Jésut-Cbrist.

TRAITE DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

I U résorrectioa des morts est l'assurance 'è$ tbrétiens ; l'espérance que nous en avons

e, bit que nous y croyons, et la vérité ■M cbGge d'y croire d'une foi constaule et

'Me. Mais c'est Dieu qui nous révèle nite vérité. Cependant le commun des hommes Aa noqne. Se persuadant qu'il ne reste rien denoataprisla mort, ils ne laissent pas toutefoi de rendre des offices funèbres aux morts , d d^pponer sur leurs sépulcres des viandes ITCC une grande profusion, et de celles m6mes avaient été leplusde leur goût, et qui selon bdiver«ilé des saisons sont les pins délicates,

le s'ils estimaient que ceux qui â leur avis n'oM plus du tout de sentiment , ont encore de rimour pour la bonne chère. Pour moi, j'ai ■ajctde me moquer de ce peuple, lorsque je Tm qu'il brûle si cruellement ces mêmes nwris qu'il nourrit après si délicieusement et avec tant d'eicès, les ftauimes qui consument les corps étant également des outrages et des devoirs d'amitié. O piété farouche et qui le fait un jeu de ce que la cruauté a de plus terrible, quand elle brûle des viandes sur le bOdier de ceux qu'elle a fait dévorer par le feu, est-ce un insulte, ou un sacrifice? Certes, les sages du monde sont quelquefois de l'avis du peuple. C'est une le^a de l'école d'Ëpicure,

qu'il n'y a rieo après la mort, et Sénèque a dit que tout finitparlamort,etquela mort même finit comme toutes les autres choses. Je pense que ce serait assez pour réfuter cette erreur, d'opposer au sentiment d'Epïcure et de Sénèque l'opinion de Pythagorc et d'Empédocle, qui ne sont pas de moindre autorité parmi les philo* sophes; mais je passe aux platoniciens, qui soutiennent l'Ame immortelle : ils veulent néanmoins que les ftmes rentrent incontinent dans les corps, quoique non pas dans les mêmes corps, et que ce ne .soit pas seulement dans les corps humains qu'elles rentrent, comme ils disent que l'âme d'Euphorbe a depuis été l'âme de Pydiagore, et que le corps d'un paon a logé l'àme d'Homère. Ainsi ils établissent le retour de l'âme dans la chair, et il est plus supportable d'avoir changé , que d'avoir nié absolument l'état de son immorlalité : il est vrai qu'ils n'ont pas pénétré jusqu'à la vérité, mais du moins ils ont frappé à la ))orte pour lâcher de la découvrir, et de cette sorte le monde, lors même qu'il est dans l'erreur, n'est néanmoins pas dans rignorance de la résurrection des mon s.

II. Que s'il y a dans le culte du vrai Dieu quelque secte qui ait plus de conformité avec les Épicuriens, qu'avec Les prophètes, ce sgut

TERTULLIEN

IM Sedducfiènft ^ L'Écriture nous apprend quel lenfiment en avait Jésus-Christ lui-même. Et certes c'était ft lui à révéler tout ce qui avait été auparavant cactié, k éclaircir les choses douteuses, à donner la perfection â ce qui n'avait été touché qu'imparfaitement, à accomplir ce qui avait élé annoncé, et enfin â prouver nonteulemènt par lui-même, mais aussi en luimétnê la réiiurrection des morts. Mais laissant là ces anciens saducéens, j*ai maintenant h en combattre de nouveaux qui n'ont qu'une partie de lerrcur. des anciens; Us reconnaissent la moitié de favantage de la résurrection, à savoir la vie de Tàme , méprisant la chair, comme ils méprisent le créateur de la chair. Il n'y a que ceux qui ont inventé une autre divinité que celle du Créateur, qui envient la résurrection à la substance du Corps. Ces hérétiques ne voulant pas reconnaître que Jésus-Christ ait créé cette chair, et pour cela étant contraints de lui attgi* buer une autre nature, la première de leurs erreurs a été sur la qualité de sa chair, prétendant ou que et n'était pas une vraie chair, Selon Màrciôn et Basilide, ou qu'elle avait une tjualité propre et singulière, selon les opinions erronées de Vàlcnlin et d*Âpelles. Ainsi , ils iiiënt la conservation de cette substance, à laquelle ils soutiennent que Jésus-Christ n'a eu dùcune part, étant bien informés que c'est un grand pï^éjugéqiie la résurrection de la chair, si la chair a déjà ressuscité en Jésus -Christ. Ccst pourquoi nous avons donné par avance un traité de la chair de Jésus-Christ, par lequel nous prouvons que c'est une chair véritable et solide , contre la vaine erreur d'une chair fantastique, et nous montrons que c'est une chair humaine contre la supposition d'une qualilé propre et singulière; et ainsi nous établissons la vraie nature de la chair de Jésus- Christ qui l'a fait déclarer et homme et fils de l'homme. Et certes, prouvant qu'il avait une chair et un corps, celle preuve est leur conviction, car lioùs concluons qu'il ne faut point croire d'autre dieu que le Créateur, faisant voir Jésus-Christ, éa qui Dieu se manifeste si évidemment, faisant, dis-je, voir Jésus-Christ tel qu'il a été promis par le Créateur. Leur convicliou étant évidente sur ces deux points ^ qiie Dieii est

\S. flaub., 21.

l'auteur de la chair, et que Jésus-Christ têt 1 rédempteur de la chair, il est bien aisé de te convaincre sur celui de la résurrection de | chair. Car c'est ainsi, à notre avis, qu'il hm disputer avec les hérétiques. Pour suivre |K ordre convenable on doit toujours comment par ce qui est principal dans la questiôç étant nécessaire de convenir d'abord de ce cU en est le fondement , et que Ton peut cotaiM rer comme le principe d'ob elle dépebd;!! contraire les hérétiques, qui connaissent kor. faible, ne veulent jamais garder celle métfaodl^ qui est néanmoins la règle ordinaire de la dbpute. Ainsi , comme ils savent bien qu'il est tel difScile de persuader les esprits sur l'eiisteDCI de cette autre divinité qu'ils ont inventéei contre la majesté de Dieu créateur du monde, que nous connaissons tous nalurçllenent par h témoignage de ses œuvres toutes merveilleosci niais qui d'ailleurs a eu ses ministres et sesfigi res, et a rendu sa gloire manifeste par l'as torité de sa parole dans tous les temps qui w précédé l'incarnation de son Fils, ils usent d cet artifice, que sous prétexte dé recherdw avant toutes choses ce qui regarde le silat d| genre humain , comme étant l'affaire de k (dp haute importance et celle qui presse îe ]fim ils commencent par la question de la résunêi lion , parce qu'il y a plus de difficulté i ciw la résurrection de là chair, qu'à croire la seule divinité; et de cette sorte, diangieai l'ordre de la dispute , non-seulement ils Vùh blissent , mais ils la chargent de scropùlès p le mépris qu'ils insinuent de la chair, et fin par ce moyen couler adroitement le eentima d'une autre divinité , dont ils rendent la prôpi sition moins étrange à la faveur de la r^pti notre espérance en la résurrection des cqip( car l'homme étant ou déchu ou éloigné de œli espérance qu'il avait en son Créateur,, il i porte comme de lui-même à soupçonner qu est quelque chose de ce qu'on lui propose d*i autre principe, que Ton fait l'auteur d'une noi velle espérance. Et en effet, la diversité à promesses persuade aisément la diyersiià di dieux. Ainsi nous voyons que plusieurs se /soi laissé embarrasser, ayant été plutôt vÂiiiô sur la question de la résiîrrection de la chai qu'ils n'ont convaincu les autres sur celle i l'unité de Dieu. VoiU donc oomnrait Boi

DE LA RESCHRECTION DE LA CHAIR

RU que roa doit traiter avec les hérétiti repousser leurs efFiorts , et doqs y avons itisftit , ayant parlé et de Fonité de Dieu ion fila Jésus-Christ, dans deux de nos oooire Marcion, et ayant traité dans on ivre de la èhair de Jésus<2hrist contre les ! béfésîes qui la combattent , et c'est là que rons établi les principes de cette question résurrection de la cbair qui nous rt^ste naot i examiner, question dont nous «s comme d*uue chose qui étant tout I â regard du Créateur, ne laisse pas de r quelque doute k notre égard. En efFèt eancoup d'esprits fudes et ignorans, il le simples, de volages et dinconstans foi , enfin il y en a plusieurs qull faut e, redresser et soutenir. Certes, en leur t là conduite, la lumière et les forces ; ont besoin , nous travaillerons même â cr qoe Dieu est un ; car c'est une vérité 1 ébradle, en niant la résurrection de la i que ron rassure an contraire en la souigoureusement. Je ne croîs pas quil soit re de rien dire de Timmortalilé de Tâme, Inpart des hérétiques, de quelque sorte 1 conçoivent , ne la nient pas. Il n^y a iert^n Lucaiû, qui Ue pardonne pas cette silbstance ; il en adiiiet la dissolil- M Topinion d'Aristote, et lui en subtie autre, comme si c'était une troisième ce qui dftl ressusciter, qui ne fût ni âme , c^èst-ii-dire qui ne fût pas un homme, i tbl peut-être un ours, animal qui est t dans la province ^ dont cet hérétique i nom. II y a de moi un livre de la naràme, où cette matière est traitée fort ent; nous y montrons que Tâme est imrj nous n'y reconnaissons la iliort qu'à de là chair de l'homme; et ubiis y souôrteméht la résui-rectîon de cette même ayant nième ramassé tout ce qui con- ; sujet, et que nous avons touché légèen d'autres lieux, ou nous avoiis différé rler â fond. Car II est qùel'quefois à ie né toucher les choses qu'en passant, réserver pour une autre occasion. Et cela uis, pourvu que Ton ne matique pas de ré ce qui a été touché légbremeht , et ce

icafiie.

que Ton a difKré de traifer à fond, pdfeir le remettre dans le corps d'ouvrage où il doit entrer et où il est nécessaire.

III. On peut sans doute se conduire, même dans les choses divines , par les notions du sens comnmn, mais il fiaut que ce soit pour rendre témoignage à la vérité , et non pas pour appuyer la fiiusselé et la supposition. Il faut aussi que le sens humain ne soit pas contraire, mais plutôt qu'il soit conforme à la loi et à la volonté de Dieu. Il y a de Certaines choses que nous cdn« naissons par la lumière naturelle, connue la plupart connaissent l'immortalité de rame, comme tous les homnies ont condaissance de notre Dieu. Je veux même me servir en cette occasion de cette parole de Platon :c Toute âme raisonnable est immortelle. » Je veux encore me servir de la conscience du peuplé qui implore l'assistance du Dieu des dieux. Je veux enfin me servir de toutes les autres preuves que le seas commun nous dotme de Dieu, comme quand lei hommes disent : que Dieu est leur Juge, que Dieu les voit , et qu'ils se recoinmaildent à Dieu. Mais quand d'aiilre part ils diseut : «Qui est mort e^ mort, vlvezlandis que vous Jouisses de ta vie,» et a toutes choses BaisseAt par la mort; » et, « la mort même trouve sa flù comme tés autres choses , d alors il me souvient que le ccbur du vulgaire, quoiqu'il soit ToUVragé de là main de Dieu , n'est néanmoîtis que terre et que ceridfé ,' et qu'il est dit que toute la sagesse du siècle n^est que folie. Que si l'hérétique a recours aux sentimcns du vulgaire, s'il s'attache aux vices du peuple, ou à l'esprit du siècle, je lui dirai : «Sépare-toi, hérétique, d^avec te païen et l'infidèle. Quoique vous soyez tous les mêmes , vous qui vous faites un dieu selon votre caprice ^ > cependant toi qui oses te feindre line autre divinité sous le nom de Jésus-Christ , puisque tu veut passer pour chrétien, sache que tu es autre qu^im païen et un infidèle. t\ends-lui donc ses seutimens et consicfère quil n'embrasse pas Içs tiens et qu'il ^e reçoit point ta doctrine : si tu as bonne vue, pourquoi prends-tu un guide qui est dsins les téiièbres ? Si tu es revêtu de Jésus- Christ , pourquoi te Fafs-lu vêtir p^r celui qui se trouve dans ukle nudité toute pleine de misère '?

M. Cor. J. --> s. Nillb, MiftlfaUtiTifiS. bWi«

Gai, 3;Ëphes.,6.

TERTULLIEN

Si Tapôtrc te prête ses armes, pourquoi te sers-tu du bouclier d*uD étranger pour te défendre? Que l'infidèle apprenne plutôt de toi à confesser la résurrection de la chair, que toi de lui à nier cette vérité, a Certes s'il était permis aux chrétiens de la nier, ils devraient se fonder sur leur propre connaissance et non pas sur IV veuglement du vulgaire ignorant; tant il est vrai que celui-là n'est point chrétien, qui nie cette vérité que confessent les chrétiens, et qui la nie par les seuls argumens dont se sert celui qui n'est point chrétien. Otons aux hérétiques ses raisonnemcns qui leur sont communs avec les païens, et obligeons-les d'apporter les seules Écritures pour la preuve de leurs opinions, et ils ne pourront tenir contre nous Le sens commun est recommandable par sa simplicité; il consiste en une association des mêmes pensées, et en une amiable correspondance d'esprit et de sentimens; et Ton estime qu'il est le plus sincère et le plus fidèle , parce que les choses quMl propose sont toutes nues, qu'elles n'ont rien de caché et que tout le monde ne connaisse. U n'en est pas ainsi de la raison divine consignée dans les Écritures : elle pénètre dans le fond , et ne demeure point à la superficie , et le plus souvent elle est opposée à ce qui parait manifestement au dehors, et aux connaissances que donne extérieurement le sens humain.

IV. Et de là vient que les hérétiques ont ordinairement recours à ces notions du sens commun. C'est par où ils commencent d'abord ; c'est d'où ils tirent leurs fondemens ; et c'est enfin ce qu'ils mettent toujours en vue, parce qu'ils savent que l'esprit s'y laisse prendre facilement. Y a-t-il quelque chose que l'on entende plutôt de la bouche tant d'un hérétique que d'un infidèle? Ne tombent-ils pas incontinent et à tous propos sur le mépris de la chair? Dans tous leurs discours ne la chargent -ils pas d'injures? ne déclament-ils pas volontiers contre son origine , contre la matière dont elle est formée , contre toutes les infirmités auxquelles elle est sujette? «C'est, disent-ils, dès son commencement un peu de terre détrempée dans l'ordure et dans la boue : » ils ajoutent àl'impureté decette origine : qu'elle en prend encore davantage du limon de la semence qui la produit ; qu'elle est feible, infirme, vicieuse, fâcheuse et incommode; et pour idiever h description de tous ses défauts, qu'elle

retourne dans la terre d'où elle est venin

qu'elle prend le nom de cadavre , qu'elle perdr

même ce nom , pour n'en avoir plus du tout, i

qu'enfin la mort la réduira à tel point qu'il a

aura plus de terme qui puisse exprimer i

qu'elle est. a Quoi! disent -ils encore, un bomiK

sage peut-il se persuader que cette chair qui <i

disparue à nos yeux , qui est échappée à notq

attouchement et même à notre mémoire, doqj

reprendre son être; qu'elle se remette enm

premier état; qu'elle sorte de la corruption, É

redevienne ce qu'elle n'est plus; que de iiuM||

qu'elle est, elle paraisse de nouveau dans M

nature solide; qu'elle repasse de la poussière j

un corps, et du néant à quelque chose; et q^

les morts puissent ainsi se relever du sein d|

flammes, des abîmes des eaux, du ventre de

bêtes brutes, des entrailles des poissons et di

oiseaux, et de la gueule même du temps qi

dévore et consume toutes choses ? Mais at-i

possible que l'on espère de recouvrer ceti

même chair qui est périe par la mort, en aorl

qu'un boiteux, qu'un louche, qu'un aveugh

qu'un corps couvert de lèpre, ou abattu de pi

ralysie , que toutes ces personnes, dis^e, rei

vent dans leurs mêmes défauts et leurs mèn

maladies , sans qu'elles aient de la répugn»

de retrouver leurs anciennes incommodités?!

si les corps ressuscitent tout parfaits, et sa

infirmités, ceux qui en ont eu autrefois, ne cral

dront-ils point qu'elles ne leur reviennent? Qi

dirons-nous de tant de suites £ftcbeuses qui to

inévitables à la chair? sera* l-elle encore siyel

aux nécessités de la vie? Faudra-t-il eiioo

qu'elle boive et qu'elle mange ? Les poomo

nageront-ils toigours dans ces liqueurs qui I

humectent et les rafraîchissent? Une chak

véhémente enflammera-t-elle toii^ours les c

trailles ? Le corps sera-t*il sans pudeur pour i

parties qui ne sont pas fort honnêtes? Et te

ses membres seront-ils toujours occupés à lei

fonctions naturelles? aura-t-il encore des nkèr

des blessures, et des fièvres? la gontte le fei

t-elle toiigours souffrir, et sera-t-il encore réd

à souhaiter la mort? Voilà certes un merveille

motif de reprendre sa chair, que de vouloii

reprendre pour être obligé d'en vouloir éctu

per encore une fois. «J'ai rapporté ces objectic

de nos adversaires avec les termes les plus tu

nêtes qu'il m'a été possible j j'ai eu soin que a

BÈ LÀ RÉSUfitlEGtION DE LA GHÀIft.

fassent aocoropafpiées de pudeur et de ince; et certes il est incroyable combien llet que nous en souffrions de sales et de tes, tant des païens que des hérétiques, les cooférences que nous avons avec eux. T; Gomme donc les esprits rudes et ignorans point d^autres lumières que celles du sens i;qiie les simples et ceux qui doutent !ii vérité des choses divines se laissent encore par ces notions qui leur viennent du bomiin; et que c'est la première machine oo se sert partout contre nous, que de Mer avec mépris de la chair, et de représenter ■ miière de sa nature, je crois qu'il est nécesd*ibord de la défendre : il faut dire ses pour repousser le mépris que Ton en #|L Aind de la même sorte que les hérétiques 'MoUigent à fiiire les philosophes avec eux, Il BOQS obligent aussi à faire les rhétoriciens. f^BÊBBà Hiéme ce corps faible et infirme, qu'ils un mal, sans avoir horreur de ce qu ils ty serait Touvrage des anges, selon qttU a plo à Ménandre et à Marc de l'avancer, fond ce serait la production de quelque ouvrier tBit de flamme, qui fût aussi un ange , suivant hdoeirine d^^pelies, puisque nous ne connaislet anges qu'après Dieu , il suffirait pour la de la chair qu'elle eût la protection de kw teoDiide divinisé. Et certes quel que soit ce Dieo grand et souverain que chacun de ces héïétkfam se figure, je pourrais justement prétendre qu'il est le principe de la chair, et Taulear de sa dignité, comme ayant eu en soi-même le dessein et la volonté de la produire; car sachant qu'elle se produisait , il l'eût empêchée s'il ifeftt pas voulu qu'elle eût été produite. Déporte foe, selon eux-mêmes, la chair est l'ouvrage de Dieu, parce que toute chose qui est appartient à celui qui a souffert qu'elle soit. Mais nous avons cet avantage, que la plupart des opinions et même les plus saines et les plus solides accordent à notre Dieu tout cet ouvrage de la création de l'homme. Tu sais bien quelle est sa grandeur et sa puissance, toi qui crois qu'il est unique. Que cette chair commence donc à te pbire, puisque l'ouvrier qui l'a produite est un ouvrier si grand. Mais le monde, dis-tu, est l'onvrage de Dieu. Et cependant ^ selon le témoi-

» Cor., 7.

gnage de l'apôtre, cette beauté de Tunivers passe et s'évanouira , cette agréable face du monde finira un jour, et l'on n'estime pas que ce monde qui périra doive être rétabli dans l'état qu'il aura perdu , pour être l'ouvrage de la main de Dieu. Que si tout l'univers étant détruit il ne peut recouvrer son être, que jugerons-nous d'une portion de ce même univers? Certes cet argument serait soutenable, s'il y avait égalité entre cette portion de Tunivers et l'univers entier; mais nous disons qu'il y a une grande distance de l'un à l'autre. Il faut donc considérer que tout a été fait par la parole de Dieu , et que sans elle rien n'a été fait^ La chair a été aussi produite par cette parole, .^elon cette forme d'agir que Dieu avait observée dans la création de toutes les autres chases, afin qu'ir n'y eût rien qui eût été feit s'il n'avait été fait par la parole de Dieu, a Faisons l'homme, » a-t-il dit, avant que de le créera, et puis il a mis la main à l'ouvrage de la création de l'homme, par une prérogative qu'il a voulu lui donner, afin qu'il ne se fit point de comparaison de luiet de l'univers, a Et Dieu , dit-il, a formé l'homme, o En quoi se découvre une merveilleuse différence selon la diverse condition des choses ; car les choses que Dieu faisait dans la structure de l'univers étaient inférieures à celui pour qui Dieu les faisait; il les faisait pour l'homme, et Dieu les lui donna incontinent après pour en être le maître. Ainsi les autres parties de l'univers avaient été produites par la seule vertu de la parole de Dieu, comme par un commandement absolu sur des créatures destinées au service dç l'homme, et l'homme, au contraire, comme Seigneur de ces créatures, a été créé de la main propre de Dieu , afin que Dieu le formant lui-même, il pût les avoir sous sa puissance. Mais il faut se souvenir que ce que l'on nomme proprement la chair, c'est ce qui a eu la première dénomination de l'homme. Et Dieu a formé l'homme, limon de la terre. Ce qui était encore limon de la terre est déjà l'homme, et il a soufflé en lui l'esprit de vie, et l'homme, c'est-à-dire le limon , a été fait âme vivante. Et Dieu a mis dans le paradis l'homme qu'il a formé, tellement que l'homme a été premièrement un corps fait de terre, et qu'après cela il a

« s. Jean , 1. -< * Genète, 2.

TERTULUEN.

éti rhomme entier : ces vérités que je te représente te doivent apprendre que tous les biens que Dieu a destinés et promis à l*boinnie, appartiennent noq -seulement à Tâine, mais aussi â la chair, et qu'ils leur appartiennent en cpmmqn , par le privilège du nom, si ce n^est pas par la société de leur origine.

Vt. Mais je veux continuer mon sujet de la création de la cbair, si toutefois il est possible que mes paroles donnent autant à la chair, que lui a donné celui qui Ta faite. Certes dès Tiastapt de sa création elle a été toute glorieuse, de ce que le limon, cette chose si basse et si abjecte ^ a été maoié par 1^ mains de Dieu. De quelque nature qu'elles puissent être, le seul attouchement des mains de Dieu lui eût été un ass^z grand bonheur. Dieu ne pouvait-il pas faire TbQmme en un instant et en touchant le limon seulement, sans apporter plus de Fa^n poiir achever son o^vrageP II s'agissqjt donc d'une opération tout à fait grande et importante , puisqu'il s'agissait de mettre eq «euvre cette merveilleuse matière. En effet, antant de fois qu'elle reçoit l'impression des mains de Dieu , autant de fois que ces divines wa^m la touchent^ qu'elles la manient , qu'elles la façonnent, et qu'elles travaillent à lui donner la figure bumaiqe, autant de fois la bontii de Dieu l'élève à un état illustre et gloriem(. Remets-toi dans la pensée que Dieu est tout entier occupé sur ce(te matière; que tout ce qu'il est y est employé; que sa main, son esprit, son action, sa raison, sa sagesse, sa providence y (ravaillcot; radis surtout représente-*toi son application admirable dans le dessein qu'il avait en formant sur ce limon les draîts et les linéamensdu corps humain. Et certes , Dieu, expriinjBiqt une forme du limon de la terre^pensaità la nai.ssancc future de Jésus -Christ dans la chair: il considérait qu'un jour le Verbe serait homme; et comme la chair de riH>mme est une expression du limon de la terre , il se représentait qu'alors le Verbe serait ce qu'est la terre, c'est-à-dire qu'il sei^ait revêtu d'un corps terrestre; car c'est ainsi que le Père parle à son Fik : «Faisons l'homme à notre image ctà'ootre reasiefnblance.i» Et Dieu a fait l'homme, xfest-èdîr9l'^uvi>a^ je ses maiai, U l'a fiût i l'image

^Genèie,!.

de Dieu, c'est-à-dire de Jésus - Christ ; Verbe est Dieu, et comme il est l'image Père , il n'a point cru que son égalité av< fût en lui une qualité usurpée. Ainsi ce li revêtant dès lors de l'image de Jésus • qui devait naître dans la chair, était non ment l'ouvrage de Dieu, mais aussi l précieux de Tincamation du Verbe. Que donc, pour noircir l'origine de la chair, présenter qu'elle vieot de la terre, cet ( si sale et si abject ? car quand mêmç il convenable de prendre une autre matièi faire Ihommc, il faudrait considérer en dignité du Créateur qui, en choisissant c l'aurait jugée digne d'être employée excellent ouvrage, et l'en aurait même digne en la maniant. On adore Touvn mains de Phidias, qui d'une pièce dl fabriqué un Jupiter Olympien ; et cett d'ivoire n'est plus considérée comme 1 d'une bêle brute et eocore d'un si lourd mais comme une souveraine divinité pou monde a tant de révérence. Non ! la ré qu'on lui rend n'est pas à cause que la i est de dents d'éléphant, mais à cause que 1 est de Phidias, ce sculpteur si savant et $ Table, Et le Dieu vivant , le vrai Dieu , es vaut d'une matière, ne l'aurait pas nette tout ce qu'elle avait de souillure et de hs et délivrée de tout ce qui était en elle i et d'infirme! Sera-t-il djt, qu'un hom fabriqué un dieu plus parfaitement qi n'a pu former l'iiomme? Mais je pas( avant , et je dis que si le limon de la ti nne si vile matière, nous ne sommes pluf étaL Ce que nous sommes est autre d s'agit maintenant de la diair, et il ne s'aj de la terre ; et quand il est dit de la fiuif terre, et t g retourneras en terrent ces marquent l'origine de la chair et ne cb rien en sa substance. Elle a reçu cette pi tive, qu'elle est quelque chose de plus no! son origine , et que passant à ce qu'elle venue, elle y a passé avec avantage. Aii est terre, parce qu'il vient de la terre, n'est terre que jusqu'au moment qu'il c or; car dès qu'il devient or, il passe d'ui tière rude et grossière à une matière ei

■ * Genèse, 3.

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

DoUe et édatante; de la même sorte Dieu I tirer de ces ordares , que tu attribues au lîly cette chair précieuse comme lor, la pur- , par le feu de son opération divine, de qu'elle avait de terrestre.

Mais sH te semble que la chair soit de valeur, parce que la main de Dieu ne ifm vraiment maniée, comme il a manié le de h terre, sache que Dieu maniant le a&n d'en iaîre la chair, a travaillé en fade b diair même. Ce n est pas tout , et je même Rapprendre quand et par quelle Ja diair a été formée du limon , et en a tiré iknté et sa fleur ^ ; car il ne faut pas croire ce îqnelqaes-uns ont voulu feindre , que d abord ii*a pas été fait chair, et qu'Adam e^ reçurent cette superficie de diair et ces de peau que lorsqu'ils furent chassés jhiparadis, puisque quelque temps auparavant JWD anrait reconnu la propagation de la subjjMapecBla personne de la femme, selon celte parole fâ témoigne que déjà elle était chair : cÇBGÎcrtrosde mes os, et la chair de ma chair -j» et ipeb oAteque Dieu tira du corps de Thomme imit été couverte de chair à Tinstant que Dieu pà iMina la femme, n me semble qu elle eût été fnvcite de limon si Adam eût été encore fioiQP, et qn*en lui le limon n'eût pas encore été (diâiigé en chair. Il s'ensuit donc que le limon • éti tout à fait détruit et comme dévoré par la palprede la chair, en laquelle il a été converti. Ihis quand est-ce que cela s'est fait? c'est torique Tbonime a été fait âme vivante par le mnie de Dieu» comme par une vapeur capable de amsumer en quelque borte le limon , et de loi faire preqdre une autre qualité. Gomme le limon pouvait être changé en un vaisseau de terre, U pouvaildela même manière être changé cn^iair : ainsi le potier faisant agir doucement Factivité du feu sur son argile, la fait passer à im autre corps, la convertit en une matière plus dore, et par les diverses façons qu il lui donne, CD bit des vases de différentes figures, y imprilaaat une forme qui est plus belle que sa première forme, et qui par ce changement corn* Deoce à faire un nouveau genre, et à recevoir 00 nouveau nom. En effet, encore qu'il soit éait€ L'argiledira-t-elleau potier 9, pc'est-à-dirc

• C«ilie,3. - ^ A<d., a. - «Htfe, 13.

rhomme à Dieu , encore que 1 apôtre ait dit ; « Dans des vaisseaux de terre \ » toutefois rhomme est argile, parce qu auparavant il a été limon, et la chair est terre, par ce quelle lire son origine du limon , qu elle en a été formée par le souffle de Tesprit de Dieu, et qu elle a depuis été revêtue de ces tuniques de peau , c*est-ù-dire de ce cuir qui Tenvironne; de sorte que si on lève la peau , ou fait paraître la chair toute nue, et que la même diose dont Thomme serait dépouillé si ou Fécorchait, a servi à couvrir b chair lorsqu'elle a été formée. Ainsi lapùtre disant, que la circoncision dépouille la chair s, il confirme que celte tunique de peau c'est le cuir dont la chair est couverte. Cela étant donc, b limon est tout glorieux d avoir eu Timpressioa de la main de Dieu , et la cliair est encore plus glorieuse d avoir reçu le souffle de cet esprit divin , par la communication duquel la diair a été délivrée de la première nature du limon et ornée de la dignité et de la noblesse de Tâme. Crois-tu être pluscurieux que Dieu même? El ai tu n cncbisses pas des pierres précieuses, des diamans de prix apportés de Scylhie, ou des Indes, des perles de la mer rouge, d'une bbncheur admirable, ou dans du plomb, ou dans de Tairain, ou dans du fer, ou même dans de largcnt, et que tu preimes le soin de les faire mettre en enivre dans de l'or très-pur et parfais tcmenl travaillé; si tu prépares des vaisseaux propres et proportionnés k la qualité des vins eiceilens et des liqueurs précieuses que tu y veux verser; et si enfin tu donnes un riche fourreau à une é|)ée d'un acier choisi et d'une bonne trempe, penses-tu que Dieu ait traité moins fa«* vorablement l'ombi*e de son âme, le souffle de son esprit , Topération de sa parole , et qu'il Tait miiie dans quelque vaisseau abject et indigne d'elle, comme s'il eût voulu témoigner le mépris qu'il en faisait en la logeant si mal P Mais, dirons-nous, qu'il Tait logée dans la chair, ou plutôt qu'il Tait jointe à la chair, et qu'il ait fait un tel mélange de Tun à Tautre, et mis entre elles une liaison si étroite, qu'elle laisse en doute si c'est la chair qui porte Tàme , ou si c'est Tàme qui porte la chair, si c'est la chair qui vient I Tâme, ou si ccst Tàme qui vient à la chair, toutefois l'on doit, croire que .c'est l'âme qui,

•Eom.,9;ll. Gor.,4.'^*€Moii., t.

TEtlTULLIËN.

comme la matf rcsse vient h la chair, parce qu'elle est la plus proche de Dieu, et c'est une chose qui relève extrêmement la gloire de la chair, de ce qu'elle contient cette àme, toute proche qu'elle est de Dieu , et qu^elle lui conserve la possession de Fempire qui lui appartient. En efFet , n'est-ce pas par le ministère de la chair que rame jouit de tous les dons de la nature, de tout ce que le monde a de richesses, et de tout ce que les élémens nous offrent de doux et d'agréable? N'est-ce pas par elle qu'elle se sert de tout cet appareil des sens naturels, de la vue, de l'ouïe , du goût, de l'odorat et de latlouchement ? N'est-ce pas par elle qu'elle produit des effets d'une puissance toute divine, faisant toutes choses par la force de la parole, devancée par la parole intérieure ? Et certes , la parole s'exprime par l'organe de la chair; par elle nous viennent les arts et les sciences, par elle l'esprit fait éclater ses inventions; par elle se font tant d'excellens ouvrages; par elle se conduisent les affaires; par elle les hommes se rendent motuellement leurs devoirs. Tellement que comme dans toute la vie de Tàme, tout ce qu'elle a de fonctions appartient à la chair, il s'ensuit qu'en l'âme, la privation de la vie, n'est autre chose que sa séparation de la chair. Ainsi le propre de la chair étant de vivre, il est pareillement de sa nature de mourir. Et en6n si toutes choses sont soumises à l'âme par la chair, elles sont aussi soumises â la chair, car il ne se peut que ce qui sert à faire jouir de quelque chose ne participe pas â la jouissance de la même chose. La chair donc, en tant qu'elle prête son ministère et son service â l'âme , est appelée avec elle à la possession de ses biens. Que si elle est sa cohéritière quant aux biens temporels, pourquoi ne le serait-elle pas quant aux biens éternels?

VIII. Voilà ce que je puis remarquer que la chair possède de plus avantageux des dons communs de la nature humaine; voyons maintenant les dons qui lui sont propres par le nom de chrétien qui lui appartient, et combien cette matière faible et abjecte reçoit de qualités illustres et de prérogatives de la bouté de Dieu. Certes pour la gloire de la chair il lui pourrait suffire qu'il n'y a point d'âme qui puisse obtenir le salut , si elle ne croit en Dieu pendant qu'elle vit dans la chair; tant il est vrai que la chair est ce qui soutient l'édifice du salut. Mais je di3

plus , quand l'âme est choisie de Dieu pou entrer à son service, c'est la chair qui H qu'elle y peut ètye reçue. En effet on baptii la chair afin que l'âme soit nettoyée de ses oi dures ; on donne l'onction â la chair pour opér< la consécration de l'âme, on marque sur la cbai le signe de la croix , afin que l'âme en soit fin tifiée contre son ennemi ; la chair reçoit Timpoii tion des mains afin que 1 âme soit éclairée d^oi lumière spirituelle; enfin la chair est nourrie ih la viande céleste du corps et du sang de iés» Christ, afin que l'âme soit remplie et engraisiéf de la substance de Dieu. Cette chair et celte ln| donc qui sont jointes dans l'opération, ne pet vent être séparées dans la récompense; carca sacrifices si agréables â Dieu , je veux dire ca peines et ces afflictions de l'âme, ces jeùncii sévères, ces viandes toutes sèches, cette abstinence jusqu'au soir, ce sac etx^ette cendre, cetb crasse et ces saletés qui sont inévitables i a genre de vie, et qui semblent en être des suite et des dépendances, la chair les renouvdkl toute heure sur soi-même au prix de mille iO' commodités. D'ailleurs la virginité, le veuvage Tabstinence secrète de l'usage du mariage,! liberté de cette conjonction Intime bornée ; un seul mariage, sont des victime^ dont la dni fait de ses propres biens des holocaustes â Diei Mais quel sentiment as-tu de la chair lonqn sortant de l'horreur des prisons pour parattrê la vue des hommes , et étant exposée à la bas publique â cause de la fidélité qu'elle garde i nom qu'elle porte , elle livre de si généra combats; lorsqu'elle est enfimnée dans les i chots, ces lieux terribles, où l'on est comi exilé de la lumière , où l'on ne voit rien q de sale et de malpropre, où tout est poai teur et ordure, où ce que l'cm donne méi pour vivre est gâté et oorrompa, et où enl la chair ne jouit pas librement da somme puisque dans le lit même elle supporte ses cb nés, et que la paille où elle couche la blesse lui sert de tourmente? Que penses-tu encore cette chair lorsque étant produite â la lumU du jour, on se sert de tout ce que la rage < bourreaux peut inventer de plus cruel pour déchirer et la mettre en pièces ; lorsque par généreux effort elle périt peu â peu dans supplices , pour tâcher de rendre la pareille Jésus-Christ en mourant pour lui, et bien m

DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR

«H oioonnt sur la croix comme lai, et même pv des tourmeDS qui ont encore plus d^iohama- ■W et de finreor? O chair fbrUmée et giorieuse, fâ peut utiihigt à Jésus-Christ par le paie- I si grande dette, en sorte quil n'en obUgatîon , sinon qoe cette dette est j et qn>Ile ne loi en est plas redevable, obligation nouvdle d'autant pins étroite i première est éteinte et que Jésus-Christ idédiargée!

. Akm poor reprendre ce que j'ai déjà le chair que Dien a créée à son image, fltqnll a formée de ses propres mains, qu'il a de son sonfBe et de son esprit S lui donvie sembbMe à la sienne ; qu'il a préà tontes ses cenvres merveilleuses , pour *, pour en jouir, pour en être la souj el pour oser sur toutes d'un absolu ; qu'il a revêtue de la robe préde ses divins mystères , qu'il a honorée èekgrftoe de ses sacremens, et de la sainteté iess lois;dont il aime la pudeur et l'honnêteté ; Iêêê. il approuve les mortifications et les traiHi; dont il se consacre les passions par le prix InetffaBable que nous recevons de sa bonté : flrtte dmir, dis-je, qui appartient à Dieu par

tmàt titres, ne ressuscitera-t elle point ? Non, ', il ne finit point craindre que Dieu abanà une mort qui soit sans retour à la vie Fonfiage de ses mains, Tobjet des soins de son oprit , celle qui a reçu le souffle de sa divine boocbe^ cette reine de toutes ses créatures, rhéritière de tous les biens que sa libéralité a Tcnés sur l'homme avec tant de profusion, cette diair qui porte le caractère du sacerdoce de sa religion toute sainte, cette guerrière qui iOQtient de si illustres combats pour rendre à sa ■lîesté le témoignage qu'elle lui doit, et enfin cette sceur de son Fils Jésus-Christ. Nous connussons un Dieu qui est bon, nous apprenons qu'il y a un seul Dieu très-bon ^, et nous en tommes instruits par le Christ de ce seul Dieu souverainement bon. Gomme il commande la dilection du prochain , après celle que l'on doit avoir pour lui , il fera lui-même ce qu'il commande; il aimera cette chair qui lui est proche en tant de façons. Si elle est infirme, la vertn se perfectionne dans l'infirmité ; si elle est

, 2 — • S. Luc , 18 , S. Matth.,22 ; II. Cor., tZ

faible et malade, il n y a que ceux qui se trouvent en cet état', qui cherdient le médecin; si elle a quelque chose de déshonnête , c'est des dioses de cette sorte que l'on parle avec plus de préfaces d'honneur : si elle est perdue : c je sois, dit-il, venu pour sauver ce qui était perdu 3. » K elle est pécheresse :c j'aime mieux, dit-il, le salut que la mort du pécheur'. »Si elle est condamnée : c je blesserai , dit-il , et je fj^érirai ce que j'aurai blessé^ ». Pourquoi reproches-tu à la chair ce qui attend la gloire et la possession de Dieu , ce qui espère en Dieu, ce que Dieu honore, ce qui reçoit les assistances de Dieu? J'ose dire que si ces accidens ne fussent point arrivés à la chair, la bonté, la grâce, la miséricorde, toute la force , et l'abondance des bienfaits de Dieu fût demeurée inutile et sans effet.

X. As-tu connaissance des Écritures qui déshonorent lachairPapprends aussi celles qui relèvent son honneur. Lis-tu les passages des saintes lettres qui portent le mépris de la chair? jette aussi les yeux sur ceux qui marquent sa gloire et son prix. Il est écrit que c toute chair est vile comme de Therbe^ ;» mais ce n'est pas la seule chose qu'ait prononcée Isale^; il a encore dit : c Toute chair verra Dieu le Sauveur '. »()n remai^ que que Dieu a dit dans la Genèse: tMon esprit ne demeurera point dans ces hommes-là , parce qu'ils ne sont que chair*; » mais le prophète Joël a dit: «Je répandrai mon esprit sur toute chaire » 11 ne suffit pas que tu connaisses l'apôtre, lors qu'il aiguise son stylet contre la chair, comme il fait assez souvent ; car encore qu'il nie qu'il y ait rien de bon dans sa chair i<>, encore qu'il assure que ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu, «parce que la concupiscence de la clidir s'élève contre l'esprit; quoiqu'il exprime dautres choses semblables, qui toutefois ne vont pas à déshonorer la substance de la chair, mais seulement à découvrir la honte des actions charnelles, nous dirons ailleurs qu'il n*y a rien que l'on puisse reprocher à la chair, sans faire rejaillir le reproche contre l'âme qui se sert du ministère de la chair. Cependant nous pouvons remarquer que lorsque saint Paul fait entendre sa voix dans ces expressions qui semblent faire

• s. Luc, 5. — • 1. Cor.. 12.- » S. Luc , 19.

* Éiéch., c. 18 et 33 ; Deul., 32. — ■ Imïc, 40. — • Ibid, ' Gcnètc , 6. — • Joei , 2. - » Roul, 8. — >• Galal., 6.

TERTULLIEN

honte à la chaire en même temps il porte sur soa corps les marques des plaies de Jésus-Christ, il défend de laisser corrompre ce temple qui est notre temple ^ comme il est le temple de Dieu; il fait de nos corps les membres de Jésus-<]lhri8t; il nous avertit de porter et de glorifier Dieu en notre corps. Si donc les ignominies de la chair sont des raisons qui excluent sa résurrection, pourquoi ne dirons-nous pas et avec plus de justice, que ses prérogatives sont des fondemens assurés qui établissent Tespérance de cette même résurrection? Certes « il est plus convenable à Dieu de sauver ce qu'il semble avoir eu quelquefois en aversion, que de laisser tout à fait ]>érir ce qu'il a aussi quelquefois favorisé et honoré de sa bienveillance*

XI. Ce que j'ai dit jusqu'ici est pour servir d'éloge et de défense k la chair contre ceux qui se déclarent ses ennemis, et qui toutefois ne laissent pas de faire profession d'une amitié très-étroite avec elle; car il n'y a personne qui vive plus selon la chair, que ceux qui nient la résurrection de la chair, parce que ne voulant pas convenir des peines qui suivent les actions de la chair, ils ne font point d'état de la retenue dont elles doivent toujours être accompagnées; et c'est d'eux que le Paraclet a si bien parlé par la bouche de Prises , cette femme douée de l'esprit de prophétie : «Ils ne sont quechair,dit-ené| et néanmoins ils haïssent la chair.» Que si la dignité de la chair est assez bien établie pour lui faire mériter le salut , ne devons-nous pas mettre aussi au rang des causes qui Télèventàcette félicité, la puissance de Dieu, cette autorité avec laquelle il fait toutes choses? Ne devons-nous pas rechercher, s'il est si grand , que ce tabernacle de chair étant disparu , ayant été ou dévoré ou ravi par quelque accident que ce soit, il puisse le remettre en soa premier état? Mais n'a- 1- il pas donné des témoignages publics de sa toute-puissance dans toutes les parties de la nature, pour obliger à la croire ceux même qui peut-être n'ont encore aucune connaissance de cet être éternel, lui en qui Ton ne croit point» si l'on ne croit qu'il est partout , et que sa puissance n'a point de bornes? Et de vrai, sll y a des philosophes qui soutiennent que ce monde est éternel , qu'il n'est point né , qu il n'a point

« Gâtât., 6 ; 1. Cor., 3.

été (ait, presque toutes les secteê qui se êoot élevées dans le christianisme en ont bien mieax jugé, ayant cm que le monde est né et a été fait ^ et attribuant à notre Dieu la turisaance et sa création. Tiens donc poor certain que Dicn a tiré do néant tout cet univers; et ayant œtta opinion ferme et assurée que Dieu a titie il grande puissance , tu as la coniialisance de ci qu'il est. Il est vrai qu'il y a des esprits incapibles d'embrasser cette créance, qui ae peMOH dent plutôt selon le sentiment de queU|aes philosophes que Dieu a formé runlfera d'âne matière première et incréée» Mais quand cette opinion èerait véritable, puisqu'elle soppoii que Dieti aurait tiré de cette matière prmiitre beaucoup de substances et beaucoup d'e^leei toutes distinctes de ce principe, je nt laiaîeriii pas de soutenir qu'il a tiré ses crCatores dtf néant, s'il a produit des créatures qoi n'étaicit point auparavant. Car qa'iniporte»t«il qoïoie chose soit faite du néant on de quelque autre chose, pourvu que ce qui a été Eut écrit œ qà n'était pas, puisqu'il n'y a pomt de différeMI entre n'être rien et n'être point, et qu'au coa* traire Ton ne peut pas dire que ce qui a Pècre Mi soit rien? Il y a plus « car qoaod toéan oêM diversité de principe, ou du néant ou d'une matière première , serait importante, je tronfU mou avantage également en l'un et eu f autre f car, soit que Dieu ait créé toutes dioset do BéHtf il pourra aussi tirer du néant la cMr, npiia qu'elle aura été réduite dans le néant; aritqtfil ait formé Tunivers d'une kvttte natière,il punlTi rappeler d'une autre matière la chair, quelque engloutie et consumée qu'eUe puisse être, El certes celui qui a fait une cboee la peut refaire^ C'est une opération plus grande de foire, que du refoire ce qui a été foit, de donner le tomnmh cément à quelque choëe, que de lui restituer ce qu'elle a été ; et enfin tu dois croire que é'eal une œuvre plus focile de rendre la vie I la Aair que de l'avoir créée.

XII. Mais jette maintenant les yeoi sur œa exemples que nous avons de la puissance de Dieu : le jour meurt au montent que la nuit commence, et les ténèbres qui l'enveUlppetit de toutes parts sont comme eon sépuhre : toute celte beauté du monde s'iiabillc de deuil \ runivere n'a point de substance qui ne soit comme dans un vêtement lugubre, une extrême néi^igeace

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

k aione et le sommai et pmtmt Ict ifCiuct onscnt r«o déplore b perte cl t— nfuii elle revient mot ; die TCpraid h vie et lootcs 9C9 gtkct$j seet de «Ml soleil ; elle à hmot^qm est sa aMNt;elle des ténèbret, qoi est soo SBBoUe à soi-même^ tant qoe vift soB siiptrcil : alors les ks nfons avaient été éteints par dn matiOfSe rallmncnt; les astres, it n'tee pins et qui ne sëuient potv ■! temps, paranscnt de non-' jcm; ces miroirs do corps de la le Instre iné§al qn'dle a tons les ae icprésenient am ce qo^iis ont de et de darié; on sent le reioor des et des étés, des printemps et des an- , et par nne contmoeUe vidssîtnde Ton h tertn des prodoctioiis difKrentes CI des diverses qualités de leurs saisons. Cest mosre k propre de la terre, par la ftoondité qMe foçoit dn del,qoe les arbres, après a^-oir

de kiirs richesses, se parent de trésors; que les fleors reprennent kn conlenrs si belles et si agréables; que les jadfam repliassent de nouveau et reproduisent lesrs kerbes; que les mêmes semences qui ont élf eonsumées dans le sein de cette mère fémde ae relèvent , et qu'elles ne se relèvent (p'kprès avoir été consumées. Secret merveiileu de la Providence ! la terre nous prive de nos bieas pour nous les conserver; elle nous les Me poor nous les rendre. Quand elle les prend, elle ne firit tpie nous les garder; elle les consume pour nous les restituer tout entiers , et elle les oonsume d'abord pour nous en feire après des présens plus riches et plus magnifiques. En effet ce qu*elle nous rapporte est plus beau et plus aboiidant que ce qu'elle nous a ravi et qu'elle a ait périr, tellement que la perte qui nous en arrive n'est effectivement qu'un prêt que nous iui IWsons; qu'elle nous paie l'usure de ce qu'elle nous prend , et que nous trouvons de l'unité dans le dommage que nous en souffrons. Et poor dire tout en un mot, la nature est sujette à celle révolution ; tout ce que tu trouves aujourdliui a été autrefois; tout ce que tu perds

n est pas tellement perdu qu'A ne soit plus et qu'il retombe dans k néant: les choses qui s'en vont après qu'elles sont dispames revinment i leur premier état, et celles qui sont finies, par un merreilleui changement « recommencent d'être ce qu'elles étaient « et Ton peut même dire qu'elles ne finissent qu'afia de recouvrer leur être: tant il est vrai que rien ne périt que pour son bien et pour être plua heureusement consen-é. Certes cette belle vieissitutk de toutes choses est une eicellente preuve de h résurrection des morts. Dieu en a donné des témoignages par ses eravres avant que d'en donner par les Écritures; il Ri enseigiiée par les eHets de sa puissance avant que de Pensi^igner par sa parole. D t'a donné la nature pour recevoir d'elle tes premières instructions , et ayant des« tiné de t'envoyer les prophètes, pour seconder les instructions de la nature, il fa fkit discipk de la nature afin de te disposer à croire plus h^ cilement aux prophètes, en telle sorte que sans hésiter tu admettes pour chose véritable re que Pon t'annonre de confbrme 4 ce que tes yeux te font découvrir en tontes les créatures , et que tu ne poisses douter que Dieu de qui tu as cette connaissance , fju'il est te restaurateur de toutes choses , ne le soit aussi de la chair, par ime vraie résurrection. En effet , en potn*rais-tu douter, voyant ({ue tontes choses ressuscitent pour iliomme, à qui elles ont été destinées? mais si elles n'ont point été faites pour Tliommc , st elles n^ont point été faites pour la diair, quelle apparence y a-t*il donc que cette chair, pour la considération tie laquelle rien ne périt, et qui ne souffre la perle entière d'aucune des créatures, doive dle-mèmc périr entièrement P

Xm. Que si ce qui se passe en général danil tout l'univers ne prouve pas assez la résurrection des morts; si la création ne montre rien de pareil ; si les choses singulières qui sont dans la nature n*en sont pas des Agures assez cxpresseS| parce que l'on ne peut pas si bien dire qu'elles meurent, que l'on peut dire qu'elles cessent d'être, et que l'on n'estime pas qu'elles reprennent une àme qui les ranime, mais que de lYlat de non être elles reviennent h Pètre ; Fais réflexion sur un autre exemple que je vais te proposer, qui est une preuve loul h fait juste cl puissante de notre résurrection. Je parle d'une production de nature animale, sujette à la vie et à la mort,

TERTULLIÈN.

de cet oiseau qui ne se voit qu'en Orient, si renommé en ce qu'il est unique et qu'il n'a point de pareil, et dont la renaissance, source de sa postérité, a quelque chose de monstrueux; car se faisant de son propre instinct ses funérailles, il se renouvelle ; pour renaître il perd la vie, et en la perdant il devient son successeur à soimême dès l'instant qu'il n'est plus; il est un nouveau phénix, et quoiqu il ne soit plus il est encore le même; enfin c'en est un autre, mais un autre tout semblable à celui qui n'est plus. Se peut -il rien voir de plus exprès et de plus formel sur le sujet que nous traitons , et y a-t-il quelque autre chose que celle-là, pour laquelle cet exemple si propre à nous instruire ait pu nous être donné? Dieu même l'a marqué dans l'Écriture : a II fleurira, dit-il, comme le phénix S ^ c'est-à-dire qu'il triomphera de la mort et du sépulcre, afin que tu croies que la substance du corps peut être rappelée du sein même des flammes. Notre-Seigneur a prononcé que nous sommes dans un degré d'excellence au-dessus de plusieurs passereaux ^. Certes ce ne serait pas un grand avantage, si nous n'excellions point aussi par-dessus des phénix : mais peut-être que les hommes mourant une fois périssent pour toujours, tandis que les oiseaux d'Arabie sont assurés de leur résurrection.

XIV. Dieu donc ayant exprimé ces traits admirables de sa puissance , et se pouvant dire qu'il ne les a pas moins représentés par les figures de ses paraboles que par la vertu de ses paroles divines, nous devons passer de cette considération à celle des causes profondes de ses conseils et des décrets de sa justice; car c'est ainsi que nous formons la division de notre matière. Nous avons commencé par la dignité et le mérite de la chair, examinant si elle est de telle qualité que, étant détruite par la mort, elle soit capable de recevoir le salut. Après cela nous avons touché l'argument de la puissance de Dieu, recherchant si elle est si grande qu'elle ait accoutumé de conserver l'être à qui n'est plus, et de le remettre dans l'état qu'il a perdu. Que si nous avons prouvé l'un et Vanire, je t'interpelle maintenant de me deninder la cause de la résurrection de la chair, M de dtsirer que je t'apprenne s'il y a quelque

-^ > S. Matth.» 20.

cause assez pertinente pour assurer la d'une chose de cette importance, quelque qui fasse voir que la résurrection des cor nécessaire et qu'elle est conforme à la rais à la justice de Dieu. En effet l'on peut op] que si la chair est capable d'être rétablie Divinité a la puissance de la rétablir, i qu'il précède une cause pour laquelle elle être remise dans cet état dont elle a été dé lée par la mort. Ecoute donc quelle est cause, toi qui apprends de ton dieu qu aussi vrai que Dieu est souverainement qu'il est vrai qu'il est juste, souverainemer par lui-même, et juste par notre attentai si l'homme n'eût point péché il n>ût i Dieu qu'en la qualité qui lui est propre | nature de principe souverainement bon, maintenant il réprouve juste par la nécess la cause qu'il lui en a donnée : cependant est souverainement bon en ce qu'il est parce que faisant éclater sa justice, en i nant le bien et en punissant le mal, les jug( différens qu'il rend sur le bien et sur I produisent toujours un bien, soit qu'il • l'un, soit qu'il récompense l'autre. Ma savoir si toute cette rigueur du jugement nature humaine est une chose convenu Dieu, tu le peux apprendre plus partiel ment de mes livres contre Marcion. Gepe nous disons que tel est l'état de notre '. c'est à bon droit qu'il est notre juge , paro est notre seigneur; c'est à bon droit qu notre seigneur, parce qu'il est notre au c'est à bon droit qu'il est notre auteur, qu'il est Dieu. D'où vient qu'il y a un je u qui parmi les hérétiques , qui a dit : Je pc bon droit qu'il n'est pas notre juge , parce n'est pas Dieu ; j'estime à bon droit qu'il pas notre seigneur, parce qu'il n'est pas auteur. Et certes je ne puis dire si le dieu < hérétiques est dieu, lui qui n'est pas auteur, qualité qui convient seulement ai Dieu ; lui qui n'est pas notre seigneur, q qui ne convient qu'à notre auteur. S'il a tient donc à Dieu, eu qualité de seigne d*auteur de l'homme, de l'appeler au tri de sa justice pour le juger, ce qui sera e au jugement de Dieu , c'est si l'homme aui son devoir de reconnaître et d'honorer soi gneur et son auteur, ou s'il n'aura poin

DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR

èÉtit imktmn i acte nbUn^km, et c'est U

dtoit mktnr œ ji^emcnt re-

loate la cune, mais plutôt la

de k lénrratioD dépend et h des-

la ja^gCBcnt de Diea, de ce décret si

à sa giaudeuTy et à raolorité qu'il a

; de sorte que ce qu'3 faut

est si le jugement de Dieu

|V ravire de sa profidcnoe prononcera sur les

dcB saèatMces qui conposent rbomme, sur

ràiiecl flar h chair ; car fl est sans doute que

être jugé doit anssi être ressuscité.

t qu'il faut croire de Dieu sera plein et parfiùt, (■ce qne ce sera le jugement final, et qu'en foilé de jmpencnt final il sera étemel , d'où îiŒÊÊiL encore que œ jugement sera aooom- Nié de tmle justice, en ce qu'il ne traitera pê mfgÊÊOÊeDt rame et la diair, et il sera Dieo en ce qu'après une si longue pa-

Dieo

eue, il s'étendra sur tous

plénitude et une perfection tout oilim; «r cette plénitude et cette perfection du de Dieu ne consistent qu'en ce que taot entier comparaîtra pour être jugé, et coHHÉe riiomnie est un composé des deux ■hififn de Tâme et du corps, il doit compantee à ce jugement en l'une et en l'autre subilaMe, parce qu'il fout que l'homme qui n'a vém que tout entier, soit aussi jugé tout entier, et il sera |ugé tel qu'il a vécu , parce qu'il doit tee ji^ sur tout ce qu'il a fait durant qu'il a vàa; en effet, la vie de l'homme est la cause de «n jugement,et elle doit être examinée par autant de sobstances qu'elle ena eu pour f^ire ses fixKtioos sur la terre.

XV. Hais que nos adversaires, qui ne veulent pas convenir de ces vérités, divisent l'union qui est entre la chair et l'âme , qu'ils commencent à h diviser en ce qui regarde les œuvres de rbomme durant cette vie , pour avoir après cela l'audace de la diviser dans le prix et la récompense que ces mêmes oeuvres doivent recevoir de la bonté de Dieu. Qu'ils nient que la chair et l'âme soient dans une société d'actions et de mérite , afin qu'ils aient aussi sujet de nier la récompense qui leur est préparée ; que la chair n'ait point de part à la sentence, si die n'a point de part à la cause pour laquelle la sentence sera proQoncée; que l'âme seule soit rappelée au

jugement de Dieu , si elle sort tonte seole de la vie. Mais certes, elle ne sort non plus seule de la vie, qu'elle n'a fait seule la course de la vie d'où elle sort. Au reste il est si peu vrai que Pâme fiasse seule la course de la vie, que nous n'ôtons pas même à la chair les pensées de l'esprit, quoiqu'elles soient encore toutes nues et qu'elles n'aient point passé à l'action par le ministère de la diair. En effet, ce que le cour conçoit, l'âme l'opère dans la chair, avec la chair et par la diair. Enfin Notre-Seigneor reprenant les pensées des hommes, donne atteinte à cette partie qui est de chair, et qui est aussi la partie supérieure, et comme la forteresse de Fâme : t Qu'est-ce que vous pensez, dit-il , de méchant dans vos cœurs t?» Et ailleurs : «Celui qui r^rde une femme par esprit de concupiscence, a d^i commis l'adultère dans son cœur ^ ; » tant il est vrai que sans rœuvre et sans l'effet, la pensée seule est une action de la diair. Mais que la 6h culte qui préside aux fonctions de l'âme, et où est le prindpe des sens, soit placée ou dans le cerveau , ou au milieu d'entre les sourcils, ou en quelque autre partie qu'il plaira aux philosophes, le lieu où l'âme forme ses pensées c'est toujours la chair; tant que l'âme est dans la chair, die n'est jamais sans la diair; et comme elle n'est point sans la diair, elle ne fait aucune chose, que ce ne soit par elle qu'dle la fWt Recherche encore après cda si les pensées se servent dans leurs opérations de l'entremise de la chair, elles qui se découvrent au dehors par le moyen de cette même chair; si l'âme médite quelque chose, le front en porte la marque et le caractère: le visage est le miroir de tout ce que nous avons dans l'esprit et de nos plus seorètes intentions. Que nos adversaires qui ne peuvent dénier â la chair la société des pensées, lui dénient la société des œuvres. Il est vrai qu'ils font le dénombrement des vices de la diair, d'où il s'ensuit que cette pécheresse sera livrée au supplice qu'elle a mérité par son péché; mais quant â nous, la raison veut que nous leur opposions les vertus de la chair, d'où il s'ensuit que la chair ayant vécu dans de bonnes œuvres en recevra la récompense. Que si c'est l'âme qui agit et qui exdte toutes les actions humaines, le mérite de la chair consiste dans l'obéissance

t s. BUtllh 9. — > S. Hattb., 5,

ÏERTULLIEN.

qu'elle rend à ses bons mouvemens. Il ne faut point croire que Dieu soit un jug^e ou injuste ou sans connaissance 9 injuste s'il dte la récompense à celle qui est la compagne de TAme dans les l)onnes œuvres, sans connaissance s'il eiempte des supplices celle qui est la compagne de TAme dans ses mauvaises œuvres; et cela est d'autant moins croyable de Dieu, que même dans la distribution de la justice bumaine, c'est être juge parfait que de rechercher exactement les ministres du mal , de n'user point d'indulgence qui sauve les auteurs du crime qu'ils ont com-* miSf et de ne leur envier pas que les peines ou les grâces soient communes entre eux et ceux qui les ont rendus criminels.

XVL Or, en attribuant à TAme la gloire du commandement, et à la chair le mérite de l'obéissance, il faut prendre garde que nos ad-* versaires ne ruinent pas par un autre argument ce que pous avons établi , tâchant d'insinuer que ]a chair est destinée au service de Vim^f maia non pas en qualité de ministre pour Texécution de ses ordres , de peur que convenant de cette qualité, ils ne fussent contraints de la recon^ nattre pour compagne de l'Ame, et comme étant en société avec elle. Ils diront que les ministres et les associai sont des hommes qui sont maîtres de leur volonté, et qu'étant en leur liberté d'ac^ cepter et le ministère et la société, il est juste que le mérite soit commun entre eux et ceux dont ils sont les ministres et les associés, et auxquels ils engagent volontairement leurs soina et leur travail : mais que la chair qui n'a ni connaissance ni sentiment par elle-même, et qui n'a point de soi la puissance de vouloir ou de oe vouloir pas, est plutôt auprès de l'Ame comme un vaisseau ou comme un instrument que comme un ministre pour agir avec elle; que de cette sorte il n'y a que l'Ame qui doive répondre au jugement de Dieu de la manière dont elle aura usé du vaisseau de la ehair : mais que quant ap vaisseau il ne doit point souffrir de jugement , parce que Ton ne condamne point une coupe si quelqu'un y a mêlé du poison , et que Ton ne livre point le glaive à la fureur des bAtes ftiponches , à cause que les voleurs s*en sont servis pour commettre leurs crimes. Il faut donc avouer que la chair, en ce que les mauvaises enivres ne lui seront point imputées, est véritablement innocente, et il n'y a point de répu-

gnance que son innocence soit la cause de son salut, parce qu'encore qu'on ne lui attribue pae les bonnes œuvres, non plus que les mauvaises, il est de la bonté de Dieu de sauver ce qui est dans Tinnocence. En effet Dieu doit le salât A eeux qui font le bien, et il lui appartient en qualité de très-bon de donner même ce qu'il ne doit pas. Mais je reprends cet exanple de la coupe , je ne dis pas seulement de cette coupe envenimée qui par la véhémence dn poison qu'elle a répandu dans le corps lui a Ait en on instant rendre l'Ame , je parle aussi de odle qui a été iniectée de Tbaleine de quelque sorcitre, de quelqu'un de ces vilains prêtres de Cybêle, de quelque gladiateur, ou plutôt de quelque bourreau, et je demande si Ton doit avoir moins en horreur une telle coupe que les baisers de ces sortes de gens, lors même que l'on noM présente un verre qui n'est pas assez net, ou on vase oi le vin n'a pas été trempé autant que nous le voulons, nous le rejetons rudement, et le rebut que nous en fiiisons nous donne sujet de nous iiàcber contre notre valet qui noos le présente P Maia y a-t*il quelqu'un qol puisse souffrir un glaive que les forfoits des brigands ont comme enivré de sang, et qui ne l'éloigné non*aeulement de sa chambre et dn chevet de son lit, mais de toute sa maison, s'imagioant que sll y demeurait il n'aurait en songe que des illusions, et qe verrait que des images des Ames arrachées de leurs corps , qui le troubleraient dans son sommeil, comme faisant coucher avec lui et ayant sous sa tête cette épée criminelle, encore rouge de leur sang f Au cootmire on chérit une coupe qui n'a été employée qa*A no bon usage et à un honnête ministfere, et qui est recommandable par les services que Ton en a rcQua : celui A qui elle servira , on ornera les bords de couronnes, ou la couvrira de fleors; un glsive même qui s'est ensanglanté dans des occasions de guerre, et de légitimes combats, et qui est certes homicide, mais plus JnsteBMnt que ce glaive de briganda, recevra la louange qui lui est due par les trophées que Ton en fcrt dans les temples où il sera glorieusement oon* sacré. Il est donc vrai que Ton peut même attâ* cher la condamnatioq sur les vaisseaux et les Instrumens; et il le feut, afin qu'ils participent aux mérites des ouvriers qui les ont faits, et qu'ils aient aussi part A ceux de leurs propice

DE LÀ RÉSURRECTION DE LA CHAIR

jBdtiti* Aimi jf p«m avoir ptemmeiit satiaiMt à cet iu);wimt de noi adversaire, quoique faiUcora leur exemple ne puisse passer pour jaste, ai Tcm a'arrète à la difliérence des dioses ; Cir toat vaisseau et tout instrument qui sert î qodque usage i vient de dehors à cet usage « et ce n'est point par sa nature qu'il y sert, et c'est me matière qui est tout i fait étranf^ère à la ipbataoce de Tbomme. Il n'eu est pas de même de la cbair, et comme dis le veqtre maternel cileestcopçue, formée et engendrée avec Tàme, (Be est nusai mêlée avec Tâme dans toutes las npérationa humaines ; car encore que le nom de lasr aoit donné par rap6tre à la chair S voulant ipi'on la traite avec honneur et avec respect, le nàme apôtre la nomme elle-même «Thomme ntériepT, » e|le qpi est ce limon, lequel a reçu dés k coaunrnoement la nom d'homme et non celui de cpupr , de glaive , ou de quelque vaisseau que ce sait ; la chair a été nommée vaisseau h cause fi*cUe reçoit et qu'elle contient TAme; et elle a |i le nom d*bomme , à cause de la partkipation delà nature, qui la fait coopérer avec TAme, Ml pas comme un instrument, mais comme ans compagne qui l'assiste de son ministère; râsi cette compagne à raison de son ministère répondra au jugement de Dieu , quoique d'ellelatme elle n'ait aucune connaissance , parce que C^sat une partie unie à Tâme qui sait et qui conaib, et que ce n'est pas un simple instrument foe TAme remue à son gré dans les actions qu'elle produit. L'apôtre donc sachant bien que b chair ne fait rien par elle-même qui ne soit atriboé à Tâme, ne laisse pas de dire que la chair est pécheresse , de peur que Ton ne crût (|u'eUe n'est point responsable au tribunal de Dieu k cause qu'elle n'agit que par le mouvement de rame. Sur ce même principe, VapOtre ordonnant à la chair de faire de bonnes œuvres: f GlQri(iea, dit-il, et portez Dieu en votre corps ^; » quoiqu'il sache que ces effets viennent de l'âme, il les ordonne néanmoins à la chair, parce qu'il lui en promet la récompense* Et certes il n'eût point été à propos de faire ni ce reproche ni celte exhortation à la chair, si elle n'eût point eu de part soit au péché, soit à la gloire qui vient dies actions de vertu ; et enfin ce reproche et cette e^^hortation seraient inutiles à la chair,

M.Tcs.,e.— M.Cor.

sana la récompense qu'elle reçoit par le bonheur de la résurrection.

XVn. Il y aura sans doute quelques personnes simples parmi ceui qui défendent notre opinion , qui estimeront que la chair doit eomparattre au jugement de Dieu par une autre raison, à savoir que Pâme ne peut sentir sans la chair ni la rigueur des tourmens ni les délices du repos, parce qu'elle est incorporelle; et tel est le sentiment du vulgaire : quant à nous, notre créance est que l'âme est corporelle et non-seulement nous le soutenons ici , mais nous l'avons prouvé dans un livre que nous avons fait sur ce sujet , où nous montrons que l'âme a un genre propre et de substance et de solidité, par laquelle elle est capable de passion et de souffrance. Eu effet l'exemple de liazare montre que les âmes souffrent dans les enfers, ou y sont en repos, quoiqu'elles soient encore toutes nues, et par une espèce d^etil séparées de la société de la chair : ainsi nous donnons le moyen â notre adversaire de nous faire cette objection : «L'âme, dira-t-il, ayant une sorte de corps qui lui est propre , elle n'a besoin que d'elle-même pour être susceptible de sens et de passion , et il n'est point nécessaire que pour cela la chair ae représente avec elle. » Mais je lui répondrai :« que l'âme aura besoin de la chair, non pas qu'elle ne sente rien sans la chair, mais parce qu'il est nécessaire qu'elle sente aussi avec la chair; la même faculté qu'elle a de sa nature pour Taotion , elle l'a aussi pour la passion ; or elle est peu sufSsante d'elle-même pour agir, car elle n'a de soi que la puissance de former des pen* sées, de vouloir, de désirer, de disposer ce qu'elle se propose, et quand il fatit en venir â TefTet, elle attend que la chair y travaille; de la même sorte pour pâtir elle demande la société de la chair, afin que par la chair elle puisse pâtir pleinement, comme elle n'a pu agir pleinement sans la chair. Cependant, par un jugement équitable , elle porte la peine des choses où elle est suffisante d'elle-même, je veux dire qu'elle souffre pour les vices de sa concupiscence et de ses pensées et pour le dérèglement de sa volonté. Certes, si les purs mouvcmens de l'âme faisaient toute la plénitude des mérites, et que les œuvres ne Fussent pas ni^ces^aires pour leur donner leur entier accomplissemcut, Tâiiie toute l seule suffirait pour la consommation du juge-

TERTITLLIEN.

ment de Dieu , n'ayant à être jugée que sur les choses qu'elle aurait opérées de soi-même, et où elle aurait élé suffisante toute seule : mais comme les œuvres ont aussi de la liaison avec les mérites, et que c'est par la chair que les ceuvres se font, il ne sufïit pas que sans la société de la chair Tàme goûte des joies, ou souffre des tourmens à cause des œuvres faites par la chair; quoique Fàme ait un corps, quoiqu'elle ait des membres, ni son corps ni ses membres ne lui suffisent pas pour pàtir pleinement, non plus que pour agir parfaitement, ainsi de la sorte qu'elle a péché , elle est punie dans les enfers, éprouvant la première la rigueur du jugement de Dieu , comme elle est la première qui a péché par ses mouvemens et ses désirs criminels : mais elle est dans Tattente de la chair, afin qu'ayant formé de mauvaises pensées qui lui ont fait f^îre de mauvaises œuvres, elle achève par les souffrances de la chair les peines qui sont dues aux mauvaises œuvres, et c'est le dessein pour lequel Dieu a destiné son jugement à la fin des temps, que la chair se représentant pour être jugée, sa justice fasse une revue générale de toutes les pensées et de toutes les œuvres des hommes, et se puisse montrer dans toute son étendue, et avec toute sa puissance; et de vrai Ton n'attendrait pas à la fin des temps ces peines que les âmes souffrent même dès à présent dans les enfers , si ce n'était qu'aux âmes qu'elles eussent été destinées.

XVIII. Je n'ai encore fait que jeter les fondemens nécessaires pour établir le sens de foutes les Écritures qui promettent la résurrection de la chair, vérité fondée sur un grand nombre d'ai^umens forts et inébranlables, tirés soit de la dignité propre de cette substance, soit de la puissance de Dieu , soit des exemples de cette puissance, soit enfin des raisons et de la nécessité du jugement, et qui sont autant de préjugés pleins de force et d'autorité, selon lesquels les Écritures recevront leur explication, et non pas selon l'esprit et le sens des hérétiques, qui n'a pour principe que leur incrédulité : en effet , ils estiment que c'est une chose qui choque la raison et qui est incroyable, qu'une substance qui est disparue par la mort, puisse reprendre son ])remier être, et recouvrer la vie qu'elle a perdue , quoiqu'il n'y ait

rien dans la substance de la chair qni soit indigne de ce rétablissement du néant à l'être, qae ce changement de son état n'ait rien d'impossible à Dieu, et qu'elle n'ait point d'incapacité qui l'exclue de répondre au tribunal de la justice divine. Certes, ce retour de la mort à la vie est une chose qui surpasserait la créance humaine, si elle n'avait point été annoncée par les oracles de la parole de Dieu. Toutefois, quand Diea même ne l'aurait pas annoncée, on ne devrait pas laisser d'en être persuadé de soi-même, par cette seule présomption, qne si elle n'avait pas été annoncée ce serait à cause de tant d'autres preuves par lesquelles elle est établie; mais puisque la voix de Dieu faiit aussi résonner œtte vérité dans ses Écritures, tant s'en faut qo^on leur doive donner un autre sens que celui qui se rapporte à tant d'illustres témoignages , que même ces témoignages seuls suffisent pour la persuader, sans l'autorité de la parole de Diea. Voyons donc premièrement quelle est nnscription qui nous a annoncé cette promesse de la restitution de la chair à une autre vie; il me semble qu*il n'y a qu'un seul édit sur ce siqet qui soit exposé à notre vue, et que nous y Usons tous : La résurrection des morts. Ces deax mots sont clairs , décisifs et hors d'ambiguïté. il faut les examiner, et considérer à quelle sidistance ils conviennent. Lors que Ton me dit que l'homme ressuscitera, je dois en même temps rechercher ce que c'est de l'homme que la mort a abattu , car Thomme ne doit point attendre qu'autre chose ressuscite que ce qui est tombé et ce que la mort a fait descendre dans le sépulcre, celui qui ignore que la chair tombe par la mort, peut aussi bien ne connaître pas qu'dle subsiste par la vie. Certes la nature prononce oe décret du jugement de Dieu : t Tu es terre et fa retourneras en terre i; » et quiconque ne Ta pas entendu, ne laisse pas d'en voir l'effet, toute mort est la destruction des membres du corps. Notre-Seîgneur lui-même a exprimé cette condition de la chair lorsqu'en étant revêtu il dit : a Détruisez ce temple, et dans trois jours je le relèverai 3. » Il a montré par ces paroles ce que c'est qui est détruit, qui est abattu, qui est couché par terre , et ce que c'est qui ressuscite et qui sort du tombeau, lui qui avait une âme

« Genèse, 3. — * S. Jean, !•

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

aux amertnmes de la faiblesse humaine la mort, mais qui n'était point sujette par la mort. Aussi l'Écriture ajoute , Iparlaitdu temple de son corps^, tant il est ■ qne c'est la diair que la mort couche dans le , et certes la chute qu'elle souffre a aajet de nommer le corps mort du nom ; an contraire, comme Tàme vit tou- , et qu'elle ne tombe point, elle n'a point qoi soit une preuve de vicissitude et de en elle : en effet, c'est elle qui, [wrtmt da corps par un petit souffle, cause destruction et le prive de toutes les de la nature, comme c'est encore elle Katrant dans œ même corps le tira du sein tcnne : celle-là certes , ne peut tomber qui dans le corps le ressuscite, et celle-là ne périr, qui sortant du corps lui donne le de h noort. Je veux presser encore da vanraisonnement ; et je dis que Tàme ne même dans le sommeil avec le corps , et qaflalan elle veille sans soufFrir les abattemcBS de la chair. Et de vrai, lorsque le corps icpoiet elle s'agite et se travaille; que si elle élail CBdormîe comme la chair , elle repo-

elle, et elle serait endormie aifc la chair si elle tombait avec elle dans le ssmmeO ; puisqu'il est donc évident qu'elle ne iQmbe point dans l'image de la mort, l'on ne peut dte qu'elle soit soumise à la vérité de la coodiiioa mortelle. Après avoir examiné le pre- ■îcr fliot de l'édit, considère maintenant le second, et prends garde à quelle substance la iénoorioation de morts se peut rapporter, en quoi d'abord nous disons, et quelquefois les hMCîqnes attribuant la mortalité à l'âme, nous adacttons ce sentiment pour en argumenter contre eax , et conclure que si Tàme étant mortelle comme ils le supposent, elle ressuscitera un jour, c'est un préjugé que la chair, qui n'est pas BQÉis mortelle, participera comme elle à la réiorrection. Biais il faut rendre le mot à sa signileatioo propre et naturelle : la résurrection se dit de ee qui a perdu son être, c'est-à-dire de la diaîr qui n'est plus , et par conséquent elle se dit de ce qui est mort , puisqu'en tant qu'on la Domme la résurrection des morts, elle regarde ce qui a perdu son être , et qui n'est plus : nous

« 8. MaUb.. 20.

l'apprenons ainsi d'Abraham, ce père des fidèles, cet homme que Dieu a honoré de son amitié, et avec qui il a eu tant de femiliarité; car demandant aux enFans de Ghet une place pour en faire le sépulcre de Sara : a Accordez-moi, dit-il, que j'use du même tombeau que vous, et j'y enterrerai mon morl^,» c'est-à-dire la chair. Car supposé même que l'on crût l'àme mortelle, et qu'on la pût juger digne d'être nommée un mort, Abraham n'eût pas demandé un espace de terre pour inhumer une àme. Que si c'est le corps qui est mort, quand on dit la résurrection des morts, l'on entend sans doute la résurrection des corps.

XIX. Gomme l'examen de cette inscription, et des termes dans lesquels elle est conçue, en conserve la foi, la vérité, il pourra servir pour confondre l'erreur de nos adversaires qui brouillent les choses les plus claires sous prétexte d'énigmes et de figures, et fera que l'autorité demeure à ce qui est le plus manifeste, et que les choses incertaines se règlent par celles qui ont le plus de certitude. En effet, il y a de certaines gens qui tombant sur ce caractère fort ordinaire du langage des prophètes, qui est souvent, mais non pas toujours dans les allégories et les figures, détournent à un sens imaginaire ce que les prophètes annoncent manifestement de la résurrection des morts, soutenant que la mort même se doit entendre spirituellement, que la vraie mort ce n'est pas cette séparation de la chair et de l'àme qui parait à nos yeux, et qu'elle n'est autre que l'ignorance où l'homme est enseveli lorsqu'il ne connaît point Dieu^,et qu'étant mort à Dieu, il croupit dans son erreur comme dans un sépulcre; que la résurrection qu'il faut défendre est celle que Ton reçoit lorsque après avoir pénétré la vérité jusque dans le fond , on prend un nouvel esprit et une nouvelle vie en Dieu, et que dissipant la mort de l'ignorance l'on s'élève comme du sépulcre du vieil homme ; que de là vient que Notre-Seigneur a comparé les scribes et les pharisiens à des sépulcres blanchis ^ ; que de cette sorte ceux qui ont reçu la résurrection par la foi sont avec Dieu , ayant été revêtus de Jésus-Ghrist au sacrement de baptême. Voilà quel est l'esprit des adversaires ; et c'est avec de

» genèse, 23. — • Rom., 6. — » S. Malth., 23.

TERTULLIEN

semblables discours qu'ils abusent souvent les nôtres dans les conférences qu'ils ont avec en , comme si eux*mèmes ils admettaient la résurrection des morts : « Malheur, disent-ils, à celui qui ne sera pas ressuscité dans cette chair, de peur de les offenser et les choquer d'abord, si d*abord ils niaient la résurrection»» Cependant, dans le fond de leurs cœurs et le secret de leur conscience, ils ont une autre pensée ; a Malheur, disent^ils dans leur intérieur» i celui qui, pendant qu'il est vivant dana.cette chair, ne connaît et ne pénètre pas nos mystères, d c'est-i-dire leurs sentjmens hérétiques; car selon eux, la résurrection est toute mystérieuse et en figures. Plusieurs d'entre eux, soutenant la résuirection après la séparation de Tàme, disent que sortir du sépulcre c'est s'échapper du siéde, parce que te siècle est la demeure des morts , c'cst-H-dire de ceux qui ne connaissent pas Dieu , ou bien que sortir du sépulcre , c'est se délivrer de la prison du corps, parce que le corps est comme un sépulcre qui retient t'àme captive et enfe^ mée dans la mort de la vie dû siècle,

XX. Pour ruiner donc ces interprétations et les argumeni qui s'en tirent, je veux combattre ce qu'ils établissent pour un premier fondenuent, à savoir) qu'en tout ce que les prophètes pnt dit y ils se sont toujours énoncés dans un sens figuré, et je soutiens que s'il était ainsi et qu'ils n'eussent point aussi supposé les vérités sur lesquelles les figures et les images doivent être tirées, l'on ne pourrait reconnaître dans les ouvrages de ces grands hommes les images et les figures. Et de vrai si toutes choses étaient des figures, qu'est-ce que seraient les choses dont elles sont les figures ? Un miroir peut*il représenter un visage qui n'est point ? Mais il est si vrai que tout n'est pas image dans les prophètes, et qu'il y a aussi des vérités, que tout n'y est pas onû)re, et qu'il y a aussi des corps, qu'ils parlent plus clair que le jour des cboies les plus illustres de la vie et de la mort de Notre-£eigneur. U est écrit que la Vierge a conçu dans son ventre ; ce n'est point par figure. Il est écrit qu'elle a enfanté Emmanuel Dieu avec nous, Jésus notre SauveurS ce n'est point dans un sens figuré ; et s'il est dit dans un sens 0$[uré qu'il recevra la vertu de Damai i et les

«isûs,8,7s(a

dépouilles de Samarie, il est dit dans m

propre et manifeste qu'il sera jugé par la i

des prêtres et des princes du peuple, Ger

nations se sont remuées en la person

Pilate ^ ; les peuples ont fait de vains pru

ont formé des desseins inutiles en la pei

d'israèl , les rois de la terre se sont émui

le vieil Hérode , les grands se sont asse

C est la conspiration d'Anne et de Caîphe

le Seigneur et son Christ ; ce Sauveur, i

une Quaille innocente, a été conduit i

tranchant du glaive pour être égorgé 3, i

mené comme un agneau sans voix devai

qui avait le ciseau à la main pour le dé|

de sa laine , c'est*àwlire devant le jeu;

rode ; non , il n'a point ouvert la bfMid

plus qu'un agneau , pour se plaindre des

mens indignes qu'il souffrait ; il a préseï

dos aux fouets qui l'ont déchiré et mis

Sang3; il a reçu, sans trouble, les souff

ont outragé sa divine face ; il n'a point d*

les yeux des eracbats qu'on lui a lancés ii

ment sur le front; il a été placé an mi

deux brigands; on lui a percé les maio

pieds^; sa robe a été jetée au sort; il

d'un breuvage tout plein d'amertuma ;

exposé à des mépris et des railleries

traître a mis à prix sa tète précteuse pou

pièces d'argent^. Y a-t-il rien en to

choses qui soit en figure dans Isala, a

dans David, en énigme dans Jértaiei

même que quand ils parlent de ses min

n'est point par poratioles : car la vue i

pas été rendue aux aveugles, et les muei

ils pas re$u l'usage libre de la voix <

langue? Des mains toutes sèches et dei

sans mouvement n'ont-elles pas recou

vigueur et leurs forces? Les boiteux

pas presque égalé l'agilité du cerf, par l

de leurs pieds? U est vrai que nous avoi

tumé d'entendre même ces choses api

ment par rapport aux vices de l'âme qn

Seigneur a guéris, mais puisque ees

choses ont aussi été vraiment aocompi

la chair, cela fait voir que les propb

parlé dans le sens propre comme dan

* Paatime, 3. — * Me, S9; S. Lue, S9.

* Isaïe, 50 et 53. — « Psaume 21 ; Psaume G > Jér., 32; 8. Maltb.^ 27; baie, 36; & )U|lt

DE LA RÉSUBRECTION DE LA CHAIR

i; ils ont nnèoie des façons de parler toutes et toutes nues, et qui ne se cachent sons le voile de Tallégorie, comme quand Itseot les calamicés des provîooes et des I, k désolatioa de Tyr, de TJÊgypte. de , de ndtunée, la ruine du grand et eommcroe des navires de Cartilage S iHa représentent les plaies d'braël , les que cette nation ingrate a reçus de la de Dieu dans le pardon de ses crimes, ses captivités, la délivrance qu'elle a eb* tant de fois dans TeiLtrémité de ses maux, infio «on cbAtiment effroyaUe en sa dernière i^i lorsi dis^je, qu'ils annoncent toutes « Iwrs paroles spnt des vérités, Qui i|ai «merait mieux entendre ces passages des figures, que de reconnaître que ce vérités littérales ? Les choses sont en* dam les paroles, afin qu'en lisant les it 00 7 aperçoive la vérité des choses. liaATiloqmQcades prophètes n'est pas partout MJ^Drie , et en tout ce qu'ils disent ils pas toiUours du style âguré,quoi- 9^ en naent quelquefois, et qu'il y ait des Apm «a ils s'ra servent, . XXL Unis, dis-tu , s'ils s'en servent en quel* pis flhoees , pourquoi non dans Tédit de la ré* ■mcl in, et quelle répugnance y a*tr il à ce que, idMflrtta hçfin de s'exprimer des prophètes, «a M la prenne dans un sens tout spirituel ? mhmUj a beaucoup de raisons qui résistent à Ç|lte joterprétaiion ; car premièrement que deficadraiejDl tant de témoignages des écritures , 9d établissent si clairement la résurrection des earpa, qu'ils n'admettent aucune apparence fesplkitkm par figure? et n'estHl pas convena* kb, eamine nous avons d^à dit , qu'il y ait des dnies certaines et manifestes qui fondent la crianca des choses obscures et incertaines , de Vsar même que daos le doute de ce qui est cer- Isia on incertain, obscur ou manifeste, la foi ne m pnde, la vérité ne spit en péril et qu'enfin la dlvipilé ne spit notée de légèreté et d'inconstaaœ? En second Heu, il n'est point vraisemblable qae ce mystère qui est la base de toute notre Cm el le fondement de toute notre discipline i nous ait été annoncé sous des voiles et des ténèbres, et que Dieu nous l'ait proposé d'une fa-

«lMîs,t3,19,21et23.-^«MiS,34,»siaa

çon obscure et ambiguë , puisqu'il est sans difficulté que si l'espérance de la résurrection n'était évidente, soit quant à la félicité qu'elle promet, soit quant aux peines dont elle menace, die ne porterait personne à embrasser une religion telle que la nôtre, qui est exposée à la haine publique, et à qui l'on donne cet éloge d'être l'ennemie de tous les hommes. Il n'y a point d'ouvrier qui travaille fidèlement si son salaire est incertain , et il n'y a point de juste sujet de craindre un péril qui est douteux. Quelle apparence y a-t*il donc que la résurrection des corps nous ait été prédite sous des expressions dont le sens soit caché , puisque la récompense ou la peine qui nous regarde dépend de l'avènement sensible et apparent de cette résurrection? Que si les prophètes ont parlé si clairement en lançant sur les villes, les nations, et les rois , les traits de la justice de Dieu , et prononçant ses jugemens qui n'étaient que pour un temps, et qui ne regardaient que de certains lieux et de certaines personnes, peut-on se persuader que les dispositions éternelles de sa providence , que les choses qu'il a ordonnées universellement sur tout le genre humain , aient évité de paraître à découvert, et dans l'éclat de sa lumière P au contraire, plus ces choses sont grandes, plus elles devraient être environnées de clarté, afin d'établir plus puissamment dans l'esprit des hommes l'opinion de leur grandeur. Je pense, au reste, que les déorets de Dieu ont une souveraine équité , une foi et une fermeté inébranlables , et qu'on ne lui peut imputer ni jalousie , ni mauvaise intention , ni inconstance, ni artifice et déguisement, qui sont les défauts ordinaires des grands de la terre dans la publication qu'ils font pour leurs desseins de leurs ordonnances et de leurs lois.

XXII. Après cela il faut jeter la vue sur les écritures , qui ne nous permettent pas de croire que selon la pensée de ces hommes animaux , pour ne pas dire spirituels, la résurrection se reçoive dès h présent ici bas par la connaissance de la vérité , ou qu'elle se fasse immédiatement après que l'on est sorti de cette vie : je dis donc que le temps de l'accomplissement de notre fo* licite, qui est le terme de notre espérance, étant marqué par les saintes lettres, comme il ne nous est point permis d'en attendre l'effet avant l'avénement de Jésus-Christ , nous fiiisons cepen-

TERTULLIEN

dant des voeux et nous poussons au ciel nos soupirs pour la fin des siècles, pour ce passage de Funîvers au ^prand jour du Seigneur ^ , jour de colère et de rétribution , jour le dernier de tous les jours , jour caché , qui n'est connu qu*au Père éternel, jour enfin que les prophètes ont marqué par les signes et les prodiges qui le doivent précéder, par le renversement des élémens, par la guerre entre toutes les nations. Je feuilletterais leurs livres, si Notre-Seigncur n'en avait point parlé lui-même. Il est vrai que la prophétie c'était la voix de Notre-Seigneur , mais il est encore mieux que Notre-Seigneur Tait confirmée de sa propre bouche. Ses disciples s'enquérant de lui du temps auquel devait arriver la ruine du temple dont il leur venait de parler, il leur fait la déduction de ce qui se passerait dans la suite des temps , commençant par les temps des Juiiîs jusqu'à la destruction de Jérusalem, et continuant par ceux de toutes les nations jusqu'à la consommation des siècles. Car après avoir dit: t alors les gentils fouleront aux pieds Jérusalem , et cela durera jusqu'à ce que le temps des nations soit accompli 3, » c'est-à-dire des nations que Dieu choisira et assemblera avec les restes dlsraèl , il passe à oe qui regarde tout le monde et tous les siècles, annonçant selon la parole de Joël et de Daniel, et de tous les prophètes, qu'il y aura des signes au soleil et en la Iune3,que toutes les nations se verront accablées de malheurs, et se trouveront dans une étrange désolation , que Ton entendra un bruit épouvantable sortir des abîmes de la mer, que les hommes frémiront de crainte, et seront tout de glace dans l'attente des choses qui menaceront la face de l'univers ; a en effet , dit-il , les vertus qui sont dans les cieux souffriront une terrible émotion, et alors on verra le Fils de Thomme paraître dans les nues revêtu de puissance , de gloire et de majesté ; et quand ces extrêmes révolutions commenceront, c'est alors qu'il feut que vous regardiez en haut et que vous leviez la tête, parce qu'en ce moment votre rédemption sera proche. » Il dit quand ces choses commenceront , et non pas quand elles seront achevées, parce que quand elles seront

> Sophon., 1 ; Uaîe , 61 ; Job, 19; S. llatUi., 24.

• S. Luc, 2t.— » Joèl. 2 ; Daniel ,7; Abac, 3; l«dc, 13; ÉséGlL,32;8.llatUi.,21.

achevées, alors notre rédemption sera présea et jusqu'à ce qu'elles soient achevées, oo ^ seulement que la rédemption est proche, i demption dont l'espérance élève et exdte œp dant nos esprits à en recueillir les fruili i sont prêts à nous combler de joie. C'est poi quoi Notre-Seigneur jomt à tout ce dîsooan parabole des arbres dont le bois tendre ayi jeté la tige, produit ensuite les fleurs, ^ sont les avant-coureurs du fruit K « Ainsi qik vous verrez, ajoute-t-il, que toutes ces àm arriveront , sachez que le royaume de Diea i proche; veuillez donc continuer, aSn que n soyez dignes de les éviter, et que vous ooop raissiez devant le trône du Fils de rhomne ce qui s'entend par la résurrection, et aprit^ tout ce qui doit se faire sera acoompIL Decel sorte, quoique la plante mystique de la r<M rection commence à pousser dès à présent |Nr connaissance que nous avons de ce mystli elle ne sera toutefois en sa perfectkm d produira ses fleurs et ses fruits que kmq nous comparaîtrons devant Ken au jour des jugement. Qui est-ce donc qui avant œ gn jour a excité si hors de saison et ù cniellem Notre-Seigneur, séant à la droite de Dieu, ouvrir la terre , comme parle Isale', die qp comme je crois, est encore toat entière? ( est-ce qui a fait des ennemis de Jésos-Chf l'escabcâu de ses pieds, suivant la parole David ^, comme s'il était plus prompt que i Père à lui donner l'honneur du trionpl tandis que les assemblées des peuples fféak encore en tumulte que l'on Jette les dvitk à la gueule du lionPQui est-ce qui a va Jâ descendant du ciel tel que les apôtres Font fi montant ^, selon le témoignage des anges i assistèrent à son ascension? Les tribus ne sont point encore animées jusque aiyouralHi se fî^apper la poitrine^, reconnaissant ce qu'elles ont traité si indignement; il n*y a pi sonne qui ait reçu Hélie ; personne n^a pris fuite devant la face de l'Antedirist; person n'a pleuré sur la ruine de Babyhme^; enfla a-t-il quelqu'un qui soit ressuscité, si ce n\ selon Timagination des hérétiques, qui se fls rent de vaines résurrections , an lieu de croi

« s. Matth., 24. — • Iiale, 1. — « PMimie 109. * Actes, 4. -<- > 2adi., 12. - • Apoc., 12 cl la

DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR. 205

iqui sera soûle la véritable réaurrectioD ? vons dous élever aux cboses c£le«(et, et les Kl, Jésus-Chritt est dijk sorti dn sépulcre ' choses célestes ne seraient point les objets de NCOrps, et toutcfus il est peut-être encore ! nos aFiteclions et de nos désirs si dès cette vie

101 fièvres et anz ulcères, il a déjà foolé pieds ses ennemis, et toutefois il a peutj rombattre contre les puissances du

et enfin il fst certain qu'il rtgne et qu'il la pcKSPssioD de son empire , peut-être

ins qu'il doit «Kore i César ce qui est

JXIU. Il est vrà que FapAtre écrivant aux tigne qu'autrefois nous morts, que nous étions rebelles et enneide Dieu, que nous iwus éloignions de lui sans soin de nous en rapprocher, demeurant la souillure et la cormplion de nos actions ibles ; it ajonte : qu'en recevant le bapéti ensevelis avec Jésus-Gbrist, nous avoQs été an même temps ressuscites par la foi fftoce que Dieu qui l'a ressusnioris a répandue dans nos coeurs. tEt dit encore l'apfflre, lorsque vous étiez par le» péchés que vous oommetliex, par isordres de >otre chair et les excès de tœacDpiscence, Jésus-Glirist tous a rendus ,ns de sa vie, et vous a remis tous vos et à, coimne il poursuit, vous êtes an péclié dais le baptême, pour ne dépendre plus des otuervations et des élémens grossiers et cliarnels de la loi, pourquoi quelques-uns d'entre tous se laissent-ils encore charger de ses préceptes , comme si vous viviez dans ce monde Icjjal, et sous cette ancienne mjétîon, dont Jcsus-Cbrist vous a délivrés?» l'ipOtre, dans tous ces passages nous considère comme morts d'uns mort spirituelle, en telle Wrte néamuotns qu'il reconnaît que notre corps Bnin quelque jour par la mort. Quand donc il parle de nous, comme ayant été ressuscites tpintueltement par la même raison , il ne nie pu que nous ne devions aussi ressusciter corportllemeo t. Entin • si vous êtes , dit-il , ressuscites avec Jësus-Cbrist, (lortez toutes vos pensées et vos affections au cid , où Jésus-Christ esl assis i la droite de Dieu . ayez soin des choses célestes, et oe vous arrêtez point aux choses de la teire^. s U Dootre U quelle est la résurrection en esprit, car c'est leloa l'esprit seulement que nous pou-

*S.llautL,l3;£pbéfc,6.-*C«lo»,l,^'lt)id.,9.

nous en avions la possession. Il ajoute : iVous êtes morts, non pas en vous-mêmes, mais en vos péchés, et la vie dont vous vivez demeure cachée en Dieu , comme Jésus-Christ y est caché.! Cette vie donc qui est cachée, vous ne U possédez pas encore; ainsi saint Jean a dit : • Nous ne savons point encore ceque nousserons' , mais nous savons que quand Jésus -Christ paraîtra dans sa gloire , nous serons semblables i lui. Tant s'en fout que nous soyons déjà vïvans de cette vie qui nous est cachée, puisqu'elle ne nous serait pas inconnue si nous la pmaéàiooa. De cette sorte durant notre vie mortelle, nous avons l'espérance avec laquelle nous contemplons par la foi notre éternelle Klicité, mais elle ne nous est pas présente; nous l'attendons, mais nous ne la possédons pas. El saint Paul aux Galates parlant de cette espérance et de cette attente :«Nous attendons, dit-il, notre justice de la foi par l'esprit d'adoption que nous avons teq\fi ; > il ne dit pas: ■ Nous tenons notrejuttic^ > et paruotre justice il entend lajustice de Dieu, à cause de celle qu'il nous rendra dans ce jugement anal qui nous donnera notre récompense. Et le même apôtre étant comme suspendu dans l'espoir de cette récompense, écrivant aux Pbilippiens ; iSi je puis, dit-il, avoir part à cet état où l'on ressent la vertu de la résurrection des morts , non pas que je croie avoir déjà nça ce qui est nécessaire pour y arriver, et qu'il ne me manque aucune perfection ^. ■ Certes, ce vase d'élection, ce docteur des nations avait la foi , et par une lumière toute divine il connaissait tous les ministres de la doctrine de Jésus-Christ; il ajoute néanmoins : a Je cours dans la lice de mon maître, à dessein de le suivre et d'aller i lui, en reconnaissance de la tx>nlé par laquelle il m'a heureusement arrêté, lorsque je m'enfoyais de lui. ■ Il va encore plus loin : «Je ne crois pas, mes firères, être parvenu à cette perleclion où je tends; je n'ai soin que d'une seule chose, qui est d'oublier tout ce que j'ai laissé derrière , et de ne porter ma pensée qu'à ce qui est devant moi , et je fois tous mes efforts afin d'atteindre au txiut de la carrière, à ce but où

• U.Jeui.,l,2et5. — *Galat.,5. — *Pbilippe,3-

j^entends, I cette palme d^ane foi sans tache ^ avec laquelle je pourrai courir dans cette lice ^ pour posséder, mais tù son temps , cet heureux état de la résurfectioii des morts, qui est ce qii^il dit aui Calâtes : Ne nous lassons point de bien hfre, parce qu'au temps de la motsson nous en recueilterons une qui ne nous donnera jamais de dégo6t K t Ainsi parlant à TImothée, d'Onésiphore : tJt prie Dieu qu'au Jour du jugement fl trouve miséricorde*; » et 11 commande àffitoi & Timothëe « de garder invîolablement jusqu'à ce Jour et à ce temps les choses quil lui a ordonnées ', d^ohserver toujours cette loi pure et irrépréhensible, attendant Favénement de Notre^Seigneur Jésus<lhf ist , qui arrivera au temps ordteatre de celui qui trouve seul sa souveraine béatitude en lul-^méme , qui est seul puissant, qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs,» paroles par lesquelles Tapôtre etprime la majesté de Dieu. Saint Pierre , dans les Actes parle encore de ce même temps ^ : aFaites, dit-il, pénitence, et convertissez-vous & Dieu pour obtenir la rémission dé vos péchés , «afin que ce temps survenant, où Jésos-Ghrist qui Vous a été marqué et destiné doit venir et paraître à la vue de tous les hommes, ce soit un temps de repos pour vous, lui qui sera envoyé de Dieu pour la dernière fois , et qui Jusqu^au temps que toutes lés Choses que Dieu a annoncées par la bouche de Ses saints prophètes Seront accomplies, doit être cependant reçu dans le del qui est son royaume. »

XXIV. Mais apprends de TapAlre quel est ce temps , et quil t'en instruise par les mêmes paroles avec lesquelles il en a instruit les Thessaloniciens. Voici ce que nous lisons dans Tune des éphres qu'il leur a écrites^ : «On nous, parle de votre conversion, et on nous dit avec quelle ferveur vous avez quitté le service des idoles pour embrasser celui du seul et vrai Dieu, avec quelle foi vous attendez du ciel Tavénement de son Fils Jésus-Christ , qu'il a ressuscité des morls.oEtenunautreendroitde la mémeépttre:

«Quelle pensez-vous que soit mon espérance, quelle ma salisPaclion, quelle la couronne de ma joie, dans la pensée que j^ai Ijue je vous verrai en la présence de Jésus-Qirist Notre-

« Gal.,6, - » U. Tim.,3.— » l.Tim., 6. - * Acici, Z.

TERTULLIEN

Seigneur au jour de aon avènement P » Et < en un autre endroit : « Afin que voua vous viea saints devant les yeux de Dieu notr à ravénement de Notre^igneor Jésu8< avec Cous ses saints, v Et en un mtre lieu t enseigner qu'il ne feut pat s'attrister di mefi qui termine la vie mortelle des é parle àusai du temps de la résurrection K « i croyons, dit-Il, que Jésus-Glirist est m ressuscité , nous devons croire par la raison que Dieu, par le mérite de aon Fib, nera avec lui ceux qui ont dormi du sonm la mort y c'est la parole de JéamhGbriac < vous annonce , sKhei que oo«s qui Wvon ce monde, et qui sommes réservés à l'avén de Noire^igneur, nous ne comparatcroi au pied de son tribunal avant ceux qi dormi en paix dans les sépulcrea. La Sei descendra du ciel, et alors Ton entendra 1 terrible de l'archange et le aon effknyaUc trompette qui appellera les morts. A ce qui pénétrera jusque dans les tombeaux qui seront morts en la fol de Jésua-Chris susciteront les premiers, et quant a im vivons Jusqu'à ce jour, noua aerona i comme eux sur des nues pour aller au-devi Jésus-Ghrist en l'air, d*où étant portés ^ dans le ciel , nous y jouions pour Jamais présence et de la gloire de son royaume, moi , je le prie , quelle voix d'archange, t trompette de Dieu a été entendue Jiisq«*i heure, si ce n'est peut-être dans qui chambres d'iiérétiques. Il est vrai que la | évangélique qui les appelle dès è présent, être nommée la trompette de Dieu, mah prendre en ce sens, ou pour être reasusdi cette vie, comme ils le prétendent d'mie r rection spirituelle, ils seront déjà morts mort du corps, et cela étant, comment sd vivans? ou ils seront enlevés et emportée les nues, et cela étant, comment sont-ifs id Certes leur misère est extrême , puisque, la parole de l'apôtre, « ils n'espèrent qu'en présente 3, i>s'attriboant unerésuirectiondi temps qui exdui celle que Dieu nous pf après que nous aurons achevé notre vie telle, par un déplorable égarement qui k tourne de la vérité autant que PhigeHe et

« I. Tfaen., 3 et 4-» • i 0)r., 1&

DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR

j d*où tienC qae le Stint-Esprit ^ , pré* (piMl se troaverail des gens qui fn une «rrear eûtendriieiit ainsi la résurrec- I a fait dire à Tapôtre dans cette mtme an Thessalonkiens* : t II n'est pas besoin, frèrea/qile je vous informe du temps et Mmieiis redoutables du jour du Seigneur, lalBt que TOUS sachiei certainement que ce viendra quand on y pensera le moins, et ■mpatadrà comme un Toleur de nuit sur^ (pu sont dans le sommeil ; quand ils être dans one profonde paii , et qu'ils nt qu'il n*y a rien à craindre pour fli reeevront ie coup de la mort qui , lors ■a s'y attendront point, les mettra dans Et le même apôtre exhortant encore pi«a dTeffiort les Thessaloniciens dans la êpltre qu'il leur écrite : « Je vous coi^ure, frères, par ravénêroent de Notre- Jéans-Christ, et par cette assemblée fdsi fiera de tons ses élus pour aller au-devant |ild,<|Be Yolia nt perdiei pas si promptement de la doctrine que nous vous avons , qne la pensée du jugement de Dieu j^te point le trouble et la frayeur dans Krifrit. Ne voos arrêtez ni aux révélations ima'« des faux prophètes , ni à leurs discours dlBpoatnres , ni même à quelques lettres faux apôtres pourraient vous présenter, onaaie venant de nous , pour vous doode la terreur du jour du Seigneur, vous que ce jour est sur le point d'arriver; garde que personne ne vous , et défendeX'^vous de tous les artifices fM Fea poorrait employer pour vous persuader fBeJésns'Ctirtst doit bientôt venir. Avant que Mil soit , il fiiut premièrement qu'il se fasse BN défection et une révolte, c'est-à-4ire un loaièvement contre TÉtat de cet empire, et fAprèa, cet homme de péché, c'est-à-^dire rABtccbrist,oe fils de perdition, paraisse dans le Ce malheureux se déclarera ennemi de ce qu'il y a de saint dans la religion; il Paudace de s'élever au-dessus de tout ce ipri reçoit le culte divin , et occupera le temple de Diea , pour y établir le siège de sa puissance et s^y faire adorer comme s'il était Dieu luimême^. Ne vous souvient-il pas que je vous en-

« IL Tun., 1 H 2.*^ < 1. TheH., S. -»' Il H>id., 3.

seignais ces choses quand j'étais auprès de vous? Certes vous avez appris de ma bouche ce qui empêche qu'il ne se montre , mais quand sôû temps sera venu II se montrera à découvert. Cependant II a des persécuteurs qui exercent dès ce temps-ci le mystère d'iniquité, mais que celui qui tient maintenant la puissance la tienne jusqu'à ce que son autorité soit détruite, a Qui est celui-là, sinon l'État de l'empire romain, qui, ayant souffert une défection et la dispersion de sa monarchie en celle de dix rois, s verra pa** raitre la domination de l'Antéchrist , et régner ce méchant, que le Seigneur Jésus^brist fera mourir par le souffle de sa bouche ; anéantissant par la gloire de son avènement la tyrannie de cet usurpateur, qui viendra avec la ((ireur et la rage de Satan, et sera le ministre de ses abomi-» nations , et que cet esprit malin fera éclater paf des signes et des prodiges et de (dusses opéra* tions qui séduiront les Ames infidèles à Jésus- Christ , et porteront les méchans à des cmvrêS d'injustice qui les i^nt périr.»

XXV. Cette suite et cette disposition des temps dont les Ames des martyrs attendent le succès , en l'état où elles sont sous l'autel mys^ tique , demandant i Jésus-Christ le jugement et la vengeance ^ est même marquée par saint Jean dans l'Apocalypse s. Il dit crquMIfkut avant ce terrible événement que le monde boive la substance de ses propres plaies et le calice de la colère de Dieu, qui sera versé sur lui de la main des anges; que Cette cité abandonnée aii mal soit punie de sa prostitution 3, et que dix rois lui fassent recevoir une fin digne de sel forfaits; que l*Antechrist , cette horrible bête, avec son Aux prophète , porte la guerre dans te sein de l'Église de Dieu, et que le démon étant cependant confiné dans l'ablmc, le décret de la première résurrection vienne du trône glorieut du Très-Haut, et qu'ensuite, le feu ayant consumé toutes choses, Sur le point de la résurrection universelle , le jugement de toute la nature se fasse sur ce qui se trouvera écrit dans les livres qui seront ouverts. » Donc puisque l'Écriture exprime quel sera Fétat des derniers temps, cl établit tout le Fruit de Tespérance des chrétîeni sur ce qui doit arriver à la fin des siècles , il est

évident que c^est alors que Ton verra raccmx^

'Apoc,0.-»y2^W.,15etl6.-.»/6iU,l3,l5,17ct20.

TERTULLIEN

plissement de toutes les choses que Dieu a promises. D*où il s'ensuit que c'est vainement que les hérétiques prétendent recevoir une résurrection ici-bas; ou si la lumière de la fol de Jésus-Christ est une espèce de résurrection , il faut croire qu'elle ne préjudicie point à celle qui a été annoncée pour la fin des temps; et il se peut même dire, qu'en ce que Ton se figure une résurrection spirituelle, c'est un préjugé de la vérité de la résurrection corporelle. En effet si celle-ci n'avait point été prédite pour la consommation des siècles, on aurait raison de défendre celle-là , et de soutenir qu'il n'y en a point d'autre , et que la vraie résurrection est seulement spirituelle; mais comme la résurrection dont rÈcrilure parle est pour les derniers temps, on reconnaît qu'elle se doit entendre de la résurrection corporelle, parce qu'il n'est point écrit qu'il doive y avoir en ces derniers temps de résurrection spirituelle. Et certes, pourquoi réitérer la prédiction d'une résurrection qui ait les mêmes qualités que celle que Ton s'attribue en ce monde, c'est-à-dire d'une résurrection spirituelle? car ou elle serait accomplie dès la vie présente sans différer plus longtemps, ou elle le serait après cette vie à la conclusion de tous les siècles : ainsi c'est plutôt à nous à défendre la résurrection spirituelle qui procède de la première lumière de la foi, nous qui croyons que nous en aurons toute la plénitude à la fin des temps , et à ce grand jour qui doit décider de notre salut.

XXVI. Je reviens à cette première objection du sens allégorique des Écritures , et je dis que les expressions figurées des prophètes nous servent même pour prouver la résurrection corporelle. Certes, cette première parole qui sortit de la bouche de Dieu au commencement du monde, lorsqu'il prononça que l'homme était terre, c Tu es de terre, dit-il ^, et lu retourneras enterre,» parlant de l'homme selon la substance de la chair qu'il tenait de la terre, et qui comme nous avons montré , avait d'abord été appelée Thomme, cette première parole, dis-je, me donne sujet d'interpréter aussi de la chair tout ce que Dieu donna à la terre dans ce commencement , ou de grâces par sa bonté, ou de punition dans sa colère. Et en vérité, à parler

* Genèse, 3.

proprement , la terre n'est point sujette au ja- * gement de Dieu , parce qu'elle n'a foit ni bien : ni mal ; et si elle a été chargée de malédîctioa : pour avoir reçu dans son sein le sang qui avait été répandu , cela même est une figure qui représente le crime commis par la chair boinicide <; si la terre a des biens, si elle souffre des -t maux , c'est pour l'homme que les biens et Ici maux lui viennent , afin qu'il soit ou soulagé m : puni dans les divers accidens qui lui arrivent en ce lieu de sa demeure, et que cesdMMesro- ; bligent à faire une plus sérieuse réflexion sur ce que la terre souffrira même à cause de InL Ainsi quand Dieu menace la terre , et quand il promet quelque faveur à la terre, je pense que c'est plutôt à la chair qu'il la promet , oomme quand il dit dans le prophète Ihvid : tLe Seigneur règne, que toute la terre s'en réjouisse',» c'est-à-dire que la chair des saints en ait de li joie, elle à qui appartient la récompense et la gloire du royaume de Dieu. Le prophète qonte: c La terre verra les éclairs, et frémira de crainte ; les montagnes fondront comme li cire à la Yoe du Seigneur.» Cette terre qui tremble, et qui fond comme la cire, c'est la chair des proftnes, parce qu'il est écrit : «et ils verront odai qu'ils ont percé inhumainement de la pointe de leur fer 3. B En effet si l'on estime que ces pa* rôles soient dites simplement de la terre, entant qu'elle est élément , comment peutHm oonoevoir qu'étant dit d'elle «qu'elle s'est réjouie de TOff régner le Seigneur, » il soit encore dit d*eUe, «qu'elle frémit et, qu'elle fond à sa vue?» Ainsi quand il est écrit dans Isale : «Vous mangera les biens de la terre^, »il faut entendre ce passage des biens de la chair, de ces biens qui l'attendent dans le royaume de Dieu, lorsque son état sera changé, qu'elle deviendra semblable aux anges,et qu'elle obtiendra «ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, et ce que le cœur de l'homme n'a point compris^. »Autremenl ce serait une exhortation assez vaine que Dieu ferait à l'homme, de lexciter à l'obéissance en lui promettant les biens que la terre produit, et les alimens de cette vie, qu'il donne même aux infidèles et à ceux dont les blasphèmes déshonorent son nom , et qu'il oommuni-

iGeDèse,4. — •PtonmeOe. —'S. Jean, 19.

« baie, 1. — * S. Blaub., 22; 1. Gor^ 2.

DE LA RÉSURRECTION DE LÀ CHAIR

4Be I tons les hommes sans autre considération âaon qu'ils sont ses créatures ^ de sorte qu'il ftit tomber la pluie sur les méchants, et luire mm soleil sur les justes et sur les injustes. Vraiment la toi aurait une belle récompense , et senit élevée à une grande félicité, si elle n*attendait que les mêmes biens , dont non-seulement les ennemis de Dieu et de Jésus-Ghrist ont Fu- Mse, mais dont ils font un mauvais usage, rendant le culte divin aux choses que Dieu a créées, an mépris du créateur^. Quoi! des oignons et des champignons seraient ces biens de la terre qu'elle espérait, Notre-Seigneur ayant imnoncé cque le pain n'est pas la seule nourride lliomme!» Ainsi les Juifis, qui n'ont esqu'aux biens de ce monde , perdent les biens du cieP ; ils ignorent la promesse d'un psm céleste ; îb ne connaissent ni Thuile de ToùcCkm divine , ni le vin de l'esprit , cette eau qui distillede la vigne mystique de Jésus-Christ pour domier vigueur à notre âme. Ils estiment que la terre sainte n'est autre chose que le ptys de Judée , et ne voient pas qu'elle se doit pinlôt entendre de la chair de Notre-Seigneur, qui est vraiment cette terre sainte en tous ceux qsi sont revêtus de Jésus-Christ : terre vraiment sainte par la demeure du Saint-Esprit 4, tene qui rend vraiment le lait et le miel par la doDoeor de l'espérance dont elle console les fidèles^; vraie terre de Judée par la familiarité avec laquelle Dieu s'y communique; car le vrai Joif n'est pas celui qui le parait au dehors, mais cdni qui Test en secret, comme elle est et le temple de Dieu et Jérusalem, selon cette parole Shàse : « Lève-toi, Jérusalem ! arme ton bras de tontes ses forces, lève-toi telle que tu étais au OMnniencement des jours, c'est-à-dire montrelai dans cette innocence que tu possédais avant que ta fusses tombée dans ta transgression cri- Binelle , et que tu eusses si malheureusement violé le commandement de Dieu^. Et certes y a-t-il rien dans ces exhortations qui convienne à la ville de Jérusalem, elle qui a versé le sang des prophètes^ qui a lapidé ceux que Dieu y a envoyés pour la retirer de ses péchés, et qui enfin par une cruauté barbare a ravi la vie à son

« s. Matth., 5. — • Rom., 1. — » S. Mallh., 4. • Gai., 3. — » Exod.. 3. — • Rom., 2; Uaie, 54. 'S.MaUb., 23; S. Luc, 23.

Seigneur? Il n'y a d'ailleurs point de terre à qui le salut ait été promis; au contraire, il faut que la terre passe, il faut quelle périsse dans la ruine de toute la face de ce monde. Mais y aurait-il quelqu'un qui osât soutenir quf" la terre sainte se dût prendre pour le paradis? Et pourrait-on dire que cette terre c'est la demeure de nos premiers parens Adam et Eve ^ ? A le prendre en ce sens, il semblerait que le retour dans le paradis eût été promis à la chair, à qui ce lieu fut donné pour y faire sons^'ouret pour le garder, et que l'homme y dût être rétabli tel qu'il était lorsqu'il en fut chassé.

XXVII. Nous voyons encore que l'Écriture faisant mention des vètemens marque, par une expression allégorique, l'espérance de la chair ; ainsi il est dit dans l'Apocalypse de saint Jean: <f Ce sont ceux qui n'ont pas souillé leurs vètemens avec des femmes ^. » Il parle des personnes qui ont gardé leur virginité ; et ceux qui pour acquérir le royaume des deux se sont privés des voluptés permises, paraîtront dans des vètemens blancs, c'est-à-dire dans la lumière et réclat d'une chair virginale; et dans l'Évangile l'habit nuptial se prend pour la sainteté de la chair 3 ; et Isaîe enseignant quel est le jeûne que Notre-Seigneur a honoré de son choix et de son estime , et parlant de la récompense qui sera donnée aux œuvres de miséricorde : a Alors, dit-il, ta lumière se montrera tout d'un coup, et bientôt Ton verra éclater la beauté de tes vètemens ^. d II ne parle ni d'une tunique de soie, ni d'un manteau, mais il veut parler de la chair, et exprimer la renaissance de cette chair, qui par la résurrection se relèvera du tombeau oA elle est tombée par la mort. Tant il est vrai que nous trouvons aussi dans Tallégorie la défense de la résurrection corporelle. Et en effet quand nous lisons : « Mon peuple, entrez dans les celliers pour un peu de temps en attendant que ma colère passée d il faut prendre les celliers pour les sépulcres où reposeront quelque temps ceux qui à la fin des siècles, en ces derniers momens de la colère de Dieu, seront morts sous la tyrannie de l'Antéchrist, et par la violence qu'il exercen sur la terre. Mais pourquoi a-t-il plutôt appelé les sépulcres des celliers, que d'un nom qoi

« Gcnètc. i — • Apoc, 3 et 14. — »S,Mallb., 19 et O. * Isaïe , 58. — » JbiU., 36.

TERTDILIRN.

exprime un autre lieu destiné à réserver quelque diose, sinon parce que Ton (jparde dans les celli^s la chair salé^ que Ton y a enfermi^ pour Fusage de la inaison , afin de Ten tirer dans Iç besoin et au temps qu'il est nécessaire? Car c'est ainsi que les corps embaumés et parfumés popr entrer dans la sépulture sont déposés daps les monumens et les mausolées , poqr en sortir au commandement de Notre-Seigo^ur. Voilà le seps de ce passage. Et certes quels celliers pnt tant de détours qu'ils puissent nous g^r^^^'^ ^^ la colère de Dieu? Quand donc le prppjiète di( : a Jusques à ce que ma colère pas^, d cette colère qui fera mourir TAntechrist , il moptre que la chair qui aura été portée dans |e sépulcre ayaqt la colère de Di^, en sortira lorsqu'elle sera passée : car Ton ne fire des celliers que ce qni y a été enfermé , et l'Antéchrist é^nt c|étruit , c'est alors que rod verra aqriver la rési^rrection. XXyUl. Mais comme la pfoph^tie s'énonpe par les paroles, elle s'exprime aussi par les choses. Ce n'est pas fieiflement le djscour^i ce sont aussi les effets qui annoncent la résurr^tion. Quand &^oIse met la main dans son seiq, et la retire con^me mor^e, et se la remet une autre fpis dans Le seîn et l'en retire toutç saine S n'est-ce p^ un prodige qui publie cette résurrection de rhomme entier? Et certes, les trois signes marqués par le prophète nou^ représentent trois effets merveilleux de la vertu de Dieu : premièrçineqt elle r^ini spua la ppisr sançe de l'boimme le déqion , ce serpent tout formidable qu'il est; ^pifs cela elle arrachera 1^ chair di) sein de la mort: ^t enfin, au jour du jugemept, ellfi vengera tout le sang qui aura été répandu sur la terre. Ainsi nous lisons dans le même prophète : a Je ferai, dit Pieu , la recher? che de votre sang, même sur les bètes brutes qui Font répandu^ je refduorcherai celui que la main de Thomme , que ^ main du frère aura versé, a Mais Ton ne recherche que œ que Ton redemande, et l'on ne redemande que ce qui sera rendu ; et oertes ee que Ton recherche et ce que Ton redemandera pour en faire la vengeance, sera indubitablement rendu. En effet Pon ne pourra demander 1^ vengeance de ce qui n'aura point du tout été ; et la chose que Ton demandera se doit représenter, puisqu'elle

^ Exod., 4. — • Genèse, 1.

se rend pour satisfaire à la vengeance. Or ce qni est dit du sang regarde sans doute la chair, p^rce que le s^ng ne sera ppiqt sans la cl^iif ; Dieu ressuscitera la ch^if , afiq que le sang soit vengé. Il Y a 0'ailIeprs des çhpses pi sont dites de telle sorte qu'elles p'pnt rien du tQut du nuage de Talléiiforie, et dont on trouve |q sois eq eipliquant les termes simples f^pq leur signification comqiupe; cou^mé ce qui est dit dans Isaîc : ft île tuerai e^ je vivifierai M ^^ en effet, s(près que ÎDjeu aura fué, il vivifiera ; il tue par la mort, et il viviQçrji par la résurrection^ et comme c'est la c^fr qui est tuée par la n^ort, la chair ressuscitât reprendni ù{ vie. Si ^n^ c'est arrachef* la vie i la cbair, vivi^^i^» 4^1 est son contraire, c'est rçncjfe h l'ime cette inèii)e chair. Il faut bien que 1^ chair r^usqte, elle à qqj en la faisant mourir Tàme a été ravie, ef à qui epla faisant revivre, cette ^m^doit étrf r^ne. XXfX. S| donc 1^ ^légorjes d^ l*£q*itiirei si les argumens qui se tir^t des cboses j>pérée| p^r I^ prpphètes, si des paroles toutes sim|d^ nous fpnt apercevoir la vérité que pqqs (|éfenr dons de la résu^reptioi} de la çhw^ ipèioe sapi qommer eiprpsséipenf la f^ibstance qui défi ressusciter, ne sommes-nous pas ep (les termes bien plus forts» e( p'^vons-nons paa pîos ^ droit de sout^ir que cette vérité Dp peat r^r voir de contestation après (ant cle pre^vea prfscff des i^pritur^ qui étab||sçieni )'espén|nce de l| ri^rrc^^pn ep la chair, par unç flénp|p|pati(^ ps)rtjculièf« d^ sortances corporelles? ^Gonti Éiéchiel^ :iKUiqe seipbl^t, dit^l, qqe j^ feptab If^ m^in de Dieu sur ipoi» fi que ^ jS^isaepr ip'eqIeTait en esprit; qu'i) q'^vait trfpspfwt^ au milieu d'une c^tippagne , où l'oia vpFajt de* os dç (putes pprts; qu'il me csmdHiliait (opt mi- ^r de ces os s^ et arides , ^ qpe cette pj|9^ en était toute fipuverte; qu'il 19e dimit : Fjhi dft l'homme, crois-tu que les os que tu vQîf ravivent? Je lui répondais : Seigneur^ vpus le save*. V me répliquait : Prophétise sur cette mont^gn» fl'ps qui est devant (es yeux, et tu dii^s : Vpaa, os arides, écoutez la parole du Seigpeiir; voici pa que le Seigneur dit k tops ces os que le sépulcre a séchés : Je vous apporte un eiprit dont vow serez animés, et vous vivrez de l'esprit que je vous donnerai ; je vous ferai reprendre votre

« Isaïe , 38. — * Ézécb., 17.

DE LA RÉSURRECTION DE LÀ CHAIR

dair, j'étoidrai sur vous une peau , je remctlrai Au vous une âme qui vous rendra la vie, et uns oonnattrez aue je suis votre Dieu. J'ai donc pnphétiaé seloo le commandement que j'en ai nga^ et loni{ue j'^innonçaîs les choses qui denicn( arriver, avant que j^eusse achevé de parler, il s'est bit un instant un remuement de tons ces os ^i s^pprodiaient les uns des autres, fî j*ài yn que le^ os se soqt couverts d^

dudr d 4ç fi^i ^^ ^ P^u ^*^^ étendue p^ dessm ; inajs rame n'y était pas encore. Le Seigncv nf a donc dit : Prophétise , fils (le l'homme; âèvê-(9^ J/V ^. lumi^ ^ la prophétie jusfues à V^>Fî^.t ^ t« 4iras : Venez, ^prit, de(| quatre pwtifs dq loq^de ; insp^irez ces morU et qftO$ yivept» Et j'ai prophétisé selon quç le Seignfnrilie Va cploq^é; j'aiî appelé l'esprit, et 9 est eptré df^ns w corps piorts; et COI çorif Xfon^ QfU reçwyré (a vie et se sQQt iiffiaf iftr Uurs pi^; et ils étaient en si nUfili vW>bs^ qu'ils faisaient comqie i)n^ puissaq^ qinîÊ^ ¥( le Stejgoeqr m'a di( : fils de riinqi|i(^p9 os que tuypis c'est toute ta maiso» dlira^; ils (fisept : fl[os os sont \mH secs, iiofis i(nan {4u4 4'espéfançe, çt npus avp^s été ura^ ^ IHitre tige; c'^t pourquoi je t'pndoRpe i\fi le^r faire ^nfeq^e cette |UPopti0lie : Tqp, Qiqp pruplç, jl'wyrir?! vos sépulcre., jcvm rfùrfrai dç vçus (qpbeaux, et je vom fen cntrftr ^ns ^ terre d'I^raél , et voms recmmUr^, mon peuple lûen-aimé, q^e je suis VDtfO Seigneur, quand j'aurai ouvert vcis mommfos et qqç je vous, aurai retirés des U^i( où TOUS éties enseyelisi j^ vous dowerai un esprit, et[TO|is vivras, et vops jouirez du repos dans cett^ tçnsa, qui çst à vo^ui , et vous saurez que c'est m/ifi qui ai parlé, et qui ai opéré ces grandes choses, dit le Seigneur.»

IX^ Je u'igQOi^ FA9 que Qos adversaires tlcbept de donner k ee passage un sens allégorique; ils diseut que quand il est écrit que ces os c'est toute la maison d'Israâ , les os dont l'Ecriture parle ne sont qu'une iouige d*lsrati , qu'elle les a exposés hors de leur condition propre et naturelle , et qu'enfin ce n'est qu'une figure , et non pas une vraie prophétie delà résurrection; qu'en réalité c est une expression de l'Ëtat du peuple juif, qui est représenté comme mort, abbatu sous le poids d'une langueur et d^une aridité funestes, et misérable-

ment dispersé par tout le numde , comme dans une grande et vaste campagne ; que pour cela il est parlé de lui selon l'allégorie sous Timage de la résurrection, parce qu'il devait être rassemblé; que lésas se devaient rejoin^ aux os, c'est-à-dire qu'une tribu devait étfe réuç^ i une autr^ \jib\k \ quç (es parties gi^parées dn peuple devient Sf r^^iettrç ensem^ pçiur ne faire plus qu'un corps ; que l'État çles Jjuifs re-r prefidnijt 9à d^air qui ses ricbçssfs , qu'il s^ re? vêtirait dfs ufirfs qu 4çs fçfçe^ que ce royaufna avait au teipp^ ^ s^ prospérité; que ce peuple serait tiré dç ^hor^ur des sépulcres, ç'estri-» dire dv triste çt ipfortoq^ s^our ^ç li^ captivité; qu'il r^pirerait SQMS un air plw^ ^i^ et plus agré^le , ef qu'il v^yrait çU|ps la terre qui était à lui, ç'^t^^îre daps ta ^H^ée, Mais enfin qu'^trce quf \^ ^Hjfi fleviendrqnt? U est sws doute qu'ils mpqpfcmt. Çt Que senont-its a|ûr^ la iqqrl? ^ pçBse qu'il n'y m^ ffiiut derésurr: rectipp, si ce p'ç9t celle qiM a été révélée <i É^ clue|. P>il!ews il y j| d'autre prives qui ét^ blisse^t la lésurreçtiqm fl'^ je çwdus que eells dont parle Éjpéctiie) est yraie, et qu'il y a de la tém^ité de la ^peufe^sier dans l'état des i^fiairai des Ju^; qu si la r^rectim que nous défes? dons n'^t pas la «iCqie, il ne m'impane, pourra qu U y ait une résurrection des corps, comme fl y eni^ une dtrla qdamité des Juifs. Enfin le rétablissement du peuple juif élanl figuré par ces os qui reprennent leurs corps et qui recouvrent la yîe par l'esprit dont ils sont ranimés, c'est un témoignage qui nous assure que les os seront aussi remis en leur premier état , c^r les os ne ponrraient èt^ le si^iet d'une ^gure, s'il ne leur arrivoit à eux-mêmes ce qui est refunésepté par la figure. £0 eflet, si l'image est une expression de la vérité comme à smi principe, il est nécessaire que la chose exprimée par Ptmage ait un è(re réel et véritable, avant que rimage en puisse être formée. La similitude ne peut être fondée sur ce qui n'est point , ni ce qui n'est rien être la matière d'une figure. Ainsi il fout croire que les os reprendront véritablement h substance du corps et seront véritablement ranimés par l'esprit, selon que nous l'avançons, afin que cet événement, tel qu'il est dépeint en ce lieu d'Ëzéchiel , puisse exprimer le changement de l'État des Juifs. Mais certes, sans s'arrêter S toutes les subtilités de l'esprit humain, c'est un

TERTULLIEN

sentiment plus saint et plus pieux de défendre la vérité toute nue , et de s'attacher à cette simplicité de termes, avec lesquels le prophète l'explique : ce sens a une merveilleuse autorité, et c'est celui que la proposition faite de la part de Dieu exige de nous. Et certes , si cette révélation avait eu pour objet le rétablissement des Juife, dès qu'elle a montré le lieu où étaient les os, elle eût aussitôt ajouté : a Ces os, c'est toute la maison d'Israël ; « mais il faut considérer que Dieu, après avoir montré les os , parle de Tespérance en la résurrection; avant que de nommer Israël, il tente la foi du prophète. « Fils de lliomme, dit-Il, crois-tu que ces os revivent ?» afin que le prophète lui répondit : « Seigneur , TOUS le savez. j> Or Dieu n'eût point tenté la foi du prophète sur une chose qui n'eût point dû arriver, dont Israël n'eût jamais ouï rien dire auparavant, et que l'on n'eût pas été obligé de croire. Mais parce que la résurrection des morts avait été annoncée , et qu'Israël, par son incrédulité , se défiant de la vérité qu'on lui annonçait en était même scandalisé , et ne faisant réflexion que sur l'état des morts et sur cette vieille pourriture des tombeaux, désespérait que les morts dussent ressusciter un jour , où plutôt qu'Israël, n'élevant point son esprit à la vérité de la i*ésurrection, s'arrêtait seulement ises circonstances, pour ce sujet Dieu révèle au prophète, qui était même dans quelque doute de cette vérité , tout ce qui se passerait dans cet événement merveilleux de la résurrection des bommes, afin de l'exciter à l'anonncer avec l)eaucoup de constance et de fidélité , et commande au peuple de croire ce qu'il a révélé au prophète, leur disant qu'ils étaient ces os qui ressusciteraient, eux qui ne croyaient pas que les os dussent ressusciter. Enfin il conclut ainsi cette révélation : « Vous saurez, dit-il, que c'est Wàoi qui ai parlé et qui al opéré ces grandes choses.» En effet , il devait faire les choses qu'il ^vait dites, mais il ne devait pas faire les choses ^u'il avait dites , s'il les devait faire autrement ^u'il n'avait dit qu'il les ferait.

XXXI. Certes si le peuple, étant dans la c3oulear de se voir réduit à une misérable dis- |:Krsion, se plaignait dans le langage de Tallé- ^rie, aque ses os sont tout secs et qu'il a perdu ;^>ute espérance 9 » on pourrait croire que Dieu aurait consolé par un^ P^messe figurée un dés-

f espoir exprimé en figure; mais comme le peuple n'avait point encore éprouvé le malheur de la dispersion, et que la résurrection était une chose dont il avait fort souvent perdu l'espérance, et que l'on sait que la considération de la mort du corps éloignait de son esprit tonte l'assurance qu'il en devait avoir , pour cela le dessein de Dieu, dans cette révélation, a été de rétablir celte foi , que le peuple détruisait par son incrédulité. Que si Israël souffrait alors quelque calamité, si l'état où il se trouvait lui fbumissait quelque sujet de plainte, ce ne serait pas une raison qui dût faire prendre la révélation d'Ézéchiel pour une parole, mais ce serait bien plutôt une preuve que Dieu aurait voula donner de la résurrection, pour exciter ces peuples à conserver l'espérance du salut étemel , et leur faire naître le désir d'un rétablissement plus nécessaire que celuy d'être rappelé d'exil , ou de recouvrer ses biens , et les détourner en même temps de l'amour des choses présentes; d'où vient que d'autres prophètes ont dit: « Vous sortirez des sépulcres comme des animaux délivrés des liens dont ils étaient attachés S et vous marcherez sur le ventre à vos ennemis. » Et ailleurs : a Votre cœur sera rempli de joie, et vos os pousseront comme l'herbe. » En effet , l'herbe vient de la pourriture et de la corruption de la semence. Enfin si l'on prétend que l'image des os qui se relèvent do sein de h terre ne représente proprement que l'état temporel des Israélites, d'où vient que ce n^est pas seulement à Israël que cette espérance de la résurrection est annoncée , mais qu'elle l'est aussi à toutes les nations auxquelles la promesse est faite, comme à ce peuple, que les restes de leur chair et de leurs os seront rétablis en corps et en ftme , et que les morts se relèveront de leurs sépulcres? car il est dit de tous : « Les morts vivront et sortiront des moDumens >, et la rosée qui leur vient de vous est un remède dont leurs os reçoivent la guérison et la smté; » etailleurs : «Toute cliair se présent^a devant moi ', et viendra adorer, dit le Seigneur. » Mais quand cela arrivera-t-il ? ce sera lorsque la face de ce monde commencera à passer et à s'évanouir. Et il est encore dit auparavant au même lien : a Gomme le ciel nouveau et la nouvelle terre que

* Malac, 4; lune, es. — * IM., 20.— •

DE LÀ RÉSURRECTION DE LA CHAIR

je fins a ime fimelé inâirailable, dit le Sdgnrar, ainsivotre temenoe aura une consistance éCcmelIe. >Et c*est alors que Ton verra Taccomplîaaeiiient de ce qnllajoote : » llssortiront (c^est des s^polcres qu'il entend), et ils verront les membres de ceoz qni ont vécn dans Timpiété. Lever qui rongera ceox-d ne mourra point ^;» le fai qni les brûlera ne s'éteindra point, et ils acroot eiposés à la vue de toute chair;» c'est-idirede tons les sunts, qui , étant ressusdiés et eorfisdekurs sépulcres, adoreront Dieu en reeoonaisiance de la grâce qu'ils aunmt reçue de an bonté.

XXXD. liais afin qu'il ne semblé pas que fÊcriture n'annonce que la résurrection des «■psqui ont été mis dans les sépulcres, et que ki antres ne doivent point ressusciter , il est écrit : t Et je commanderai aux poissons de la mer, qui rendront les os qu'ils auront dévorés ^, et je joindrai les membres, et les os les uns aux ' antres. > Donc, dis-tu , les poissons seront aussi ressuscites, et lès bêtes brates, et les oiseaux de proie, afin qu'ils rendent ceux qu'ils auront atl^ontis, parce que tu as lu dans «Moïse que Dien rediercbera le sang sur les bêtes brutes 3. » Non, il n'en est pas ainsi ; ni les poissons, ni les bêtes brutes, ni les oiseaux de proie ne ressusciteront point; et ce qui fait que Ton nomme les bêtes brutes et les poissons en parlant de la restitution de la chair et du sang , c*est pour marquer par une plus forte expression la résurrection des corps qui auront été dévorés , FÉcriture la représentant parfaitement quand elle dit «que la recherche du sang se fera même air ce qui les aura dévorés, d J'estime d*ailleurs qoe l'exemple de Jonas nous donne une belle instruction de cette puissance de Dieu , puisqu'il sortit sain et entier du ventre de la baleine, et que ces deux substances, sa chair et son ftme, en furent délivrées. Et en effet les entrailles de ce grand et monstrueux poisson , où le prophète fut plongé durant Tespace de trois jours, pouvaient corrompre et consumer sa diair, tout de même qu'une sépulture qui n'a point été remuée pourrit un cadavre qui a été longtemps enfermé dans son sein. Mais certes. Ton ne peut nier que ces bêtes brutes sur lesquelles il est écrit « que Dieu recherchera le

» & Nattb., 0. — • Apec, 1. - • Genèse, 9.

sang, » ne soient la figure des persécuteurs des fidèles, de ces hommes crods, pleins de férocité et de barbarie , principalement contre les serviteurs de Jésus^Christ s ou qu'elles ne soient même l'image de ces anges prévaricateurs , de ces esprits d'iniquité , sur lesquels Dieu iera la recherche du sang, par une espèce de compensation de supplice, et de vengeance K Y a-t-fl donc quelqu'un , si c'est une personne qui ait plus d'indinatlon à apprendre d'autrui qu*i présumer de soi-même, qui soit plus portée k croire qu'à disputer , qui ait plus de révérence pour la sagesse de la loi de Dieu que de pas» sion pour ses propres sentimens, qui entendant parler de ce que Dieu a ordonné touchant la chair, la peau, les nerft, et les os , puisse femdre que cela se doit rapporter à d'autres choses, comme si ce que l'Ecriture dit de ces substaitces n'était pas destiné à l'homme ? En effet, ou i ien n*est destiné à l'homme , ni le royaume du ciel, que Dieu lui prépare par un effet merveilleux de sa libéralité , ni la rigueur de son jugement, ni la résurrection de quelque qualité qu'elle soit ; ou si ces choses sont destinées à l'homme, il fiiut de toute nécessité qu'elles soient de stinées à ces substances qui composent l*honmie auquel elles sont destinées. Mais je demande à ceux qui transportent avec tant de finesse et de subtilité à une autre signification les os, la chair , les nerfs et les sépulcres, d*oû vient r|ue, quand on dit quelque chose de Tàme, ïh ne prétendent point que Fâme se doive prendre en un autre sens , et qu'au contraire quaml on parle de quelque chose de nature corpon;Ile, ils y donnent tout un autre sens que ce que le mot signifie dans son sens naturel et ordin.iire. Certes, si ce qui est de nature corporelle est une parabole, pourquoi n'en sera-t-il pas de même de ce qui est de nature spirituelle? si ce qui est de nature spirituelle ne s'entend pas en fi* gure,cequi est de nature corporelle ne s'entend pas non plus en figure ; car le corps est aussi bien une partie de l'homme que Tàme , et Ton ne peut faire que l'une de ces deux substances admette le sens figuré, et que l'autre le re* jette.

XXXni. n me semble que je me suis assez arrêté aux preuves tirées des prophètes; je viens

« GaL, 9.

tertulUei^.

maintenant à ceUés que oie ifotiriitt TÉvangae ; inais il faut cjne je prévieiUl'e aùs^i en te lieu Tadriesseet la subtilité Bne et rusée de ceux qui prétendent que Notre-Seignéur à dit toutes choses en paraboles, parce qull est écrit : a Jé&us a parlé de toutes ces choses en paraboles ^ ; et il ne leur parlait (loint sans paraboles,» c^est-âdire que sans paraboles il ne parlait point aux JUift ; ainsi ses disciples lui disaient : a Pourquoi ))arlez-vous en parabbles ? d et Notre-Seigneur lui-même disait aussi : «Je leiir parle en paraboles, afin qu'ed voyant ils ne voient pas, et i)ù'en oyant ils h^'entendént îpâs, éeloh là parole d'tsaîe. » Certes, s*il parhit eii paraboles aux JuiFs , il ne parlait pas i tous en paraboles *, il iiè parlait pas toujours en paraboles, et tôlites lés choses qull disait n'étaient pas dé^ parâtx)les; comme il n'uséit dé parabole qu'avec tiuèlqùes-uns, ce n'était que de quelques choses qu'il parlait en paraboles, et c'était ne parler qu'a quelques-uns que de né parler iqu'aUx Juifs. U est vrai qu'il parlait inèmé qiielques- Ibis bn paraboles à seè disciples, mais considère (}tte quand l'Écriture le rapporté , c^est en ces termes qu'elle lé (ait. «Et Q leur disait aussi une parabole ^)>][)'o& je conclus qull leur pilHait même sans se servir de paraboles; car Î^ÉcHtui^ fa'aurait pas remarqué quancl il parlait eh paraboles, si c^eàl été sa façon de parler ordinaire. Mais prends f^arde qu^it n'y a point de parabole aans l'Évangiie qui n'ait été ou expliquée par lui-même , comme celle de )a semence qu'il rapporte à la distribution de la parole divine 3, ou éclaircie par l'évangéliste, comme celle du juge supierbe , et de la veuve qui le presse de lui rendre justice^, d'où le texte sacré noiis convie i persévérer en l'oraison , ou qui ne se puisse entendre de soi-même , comme celle du figuier

due le maitre diJFfère d'arracher et de brûler ^,

espérant qu'il portera du rrûit à Tavenir , ce ^ui exprime assez clairement l'état infructueux de la nation Juive. Que si les paraboles n'ont point de voile qui obscurcissent la lumière de TÉvangilej il ne fout point croire que âes sentences et des arrêts prononcés de la bouche du Fils de Dieu , et dont le sens est clair et manifeste , doivent recevoir une autre interprétation

* s. Mallh.. 13. — « 8. Luc, 18. - • s. Malth., 13.

* S. Luc, 18. — ' S. Luc» 13.

que celle que l'es teiînès qui tl^ énoncent portent ilaturellemeht. Dr c'est par dés sentences et de^ arrêts que Notrè-Sëignehr annoncé ou le jbge'ment, ou le royaume de bièu , ou la résurrection ^ aTyr et âdoh, dit-il , recevront un traitement plus siippôrtablé ïu jour du jùjg;ement^.vEt àltletirs : dbis-leur (^uelèrô)raiimede Diëù est ph)ché j» Et ailleurs t«ta té s&i rendu, éh la résurirëctioh des justds ^. » Mais èi les homs ibètnes dés cbôses , c^ést-à-dlré du Jùgeinent , du rbyàdmé dfe bîeu,ét dé lârèslùtetion, représéhtént si hfim'éhtèt absolument ce Qu'elles sont qu'on n'en puisse rien enfermer dahis le iiens Itgûrë et la parabole, il né JR&ut |)6iht cerlék interpréter figuréliiént ce qui iious est anïioncé, soit de cet ordre merveilleux dii ibyàùme de bleu, soit des circohstànces de ce grand événement du jugement des honimes , sôit de cette iinipréssiôn toute divihé qiië )es émék feront sur les corps , lorsqu'elles viendront léé raniiÔQè'r et au moment de la résurrection ; et Ton doit entencire ce qui en est dit dans un sens cor-

Soret , parte que ce sont des cboses qui sont bstinœs àiix corps ; c'est-l-diré iiû'il ne feut pas y chercher un sens spirituel , parce qu'il n'y a eii cela rien dé figuré et rien que de prore. Ainsi noué avons déjà dit que le corps tant éVkme que àe la chaib recevra sa rècodapense à cause des œuvres communes à l'àme et 4 la cbair. Et c'eist un principe qu'il fallait établir de eur que le corps de l'âme, Iqùi iM)rte l'esprit à es explications figurées , ne ^nàt Teidusion au coîps de la chair quant à i'état de Fautire vie; au lieu 4ue nous devons croire t^ue les deiix parties qui composent l'homme ont part au royaume de Dieu , au jugement , et à la té- 8uri*ebtion ; et ce que nous prétendons à présent est de montrer que Notre-Seigneur a entendu parier du corps de la chair, partout o& il a fUt mention de la résurrection , saiis que cela prijudicie au corps de Tàme , qui h'à été ttôiâmu que de peu de gens.

xkxiV. Premièrement donc,quahâ Jtô^ ^igheur dit « qu'Q est venu pour sauvée ce qui s'était perdu^, » qui est-cci à ton avis^ qui s^était perdu ? c'est Thomme sans dôiite. Mais est-ce tout iliomme, ou si ce n'en est quWé partie? c'est l'homme entier , car la transgression du

DE LA RÉSUiikÉCttÔ]^ t)E LA CHAIR.

cbmijianâéttient dé Diétt , àiitie dépIdraUë de la lieirte dé \i datorë hiitnâlhe, àjraiit été nfaé b|)ération tant de rittclination de FàtUe, par le mouvement de sa concàjjiscence, qiie de racttim de la chaii* en te qu'elle i goAté du fruit défendu , cette transfp^sion, di»-je, a été le titre do crime de Thomme entier , et a rempli toutes ses facultés de ce ftanéète démérite qui Ta fidt périr. Cet homme donc qui a péri tout entier par èon crime, sera sabré tout entier ^ si ce n'est que celte oiiallle perdue se soit perdue sens sbti corps, et ait été retrouvée sans soti c^s; car si le bon pasteur remporte sur ses épaulés la âtaiir et Tâmé dé Soii ouaille , c'est-à-diré cet animal entier, c'é^i tm exemple qui ndûs fi{];tire lé rétâblissëlnent de l'homme en l'une et en râutire substâhôe. Mais tombien est-il indigne âé Dieu de lié donner îe sâlut qu'à la moitié de rbomtUè, et de ne hite presque des grâces qn*à deint , tandis qtte les prihkes du monde n'eh tbt&t pèUt dé bornées et d'ittipariÏLiteS , et que céiles qultkaccordedtébnt toutes plemes. Qtibi, le dlaÛe sera plttô ptiiissant pour là perte de rttominè, il à1l^a le pouvoir de le faire tomber tout entier, étDielisë ihotttrerapluâ impuissant^ ne pouvant le rélbver tout entier ! Gepf*ndâht l'apMre dit «qu'où M ^ a eu abondance Ût pé- Aé , b'ëèt là que Id grâce à été encore plus abondante, ii Enfin comment pOurtti-t-on estimer celui-là sauvé, de qui, si l'on s'arrête à ce sentitnbiil, bn pourra même dire qu'il est perdu; car <il est saiiVé quant à Tàme, il est pbrdu quaht à la chàii^:Et il faut même que Ton répute l'âme pehiue; afin qu'elle puisse recevoir lé salut; car c'ëèt seulement cb qui sera perdu qui doit recevoir le sallit. Toutefois , selon nous, l'âme e^t hnmbrlélle, et qtaand elle se perd, ce n'est pas qu'elle meure , tnal^ c'est qu'elle est livrée aux sUp'pIices et 11 la gène. Et de cette sorte le salut qui Sauve de la mort ne la regarde point, puisqil'tl lui éèt assuré pab sa propre nature , et par la Vertu de soh immortalité; mais elle regarde bien pluidt la chair, qui est reconnue hortéllé par le consentement universel de tout le inondé; ou si l'âme est sujette i mourir, si elle éèt d'iine nature qui ne soit pas immortelle , en on mot si elle est périssable côrbme là chair , certes, la chair ayant également la qualité de

*S.Luc, 16. — * RoQ.i 5.

mdH^e et de périssable ^ elle doit èBUmiAi recevbfar le siUot , puist}kie le Seigneur par àa bonté donnera le salut à ce qui périt i. Je he veux pas disputer Ici contre toi avec bedtkcoup de cohtentibn et de subtHité, dans des discours longs et épinenx , à raisdn de laquelle des deux substances l'hotnmé t)érit , si c'est en celle-là ùa si c'est ëh celle-ci ; 11 suffit que le saiiit lîii soit destiné eti Tune et en l'autre partie de soti être , et que l'une et Tadtre Substance le reçoivis é^leinent. Et certes de quelque substance que tu présumes que l'hoînme périt, il ne périt point de i'atitre ; 11 seira dohc siôvé en cette shbstâhce en laaûellé U ne périt pas , et il sera enboré touvé eh ceUe en laquelle il t)érit. Aln^l quë tu Vois, le rétablissement de l'homme est entiei*, ptilsquè ce qUi périt dé lui , Notre-Seigneûr lé sauvfera , et que bë qui dé périt pas de lui , j^otre- Seigneur Uè lé petdh pas. Qui pônlrait après cela douter de la conservation de Tube et de l'autre substance , dont l'une obtiendra le salut, et l'autre Sera dans un état où elle he pourra le perdre? Toutefois Pfotre-Seigneur ne laisse pas de nous exprimer encore cette vérité : a Je suis Venu, dit-Il, pour faire non pas iha volonté, mais celle de înon Père,qulm'aenvoyé2.»Dis-moi,je te prie, quelle est cette volonté. «Afin, synutet-il, que je he perde rien du tout de tout ce que ihdtt Père m'a donné , mais ^ue je le ressuscite au dernier jour. r> QU'est-ce que Jésus-Christ avait reçu dé son Père , sinon cela même dont il s'était revêtu ? Ce qui s'ehtend sans doute de là nature humaine , de ce composé de la chair et de l'âme. 11 he souffrira donc point qu'aucune de ces detix choses qu'il avait reçues t)érisse ; il ne permettra pas aussi qu'il périsse ried , non pas même la moindre partie lii de l'une ni de l'autre. Que si la chair est peu de chose, il ne la laissera donc pas périr , parce qu'il ne laissera pas périr la moindre chose ; et il n'en laissera rien périr , parte que de ce qu'il a reçu , il n'en laissera périr rien du tout. Certes , s'il ne ressuscitait pas la chair au dernier jour , il souffrirait qu'une partie de Tliommc périt; je ne dis pas tane petite partie de l'homme, mai$ j'ose dire, considérant combien la chair est une grande partie de l'homme , qu'il laisserait périr presque riiomme entier. Au reste quand Notre-

TERTULLIEN

Seigneur dit encore : aCest la volonté du Père Éternel, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie étemelle, et que je le ressuscite au dernier jour;» il établit la plénitude de la résurrection , parce qu'il distribue à chaque substance la récompense du salut , qui est propre à ses fonctions , à la chair par laquelle on voyait le fils, et à Tâme par laquelle on croyait en lui. « Donc , diras-tu , la promesse de cette résurrection regarde ceux qui voyaient Jésus-Christ s> Hé bien, qu'il soit ainsi, pourvu que Tespérance en soit venue d'eux à nous ; car si alors les opérations de la chair et de Tàme ont été si avantageuses à ceux qui voyaient, et qui croyaient parce qu'ils voyaient , elles nous doivent sans doute apporter de bien plus grands avantages. XXXV. «Ceux-là, dit Notre-Seigneur, sont plus heureux qui n'ont pas vu , et qui ont cru. d Et en effet, supposé que Ton pût dénier la résurrection de la chair à ceux qui ont vu , et qui en voyant ont cru, certainement l'on ne pourrait la dénier à ceuxde qui Notre-Seigneur a dit a qu'ils sont plus heureux;» car comment sont-ils heureux, si une partie d'eux-mêmes doit périr? Motre-Seigneur a encore dit : «Il fout craindre celui qui tue le corps et l'àme , en livrant l'un et Tautre à la gène;» c'est-à-dire que c'est Dieu seulement que l'on doit craindre, et que l'on ne doit point craindre ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent faire aucun mal à Fàme, c'està-dire les puissances humaines. Et certes , ces paroles rendent témoignage que Fàme est immortelle de sa nature, puisqu'elle est telle que les hommes ne puissent lui donner la mort, et que le propre de la chair est de mourir, puisque c*est elle à qui les hommes peuvent arracher la vie. D'où il s'ensuit que la résurrection des morts appartient aussi à la chair , qui ne peut mourir une autrefois par la gène si elle n'a été auparavant ressuscitée. Mais comme mes adversaires subtilisent, en voulant rechercher quel est ce corps que Dieu punit dans la gène , je déclare : qu'à mon sens le corps de l'homme n^est autre que toute cette masse et toute cette structure de chair , de quelque matière qu'elle soit composée, qu'elle soit pétrie , et qu'elle soit formée ; que c'est ce que les yeux voient , ce que les mains touchent, et enfin ce que les hommes tuent. Aiusi je ne prends pour le corps d'une muraille que les pierres , la brique , et le

ciment. S'O y a quelqu'un qui veuille établir on autre corps qui soit plus caché et plus imperceptible, qu'il le montre, qu'il en donne connaissance , qu'il fasse voir que c'est ce qui reçoit la mort de la main meurtrière de l'homme, et je conviendrai que ce qui est dit du corps s'entend de celui qu'ils se figurent. Que si l'on veut aussi nous opposer le corps de l'âme , cette adresse ne réussira pas , car puisque Notre-Seigneur a dit a Que l'on doit craindre celui qui tue le corps et l'àme par le supplice de la gène, par laquelle les crimes du corps et de Tàme sont châtiés,» comme il a parlé du corps et de l'àme, le corps dans ses paroles est distingué de l'âme. Et cda fait comprendre que le corps est ce que nous voyons , et ce qui se présente à nos yeux ; que c'est cette chair, de qui l'on peut dire véritablement que comme elle sera tuée et recevra la mort dans la gène , si elle n'a pas connu plus de crainte d'être tuée de la main de Dieu que de la main des hommes, ainsi elle sera vivifiée pour posséder une vie qui n'aura point de fin, si elle a préféré aux douceurs de la vie humaine d'être tuée par la cruauté des hommes pour la gloire de Dieu.Cest pourquoi, s'ily a quelqu'un qui veuille faire passer la perte de la chair et de Tâme dans le malheur de la gène pour la mort et la destruction de l'une et de l'autre substance, et non pas pour leur supplice, comme si c'était un instrument préparé par la puissance de Dieu pour les consumer, et non pas pour les punir , qu'il se remette dans la mémoire qu'il est dit : « que le feu de la gène est on feu éternel , et que ce feu est une peine éternelle, » et que cela lui faisse comprendre que c'est une mort qui n'aura point d'autres bornes que l'éternité , et qui par cette considératioa est bien plus redoutable que la mort que l'on reçoit de la main des hommes , qui n'est que pour un temps. Et certes , quand il aura bien conçu œs vérités , il croira que ces substances qui recevront la mort éternellement pour la peine de leurs forfaits, subsisteront en cet état éternellement. Maispuisqueaprès la résurrection, le corps doit perdre la vie avec l'àme dans les peines de la gène, alors l'on aura une preuve évidente et de la résurrection de la chair et de la mort qui doit durer dans toute l'éternité. Car ce serait une chose tout à faiit absrrde que la chair, étant ressuscitée, reçût de Dieu dans la ^e une

DB LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

mort où elle renooDlrera m fin, puisque cTeçt ce qa'elle éproayerait dans le tombeau sans la résurrection. Peot-èlre que la vie sera rendue à b chair, afin qu'elle ne soit plus , elle à qui il est déjà arrivé de n'être plus par le coup et par la chute de la mort. D'ailleurs Notre-Seigneur, nous confirmant dans celte espérance de la résurrection ^, a ^outé l'exemple des passereau, dœit il adit que de deux il n'en tombe point un à terre sans la volonté de Dieu , afin que tu croies que la chair qui sera tombée à terre et qui aura été enfoncée dans la poudre du cercueil , pourra ressusciter par la volonté de ce même Dieu. II est vrai qu'O n'est pas donné anx passereaux de pouvoir ressusciter; mais nous excdions par*dessus plusieurs passereaux, en ce que nous ne tombons pas pour toujours, et que si nous faisons une chute. Dieu nous relève de notre chute par le bien de la résurrection^. Enfla puisque Notre-Seigneur assure qu'il tient le compte de tous les cheveux de notre fête, il promet an même temps qu'il n'en périra pas un seul; ear pourquoi en tiendrait-il le compte, SU devait souffrir qu'ils périssent? et c'est œ qu^il a dit : c De tout ce que mon père m'a donné, je n'en perdrai rien du tout, » c'esti-dire qu'il n'en perdra pas un cheveu, comme il n'en perdra ni un œil ni une dent. Et en efFet, d'où viendront les pleurs et les grincemens de dents dans la gène, sinon des dénis et des yeux? Ainsi le corps souffrant dans la gène une seconde mort, il est précipité dans les ténèbres extérienres,où les yeux rencontrent le tourment qui leur est propre; et il est dit de celui qui se présentant dans la solennité des noces, n'y apporte pas des oeuvres qui méritent de l'y feire adinettre, qu'on lui liera aussitôt les mains et les pieds, pour montrer que l'homme ressuscite avec le corps; de la même sorte ce qui est dit que celui qui est admis aux noces a son sîége dans le royaume de Dieu , qu'il est assis sur le trône de Jésus-Christ , qu'il assiste à sa droite ou à sa gauche, et qu'il mange du fruit de vie^. Ce sont toutes expressions qui marquent assurément l'état et la présence du corps.

XXXVI. Voyons maintenant si Notre-Seigneur renversant toute la ruse des sadducéens, n'a

« s. Jean, 6. — * S. BlaUb., 3, 9, 13 et 22. » S. UMh., 20.

pas de plus en plus confirmé notre doctrine. D me semble que l'état de la question que l'on avait avec eux , était qu'ib voulaient détruire la résurrection ; car ils n'admettaient le salut ni de l'âme, ni de la chair; et ainsi prenant l'affaire par le biais le plus contraire à la loi de la résurrection, ils tiraient de cette face qu'ils hii donnaient, les argumens les plus propres qu'ib pouvaient ibrmer pour fiavoriser leur parti. Ils se servaient pour cela des qualités de la diair en la personne de cette femme qui avait été mariée à sept frères, l'un après la mort de Faotre^y et demandaient si après la résurrection die se remarierait encore, ou si elle ne se remarierait plus, étant incertaine auquel de ses sept maris die serait rendue. U n'y a qu'à considérer les termes de la question, et ceux de la réponse de Jésus-Christ pour trouver la décision de la difficulté. En effet , si les sadducéens njetaient la résurrection, Notre-Seigneur la défendait, et il les reprenait d'ignorer les Écritures, à savdr celles qui l'avaient annoncée, et de n'avoir point de créance en la vertu et en la puissance de Dieu, capable de ressusdter les morts. Ce qu'il lyoute, c que les morts ressuscitent,» montre sans doute la vérité de ce que les sadducéens déniaient, et confirme que la résurrection des morts aiq[Mrtient au Dieu des vivans , et qu'elle est vrai tout autant qu'ils déniaient qu'elle le fût, c'est-à-dire que des deux substances de l'homme, l'àme vit après la mort de la chair, et que la chair ayant perdu la vie la reprend. Et certes, s'il a nié qu'en cet état il n'y ait plus eu de mariages?, il n'a pas enseigné pour cela qu'il n'y ait point de résurrection ; au contraire, il a nommé ceux qui ressusciteront, «les enians de la résurrection,» comme si en ressuscitant ils prenaient une nouvelle naissance; Oa dit qu'ils ne se marieront plus', mais c'est après qu'ils seront ressuscites , parce qu'alors ils seront semblables aux anges^; et ils leurs seront semblables en ce. qu'ils ne se marieront plus, comme ils ne mourront plus , et en ce qu'ils passeront de leur nature mortelle à la nature angélique, en se revêtant d'une qualité incorruptible, par le changement admirable qui arrivera à la substance de la chair , mais ressus-

1 s. Mattb., 22. ~ • s. Luc, 20. — • s. Matth., 21.

TEtttOLÎilËN-

Utee. Ëhbn, Voa Hé àiMoAettàt jpttint il ilMs lidus màrierbni , ni d nous mourrons encore 'i))tKs ûû tèi événement , où si nous n*éprouveirons iHiiis fat le ifaariâge ni la nkôrt, si ce fa'Âàit que hm itaetbit principalement en doute la k^rreclion dé cette î)àhie mortelle de l'hoîttme, c'esti'-dt^ àé là cbair I^Ui a profiremélit dans ses Kiàbtfoiis lé mariage et là ibôrt. Aibsi tù vois i|tté Mbtré-Séigtileur cohilMhé là Vie de Vâme Ô le retour dé là vtie dans te corps, c'est-à-dire ta vie dans Thommé entier, (établissant contre lès bérètictlies des Jùif^ cette vérité, qui est fcontëstéé par lés ^àdducéens du cbHstiàfaismë. JL^VII. Quand donc 11 dit qbe la tliâir ne léh pbiût^, Il fkut dobnér â ses pàrolfes le sens qiil y dohvient selon la ctUâlité de ta chdSIs dont H é*agit. Plàsteùrsde ceux qui lesîHvàîebt ayant trdUvé son discours dur eï itûupptortable , loirsqiill i^rlàit ée l^dbltgatioh ^é mailj^er M chair, ëMùiè s'il leur cdtiimandàit de manger crûçiêilt tà chair en la façdh ordinaire de inànger dé ta chair, h vbhlut éleveit leurs pensées & Tes- |)Kt , t)oùr Fedi* fbîré obm'préhdrb ce qui devait bjyérer leur salût ; c'esl pbtirqUoi it teur dit d'ab<A^d : <c t7ëst reprit qui dôbdé là vTé, n ajoutant : il La diair né àert poitat , à b'est-à-diré qd'elle ne sert pdtnt pour donndr la vie. Il expliqué aussi éè qull Veut qub Ton ëHtéhdé pSr fbsprit : a Les Mrbl^ . conlihua-t-n , que je vous ai aites, Sont esprit ei vie, » qui est la méiiké cht)se que TËvanl^ilé rapporte éta ce même Iiéu> :c Celui qiil entend ba parole, et qui crdira en celui c)ui fn'aenVoyé, aura là vie éternelle ; Il nVntrera point en jugettiefat avec Dieu , mais il passera de là biôrl à la iïe. » Ainsi àtlribuaht à la parole ta verlii de don- Aer la vie, pafceque ta (Parole est l'esprit et la vie, tl Ta aussi noùimée sa cbair, parce qbé la parole^ c'^t-ii-âire leYérbe, avait été fait chair. Et èeftes, ie Verbe étant fiaiit chair, nous devons fermer de saints clésirs dé lé posséder pour reéévàir là Vie ; nous devons avoir Toule toujours disposée 3 t'admettredahs notre intérieur; nous devons lé gbhter par Inapplication de notre entëndeoiëiit ; bous devons ehfin lé digârèr par l'ardeur dé notre foi. Nous Voyons encore que t>eùàùparàvântlHotré-Sdgneur avait dit, « que te t)ain descendu du ciel est Sa cbair , » se siervant ordinairement de Tall^orie des alimens néces-

salres à rbomilie, poiir tttftttlèlr là 1^^ nous avons de ce pain céleste , et l'aveuglement des pères de rAncien Testàmicht , qui avaient préFéré i la voication divine le pàln et la chair des viahdes de l'Ëgyt)le. Jésus-Christ donc repassant sur les pensées de ces ihalbeureux auditeurs, parce qu'il savait qu'ils allaient se retirer, et qu'ils ne Ik suivraient pldà : « Là diair, lënr dit-il, né serr^Wt^i» Qu'y a-t41 en eda qui détMiie là doctrine de la fésuntcttdii de la chair comme s'il ne se pouvait pas Aûre qu\lne chose sdit de telle tiature, qii^eUoore qu'elle ne serve point , elle rectrivé nànmoins du èêrvlte de qudqne antre chose. L'^iHt àert, parce 4o'U cbnne la vfè; an otnltràiM là chair be tert point, parce qu'elle est âclàVè de la mm. Et rfelleniènt Ndtré-Sdj^édr a àRBrioé h vérité de ces déut prc^itibns one faôhs aVançohs; car manttiabt ce qui Sert c^ tié i|dt faé iert pas, n a pareillement découvert qaeHë est la cUose qbl sert à Tàdtre, inbntrant qné cette dibàec^est l'espi^it qni dodne la vie à la chair qd il tbiiHièrt ta tnort. a L'heure vfiendni , ditnt , in làqodle tes morts ènténdiront la Volk du fila dé Dièa, et où cedx qui l'ent^diioht aulroht là Vie. » ([Jii'jiiatce qui est mort, sibdn là dfidrP ck qti*ést-oe que la voit dé Dléa, SinôÀ tii pàMè et km Verbe , Sinon l'esprit (lui Vlviflël^ H Attdaiijicn îà chair qu'it a prisé iùl-inehié ; 0 là HehsbsdtM de b ntdrt qu*il a sonfflèiie hd-dktiiiè, ci il la tessustitèra du sëptilcire bÀ il a êUi ptlrtâliiiméibe. Ejiftn qtiand it ajoàte : «Né ^Mb teérvelilez pas de ce ttîie Je dis, qdfc liiédifë Vifihàra où tous éèux qui sont dans teé tbiÀbfeatfi bdbéndront la voix du fi\$ de Diéd, et M iiâtk ^ni auront fait le bien réMusdlèront iila Vie, d bfaa qui auront fait le inàl seront reiAbsettâ àti jb^ ment et à là condamnation : » il h^ A jÂÏMihe qui puisse prendre tes morts qdi èdât dans tes mônumens poiiir autre chose que podr lé èbr^et j[>our la ctiair, parce 4ue les mottTlifééUs. hé àbiit qiie la demeure des cadavlrei(. En eJffeL tt ai ait clairement qùè ceux qui sont reétSs dàfii télat du vieil fadmme, c'ést-à-dthi y >èlrà&ito mortes de cette mort qiil vient dé il|jÉdnlioe dé Dieti , et que lés héfëtiqdëà Vèbîébr^roa entende soîU le nom de nionàmëoà, mÛAiit des mônumens pour comparaître aujogemeot

DE LA RÉSUftREGTION bE LA CHAIR.

iél9

BeDBta. Mifo comitieîlt iest-il i)088ible qne des noilanMstts sortent di» moHumens?

XXXVni. At^rès avoir considéré les paroles fe Ndiré-SélgfaeUr , jetons aussi les yeax de rèsilrit sur VA choses qiill a ftites; Quelle iMeinéé àvoito^ué de ses actions, et (|ue veut-il que nous jugions de lui^ quand il Ouvré les ttrcnetls et le& sëtiiilcres , et qu'il reteuscîte les ttorks? PiHttiquoi bpérèr dé Si grands prodiges, iH Va eA sÉtatrê de^iii que de faire montre de tt ptiE»âhbè^ ûa si, irémettânt les âmes dans^les tdi^ il h'â eu tfântHê toblif Ifine IbS grftbé^ préacUcs ^à'il fiibait? Qdrteé te n'était pas à JésuS- QhHst Q&èiyplHrattbh Mrt âërveillèùse, ^t de l-âliMtérabspëlrMllnèBqttidevaieiktiîibllhïén- Mre tlbe fott. Mfiié U èbh intention ét^it plutôt tfé metkirë cdîmne iM dépôt la foi de là Ksùrrec- Uoîl fàkàti^ H kVkisiiik q'dë dstte râûrrëctioki tùVUeè iiëH cËllë iKs ëbrtys, pui^ue la résurlrecttoa à& o*pkaièbl là jp^uvé et le ihodélé. QatX^éà U ik^dbë^ihi (ttt'éiscbré que là vie afeoiéiirfc I ntBë teitte apr» là niort dta côr^is , tltititikAai tMëtt kn a vtttilà dodtaer par avance db ell»ii|>lës %à là chaHr, i^arbé qùë la Vie de ràiAë intftltté ne pbUVàit être Û&bntrée S^M- MenAnt àôi Udibàiës qde pair là Irésurrectidn tfoilè sdbatââËë ViSiUè ; bâ^ à^ niât t^ tïè t)3hl que dfe nilèidrlél^ sbh pouvoir par nos lD))tnMlis et ààê k>G^ées ; et fcéUx-Ià tf^oréfat ce qu'il est, 1^1 ne créiéilt [tas qu'il piiisse tt qu'ils lie |iehsé&t )pàk qtà sàlï éh sa puissance. Toutefois ti ne jMSuV'ent pais ignorer cette j;)Uisluàiee de iKeù, s'ib ont connaissance dé FApocal jpse de saint Jban K Et certes , celui qui a hit voir fes àmés des martyrs encore seules et ân^ iéûh o^, johissant soiis l'autel des dé- Bceè du ré^ , pÔUlralt àuisl léï représeiitér à la Vue dàbs Tétât dé là rèsUrrl^ion , sans le miâbtèrè de la cbalr. &lats pôhr ifaoi jémlei*eîlterme dans dé sedtitUèht : tplé Dieu ne nôtfs peut bômpér, et 4Ué s'il y a ^delqné chose 0& il ïtànctuè dé pkiteàiicé, b'^ seulement en be i|à*il èit ihâpable dé tbnlbét^ da^ titi début , et diièèr dé siorpi^ et dé tro&jpërie. Quelle apparence dbhb 4u'ëtt iib&^ dbdUànt dés ténibi- Riàagëi débile cîiose hitàlre, il nous lés ait donnés S*autt*é sorte qu'il h'a âiSfioM la chbsé tnéme? et inénie 4uë s'il ii'a pli ilôus dbnhér réxém^ile

de la r6ùrrectton sans là chair, Une poissé iiboa i^iré paraître rèffet et Tacconipllssement entier de cet exemple dans la substance de la chair ? En effet, il d'y a point d'exemple qui ait plus d'étendue que la chose dont 11 est l'exemple; or Tèxemple aurait plus d'étendue que la chose même , si les àmés avaient rahiifaé lés cbt*ps , pour servir dé preuve et de témoigbage d'uûe résurrection où les corps demeureraient dans la poussière des tombeaux, sans qu'ils i^eiitrafrséht dafas là vie avec les ftmes , tellement q^ué le saûut entier de l'homme ne servit à en établir et à en défendre que là moitié ; au lieu que les eiempiés de leut hature demanderaieht plutôt dé qdll y à de inoins, je vedi dire là vie de l'&mé seule, pour être cbmAb un avant-goût db là réstarrédtldn qui s'aocômplfràit aussi quel- 4bé joui* en la chair. Ainsi, selon noUs, ces lexemi[>les deè morts que Nôtre-Seigheu^ à ressuscites, enséi^ibnt la Vérité de la résurrebtion de là chaiir, pour Vivre avec rame, afin qu'il n'y bât point de substance éa l'homme à qui l'on pût dénier cette prérogative, qubiqaé bes méimes éiëmi^Uà tissent paraître uii tiiôindre efffet qhe celui que Jé^us-Christ voulait montrer, |)iiisquë ces tfaorft n'étaient pas réèisuscités jpour passer à ud élàt glérieux et bicôri'uptiblé, Inais pMir être éhbore si^éts à la tfaorh

XXIIX. Le» actes dé^ attirés portent aussi tétnoignàge en fevebr de là résUrrectioh : car ta seule chbse que les apôtres avaient à Faire même avec les J'uii^, était d'Ouvrir les sceaux qlii cachaient les mystères de l'Ancien tésb- Ihent, de conslgtier entre leurs matnS léS véKtés du Nouveau , et surtout de leur annoncei^ t)ieu en Jésus-tllu*ist. Ainsi ils n'enseignaient point une doctrthe nouvelle touchant la l^ésurrection des morts, et tout ce qu'ils faisaient sur ce'suJeC, e^t qu'à la gloire dé Jésus-Christ lié prêchaient simplement la tésûrréctlon, cbmibe bne vérité cbnntie et dont là ibi était déjà établie, Sans tadéttre éfl aoèstion Sa ()[tialité, n'ayant là-dessus d'autre^ àdve^h*es (|ue tes seuls Sadducééns. tad't il est ^ral qu'il était ptûs facile de nier en tout la résurrection dés ihdrb , que de rénteiièrë authmefat que de l'hddiine entiel^ , c'est-ftdli-é de ta vie dé i'àme et de b l^éâtitbtibh de là chair à ime nouvelle vie. Rcoute sàiiit Paul faire sa profession de foi dans rassemblée des

grands prêtres» sbus la KkrotCctkM d^dn ôôlonel

TERTULLIEN

de gens de guerre, parmi des saddacéens et des pharisiens : «Mes Frères, dit-il, je suis pharisien, et fils de pères pharisiens i, et je réponds maintenant devant vous sur la question de Tespérance et de la résurrection des morts. » Quelle était Fespérance dont il parlait, sinon Tespérance commune du peuple juif? Et certes, étant déjà poursuivi comme transgresseur de la loi , il avait sujet de craindre que Ton ne le prit pour être aussi de Topinion dessadducéens, sur le principal article de toute la foi des Juifs, c'est-à-dire sur Tarticle de la résurrection. Ainsi, ne voulant point passer pour un homme qui détruisit la foi de la résurrection, il la soutenait suivant la doctrine des pharisiens, rejetant les sentimens des sadducéens qui la niaient. Cest pourquoi parlant après cela devant le roi Agrippa^, il lui dit aqu'il n'avançait rien que les prophètes n'eussent annoncé, » Faisant voir qu'il croyait la résurrection telle qu'elle avait été annoncée par les prophètes; et alléguant ce que Moïse avait dit^ delà résurrection des morts, il montrait qu'il la croyait corporelle, comme celle où Dieu rechercherait la vengeance du sang de l'homme. Il prêchait donc la même résurrection qui était admise par les pharisiens, et qui avait été défendue parNotre-Seigneur, et que les sadducéens avaient mieux aimé nier entièrement que de la croire, comme elle était communément reçue ^. Au reste quand saint Paul en parla aux Athéniens, ils ne l'entendirent point autrement. Et c'est dans ce sens qu'ils s^en moquèrent; car ils n'en eussent point fait de risées et de railleries, s'il ne leur eût parlé que de l'immortalité des âmes et de leur retour dans des corps , puisque cette opinion était l'opinion la plus ordinaire dans l'école de leurs philosophes. Mais lorsque cette doctrine d'une résurrection, dont on n'avait point oui parler auparavant , eut été hautement soutenue devant les nations, et qu'elle les eut choquées par sa nouveauté, lors, dis- je, qu'une proposition si incroyable eut Fait naître des questions et des disputes, dans lesquelles la créance des hommes sur une chose si importante était diversement combattue, l'apôtre eut soin d'affermir la Foi de cette admirable espérance, presque par toutes ses éptires, montrant que cette résurrection était

» Act, 13. — • /«d., 16. — • QtaèK, ». — « Act., 17.

Véritable, qu'elle n'avait point encore ea son accomplissement , qu'elle était corporelle, ce qui était la plus grande question, et, ce qui après cela restait en doute dans les esprits, qoe ce n'était pas un autre sens que celui de la résurrection de la chair, et qu'elle devait être crue corporelle.

XL. Il ne Faut pas s'étonner si l'on tire des écrits de l'apôtre des argumens pour déFendre des erreurs, puisqu'il fisiut qu'il y ait des hérésies, et qu'il n'y en pourrait avoir si les Écritures ne pouvaient être mal interprétées. Or les bérétiques ayant vu que saint Paul établit deux hommes, l'un intérieur qui estl'àme, Taotre extérieur qui est la chair, ils cmt attribué le saint à l'âme qui est cet homme intérieur, et la perte à la chair, qui est cet homme extérieur, parce que l'apôtre écrit aux Corinthiens^ : « Qaoiqw notre homme extérieur se ruine ^ se corrompe, toutefois notre homme intérieur se fortifie et se renouvelle de jour en jour. » Certainement ni l'âme n'est l'homme par elle-même, puisqu'après que cette masse d'argile Fut nommée llmmaie, elle lui Fut donnée pour l'animer, ni la chair n'est aussi l'homme sans l'âme, puisque dès qoe l'âme en est dehors, elle n'a plus que le nom de cadavre, de sorte que le nom d'homme est comme une chaîne, dont ces deux substances mâéesrime dans l'autre sont étroitement liées, et que tant que ce nom subsiste il ne se pent qa^dles ne soient pas unies ensemble. U Faut d'aillem anp* poser que , selon l'apôtre , on doit entendre tons le nom de l'homme intérieur, non pas tantràone que l'esprit , c'est-à-dire que l'homme intérieur est non pas la substance même de Time, mais comme la saveur qui sort de cette ndlrie iolK stance. Ainsi quand il écrit aux Éphésiens, que Jésus-Christ habite dans cet homme intérioir ^, il veut dire que la vie dont Notre-Sdgneor vit en nous doit commencer par les sens. En efM, quand il ajoute a par la fèi , dans vos cœors , et par la charité ,b il Fait que la foi et la charité soient non pas de la sulMstance de l'âme , mais de la nature des choses que l'âme oonçoit; et lorsqu'il dit a dans vos cœurs, » qui sont de la substance de la chair, il attribue lliomme intérieur à la chair, puisqu'il dit que c'est dans le coor que cet homme intérieur se forme. Gonsidife

> U. Gor., 1 *- ' £pbii., 3.

DÉ LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

mintenant en quel sens il a dit : « que Thomme alériear se corrompt et se ruine, et que Thomme intérieur se renouvelle et se fortifie de jour en JQnri,>et ne prétends pas qu'il parle decettecoriii|ilion que la chair, selon toi, souffrira sans fin dqmis le jour de la mort , mais de celle qu'elle ^iroavera à cause de Jésus-Christ pendant le cours de cette vie , devant la mort et jusqu'à k mort, an milieu des outrages et des persecations , des tourmens et des supplices. Et certes, c*est en cet état que Thomme intérieur sera renoavelé par les ornemens et les richesses de Fcsprit, disant progrès de jour en jour dans la parade la fol et la sainteté de la discipline. Ge progrès donc ne se doit pas entendre de la perfection qœ nous aurons en ce lieu de notre flEGcité, c*est-à-dire après la résurrection , car dors Doos ne serons pas renouvelés de jour en jour j mais one seule fois pour toute rétemîté/ n fuit que tn jettes encore les yeux sur ce qui suit : « Les mtin présens que nous pouvons souffrir, dit le sunt apAtre , sont l^ers et de peu de dorée, mais ib verseront sur nous un trésor étemel de gloire, et avec les forces que Dieu nous donnera nous en soutiendrons le poids infini , ne regardant pas, tandis que nous vivons snrb terre, les choses qui sont exposées à notre vae,c*est-à^ire nos souffrances, mais les choses invisaMes , c^est-à-dire la récompense que nous en recevrons ; car les choses que nous voyons sont temporelles, et les choses que nous ne voyons pas sont étemelles. Il veut que Ton méprise 1^ persécutions et les souffrances qui minent et qui corrompent cet homme extérieur, ittenda qu'elles sont légères et qu'elles ne durent qn'nn temps, par une juste préférence qu'il donne à la grandeur des récompenses étemelles et invisibles , et au prix de la gloire céleste qui emporte à la balance ces travaux et ces afffictioiis ; qne la chair souffre ici-bas ces peines et ces douleurs qui l'abattent et qui la détruisent, tint il est évident que cette corruption et cette ëissolotion de la chair n'est pas celle que ces liéréUqnes attribuent à Thomme extérieur, voulant que la mort anéantisse la chair sans ressooroe, pour avoir de quoi combattre la vérité de la résurrection. Ainsi le même apôtre dit ailleors : Nous devons participer aux souffrances

• I. Cor., 4.

de Notre-Seigneur , afin que4)ous participions à sa gloire ; car je crois que les maux que Ton endure en ce monde, et toutes les amertumes qu'on y éprouve , ne méritent pas d'entrer en comparaison avec la gloire qui nous est préparée en cette autre vie dû nous aspirons ^ Il montre par ces paroles qu'il n'y a point ici-bas de peines qui ne soient inférieures au prix et à la récompense qu'elles en attendent. Que si c'est par la chair que nous participons aux souffrances, comme c'est la qualité propre de la chair que les souffrances la détruisent, il s'ensuit qu'elle doit prendre part à la promesse qui leur est laite. Et il est si certain que , selon l'apôtre, les persécutions appartiennent à la chair ^; il dit en un autre endroit :« qu'Étant arrivé en Macédoine , notre chair n'eut point de relâche, et ne put jouir d'un seul moment de repos, b Et après cela pour montrer que l'âme souffrait avec la chair : « Nous fûmes , dit-il , affligés en toutes façons ; nous avions au dehors des combats en travaillant à vaincre la chair , et nous étions pleins de crainte au dedans , par les afflictions dont notre âme était travaillée,» montrant qu'encore qu'il soit vrai que l'homme extérieur se ruine et tend à sa dissolution, pour expliquer cette parole selon son véritable sens, ce n'est pas que l'homme extérieur périsse pour toujours, sans espoir de résurrection ; mais c'est que les oppressions et les maux dont il est accablé passent jusqu'à l'homme intérieur, de sorte que comme ils souffrent tous deux , ils seront aussi glorifiés tous deux , et qu'étant en société de labeurs, il faut qu'ils soient aussi compagnons dans la récompense.

XLl. Il poursuit encore dans le même sentiment, préférant toujours ce prix admirable qne nous recevrons là-haut aux maux que l'on supporte id-bas : a Nous savons, dit-il, que si la maison terrestre de notre corps est sujette à se dissoudre, nous en avons une autre qui n'a point été bâtie de main d'homme et qui a son assiette étemelle dans le ciel; c'est-à-dire que nous obtiendrons une heureuse habitation dans le del pour la récompense des maux de cette vie , par lesquels notre chair se ruine et se dissout. Il se souvenait de cette sentence évangélique : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la

» Rom., 7. — » n. Cor., 7. — ■ Jbid., 5.

TERTDLLIEN.

justice, parce que le royaume des cieux leur appartient ^ Mais , s'il a opposé la grâce de la récompense à la dissolution de la chair, il n*a p2|S néani^pins nié le rétablissement dç celte mën^e c)iair, puisque celle-là même qui doit souffrir l^ ç|iss6lulion , c'est-à-dire ja cbair, dgit aussi recevoir la récompense ; mais parce qu'il avait donqé (fi poqi (le maison à la chair, il a voulu i\ussi ^e servir du lafyxxe terqie dansi Toppg^Uion qu'il q faite de ia réçompen^ qui lui est de^tloée, prpjpçttaut à cette ipaison , qui se dissout ps|r Içç peines et Ie$ souffrances ^ une inaisQq plus ayantaffeu^e pour le bienfait de la résurrection. En effet, Notre-Sçigneur pfomçt plusieurs habitat|Qps cpipme ^utsint de ipaisoqs dans le palais df çon Père ^; ce qui ne se pe^t certeji en|çndre du ^ofPif^!^ de ce mpndç , après la dissolution duquel un ftiége éternel noui( serait proinis daqs le ciel ; car ce que l'sipOtre 41^ ^suite^ appartenant manifestement à sa c))air, Jjait reconnaître que ce qui ipir^çède lui appartiept, aussi. L'apôtrç (lonc, ^tingqant ces deux b^hitatioqsi Ajoute ^ : «Npus g^ H) j§sqns , nous; soi^iirons sans cesse^ ^9^$, un désir ardent 4^ ppus voir m poçsessiop dç c^ dQQ[^|cile que le ciel nous prépare, si toutefois npus p^fpssons y^lus de la rohe de justice , et que pou; qe nous présentons pas dépouilla et âap9 une misérable nqdité, » c'est-Ji-4)requenops souhaitons d'être revêtus de la vertu céleste de riq^iportalfté , avaqt que l^ piprt nous ait dépouillés de la chair ;, car telle est la grii^ce et le privUége de çeu^ q^i seront vivaps dans li| cb^ir an ^our de l'avénçipept du Se|ç;neur , et qui , à cause de l'extrême dureté du temps de l'Âniçchrist , méritefY)nt, par un merveilleux chfm^ipent de la vie mortelle à un état io^mpf tel , et compie pair nn abrégé et iin refr^hemept de l'empire de ^ mort , de venif ap-devaôt die JesuS'Q^rist avec ceux qui ressusciteront des morts, et oui sortiront des sépulcres, aiqsi que l'apôtre récrit au]( Thess^|Qu|ciens : « Ce que je vous annonce , dit-il , c'est la parole dq Seigneur. Ssicbe^ que nous , qui ^Qmpies vivans et qui demeurons jusqu'à sion avénemept, npus ne préviendrons pas ceux qui pot dprmi du sommeil 4c la niprt< L|e Seignepr descendra du ciel^ et alors Ion entendra et ^ voij^ de Far-

« s. Malth., 6. ^ s. ^«^D, 14. — . ! IL Cor., 6.

change qui portera tm commandement souverain par toute la terre, et la trompette de Dieu qui appellera tous les hommes devant ce redoutable tribunal. 4 ^^ l>ruit qui fer? frémir toute la nature , ceux-)^ ressusciteront les premiers, qui serpnt mprts fi4êUis l( Jésus-Çbiîjst { et quant ^ pqus qui vivpns , nous serons trÛMporté^ avec eux dans les nues , et tous tmein? ble nous piarcberops aurdev^qt du Saprçiirj et de cette sorte, entrant avef: hii dans le ciel t nous y jou|rçmt (pus. de ^ p^éaeoce dfn tpaû l'étcrnitéS»

%131. Il ei(piiqne, en ^vant >Qf Çjoqn-

thiens, ce subit et cet admir^lç c^qgeaieBt de l'état des personnes qui vivront eP^orç daq^ la cbair au jour du JHgepieqt » m^V^ il dit ; «Nous ressusciterons tpuii, nv^is nous me aerom pas change tous ?. iiCettenierveil|ei*^|ccqnplin|^ en un in«twt I en un çlIn 4'œH» 9^ ^ÇnwÇ' «HW de la tronipette; mais le eb^ngeineoi ^diiÀ^ '^

la chair n^oftelle 9fx corps glofûep^ et iipmùnfl ne regarde que ceu]( quf «n ce 4^'^ 3f^ seront trpuyés vivans. çiLes mppïtii, ^ l^^tre, ressusciteront tes prem|e|s, et pi^T uoiia gui vi« yrona, nous aeroniç^ngéS: f CkHis^^ paroles, et tu rapporteras ^jefflept ÇfU^ <nt suivent , au #ens dont nou| VW» aqpa(«T^tt parlé; qr quand X^pt^lve ^^m^ : fil fiint q/m celte nsfture coq^uptible spit pQur jfuneis e|énp(9 de corruptipp , et que ce quelle 9 de W^ ¥^ revêtu de l'immortalité 3, » il expnimc|| ^l^pieîiii du ciel , on par no^ gémi^nieiis nput a«iu|iiîr tons d'être admis. Tandis que Qçwa Vivom i^ins la cbair, nous demandpp^ que ce o^e^^ ^finffkf cile devienne le véteipent fie cette ^ia^ 4^9 Ifh quelle nous serons trpuv^ , parée qup, «dmm il dit, <c toua tant que nom soinmes4an«I#4WPÎ; cjle de la cbair, pqas squffronaavep peine d'«ttit dépouillais de ce corps, et npu^ d^inm vfvn état d'incorruptiqn ytenne revêtir nultre fM!^% que nous recevions une vie qui dévora tml et qu'elle a de mortel, et qui, lui^laant ctianear de condition, la porte en un moment 49 teiapi à réternit^ , et du domicile de la Ceffe , au dfpah cile du cieH. » En effet , qpi de ceux vivant dan la chair ne souhaiteraient pas de se revêtir 4» Timmort^té, et de 9fi perpétuer la vie danaïui

« 1. The»., 4. — « l. Cor., 15.--» IbùL, 6.

* S. Msttb., 6.

DE LA RÉSUHR^CTION DE LA CHAIR

ctumgfment ri fitvorable, qqi, par un gain met' | meurent aaot se oorropipre ; et ces reliqves dç — Ml . 1. ,. ..__ .... cg^Yte$ sont oonuoe des semenœs de la renaiis-

s^qce d^ corps d^ips la ^iirreç^ioq. Çnfin quand roéme cp qu'il y ayait dç mortel le t^pu^ verait avpir ét^ dévoré en tpu^ les (nort^ , ce s^ rajt la mort, ce ^rait le temps, ce ^çrfiiexiit U^ s^icles qui l'siur^i^t dévqfé; qiais aur^tril^ diévo^ par la vie 9 par cette robe célçsfe, par ce vêtement d'imipQrUlit^ ? Qr , dîi*^ ^ue ce qu'il y 9 de mortel a été dévoré par Içs premimt c'est pier qu'il Vpt été fsf^ les aut^res. Et f)pr^ tput , cet effet ^pit être une opér;|tiQn de I9 puissance divine , et non pas un ao^ntissement qui arrive d^ns Fordr^ de la nature. Ce qu'il y a donc de mortel ayant à être dévoré par la vi^, il ^t nécessaire qu'il se représente afin qp'il soitdévpré, et qu'il sqit dévoré aQq qn'il sqil changé» Sj tu coqyjens qu'il faqt ftlluoper le fiè^ a^ qp'il brÇlle, tp ne peMx pas dire que ce qui rallume SQît ici néces#air^, et qn^ M( il ne lf| soit pas. Ainsi quapd I'ap6tre sûpute : «Si é\»fH dépouillés noMS ne somp^es pas trpMV'^ toql nu^^i a parkmt de œm qui , ?u jp^c du ^^igqfur, ai seroiu plus dans la yie ftt danil ^ (4vlv , le s(m, dans lequel il x dit que ceux qpi soqt dépouilH^ ne sont plus nps, est : qii'ils seppnt revins de d mêiûe sûbstanœ dont ils avaieqt ét^ déppu^iés; car ils seront trouvés onme nus 1 ii'«yant plw leur cbaiTi ou leur ebair éUint en partie ruinita et mise en pièces. Et en effiptt cet état pf^^ avoir le nom de nudité. Mais ils la rep^^di^l après , afin qu'en étant revêtus , ils puissent e% core recevoir au-dessus la rotie de l'iouiHiirtalitf ^ car il n'y a que celui qui est d^à balnîléy d# qui l'on puisse dire qu'il met p^^desAus PM autre robe.

3UJ11. C'est pourquoi quand le m^ epOtIV dit : a Mous aspirons à la gloire du ciel avee beeiicoup de courage et de confiance ^ maii) nom savons que tandis que nous vivons daos ce coriM nous sommes voyageurs, parce que nous Uf marchons qu^au travers des voiles de b M 9 ^ que BOUS ne voyons pas faœ h face la beauté essentielle de Dieu : » cela ne se doit pas entemiif au désavantage de la chair, et pour la poircir, comme si ell^ nous séparait de FjotrQrSeigPfUr. En çffiet, œ n'est qu'une exhortation que l^pôtnp nous fait d'avoir du dégoût pour eettci iHfii

irçiUem et par une heureuse subrogation , lui tU^ llfp et l'afirançhlt de la péçessité c^e }4 Bpîrt , poup ne pa^ ^rquV^ cette prispn des enfin» o(^ \o^ satis^i^ jusqu'il deruier deiiier > ? A^ pBSte,ci^ui-:}i| ipême qui m^^ ^prouvé |a caplifUé àêê ffiiersi recevra aussi cet I)eure^x dmigemnit ^pr^s la résprrectîpn; et c'est ce qui iiqqs &jl pondivre qu'absolument 0 eq tout^ fi^on la chair ressuscitera , et qqe par le cban?

flpqieBt fpiî 9e i^ cp elle « eofio elle parviendra t ççc état glod^x qui la rendra sembtlable au; aQ0e|'« Que VU n'v a que ceux qui seront tniBif^vivan^daps la chair, en qui la chair sera aipMclwngée , m Wte que ce qui est mortel soj( 4tm6 par la fie 9 c'est-ft-dire la chair par œ vèHamnt cÂesta et étemel ; donc ceux qui se titNiWBOfit mprtl ne recevront point la vie , étant ppvA de lematîèpe, et, pour ainsi parleri de KKnmt dp la vie , e'est 4-dire de la chair, ou il fia^l de tanti nécessité que les morts repreiH neqt «pasilidiiir» afip que s'ils ont 4 obtenir la yffi, mtî$ m qofSs obtiendront puisse dévorée ç$ qn^ili «pi de mortel. « Mais, dis-tu, ce qn'îl 7 AV|it dc^PQirt^ daqs les morts aura déit &# dMm^s^rt^Nmdl qu'il ne l'aura pas été eu tons» fit prvtaSf fpiphten y en pourra«*t-il avoir qui ne WWC pioKs que le jour précédent , combien dp Mhw* #i nouvellement mis dans le toqAe^i, que Ton peut croirp que rien n'en suri encore été dévoî^? car selon toi, ce qui est déiviré, postée qui est englouti, c'est ce qui n'est ipinêy e'est ce qui ne peut plus tomber sous las aentf ^esl ce qui ne peut plus du tout par nittvp. AjiMideTieux cadavres de géans, dont l'on dfceoFiie encore l'enchatoement des membfet qni eembleot presque vivans, n'auront peint M dévorés; maisrai.parlé de fêla ailleurs. Gqiapdaot je ne puis eoieitre ce qui est arrivé deppîa peu m cette ville : On construisait un thélure sacrilège sur une place pleine d'antiques iépidIuMs; on y aperçut des os qui y avaient été oûa il y avait pris de cinq cents ans , et le peuple eut horreur des os si vieux où la glaire paraissait encore et des restes de cheveux qui avaient conservé quelque senteur. &bis nonseulement les os se trouvent entiers , malgré la kwgoe suite des années, les dents même de-

« I. Cor., 16. — « Ibid., 5.

t|l. Gor.,«. — </6fd

tERTDLLIEN.

parce que tant que nous vivons dans la chair nous sommes dans un voyage, marchant sous les faibles lueurs de la foi , sans avoir cette heureuse vision de Dieu , c'esf-à-dire ne voyant pas Dieu , mais ayant seulement respérance de le voir; d'où vient qu'il ajoute : «C'est ce qui nous donne de l'assurance , et ce qui nous fait souhaiter d'être absens de ce corps et de sortir de cette habitation pour en aller prendre une autre en la présence de Notre-Seîgneur, afin que nous ne cheminions plus dans les ombres de la foi , mais que nous soyons assurés dans la possession de notre félicité,» c'est-à-dire que nous soyons heureux en effet , au lieu que dans cette vie nous ne le sommes qu'en espérance. Tu vois que l'apôtre, marquant ici le mépris que l'on doit faire du corps, relève l'excellence du martjrre; car il n'y a personne qui, en sortant du corps comme un voyageur , s'en aille droit et dès le moment de sa mort posséder Dieu , si ce n'est par la prérogative du martyre, c'est-à-dire qu'il n'y a personne qui dès cet instant jouisse du paradis, sans éprouver la captivité des enfers, s'il n'est martyr de Jésus-Christ. Vois* lu comment l'apôtre parle de la mort? Est-ce que les paroles lui ont manqué pour exprimer cette sortie de l'âme hors du corps ? ou est-ce avec raison qu'il s'en est expliqué d'une façon nouvelle? Certes, voulant feire comprendre que nous serons absens pour un temps de notre corps, il dit a que nous nous en éloignons comme des voyageurs s'éloignent de leur demeure,» parce que celui qui fait un voyage doit enfin retourner en sa maison. Ainsi le même apôtre adressant sa parole à tous : «Nous travaillons , dit-il , pour nous rendre agréables aux yeux de Dieu, soit que nous habitions dans ce corps, soit que nous en soyons absens par la mort; car il fout que nous comparaissions tous devant le tribunal de Jésus-Christ. « Si nous y devons comparaître tous , nous y devons aussi comparaître tout entiers ; et l'homme intérieur et l'homme extérieur y doit comparaître , c'est-à-dire les âmes et les corps, afin que chacun y rende compte de ses actions , et qu'il remporte, dit-il, par le corps selon ce qu'il a fait par le corps de bien ou de mal. Je te demande comment tu lis ce passage, car il semble que les termes en soient confus et embarrassés; mais s'il veut exprimer la peine oa la récompense qui doivent être

remportées par le corps, la résurrection est sans doute corporelle ; et s'il entend la peine ou la récompense de ce qui a été iait par le corps, les œuvres faites par le corps doivent être punies ou couronnées dans le corps même qui lésa faites.Tout ce discours donc de l'apôtre finissant par ces paroles qui prouvent clairement la résurrection de la chair, il le faut entendre tout entier dans le sens qui convient à ces mêmes paroles par lesquelles il finit.

XLl V. Que si tu considères encore ce qu'il a dit auparavant, où il a (ait mention de Thomme extérieur et de l'homme intérieur, n'y trouveras-tu pas toute la dignité et toute Pespérance de la chair ^? car lorsque parlant de la lumière, et disant «que Dieu en a jeté les rayons dans nos cœurs, afin que nous éclairions les antres et que nous leur donnions la connaissance de sa gloire , comme ministres de Jésus-Christ , » il ajoute , «que nous portons ce trésor prédeux dans des vases de terre,» c'est-à-dire dans la chair ; que veut-Il faire entendre par cette expression? Est-ce que cette chair sera détruite , parce que tirant son origine du limon, elle est de terre P ou n'est-ce point qu'elle sera exaltée , parce qu'elle enferme un si divin trésor? Et certes, si cette vraie lumière qui luit en b personne de Jésus-Christ contient en soi la vie, et si cette vie et cette lumière sont données en garde à la chair , est-il possible que cette chair qui a en sa garde la vie doive périr? il firadrait donc que le trésor qui lui a été oonfié périt aussi, car on confie les choses périssables à celles qui doivent périr 2, comme l'on met le vin nooveau dans de vieux vaisseaux. D'aillears quand il dit : «Portant toujours en notre corps la mort et la puissance de Jésus-Christ, qnd est œ corps qui, ayant été nommé le tempte deDieo , peut maintenant être appelé le sépulcre de Jésus-Christ? Mais pourquoi portons-nous en notre corps la mort et la passion de Notre-Seigneur ? « afin, dit-il, que la vie dont il est vivant soîtrendue manifeste en ce corps. «Enqaeloorps? en ce corps mortel ; c'est donc en cette ctaair mortelle par le péché, et vivante par la grâce? Ma is vois combien cette cliair a de dignité, poisqu'en elle la vie de Jésus-Christ est manifestée. Donc la vie étemelle de Jésos-Ghrist, cette vie

D£ LA RÉSUftRËCtIÔN DE LÀ CHAIR.

sans fin, et exemptede oorroption, cette vie, qui est la vie de Dieu, sera manifestée en un sojet qui n'a aucune part au salut , en une substance dont la dissolution et la ruine doit être perpétuelle; ou, si cela n*est pas, de quel temps est-œ que la vie de Notre-Seigneur sera manifestée en notre corps ? Peut-être, diras-tu , que la vie dont parle l'apôtre est celle que Jésus- C2urist a menée en ce monde, qui a fini par sa mort et sa passion , et qui non-seulement a paru évidemment à la vue des Juifs , mais qui est aujourdliui annoncée à toutes les nations. Tant s'en faut , TapMre parle clairement de cette vie de Jésus<2hrist, qui a brisé les portes de diamant , et fmté les serrures d'airain des enfers ^, eC qui depuis cette grande victoire est notre vie. Enfin elle sera manifestée en notre corps; quand ? aprte notre mort. De quelle sorte? lorsque nous ressasdteroDS en notre chair, comme Jésus- Christ ciC ressuscité. Mais que Ton ne nous ota|ecte point que la vie de Jésus-Ghrîst est maintenant manifestée en notre corps par la professioa de la sainteté , de la patience , de la sagesse, et de la justice, qui ont fleuri en la vie de Notre^igneur , car Tapùtre prévoyant cette eipiicalion, ajoute : « Nous qui vivons , nous sommes livrés i la mort pour le nom de Jésus- Christ , afin que sa vie soit manifestée en notre corps mortel. «11 dit que, quand nous serons mortSfIa vie de Notre-Seigneur sera manifestée en notre corps. Mais si alors elle est manifestée en notre corps, comment y sera-t-elle manifestée, si le corps n*est ressuscité? « Nous avons, dit encore rapôtre, une ferme foi que Dieu qui a ressusdlé Jésus-Christ , nous ressuscitera aussi avec lui. » Mais Notre-Seigneur étant déjà ressuscité des morts, que signifie ce terme, avec lui, linoa comme lui. Que s'il nous ressuscitera comme, lui , il ne nous ressuscitera pas sans la

diair?

XLV. Mais nos adversaires tombent dans un antre aveuglement et se brisent à un nouvel écoeil, dans la rencontre qu'ils font du vieil homme et du nouvel homme ^. Ils voient que Tapôtre nous avertit de nous dépouiller du vieil homme, de cet appétit corrompu qui est une si ftomde source de désordres; de prendre un esprit nouveau ; de nous revêtir du nouvel homme, qui est

> Psaume 100. — ' Épbés., 4.

créé selon Dieu en sainteté, vérité et justice. Ils veulent donc que saint Paul, distinguant ici deux substances, et rapportait la vieillesse à la chair, et la nouveauté à la vieille âme , entende la chair par le vieil homme, et que nous exhortant à renoncer au vieil homme , il nous exhorte à renoncer à un siyet de perpétuelle corruption^ c^est-à-dire à la chair. Mais, certes, à le bien prendre et selon Torigine et la nature de ces substances, ni Tàme n'est le nouvel homme, ni la chair n*est le vieil homme, sous prétexte que oelle4i ait été créée la dernière, et celle-ci la première. En effet , quel temps y a-t-il eu entre Touvrage de la main de Dieu dans la construction de la chair, et le soufSe de Dieu , qui a inspiré rame dans cette chair.'' JVise mtaie dire que, supposé que le chair eût été créée beaucoup de temps avant TAme, elle a donné la primauté à TAme , en ce qu'elle a attendu que rame soit venue renfermer, pour que lliomme fût parfiiitf car quoique ki perfection et la consommatioii d'un ouvrage soit la dernière en ordre , il est certain néanmoins que quant à l'effet , elle doit tenir le premier rang : cette diose là doit être estimée la première sans laquelle celles qui ont précédé ne peuvent être. Que si la chair est le vieil homme , quand est-ce qu'elle est devenue le vieil homme? Est-ce dès le commencement? Mais Adam a été tout entier nouvel homme, et rien de ce nouvel homme n*a pu être le vieil homme. Il fïut passer maintenant A la génération humaine, dans laquelle , ensuite de la bén<« diction que Dieu lui donna , la chair et l'Ame sont engendrées ensemble, sans qu'il y ait entre elles aucune distinction de temps ; et comme elles sont semées ensemble dans le ventre ma-» ternel, selon que nous l'avons montré dans notre traité de l'Ame, Il n'y a qu'un moment pour la conception et qu'un moment pour te naissance de ces deux hommes, qui sont A la vérité de deux substances, mais non pas de deux Ages différons, et qui de deux font tellement un seul homme que l'un n'est point devant l'antre. Enfin tout ce que l'on en peut dire est : que nous sommes ou tout vieil homme, ou tout nouvel homme; car que nous puissions être autre , c'est ce que nous ignorons. Mais l'apAtre marque manifestement quel est ceviel homme: a Dépouillez-vous, dit-il, du vieil homme, de cet ancienne conversation de péché où vous étiez at-

TERTULLIEN

tachés avant que d'être soumis à Jésus-Ghrisi^ » Il ne dit pas que le vieil homme s'entende de la vieillesse de quelque substance, car il ne nous ordonne point de nous dépouiller de la chair, mais seulement de quitter les choses qu'il a montré ailleurs être des opérations delà chair, accusant non pas le corps, mais les œuvres, dont il dit ensuite ^ : a Que chacun bannissant de salangue le mensonge, parle sincèrement et en vérité à son prochain, puisque nous sommes les membres les uns des autres. Si vous vous mettez en colère, que votre colère ne passe pas jusqu'au péché, que le soleil se couchant ne la voie pas régner dans votre coeur, de peur que votre coaseulement au mal ne vous mette sous la servitude du démon; que celui qui dérobe ou qui prend d'ailleurs injustement le bien d'autrui, cesse de commettre ces actions criminelles, mais qu'il travaille et que du labeur de ses mains il se mette en état de secourir ceux qui ont besoia d'assistance; qu'il ne sorte point de votre bouche de discours libre et de parole déshounèle , et que ce que vous direz de bon, serve à rédi- JScation du prochain et à l'avancement de la foi , afin que ceux qui vous entendront en profitent, et que ce leurBoit un moyen de faire des progrès dans la piété. N'offensez point par vos crimes r£sprit-Saint de Dieu, dont vous avez reçu l'impression et le caractère que vous devez garder jusqu'au jour de votre rédemption; que toute malveillance, que tout colère, que toute chaleur, que tout emportement, que toute médisance, que toute indignation, et enfinque toute malice sorte de votre cœur; ayez delà douceur et de l'humanité, de la bonté et de la compassion les uns pour les autres, et remettez-vous mutuellemeat les injures que vous avez reçues, comme Dieu, par le mérite de Jésus-Christ , vous a remis tous vos péchés. » D'où vient que ceux qui prétendent que levjeil homme c'est la chair, ne courent pas en ^te à la mort, afin qu'en se dépouillant du vieil honune, ils préviennent les préceptes de l'apôtre? Car, quant à nous, qui croyons que toute k$ règles de la foi chrétienne se doivent accomplir dans la chair et par la chair , nous, dis-je, dooX la chair a une bouche pour ne proférer que de bonnes paroles, et de sages et d*utilcs discoMrs, une langue pour ae prononcer poiot de blas*

«Galat,!.— *£phéi.,4.

phèmes, un cœur pour ne concevoir point d'indignation et de colère, des mains pour travailler et pour faire Taumône, nous ne mettons poiot de différence entre le vieil et le nouvel homme, quant à la substance, mais seulement quant aux œuvres; et ainsi nous reconnaissons que l'on dit de celui qui est encore dans l'état de vieil homme, selon cette ancienne conversation de désordre et d'iniquité : qu'il est dans la corruption par le vice de son appétit et de sa concupiscence; comme selon son ancienne conversation de péché, et non pas selon JLa substance dû la chair, ce vieil homm^ éprouvera la cprruptioD par une éternelle mort. Au reste, le vieil luNDume étant devenu nouvel homme par une meilleure vie, c'est toiyours le même liomme qui est vivant et il ne souffre aucune altération daas sa diair, parce que ce n'est pas de son corps qu'il S^est dépouillé , mais de ses mauvaises laœurs.

XLVI. Tu trouveras que l'apôtre parle partout de telle sorte qu'il seiQble qu'en conduanant les œuvres de la chair il ccMMJIamiie même la chair; mais ne crois pas que ce soit aou aeutiment, qupiquil exprime quelquefois un sait qui en approche ; car s'il dit que ceux qui sool dans la chair ne peuvent plaire à Dieu , il a*éloigne du mauvais sens que ces (woles peu» vent recevoir, ^youtant : «Vous n'êtes pas dans la chair y mais dans l'esprit >. » Et ceriei, uianl que ceux qui étaient viéritaUQuent dans lu chair fussent dans ia chair, U momrait qu^ib n'étaient pas dans les ceuvresde la chaii^îl faisait encore voir que ce n'étaient pas ceux qui vivaiott dans la chair qui ne pouvaient piaireà Dieu, mais ceux qui vivaient selon la chair, etqu'au coalraire ceux-là étaient agréables à Di^, qui, TÎvant dans la chair, marchaient ici-bas selon rcsprit U dit au même lieu : a Voure corpslil mort, nais c'est par le péché qu'il est mort; au Gomimire votre esprit vit de la vie de la grâce , par la justice que l'esprit de Jésus-Christ à mise en vous. »

Or, comme il oppose la vie à la mort qui r^foe dans la chair , sans doute ià où H établit ia mort par la corruption du péché, là même il promet la vie par l'opération de ia justice. Eu effet, ce serait en vain qu'il aurait opposé la vie à k mort, si elle ne se trouvait dans le même sujet où se trouve la mort à qui elle est opt^osée,

* Rom., 3.

DE LA RÉSURRECTION DE LÀ CHAIR

afin de l'en mettre dehors; mais si la vie met la mort hors du corps, certes c'est un effet qu'elle ne peut accomplir, si elle ne pénètre le corps dans lequel est la mort qu'elle en met dehors. Mais pourquoi se donner tant de peine pour exprimer ce sentiment avec quelque force, puisque Tapùtre l'explique si absolument et avec tant de clarté? «Si , dit-il, Tesprit de celui qui a ressuscité Jésus des morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus des morts ressuscitera aussi vos corps mortels, parce que son esprit habite en vous. » Que s'il y a quelqu'un qui estime que le corps mortel se doive prendre ici pour Tàme , comme il ne peut nier que le cwps mortel ne soit chair, il faut qu'il reconnaisse austti la résurrection de la chair , par la raison de la participation d'un même état qu'il attribue à l'âme et au corps. Mais apprends de ce qui suit dans la même épilre, que ce n'est pas la chair, mais que ce sont les œuvres de la chair que Tapùtre condamne, a Mes frères, dit-il, nous ne sumues pas esclaves de la chair pour être obligés de vivre selon la chair, car si vous vivez sekm la chair, il arrivera que vous mourrez; mais, si par l'assistance du Saint-Esprit, vous mortifiez votre concupiscence , si vous résistez généreusement aux mouveniens de la chair, vous vivrez. x> Donc pour répondre à tout ce que Ton nous objecte , si le salut est promis à ceux qui sont dans la chair , mais qui vivent dans la chair selon l'esprit , il est évident que ce n'est pas la chair, mais l'opération de la chair qui est opposée au salut. Il est encore certain que par rexdusion de l'opération de la chair, qui est la cause de la mort , la chair peut espérer le salut , parce que lorsqu'elle est en cet état, elle n'a plus en soi la cause de la mort. «Car, dit l'apôtre, la loi de l'esprit qui donne la vie m'a délivré, par la grâce de Jésus-Christ , de la loi du péché et de la mort, i>qui est cette loi dure dont il a dit auparavant «qu'elle réside dans nos membres et quelle y exerce une cruelle tyrannie ^. » Ainsi nos membres ne seront plus captifs sous la loi de la mort, parce qu'ils ne seront plas asservis â la loi du péché de laquelle ils ont été délivrés. Et certes ce qui était impossible à la loi, à cause qu'elleétait faible par la faiblessede la chair, Dieu là accompli, envoyant son Fils dans le monde sous

' Rom., 7 cl 8.

la ressemblance de la cliair du péché; mais par le péché il a condamné le péché daqs la chair , et non pas la chair dans la péché , car la maison ne sera pas enveloppée dans une même condamnation avec celui qui l'habite. L'apôtre donc ayant dit que le péché habite dans notre corps, la cou* damnation du pà:hé est l'absolution de la cbair , comme avant la condamnation du péché la chair était sujette à cette loi du péché et de la mort. C'est dans ce même sentiment que saint Paul a donnéâ la prudence de la chah* le nom de mort et d'ennemie de Dieu, et non pas ù la chair même. «Mais à qui, diras-tu, imputera-t-onla pnidenco de la chair , si non à la propre susbtance de la chair?» Certes, j'accorde qu'elle lui soit huputée» si tu montres que la chair a quelque connais sance et quelque discernement d'elle-même; mais si elle n'en a point sans l'âme , il $'ensui( que la prudence de la chair appartient â Tâme, et que si ou l'impute quelquefois â la chair, c'est parce que l'àme foit ses opérations par le ministère de la chair. L'apôtre dit «que le péché habite dans la chair, d parce que l'âme qui invite au pédié demeure dans la chair comme dans uii^ maison étrangère, et si la chair souffre la mort pour la peine du péclié , c'est â cause du péché qu'elle la souffre , et non pas a cause d'elle, U dit encore ailleurs : a Pourquoi vous laissez-voiii charger des préceptes de la loi , comme si vous viviez dans ce monde légal ^?j> écrivant non pas à des morts, mais â des gens qui ne devaient plus vivre suivant les maximes de ce monde grossier et charnel et sous la sujétion dont Jésus-Christ les avait délivrés.

XLYII. Car la vie du monde charnel est celle par laquelle , comme il dit , a le vieil homme a été crucifié avec Jésus - Christ ^; » non pas qu'il ait été crucifié quant au corps , mais quant wn œuvres de la chair. £t réellement on ne peut entendre autrement cette parole de l'apôtre, car effectivement notre corps n'a point été crucifié, et notre chair n'a point souffert la croix de Je* sus-Christ. Mais comme il ajoute :<i C'est afin quo le corps du péché soit anéanti par la réformation de la vie;» et non pas par la destruction de la substance; et c'est ce qu'il dit : a Afin que nous ne soyons plus sous la domination du péché, et que nous croyions qu'étant morts avec Jésus-Christ,

» Co!o»s., 2. — .* Rom., 6.

'jerîUlLieN.

nous vivrons aussi désormais avec lui. » Ainsi le même apôtre dit : o Songez que vous êtes morls non pas en la chair, mais au péché. Ceux donc qui seront ainsi morts, auront le salut quand à la chair, mais ils vivront à Dieu eu Jésus-Christ, i> c'est-àndire que n'étant point morts en la chair, ils vivront en la chair de cette vie toute sainte, parce que ce n'est pas en la chair qu'ils seront morls, mais au péché; c'est pourquoi il poursuit : «Que le péché ne règne point dans votre corps mortel , en sorte que vous lui obéissiez et que vous soyez esclaves de la concupiscence de la chair et de ses désirs déréglés , et ne faites pas de vos membres des instrumens et comme des «rmes d'iniquité et d'injustice; mais vous-mêmes ofircz-vous à Dieu comme des personnes qui sont mortes et qui vivent , non pas simplement comme des personnes qui vivent , mais comme des personnes mortes au péché et vivant de la vie de Jésus-Christ; et enfin que vos membres paraissent en la présence de Dieu comme des armes destinées et préparées à faire des actions de justice.» Et encore après: a Ainsi que vous avez autrefois f^it servir vos membres à l'impureté et à l'injustice pour opérer l'iniquité, Faitesles maintenant servir à la justice pour votre sanctification ; car lorsque vous étiez sous la ser^ vitude du péché, vous étiez dans une liberté déplorable , hors de l'heureuse servitude de la justice ; mais quel fruit tiriez-vous de ces péchés, dont vous avez maintenant tant de confusion? La fin où ils tendent c'est la mort. Au contraire, comme vous avez acquis cette vraie liberté qui vous délivre de la tyrannie du péché, et que vous êtes devenus serviteurs de Dieu, votre sanctification est le fruit que vous en recueillez en cette vie, et la vie étemelle est la fin où vous «spirez ; car la mort est la solde du péché , et la vie éternelle en Jésus-Christ Notre-Seigneur est un présent que Dieu vous fait par sa grâce. » Ainsi l'apôtre, par toute la suite de ces passages, détachant nos membres du commerce de l'injustice et de l'iniquité, et les réunissant à la justice et à la sainteté, et même, au lieu de la solde de la mort que le péché leur faisait mériter, les transKrant à la possession du don précieux de la vie étemelle, il n'est pas douteux qu'il promet â la chair la récompense du salut. En effet il n'eût point fallu lui ordonner de vivre dans la sainteté et dans la justice , si elle n'eût point dû avoir de

prétentions à la récompense des actions de justice et de sainteté , et il nVùt point fallu non plus im** poser la nécessité du baptême, si la régénération quelachair y reçoit n'était une consécration qui assure la restitution du corps, de la mort à la vie. Et c'est ceque Tapôtre représente encore avec plus de vigueur et d effort : «Ignorez- vous, dit-il, que tous tant que nous sommes, qui avons été baptisés au nom de Jésus-Christ, nous avons été baptisés en la ressemblance de sa mort , c'est-à-dire que la mort du vieil homme , qui est figurée par la mort de Jésus-Christ , a été accomplie en nous par le baptême? Ignorez -vous aussi que par cette mort du vieil homme et du péché nous avons été ensevelis avec Jésus -Christ, afin qu'étant nettoyés de nos crimes par l'efficacité du baptême, comme il est ressuscité des morts pour posséder une vie nouvelle, nous marchions désormais dans les voies d'une nouvelle vie?» Il a bien prévu que tu pourrais te persuader qu'il ne veut parler que de la vie présente, dans laquelle la ibi , par la vertu du baptême, nous fait vivre dans une nouveauté de mœurs et de conversation ; c'est pourquoi il ajoute :aSi nous avons été entés en la mort de Jésus-Christ par le baptême qui en est la figure , de la manière qu'étant ainsi heureusement entés , nous avons participé à sa mort, nous participerons encore à sa résurrection, qui nous est aussi représentée par le baptême. En effet nous mourons figurément dans le baptême ; mais nous y ressuscitons véritablement en la chair comme Jésus-Christ est ressuscité. Et tout ainsi que la mort a régné par le péché d'un homme , de même la grâce règne par Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui nous a conféré la justice et nous a élevés à la vie éternelle par une très-abondante profusion de ses bienfaits i.» Mais comment cette comparaison peut-elle avoir lieu, si la résurrection ne se lait pas en la chair ; car là où est la mort , là même est la vie apri'-s la mort, comme la vie a été auparavant là même où depuis a été la mort. Certes, si l'effet de la mort est d'opérer la dissolution de la chair , il faut que la vie qui est contraire à la mort opère aussi le contraire, à savoir le rétablissement de la chair, afin que comme la nïort exerçant son empire avait dévoré ce qui était mortel , après que ce qui était mortel a

* Rom., 5.

DE LA RRSURRECTIOiN DE LA CHAIR.

été dévoré par Timmortalité, on lui puisse dire : cô mort ! où est ton aiguillon? ô mort! où est ta puissance*? «Ainsi la grâce sera surabondante, où il y a eu abondance d'iniquité^; ainsi la vertu se perfectionnera dans Tinfirmité , sauvant ce qui était perdu , vivifiant ce qui était mort , guérissant ce qui était en langueur , rachetant ce qui avait été ravi , délivrant ce qui avait été mis en servitude , rappellant ce qui avait été égaré , ressuscitant ce qui avait été abattu ; et l'élevant de la terre dans le ciel où nous avons notre habitation , selon que Tapôlre renseigne aux Phillppiens, disant 3 : a D'où nous attendons Jésus- Christ Notre-Seigneur qu] changera l'état de notre corps, plein de faiblesse, de misère et de eorruptîoB , pour lui donner les qualités de son corps glorieux. Mais c'est après la résurrection que ce changement se fera , comme ce n'est qu'après. la passion que Jésus-Christ a été glorifié. Tels sont nos corps, que l'apôtre écrivant aaxRomados^ désire qu'ils se présentent « comme une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu. » Afals comment peut-elle être vivante, si les corps doivent périr pour toujours ? comment peut-elle être sainte, si les corps sont profanes ? comment peut-elle être agréable à Dieu, si les corps sont condamnés à une mort qui soit sans ressource? Je ne sais de quelle sorte ces gens qui an milieu de cette éclatante lumière des Écritures affectent un aveuglement volontaire, recevront ces paroles de l'apôtre aux Thessaloniciens, où certes j'aperçois autant de clarté que si c'était un rayon du soleil qui les eût écrites^ : «Que le Dieu de paix , dit-il , vous sanctifie dans toutes les parties de votre être; ce n'est pas assez que votre corps, que votre âme , que voire esprit, se conservent purs et sans tache pour paraître irrépréhensibles en la présence de Dieu et en ravénemcnt de Noire-Seigneur Jésus-Christ.» Tu vois donc que toute la substance de l'homme est destinée à recevoir le salut, et que le temps où cela se doit accomplir n'est autre que celui de Tavénement de Notre-Seigneur. En effet cet avènement est comme la clef qui ouvrira les tombeaux et qui mettra la résurrection en évidence. XL Vin. Mais, dis-tu, la chair et le sang ne peuvent prétendre à l'hérédité céleste, et à la

« l.Cor., 15; Rom., 5; 11. Cor.. 2. - ' Kzéch., 34. » Philip., 3. — * Rom., 12, — * Thess., 5,

possession du royaume de Dieu^ Nous savons aussi bien que toi qu' il est ainsi écrit, et nous avons différé jusqu'à présent de toucher à cette objection que nos adversaires mettent comme à la tète de leurs troupes, pour nous réserver de la détruire la dernière et à la fin du combat, après avoir renversé toutes leurs subtilités, qui sont comme des secours qu'il fallait auparavant défaire. Mais que ces adversaires attendent un peu que nous ayons repassé sur ce qui précède dans Tépttre de l'apôtre, nous découvrirons par ce moyen quelle cause il a eu de parler dans ce passage comme il l'a fait de la chair et du sang, d'où l'on jugera quel en est le véritable sens. Il faut donc supposer que l'apôtre, écrivant aux Corinthiens et prescrivant généralement les préceptes de la discipline ecclésiastique, a renfermé tout le fondement de l'Ëvangile qu'il leur annonçait et de la foi dont ils hi* saient profession, dans la vérité qu'il leur a tant recommandée , de la mort et de la résurrection de Notre-Seigneur, tirant la règle de notre espérance de ce qui eu est le principe. C'est pourquoi il ajoute : «Si l'on vous prêche que Jésus-Christ est ressuscité des morts, comment y ena-t-il entre-vous qui sèment le bruit que les morts ne ressuscitent point ? Certes, si les morts ne ressuscitent point , Jésus-Christ n'est point ressuscité, et si Jésus-Christ n'est point ressuscité, toutes nos prédications sont vaines; ainsi nous sommes de faux témoins de la vérité de Dieu , portant témoignage qu'il a ressuscité Jésus-Christ, qu'en effet il n'a pas ressuscité. Enfin si les morts ne ressuscitent point , Jésus-Christ n'est point ressuscité, et si Jésus-Christ n'est point ressuscité, votre foi est inutile et sans fruit, parce que vous êtes encore chargés de vos péchés, et que ceux qui sont morts en Jésus-Christ sont perdus. » Quel est le but de Tapôtre dans ce discours et que veut- il nous obliger de croire? «Il veut, dis-tu, que nous croyions la résurrection des morts que l'on déniait. » — a Sans doute , dls-je , il voulait qu'on la crût à l'exemple de la résurrection de Notre-Seigneur.» — a Sans doute,)» réponds-tu. a Mais, dis-moi, l'exemple se fbrme-t-il sur une chose différente , ou sur une chose pareille?» — «C'est, dis-tu, sur une chose pareille qu'il se forme. » Je te demande donc comment Jésus-Christ est ressuscité j

» I, Cor., 15,31

TERTULLIEN

s^n est ressuscité en la chair, ou s'il n'est pas ressuscité en la chair ?Qne si tu reconnais que selon les Écritures , il est mort et a été enseveli, mais qu*il n^est mort et qn'ii n'a été enseveli qu'en la chair, il faut que tu demeures d'accord qu'il est aussi ressuscité en la chair; car ce qui est tombé parla mort, ce qui a été mis dans le sépulcre, c'est ce qui est ressuscité, et ce n'est pas tant Jésus- Christ en la chair que la chair en Jésus-Christ. SU est donc vrai que nous ressusciterons à l'exemple de Jésus-Christ, qui est ressuscité en la chair, il est aussi vrai que nous ne ressusciterons pas h l'exemple de Jésus-Christ si nous ne ressuscitons pas en la chair, a Par un homme, dit rapôtre , est venue la mort , et par un homme Tient la résurrection. » Il les distingue l'un de Tantre , hmni Adam auteur de la mort , et Jésus-Christ auteur de la résurrection. Mais par la comparaison qu'il fait des deux ensemble, en ce que le nom d'homme est commun â tous deux, il établit la résurrection en la même substance que la mort. En elfet, si de môme que tous meurent en Adam , tous seront vivifiés en Jésus- Christ , il s'ensuit qu'en Jésus-Christ ils seront vivifiés en la chair , comme en Adam ils meurent en la chair; mais chacun sera vivifié en son Ordre, parce qu'il sera vivifié en son corps. Et en effet , cet ordre n'est autre chose que le rang de la dignité et des mérites; et comme la dignité et les mérites appartiennent aussi au corps, il feut que l'ordre soit pour les corps , afin qu'ils puissent être pour les mérites. Que si quelquesuns reçoivent même le baptême pour ceux qui sont morts sans avoir été baptisés, soit que cette coutume ait quelque raison ou qu'elle n^en ait point , c'est une coutume dont l'apôtre parle , et qui a été faitroduite sur cette persuasion que le baptême reçu pour d'autres servirait à la chair quant à l'espérance de la résurrection; que si la résurrection n'était point corporelle, on ne rattacherait pas ainsi à un baptême corporel. Enfin pourquoi Tapùtre a-t-il remarqué la coutume qu'avaient ces gens-lili de recevoir le baptême pour les morts , si les corps que l'on baptise ne ressuscitent point? car Teau qui lave le corps ne suffit pas pour opérer la sanctification de rame, mais il faut que Peau soit accompa- (piéc des réponses de la personne que l'on baptise, et du témoi(piage que ses réponses donnent de la ft)i. D'ailleurs si les corps ne doivent point

ressusciter, pourquoi, dit le même apôtre, nous exposons-nous à toute heure à tant de périls ^ ? » Certes c'est en la chair qu'il s'y exposait : «Je meurs , ajoute-il, tous les jours;» et c'est encore dans les périls où se trouvait sa chair, combattant en Ëphèse contre des hommes aussi farouches que de bêtes brutes. C'est cette persécution qu'il souffrit en Asie, et dont il parle dans la seconde épttrc aui-mêmes Corinthiens : et Je ne veux pas, dit- il, mes frères, vous cadier la persécution que j'ai soufferte en Asie; elle a été si grande et a monté à un tel eicêk , que toutes mes forces y succombaient , et que je perdais l'espérance de pouvoir sauver ma vie. » Si je ne me trompe il fait la relation de tous ces travaux pour prouver , par les combats de la chair qu'il ne voulait pas que l'on crût inutiles, qu'il fallait indubitablement croire la résurrection de la chair; car les combats de la chair sont fort inutiles si la chair ne ressuscite point. Mais quelqu'un nous dira : « Comment est-ce que les morts ressusciteront? en quel corps reprendront-ils vie?» C'est ici la question de la qualité des corps , si l'on ressuscitera avec les mêmes corps , ou si l'on en prendra d'autres : mais comme cette question est la dernière qui se doit traiter. Ton peut conclure cependant que c'est reconnaître la résurrection corporelle que de demander quelle sera la qualité des corps.

XLIX. Nous voilà arrivés au fort de la difficulté et à ce qu'il y a de plus puissant dans la controverse. Or de ce que l'apôtre a dit avant ce passage que nous examinons, l'on peut aussi apprendre quelles substances il répute indignes de participer au royaume de Dieu et à quel condition il les en exclut. Le premier homme, ditil, a été fait du limon de la terre , et cet honune c'est l'homme terrestre, c'est-i-dirc Adam; a mais le second homme vient du ciel, c'est-à-dire que c'est le Verbe de Dieu et que c'est Jésus- Christ ^. Toutefois quoique le second homme vienne du ciel, il n'est homme qu*en ce qu'il est chair et âme, et qu'il est ce qu'est l'homme et ce qu'est Adam. » Le même apôtre, peu auparavant, l'a nommé le nouvel Adam, de sorte qu'il participe au nom d'Adam comme il participe à sa substance : en effet Adam a été fait chair sans semence , et il en est de même de Jésus-Christ.

« n. Cor., I. - • I. Cor., 15,

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

Td êcfot qu^est llionime terrestre , tels sodt les bommes terrestres; tel qu^est rhomme céleste , tds sont les hommes célestes. Mais est-ce en substance qu'ils sont semblables, ou platdt n'est-ce pas premièrement en conformité dévie, et secondement en mérite et en dignité à cause de cette conformité? Certes Tapôtre a donné le nom d^bomme anx Iiommes terrestres comme anx hommes célestes, et fls ne peuvent être distingués quant à la substance. Que si Jésus-Christ est seul vraiment céleste, sll est même au-dessus de cet état, néanmoins en tant qu'il est chah* et âme , il est homme ; et quant à la condition de ces deux substances , il n^est point séparé de la qualité dliomme terrestre : c'est pourquoi ceux qui sont célestes à son exemple ne le sont pas â Fégard de la substance dans bqndie ils vivent ici-bas ; mais à Tégard de la clarté ftiture , qu'ils posséderont après cette vie. Cette distinction vient de la différence de la dignité d*entre les corps célestes et les corps terrestres; car TapAtre a auparavant marqué la diversité qui est entre la gloire des uns et Ta gloire des autres ; il a encore dit : a qu'autre est b gloire du soleil, autre la gloire de la lune, autre la gloire des étoiles, et que les étoiles mêmes diffèrent en gloire Tune de l'autre, quoiqu'elles ne difi%rentpas en substance. » Enfin ayant établi la différence de dignité dans la même substance, dignité où il faut maintenant aspirer pour en avoir la jouissance après la mort, il ajoute cette exhortation : que nous suivions ici-bas par une sainte discipline la vie de Jésus-Christ, afin que hvhaut nous puissions atteindre au fatte de la félicité parla possession de la gloire. «Tout de liiëme, dit-il, que nous avons porté Timage de Thomme terrestre, portons aussi rimngc de Thomme céleste.» En effet, nous avons porté Tîmage de Hiomme terrestre par notre participation à la transgression du premier homme, par ro])Iigation ù la mort qu'il nous a transmise, par Texil hors du paradis. Mais quoique nous portions ici dans la chair riniagc d'Adam , toutefois Ton ne nous ordonne pas de nous dépouiller de la chair. Que si ce n'est pa.s de la chair dont on nous avertit de nous dépouiller, c'est de la conversation de la chair, afin que nous portions au dedans de nous rimagc de l'homme céleste, non pas de cet homme céleste qui est Dieu et assis ù la droite

de Dieu dans le del , mais de Jésus-Ghriat vivant parmi le monde, en sorte que nous marcfarons sur ses traces, que Ton reconnaisse en nons ses linéamens et ses traits, et que nous as» pirions à être semblables à lui par des actions de sainteté , de justice et de vérité. Et certes , eh tout cela Tapôtre n'a point d'autre but que l'observation de la discipline chrétienne. Et quand il dit que l'on doit porter ici l'image de Jésus- Christ , c'est en cette chair, et en ce temps de corruption et de discipline : «Portons,» dit-il en termes de commandement , parlant pour le temps où nous vivons et où l'homme n'est que chair et âme, et oft , si la foi regarde quelque autre substance, c'est-â-dire une substance céleste, ce n'est qu*â cause de la promesse qui nous est foite, parce que nons ne la possédons pas en cette vie, et qu'il nous est ordonné de travailler pour l'obtenir en l'autre. L'apôtre ayant donc établi Pimage de Tliomme terrestre et celle de rhomme céleste dans la conduite de la vie présente et dans les diverses qualités des actions humaines,et nous ayant admonestés de renoncer â celle-là et de nous attacher à celle-ci , il ajoute, pour confirmer ce qu'il a fait entendre auparavant, et par une particule qui joint ce qui suit k ce qui précède : « car je vous dis , mes frères^que la chair et le sang ne peuvent parvenir à l'hérédité céleste, et posséder le royaume de Dieu, n'entendant, par la chair et le sang, que cette image de l'homme terrestre. Que si l'image de rhomme terrestre se rapporte à la vie du vieil homme , et que la vie du vieil homme ne puisse arriver au royaume de Dieu , il s'ensuit que I4 chair et le sang qui ne peuvent prétendre au royaume de Dieu , se prennent pour la vie du vieil homme. Et en effet , si l'apôtre ne confond jamais les œuvres avec la substance , s'il ne met jamais la substance pour les œuvres , ne t'imagine pas qu'il en use ici autrement. Et lorsqu'il dit, en parlant de ceux qui vivent encore dans lâ chair, «qu'ils ne sont pas dans la chair, parce qu'ils ne sont pas dans les œuvres delà chair d, ta ne dois pas le prendre à contre-seas et l'expliquer contre son dessein, qui est d'exclure dtt royaume de Dieu non pas la substance même, mais seulement les œuvres qui en sont produites ^ Ainsi , écrivant aux Calâtes^, après avoir déclaré quelles sont les œuvres de la chair, il * Rom., 8. - • Gai., 6.

TERTULLIEN

dit qu'il leur annonce , comme il a déjà Fait, que ceux qui commettent ces aclions abominables n'auront pas de part au royaume de Dieu , sans doute parce qu'ils n'ont pas quitté l'image de Thomme terrestre qu'ils portaient , pour porter l'image de Thomme céleste, et qu'étant demeurés dans le bourbier de leur ancienne vie et dans l'état du vieil homme , ils ne sont que cbair et que sang. Mais si lapôtre avait même dit d*abord cette sentence, «que la chair et le sang n'ont point de part au royaume de Dieu,» sans qu'elle fût expliquée par les choses qui précèdent, ne dirions-nous pas que ces deux substances de la chair et du sang expriment le vieil homme adonné à la chair et au sang? c'est-àdire qui n'a soin que de manger et de boire , et â qui il appartient de s'écrier, contre la foi de la résurrection, «mangeons et buvons, parce que demain la mort nous réduira dans le néant ^ :» car c'est ce que Tapôtre reproche aux hommes charnels, leur mettant devant les yeux les fruits qu'ils produisent en mangeant et en buvant , qui sont des fruits de chair et de sang.

L. Mais laissant ces interprétations qui s'attachent à reprendre les œuvres de la chair et du sang, nous pouvons dire que ces substances, selon ce qu'elles sont , n* ont rien qui combatte la loi de la résurrection ; car on ne dénie pas directement la résurrection à la chair et au sang^, mais ce qu'on lui dénie c'est le royaume de Dieu, qui vient après la résurrection. En effet, il y a non-seulement une résurrection à la vie , mais aussi une résurrection au jugement , et l'exception de cette résurrection particulière confirme la résurrection générale de la chair, parce que, en marquant en quel état la chair ne ressuscite pas à la vie, on sous-entend en quel état elle y ressuscite. Ainsi la différence de la résurrection n'est pas dans le fond de la substance , mais dans ses opérations ; d'où il s^ensuit que la chair et le sang sont bannis du royaume de Dieu à raison du péché et non pas à raison de la substance, quoique à raison de la substance ils ressuscitent au jugement, parce qu'ils ne ressuscitent pas pour posséder ce royaume. Je passe à un autre sens , et je dis : La chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu. Cetle proposition est vraie , si Ton considère la chair et le sang

«11, Cor., 15. — «S. Jean, a.

seuls , et en ce qu'ils peuvent par eux-mêmes ; et Tapôtre a ainsi parlé pour montrer que l'esprit est nécessaire à l'un et à l'autre ; car c est l'esprit qui vivifie pour nous rendre capables de posséder le royaume de Dieu , et la chair n'y sert de rien ^ Il y aura autre chose qui y peut servir , et cette chose c'est lesprit ,• et par l'esprit les œuvres mêmes de l'esprit. De cette sorte, toute chair et tout sang ressuscite également , c'est-à-dire que la chair et le sang de chaque personne ressuscite dans sa qualité , mais il faut que ceux qui doivent entrer dans le royaume de Dieu soient revêtus après la résurrection de la vertu de Tincorruption et de l'immortalité ; et avant qu'ils l'aient obtenue, ils ne peuvent entrer dans le royaume de Dieu. C'est donc à bon droit que nous avons dit que la chair et le sang seuls sont incapables de parvenir à ce bienheureux royaume. Mais puisque, par le changement merveilleux qui doit suivre ta résurrection, cette partie corruptible , c'est-à-dire la chair , doit être dévorée par une qualité incorruptible, et cette partie mortelle , c'est-à-dire le sang , doit aussi être dévorée par l'immortalité, certes la chair et le sang , je ne dis pas qui n'ont point été ressuscites , mais je dis qui n'ont point été ainsi changés et dévorés , ne peuvent posséder leroyaumedeDieu. Il yenaqui prennent la chair et le sang pour le judaïsme , à cause de la circoncision ; et réellement le judaïsme est exclu du royaume de Dieu , parce qu'il est du vieil homme. Et c'est pour ce sujet qu'il est noté ailleurs par l'apôtre , quand il dit que : «Dès que Dieu Feut appelé à la connaissance de son Fils, et lui eût donné la charge de l'annoncer aux gentils, il se soumit si absolument à sa volonté, qu'il ne rechercha plus le conseil de la chair et du sang \ » c'est-à-dire de la circoncision , c'est-à* dire da judaïsme , ainsi qu'il l'écrit aux Galales.

LI. Ce que j'ai réservé à dire pour la fin peut servir à satisfaire tout le monde, et à défendre même l'apôtre. Et certes , il serait tombé dans un étrange imprudence si, comme quelques-uns lui imputent, il avait inconsidérément, et comme l'on dit, à yeux clos, sans distinction, et sans conditioa, exclu tout sang et toute chair en général du royaume de Dieu et du séjour même du palais céleste , puisqu'il est certain que Jésus-

» 1. Cor., 15. r- • Çal, 2

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR. 233

y est assis à 1« droite de son père lui qui est homme, quoiqu*il soit Dieu ; qui est le nouvel Adam, quoiqu^il soit le Verbe ; qui est chair et sang, quoique sa chair et son sang aient une pureté inâoiment au-dessus de la nôtre. En effet, il est à la droite de Dieu , le même en substance et en personne qu'il y est monté ^, et il en dcsGoidra le même selon le témoignage des anges ^. De sorte que ces perMes qui Tont couvert de plaies, avec tant d'inhumanité et de fulear, reooonattront celui qu'ils ont si cruellement outragé. Il a été appelé le séquestre et le médiateur d'entre Dieu et les hommes , et du dépôt qoi lui a été confié , il garde en soi-même le dépôt de la chair comme les arrhes du dépôt entier; car ainsi qu'il nous a donné les 'arrhes de son Saint-Esprit , il a reçu les arrhes de la cbair, et il a porté dans le ciel le gage de toute la masse du dépôt qui doit être remise quelque joar en celai de notre félicité. Vous donc, chair et sang, scqfez en assurance, vous avez acquis en Jésus-ClirM m droit dans le ciel et dans le royaume de Dieu. Que si ceux qui vous dénient la possession du ciel osent dénier que vous soyez en Jésus-Christ , qu'ils dénient aussi que Jésus-Christ soit dans le ciel ^. Au reste, l'apôtre dit : cqoe la corruption n'aura point de part à riocorruption^;» mais il ne parie pas de celte sorte afin que tu croies que la chair et le sang soient la corruption même, car ce qu'ils tiennent de la corruption est seulement qu'ils y sont ^jets par la mort. Mais la mort est ce qui corrompt et qui consume la chair et le sang; donc comme il avait dit que les œuvres de la chair et du sang ne peuvent obtenir le royaume de Dieu, pour donner plus de force à sa pensée , il a dénié l'incorruption à la corruption, c'est-à-dire à h mort qui régne par les œuvres du sang et de h chair. Aiasi , peu après , il a en quelque sorte ^primé la mort de la mort même. « La mort dit-il, a été vaincue et comme dévorée dans un Slorieuxcombat^»Omort!oû est ton aiguillon? O mort ! où est ton pouvoir ? L'aiguillon de la iïiort c'est le péché , et le péché c'est la corruption ; mais le péché n'a eu Foroe que par la loi. ^1 est vrai que la loi que l'apôtre reconnaît dans

* s. Maltfa , 16: I. Cor., 15; Actes, 1. « S. Jean, lU; I. ïim., 1. — » II. Cor., 5. M. Cor., 15. - » R!)m.,7.

ses membres , combattant contre la loi de Tesprit , c'est-à-dire celte puissance qui est en l'homme de pécher contre sa volonté propre, est une autre loi. Enfin il dit auparavant : « que la mort , notre capitale ennemie , sera vaincue la dernière ; » tellement qu^en ce qu'il est écrit : « que la corruption n'aura point de part à l'incorruption, »lesens est que la mort sera détruite et que l'on verra tomber son empire. Mais quand est-ce qu'il tombera , et par quels moyens tombera-t-il ? Ce sera à ce moment, à ce clin-d'œil, à ce dernier son de la trompette, où les morts ressusciteront vainqueurs de la corruption. Qui seront ces morts , sinon ceux qui auront souflert la corruption dans la poussière des tombeaux , c'est-à-dire les corps, c'est-à-dire la chair et le sang ?« Et nous serons changés , igoute-t-il. » De quel état serons-nous changés, sinon de celui où nous serons trouvés? car il faut que cette partie corruptible soit revêtue de Tincorruption, et que cette partie mortelle soit revêtue de l'immortalité. Qu'est-ce que cette partie mortelle, sinon la chair ? qu'est-ce que cette partie corruplible,sinon le sang? Et afinque tu ne croies pas que l'apôtre soit d'un autre sentiment , vois quelle peine il prend à t'instruire et à t'obliger d'entendre ce qu'il te dit. Quand il prononce ces paroles : « Celte partie corruptible, cette partie mortelle ^; » il jette sa vue sur sa chair et il la touche. En effet , il n'a pu parler de la sorte que de ce qui était présent à ses yeux; son discours te fait la démonstration de son corps. Mais prends garde, qu'autre chose est ce qui est corruptible, et autre chose la corruption ; autre chose ce qui est mortel , et autre chose la mort : ce qui souffre l'impression de quelque action que ce soit, est aussi ce qui la fait souffrir; ce qui reçoit donc la corruption et la mort , c'est-à-dire la chair et le sang, reçoit aussi nécessairement l'incorruption et l'immortalité.

LU. Voyons maintenant quel corps l'apôtre dit que les morts reprendront en sortant du sépulcre. Certes, il se pre.sse de le montrer, comme s'il y avait quelqu'un qui lui fit celte question : «Ignorant, dit-il, ne vois-tu pas que ce que tu sèmes ne peut recevoir la vie s'il ne se corrompt auparavant 2. » Si l'exemple de la semence le fait voir qu'il n'y a point d'autre chair

M. Cor., 15. «/^/c/.

qui reçoive la vie que celle qnî aura éprouvé la mort, tu comprends aisément ce qui suit dans le texte sacré , parce que tu ne prendras point de sentiment à qui cet exemple ne serve de règle. Et ne crois pas qu'à cause qu'il est écrit, «ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps qui viendra de ta semence, » il doit ressusciter un autre corps que celui qui est semé par fa mort. En effet, si tu as cette opinion , tu t'éloignes de la règle de notre exemple ; car le laboureur ayant semé du froment, et le froment s^étant consumé dans la terre, ce que Ton en recueille, ce n'est pas de Porge, et il n'en vient point de grain qui ne soit du même genre, nature, forme et qualité que celui qui a été semé. Enfin d'où vient ce grain que l'on recueille, si ce n'est pas le même que l'on a semé? Le grain consumé dans le sein de la (erre , en quelque état de corruption qu*il se trouve , est ce même grain , parce qu'il en tire son origine. Mais l'apôtre ne déclaret-il pas comment il est vrai que ce que Ton sème ne soit pas le même corps que l'on doit recueil* lir, quand il ajoute : a Ce que tu sèmes, c'est un grain nu ou de froment, ou d'autre espèce; mais Dieu lui donne un corps comme il veut. » C'est sans doute à ce grain qu'il dit que l'on sème tout nu, que Dieu donnelecorps qui lui convient, a Sans doute, dis-tu. Donc ce grain à qui Dieu donne un corps, est conservé et ne périt pas.n Mais comment cela peut-il èlre s'il n'est plus, s'il ne se relève point, s'il ne se relève pas le même? S'il ne se relevé point , il n'est point conservé , s'il n'est point conservé, il ne peut recevoir de Dieu un corps. Cependant il est certain qu'il est conservé. Pourquoi doncDieu lui donnera-t-il un corps à sa volonté, puisqull a ce corps tout nu qui lui est propre , sinon afin que, n'étant plus nu , il ressuscite ? Ce qui s'élève sur le corps du grain y est ajouté; et ainsi le corps du grain n'est pas anéanti , mais il est augmenté de quelque chose qu'il n'avait pas. Peut-on douter que ce qui augmente ne soit conservé ? Ou sème le grain sans qu'il soit revêtu de son étui , sans qu'il ait un épi qui le soutienne , sans qu'il soit défendu par ce poil qui est autour de Tépi , sans que son tuyau apparaisse avec son appareil superbe; mais il se relève avec une abondance qui paie la semence avec usure, dans une figure formée avec un merveilleux artifice, dans un ordre parfaitement disposé, dans un ajuste-

TERTULLIEN

! ment qui loi sert d'ornement et de défense , et ' enfin dans un habit qui le couvre et qni l'enYironne de toutes parts; et toutes ces choses composent cet autre corps qu'il reçoit de Diea par un changement qni n'anéantit pas son premier corps, mais qui l'amgmente. cDien, dit l'apôtre, donne à chaque espèce de semence le corps qui lui est propre, ce n'est toutefois pas son corps,» c'est-â-dire ce n'est pas son premier corps, mais celui-lfi devient le sieD,qa'dl^ reçoit alors de Dieu «;r accroissement k ce premier corps. AttadK-toi h cet exemple , et que ce soit un miroir qui te fasse voir ce qui arrive à la chair. Crois que la même chair qni a été semée et mise en terre reprendra la vie ; ipféOt se relèvera comme une riche moisson ; que œ sera la même chair, quoiqu'elle revienne plus accomplie; qu'elle n'en sera pas nne autre, quoiqu'elle s'en retourne dans on autre état : car elle recevra aussi de Dieu cet ornement et cette beauté dont il lui plaira de la parer et à propoption de ses mérites. Et c'est ce que Tapôdre a yonlu marquer quand il a dit : « Toute diairn*est pas la même chair, » pour dénier non pas la participation de la même substance, mais Fégalitéde la gloire, établissant la difRrence des corps, non pas quant h leur genre, qni les rend tons pareils, mais quant à la dignité et anx htm* neurs où ils seront diversement élevés. Sor quoi il rapporte dans un sens figuré des exemples des animaux et des élémens:<Anti^dit-n, est la chair de l'homme, d c^est-à-dire dToil fidèle serviteur de Dieu, qui est vraiment Fhomme; «autre est la chair d'une bête brute, «(fest-t-dlre d'un gentil, dont le prophète a dit : «Lliomme est semblable à des bêtes brutes;» «anfre est la chair des oiseaux ,i> c'est-â-dire des martyrs qm prennent leur vol en haut; «antre est celle des poissons, » c'est-à-dire de ceux qui poitr être nettoyés de leurs souillures n'ont pins besoin qaede l'eau du baptême ^ De là il passe aux corps célestes : «Autre , dit-il , est la gloire dn soleil,» c'est-à-dire de Jésus-Christ ; «autre est la jgloire de la lune , » c'est-à-dire de l'figlise ;cautre, celle des étoiles.» c'est-à-dire la semence d^Abraharo. Ainsi une étoile n'a pas tant de clarté, et brille d'un moindre éclat qu'une autre étoile; ainsi il y a différence entre les corps terrestres et les corps

Psaume 48.

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

eélestes , c*est-à'dirc entre un juiFet un chrétien. Que si ce n^est point par fîfpire, c'est sans doute ninement qu'il a opposé la chair des animaux et les corps des astres aux corps humains^ puisqnll n'f a rien entre eux de comparable pour ce qoi r^arde la nature , ni même pour Tespérance de la résurrection. Enfin Tapôlre ayant fait voir par ces figures la distinction de la ^tàfe et non celle de la substance : « Il en est msi, a-t-il ajouté, de la résurrection des morts. » Que veat-il dire par ces paroles? Certes, il ne marque pas une différence de substance dans ks corps qui ressusciteront ; mais ce qu'il exprime c'est cette illustre difFérence de la gloire et de la dignité dont ils seront revêtus, car attribuant encore la résurrection à la même substance delà dialr,et revenante cettesimilitudedugrain: a Le corps humain , dit-il, est enseveli et caché dans la terre en un état corruptible , et il ressuscitera emm état où il nesera plus sujet à la corruption ; il est ensevdi dans la honte et le mépris , et il ressuscitera glorieux ; il est enseveli dans la faiblesse, et il ressQscitera dans la puissance; il est enseveli après avoir perdu une vie animale , et il ressuscitera dans une vie toute spirituelle. »En effet, ce qui ressuscite c'est ce qui a été enseveli; ce qui a été enseveli, c'est ce qui se corrompt dans la terre ; et ce qui se corrompt dans la terre, <fest ce corps de chair, et c'est cette diair que Dieu Frappa par son jugement : «Tu es terre, lui dit-il, et tu retourneras en terre,» parce qu^elIe était vêtue de terrée D'oA vient qae Tapôtre dit qu'on la sème quand on la met dans la terre, parce que la terre est ce qui la tient comme en séquestre^, car c'est dans son sein qu'on la dépose, et c'est de son même sein qu^on la reprend. Ainsi le même apôtre voulant imprimer plus fortement cette vérité dans notre esprit, la confirme et la scelle de nouveau par ces termes : a car il est ainsi écrit. » Ne crois donc pas que quand il est dit que la chair est semée, cela se rapporte à autre chose qu'à ce quiaétédit: a Tu retourneras en terre d*où tu es venu, «et ne crois pas aussi que ce qui est mis en terre, soit autre chose que la chair, comme il est encore écrit. LUI. Quelques-uns prétendent que le corps animal c'est lûme, afin d*ôter la créance de ce retour de la chair à la vie ; mais puisqu'il

* Genèse, 5. — • I. Cor. 5.

est certain que le même corps qui aura été semé et mis en terre ressuscitera , il suffit pour les convaincre de les appeler à l'expérience : ou il faut qu'ils montrent que Tâme ait été semée après la mort , c'est-à-dire qu'elle soit morte , qu'elle ait été abattue et couchée par terre, qu'elle ait souffert la dissolution de son être, qui sont des peines que Dieu ne lui a point ordonnées. Qulls Fassent voir qu'elle soit tombée dans la corruption, dans le déshonneur, dans l'infirmité, afin que l'on puisse dire d'elle « qu'elle ressuscite dans un état d'incorruption^de gloire et de puissance ^» Et certes en la personne de Lazare qui est le principal exemple de la résurrection , c^est la chair que l'infirmité à mise dans le cercueil ; c'est la chair qui a presque éprouvé la pourriture , comme une marque de son d&honneur et de sa honte ; c^est la chair que la corruption a rendue un objet d'horreur; toutefois, c'est en la chair que Lazare est ressuscité. Il est vrai qu'il est ressucité avec son âme exempte de corruption , et que personne n'avait serrée avec un bandage de linge comme un cadavre , que personne n'avait placé dans le sépulcre, dont personne n^avait senti la puanteur et l'inFection, que personne n'avait vue gisante quatre jours dans la terre. La chair de tous les honunes expérimente tous les jours tout cet état, toutes ces circonstances de la mort de Lazare , mais il n'y en apoint dont l'âme Fasse cette expérience. Ce qui a donc été dans l'esprit de l'apôtre, ce que sa plume a touché manifestement, et enfin ce dont il certain qu'il a parlé, c'estce corps animal , corps animal quand il entre au monument , et spirituel quand il ressuscite; car le saint apôtre prête lui-même la main pour te Faire connaître que tu le dois entendre de cette sorte , quand il répète par l'autorité de l'Écriture, a qu'Adam le premier homme à reçu un àme vivant e~^.» En eFFct , si Adam est le premier homme du monde, et si la chair a été Thomme avant que l'âme y eût été inspirée , il est sans doute, que la chair a reçu l'âme ; et si étant un corps elle a reçu l'âme, elle a été Faite corps animal. Quel nom veut-on qu'on lui donne, que celui qui exprime ce qu'elle aété Faite parle moyen de l'âme, ce qu'elle n'était pas avant que d'avoir reçu l'âme, ce que, l'âme en étant dehors, elle ne sera

« s Jean, 21 —M. Cor., 15.

TERTULLIEN

plus, si ce n'est lorsqu'elle ressuscitera, car ayant j recouvré son âme elle redevient une autre fois corps animal , afin que ce corps devienne corps spirituel. Ce qui ressuscite, c'est ce qui à autrefois été; de sorte que la même raison qui donne à la chair le droit d*ètre nommée corps animal , montre que le nom de corps animal ne peut convenir à Tàme. La chair a été corps avant que d*ètre corps animal, et elle a été faite corps animal lorsqu'elle a été animée; et quoique Tàme soit un corps , néanmoins parce que c'est non pas un corps qui reçoit l'àme, mais plutôt un corps qui anime et qui donne la vie , on ne peut le nommer corps animal parce qu'elle ne peut souffrir en elle ce quelle fait dans les autres. Quand elle entre dans un corps , elle le fait corps animal. Quand donc elle n*y entre pas, comment elle-même se ferait-elle de nature animale ? Ainsi, comme la chair recevant Tâme a été corps animal, elle devient corps spirituel recevant l'esprit : c'est Tordre que l'apôtre a suivi et qu'il a si bien distingué en Adam et en Jésus-Christ. Et quand il nomme Jésus-Christ le nouvel Adam, tu peux bien reconnaître qu'il déploie tout ce qu'il y a de doctrine et de force pour établir la résurrection, non pas de l'âme, mais de la chair ; car Adam , le premier homme, lorsqu'il fut formé du limon de la terre, fut fait chair et non pas âme, quoique après il ait reçu une âme vivante, et que Jésus-Christ, le nouvel Adam , est Adam parce qu'il est homme, et est homme parce qu'il est chair, et non parce qu'il lest âme. L'apôtre ajoute : <c Ce qui précède ce n'est pas l'être spirituel, mais c'est l'être animal ; et après celui-ci notre corps aura l'être spirituel , qu'il participera du premier et du second Adam. » Tu vois qu'il fait la distinction du corps animal et du corps spirituel en la même chair après qu'il l'a faite en Tun et l'autre Adam , c'est-à-dire eu l'un et en l'autre homme. En effet à raison de quelle substance y a-t-il ressemblance entre Jésus-Christ et Adam , sinon à raison de la chair? quoiqu'ils soient aussi semblables quant à l'âme. Mais c'est par la chair qu'ils sont hommes tous deux, parce que la chair a été l'homme la première, c'est elle qui a donné lieu à l'ordre établi entre eux, et qui a fait que l'un est nommé le premier, et l'autre le second honune, c'osl-à-dirc le premier et le second Adam. Certes des choses de diverses natures ne reçoivent point un ordre

entre elles quant à \pi susbtance, et si elles en peu* vent admettre ce n'est qu'à l'égard des circonstances du lieu, du temps, et de la condition ; au contraire c'est à cause de la substance de chair qu'Adam et Jésus-Christ ont été nommés le premier et le second homme. Ainsi l'apôtre ajoute : « Le premier homme est de la terre , et le second homme est du ciel ; » il est du ciel selon l'esprit, mais il est homme selon la chair. C'est pourquoi comme en l'un et l'autre Adam, c'est un ordre qui convient à la chair et non point à l'âme que le premier homme soit distingué du second, en ce que celui-là a reçu une âme vivante, et que celui-ci a un esprit vivifiant, cette distinction qui est entre eux fait naître aussi un préjugé en faveur de la chair, que ce soit d'elle qu'il est dit : <c Ce qui précède, ce n'est pas l'être spirituel, mais l'être animal, et après l'être animal, suivra l'être spirituel. D D'où l'on conclut qu'il fout pareillement entendre d'elle ce qui est écrit : «le corps que l'on sème et que Ton met en terre est un corps animal , et ce même corps ressuscitera corps spirituel,» parce que l'être spirituel n'est pas le premier, et qu'il est précédé par l'être animal , que le premier Adam a reçu l'âme, et que le second Adam a l'esprit : en un mot tout ce qui est de l'homme est de la chair, en tant qu'il est de l'homme. Quoi donc, dirons-nous, la chair n'obtient-elle pas en ce monde l'esprit par la foi? et n'a-t-on pas styct de demander comment l'on peut donner au corps que l'on sème et que l'on enferme dans h terre le nom de corps animal? Certes, la chair reçoit ici-bas l'esprit, mais elle ne le reçoit que comme des arrhes de la vie de l'esprit, au lieu qu'elle reçoit non pas seulement des arrhes, mais la plénitude tout entière de la vie animaL Et de là vient qu'elle a le nom de corps animal , parce que la nature est sa principale substance, et que c'est celle qui entre dans le sépulcre,quoique néanmoins elle doive un jour devenir encore spirituelle par la plénitude de l'esprit, dans laquelleelle ressuscitera. Quelle merveille qu'elle prenne plutôt son nom de ce qui lareroplit au dedans quedecequi ne fait que l'arroser au dehors! LIV. Comme des mots qui sont joints â d'autres mots forment des sens qui donnent souvent lieu à des questions et à des disputes, il en est de même d'un mot considéré séparément et sans liaison avec d'autres mots. Ainsi par ce que

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

2âr

Fapàl^ a dil t a Afin que ce qui est mortel, c est-à* dire la chair, soit dévore par la vie > ; » Ton s'attadie à ces termes ; et dévoré en est un duquel €o peut induire la perte entière de la chair, eomiiie si Ton ne disait pas que l'on d^ore sa bik et sa douleur, pour dire qu*on la retient et qa*oa Tétouffe en soi-même. Et certes , ces autres paroles du même apôtre : « U faut que ce corps mortel soit revêtu de Timmortalité^, » montrent que ce qui est mortel est dévoré par la vie; Doa pas que le corps mortel se consume et se .. perde entièrement , mais parce qu'il est couvert et caché, et comme renfermé sous la robe de rinuDortalîté dont il est revêtu, a Donc , dis-tu , ta mort étant dévorée, elle ne laissera pas de subsister.» Mais si les termes sont communs, il faatquetu discernes les sens qui sont différens, et par ce moyen tu auras Fintelligence claire du passage de Tapôtre : a Autre chose est la mort, et autre chose ce qui est mortel, d D*où il s'ensuît qae la mort sera dévorée d'une façon , et ce qui est UMirtei d'une autre. La mort ne reçoit point rimmortalité, au contraire ce qui est mortel la reçoit ; et il est écrit qu'il est nécessaire quece corps mortel soit revêtu de Timmortalité. Mais comment la reçoit-il ? II la reçoit Iorsqu*il est dévoré par la vie. Gomment est-il dévoré par la vie ? Lorsqu'il entre dans la substance de la vie , qu'il est réduit et renfermé en elle. Au reste , c*est à bon droit que la mort est dévorée pour empêcher que l'homme ne périsse , parce qu'elle dévore de sa part pour le faire périr, a La mort , dit l'Écriture , ramassant ses forces a dévoré ce qui était l'objet de sa rage 3; et c'est pour cela qae dans la fureur du combat elle a succombé, elle a été dévorée^. » 0 mort! où est ton aiguillon? O mort ! où est ta puissance? et que sont devenus tes efforts? La vie , cette ennemie de la mort, dévorera par sa vertu, pour le salut de rhomme, ce que la mort dans sa fureur avait dévoré pour la perte de l'homme.

LV. Mais quoiqu'en prouvant que la chair ressuscitera, nous prouvions aussi qu'il n'en ressuscitera point d'autre que celle dont nous parlons, toutefois il faut faire sur cette dernière proposition une réflexion plus particulière, et il est à propos de traiter singulièrement les questions qui tombent dans notre sujet , et leurs

« Cor. 5.—* I. Cor, 15. — » Rom., «. — ♦ I.Cor., 15.

causes , quelque chose que nous en ayons pu toucher d'ailleurs en examinant notre principale question. Nous expliquerons donc plus au long la force et la manière du changement qui se fera dans notre chair au temps de la résurrection; changement qui semble fournir la présomption de la résurrection d'une autre chair, comme si changer de cette sorte , c'était souffrir une destruction totale et cesser d'être entièrement , et comme si ce changement était une extinction de tout ce que l'on était auparavant. II faut montrer que le changement n'a rien de commun avec la perte de Têlre, que de celui-là on ne peut tirer aucun argument pour la preuve de celle-ci. Ainsi autre chose est le changement marqué par l'apùtre, et autre chose est l'extinction de l'être , mais il n'y a rien en quoi l'un diffère de l'autre si la chair doit être changée de telle façon qu'elle périsse. Et la chair étant ainsi changée périra si dans les changemens elle ne demeure pas la même qu'elle a été représentée dans la résurrection ; comme elle périt si elle ne ressuscite pas, elle périt aussi si ressuscitant elle se perd dans le changement qui suit la résurrection , parce que cela étant, elle n'est point non plus que si elle n'avait point ressuscité. Combien est-il déraisonnable de penser qu elle ressuscite afin de n'être point , puisqu'elle a pu n'être point en ne ressuscitant pas, ayant déjà commencé par la mort à n'être point? 11 ne faut pas s'imaginer que des choses si opposées se confondent ensemble, qu'il se fasse un mélange de l'extinction et du changement. Et certes, leurs opérations sont toutes distinctes : l'une fait périr absolument , et l'autre ne fait que transférer d'une qualité à une autre. Tout ainsi donc que l'pn ne dit pas que ce qui est péri soit changé , de même Ton ne peut dire que ce qui est changé soit péri. Être péri, c'est n'être plus du tout ce que l'on a été, mais être changé, c'est être dans un autre état que l'on était. On peut être dans un autre état et être néamoins le même, car ce qui ne périt pas conserve son être; et s'il souffre quelque chose, ce n'est qu'un changement qu'il souffre , et ce n'est pas qu'il perde son être. En effet, on peut changer sans chan;];er en la substance, comme un homme peut demeurer substantiellement tout entier ce qu'il est, et changer néanmoins en diverses ma- I nières ; car il peut changer dbabitude , de forme

extérieure , de disposition corporelle, de condition, de dignité, d'âge, d'inclination ,d'afFaire5v de travail, d'industrie, de biens, de demeure, de foi , de mœurs. Mais parmi tous ces changemens qui lui arrivent , il ne perd rien de ce qui est de Thomme, et il ne devient pas tellement un autre qu'il ne soit plus celui-là même qu'il était; si nous ne disions plutôt qu'il devient autre chose, et non pas autre. Les saintes lettres nous donnent aussi des preuves de celte espèce de changemens ' : la main change à Moïse , et on la voit sans couleur, sans sang et comme morte; on la voit de blanche et colorée devenir froide et pâle; mais cette même main ayant recouvré sa chaleur, la couleur lui revient, et c'est la même cliair et le même sang qu'auparavant. Après cela le visage lui change , et il est environné d'une clarté si brillante que les yeux humains étant incapables d'en supporter l'éclat, ils ne peuvent le voir et le contempler dans cet état 3: cependant cet hoii:me qu'on ne voyait plus , c'était le même Moïse. Ainsi saint Etienne était déjà revêtu de la gloire des anges 3, et toutefois c'étaient les mêmes genoux qui se jetaient à terre pour prier Dieu sous la grêle des pierres qui les lapidaient. Notre-Seigneur luimême dans cette retraite qu'il fit sur la montagne changea ses habi ts en un corps de lumière ^; mais dans cette transfiguration merveilleuse, il conserva quelques traits de sa personne qui furent reconuaissables à saint Pierre. Moïse et Élie, qui parurent en ce spectacle de la gloire de Jésus-Cbrist, l'un dans l'image dune chair qui ne lui avait pas encore été rendue, l'autre, dans la vérité d'une chair dont il n'avait point encore été dépouillé, montrèrent que les habitudes du corps demçurent aux corps glorieux. Et c'est sur cet exemple que saint Paul a dit : a Qui a changé la conditlun périssable de notre cor^is et l'a transformé en la splendeur du sien ^. Que si lu veux que le changement et la transfiguration opèrent ranéautissement total de la substaiice, il s'ensuit que Saul dont il est écrit qu'il fut changé en un autre homme par son onction royale, a cessé d'être S;iûl , et qu'en cet état il est sorti de la vie, et que Satan, quand il se

» Exode, 4. - « Ibid., M. - » Actes, 9. « S. AlatUi.. 17; S. Aiar€,9;$. Uc,6.

» Phiiip., 25.

transfigure en ange de lumière, n*est plus ange de ténèbres; mais certes, je ne suis pas de cet avis , et ainsi le changement qui se fait dans la résurrection n'a rien qui empêche que la même substance du corps ne demeure.

LVI. Considérons maintenant combien il eat absurde, combien 11 est inique, et combien il est à ce double titre indigne de Dieu , qu'une substance travaille et qu'une autre en reçoive la récompense ; que cette chair souffre le martyr ; qu'elle soit déchirée et mise en pièces, et qu'une autre soit honorée de la couronne qui lui ap* partient ; et qu'au contraire cette chair croupisse dans la fange et l'ordure des vices , qu'elle s'abandonne aux plus sales plaisirs, et qu'une autre en soit châtiée. Ne vaut-il pas mieux n'avoir point du tout d'espérance en la résurrection, renoncer tout d'un coup â la foi qui nous la promet , que de se jouer ainsi de la sagesse et de la justice de Dieu ? Et l'erreur de Marcion n'est-dle pas préférable en cela à celle de Valentin? Eu effet , il n'est point croyable que l'homme étant revêtu de cette robe de l'immortalité et de l'iacorruption , son esprit, sa mémoire et sa connaissauce s'évanouissent et se perdent entiëremeoL Ainsi tout le fruit et tout l'avantage de la résurrection, tout ce que Dieu ordonne si équitablement sur le bien et le mal , demeurerait sans effet. S'il ne me souvient point que je suis celui qui a mérité la gloire , comment en rendraisje llionneur à Dieu? comment lui chanterais-je un cantique nouveau de joie et de reconnaissance , si je ne sais pas que je suis celui qui lui en doit rendre des actions de grâces ^ ? Mais pourquoi oc changement n'arrive-t-il qu'en la chair, et pourquoi Tâme, qui en toutes choses a présidé sur la chair, ne change-t-elle pas avec la chair ? D'ailleurs qu'elle est cette pensée , que cette même âme qui a fait toute la course de la vie dans cette chair, qui est parvenue à. la connaissance de Dieu , qui a été revêtue de Jésus-Ghrist , qui a semé l'espérance du salut dans cette cbair^, en recueille la moisson dans une autre; je ne sais quelle chair? Vraiment il faut que ce soit une chair qui ait beaucoup de cluirmes et de grftocs» puisqu'elle obtiendra la vie sans qu'il lui en coûte rien du lout ; et enfm, si l'âme ne change pas , il n'y a point de résurrection pour elle, et

• 1. Cor., 15, — » Psaume 55, ~ «Gai., 6.

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

làaiiecroira point qu'il yaitderésurrcciioD pour die, si œ n'est pas une autre âme qui ressuscite. LVII. Voici rargumeiit le plus ordinaire et robjeclioD la plus fine que nous proposent les cqvits incrédules, a Si , disent-ils , une seule et ntme «ibstance se rétablit avec ^ ùqutc , ses infamms et sa qualité , il s'ensuit qu'elle se rétablira avec toutes les autres marques qui la bat recQonailre : ainsi les aveugles, les boiteux et les paralytiques reviendront avec ce qu'il y a de plus remarquable dans leurs défauts. » Quoi ! ti changfs maintenant de discours , bien que tu dédaignes, quelque tu sois, de recevoir une si gruide grâce de la bonté de Dieu? Et vraiment, ta A'insistes plus à n'admettre que le salut de rime I tu attribues aussi le salut h des hommes qniœ sont hommes qu'à demi. Mais qu'est-ce que croire la résurrection , sinon la croire tout entière? Si la chair sera rétablie après la dissolution, elle sera bien pluiùt rétablie sans ses défauts oorporek : les plus grands effets des œuvres de Dieu doivent servir de règles pour les moindres. Le retranchement ou la rupture de quelque membre , n'est-ce pas la mort du membre même ? Si la résurrection détruit la mort de tout le corps, ne détruira-t-elle pas la mort d'ooe partie du corps ? S'il se fait un change* meni en nous pour nous élever â la gloire, pourquoi ne s*en fera-t*il pas en nous pour nous reodre notre chair délivrée de ses incommodités? Les imperfections du corps sont des accidens : ce qui nous est propre et naturel c'est que le oirps soit entier; la nature qui préside à notre naissance nous forme tous parfaits, et $i nous apportons quelque imperfection du ventre de notre mère, c'est un défaut qui arrive a un homme, lequel n'avait rien d imparfait; il est homme avant qu'il survienne un accident qui cause sa difformité; et de la même sorte que Dien lui donne la vie, il lui en fait la restitution: tels nous étions quand nous l'avons reçue , tels nous la recouvrerons; nous serons rendus â la nature et non pasâladisgrâce;nous reprendrons la vie dans l'imperfection de la naissance et non pas dans lëtat de rinfortunc. Si Dieu ne ressuscite pas les hommes tout entiers, il ne ressuscite pas les morts; car qui est le mort qui soit tout entier encore qu'il meure tout entier ? Un homme est-il sain , quand il n a presque plus de vie ? Un corps est-il sans plaie et sans blessure.

quand il est étendu par terre des coups qu'il a reçus, quand il est froid, quand il est couvert de la pâleur de la mort , quand la chaleur du sang étant éteinte, la chair s'amollit et est sans vigueur, et enfin quand c'est un cadavre? Y a-t-îl quelque état où l'homme soit plus faible que lorsqu'il est faible dans toutes ses parties, où riiomme soit plus paralytique que lorsqu'il est sans aucun mouvement ? Ainsi ressusciter un mort, ce nVst autre chose que le rétablir en son entier, et cela est nécessaire de peur qo*il ne soit encore mort en cette portion de lui-même qui ne serait pas ressuscitée. Certes, Dieu est très-capable de refaire ce qu'il a fait une fois; ce qu'il a montré en Jésus-Christ est une illustre promesse de cet effet merveilleux de sa puissance et de sa libéralité. H a même fait voir ce Sauveur comme celui qui non-seu!cment ressuscite la chair, mais qui la rétablit tout entière. D'où vient que l'apôtre a dit : « Les morts ressusciteront dans un état d'incorruption'.» Gomment cela, sinon que ceux qui ont été auparavant corrompus, tant par la violence des maux que parla vieillesse du tombeau, redeviendront en« tiers? Ainsi dans un passage précédent, il pro* pose qu'il Faut a que ce qui est corruptible soit revêtu de Tincorruption , et que ce qui est mortel soit revêtu de l'immortalité ; » et il fait sa proposition double, non pas pour user de la répétition d'un même sentiment, mais pour marquer la différence qu'il veut établir; car il rapporte l'immortalité à la destruction de la mort, Tincorruption à l'exclusion de la corruption , et par la division qu'il en fait , il attribue la première h la résurrection , et la seconde à la restitution entière de la chair. Mais n'a-t-il pas aussi promis aux Thessaloniciens le rétablissement de cette substance entière ^P tellement que les défauts du corps ne seront plus à craindre à Favenir. Que le corps ait été ou conservé entier, on remis dans tout ce que la nature lui avait donné, il ne pourra plus rien perdre, puisque ce qu'il aurait perdu lui sera rendu. Au reste, quand tu dis que si la même chair ressuscite, elle sera encore sujette aux mêmes pasbions, lu entreprends témérairement de défendre la nature contre son Seigneur, et tu soulèves avec impiété la loi contre la grâce', comme s'il n'était pas permis à Dieu

« I. Cor., 15. - • Thesi., S. - » Maltii., 19.

TERTOLLIEN.

de changer la na(ure et de conserver la chair sans s*assujeUir ù la loi. D'où vient donc que nous lisons : a Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu >; » et Dieu a choisi les choses qui passent pour folles dans le monde, pour confondre la sa(];esse du monde ? Dis-moi, je te prie , quand , par la liberté dont tu as gratifié ton esclave, tu as changé sa condition, doit-il encore souffrir les fouets, les chaînes, les flétrissures du corps , à cause que cette chair et cette âme qui étaient sujettes à ces cruels traitemens, lui demeurent? Non certes, au contraire, il reçoit Tornement de la robe blanche et la dignité de l'anneau d*or, il a Thonneur de porter le nom de son patron, il entre dans sa tribu , et est assis à sa table. Accorde à Dieu la même puissance, que par la vertu du changement qui se fera en nous, il réforme la qualité et non pas la nature , nous délivrant des passions et nous donnant de quoi nous en défendre. Ainsi la chair demeurera après la résurrection , et demeurera passible , en ce que ce sera la même ; et sera impassible en ce que Dieu Faura affranchie , mais avec cette prérogative de n'être plus sujette aux passions de la nature.

LVIII. «Une joie éternelle, dit Isaïe, se répand sur leur tête 2. » Mais il n'y a rien d'éternel qu'après la résurrection la douleur, la tristesse et les sanglots prennent la fuite devant eux. Ainsi l'ange dit à saint Jean : a Et Dieu essuiera les larmes de leurs yeux, et en tarira la source^. » Il parle de ces mêmes yeux qui pleuraient auparavant, et qui eus.sent encore pleuré si la bonté divine n'eût arrêté le cours et séché les torrens de leurs larmes. Il dit encore : « Ce fleuve de larmes qui sort de leurs yeux sera tari , et la mort ne régnera pas plus avant ^. » Donc ce sera aussi le terme de la corruption , qui sera chassée par Tincorruption , comme la mort par l'immortalité. Si la douleur , la tristesse et les sanglots viennent de l'affliction de l'âme et de la chair, si la même en est aussi produite , comment est-il possible de les étouffer si l'on n en fait cesser les causes , à savoir les afflictions de la chair et de làmeP Mais est-on sujet à quelques accidens qui affligent, quand on est auprès de Dieu; à quelques insultes d'ennemis, quand on est dans le sein de Jésus-Christ; à quelques véhémences

« Cor., 1. —• Isaïe, 35. — » Apoc., 7. — * fbid,, 21.

du démon, quand on jouit des lumières et des douceurs du Saint-Esprit, et lorsque le diable et sesangessont déjà ensevelis dans iesflammes? Enfin en ce bienheureux séjour de la gloire, où sera la nécessité et ce que Ton nomme la fortune et le destin? Quelle blessure restera à ceux qui seront ressuscites après avoir obtenu le pardon ? Quelle colère pourront craindre ceux qui auront été reconciliés après avoir reçu h grâce ? Qu'elle infirmité , quand on sera dans un éiH de force et de vertu ?Quelle faiblesse quand on possédera le salut? Ce que TÉcriture nous apprend, a que les vêtemens et les chaussures des enfims d'Israël servirent quarante ans sans s'user et sans se rompre^; que les ongles et les cheveux qui croissent si vite, demeurèrent tout ce temps sans croître sur leurs personnes, par Tordre de cette justice qui dispose des puissances uatn* relies et qui règle ce qui est de la bienséance, de peur que leurs ongles et leurs cheveux ne devinssent d'une grandeur énorme, qui eût pu passer pour un effet de la corruption ; qoe les flammes de Babylone , n'oiFeosèrent ni les tiares , ni les robes de pourpre des trois frères , quoique ce fussent des ornemens étrai4;ers à la nation juive ^; que Jonas, dévoré parce monstre de mer, le ventre duquel consumait tout le débris des naufrages , en sortit trois joon après sans incommodité 3; que Enoch et £lie n'étant pas ressuscites, parce qu'ils ne sont pis même encore morts ^, mais ayant été transiiMs hors de ce monde, et pour cela étant d^à dans un état proche de l'éternité, éprouvent qoe la chair est capable de jouir de l'exemption entière de la faiblesse humaine et de toute sorte cTaocidens et d'injures ; tous ces événemens , dts^je, qu'est-ce qu'ils nous enseignent? Et ne sonl-ce pas autant de témoignages de notre foi et de 'documens de cette vérité que nous croyons que nos corps seront rétablis tout entiers? En efftt, selon Tapôtre : «ces choses ont été écrites pour être des figui*es de ce que nous forons quelque jour, y> et ces figures nous ont été données irfin que nous ne doutions pas que Dieu ne soit plus puissant que cette loi de la nature, qu'il ne puisse changer cette condition du corps hnmain,et qu'il ne conserve enfin cette chair dont il a même conservé et les chaussures et les vêtemens.

« Deut., 29.—«0anlcl,— » Oonat, 2. -« IV. Reg., 2.

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

WL « Mais j dis-ta, le siècle fatur dépend d*ua aotreordre, parce qu'il est éleroel. »D'où tucoadus que la substance de la chair qui est de ce siède-ci, et qui par cette raison n'est paséter- Deile , ne peut prétendre à la possession de cet état d'une nature si différente. Certes, ce que to dis aurait quelque fondement, si Thomme eût été formé sur cet ordre du siècle &tur, et qu'au contraire cet ordre du siècle fotur n'eût pis été fait pour Iliomme. Mais quand Tapôtre dit : «Soit le monde, soit la vie , soit la mort, soit le futur, soit le présent, tout est à vous^» il constitue Tbomme héritier de toutes ces choses futures. Au reste, Isaie ne fait rien pour toi, lorsqu'il dit : cToute chair est vile comme de llierbe ^, » puisqu'il dit ailleurs: «Toute chair TerraDieuleSauveur,» distinguant la chair de la ebair, non pas quant à la substance, mais quant à la fin différente qu'elle aura par le décret de la juatice de Dieu ; car, qui ne convient pas que Dieii, par son jugement équitable , prononcera deux sentences, Tune du salut, et l'autre de la peine? Toute chair donc qui est destinée au feu est vile comme de Therbe , et toute chair qui. est ordonnée pour le salut, verra Dieu le Sauveur. Pour moi , je sais que si autrefois je mis tombé dans l'impureté, ce n'est pas dans une autre chair que je suis tombé , et que ce n'est pas non plus dans une autre chair que je m'efforce maintenant de garder la pureté. S'il y a quelqu'un qui ait une double chair, il peut se défaire de celte chair vile et impure, et se reserver seulement cette chair noble et pure qui verra Dieu le Sauveur. Mais parce que le même prophète , parlant des nadous, dit en un endroit, t qu'elles sont réputées comme de la poussière et de la salive^,» et en un autre, a qu'elles espéreront et qu'elles croiront au nomdeDieu et en la puissance de son bras^, » pouvons-nous nous tromper en ce qui les regarde , et penser de ce que les unes croiront , et que les autres demeureront dans leur aveuglement, et seront réputées comme de la poussière, ce soit à raison de la diversité de la substance? Non, non, dans toute cette vaste étendue que TOcéan embra^^se, et que le ciel, qui est suspendu sur nos lèles, couvre de son voile, Jésus-Christ a porlé aux nations la véritable lumière ; et c'est ici la source

» I. Cor., 3. — » Isaïe, 40 et tô. — » Jbid., 4t . *y6W.,42,53et60.

de l'erreur des valent iniens, caries nations fi* dèles ne sont pas dissemblables des nations iufi* dèles quant à la substance de la chair et de Fàme ; et comme le prophète a distingué les nations, établissant entre elles non pas une différence de genre, mais une diversité de sort et d'état, ainsi à l'égard de la chair qui dans toutes les nations est une seule et même substance, il a établi une distinction , non pas en la matière, mais en la récompense.

LX. Nos adversaires, pour donner encore plus de jour à la dispute , argumentent contre cette même chair en lui opposant les fonctions ordinaires des membres du corps. Ils disent donc : que les membres ayant été destinés au corps pour leurs opérations naturelles, il est de néces* site qu'ils y persévèrent; ou, s'il est certain que les membres du corps ressuscité n'aient plus ces fonctions, ils en induisent quil n'y aura plus de corps, parce qu'il n'est pas croyable que le corps subsiste sans ses membres, ni que les membres puissent être sans leurs fonctions, a En effet , disent-ils , quand l'on n'aura plus be* soin de manger et de boire , à quoi servira cette profonde caverne de la bouche, ces rangs et cette assiette de dents, ce canal de la gorge , ce réservoir de l'estomac, ce gouffre du ventre, cette grandeur immense et ce merveilleux enchaîne» ment des entrailles ? Pourquoi dans cet état de la résurrection admettre l'usage de tous ces membres ? Y aura-t-il quelque action à laquelle ils puissent être employés? Faudra-t-il qu'ils portent encore l'aliment de haut en bas, qu'ils le digèrent, qu'ils s'en déchargent ? Quel service tirera-t-on des mains, des pieds et des autres membres destinés au travail, quand on ne sera plus chargé des soins de la vie? La génératioB et la nourriture du fruit dans le sein maternel venant à cesser, que deviendront les parties du corps qui y sont nécessaires , celle où l'enfant est conçu , et les sources d'où le lait coule aux mamelles? Mais que sera-t-il de tout le corps, puisque tout entier il n'agira plus? t Pour répondre à ces objections, nous avons déjà établi qu'il ne faut pas mêler l'ordre du siècle futur à celui du siècle présent , parce qu'il se fera un changement en l'homme, à l'heure delà résurrection , qui s'opposera à ce mélange, mettant le corps dans un autre état qu'il n'était. Nous ajoutons que ces fonctions de nos membres né*

TERTULLIEN

cessaires aux besoios de cette vie, ne dureront que jusques au moment où le corps ressuscitera , parce qu'alors cette même vie sera transfiirée du temps à Féternité , comme le corps animal sera converti en corps spirituel ^, cette chair mortelle étant revêtue de l'immortalité, et cette nature corruptible recevant Tincorruption. En efFet , la vie étant ainsi délivrée de ses besoins, les membres seront pareillement délivrés de leurs fonctions , mais ils ne laisseront pas d*être toujours nécessaires , parce qu'encore qu'ils soient délivrés de leurs (onctions , il faut qu'ils subsistent par Tordre du jugement de Dieu, afin que chacun reçoive en son corps selon les actions qu'il aura faites^; car le tribunal de Dieu demande rhomme entier et parfait , mais l'homme ne peut être entier et parfait sans ses membres , parce que c'est leur substance et non pas leurs fonctions qui composent ce qu'il est, si ce n'est que tu veuilles dire qu'un navire soit entier sans son fond, sans sa proue et sans sa poupe, et enfin sans la conservation de tout l'assemblage et de tout le corps du vaisseau. Que si nous avons vu assez souvent un navire tout glorieux d'avoir été réparé, après que la tempête l'avait brisé, ou que la pourriture l'avait mis hors de service, tousses membres ayant été rétablis et remis en meilleur état, avons-nous sujets d'être en peine de l'industrie , de la volonté et de la puissance de Dieu , en ce qui regarde la réparation de l'homme? Quoi ! si un maître de navire, riche et libéral, se contente que l'on répare son vaisseau, et le fait rétablir soit par affection , soit pour 8a gloire, sans vouloir cependant qu'il travaille, diras-tu que ce corps de navire n'ait plus besoin de ces membres dont il était composé , parce qu'ils seront désormais inutiles et qu'ils ne servent qu'à la conservation du vaisseau qui ne travaillera plus pour le service du mattre ? Il faut donc seulement considérer si Dieu, destinant l'homme pour le salut, y a destiné la chair, et s^il veut que cette même chair soit encore. Et tu ne peux pas prétendre, sous prétexte que ces membres n'auront plus d'usage et de fonctions, que la chair ne puisse reprendre son être; car une chose peut reprendre son être, et toutefois être sans fonction, outre que Ton ne peut dire qu'une chose soit sans fonction si elle

« I Cor., 15. — • il. Cor., 5,

n'est pas , et enfin si elle est ^ elle pomra n^ètre pas sans fonction, parce qu'il n'y aura rien d*i< nutile en la présence de Dieu.

LXl. Tu dis que lu as une bouche pour manger et pour boire, pourquoi ne dis-tu pis plutôt qoe tu as cette bouche pour parler, afin que ta sois au-dessus des autres animaux, ou que tu l'as rer çue pour louer Dieu , afin que tu t'élèves même au-dessus des hommes ? J'ajoute qu'Adam ^ donné les nofps aux animaux, avant quedetoacher au fruit de l'arbre , et qu'il a prophétisé avant que d'en goûtera Mais si tu prétends que tu as des dents pour dévorer toutes les denrées qui se vendent au marché , ne t'ont^les pas plutôt été données , afin qu'elles soient comme un rempart qui environne ta bouche , et que quand la joie ou la douleur te la fait entr'ouvrir, ce soit avec quelque bienséance ? Ou n'est-ce pas une barrière pour retenir le mouvement de ta langue , ou pour te servir, par le battement qui se fait de la langue et des dents , à articuler ta voix et former ta parole. Écoute et vois com* ment ceux qui ont perdu les dents parlent , et alors tu reconnaîtras combien elles honorent ta bouche et combien cet organe t'est nécessaire* Si la nature a ouvert des conduits en rbomme et en la femme, est-ce afin que par là les feux de la volupté s'évaporent, et n'est-ce pas plutôt pour ftiire que la boisson s'éooule, et que le corps s'en décharge? Les femmes ont une matrice, mais Font-elles pour recevoir la substance qui sert à la formation de l'homme , ou pour re* tirer cette masse impure de sang que ce MUe sexe n'a pas la force de dissiper et de résoudre P Nous sommes obligés d'exprimer toutes ces choses, parce qoe nos adversaires nous en rompent la tête , disant ce que bon leur semble des diverses fonctions de nos membres, et affectant même de parler de quelques-uns , et d'en parkr à leur mode, c'est-à-dire sans pudeur, pour couvrir, s'ils pouvaient , de confusion ce que noos enseignons de la résurrection des corps ; ne von* tant pas considérer qu'avant que ces fonctions cessent, les causes en cesseront. En effet comme l'on n'aura plus faim, l'on n'aura plus besoin de viandes ; comme l'on n'aura plus soif , il n'y aura plus nécessité de breuvage; comme il n'y aura plus de naissance , il ne faudra plus de mélange

* Genèse, 2 et 5.J

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

de i€ie ; et enfin , comme il n'y aura plus d'obligation de soutenir une nature corruptible, il dY en aura plus à travailler pour la soutenir : la mort n'étant plus , les alimens ne seront plus Bteastirea pour la conservation de la vie , et 006 membres ne gémiront plus sous le poids de cette passion ardente , que l'on a de renaître en sa race , et de se perpétuer en sa postérité. An reste, U est même possible en ce monde de s'abstenir qneiquefois de manger, il est encore libre de mre dans ia continence. Moïse et Éiie jeûnèrent qaarante jonrs , et durant ces quarante jours Dîen seul fot leur nourriture^ ; car dès ce tempa-lè on consacrait cette parole : a L*homme ne vhrra pas senlement de pain , mais il vivra encore de la parole de Dieu^; i>et ce furent là les emmandonens de cette vertu qui devait fleurir en d'antres siècles , et sous une antre discipline. Pûarnona, autant qu'il est en notre puissance, noQS gaidoDS rabstinence , et nons avons même un gmd aain d'être purs et continens. Combien y a-C-îl dlommes parmi nous qui demeurent VDlaBUirement en cet état ? Combien de vierges qui ae muent à Jésus-Christ, et qui le preqnent pour leur ^^mmix ? Combien de personnes des deoi aeies qui vivent hors de ce commerce d'où Tient la fécondité , comme si dles étaient dana rimpoiaaance de mettre des enfans au monde? Que ai dès cette vie les membres s'at)stiennent de icnrs fonctions pour un temps , comme ils peuvent le faire dans un état qui doit fînir par le temps, sans que cela empêche que l'homme soit ei subsiste , à plus forte raison , lorsque l'homme sera dans l'état de Téternité , où son être et son salut seront immuables, ne souhaiterons-nous point les dioses pour lesquelles, durant le cours de cette vie mortelle , nous avons pris l'habitude d*ètre sans aucun désir.

LXII. Mais la parole de Notre-Seigneur décide souverainement cette difficulté : « Ils seront, dit-il, comme des anges. )) S'ils seront semblables aux anges en ce qu'ils n'éprouveront plus le mariage, comme ils n'éprouveront plus la mort ils leur seront aussi semblables en ce qu'ils ne seront sujets à aucune nécessité corporelle. Autrefois les anges ont paru sur la terre comme des hommes; ils ont bu et mangé et on leur a lavé les pieds; ils avaient pris extérieurement

^ Exode, 24 ; lll. Uec., 19. — ' S. Matlh., 4.

une forme humaine, sans quitter au dedans leur propre naturel Que si les anges , paraissant comme des hommes , se sont soumis dans leur substance spiritnelie à des dioses qui appartiennent à la chair, pourquoi des hommes, étant deveans semblables aux anges, ne vivraient-ils pas de cette substance de la chair comme s'ils étaient de purs esprits? Certes, ils ne doivent pas être plus sujets , aoas Tapparenee des anges, aux besoins de la chair, que les anges, sons eette apparence de l'honirae, n'ost en de dépendanœ de leurs qualités spirituelles. Et f9n ne peut pas dire que les iHxnmes ne demeureront pas dans la chair, parce qu'Us ne demeureront pas dans les besoins de la chair, puis(pie les anges n'ont pas laissé de demeurer dans leur nature spirituelle , quoiqu'ils ne «oient pas demeurés dans l'usage des sentes qualités de Tesprit. Enfin Notr&6eigneur n^a pas dit ^ « ils seront des anges,» pour ne pas nier qu'ils ne fassent des hommes, mais 11 a dit : «Ils seront comme des anges, «pour marquer que le changement qui se fera en eui, n'empèdiera pas qnê ce ne soient toujours des hommes. En leur attribuant h ressemblance qu'ils auront avec les anges , il ne leur a pas 6té leur propre substance.

LXlll. La chair ressuscitera donc , et nonseulement toute la dialr ressuseitera , mais elle ressuscitera la même et tout entière. Cependant en quelque lien <pi'elle soit , elle est en dépôt sons ia main de Dieu, et Jènis-Ghrist a ee dépét, ee MMe séquestre de Dieu et des hommes, qui rendra Dieu à Hiorame, et rhomrae à Dien , l'esprit à la ehair, et la chair à fesprit : il a fait une alliance en sa personne de h dialr avec Tesprit, donnant un époux à l'épouse, et à l'épouse un époux. Que s'il y a quelqu'un qui prétende que TUme est réponse , die sera snivfe de la chair comme de sa dot ; car l'âme ne sera pas une abandonnée, et son époux ne la recevra pas dépouillée et sans bien : la chair est son équipage, sa parure et sa richesse , et elle l'accompagnera comme sa sœur de lait. Mais il est vrai que la chair est l'épouse, et que par une illustre alliance contractée par le sang, elle a pris en Jésus-Christ Fesprit pour son époux. Ce que lu crois être .sa mort , n'est que sa retraite ; Tâme ne se retire pas toute seule , la chair a aussi ses

» Genèse, 18 et 19.

TERTULLIEN

relrai(es, et ces retraites sont les eaux, les feux, les oiseaux et les bétes brutes. Lorsqu'il semble quVlie se dissout dans ces substances , elle s*y écoule seulement ainsi que dans des vases; et sî les vases se dissipent , elle s'en écoule encore ; et comme si elle sortait de l'embarras de plusieurs tours et retours, elle est rejetée dans la terre, sa première origine, afin que de son sein Adam se représente une autre fois à Dieu pour entendre de lui cette parole : «Voici Adam qui est devenu comme Fun de nous. d Et certes^ en cet état il possède vraiment une science parfaite, connaissant le mal qu'il a évité, et le bien qu'il a obtenu. Pourquoi, ô âme, portes-tu envie à la chair? Il n'y a point de créature pour qui tu doives plutôt avoir de Tamour, après celui que tu dois avoir pour Jésus-Christ; il n'y a personne que tu doives plutôt chérir d'une affection de frère , puisqu'elle renaît en Dieu avec toi; tu aurais même dû lui obtenir par tes prières le bien de la résurrection , parce qu'en effet, c'est par toi qu'elle a commis le péché qui l'a rendue criminelle. Mais je reviens à loi , ennemi de la vérité, et je dis que je ne m'étonne pas si tu hais la chair, puisque tu as rejeté l'auteur de la chair, puisque tu nies la chair en Jésus-Christ, ou que tu changes sa nature , et que tu la veux faire passer en lui pour autre qu'elle n'est ; ainsi tu corromps même, ou par tes faux raisonnemens, ou par tes mauvaises explications , la parole de Dieu, cette parole divine, c'est-à-dire le Verbe qui a été fait chair ; tu allègues même pour appui ton erreur , tes écrits apocryphes et tes i^bles toutes pleines de blasphèmes ; mais Dieu tout-puissant a pourvu par sa grâce à ces impostures de la malice et de l'infidélité des hommes ; car répandant aux derniers temps son esprit sur toute la cbair^ et échauffant de ses ar-

deurs le cœur de ses serviteurs et de ses servantes , il a rallumé celte foi de la résurrection de la chair, si outrageusement attaquée par les hérétiques, et a éclairci avec tant de lumière, soit dans les termes , soit dans les sens, les passages de Moïse et des prophètes, qu'il n'y est resté aucune apparence d'ambiguïté. Gomme il fallait qu'il y eût des hérésies pour éprouver les fidèles , et pour rendre leur fidélité manifeste, et que les hérésies ne pouvaient rien entreprendre si les Écritures ne leur en donnaient quelques occasions ou quelque prétexte , il semble que la lettre de l'Ancien Testament leur ait fourni quelques argumens et quelques preuves; mais la même lettre de l'Ancien Testament détruit ces argumens et ces preuves. Enfin il ne fallait pas que le Saint-Esprit demeurât plus longtemps sans inspirer aux fidèles des paroles si efficaces et si fortes, que quelque subtils que soient les hérétiques, ils n'y puissent plus trouver de semences d'erreurs, et qu'elles renversent même leurs vieux. édifices de terre et de boue. Ainsi il a dissipé toutes les ténèbres du temps passé et toutes les ombres dont Phârésie tâche d'obscurcir ce qu'elle prend pour des paraboles, par l'explication claire et manifoste qu'il a donnée de tous les mystères, et de toutes les paraboles et les figures , par la voix de cette nouvelle prophétie qui a été tout inondée des eaux divines du Paraclet. Que si tu puises dans cette féconde source, elle te remplira d'unedootrinequi t'ôtera la soif de toute autre doctrine; elle te délivrera de cette ardeur de omtention et de dispute qui te dévore ; et goûtant de tontes parts , dans le courant de cette belle et agréable fontaine , les douceurs de la résurrection de la chair, tu y prendras un rafraîchissement qoi modérera le fou et la véhémence de ton esprit.

A SCAPULA.

%MWWM)lW%%^W^W^^<>^%i»<^^%»^^»<^^^*W*»%^%<^%»W^»^^<»i»^»»W^><<»%»%%»»%^<^»%%%<^%%»%%»»»%»»»»»»i»»%»%%%»%»l»%%t%<^»»<(»%»<>» »»%

EPITRE A SCAPULA,

PROCONSUL DAFRIOUK.

L Jamais nous n'avons montré de frayeur , jamais nous n'avons craint les persécutions que nous avons eu à souffrir de la part de ceux qui ne soient pas encore la lumière. Quand nous avons adapté notre religion , nous en avons accepté toutes les conditions ; et c'est après avoir fait le plos complet sacrifice de nos vies que nous marchons au combat. Nous ne désirons d'autres biens que ceux que Dieu a promis à ses fidèles ; mms ne craignons d'autres maux que ceux dont il menace ceux qui Tabandonnent. Toute votre cmanté ne sert qu'à eialter notre constance ; ooas ooorons au devant des supplices; nous aimions mieux être condamnés par vous qu'absous par vous. Si donc nous vous envoyons cette éptCre, ce n'est pas que nous craignions pour nous ni pour les nôtres; mais parce que nous craignons pour vous-mêmes et pour tous nos ennemis; car notre loi nons ordonne d'aimer aussi nos ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent : car c'est là la perfection de uotrecharité qui nons est propre et que les autres hommes ne partagent pas avec nous. Aimer ses amis, c'est ce que font tous les hommes; mais aimer ses ennemis, c'est ce que font les chrétiens seuls. Or comme nous gémissons sur votre ignorance, et qnenousavonscompassiondeserreurshumaines, nous qui prévoyons l'avenir et qui éludions les signesqui l'annoncent chaque jour plus menaçant pour vous, nous avons été obligés de prendre ce moyen de vous avertir de bien des choses que vous ne voulez pas que Ton vous dise en face.

II. Nous adorons un seul Dieu. Ce Dieu est celui que la nature vous a tous appris à connaître, celui dont le tonnerre vous effraie, et dont les bienfaits vous r^ouissent. Quant aux autres êtres, que vous appelez aussi des dieux, nous savons que ce ne sont que des démons. Cependant il est de droit naturel et de droit commun que chacun adore qui bon lui semble : la reli-

gion d'un homme n'est ni utile ni nuisible à un autre homme. Mais il n'appartient pas à une religion de faire violence à une autre. Une religion doit être embrassée par conviction et non par force; car les offrandes à la divinité exigent le consentement du cœur. Ainsi, quand même vous nous forceriez de sacrifier dans vos temples , vous n'auriez par là rien gagné pour vos dieux, qui ne doivent pas accepter de sacrifices faits â contre-cœur , à moins que ce ne soit par pur esprit de contradiction , sentiment puéril qu'assurément vous ne voudrez pas attribuer à vos dieux. Le vrai Dieu accorde également ses bienfaits à ses serviteurset à ceux qui le blasphèment. Cest au jour du jugement qu'il distinguera les ingrats d'avec ceux qui se seront montrés reconnaissans. Vous nous appelez sacrilèges , et jamais vous n'avez même pu trouver un sinàple voleur parmi nous.Voyez quels sont ceux qui cherchent à s'enrichir desdépouilles de vos temples; ce sont ceux qui jurent par vos dieux et qui les adorent : voilà ceux que vous devez appeler sacrilèges; ce ne sont pas des chrétiens. Il serait trop long de vous rappeler en combien de manières les adorateurs de vos dieux les msultent et les tournent en dérision. On nous accuse aussi de ne pas respecter la rasyestéde l'empereur, et pourtant vous n'avez jamais trouvé parmi nous de Cassius , ni d'Albianus, ni de Nigrianus. Ce sont ceux qui la veille encore juraient par le génie de César, qui l'ont immolé à leur intérêt ou à leur sûreté; et les plus grands ennemis des chrétiens seront en même temps trouvés être les plus grands ennemis de l'empereur. Le chrétien n'est l'ennemi de personne; etde l'empereur moins que de tout autre, puisqu'il sait que l'empereur a été établi par Dieu, et qu'il doit l'aimer, le respecter, l'honorer et prier pour son salut et pour celui de l'empire tant que le monde existera. Nous honorons donc l'empereur, comme il nous çst permis de l'ho-

TERTULLIEN

Dorer^ et comme il doit vouloir ëlre honoré lui-même. Nous le regardons comme un homme dépositaire d'une partie de la puissance de Dieu, qui a été établi par Dieu^ et qdi Ë'eM inférieur qu'à Dieu. L'empereur approuvera un tel hommage; car en le faisant inférieur à Dieu seul^ nous le mettons au-dessus de tous les hommes et même au-dessus de tous vos dieux qui sont en sa puissance. Nous offrons aussi un sacrifice pour U conservation de l'empereur ; mais c'est à notre Dieu et au sien que nous l'offrons , et ce sacrifice est celui delà prière, ainsi qtie Dieu nous Fa ordonné. Le Créateur de Tunivers n'a pas besoin de ta graisse et du sang des victimes; cela est bon pour engraisser les démons. Quant aux démons, noti-seulement nous les rejetons loin de nous, mais nous les combattons, nous les poursuivons, noiis les chassons du corps des hoihmes, ainsi que prifsqtfé tout le monde lè sait. iVotis né pouvoiis mîieui prier pour l'empereur qu^en nous adressant au seul t>ieu qui puisse prolonger ses jours. Voiis devriez d'ailleurs être bien convaincus que nous agissons en tièremedt sous Flnfluence de cette patience divine que notre loi nous coitmrande, et que vous n'avez rien à craindre de nous. Nous sommes presque en majorité dans Fempire, cependant tel est notre silence, telle est noire réserve, que vous ne nous connaissez qu'individuellement; jamais vous n^avez eu à craindre nos rassemblemens. On ne nous reconnaît des autres citoyens que parce que nous nous sommes corrigés de nos anciens vices. Loin de nous d'ailleurs toute idée de nous révolter contre des souffrances que nous désirons , ou de vouloir nous vengef contre vous des persécutions que nous savons venir du del et que nous regardons comme des faveurs.

in. Néanmoins nous gémissons , ainsi que je Vèi dit plus haut, parce qu'aiicune cité ne peut im()unémént verser à flots le sang chrétien. Dans letempsdujugeHilaranus, le peuple se précipita dans nos cimetières en criant :apoint d'aires pour les sépultures des chrétiens !» mais ils en fiircnt bien punies, Ie$ aires de leurs granges leur devinrent inutiles, car des torrens de pluies détruisirent toutes leurs moissons. Qui ne vît dans la mauvaise saison de Tannée passée la menace d'im nouveau cataclysme en punition de l'iniquité et de l'incrédulité du siècle? Que signi-

fient ces feux que Ion a vus voltiger sur les murs de Garthage? et ces affreux tonnerres qui ont ébranlé la ville? Que ceux là le disent qui lei ont viis et efcténdilB. Tous ces météores sont des indices de la colère de Dieu qui menace , et nous devons élever notre faible voix pour l'annoncer, la prêcher et la détourner par nos prières. Cependant ce nouveau déluge ne sera que partiel. Quant à la destruction universelle du monde, le temps viendra où ceux qui ne Veulent pas cmire seront brert fbfoés de croire , après atofr méprisé tons ce* aftertrssemens. Lors de la réimion du sénat d'inique , la lumière du soleil s'obscurcit d' une manière effrayante ; it était impossible que ce terrible phénomène pût être attribué à une éclipse ordinaire vu que le soleil était alors â son apogée ^ Demandez plutôt à vos astrologues. Nous pourrions aussi vous citer des gotiverneurs qui k rhcurc de la mort se sont repentis d'avoir persécoté les clirétiens. Vigellius Saturnintis, le premier qui ait th^é contre nous l'épée de la persécathm , perdit la vue. Claudius Lucius Herminraiiiis, en Gapaddce, irrité de ce que sa femme s'était fiiit chrétienne, tourmenta et persécuta les chrétiens. Seul dans son prétoire il fut attaqué de la peste et les vers pullulaient sur son corps. a Qu'on n*en dise rien, disait-il, de crainte que les chrétiens ne s'en réjouissent. » II reconnut ensuite son erreur, et confessa que les supplices n^avaient fait qu'augmenter le nombre de» fidèles. Enfin il mourut presque chrétien luimême. Cacilîus Gapella disait, en quittait Byzance : « les chrétiens vont être bien coniens. sMais ceux qui s'imaginent avoir persécuté impunément, sauront â quoi s'en tenir au jour du jugement. Quant à toi , ScapUla , nous désirons sincèrement qu'une seule leçon te suffise; rappelle toi donc ce qui arriva lorsque tu condamnas Adrj^meticus Mavillus â être jeté aUx bêtes, et comment ta pcrsécutioû fût interrompue.

IV. Nous ne cherchons pas â l^épouvatiter; car nous ne te craignons pas : mais nous voudrions que tout le monde fût sauvé; c'est pourquoi nous t'avertissons p-ti ôfcu.ax»w, de ne pas lutter contre Dieu. Tu peux t^acquitter des de-

1 Cette éclipse arrira en Tan 210. CeUe épUre & Scapula a été écrite, selon toute vraisemblance, en 217.

A SCAPULA.

loin de ta charge lans oublier ceux de rbuminité, car le glaive est aussi suspeiidu sur vos tètes. Qu'est-ce que la loi eiige de toi? Que lu condamnes les coupables quand ils avouent, et que tu les mettes à la torture quand ils nient leurs crimes. Tu vois donc bien que c'est agir contre la loi que de torturer ceux qui avouent pour les forcer de nier« Vous reconnaissez donc que nous sommes innocens puisque vous ne voulez pas nous i;pndamner sur notre aveu? En voulant nous exterminer, vous faites donc la guerre à Tinnocence. Que de gouverneurs d'ailleurs sévèreset même cruels ont essayé d'étouffer ces iniques procédures ! Par exemple Gincius Sévérus, qui enseigna lui-même à Thister comment les cbréttens devraient répondre pour être renvoyés absous; Yespronius Gaudidus, qai affecta de ne regarder un chrétien que commme un homme trop remuant; et se contenta de lui faire faire amende honorable aux citoyens; Asper, qui après avoir interrogé un peu mdenKnt on chrétien, le renvoya aussitôt sans le forcer de sacrifier aux dieux. U avait dit auparaynt aux avocats et aux assesseurs qu'il était désolé d'avoir à juger une telle affaire. Pudens eat même l'adresse de glisser dans l'acte d'accnntîoa contre un chrétien qu'on lui amenait, un chef d'accusation de concussion et d^exaction ; et comme il ne se trouvait point de témoins pour le soutenir, il déclara que, selon la loi, il ne pouvait pas continuer les débats. Ces faits pourraient te suggérer dans quel esprit tu devrais agir; tu aurais même pour toi les avocats, qui malgré leurs crîailleries, favorisent les chrétiens qui leur sont souvent fort utiles. Un certain notaire, que le démon allait pousser à se jeter dans un précipice , fut exorcisé par son client qui était chrétien. Qui de vous n a, soit un parent, soit un enfant , soit un ami de la première distinction (car je ne parle pas du peuple ) qui n'ait été par les chrétiens déli\Té des démons ou des maladies? Sévérus lui-même , père d'Antoninus, eut lieu de se souvenir des chrétiens. Il fit venir un certain Proculus, surnommé Torpacion , intendant d^Ëuhodéc, qui Tavait guéri dune maladie avec l'huile sainte; et II le fit nourrir et loger dans son propre palais jusqu'à sa mort. Or Antoninus savait fort bien que Proculus avait sucé, le lait de la morale chrétienne. Sévérus, qui connaissait beaucoup de chevaliers et de dames qui

étaient de dotre secte , loin de les tAunnenter, porta témoignagne en leur faveur et sut résiater à la fureur du peuple irrité contre nous. Pendant l'expédition que Marc-Aurèle fit en Germanie , les prières des soldats chrétiens obtinrent du ciel une pluie abondante lorsque Tarmée manquait d'eau. Les plus grandes sécheresses, on le sait f ont toujours cédé à nos jeûnes et à nos prières. Alors le peuple chante les louanges du Dieu des dieux, le seul puissant ; et sous le nom de Jupiter, c'est i notre Dieu qu'il rend homage. Veuillez encore observer qu'un chrétien ne renie jamais un dépôt; qu'il ne commet point d'adultère; qu'il protège paternellement les orphelins; qu'il nourrit les indigcns, et quil ne rend jamais le mal pour le mal. De quoi et pourquoi ndus acGUse-t-on donc ? On nous fait un crime de notre croyance. Mais qui a jamais pu prouver que cette croyance fût un principe d'inceste et de crime ? C'est à cause de notre innocence, de notre probité, de notre justice, de notre pureté de nkeiurs , de notre bonne foi , c'est i cause du Dieu vivant enfin que l'on noua fait périr dans les flamme». Ni les sacrilèges ^ nt les ennemis de l'Ëtat , ni ceux ^ni sont coupables de lèse-majesté ne sont exposés à de tela supplices. Il y a maintenant un préfet de légion et un gouverneur de Mauritanie qui persécutent les dirétiens ; mais eux du moins le font avec Tépée seulement, ainsi qu'il a été ordonné dès le commencement. Mais de plus grands combats nous mériteront de plus grandes récompenses. \. Votre cruauté fait notre gloire. Prenez garde seulement qu'à force de supplices, voua ne nous fassiez lever en masse, non pour voua assaillir, mais pour vous prouver seulement que loin de craindre votre tyrannie, nous l'invoqnons^ Lorsque Arrius Antonius persécutait leschrétiené d'Asie 9 tous ceux de sa province se réunirent ef se portèrent devant son tribunal. Il en fit emprisonner quelques-uns, et dit aux autres : t Insensés ! si vous voulez mourir, n'y a-t-il pas assez de cordes et de précipices?» A <îtîxoi,

il OfXe^f àiTsMaxtiv, xpy.avo«; i Pp^X^v; ^X*^*' Si

nous allions en faire aotant , que ferais-tu de tant de milliers d'hommes et de femmes de tout âge et de tout rang? Que de bûchers, que d'épées ne te faudrait-il pas? Quelles seront les souffrances de cette Garthage que tu veux décimer, quand tes soldats eux-mêmes ne trouve*

TERTULLIEN

ront sous le tranchant de leurs glaives que des amis ou des parents? Quand ils y trouveront des chevaliers et des dames romaines , nobles comme toi , et peut-être tes plus proches parens et tes amis les plus intimes P Abstiens-toi donc, pour toi-même si ce n'est pour nous , pour Car- Ihage si ce n'est pour toi; épargne cette malheureuse province que la manifestation de tes intentions a déjà mise en hutte aux concussions d'une avide soldatesque et de tous ses ennemis. Nous n'avons d'autre maître souverain que Dieu.

Celui-là est au-dessus de toi ; H ne peut ni ne veut se cacher; et tu ne peux rien contre lui. Ceux que tu regardes comme tes maîtres sont des hommes comme toi, et mourront comme toi. Mais notre religion ne défaudra jamais; et, tu le sais bien , elle n'est jamais plus florissante qu'au milieu des persécutions. Car, bien des hommes frappés de notre courageuse constance, se prennent à s'enquérir de la cause d*une si admirable patience, et sitôt qu'ils counaissent la vérité , ils sont des nôtres et marchent dans nos voies.

*** ^*^*^^*^*»**»^%*%%^%%%%%»%»»»%^^%»%<<%%%»»%% -^--—T'n->TTni'nti.njtr>->i'V>'n-n'>'i'>-"t'>'-~i'>'t'i->T>~T'~i*^-^ **-"***!***** *i-" ****** ■■•— ««^

EXHORTATION A LA CHASTETE

I. Je ne doute pas , mon frère , que depuis la mort de ton épouse , tu n'aies pensé sérieusement à acquérir cette paix de l'âme que tu n'obtiendras qu'en restant désormais veuf. Réfléchis-y bien. Mais quoique sur ce sujet chacun doit s'appuyer sur la confiance qu*il se sent en lui-même , et consulter ses propres forces , comme les exigences de la chair interviennent dans les délibérations de Tesprit et résistent à la foi , celle-d a besoin des conseils d'un autre qui lui serve comme d'avocat contre la chair. Car la chair peut être vaincue par l'esprit , si celui-ci s'applique à suivre la volonté de Dieu plutôt que sa propre faiblesse. On ne sera point glorifié par une audacieuse complaisance pour la chair; on ne peut Têtre que par Tobéissance à la volonté. tLa volonté de Dieu est notre sanctification. » Car il veut que celui qu'il a fait à sou image «devienne lout-à-fait semblable à loi et que nous soyons saints comme il est saint. » Il a établi plusieurs degrés de sanctification, afin que nous puissions tous y prendre part. Le premier degré est celui de la virginité conservée depuis la naissance. I^ seconde virginité après le baptême, est celle qui nous purifie dans l'état du mariage par une séparation volontaire entre époux, ou qui conserve notre chasteté en nous faisant persévérer dans le célibat. Rnfin, le troisième degré est celui de la

monogamie, qui nous fait renoncer au sexe après la mort de notre première épouse. Le premier bonheur, la première virginité est de ne pas connaître ce que plus tard peut-être on regrettera d'avoir connu. Le second degré est de mépriser ce que l'on ne connaît que trop bien. La dernière espèce est encore digne de quelque louange , puisque la modération compte parmi les vertus. C'est être modéré que de ne pas regretter ce qui nous a été enlevé, et surtout enlevé par Notre-Seigneur Dieu sans la volonté duquel une feuille ne saurait se détacher de son arbre, «ni le plus petit passereau tomber à terre. »

H. N'est-ce pas là en effet le langage de la modestie et de la modération : a Dieu me Ta donné. Dieu me l'a ôté;» qu'il soit iïit suivant sa volonté. Si au contraire nous convolons à de nouvelles noces , nous agissons contre la volonté de Dieu , en voulant avoir une seconde fois ce qu'il nous a ôté ; car, s'il avait voulu que nous continuassion dans le mariage , il nous aurait laissé notre première fomme ; à moins que nous ne prétendions que Dieu veuille de nouveau ce qu'il avait cessé de vouloir. Une foi sincère et bien fondée ne doit point ainsi tout rapporter indistinctement à la volonté divine. Ghacnn cherche ainsi à se flatter en disant que rien ne peut se faire sans sa volonté , comme s'il n'y

EXHORTATION A LA CHASTETÉ

«ait pÊA aussi une volonté en noas. Ce serait en vfrité une excuse fort commode pour tous nos pichés, si nous prétendions qu'ils ne peuvent le faire sans la vokmté de Dieu. Gela serait détruire toute loi, toute discipline; je dis même fwoe serait détruire Dieu lui-même que dédire foll fiait par sa propre volonté des choses qu'il ne vent pas. Gomment en effet pourrait-il défendre, sous peine du feu étemel, des choses fill vent? Assurément, lorsqu'il défend une clK»e , c'est que cette chose roî-fènse et qu'il ne uxA pas qu'elle se fasse. De même aussi il ordonne ce qu'il veut , et quand nous TaccomplisiOBS, il nous accueille et nous récompense en nous donnant la vie éternelle. Lors donc que ms avons appris ce qu'il veut, et ce qu'il ne Ycot pas, nous avons la liberté de vouloir l'un MPautre, ainsi qu'il est écrit : <c Voilà , j'ai pbcé devant toi le bien et le mal. Tu as goûté le fruit de l'arbre de la science. » Nous ne devons donc pas rapportera la volonté de Dieu cegoî est laissée notre libre arbitre; car il veut que nous soyons bons , lui qui ne peut vouloir le mal; et c'est notre propre volonté qui veut, ^naod nous voulons le mal contre la volonté de uifn qui ne veut que le bien. Je dis que cette Volonté est en nous-mêmes, car il faut bien que ClOQs ressemblions à notre premier père. Or ^dam y le premier des hommes et des pécheurs, ^ voulu, puisqu'il a péché. En effet, le diable ^elui a pas imposé la volonté de pécher, il lui ^n a seulement fourni le sujet. La volonté de I^'eu était qu'Adam lui obéit librement. 11 en est ^c même de toi. Dieu L'a donné un libre arbitre, ^ est-à-dire la liberté de vouloir ; puis il te laisse 'aire même ce qui lui déplaît; si lu lui désobéis, ^^ deviens l'esclave du démon qui t'a vaincu. Le ^i^blc veut que tu veuilles ce que Dieu ne veut l^s; mais il ne peut pas faire que tu le veuilles, f^Misqu'il ne put forcer les premiers mortels à ^uloir malgré eux ce qui était mal. S'ils consentirent, ce ne fut point non plus par igno* ^nce , ils connaissaient bien la volonté de Dieu, ^^i ne voulait pas assurément qu'on fit ce qu'il ^Vait défendu sous peine de mort. Tout ce que l^eut le démon, c'est de modifier la volonté qui ^t en toi. Sitôt que tu lui cèdes, tu deviens son ^ujef , non qu'il ait mis en toi une volonté, mais l^arce qu'il s'est emparé de la volonté qui est en toi. Donc nous sommes libres de vouloir ou de

ne pas vouloir ; et c'est à Tâme de montrer , à la face de son Dieu , si sa volonté s'accorde avec la sienne.

m. Je soutiens donc qu'il faut étudieravecsoin quelle est la volonté de Dieu ; et non-seulement sa volonté manifestée que nous connaissons tous , mais encore sa volonté secrète. Gar il y a des choses qui au premier abord paraissent s'accorder avec la volonté de Dieu , parce qu'il les permet; mais ce qui n'est que permis n'indique pas suffisamment la volonté de celui qui permet. Une permission lient à l'indulgence et non à la volonté. Sans doute la permission ne se donne pas sans la participation de la volonté , mais c'est une volonté influencée par une cause particulière qui la force I pour ainsi dire , de permettre ce qu'elle ne recommanderait pas. Ëtudiez donc la volonté divine en elle-même), et étudiez les causes qui ont pu la faire dévier en telle ou telle circonstance. Ge que Dieu veut, ce n'est pas ce que son indulgence nous permet; c'est ce que sa loi nous ordonne. S'il permet quelque chose , il indique par cela même qu'il en préfère une autre ; or n'est-il pas évident que nous devons faire ce qu'il préfère plutôt que ce qu'il permet? En nous montrant ce qu'il aime mieux, nenous dissuade-t-il pas de ce qu'il aime moins? En nous faisant connaître ce qu'il permet et ce qu'il préfère, ne t'engage-t-il pas à suivre la voie que tu dois préférer pour lui ressembler? Donc puisqu'il t'a clairement indiqué ce qu'il aime mieux et ce qu'il aime moins, si tu ne fais pas ce qu'il préfère, tu agis contre sa volonté et tu l'offenses, ce qui n'est pas le moyen d'être sanctifié ; car en faisant ce qu'il permet, et en rejetant ce qu'il veut , tu pèches en partie et tu ne seras pas de ses élus. Or, ne point vouloir être sanctifié, c'est pécher. Si donc un .«econd mariage n'est autorisé que par cette volonté divine qui est influencée et comme forcée par l'indulgence, nous disons que ce n'est point là une volonté pure , puisqu'elle a cédé à une cause qui recommandait l'indulgence. Or à ce second mariage est préférée la continence, et il est évident qu'une chose meilleure ne peut pas être préférée à une chose meilleure. J'ai posé ces prémisses, pour parler maintenant avec l'apôtre. On ne me taxera pas d'impiété si je dis que lui-même nous a appris à préférer la continence. Je ferai . d'abord observer que toute celte indulgence

TERTULLIEN

qu'il montre pour les seconds maria(|;es vient de la raison humaine et non de Tesprit saint dont il n'est pas inspiré au moment où il écrit ce pas-' aage. Car quand il a dit aux veui^ de se remarier s'ils ne peuvent garder la continence , parce qu'il vaut mieux se remarier que de brûler, il prend aussitôt un autre sujet et ajoute : «Quant aux hommes mariés, je leur annonce, non pas moi, mais le Seigneur, que, etc^» Il indique suffisamment que plus liant il parlait d'après lui-même et au nom du Seigneur, quand il disait : a 11 vaut mieux se marier que de brûler. » Cette parole regarde ceux qui sont déjà mariés et ceux qui voudraient l'èlre. Examinons cependaat un peu quel est ce prétendu bien qui n'est bien que parce qu'il est meilleur qu'uti terrible Gbâtiment, et qui ne peut paraître bon que lorsqifon le compare à ce qu'il y a de pire. Car le mariage n>st bon qde parce que le feu est pire. Or je dis qu'on ne doit appeler bon que ce qu} mérite cette épilhète sans qu'il soit nécessaire de la justifier, par une comparaison. Loin d'èti^oomparé à quelque chose de mauvais^ le bien ne doit pas même se comparer au bien, 401 ne ferait que diminuer âon ^lat , sans cependant le faife cesser d'être bon. Mais sî une êbose n'est déclarée bonne que par une comparaison avec une mauvaise, jesoutiensqu'elle n'est qb'un mal moindre qui parait bon à côté d'un mal plus grand. Car peut-on retrancher le terme de la comparaison et dire seulement : « 11 vaut mieux se marier, «sans dire à quoi le mariage est préférablePPuisque l'on ne peutpasdiresimplementa le mariage est meilleur,» on ne doit pas non plus dire: «le mariage est bon ^d en supprimant la chose la plus mauvaise qui a fait paraître le mariage bon ou meilleur par comparaison seulement. Lors donc que l'on dit : ail vaut mieux se noarier que de brûler,» c'est comme si l'on disait : a il vaut mieux être borgne qu'aveugle. » Gertea, à part la comparaison, on ne pourrait pas dire : « il est meilleur ou il est bon d'être borgne. » Qu'on ne s'autorise donc pas sur ce texte,qui ne regarde d'ailleui^ que ceux qui sont mariés et ceux qui sont encore célibataires ; et encore ceux-ci devraient bien faire attention à ee qui rend le mariage meilleur. -

!¥< Nous savons bien que le même apôtre a dit sui' le second mariage : a Si tu as perdu ta femme » n'en cherche pas une autre ; si néan-

moms tu en as pris une seconde, to ne l'a* bandonneras pas; tu t'es remarié, ta n'e$ pas en faute.» Mais dans oe passage, c'est en» core lui qui parle, et non l'esprit qui parle par sa bouche ; car il y a bien de la difFéreiice ^tre le précepte de Dieu et le conseil d'un homme, a Je n ai pas, dit-il, le précepte de Dieu; mais je donne un couseil. » C'est qu'en effet ni dans ïtr vangile ni dans les épttres mêmes de Paul, on ne trouve le précepte d'abandonner sa femme. DToù il fan l concl ure que ce qui n'a jamais été permispar le Seigneur doit être regardé comme défendu. Néanmoins après ee conseil qu'il semble avoir donné comme par distraction , il se repnMid aussitôt et ^ûoute : «Mais ceux-là aeroot oppri* mes selon la chair.» Tout en leur pardoBnaot, il dit que la fin des temps approche, et «que ceux qui sont mariés devraient agir comme s'ils ne l'étaient pas.» En disant ainsi «qu^il est à propos de ne pas se marier, » il disaiMdé de ce qu'il avait permis plus haut ; et cela cil parlant même du premier mariage ; à plus forte rtàmm du second. Et lorsqu'il nous exhorte à aoÎTre son exemple , il nous indique claireibent ce qull désire que nous fassions ^ et ce dont il veM que nous nous abstenions. Ce qu'il ne veut pas, il ae le permet ni volontairement ni selon la vârilé; car s'il le voulait . il ne le permettrait pas, H le commanderait. Mais voici ce qu'il dil plua kài : «Une femme après la mort de son mari, peut se remarier, si elle le vent, mais aealcawnt dans le Seigneur. Mais elle sera plos taen* rcusc si elle persévère suivant mon emmJI; car je pense et l'esprit de Dieu est en moi.» Nous voyons donc là deux avis difKrens , Tnn par lequel il permet de se remarier ^ et Faotre par lequel il recommande la continence. Leqnd faut-il croire, direz-vous? Regarda et Ibez. Quand il permet , il n'émet que l'avia d*on hofUme prudent ; mais quand il défend , il le dit lui-même sous l'inspiration de l'Esprit'-Saiiit. Suivez donc, de ces deux avis, oelui qai est vin. Il y a des fidèles qui ont aussi en eux l\ prit de Dieu , mais tous les fidèles ne sont pat des apôtres. Après avoir dit « qu'il est Adèle, » il ajoute «que l'esprit de Dieu est en loi,>oa dont on ne pouvait douter, puisqu'il était fidèle; maia il ajoute cela pour reprendre sa dignité et son autorité d'apôtre. Parce que l'esprit était plus. particulièrement le don des apôtrei qui le

EXHORTATION A LA CHASTETÉ

SteUMieM paf letfrs profihélies, leurs miracles M leurs prédications , ils le possédaietit donc à m plttè baat d^ré que les antres fidèles. Il s*est ddnc pafticalièrethent appuyé sut Tautorité du Mot-Esprit podr nous commamier ce qu'il préftre que nous hssions; et à cause de la majesté le rEsprit-Saitit , ce ii*est plus od conseil , c'est tm précepte.

y. Je vais parler liiaintenant de la loi du Ittriage en elle-même. Votlgiûe du genre hufltiin Ta annctiondée , en montrant ce que Dieu I établi dès le comméiicement pour servir de règle à toute la poèténté d'Addm. Quand Dieu eut 6it lliomme, il trouva bon de Itii donner une ftMDpagne. D*utie de ses côtes, il lui fit une femme. Or comme assiii^ment la matière ne QniMiuait pas, puisque Adam avait plus d'une €!Ate , et que d'ailleurs les mains de Dieu étaient infatigables , il aurait bien pu lui feire plusieurs Semnies s'il eût voulu ; mais il ne le fit pas ; et Adam fib deDiéu , et Eve fille de Dieu , se majriftrent et durrat se suffire Ton à Fautre. Ils ont ainsi établi là loi du roariai];e. «Ils seront deux dans une ebalr,v dit Dieu. Donc ils ne seront ni trois, ni qtfatfe. Or on sera une chair, et dedx dans tme chair, si Ton se marie une fbis; mais si on renouvelle cette union deux fols ou plus souvent , la chair cessera d'être une , et l'on sera trois on davanta{]^ dans une chair. Une autre considération , c'est que Fapôtre a interprété ce passage : a ils seront deux dans une seule chair; »et qu'il Ta applique à l'union du Gbrist avec son Église. Or le Christ est un, et son Église est une. Nous devons voir dans cette explication un nouveau motif de nous en tenir à un seul mariage, puisque notre père Adam n'a contracté qu^une union selon la chair, et que le Christ n'en a contracté qu^une selon l'esprit. La monogamie a présidé à notre renaissance spirituelle comme à notre naissance chamelle. Quiconque sort de la monogamie dégénère des deux manières. Le premier polygame fut un homme maudit. Ce fût Lamech qui en épousarlt deux femmes fit (tt)is êtres en une seule chair.

VL «Mais, dira-t-on, les bienheureux patriarches non - seulement eurent pkisicurs femmes, mais ils prirent même encore des concubines. Il doit donc aussi nous être permis de nous marier plus d'une fois. «Oh! oui sans doute, s'il doit venir encore entre Dieu et son peuple quelque

nouvelle alliance dont ces mariages puisdeiit être la figure; oui, si nous sommes encore sons l'ancienne loi qui disait : a Croissez et multipliez ; » oui , si une nouvelle révélation n'est pas venue nous dire : «La fin des temps approche, arrêtez-vous, et que ceux qui ont des femmes agissent comme s'ils li'en avaient pas. d En recommandant la continence , et eti mettant un frein à la multiplicité des mariages qui tendait i peupler le monde , il est évident que l'Ëvangile a aboli l'ancienne loi qui disait: «Croissez et multipliez. » Et pourtant ces deux lois en apparence contradictoires , émanent du même Dieu qui voulut d'abord que l'espèce humaine s^accrût,etqui dans ce but lui lâcha les rènes,jusqu'i ce que le monde fbt rempli et que l'espèce humaine fût assez nombreuse pour devenir le sujet d'une nouvelle discipline. Maintenant donc que nous approchons de la fin des temps , Dieu a rappelé la permission qu'il avait donnée; il a donc eu raison de permettre dafis les commencemens ce qu'il a eu raison de restrehidre depuis. Il en est toujours ainsi ; les commencemens sont plus relâchés , et la fin plus serrte. Dieu a fait comme celui qui plante une forêt d'arbres avec l'intention de l'abattre en son temps. L'ancienne loi avait pour bot la plantation de cette forêt i laquelle le nouvel Évangile <c a mis la hache jusque dans les racines. » Il en est ainsi de bien d autres articles qui ont été abrogés ; autrefois on disait : «œil pour œil et dent pour dent;» mais à présent il est défendu de rendre le mal pour le mal. Il me semble que même par les législations humaines, il est reconnu qu'une nouvelle loi eh abrogé toujours une ancienne.

VII. Pourquoi ne cherchons-noiis pas plutôt dans l'Ancien Testament ces règlemeds qui s^accordentavec les nôtres et dont la forme antique a trouvé sa place dans le cadre nouveau ? Je vois que dans ces anciens temps il a été souvent mis un frein à la licence trop effrénée des mariages. Il est dit dans le LévJtique : «Mes prêtres ne se marient pas d plusieurs. » Or, s'ils ne se marfaîent pas à plusieurs , c'est qu'ils ne se mariaient qu'une fois. Car qli'èst*ce que plusieurs? CVst ce qui est plus d'une fois. Ce qui n^est pas l'unité , c est le nombre : après l'unité conmienoc le nombre. Mais il éf ait encore réservé an Clm'sf, en cria comme en tant d'autiTs choses, a'dcCDmplir, c'est-à-dire de compléter la loi. (Test pour-

TERTULLIEN

quoi chez les chrétiens, il est enjoint plus clairement et plus strictement aux prêtres de ne pouvoir épouser qu'une femme. Cest au point que, à ma connaissance, quelques-uns qui en avaient eu deux, ont été rejetés du sacerdoce. Vous direz peut-être : «cela est donc permis aux autres fidèles puisque cela est défendu aux prêtres par exception. » Cest une grande folie de croire qu'il soit permis aux laïques de faire ce qui est défendu aux prêtres. Est-ce que nous ne sommes pas tous prêtres? N'est-il pas écrit que le Christ a nous a fait les serviteurs et les prêtres de son père?» Cest Tautorité de TÉglise qui a établi une démarcation entre Tordre des prêtres et celui des laïques. Mais la condition essentielle du sacerdoce de Dieu n'est-elle pas en toi ? Ne fais - tu pas Toffrande du sacrifice? n'as-tu pas le droit de baptiser ? Tu es prêtre, quand tu ne le serais que pour toi. Là où trois fidèles sont rassemblés , fussent-ils laïques , il y a une Église; parce que chacun «est vivifié par sa propre foi» et que «Dieu ne fait aucune acception de personnes. » C'est pourquoi vous ne seriez point justifiés comme sujets de TÉglise , mais comme membres de TÉglise. Si donc lu possèdes en toi le droit du sacerdoce que tu peux exercer au besoin , tu es soumis aussi à la loi du sacerdoce. Tu oses baptiser et offrir le sacrifice après avoir épousé deux femmes ? Ne sera-ce pas un plus grand crime dans un laïque de remplir ainsi des fonctions sacerdotales, quand il est défendu même aux prêtres de le faire s^ils ont eu deux femmes?a Mais, direz-vous, on excuse cela dans les cas de nécessité. » Sachez donc qu'on ne peut appeler nécessité, ce qui pourrait ne pas être. N*épousez pasdeuxfemmes, et vous ne vous trouverez jamais dans la nécessité de violer la loi des fonctions ecclésiastiques. Dieu veut que nous soyons toujours disposés à nous approcher de ses sacremens. 11 n'y a qu^un Dieu, une foi, une loi. Si les laïques, du milieu desquels on choisit les prêtres ne se soumettent pas aux conditions du sacerdoce, comment pourra-t-on trouver des prêtres quand on en aura besoin ? Nous devons donc foire en sorte que les laïques ne se marient pas deux fois , puisque nous ne pouvons faire un prêtre que d'un laïque qui ne se soit marié qu'une fois.

VIU. Qu'on se marie donc, si tout ce qui est permis est bon , malgré ce que dit Tapôtre :

«Tout est permis; mais tout ne tend pas aa salut. » Dites-moi , peut-on appela* bon ce qui n'est pas utile ? Si ce qui n'est pas utile au salut peut être permis , il s'en suit que des choses qui ne sont pas bonnes peuvent être permises. Or que devez-vous préférer de ce que vous regardez comme bon parce qu'il est permis, oa de ce qui est bon en soi parce qu'il est utile? Il y a loin de la liberté au salut. On ne parle pas de ce qui est bon , parce qu'il doit être embrassé sans qu'il soit besoin d'une permission. Mais on permet ce dont la bonté est douteuse , ce que Ton pourrait ne pas permettre, surtout s*il n'existait quelque circonstance particulière qui justifiât la permission. C'est pour obvier au danger de l'incontinence , que les secondes noces ont été permises. Cest aussi en laissant aux fidâes le choix d'une chose moins bonne en soi, que Dieu les éprouve, et sépare ceux qui ne veulent obéir qu'à sa volonté d'avec ceux qui cèdent i leurs passions , et pour connaître ceux qui cherchent l'utile et ceux qui cherchent l'agréaUe, ceux qui veulent ce qui platr à Dieu et ceux qui n'aiment que ce qui leur platt à eux-mêmes. La liberté est la pierre de touche de l'obéissanoe , parce que Tobéissance est éprouvée par la tentation, et que la tentation s'appuie sur la liberté. VoilA pourquoi tant de choses sont permises qui ne sont pas bonnes et utiles. Celui qui est libre est tenté ; et celui qui est tenté est soumis au jugement de Dieu. Les apôtres avaient la permission de se marier et d'emmener leurs femmes avec eux par le monde. Il leur était permis de vivre de TÉvangile. Mais celui qui ne voulut point user de cette permission nous engage à suivre son exemple , en nous montrant que cette liberté n'est qu'une épreuve , qu'il a bit tcwrner au profit de la continence.

IX. Si nous examinons bien le sens profbnd de ces paroles, nous trouverons que le mariage n'est guère qu'une fornication tolérée. Car quand il dit que les époux cherchent à s*entre-plaire, il ne veut pas dire qu'ils veulent s'entre-plaire par la pureté de leurs mœurs (ce qu'assurément il n'aurait pas blâmé); mais il veut parler de la toilette , des ornemens , et en général de tooa les petits moyens par lesquels les époux cher» chent à s*exciter mutuellement aux actes les plua voluptueux. Or le désir de plaire par l'extérieur est l'essence même de la concupiscence charnelle

EXHORTATION A LA CHASTETE

i|ai est elle-même la cause de la fornication. Le mviage n'est-ii pas analogue à la fornicntîon , RVt-il pas pour but la satisfaction des mêmes dénrs ? Le Seigneur a dit lui-même : a Quiconque t jeté sur une femme un regard de concupis- !, est d^à coupable de fornication dans oeiir.» Or celui qui recherche une femme m mariage fait- il autre chose? Qu'importe qnH répoose ensuite? Taurait-il même épousée, iû ne reût d'abord régardée avec concupisccnee? à moins que Ton épouse une femme que ToQ n*a ni vue ni désirée. Il importe beaucoup à la eonscience du mari de n'avoir point avant im mariage désiré de femme étrange; or avant le mariage , toutes les femmes sont étrangères , de sorte qu'une femme ne devient mariée qu'après avoir été adultère. Les lois semblent Faire aœ différence entre le mariage et la fornication, mais cette difKrence ne porte que sur la permission donnée ou refusée , elle ne porte pas sur la dMMe en elle-même. Gela regarde les hommes oomme les fimunes. Le mariage et la fornication sont tous deux une union et un mélange charnel dont le simple désir a été appelé fornication par le Seigneur, a Mais, me dira-t-on,vous proavez trop , car vous attaquez même les premières noces.» Sans doute, je les attaque, et ce n*est pas à tort , puis qu'elles sont aussi fondées sor le désir, et que le désir est une fornication. Ce qu'il y a de mieux pour un homme, c'est de se tenir éloigné du sexe, et voilà pourquoi la virginité a un si grand mérite parce qu'elle est exempte même de ce qui ressemble à la fornication. Et puisque ces considérations forment déjà de puissantes objections contre les premiers mariages, quelle force n ont-elles pas contre les seconds et les troisièmes? Soyez au moins reconnaissans de ce que Dieu vous a permis de vous marier une fois ; et montrez votre reconnaissance en sachant bien qu'il ne vous a pas permis de le faire une seconde. Ce serait abuser de la permission que d'en user sans modestie, c'est-à-dire sans modération; car ces deux mots sont de même origine. Ne te suffitil pas d'être descendu du faite de la virginité au second rang de la chasteté, et faut-il encore que tn t'abaisses jusqu'au troisième ou au quatrième degré? Tu ne saurais t'arrêler à un mariage? mais il n'y aura plus de bornes pour toi, car celui qui réprouve ceux qui se marient deux fois.

I n'a pas jugé à propos de déFendre un nombre illimité de mariages. Marions-nous donp tous les jours, jusqu'à ce qu'enfin nous soyons surpris par le jugement, comme Sodome et Gomorrhe. Alors sera accomplie cette malédiction lancée sur les entrailles qui auront conçu et sur les mamelles, qui nourriront; c'est-à-dire sur les maris et les fomicateurs qui fécondent le sein des femmes, remplissent leurs mamelles et procréent les enf^ns. Et quand cessera-t-on de se marier? Apparemment quand on aura cessé de vivre.

X. Renonçons donc aux choses chamelles et occupons-nous un peu plus des choses spirituelles. Saisis, mon frère, cette occasion que ta n'as pas désirée , mais qui se présente à propos, d'être quitte de toute obligation terrestre. Tu n^es plus débiteur! Heureux, toi qui as perdu ta femme ! cette perte devient pour toi un gain. Tu es à même maintenant d'édifier par la continence le grand œuvre de la sainteté. En faisant des économies sur la chair , tu enrichiras tou esprit. Examinons bien en nous-mêmes combien l'homme se rapproche de la nature spirituelle quand le hasard Ta délivré de sa femme : il se sent comme un homme tout nouveau. S'il fait ses oraisons , il lui semble qu'il est plus près du ciel; il passe les nuits à méditer l'Écriture sainte ; il est tout à la divine parole; s'il chante un psaume, il sent son cœur rempli de béatitude; s'il défie le démon , il a confiance en lui-même. L'apôtre nous recommande les ablutions corporelles comme donnant plus de mérite à la prière; c'est pour apprendre que la pureté du cœur est nécessaire et que nous devons nous purifier souvent. A toute heure, à tout moment, la prière est nécessaire et par conséquent aussi la pureté qui doit précéder la prière. L'oraison part de rame ; si donc Fàme a sujet de rougir, Toraison sera honteuse et timide. C'est l'Esprit-Saint qui porte la prière vers Dieu. Si l'esprit voit la honte de Tàme, comment osera-t-il prendre sa prière et l'enlever au ciel? Ce ministre saint ne sera-t- 11 pas tout couvert de la rougeur de l'âme? Cette parole de l'Ancien Testament est une véritable prophétie : « Nous serons saints, parce que Dieu est saint ; » et plus loin : «Avec Thomme saint, tu seras sanctifié; avec le juste, tu seras justifié; avec Télu, tu seras élu.» Nous devons entrer dans Tesprit de la loi divine d'une

manière qui soit digne du Seigneur, et non selon les ardeqtes concupiscences de la chair. Cela est d'accord avec ce que dit Tapôtrc : «La sagesse selon la chair, c'est ia mort ; mais la sagesse sekm Fesprit, c'est la vie éternelle en No(re- Seigneur Jésus-Christ, v Si donc la chair, même dans un premier mariage , peut ainsi éloigner le Saint-Esprit , quelle funeste puissance n'a«telle pas quand ou lui cède au point de se marier deux fois?

Xi. II y a dans un second mariage un double sujel de honte; car Tâmc de Thomme est obsédée par la présence de deux femmes; de Tune par le souvenir; de Tautre, par la réalité. Car vous ne pouvez haïr votre première femme dont la mémoire doit vous être plus sacrée et plus sainte, puisquelle est déjà dans le royaume de Dieu et que tous les ans vous faites dire des prières pour elle. Vous vous tiendrez donc devant votre Dieu avec autant de femmes que vous en recommandez dans vos prières ; vous offrirez le saint sacrifice pour deux femmes, et cela par les mains d'un prêtre sanctifié par la monogamie ou mieux encore par la virgi« nité, et entouré de ses diacres, de ses chanoinesses monogames et vierges. Et tu oseras d'un front calme élever ai| ciel l'offrande de ta prière, et entr'autres fîaveurs , tu demanderas au ciel la vertu de chasteté pour toi et pour ta nouvelle épouse!

Je sais bien que l'on s'excuse sur l'insatiable concupiscence de la chair. On plaide la nécessité de se faire des amis, d'avoir quelqu^un à la tête de sa maison, pour gouyerner sa famille et les domestiques, pour tenir les clés, pour foire filer les servantes et veiller aux dépenses, il n'y a donc selon vous que les maisons des hommes mariés qui soient bien administrées ? Il faut donc absolument être ruiné si Ton est célibataire? Est-ce que les eunuques, les militaires et le^ voyageurs perdent toujours leur fortune? Est-ce que nous ne sommes pas des soldats aussi nous ? Est-ce que nous ne devons pas être d'autant plus soumis à la discipline que notre chef est te plus grand des potentats? Ne sommes-nous pas comme des voyageurs dans ce monde? Comment se fait-iidonc, chrétien, que tu ne puisses te passer de femme? a Mais il me faut,dis-tu, une compagne pour soutenir avec toi le poids des affaires domestiques. » Prends donc

TERTULLIEN

alors quelque épouse purement spirituelle; dioisis une veuve qui soit belle de sa ferveur religieuse, ridue de sa pauvreté, et noble par soa âge respectable. Ce sera pour toi un bon mariage. Tu peux prendre de telles épouses , tant que tu voudras , sans craindre de déplaire à Dien. Mais non; des chrétiens, qui ne devraient pas penser au lendemain , veulent une postérité. Les serviteurs de Dieu veulent avoir des héritiers , eux qui se sont déshérités des jouissances do monde. Et encore ne cherchent-ils à se renirjer que lorsqu'ils n'ont pas eu d^enfans de leur premier mariage? Ils finiront par demander i vivre plus longtemps, tandis que l'apôtre demandait à être au plus tôt retiré du monde. Assurément un chrétien sera bien plus exempt de soucis dans les persécutions , n'est-ce pas? 0 souffrira le martyr avec bien plus de constaooe? il répondra plus sageipent aux interrc^toiresf et enfin il mourra bien plus tranquillement parce qu'il laissera des enfans, pour lui rendre les derniers honneurs apparemment? On dirait que les chrétiens agissent ainsi dans rintérètde la république, de crainte qtie les dtés ne viennent à manquer d'habitans , s'ils ne veUlaienC I la propagation de l'espèce. Ils ont peur que les lois et le commerce cessent de fleurir, que ks temples soient abandonnés, et qu'il ne reste plus personne pour crier, «aux bètea les dirétiens ! » Car voilà sans doute ce qu'ils désircul entendre, ceux qui veulent des enfans. L*eBbarras d avoir des enftns devrait suffire pov nous faire rester célibataires , puisque les hris humaines obligent les pères k les élever y parée qu'elles ont prévu qu'aucun homme sage ne voudrait s'en charger de plein gré. Que feras-tu donc si tu parviens à faire partager à ta femme ta manière de voir? Emploierez-vons des médicamens pour détruire le fœtus dans son germe? Mais je crois qu'il ne nous est pas plus permis de tuer un enfant avant qu'après sa naissance; Peut-être oseras-tu pendant ia grossesse de ta femme demander à Dieu une délivrance que tu n'oses pas accomplir toi-même? ou bien tu choisiras une femme stérile ou devenue froide par l'âge ? Réfléchis bien et ne te Fais pas d'illusion. Si Dieu le veut , la femme stérile ou même vieflle deviendra féconde , et cela d'autant plus que vous paraîtrez l'avoir défié par vos prévisioua présomptueuses. Nous connaissons un chrétiea

EXHORTATION A LA CHASTETÉ

qfij pcMir gouverner sa maison , épousa en secondes noces une femme stérile qui doubla bientôt le nombre de ses enfans.

XIII. Je finirai mon discours, mon bienaimé frère, en citant quelques exemples que me foomiroBt les gentils, que Dieu nous offre son- Tmt eomme un témoignage pour prouver que ce qui lui platt est souvent reconnu bon par la sagesse mcNndaine. Les gentils font le plus grand os de la monogamie , c'est au point que lorsque les vierges se marient légitimement , on leur àxme toujours pour dame d'honneur une femme qui ne se soit mariée qu'une fois. Si on croit que cela est de bon augure, je pense que Ton a raison. Dans les cérémonies religieuses ou lutres fttes, les femmes qui n'ont eu qu'un mari prennent le pas sur les autres. La prêtresse de Jupiter ne peut avoir qu'un époux. Le grand pontife lui-même ne peut se marier qu'une (bis, tant la monogamie est en honneur. Or lorsque Satan Imite ainsi les saintes lois du Seigneur , c'est pour nous narguer. Combien devons-nous rougir de ne point faire au Seigneur le sacrifice que tant d'autres font au diable, auquel ils vouent soit leur virginité, soit leur veuvage per-* pétud f Mous avons tous entendu parler des vierges de Vesta , de celles de Junon en Achale, de celles d'Appollon â Éphése , et de celles de Minerve en d'autres lieux. Les prêtres du bœuf Apis en Egypte faisaient vœu de chasteté. Les femmes qui se vouent à la Gérés africaine , abdiquent spontaQément leurs droits d'épouse et

se privent même d'embrasser leurs enfims mâles. Après la luxure, le diable sait se faire même de la continence un instrument de perdition. Gon» bien est à blâmer le chrétien qui rejette la cath tinence qui pourrait être pour lui un instrument de salut ! Au dernier jour nous verrons s'élever en témoignage contre nous ces femmes idolâtres qui ont su conserver leur veuvage pour acquérir une bonne renommée; comme Didon , reine fugitive sur une terre étrangère, qui aurait pQ désirer former une alliance avec un roi d'Afirique, mais qui loin de vouloir convoler à de secondes noces, aima mieux se brûler que de se marier; comme cette Lucrèce qui, s'étant une fois et par violence trouvée entre les bras d'un étranger, lava de son sang sa face souillée, et ne voulut pas vivre après avoir connu deux hommes. Je trouverais bien d'autres exemples chez les chrétiens, et même de meilleurs, en ce qu'il vaut mieux vivre chaste que de mourir pour la chasteté ; car la vie et la chasteté sont deux biens qu'il vaut mieux conserver ensemble que de les séparer par la mort. Que de saints hommes et que de vierges dans les ordres ecd^ slastîques se sont voués â la continence et ont préféré épouser Dieu seul! Ils ont presque égalé la chair â l'esprit, et en ont retranché tout ce qui ne peut entrer dans le royaume des deux ; ce qui doit faire enfin penser que ceux qui veulent entrer dans le paradis doivent s'abstenir de ce qui n'y entre point.

%>»<»fa<»^[^«(i^>»if%)»i>^»y»»>ti%%^>>»»^i»»%»i>»i»>%t(»%M^>»%f »<»»»i^><»%a>w»f»i< ^ < %<|^^|»^%»%0%<^%»|^^<»^^%%^»^^»^*%^%»^%»%»%»^»»%%^^|»^^»»%>%<»%^»

Page 1