‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 33 sur 80 · VIERGES · texte numérisé non relu

VIERGES

idd

pendant que le désir de la gloire lenr fera découvrir la tête. Gar ce n'est point la religion , mais c'est la vanité qui les oblige de vouloir ainsi paraître vierges : et qoelquefeis même on peut dire qu'en cette rencontre leur ventre est leur dieu , parce que les chrétiens reçoivent et soulagent volontiers les vierges.

Non-seulement cette ostentation lés perd, mais elle traîne encore après elle une infinité de désordres. Gar après avoir été ainsi exposées en public, honorées par cetiemarqnc extérieure de vertu et comblées en cet état de lotis les témoignages possibles de respect et d'affection par leurs frères, s'il arrive qu'elles en soient déchues, elles conçoivent qu a moins que de cacher ce dérèglement , il leur doit arriver autant de honte qu'elles ont reçu d'honneur. Donc si c'est la marque de la virginité que d'avoir la tète découverte, quand il arrivera qu'Une vierge se laissera corrompre , et que pourtant elle ne se voilera point pour cacher sa honte, pour lort elle aura un habillement qui ne lui appartiendra point, puisque l'on veut qu'il n'appartienM qu aux vierges. Elledetneut-era héanmoins dails cet habit de peut* de faire connaître son trimé en le changeant , et elle osera bien approchel! de Dieu la tète découverte, quoiqu'elle soit coupable et qu'elle sache bien qu'elle est souillée.

Mais le Selgheur Dieu est jàlôiix dé sa gloi^e, il nous assure qu'il n'y a rien de caché qui ne sdlt i la fin découvert, et sa justibe permet que les désordres de la plupart soient reconnus ^ Elles ne les reconnaîtraient jamais si la voix de leurs enfans ne les accusait ; et si Ton en reconnaît plusieurs par ce moyen, n'a-t-on pas lieu dé les soup^nner coupables de plusieurs crimes^ G'est malgré moi qUe je lés dis, il est difficile qu'une fille devienne femme une fbis quahd ellecrahit de te devenir, et lorsque l'étant une feis devchue elle peut feindre devant Died d'être vierge. Je crains bien qu'elle n'ose tromper son propre sein pour s'empêcher de paraître mère. Dieu sait combien d^enfans pouvaient venir au monde , si la vanité de leurs mères hë les avait étouffés.

Ges sortes de vierges conçoivent lacilemehl et enfantent heureusement , mais il n^ên vient

' Matib., 10.

TERTULLIEN

pour Tordinaire que des cnfans semblables à leurs pères , et ce sonl là les désordres qui naissent de cette sorte de virginité contrainte.

IX. Le désir de paraître s'accorde mal avec la pudeur, et le soin de plaire aux hommes, dont il est nécessairement accompagné, ne doit pas occuper Tesprit d'une vierge; quelque pures que soient ses intentions, sa pudeur sera toujours en danger tant qu'elle sera exposée à une multitude de regards, dont elle ne peut répondre tant qu'elle sera chatouillée par le plaisir de se faire remarquer ; enfin tant qu'elle pourra prendre feu au milieu des baisers et des embrassemens de ses frères. Car c'est ainsi que le front s'endurcit, que la pudeur s'efface peu à peu , et se perd enfin entièrement, et que l'on apprend à désirer de plaire d'une autre façon.

La virginité se défie d'elle-même el se craint plus que toute autre chose quand elle est véritable, quand elle est entière et quand elle est pure ; elle a même de la peine à souffirir les regards des femmes, et ses vues sont bien différentes de celles du monde. Elle a recours au voile comme à un casque ou comme à un bouclier qui lui serve de défense contre les attaques de la tentation et contre les traits du scandale, qui la protège contre les soupçons, contre les murmures et contre la jalousie , et qui la garantisse même de tout le poison qui se peut communiquer par le moyen des regards.

Car c'est encore une chose que nous devons craindre de la part des païens , que Ton appelle charme, qui est une suite malheureuse de la vainc gloire, et que l'on attribue quelquefois très raisonnablement au démon, parce que la haine du bien est son caractère; mais quelquefois aussi l'on peut dire que c'est une punition de Dieu, parce que c'est lui qui juge l'orgueil en élevant les humbles et en abaissant les orgueilleux. Une vierge sainte craindra donc par la seule raison du charme qu'elle peut prendre ai se laissant voir, d'un côté le démon qui li^jfijl ennemi , et d'autre côté Dieu qui est 8on juge. Elle craindra, dis-je, l'envie malicieuse de son ennemi et la pénétration sévère de son juge; enfin elle voudra être inconnue à tout autre qu'à soi-même et à son Dieu.

Mais tant qu'elle ne sera connue que de lui, die pourra dire qu'elle aura trouvé Iç secret de

fermer le passage aux tentations ; car eiifin qd osera fatiguer de ses regards un visage cacbé, un visage qui n'en ressent rien , un visage enfin qui pour ainsi parler n'a rien que de triste.

Cette sainte sévérité sera plus que suffisante pour rompre les plus mauvais desseins, et Ton peut dire que c'est être au-dessus de la faiblene des femmes que d'être viei^e sans afitcter de le paraître.

Ainsi notre sentiment se trouve autorisé pir la sainte Écriture, par les lois de la nature et par celles de la discipline. C'est l'Êcritore sainte qui nous propose cette loi : la nllure nous en rend des témoignages irréprochables, et la discipline demande que nous y obéissionL Quelle peut être la force de la coutume contie tant d'autorités , ou quelle probabilité le sentiment contraire peut - il avoir ? l'Écriture est de Dieu , la nature a Dieu pour auteur, la disdplifie ecclésiastique vient de Dieu, tout ce qui leur est contraire ne peut être de Dieu. Si rÉcriture est obscure, le témoignage de la nature esl manifeste, et l'Écriture ne saurait être obscure avec ce témoignage, mais quand on pourrait douter du témoignage de la nature, la discipline fait voir évidemment ce qui est pins agréable à Dieu. Rien ne lui platt tant que Humilité, il n'aime rien plus que la modestie, et il n'a rien tant en aversion que la gloire et que le soin de plaire aux hommes. Puisque donc il nous est ordonné de tout examiner et de suivre toujours le meilleur, croyons que l'Écriture, la nature et la discipline nous prescrivent toujoart de faire ce qu'elles nous montrent être plus agréable à Dieu.

X. Il nous reste maintenant à nous adresser aux vierges chrétiennes , afin qu'elles puissent recevoir volontiers ce que nous venons d'enseigner. Je vous coi^ure, soit que vous soyez mères, soit que vous soyez sœurs, soit que vous soyez fille , vous que Tàge fait passer pour vierges, voilez votre tête. Si vous êtes mères, que ce soit à cause de vos enfans, si vous êtes sœurs que ce soit pour vos frères, si vous êtes filles que la considération de vos pères vous y oblige. Il y a du danger à tout âge, revêtez - vous des armes de la pudeur, fortifiezvous du rempart de la modestie , environnez enfin votre tête d'une muraille qui empêche vos regards de se porter au dehors, et qui

DU VOILE DES VIERGES

garantisse de Tatlaquc des aulres. Prenez lUiîllemeot des femmes tout entier ; et afin ie conserver votre virginité, déguisez quelque dMe de ce que vous possédez intérieurement, rfta de D*Mre connue que de Dieu , et ne craifKZ pas de mentir en passant pour épouses : vous rétes en effet de Jésus - Christ , vous lui irez livré votre chair, et vous lui avez immolé la aflectioos de votre ége. Paraissez comme folfc époux vent que vous paraissiez ; c'est lui qâ veut que les épouses des hommes soient fo0te : peosez-vous qu'ils demande moins de (cllei qui loi appartiennent?

Hais pour vous qui êtes mariées et qui avez ne autre sorte de chasteté à pratiquer, gardez* nm bien de perdre la coutume du voile; ne lOfa pas un moment sans lui; mais surtout lÛez pas le détruire sans le quitter, comme isDt celles qui ne sont ni couvertes ni entière- ■eot découvertes: car il y en a quelques-unes (p te lient plutôt la tète qu'elles ne se la counnt avec leurs petites bandes ; elles sont à la lériié couvertes depuis le front, mais ce quil est kplos important de cacher demeure toujours dfcoQvert. D'autres se couvrent seulement la ttte jusqo^aux oreilles avec de petits bonnets de loilé bien fine, et il semble qu'elles aient peur de se charger trop : j'ai pitié d'elles, si elles eut roole si dure qu'elles ne puissent pas entendre la parole de Dieu à travers un voile; qu'elles sachent que la femme entière n'est que tHe^ le voile ne doit finir que là ou la robe commence; il doit autant occuper de place que les cheveux en peuvent couvrir, et il faut que les épaules en soient aussi cachées, car ce sont dles proprement qui doivent être sujettes aussi bien que la tète , et le voile est le joug auquel elles doivent se soumettre.

Les femmes Arabes, toutes païennes qu'elles sont, seront vos juges; elles ne voilent pas seulement leur tète , mais elles se couvrent tout le visage : de sorte que ne laissant d'ouverture que pour un seul œil , elles aiment mieux ne jouir que de la moitié de la lumière, que de se découvrir tout le visage. Une femme aime mieux voir que d'être vue; et une reine de Rome disait que celles-là étaient plus malheureuses qui pouvaient plus aimer qu'elles ne pouvaient être aimées; quoiqu'on pût dire que celles-là soient heureuses, en ce qu'elles sont

exemptes d'un autre malheur qui est plus grand et plus commun, parce qu'ordinairement les femmes peuvent être plus aimées qu'elles ne peuvent aimer; et cette discipline des païens est plus sévère et pour ainsi dire plus barbare que la nôtre.

Mais Dieu a bien voulu par ses révélations nous déterminer la grandeur du voile ; car il est arrivé à une de nos sœurs qu'un ange, châtiant ses épaulesen songe, les vantait en même temps, à peu près en ces termes : a Voilà , disait-il , à la vérité de belles épaules , et qui méritent bien d'être nues. Il est bon de fustiger jusqu'aux reins, afin que cette nudité de vos épaules ne vous ait pas été sans utilité, et que ce qui est dit à l'un soit dit à tous. » Mais quel châtiment ne mériteront point celles qui, dans le temps même qu'on chante des psaumes, et que l'on parle de Dieu, demeurent néanmoins découvertes? Peut-on souffrir que,daas l'oraison même, elles se contentent de mettre sur leur tète quelque bande ou quelque- ruban , et que néanmoins elles se croient parfaitement bien voilées PU faut qu'elles estiment que leur tête est bien peu de chose ; mais il y en a qui n'abusent pas moins de la nudité de leur tête, quoiqu'elles se servent d'une sorte de voile plus étendu que ne sont ces bandelettes et ces rubans dont je viens de vous parler, semblables aux autruches , qui pour avoir des plumes ne laissent pas d'approcher plus des animaux terrestres que des oiseaux , et dont la tète fort petite est appuyée sur un long cou, et qui le portent haut dans tout le reste. On dit que quand elles veulent se cacher, elles s'enfoncent seulement la tête dans un buisson, et qu'elles laissent tout le reste à découvert : ainsi croyant leur tète en sûreté et se découvrant par où elles sont le plus remarquables, on les prend tout entières; il en sera de même de celles qui se couvrent moins qu'il ne faut.

Il faut donc en tout temps et en tout lieu se souvenir de cette loi et être toiyours prêtes à entendre parler de Dieu, et l'on reconnaîtra à la tête des femmes si Dieu est véritablement dans leur cœur. Que la paix et la grâce de Notre Seigneur Jésus soit avec ceux qui préféreront la vérité à la coutume , et qui liront ceci avec un esprit de paix et de douceur ! Qu'elle soit aussi avec SeptimeTertullien, qui est l'auteur de cet opusaile.

TERTULLIEN

TRAITE DE LA CHAIR DE JESUS-CHRIST

' I. Oux qai s'élevant contre la foi de la résorrectioni laquelle ne recevait aucune con* troverse avant que ces nouveaux sadducéens parnsaenl dans le monde, a^efforcent même de montrer que Teapérance que nous en avons ne regarde point notre chair, ont raison de mettre en question la chair de Jésus-Christ , et de soutenir on qu'elle n'est point , ou qu'elle est tout autre chose que la chair d'un homme ; de peur que s'il est certain que ce soit la chair d'un homme, ce ne soit un préjugé contre eut que cette chair, qui est ressuscitée en Jésus-Christ , ressuscite en tous les hommes. Il fout donc que ce même argument que ccS» gens-là emploient pour détruire le vœu et le souhait de la chair de l'honune nous serve pour l'établir. Examinons quelle est ta substance corporelle de Notre- Seigneur, car quant & la substance spirituelle, l'on en convient, c^est de sa chair que l'on dispute; on en révoque la vérité en doute, on remet en question sa qualité , on demande si elle a été , d'où elle a été , et comment elle a été : la preuve de sa nature sera la règle de notre résurrection. Marcion , voulant nier la chair de Jésus-Christ , a aussi nié sa naissance, ou voulant nier sa naissance, a aussi nié sa chair, craignant que dans la correspondance qui est entre la naissance et la chair. Tune ne rendit témoignage en foveur de l'autre , parce que la naissance n'est point sans la chair, ni la chair sans la naissance ; comme si par la licence ordinaire des hérétiques il n'eût pas été en son pouvoir , ou , en admettant la chair, de nier la naissance selon la témérité d'Apelles, son disciple et depuis son déserteur, ou , confessant la chair et la naissance, de leur donner un autre sens par tiné interprétation nouvelle, selon l'esprit et la pensée de Valent in , cet autre disciple et déserteur de Marcion. Cclui-lâ même qui a osé parler de la chair de Jésus-Christ comme d'une chair imaginaire, a pu de la même sorte parler de sa naissance comme d'Un

ftmtAme, et avancer que la conception , la grossesse et renftiutement de la Vierge, et enfln la suite et Tordre de la vie de cet enfiint, n*a été qu'une apparence » que toutes ces choses ont trompé les mêmes yeux et les mêmes sens , qid ont été séduits par l'opinion que l'on a oontpie de la vérité de cette chair.

II. Cependant la naissance a été annoncée par Gabriel ; mais quelle créance a l'hérétique à ce qu'annonce l'ange du Créateur ? H est écrit que Jésus-Christ a été conçu dans le sein de la Viei^ : quelle créance a l'hérétique i ce que dit Isale, prophète du Créateur P Celui-là cet ennemi de la longueur du temps , qui voulait que Jésus-f Jhrist deacendtt du del sur la terre en un instant : «Otez-moi, dit-il, ces tribnts qni se lèvent au nom de César, et qui sont toigoors fHdiaix et incommodes. Otei^-moi cette petite eabanne, ces pauvres langes, et cette dure et misérable crèche. Que cette multitude d^anges considère que la nuit est plane dllittriofis, et que les ténèbres de celle quils ont passée à fidre les honneurs de la naissance de leur Seigneur peuvent les avoir abusés ; que les pasteors, an lieu de s'amuser à rendre ces adorations, s*oecupent à garder leurs ouailles ^ ; que les mages kie se lassent point dans un voyage si long, Je leur laisse volontiers tout leur or et toutes leurs richesses ; qu'Mérodè même ne soit pas si cmel afin que Jérémic n*ait point de sujet de se glorifier de ce qull a prophétisé de lui ; que Fenfant ne soit point circoncis, pour lui épargner la douleur de la circoncision; qu'on ne le porte point au temple, afin que ses parents ne soient point chai^ des iVaîs d'une offlrande^; qu'on ne le mette point entre les mains dé SiméDUi de peur qu'un vieillard, qui après cela doit incontinent mourir, n'en soit afflif^ ; que cette vieille même ne parie point, afin qu'elle ne fascine point cet enfant.» Ne sont-ce pas Byô

* S. Rbub., 2. — » s. Luc, 2.

DE LA CHAIR DE JÉSUS-CHRIST

Mtccioii I les betm conseils par lesquels tu as CD raodace de youloir efFacer (ant de preuves originales de rhamanité de Jésus-Christ , pour DOOi priver d*autaot de témoigoages de la vérité de sa cbairP Mais disHMMis de quelle autorité ta agis. Si tu es prophète , fais-nous quelqne prédiction de Ta venir qui nous le montre; si tu es ap6tre, que Ton te voie prêcher en pu- Mie; si tn as Tcsprit des apôtres, parle comme tas apAtretf qne ta fbi et la leur soit la même tm: wam si t« es seulement chrétien , tiens cette dsctrfcne qne nous tenons de la tradition. Que si ta n*es rien de tout cela , je puis dire qu'il CmC qoe ta meures. Et certes tu es mort, pniaqne tu n'es point chrétien , ne croyant pas en cette foi qui fait les chrétiens ; et tu es mort dteom plos que tu n'es point chrétien, et qs^jant été dvétien, tu as cessé de Tètre; tu es, &-je, mort de ce œup mortel que tu as reqs en ne croyant phis ce que tu croyais au- Hé&àj ecMnnie fu l'avoues dans une de tes kCMi, et selon que les tiens ne le nient pas, etqwBoos le prouvons. Ne croyant donc plus ceqw lu ts cm , tu as voulu retrancher ce que tiue crois plus ; mais ne pense pas que tu Taies Wrautliê €ft ne le croyant plus; au contraire liant retrancher ce que tu as cro , tn qall y avait une autre M en laquelle (Il crafrfs avant que tu eusses entrepris de la tetrasdicr, et cette autre (bi venait de la traditioDj et cette fbi qui venait de la tradition était Véritable , comme ayant été laissée par ceux à t|ui il appartenait de nous la laisser. De sorte f|n'ai voulant retrancher ce qui était de la tra- ^itiao, tu as attenté contre la vérité, par une entreprise qui n'est fondée sur aucun droit, et qoi est destituée d'une lé{ptime autorité. Mais je flie sois servi plus amplement dans un autre traité de cette sorte de défense contre toutes les bérésies , et je la répète ici en peu de paroles PjDar obliger Marcibn à nous dire pour quelle raison il ne croit pas & la naissance de Jésus- Christ.

ni. n est nécessaire que j'emploie cette défense contre toi, puisque tu as cru qu'il dépendait de toi d'avoir ce sentiment, que la naissance dans la chair ou était impossible, ou n'était pas convenable à Dieu. Certes il n'y a rien d'impossible à Dieu que ce qu'il ne veut pas. Considérons donc s'il n'a pas voulu naître ; car sll l'a

voulu, je dis qu'il Fa pu, et qu'il est véritablement né : je renferme ce raisonnement en peu de phrases. S'il y avait quelque cause pour laquelle Dieu n'eût pas voulu naître parmi les hommes, il ne se Âlit point fait voir sous la figure d'un homme. En effet, qui , voyant un homme, pourrait nier que la naissance ne fftten lui le principe de la vie ? Ainsi Dieu n'aurait point voulu paraître aux yeux des hommes ce qu'il n'aurait point voulu être. Notre esprit même est naturellement porté à ne vouloir pas que l'on croie de nous ce qui ne nous est pas, agréable , et il nimporte pas qu'une chose soit ou qu'elle ne soit pas, si n'étant pas on peut pré sumer qu'elle soit; au contraire il importe qu'on ne croie pas Faussement ce qui n'est pas en effet et dans la vérité, a Mais, dis- tu, il lui suffisait qu*ll sût en lui-même ce qu*il est. i» Que les hommes jugent par leurs lumières si le voyant revêtu de la forme d*un homme , ils ont dû estimer qu'il eût pris naissance. Certes, si sans avoir eu une véritable naissance, on n'eût pas laissé de le tenir pour un homme malgré la propre connaissance qu'il avait de lui-même, n'était-il pas plus digne de lui , et n'était-il pas plus généreux que ce fût une vraie naissance qui le fit passer pour un homme ? Quel est ce courage que tu lui attribues? Et n'est-ce pas lui faire une injure que de penser que, n'étant point né sur la terre, il ait souffert que contre sa propre connaissance on ait cru qu'il le fûî ? Fais-nous comprendre quel intérêt si grand pouvait porter Jésus-Christ dans la connaissance qu^il avait de ce qu'il était , & se montrer autre qu'il n'était.Tn ne peux pas dire qu'il était & craindre que s'il eût pris naissance et quH se fût vraiment revêtu de la nature humaine, il eût cessé d'être Dieu, et qu'il eût perdu ce qu'il était, en devenant ce qu'il n'était pas. Car Dieu est immuable, et son état est tel quil ne pept-être en péril de le perdre. « Mais, dis-tu , je nie que Dieu ait été véritablement fait homme, en sorte qu'il soit né et qu'il ait pris un corps de chair, parce qu'il est nécessaire que celui qui est sans fin ne puisse changer. Le changement en un autre état est la fin du premier état ; ainsi celui qui ne peut avoir de fin , ne peut souffrir de changement. » Certes , les choses qui changent sont sujettes à cette loi: qu'elles ne demeurent point en ce qui se change

TERTULLIEN

en elles, et que n'y demeurant pas elles périssent, perdant dans le changement ce .qu'elles étaient avant que de changer : mais il n'y a rien de pareil à Dieu , et il est d'une nature fort éloignée de la condition de toutes les autres choses. Si donc celles qui sont si éloignées de Dieu, et dont Dieu est si éloigné quand elles changent, perdent ce qu'elles étaient : quelle serait la différence entre Dieu et les autres choses, s'il n'arrivait le contraire en Dieu de ce qui arrive dans les autres choses? je veux dire que Dieu se puisse changer en toutes choses, et néanmoins qu'il persévère dans ce qu'il est , autrement il serait égal à toutes les autres choses, qui en changeant perdent ce qu'elles étaient avant leur changement. Mais quoiqu'en cela il ne leur soit pas égal , il ne leur est pas inégal en toutes choses, s'il ne leur est pas inégal dans la puissance de prendre une autre nature. Vous avez quelquefois lu , et vous avez cru que les anges du Créateur ont été revêtus d'une forme humaine ^ et qu'ils ont eu si véritablement des corps , qu'Abraham leur a lavé les pieds, et que par leurs mains Lolh a été arraché à la violence de ceux de Sodome^; que Fange a lutté avec Thomme, et qu'étant pressé entre les bras de l'homme, de toute la pesanteur de son corps, il a fait effort pour s'en délivrer. Que s'il a été permis aux anges, qui sont d'une nature inférieure à Dieu, de conserver la nature angélique sous un corps humain, ùterastu cette puissance à Dieu, qui est bien plus puissant que les anges; et diras- tu que Jésus- Christ n'ait pu demeurer dans sa nature divine, en se revêtant véritablement de la nature de l'homme; ou voudrais-tu avancer que les corps de ces anges n'ont été que des fantômes? Non, tu n'as pas tant de hardiesse; car si tu mettais cette conformité entre les anges du Créateur et Jésus-Christ, il s'ensuivrait que Jésus- Christ est fils de ce même Dieu , dont les anges ont les mêmes qualités que Jésus-Christ. Et certes, si pour défendre ton erreur contre l'autorité des Ecritures, tu n'en avais pas tout exprès rejeté les unes et corrompu les autres, l'Évangile de saint Jean 3 t'aurait sur ce point couvert de confusion, lorsqu'il annonce que le Saint-Esprit descendît sur Notre - Seigneur dans le corps

« GeoèM, 19. — • Ibid,, 32. — * S. Jean , 1.

d'une colombe. C'était le Saint-Esprit , c pendant c'était aussi véritablement une colc que c'était le Saint-Esprit; et quoiqu'il s couvert d'une substance étrangère, il n' pas anéanti sa propre substance. Mais ti mandes : « Qu'est devenu le corps de la colo leSaiot-Esprit étant remonté dans le ciel ? » la même question que des anges. Comr corps avait été formé, il a été détruit, avais pu voir quand il se formait du néan aurais su quand il retournait dans le m comme son commencement n'a point été ble , sa fin ne l'a point été non plus ; mais a de temps que ce corps paraissait, autant été corps véritable ; et enfin ce qui est éci vrai , et ne peut pas n'avoir point été.

IV. Si donc tu ne rejettes la nature corpi en Jésus-Christ, ni comme impossible, cause du péril de perdre la divinité, il reste plus que de la rejeter et de la n< par tes répréhensions, comme indigne de Commence par les bassesses de la naissan* déclame tant que tu voudras contre ce q a de plus abject dans les principes de la { ration , ces humeurs et ce sang qui se n ensemble dans le sein maternel ; ce sang humeurs où la chair se nourrit durant l'e de neuf mois; fais la description du venu se lève et qui grossit à mesure que le fr perfectionne et se fortifie; de ce yentre f et incommode , et que même le sommeil u long de l'enfant ne laisse pas sans inquiétw cette perplexité de la personne enceinte, c sait si elle doit goûtef des bonnes viandes q sont servies, ou se laisser vaincre à son capi à son dégoût; fais une invective contre la pi d'une femme qui est en travail , pudeur rable en faveur des périls de l'accouchemei sainte et religieuse en faveur du don de la m Tu as horreur de cet enfant avec cet attirail amène avec lui , tout souillé des humeai enveloppent son petit corps : tu ne peux so que des langes le serrent , qu'on le lave po former les membres, et qu'il semble qu' joue de lui par ces paroles d'amour dont flatte ; tu méprises ces bassesses de la m si dignes de notre vénération ! Mais appr moi, Marcion, de quelle sorte tu as pris sance : tu hais l'homme qui nait sur la i comment donc peux- tu aimer quelqi

DE LAICHAIR DE JESLS-CHKIST.

IGo

certes, tu ne t^es pas aimé toi-même, quand (u fcs séparé de l'Église et de la foi de Jésus- Christ. Dis-moi enfin si tu hais ta propre oatve, oa si tu es né d*autre sorte que tous les kommes. Quant à Jésus-Christ, il a aimé cet homme pétri dans le ventre maternel ^ et formé dus oes entrailles si pleines d*ordures; cet homme qai a pris naissance d*une manière si pcs honnête ; cet homme qui a été le jouet de cenx qui Toot nourri et élevé. Cest pour lui (|b1I est descendu sur la terre^ ; c'est pour lui fill t prêché; c*est pour lui qu'il s'est humilié jmqa'à la mort, et à la mort de la croix. Et de frai, il a Inen aimé celui qui lui a coûté un si grand prix, et qu'il a racheté si chèrement 3. Et foB peut dire que si Jésus-Christ est de même encDoe que le créateur de l'homme , il a eu mon d*aimer l'homme comme étant sa créa-. tare : et que s'il y a un autre Dieu qui soit son principe, l'amour qu'il a eu pour l'homme n'en citqae plus grand, puisqu*en ce cas il aurait aioid une eréature qui ne serait pas à lui. Il est donc vrai qu'en aimant l'homme, U a aussi aimé la naissance de l'homme, qu'il a aimé la chair, car Tcm ne peut aimer une chose, si l'on n'aime ce qui la foit être, si Ton n'aime la nature par hcpielle elle est ce qu'elle est. Ote à l'homme la naissance et représente-nous Thomme , s'il cttcn la puissance de nous le montrer séparé de cet état ; 6le-lui la chair, et montre-nous nos la chair cet homme que Dieu a racheté : mais comment le pourrais-tu faire, si cette naissance et cette chair c'est Thomme que Dieu a racheté. Quoi ! tu veux que Jésus-Christ rougisse de ce qu il a bien voulu racheter, et tu Tcux figurer indigne de Dieu ce qu'il n'eût pas racheté s'il ne Teût aimé d'un amour tout singulier^ ? U sauve de la mort la naissance, par ooe renaissance céleste ; il rend à la chair la gttérison, et la délivre de toutes ses maladies; il nettoie la lèpre; il rend la lumière aux aveugles; il restitue la vigueur au paralytique; il chasse le malin esprit; il ressuscite les morts; et l'on croira qu'il rougit de naître dans cette chair pour laquelle il a fait tant de choses merveilleuses I S'il eût voulu naître de quelque animal, et si sous un corps de cette sorte il prê-

» Philippe, 2. — • I. Aux Cor., 6. — • Ibid. «S.|laub.,ll.

. chait le royaume des cieux,je pense que tu prendrais la liberté de le reprendre : «Gela est honteux à Dieu, dirais-tu ; cela est indigne du Fils de Dieu U il y a en cela de l'extravagance et de la folie, parce que tu le crois ainsi, et que ton esprit se l'est persuadé , en effet , que ce soit une chose tout à fait contre le sens et pleine de folie, jugeant de Dieu par nos sentimens : mais prends garde, Marcion, à cette parole de l'É-^ criture, si toutefois tu ne l'as point effacée. «Dieu a choisi les choses qui passent pour folles et ctxtravagantes dans le monde , pour confondre celles où selon le monde réside toute la sagesse^. » Quelles sont ces choses folles et extravagantes ? est-ce la conversion de l'homme au culte du vrai Dieu, la renonciation à l'erreur, la doctrine de justice, de chasteté, de patience ; de miséricorde et d'innocence? Certes, ces choses n'ont point d'extravagance et de folie ; cherche donc quelle est celte folie dont parle l'apôtre, et si tu prétends l'avoir découverte, tu trouveras qu'il n'y a rien qui ait tant de folie selon le monde, que de croire en un Dieu né ici-bas , et né d'une Vierge ; en un Dieu qui a pris un corps de chair, et qui s'est comme abattu dans toutes ces bassesses de notre humanité. Que quelqu'un nous vienne dire: qu'il n'y a rien en ces choses-là qui doive passer pour folie, et qu'il y en a d'autres que Dieu a choisies pour opposer par une excellente émulation à la sagesse du siècle. Soit ; mais , par les lumières de cette sagesse on croit plus facilement qu'un Jupiter ait été changé en un taureau ou en un cygne, que, selon Marcion, Jésus -Christ n'a vraiment pris la nature humaine.

V. H est vrai qu'il y a d'autres choses qui paraissent aussi folles, et ce sont celles qui regardent les diffamations et les souffrances d'un Dieu, si ce n^est que l'on veuille faire passer pour sagesse un Dieu crucifiél Otes-nous aussi , Marcion, cette croix ; mais plutôt que ce soit là ta principale fin de nousôter cet instrument des ignominies de Notre -Seigneur : car lequel est le plus indigne de Dieu? de quoi doit-on plutôt rougir, ou de naître , ou de mourir ? de porter un corps de chair, ou de porter une croixFd'ètre circoncis , ou d'être pendu à un gibet ? d'être nourri, ou d'être enseveli? d'être mis en dépôt

* i. Aux Cor., 1.

dans une crèche, ou d*ëtre enfermé dans un sépulcre P Si tu ne crois pas ces choses -là, lu n'en seras que plus sage selon le monde : mais à dire vrai, tu ne peux être sage S si tu ne montres de la. folie aux yeux du monde, te soumettant par la foi à ce que Ton prend pour folie dans les affections de Dieu. Que si tu n'as pas retranché de TÉvangile lliistoire de la passion de Jésus-Christ, ne serait-ce point parce que, prenant son corps pour un-fiuilôme^ tu as cru qu'il était sans sentiment des maux qu'on lui faisait. Je t'ai déjà dit que Jésus-Christ a pu souffrir de vains mépris, et d'une naissance et d'une enfonce imaginaire : mais réponds-* moi précisément sur le fait de sa mort et de sa résurrection , toi qui d'une main sacrilège veux arracher la vie à la vérité. Dieu n'a^'t-ii pas été Traiment crucifié? n'est-il pas vraiment mort cooÀme il a été vraiment crucifié? n'est-il pas Traiment ressuscité comme il est vraiment mort? Si cela n'est pas, c'est faussement que saint Paul veut que nous ne sachions autre chose que Jésus crucifié ; c'est faussement qu'il a tant prêché Jésus enseveli; c'est faussement qu'il a tant annoncé Jésus ressuscité. Si cela n'est pas, toute notre foi est fausse, et tout ce que nous eipérons de Jésns^ihfist n^est rien qtie fantôme. O homme le plus détestable de tous les hommes , qui donne dee excuses aux boutreauxet aux meurtriers deNotre-Seigneur! Jésus-Christ n'a rien souffort de léiip cruauté, s'il n'y a point de vérité dans ses sôufA^nceé. Mais enfin, laîssé-nous cette unique espérance de tout Tunivers. Pourquoi veuX-tu détruire cette réprobation du crime nécessaire à nott^ fol? tout ce qui est indigène de Dieu, m'est utile et avantageux à moi ; je serai sàUVé si je ne teçAs point de conFusion de la dif^mation des peineé âa mon Sauveur >. « Gehii, a^^t-il dit, qui souffrira de Id confusion pour moi , et à cause du scan-^ dalede ma croix , j'en sôufirirài aussi pour lui. i^ Je ne trouve point de juste matière de confuslon, que celle qui me folt dédaigner de rougir devant les hommes, et qui me donne une salutaire impudence et une heureuse folie. Le Flte de Dieu a été cruclfté ! je n'en al point dé liohte, parce quHl fttut en avoir de la hdttte. Le Fils de Dieu est mort! c'est une chose que je trouve

• lAuxCor. Ict3. -.•S.Marc,8; S. Luc,9êl12.

TERTULLIEN

croyable, parce qu'elle résiste au sens humain. Le Fils de Dieu ayant été mis dans le tombeau est ressuscité I je crois que cela est vrai» parce que c'est une chose qui parait impossible. Maia comment toutes ces choses sont-elles vraiea ta Jésus-Christ, si Jésus -Christ n'a pas été vrai homme , s'il n'a pas eu de quoi être attaché i une croix , de quoi être mis à mort , de quoi être enseveli, de quoi être ressuscité ? je von dire s'il n'a pas eu une chair animée par k aang répandu dans tous les membres, el compofée d'os, de nerfs et de veines, dont le mélange et l'enchaînement admirable Ait toute la stmclnre du corps, une chair, dis-je, qui sait ce que c*Cil quede naître et de mourir; chair bnmaioeiaana doute , parce que l'homme lui a donné mk^ sance , et mortelle en Jésua<3irist| parce que Jésus-Christ est homme et Fils de niomae! Mais comment Jéso»<ihrist est-il homme et nia de l'homme, s'il n'a rien de rbomme et de ce qui vient de l'homme? si ce n'est qoe llMHnnie soit autre chose que la chah*, ou que la chair de l'homme se prenne d'ailleurs que de l'homme, ou que Marie soit d'autre nature que de celle de l'homme , ou que le Dieu de Marcion écrit on homme faux et imaginaire P Et certes l'on ne peut dire qiie Jésus-Christ soit homme, ai roa ne reconnaît en lui un corps de chair; et l'on ne peut concevoir le Fils de l'homme, al une personne qui ait la nature humaine ne Ta mb au monde, non plus que Dieu ne peut être conçu sans l'esprit de Dieu, ni le Fils de Dieu sans que Dieu soit son Pftre. Ainsi le fonds de ce$ deux substances compose l'humanité et la Divinité t celle-là qui est née, cdle-éi qui n*eat pas née ; celle-là qui est chair, celle-d qnl est esprit; celle-là qui est infirme, ceire-d qui eat toute-puissante; celle-là qui meurt, celle-d qui vit d*une vie sans borne et sans fin; cônditioiia distinctes, dont l'une est divine et l'autre ha* maine, mais qui sont de deux natm^ également véritables, etôfi une même foi ktconnâtt également la vérité de l'esprit et de la chair. Lés vertus de cet homme-Dieu ont f^it voh> e& lui l'esprit de Dieu, et ses souffirattcea ùùt montré qu'il s^ëtait revêtu de 11 chair de l'homme. Si les vertus n'étaient pas sans l^esprir, par la même raison les souffrances n'étaient pas sans la chair; et au contrak^ si II diair était imaginaire au milieu des soufFranoes , Feaprit

DE LA CHAIR DE JÉSUS-CHRIS T

Mît auasi chioiériqae parmi toales les vertus fill a fait paraître. Pourquoi donc nous ravisla par tOQ mensonge la moitié de Jésus-Christ ? OBÔa toat ce qui composait sa personne il était k vérité. CroisHiioi, il a mieux aimé naître fae de mentir en quelque façon que ce soit , ■lis principalement que de mentir en des disses qni louchaient son propre état , en sorte qÉlI portât une diair, dure sans os , solide sans I, et ronge sans sang, une chair qui fût aana peau, qui voulût manger sans

i,qpii nangeàt sans dents, qni parlât sans I, et une chair tellement imaginaire, que npanrie nefttt qu*un son et une image de voix, tt^nece fftt un fantôme qui trompât le sens fc roole. Si cela est , c'était aussi un ftnlAme 1^ aa résurrection, quand il montra ses Mina cl aca pieds a ses disciples : «Voyez, leur it-y, qne cfest moi -même; car Tesprit n*a foiM d*of comme vous voyez que j*en ai^ » En eUelcnealla chair et non pas Tesprit qui a des os, des piçda et des mains. INs-moi , Marcion , fi—iiut entends-tu cette parole de l'Écriture, toi qui vans que Jésus ait Meu pour principe , I isniir ee Dieu souverainement bon , ce Dieu éetaeenr et de paix , ce Dieu enfin qui a seul k bsnlé? Vois*tu comment ce Dieu trompe et F y comment il abuse les yeux de tous les ? reconnais-tu qu'il surprend par ses ShMions lea sens , Tabord et Tattouchement de foit le monde? Tu ne devais donc pas nous produire Jésus-Christ comme venant du ciel, anis comme sortant de quelque troupe de ibofbes et dimposteurs ; tu ne devais pas nous le présenter comme ayant Tessence de Dieu Atre la nature de Thomme, mais comme un homme qui était un insigne magicien ; tu ne detais pas en parler comme du pontife de notre salut, mais plutôt comme d'un bateleur; tû ne devais pas nousle faire passer pour celui qri reasoscile les morts, mais pour celui qui Mi périr les vivants. Si toutefois tn venx qu'il fkt magicien , en qualité de magicien il était homme, né comme les antres hommes.

Vi. Mais quelques disciples de ce docteur du pays du Pont 3, comme s'ils avaient ft se montrer ploa habiles que leur maître, accordent que Jésus-Christ a eu une véritable chair, ne voulant

Vf. Luc, H --• ^ U PoQt-EuxiD , pays de

pas néanmoins que la vérité de la chair qn^ils accordent les empêche de nier que cette chair ait pris naissance. «Qu'il ait eu, disent-ils, un corps de chair, pourvu que ce corps ne soit pointné. » Ainsi, comme Ton dit ordinairement, nous sommes tombés de fièvre en chaud mal : de Marcion nous voilà venus à Apelles. Celni-ci| après s'être corrompu la chair avec une femme» ayant quitté la discipline de Marcion , la vierge Philumène lui corrompit ensuite Tesprit , et il apprit d'elle cette doctrine qu'il a entrepris de publier : que le corps de Jésus- Christ était un corps véritable, mais un corps sans naissance. Et certes l'apôtre répondra à cet ange de Philn* mène avec les mêmes termes dont il semblait le toucher par esprit de prophétie, lorsqu'il disait : a Quand un ange du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous annonçons, qull soit anathème,»ll f^ut maintenant examiner quels sont leurs arguments pour les détruire de toutes nos forces. Ils avouent que Jésus-Christ a eu véritablement on corps. Mais d'où vient la matière du corps, sinon de cette qualité terrestre qui tombait sous l'objet de la vue P d'où vient le corps , si le corps n'est chair t d'où vient la chair si elle n'est néeP puisque cette chair,qui ne se voit pas encore et qui natf, doit tirer son être de la naissance, s II a, disent* ils, emprunté sa chair des astres; il l'a prise des substances de l'air , et de ce monde supérieur. » Ils ajoutent qu'il ne Faut pas s'étonner qu'un corps ne soit point né, puisque nous croyons que les anges ont pu se présenter avec des corps qui n'ont point été formés dans le sein d'une Femme ^ Il est vrai que c'est notre doctrine , et que nous en avons des preuves : mais de quel droit cet homme peut-il , pour établir la règle de sa foi , emprunter des arguments des Ecritures dont il combat la foi et l'autorité ? Qu'a de commun avec Moïse celui qui rejette le Dieu de Moïse? Si Moïse a un autre Dieu , qu'on lui laisse ses règles et ses preuves. Toutefois que les hérétiques, tous tatit qu'ils sont , emploient les Ëcritures de ce même Dieu , qui a foit le monde dont ils jouissent et dont ils reçoivent tant de biens i en se servant de ses exempips pour composer leurs blasphèmes, ils élèvent contre eux-itiémcs des témoi*

«GeDète,18.

TERTDLLIEN.

gnages qui Feront ienr condamnation; mais il est facile, à la vérité, de les vaincre sans se prévaloir de cet avantage qu'ils lui donnent. Que ceux donc qui veulent prétendre que la chair de Jésus-Christ est pareille à celle des anges, et qui soutiennent qu'elle n'est pas née, encore qu'elle soit une véritable chair, consi> dèrent, je les en supplie, les causes pour lesquelles Jésus-Christ et les anges ont paru dans la chair, et qu'ils comparent ces causes ensemble. Il n'y a jamais eu d'ange qui soit descendu sur la terre pour être crucifié, pour souffrir la mort, pour vaincre la mort par une résurrection glorieuse: si les anges n'ont jamais eu ces sujets de paraître avec des corps, tu vois bien pourquoi ils n'ont pas pris des corps par l'ordre de la naissance; ils n'étaient pas venus pour mourir, et pour cela ils n'étaient pas venus en naissant. Au contraire Jésus-Christ ayant été envoyé pour mourir, il a dû naître nécessairement afin qu'il put mourir : il n'y a que ce qui naît qui ait accoutumé de finir par la moi^t; la naissance et là mort forment une dette réciproque, et la condition de la mort est la cause de la naissance. Si Jésus-Christ est mort à cause de ce qui meurt en l'homme, et que ce qui naît soit ce qui meurt, il faut par une suite nécessaire, ou plutôt c'est un fondement qui se doit supposer, qu'il soit aussi né à cause de ce qui naît en l'homme , puisque pour cela même il étai( siyet à la mort , et qu'enfin cette partie de l'homme meurt parce qu'elle a eu naissance : il n'était pas convenable qu'il ne naquît point en cette chair pour laquelle il était convenable qu'il mourût. Mais il faut encore remarquer que Notre-Seigneur lui-même apparut à Abraham dans la compagnie des anges, avec une chair qui n'avait point eu naissance, et qu'il a paru de cette façon ^ par la même raison de la diversité des causes pour lesquelles il a pris la chair. Mais vous ne recevez pas ces témoignages de rÉcriture, ne reconnaissant point Jésus-Christ en cet état, où il se préparait à parler aux hommes , à les délivrer et à les juger, dans une chair qui n'était pas encore née, parce qu'il ne fallait pas qu'elle mourût que sa naissance et la mort qu'elle devait souffrir n'eussent été auparavant annoncées. Que l'on nous prouve

«Genèse, 19.

donc que ces anges ont emprunté la chair de$ astres. Si on ne le prouve pas parce que cda n'est point écrit, l'on ne peut conclure par l'exemple des anges dont ils se servent, que lé chair de Jésus-Christ en soit prise. Il est certain que les anges paraissant dans la chair, portaienl. une chair qui ne leur était pas propre, par» que les anges de leur nature sont des substanoei spirituelles, et que si ces substances odI qoeir que corps, c'est un corps de leur genre, qui n'est pas comme les autres corps; mais il eat encore certain que les anges peuvent se pri-. senter aux hommes , et converser avec eux poar un temps sous la figure du corps bumaio.' Puisque donc il n'est point écrit d'où ils ont pris la chair, il nous reste dans l'esprit cette noticNi dont nous ne pouvons douter : que c'est le propre de la puissance angélique de prendre un corps, et de ne le prendre d'aucune matière;. «Combien plutôt, me dites- vous, peuvent-ilsie prendre de quelque malière?»Et je répoodsqoa cela est vrai; mais nous n'en avons rien d'as-. sure, l'Écriture n'en ayant point de lémoi-* gnage. Or pourquoi ceux qui se peuvent Eûra eux-mêmes ce qu'ils ne sont pas de leur natore^ ne pourraient-ils pas se faire tels sans aucune. matière. S'ils se font ce qu'ils ne sont pas, pourquoi ne se le feront-ils pas de ce qui n^esC point?Quand quelque chose quin'est passe fait» c'est du néant qu'elle se fait. Ainsi ii ne fiui( point rechercher, et l'on ne doit point se mctire en peine de montrer ce que sont devenus lea, corps dans lesquels ils sont apparus: ce qui est. venu du néant est rentré dans le néant. Et de vrai , ceux qui ont pu se convertir eux- mêmes en chair, peuvent aussi convertir en chair le néant : c'est un plus grand effet de changer la nature, que de faire une matière. Mais s'il tukt que les anges aient pris la chair de qudqœ matière, il est plus croyable qu'ils l'aient prise d'une matière terrestre , que d'aucune substance céleste de quelque espèce que ce soit, puisque la chair qu'ils ont prise a tellement été de qualité terrestre , qu'elle a usé de nos aliments terrestres ; enfin que cette chair, si on le veut , ait été prise des astres, et qu'elle ait vécu des viandes terrestres, sans être terrestre, de même que la chair terrestre s'est nourrie des viandes célestes sans être céleste, selon ce que

nous lisons que la manoe a été la nourriture.du

DE LA CHAIR DE JÉSUS-CHRIST

K HBipK. «LlMmine) dit l'Ëcritore, a mangé le I ^Biifas anges ^ » Gela ne détruit point la conr WUm différente de la chair de Notre-Seigneur, ■étaU destinée à an autre emploi que celle aiges ; il fallait que celui qui devait être Iwmme jusqu'à la mort, se revêtit de cette dont le partage est la mort, et celte chair le partage est la mort prend son origine li naissance.

VB. liais toutes les fois que Ton dispute de ceux qui la rejettent à cause qu'elle on préjugé de la vérité de la chair en (t, nient que Dieu soit né, parce il a dit:cQui est ma mère, et qui sont mes \^?9 Qa'Apelles entende donc ce que nous étik répondu là-dessus à Marcion dans le, fnc par lequel nous avons appelé de sa docil son Évangile, à savoir qu'il fout consile sujet que Jésus-Christ a eu de |)arler Je ilii premièrement qu'on ne Teùl point avoti 4M sa mère et ses frères étaient dehors, ai J'oB ji>ùt point été assuré qu'il avait une ce des frères, et que c'étaient ceux-là dont on lui parlait alors, soit qu'on les cooiiôt aoparavant , soit qu'en ce moment Ton cAc commeiicé en ce lieu-là même à les con- ■altre. Mais l'hérésie a eu la témérité de toudier à ce passage de l'Évangile, et d'y effacer ce qjDÎ la blessait, ne pouvant souffrir ce que porte k texte sacré: que ceux qui admiraient la doctrine de Jésus-Christ disaient qu'ils connatwaient fort bien Joseph le charpentier, qui élût estimé son père 3, et sa mère Marie, et ses frères et ses sœurs. Mais ou dit que c'était pour le tenter qu'on lui avait parlé de sa mère et de ses frères, quoiqu'il n'en eût point. Certes, r£critiire ne dit point qu'on lui en eût parlé poBT ie tenter; cependant la même Écriture, qund il s'est passé quelque chose où il y ait ca dessein de tentation , n'a pas craint de le taire, c Le docteur de la loi , dit-elle , s'est levé et Fa tenté^. »El ailleurs : a Les pharisiens approchèrent de lui et le tentèrent. » Qui empêchait qa'en ce passage dont il s agit ici l'on n ait exprimé que ce qu'on lui disait était pour le tenter? Je n admets point ce que tu apportes de tOHDéme , hors le texte de l'Écriture. D'ailleurs

« P». 77.- «s. Malth., 13. S. Luc, 5.— •S.Mallb., 13. S. Marc et S. Luc, 4. -^ « 9. Mattb., 22. 2^ Maub. (9.

il fiaiudrait qu'il y eût eu en ceci quelque matière de tentation. Maisqu*y avait-il sur quoi il leur pût entrer dans l'esprit de le vouloir tenter? C'était sans doute pour savoir s'il était né ou non; certes, s'il l'a nié par sa réponse, il faut qu'il y ait été excité par ce que lui a dit celui qui le tentait. Mais il est inouï que l'on tente quelqu'un pour parvenir à la connaissance d*une chose dont on est en doute, sans y garder quelque ordre, et que l'on y procède avec tant d'empressement, que l'on ne commence pas par la question qui forme le doute et qui est comme une tentative de la part de celui qui désire d*en être éclairci. En effet, si alors il n'a été aucunement parlé de la naissance de Jésus-Christ, comment peux- tu conclure par la finesse de tes ai^mens qu'ils ont voulu le tenter pour apprendre de lui ce qui n'avait jamais été mis en question? J'ajoute à cela , que si on le voulait tenter sur sa naissance, on ne l'aurait pas tenté de cette sorte en nommant des personnes qui pouvaient n'être plus au monde, supposé même que Jésus-Christ fût né : car nous naissons tous, et toutefois nous n'avons pas tous des frères ou une mère, il se peut même faire que Ton ait plutôt un père qu'une mère, et des oncles que des frères; tant il est vrai qu'il n'y a ici aucune apparence qu'on ait voulu le tenter sur sa naissance, qui pouvait subsister sans la dénomination de la mère et sans celle des frères. Il est certes bien plus vraisemblable que ces gens étant assurés qu il avait une mère et des frères, au lieu de le tenter sur sa naissance eussent voulu le tenter sur sa divinité. Mais ne pouvaitil pas arriver que Jésus-Christ étant dans la maison sût qui était dehors, et cimnût qu'on lui disait un mensonge quand on lui annonçait la présence de ceux qui effectivement n'étaient pas présens? Et cela détruit toute la couleur d'une tentation , parce qu il pouvait être que ceux qu on lui disait qui étaient dehors, il les savait absens, ou par maladie, ou par rencontre de quelque affaire, ou par la nécessité de quelque voyage. Quand on tente quelqu'un, on ne se sert point de moyens dans lesquels l'on sait que la tentation peut recevoir de la hobte: n'y ayant donc point ici de matière de tentation, il s'ensuit qu'on lui a dit sincèrement et dans la vérité, que sa mère et ses frtrcs étaient survenus

dehor». Mais il faut encore appreodre à Apelles

„^^,^^jtmÊÊ^

TERTULLIEN

quelle raison a eu Jésii«-OirUt de répoodre comme il a fait, et de nier alors qu'il ^t une mère et des frères. I^s frères du Seigneur n'avaient point cru en lui , comme le témoigne rÉvangile publié avant Terreur de Marcion^On ne fait point voir aussi que sa mère fût alors auprès de lui, au lieu que Marthe et Marie étaient ordinairement attachées à sa personne. Et c*eit ici que parait Tincrédulité de ses proches! Lorsqu'il enseignait la voie pour parvenir à la vie^, lorsqu'il prêchait le royaume de Dieu, lorsqu'il travaillait pour guérir les maladies du corps et les vices de Tàme^ les étrangers avaient les yeux arrêtés sur lui, tandis que ceux qui lui appartenaient par les liens du sang étaient éloignés de lui. Enfin ils surviennent; mais ils de« meurent dehors et n'entrent point, ne tenant point compte de ce qui se faisait dedans ; ils n'ont pas même la patience d'attendre , comme s'ils apportaient quelque chose de plus nécessaire et de plus important que ce qui occupait alors Jésus-<2hrist, mais ils ont l'assurance de l'interrompre , et ils le divertissent de ce grand ouvrage où il s'employait. Dis-moi, Apelles, ou toi Mardon, si tu recevais une semblable nouvelle qui te détournât de tes passe-temps, lorsque tu joues A trois dés ; ou que tu te passionnes sur quelque représentation de théâtre, ou sur un spectacle de chariots dans quelque solennité publique, ne dirais-tu pas : «Qui est ma mère, ou qui sont mes frères?» Et tq veux que Jésus* Christ, qui prêchait la vérité de Dieu et qui renseignait aux hommes, qui accomplissait la loi et les prophètes ^ et qui dissipait les ténèbres de tant de siècles, n'ait pas bien usé de cette parole qu'il a prononcée, soit pour frapper rîncréduHté de ceux qui demeuraient dehors , soit pour reprendre rimporfuoité de ceux qui venaient le rappeler d'un ouvrage de si grande importance! Au reste, s'il eûteu intention denier qu'il eût pris naissance, il eût choisi uh autre lieu et un autre temps, et eût même composé son discours d'autre sorte, pour ne pas dire ce qui pouvait être dit, même par celui qui aurait une mère et des frères. Et après tout, c)uand on nie ses parens par quelque mouvement d'indignation et de chaleur, on ne les nie pas en efMfinalsen les reprend. Et de vrai, Jésus-

Christ dans ce même discours dit qu'il y ei d'autres qu'il préférait â ses proches ; et f entendre ce qui leur faisait mériter cetti férence, il ajouta : «que sa mère et ses étaient ceux qui entendaient sa parole, trant par là en quel sens il avait nié sa m ses frères : par le même motif qu'il ad ceux qui étaient toujours près de lui, il ceux qui s'en tenaient éloignés. Notre-Sei a accoutumé de faire lui-même ce qu'il gne. Quelle apparence y eût-il donc eu , même moment qu'il enseignait qa'il m pas foire tant d'état de sa mère ou de ses que de la parole de Dieu, il eût abandoi prédication de la parole de Dieu , dès qu** eût annoncé que sa mère et ses frères i dehors. Ainsi il a nié ses parcns, oomn enseigné qu'il les faut nier pour trava l'oeuvre de Dieu. D'ailleurs cela se peut i considérer comme une ima|;e de la synai et des Juifs, celle-là représentée par la qui n'est pas auprès de son* fils, et eenxles frères incrédules ; braèl était debc leurs personnes; mais ces nouveaux disi qui étant dans la maison y écoutaient Christ, croyaient en lui et se tenaient i lui: c'était la figure de l'Église, et e'e qu'il a principalement honorée du no mère , et de celui de ses plus chera « dignes frères, rejetant la liaison terres! la parenté de la chair. Et nous voyons i qu'il répondit dans le même sens d cette mations de l'heureux ventre qui Tavait po des heureuses mamelles qui l'avaient aHs ne niant pas le ventre et les mamelles mère, mais montrant que ceux-là sont c plus heureux qui entendent la parole de VUI. Ce que nous avons dit jusqu'à pn pour expliquer selon la vérité del'Ëvangilc de l'Évangile entier et non oorrompo, c passage de l'Écriture que Marcion el A nous opposent comme mie autorité dont tiennent si forts, devrait suffire pour la p de la chair humaine en Jésus^Ghrist, par bllssement de sa naissance dans le lempa : parce que ces disdples d'Apdles font exti ment valoû* rignorainie dé la chair, (t veulent qu'elle ait pour auteor l'ange du

«S.JItfi,7..^*fcLtte,8etl0.9*llimi.,ll. > 9. Natth, tO. - * S: Lue, tl.

DÉ LA CHAIR DE JÉSUS-CHRIST

UtUf tuppofliot que eet ange qu'ils figuiMit de flamme a domié la chair aux âmes knr aToir inspiré dans le ciel le désir des tenne^^, d'où ils concluent que cette i indigne de Jésus-Christ, et que pour i a lUIu qu'il ait |Mris sa chair de la subaalra, c'est de là que je dois tirer de leurs erreurs : cette origine t au corps de Jésus-Christ me de imtîère pour les combattre. Ils didtaoe ifall y a un ange illustre et glorieux le monde, ec qui, l'ayant créé, y a In pénitence, c'est*4-dire qu'il a conçu ce le regrec de n'avoir pas rendu ce faiCérienr aussi parfliit que le monde Kona avons parlé de cela ailleurs, et imos dit un livre contre eux , où nous : ai cdoi qui a en l'esprit, la volonté , et de Jéans-Christ pour fiiire ces grands , e lUt quelque chose qui ait dû exciter le i^^ttcC la donleur de la pénitence, et qui ril pa donner sujet d'interpréter de cet ertnicar du monde, la figure de l'Évanet il éit parié de la brebis égarée qui a d'être remise dans le troupeau par le K Gertea, si celui qui a ftiit le monde a Ihife pénitence, è ce compte le monde I pécbé, puisque toute péniience consiste Cft la cMAesion du péché, et qu'elle ne peut ittir Uea qne dans le péché. Si le monde est en pédié , comme son corps et ses parties seront péchéi, le ciel et les choses célestes seront des péchés , et tout ce qui en est conçu et pmMc, car une mauvaise plante ne peut don* Mr qne de mauvais fruits >. Ainsi la chair de Ifiii Christ, tenue comme ils disent des sub- «inoea Mieates , a été formée des principes de fiche, et «tant tirée d*un fonds de péché , c'est iae diair de péché ; et de celte sorte elle iait |«He de eettê substance qu'ils dédaignent de en Jéaus- Christ, c'est-à-dire de notre . Il n*y a pas tnoind d'ignominie d'une hçan qne ffautre. Que ceux à qui il déplaît AtlAecr notre chair à Jésus-Christ , lui trounet une matifenè qui ait une qualité plus pure et plM bonnèté , ou qulls reconnaissent en lui ttUe même matière, puisque celte de ces subitancescélestes n'a pu être meilleure. Certes , il

« 5. Luc, 16. -< ' S. NalUi., 7.

est écrit ^ que le premier homme est une production du limon de la terre, et le nouvel homme une production du ciel ; mais cela n'est pas dit pour marquer la différence de la matière entre Tun et l'autre; ce n'est qu'une opposition de l'esprit de substance céleste du nouvel homme, c'est-à-dire de Jésus-Christ, à la substance terrestre et de la chair du premier homme, c'est-àdire d'Adam. Ainsi l'Écriture rapporte l'homme céleste à l'esprit, et non pas à la chair, pour montrer que ceux qu'elle lui compare deviennent célestes dans cette chair terrestre, mais deviennent célestes par l'esprit. Que si Jésus- Christ était aussi céleste selon la chair, on ne lui comparerait pas ceux qui sont célestes, mais non pas selon Ôi chair. Si donc ceux qui deviennent célestes comme Jésus -Christ ne laissent pas d'avoir un corps terrestre, cela confirme que Jésus-Christ même a été céleste dans une chair terrestre, comme ceux que l'on met dans cette sorte d'égalité avec lui.

IX. Nous passons plus avant, et nous disons qu'une chose qui prend son être d'une autre, pour être autre chose que celle dont elle prend son être, n'en est jamais si différente qu'il ne lui reste quelque marque qui fosse voir d'ob elle est venue. Dans quelque forme que passe une matière, elle conserve toujours quelque caractère de son origine ; notre corps même qui a été bâti de boue , selon la vérité de sa création, dont les nations ont tiré leurs Fables, doit reconnaître qu'il est composé de deux élémens, qu'en lui la terre est le principe de la chair, et l'eau le principe du sang ; car quoique ces espèces soient de qualités distinctes, la raison en est : que ce qui se fîalt de quelque chose est autre que la chose dont elle se foit. Mais au reste qu'est-ce que le sang , qu'une humeur teinte en couleur vermeille? et la chair, que de la terre changée en la figure de l'homme ? Considère encore chaque qualité en particulier: les muscles sont comme des mottes de terre , et les os comme des pierres; il y a même de petites glandes dans les mamelles qui retiennent quelque chose de la dureté de leur origine. Jette les yeux sur cet enchaînement des nerfli qui semble êtfe une propagation de racines , sur ces diverses bran*ches de veines qui se répandent par tout te corps

I > u. Aux Cor., 1^.

DE LA CHAIR DE JÉSUS-CHRIST

de la chair. Aa reste, $11 a eu une âme i ait été chair, il n*a point délivré notre àme, notre àme n'est point chair; que s'il n'a pas IBvié notre ime, parce qu'il a délivré une de chair, ce qu'il a fait ne nous regarde liint, poisqoe ce n'est pas la nôtre qu'il a défirie. Mais certes, l'âme qui n'était pas la iMre , parce qu'elle était chair, ne devait pas tm déKvrée; car si elle n'était pas notre âme, je ¥enx dire , si elle n'était point sans chair, cDe n'avait rien à craindre pour son salut. fattï iwisqaMI est certain qu'elle a été délivrée, As*cnaoit qo*elle n'était point chair ; et celle qui a. été délivrée était sans doute notre âme, si Bien a voula délivrer celle qui se perdait et qui amie besoin de délivrance. Je conclus donc que «rioie n'a point été chair en Jésus-Christ, sa ne peut être âme non plus.

n^ Mais examinons un autre de leurs argu- , H qu'ils nous disent pourquoi Jésus- Ckrial, prenant une chair qui eût la nature de râoey aorait voulu aussi paraître avec une âme ie nature de chair, a Dieu , disent-ils , a afFecté k montrer l'âme et de la rendre visible aux Jinx des hommes, faisant que cette âme qui iqianivant était invisible prît un corps. Sa naïve ne lui permettait pas de se montrer ni â aooB m à elle-même, par l'empêchement de la dinr, teileinent que Ion doutait si l'âme était née on non , si elle était ou n'était pas mortelle. Pbor cela, ajoutent -ils, Fâme a été faite corporelle en Jésus-Christ, afin que nous vissions ■altre, que nous vissions mourir, et, qui plus est, que nous vissions ressusciter cette âme de diaîr.^Mais quel raisonnement est celui-ci : que rime se montrât à elle-même , ou à nous par le ■ofen de la chair ? Au contraire , il est certain qne la chair ne pouvait donner connaissance de rime, et que la production de la chose â qui rimé était inconnue, c'est-â-dirc de la chair, n'était pas un moyen pour la faire connaître; certes c'est vouloir tirer la clarté des ténèbres, et réclat de Tobscurité. Considérons donc d'abord si c'est en cette manière que Ton a dû montrer Fâme; et s'ils disent qu'elle était auparavant tout invisible, voyons si elle Tétait comme incorporelle, ou comme ayant quelque sorte de corps propre à sa nature. En effet, quand ils disent qu'elle est invisible, ils ne laissent pas de la faire corporelle, ayant en soi

ce qui est invisible; car comment peut-on appeler invisible ce qui n'a rien d'invisible P Mais d'ailleurs une chose ne peut être, si elle n'a ce qui la fsiit être; et si elle est , il faut de nécessité qu'elle ait la chose par laquelle elle est. Si elle a la chose par laquelle elle est, cette chose-là , c'est son corps ; tout ce qui est, est un corps de son genre propre , et il n'y a rien d'incorporel que ce qui n'est point. L'âme ayant donc un corps invisible, celui qui avait entrepris de la rendre visible eût fait plus convenablement s'il en eût rendu visible ce qui était estimé invisible : de cette façon, il n'y aurait eu ni mensonge ni infirmité en Dieu ; il y a mensonge en faisant paraître l'âme autre qu'elle n'est , et il y a infirmité, si Ton n'a pu la faire voir telle qu'elle était. Il n'y a personne, qui voulant montrer un homme , le montre ayant le casque en tête , ou le visage masqué. Cependant c'est ce que l'on fait de l'âme, si, la convertissant en chair, on lui fait prendre une figure étrangère. Mais si l'on estime l'âme incorporelle, en sorte que, par quelque puissance occulte de la raison, elle soit, sans toutefois que ce qui est âme soit corps, il n'était pas impossible à Dieu, et il était même plus convenable à son dessein , de la faire voir dans quelque nouvelle espèce de corps, que dans celle de ce corps commun à tous les hommes, dont nous avons une notion toute différente; cela, dis-je, était plus convenable, afin de n'affecter pas de rendre l'âme visible d'invisible qu'elle était, par un changement qui donne lieu â ces questions, où l'on ^ soutient que la chair humaine entre dans la nature de Fâme. Certainement Jésus-Christ ne pouvait être tenu parmi les hommes que pour un homme. Crois donc en la foi qu'il est venu établir, et reconnais qu'ayant voulu marcher sur la terre comme un homme, il a montré une âme de condition humaine, n'en ayant pas fait une âme de chair, mais ayant fait que son âme se soit revêtue d'un corps de chair.

XII. Toutefois que l'âme nous ait été montrée par la chair, s'il est certain qu'on ait dû la montrer et la rendre visible en quelque sorte, d'inconnuequ'âleursensellenousétait, et qu'elle était aussi à elle-même; soit. Mais c'est vainement sans doute que l'on fait une distinction entre notre âme et nous, comme si nous avions un être séparé de notre âme; puisqu'il est vrai

DE LA CHAIR DE JÉSUS-CHRIST

fAdlet ne sont en effet, et de cette sorte elles ce cpiVlles sont dans la vérité ; les

aoos lesquels elles sont connues portent

iteoignage fidèle de leurs qualités , et c'est

iqni les aaaore dans la possession de ce qui

apptriient. Lorsqu'elles prennent une [Mie fbrme , elles prennent d autres noms ; pvaemple , Fargile passée par le feu a le nom ie Tase de terre, et elle ne conserve point son frcmier taorn , parce qu'elle n'a plus de part à son piefliier état. Ainsi rftme de Jésus- Christ afaat pris, comme Ton suppose, la qualité de la nr, elle ne peut pas ne point èlre ce qu'elle a ftdte, et il ne se peut qu'ayant été faite autre

que ce qu'elle était, elle cesse de n'être |lai ce qn'élie a été. Mais puisque nous nous servis de l'exemple de l'argile , il Faut servir encore : ie vase de terre Fait faigile esc un seul corps , qui a un seul nom, parce qpw c^est le nom d'un seul corps , et ce corps ne peut plus être nommé argile, parce quTI bW plus ce qu'il a été, et que ce qui n'est pofaK ne peut être la qualité de quelque chose que ce soit; de même si l'àme a été Faite chair, die a mie seule forme qui est devenue de natale aolide;il n'y a rien que de sinjpilier en dk, et sa adtetance qui est une , ne reçoit point de fivisiott. Au contraire, nous trouvons en Jésnt-CSirist Fâme et la chair, qui s'expriment par des termes simples et sans composition , c*e8t*â*dire que fàme est l'âme , et que la chair est la chair; elles ne sont nommées nulle part Vtaie chair, on la chair Ame : cependant elles défraient être ainsi nommées, si Tâme et la dttir mêlées ensemble ne Faisaient qu'une même espèce; et nous voyons que Notre-Scigneur luimtme a parlé séparément de son âme et de sa char, marquant distinctement par ses paroles CCS deux qualités et la différence réelle de chacune de ces deux substances. «Mon âme, a-t-il dit, est triste jusqu'à la mort^; «et ailleurs : «Lepain qoejedonnerai pour le salut du monde, c'est ma chaire » Que si T&me eût été chair, ce sénat une seule chose en Jésus-Christ que Tàme diair, ou la chair âme ; mais en divisant les espèces de la chair et de Tàme , il montre que ce sont deux choses; et si ce sont deux choses, ce n^ea est plus une seule ; et si ce n'en est plus

« S. BUUb., 26. - * S. Jea, 6.

une seule, l'àme n'est plus chair, et la chair n'est plus âme ; parce que l'âme chair, ou la chair âme ne sont qu'un ; si ce n'est que Jésus- Christ eût une autre âme outre celle qui était chair, et qu'il eût une autre chair outre celle qui était âme; celle-ci qui a été triste jusqu'à la mort, et celle-là qui est le pain donné pour ie salut du monde. Voilà les deux substances séparées l'une de l'autre et de genre différent , et ces deux substances distinctes excluent une seule espèce de Tâmc chair.

XIV. «Mais Jésus<]lhrist , disent-ils, s'est revêtu de la nature angélique : — Comment, disje, s'en est-il revêtu?» et ils répondent :« De la même sorte qu'il s'est Fait homme. »ll faut donc qu'il y ait eu les mêmes raisons à l'égard des anges qu'il y a eu à Tégard de Thomme : le salut de l'homme a été la cause qui a porté Jésus- Christ à se Faire homme, il a voulu rétablir ce qui s'était perdu ; l'homme s'était perdu , il Fallait rétablir Thomme dans ce qu'il avait perdu. Il n'y a point eu de cause semblable qui ait obligé Jésus-Christ â prendre la nature angélique : il est vrai que les anges se sont perdus par leur péché , et que pour la peine de leur péché « il y a un Feu préparé pour le diable et pour ses anges ' : » mais Dieu ne leur a jamais promis de les remettre dans l'état d'où ils sont tombés, et Jésus -Christ n'a reçu aucun ordre de son Père pour le salut des anges : or Jésus* Christ n'a pu accomplir ce que son Père n'a ni promis ni ordonné. Mais pourquoi Jésus -Christ aurait-il pris la nature angélique ? serait-ce afin d'avoir un second , Fort et puissant , avant qu'il opérât le salut de Thomme? Peut-être que le Fils de Dieu n'était pas suffisant pour délivrer tout seul rhomme, quoiqu'un serpent l'eàt été tout seul pour le terrasser et pour le perdre. H s'ensuit donc que nous n'avons plus un seul Dieu et un seul Sauveur, si deux ont été les ouvriers de notre salut , et si l'un a eu besoin de l'autre. Ne serait-ce point aussi que Dieu aurait voulu délivrer Thomme par le ministère de range? Pourquoi donc serait-il descendu sur la terre , n'ayant à y opérer que ce qu'il devait Faire par le ministère de Tange ? Si c'est par l'entremise de l'ange, qu'avait-il à y faire luimême? et s'il devait y travailler lui-même,

« s. Matth., 15.

TERTULLIEN

qcTest -ce que Tange avait h y faire ? Il a , certes, été nommé TÂnf^c du grand conseil de Dieu ^ c'est-à-dire son ambas$adeur,nom qui n'ejprime pas ce qu'il est par sa nature, mais ce qu'il fait dans les fonctions de sa charge et en qualité de rédempteur du monde, parce qu*il devait annoncer sur la terre cette profonde pensée et ce grand et incompréhensible dessein du Père éternel sur le salut de Thomme. Mais le nom d'Ange qu'il reçoit ne se doit pas entendre comme l'on entend le nom de l'ange Michel ou de l'ange Gabriel^; car l'on voit dans l'Évangile que le maître de la vigne envoie son fils à ceux qu'il a préposés pour la cultiver, comme il leur envoie ses serviteurs, pour leur demander compte des fruits de la vigne, sans que le fils passe pour un simple serviteur, à cause que le maître lui donne l'emploi des serviteurs. Je dirai donc peut-être plutôt que le Fils de Dieu est range, c'est-à-dire l'ambassadeur du Père, que je ne dirai que c'est un ange qui a paru parmi les hommes en la personne du Fils de Dieu 3. Mais puisqu'il a été dit du Fils de Dieu : «Vous l'avez abaissé un peu au-dessous des anges, pcommenl se peut-il faire qu'étant abaissé au-dessous des anges il enaitpris la nature? Cet abaissement ne se peut concevoir qu'en ce qu'il est homme, qu'il a une chair et une âme, et qu'il est le Fils de l'homme ; car en tant qu'il est l'esprit de Dieu et la vertu du Très-Haut, il ne peut être estimé inférieur aui anges, parce qu en cet état il est Dieu et Fils de Dieu. Autant qu'il a été fait inférieur aui anges, portant la nature de l'homme, de la même distance il ne leur a point été inférieur, portant, comme l'on dit , celle d'un ange. Mais enfin cette opinion peut convenir à Ëbion, qui veut que Jésus- Christ ne soit qu'un homme de la semence de David, c'est-à-dire un homme qui n'est pas Fils de Dieu. Il le considère comme ayant quelque chose par dessus les prophètes, et pense que l'ange a parlé en lui de la même sorte qu'il est dit qu'il a parlé en quelques prophètes, comme en Zacharie^. Mais la différence est que Ton n'a jamais entendu ces paroles de la bouche de Jésus-Christ : a l'ange qui parlait en moi m'a dit ; » ni celles-ci, que tous les prophètes répètent

* Isaie, 9. — * MaUfa., 21 — * Psaume 8. ' Zacbarie, 1 , 2 et suivantes. Itaîe, 1.

à toute heure : « Voici ce que prononce gneur;»car il était le Seigneur lui-mèm personne qui était présente prononçai propre autorité : «Et moi je vous dis veux-tu davantage? Écoute le prophètels s'écrie d'une voii puissante^ :«Ce n'est p ange, ce n'est pas un simple ministre d mais c'est le Seigneur qui sera le î des hommes.»

XV. Parlons maintenant de Topin l'hérétique Valentin , qui , par le privil l'hérésie, s'est donné la licence de si une chair spirituelle en Jésus-Christ. Et celui qui ne croit pas que sa chair s chair humaine ^ lui peut attribuer quelqi nature que ce soit, et il n'y a rien ( puisse feindre : car si sa chair n'est po chair humaine , .si elle ne vient p< l'homme , je ne vois pas de quelle su Jé.sus-Christ a entendu parler quand il tous, qu'il était homme et Fils de Thomn ses paroles: «Vous voulez faire mourir F qui vous a dit la vérité^. » Et ailleurs : a L l'homme .est le Seigneur du Sabath^.»

parlant de lui : a C'est Thomme des douU homme assujetti aux plaies et aux .soufl etqui sait supporter les infirmités^. i»Et J a II est homme,et qui le pourrait reconnaît Daniel :« Il est au dessus des nuées commi l'homme^. oEt l'apôtre saint Paul : « Jésw homme est médiateur de Dieu et des hou Et enfin saint Pierre , dans les Actes d très : a C'est Jésus de Nazareth , celui qi vous a montré et qui est homme*.» Ca gnages des Écritures pourraient suffit réponse générale à tous les bérétiqu combattent la chair humaine en Jésusune chair venue de l'homme, une cl n'est ni spirituelle, ni animale, ni cél fantastique, si les hérétiques pouvaie sans amour de discussion et de dis) étaient capables de s'abstenir d'user d pour défendre leurs erreurs. Mais con lu dans quelque écrivain de la secte de lenlin, ils n'estiment pas que Jésus -G reçu une substance humaine et te craignant que dans cette opin'o i il ne j

« Isaîe , es.— • S. Jean , 8. - • S. Matlh., 12. — * » Jerem., 17. — • Daniel, 7. — M. A Tîmotli., 'Actes des Ap6tres,2.

DE LA CHAIR DE JÉSCS-CHRISt.

ik de plot maoTaite condilioD qae les anges , ^ ifoDt pas en one chûr terrestre. D ailleurs, life pcrnadoU que b diair de Jésus-Christ ' défait naître tonte semblable à la nôtre, c*est- ^ Mk qn^dle ne derût naître ni de l*Espril ni de Dien , dûs de la volonté et de ropération de flamnciPonrciooi, disent-ils, est-elle née de Ihuninption, et non pas de la comiplion ? et pmqjMÂj toot de même que celle-là est ressoscitée et a été élevée dans le ciel , la nôtre qui M tt pvcille n*e8t-elle pas dès Hnslant de la ■ort flevée dans le ciel ? ou pourquoi celle-là fB crt pareille à la nôtre , n'a-t-elle point été lédnite en pondre et en terre comme la nôtre?» Yoiii de vrais fisooors de païens. « Pourquoi le IBs de Diai est-il descendu dans une si prokide humilité? et s'il est ressuscité pour être feicnpie de la résurrection que nous espérons, fonnpioi ne nous voit-on pas ressusciter de nfene?» Certainement il ne faut pas trouver (mage que des païens parlent de cette sorte , naiiOne font pas non plus le trouver étrange des béréliqnes : car quelle différence y a-t-il entre les ans eC les autres, si ce n'est que les païens craient en ne croyant pas, et qu'au contraire ks béréciqnes ne croient pas en croyant ? Ils iKnt ces paroles: a Vous Tavez mis dans un état upen iirfïrienr à celui des anges^,» et ils ne ^ binent pas de nier la substance inférieure en JésQS-Cbrist , lui qui dit, par une meneilleuse liiuBiIiation:« qu'il n'est pas même un homme, et qu'on ne le doit regarder que comme un ver ieterre';» lui qui n'avait ani grâce ni beauté^;» hû enfin en qui il ne paraissait rien de noble, et qdpar les opprobres qu'on lui faisait était audesMMis de tous les hommes. C'est cet homme de plaies qui sait porter les infirmités ; ils reconnaissent le mélange de l'humanité avec la divi- Bité, et cependant ils nient que Dieu soit homme. Ils croient que cet homme est mort, mais la chair étant à leur avis spirituelle en Jésus-Christ , ils soutiennent que ce qui est mort est né de Tincorruption, comme si la corruption était autre chose que la mort : «notre chair, disent-ils, devait ressusciter tout incontinent.» Mais attends un peu, Jésus -Christ na pas encore vaincu tous ses ennemis , et il n'est pas

« Psaume 28. — *Psaume21..

* baie, 63.

encore temps qu'il fasse part à seâ amis de la gloire de son triomphe.

XVI. Je viens à cet Alexandre qui, selon l'esprit des hérétiques , se met sur les rangs par une ardeiu* incroyable de flaire paraître sa subtilité dans la dispute : il nous impute d'enseigner que Jésus-Christ a pris un corps de nature terrestre, afin d'anéantir en sa propre personne la chair pécheresse. Certes, quand nous parlerions ainsi, nous pourrions bien défendre ce que nous aurions avancé, et cette opinion ne serait pas sans fondement; mais nous ne laisserions pas d'être fort éloignés de la folie dans laquelle cet hérétique est tombé , se persuadant que selon notre sentiment , la chair de Jésus- Christ a été anéantie en sa personne en qualité de chair pécheresse ; car nous savons, et il nous en souvient , qu'elle r^ne dans le ciel à la droite dn Père , et nous enseignons que du trône de la gloire du Père , et de cette clarté inaccessible où elle habite , elle doit venir juger tous les hommes. Ainsi , comme nous ne pouvons dire qu'elle ait été anéantie, nous ne pouvons dire que ce soit une chair pécheresse, ni que cette chair ait été anéantie, elle qui n'a jamais commis de péché. Ce que nous soutenons est, non pas que la chair du péché, mais que le péché qui vient de la chair a été anéanti en Jésus- Christ ' ; que ce n'est pas la matière, mais le vice de la nature, que ce n'est pas la substance, mais le crime du pécheur qui a été détruit. Et nous le soutenons par lautorité de l'apôtre quand il dit : ail a anéanti le péché dans la chair 3;» et ailleurs: a Jésus-Christ était dans la ressem- . blancede la chair du péché,» ce qui ne signifie pas qu'il n'ait pris que la ressemblance de la chair, c'est-à-dire l'image et non pas la vérité du corps , mais qu'il a pris la ressemblance de la chair qui a péché, c'est-à-dire une chair pécheresse en apparence, la chair de Jésus- Christ qui n'a point péché étant pareille à cette chair pécheresse, par la communication du sangd'Adam dont elle est sortie, et non pas par la tache et la ^corruption de son crime. D'où nous concluons que Jésus-Christ a eu la même chair dont la nature a été pécheresse en l'homme, et que le péché a été anéanti en elle de telle sorte, qu'au lieu que dans l'homme

*Matth.,25. — *Rom.,8.

TERTULLIEN

elle n'était pas sans péché, elle a été sans péché en Jésus-Christ. Et certes, Jésus-Christ n'aurait rien fait pour le dessein qu'il avait formé d'anéantir le péché qui vient de la chair, s'il ne TeAt anéanti dans cette môme chair où la nature avait péché , et il n'aurait même sans cela rien fait pour sa gloire; car qu'y aurait-il eu de grand et de merveilleux, s'il eût racheté le péché dans une chair qui e6t été plus pure, et qui eftt appartenu à une autre nature, c'est-àdire une nature qui n'eût point contracté l'ordure du péché? «Donc , dis-tu, si Jésus-Christ is'est revêtu de notre chair, la chair de Jésus- Christ a été pécheresse. » Mais ne nous presse pas sur un sens dont rintelligence est si claire. Jésus-Christ, en se revêtant de notre chair, a fait que notre chair est devenue la sienne; mais en la faisant devenir la sienne, il ne l'a pas faite chair pécheresse. Au reste , que tous ceux qui ne peuvent croire que notre chair ait été en 3ésus-Christ , parce que la chair de Jésus-Christ n'est pas née de la semence de l'homme ' , se souviennent que la chair d'Adam n'est pas venue de la semence de l'homme. Gomme la terre a été changée en cette chair sans la semence de l'homme , le Verbe de Dieu a pu prendre cette même chair sans qu^elle ait été formée par le mélange du sang de l'homme.

XVII. Mais laissant cet Alexandre avec ses syllogismes qu'il lance audacieusement contre ses adversaires, et le laissant aussi avec les psaumes de la composition de ce Valentin dont, par une étrange insolence, il sème ses discours comme s'ils étaient de quelque auteur (Considérable, renfermons-nous dans une seule chose, et contentons-nous d'examiner si Jésus- Christ a pris sa chair d'une vierge ; car si cela est, et s il a tiré sa substance d'une créature humaine, il s'ensuit sans difficulté que sa chair est une chair humaine, quoiqu'il ait déjà paru clairement d'ailleurs qu'elle est de cette nature, îpar le nom d'homme que Jésus-Christ a porté, par l'état naturel dans lequel il a vécu , par le sentiment qu'il a eu des maux qu'il a souflvprts, et par les douleurs de la passion dont sa vie a été terminée. Il est donc nécessaire d'abord de justifier la raison pour laquelle il fallait que le Fils de Dieu prit naissance d'une vierge. Celui

< 1 Genèse, 3.

qui devait commencer une nouvelle naissance , devait naître d'une façon nouvelle ; Dieu devait donner un signe de cette naissance admirable, selon la parole d'Isaie; mais quel est ce signe? «Voici, dit le prophète, quel il est: Une vierge concevra , et enfantera un fils '. » Une vierge a donc conçu et a enfanté Emmanuel , £*est-&-dire Dieu-avec-nous. Cest ici cette nouvelle naissance, où l'homme naît en Dieu ; lliomiiiei dis-je, en qui Dieu est né, ayant pris la cbajr de l'ancienne semence, mais sans rancieene semence, afin que la purgeant de ses andennci ordures, il la renouvelât, versant sur elle UQC nouvelle semence , c'est-à-dire l'élevant à oq état spirituel. Or cette nouveauté, commt toutes les autres choses , a été figurée dans Isf premiers temps, et dès lors la Providence étc^ nelle a préparé les raisons de la naissance d| Jésus - Christ du sang d'une vierge, (a tem était encore vierge, elle n'avait point encore souffert le travail de l'homme, elle n'avait point encore été façonnée de la main de celui qui jette la semence dans son sein ; c'est de celte terre que nous avons appris que Dieu a formi l'homme, «donnant à cet homme un esprit de vie ^. » Que si le premier Adam a été formé de terre, c'est à bon droit que Dieu a formé de terre le second, «ou le nouvel Adam,» comme parle l'apôtre 3, c'est-à-dire d'une chair, lovle pure et dont l'intégrité n'avait point été offàir sée, le irisant naître avec un esprit qui est la source de la vie. Riais pour ne laisser point échapper l'occasion qi|i se présente de me servie de l'argument du nom d'Adam , d'où vient que l'apôtre a donné ce nom à Jésys-Cbrist, « Jésus-Christ n'a pas été un hçmme né de celle substance terrestre ? Je trouve encore une autre raison de là conduite de Dieu dans la naissance du nouvel Adam, qui est que Dieu, par un^ opération contraire à celle du démon , a voulu reprendre son image dont le démon s'étail rendu le maître. Eve étant encore vierge , une parole était eotrée dans son àme , qui y avait élevé Tédificc de la mort ; il fallait donc que le Verbe de Dieu entrât dans une vierge pour j rétablir 1 édifice de la vie, afinquece qui s'étail perdu par le sexe de la femme fût recouvré par le même sexe. Eve avait cru le serpent , Marie

' Isaie, 7. — * Genèie, 2. — • 1. Cor., 15.

DE LA CHAIR DE JÉSUS-CHRIST

lai créance 1 ce qoe lui a aonûucé Gabriel < ; le crimeqiie Fone avait commis en croyant, Tauire CD onoyant aussi la effaié. Mais £ve n a point fiooça par b fiMrce de la parole du démon. ToolefiMS je me trompe, elle a conçu, car la pimle do démon lui a été comme une semence de mtfdirtîoDy qui la réduite à être soumise à b paiitancc de fliomme, et à enfanter dans le travail et dans les douleurs : enfin elle a mis «1 raoode un fils qui a eu la malice dun dé- [ moo, iivsqa'il a été le meurtrier de ^on frère ; Marie n contraire a engendré un fils qui devait flnrer no jour Israél , son frère selon la chair, êfÊH qne cet ingrat lui aurait donné le coup de b mort. Ainsi Dieu a mis son Verbe dans le 9àa 4e Abrie, ce bon frère qui devait effacer la mémnire d'un si mauvais frère ; et il fallait fKJitttt-Christ sortit pour le salut de Tbomme Âa venue d une femme, où le premier homme «pi a été conçu après b condamnation de la natore bomaine était entré.

XnO. Disons maintenant les ctioses plus sinylfmfnt : il n'était pas coovenable que le Tds de Dieu naquit de la semence de Tbomme, depe^r qoe s*il était tout fils de Thomme , il ne fk point Fib de Dieu ; qu'il n eût rien de plus aedleot que Salomon et que Jonas^, et qu'il m ftt tel que nous dussions en croire Ëbion, qni venl qu'il n'ait été qu'un homme. Ainsi, ifia 91e cebii qui était Fils de Dieu par la seflNOce de Dieu son Père, c'est-à-dire par son Esprit, fût fils de Thomme, il ne devait prendre que b chair, de la chair de l'homme, et il b devait prendre sans la semence de l'homme. Et certes, b semence de l'homme était inutile à celui qui avait b semence de Dieu. El de ntme qpe n'étant point encore né de la Vierge, il a pu avoir Dieu pour père, sans qu'il eût bénin qu^une personne de condition humaine At sa mère; ainsi naissant d'une vierge, il a pu avoir une personne de condition humaine pour mère, sans avoir un homme pour père. Eofin , en Jésus-Christ Tbomme est avec Dieu , en ce que la chair de Thomme est avec l'Esprit de Dieu; il a eu de Thomme la chair sans la semence de l'homme, et il a eu l'Esprit de Dieu avec b semence de Dieu. Si donc Dieu, par sa

* GeDèM,3;S. LucJ/

* S. Matth., 12.

sagesse, a voulu qu'il y eût des raisons de la naissance que son Fils devait prendre d'une vierge, pourquoi son Fils u aurait-il |)as reçu de la Vierge ce corps qu il a fait naître de son sein ? « C'est , disent-ils , que la Vierge en prit un autre de Dieu,» parce qu'il est écrit que aie Verbeaété fait chaire »0r ces paroles expriment ce qui a été fait chair et il n'y a point à craindre que ce qui a été fait chair, soit autre chose, et non pas le Verbe; mais de savoir si c'est de b chair que le Verbe a été fait chair, ou si c'est de cette divine semence, c'est à récriture à nous le dire. Et puisque rËcriture n'en dit rien, et qu elle porte seulement qu*il a été fait chair, et non pas de quel principe il a été fait chair^ elle fait entendre qu'il a été fait, non pas dé lui-même, mais d'un autre principe, s'il n'a pas été fait cbair de lui-même, mais d'un autre principe. Examûie sur ce fondement de quel principe l'on doit plutôt croire que le Verbe ait été fait chair, que de la chair même en laquelle il a été fait. U n en faut poinf d'autre autorité que celle de Notre -Seigneur, qui a prononcé là-dessussouverainement quand ij a dit : a Ce qui est né de la chuir est cbair, parce qu'il est né de la chair. 2» Que si lu prétends qu'en ce passage il ne parle que de l'homme et non pas de lui, nie donc que Jésus-Christ soit homme, et soutiens par ce moyen que ces paroles de lî^criture nese rapportent point à lui. U ajoute : «Et ce qui est né de TEsprit est Esprit, parce que Dieu est Esprit, et il est né de Dieu^. » Certes, cela se rapporte d autant plus h lui , qu'il se rapporte même à ceux qui croient en lui. Si donc ces dernières paroles s'adressent à lui , pourquoi les précé^ dentés ne s'y adresseraient-elles pas? car tu ne peux pas les diviser, et attribuer celles-ci â Jésus-Christ. ctceUes-là aux autres hommes, toi qui ne mes pas les deux substances de la chair et de l'Espit en Jésus -.Christ, s'il a eu une chair et un esprit. Quand il prononce sur b condition de ces deux substances qui ont éif en lui , J'on ne peut dire qu'il ait parlé de son F^sprit , et qu il n'ait point parlé de sa chair. Ainsi comme il est produit par l'Esprit do Dieu , et que rEs|)rit est Dieu , il est né Dieu d.e Dieu , et il est homme engendré en la chair, de la chair de l'homme.

' s. Jean , 1 . — • /bid,, 3. — • Jbid., 4,

TERTULLIEiN.

XIX. Que veulent donc dire ces paroles: «Ils ne sont nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de Thomme, mais de Dieu^?» Je me servirai de ce passage quand j*aurai détruit l'attentat de ces corrupteurs du texte sacré. Ils disent qu'il est écrit : « II n'est né ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de celle de Tbomme, mais de Dieu;» comme si TÉcriture désignait ceux qui croient au nom de Jésus- Christ, pour montrer Texistence de cette semence réservée en secret selon la rêverie dont ils sont imbus, et qui, à leur avis, fait les élus et les spirituels. Mais comment ce sens peut-il être fondé, puisque tous ceux qui croient au nom de Notre-Seigneur, par la loi commune de tout le genre humain , naissent du sang et de la volonté de la chair et de Thomme, et que Valentin lui-même n'en est pas exempt? Ainsi donc Ton dit qu'il est écrit au singulier, comme pour parler de Notre- Seigneur, «et il est né de Dieu ; D et en effet, Jésus-Christ est le Verbe de Dieu, et avec le Verbe l'Esprit de Dieu, et avec l'Esprit la vertu de Dieu, et tout ce qui appartient à Dieu ; mais en tant que chair il n'a rien du sang ni de la volonté de la chair et de l'homme, parce que c'est de la volonté de Dieu que le Verbe a été fait chair. L'exclusion formelle de notre naissance ne regarde pas le Verbe, mais la chair; car c'était la chair qui devait ainsi naître , et non pas le Verbe. Mais d'où vient que ce Valentin , niant que Jésus- Christ soit né de la volonté de la chair, n*a pas aussi nié qu*il soit né de la substance de la chair?car, niant qu'il soit né du sang, il n'a pas exclu pour cela la substance de la chair, mais seulement le principe de la semence, qui se forme certainement de la chaleur du sang, lorsqu'il le resserre et qu'il passe à une autre qualité par le mélange qui s'en fait avec le sang de la femme, ainsi que par le moyen de la présure le lait s'épaississant se convertit en la nature du fromage, et lui transfère la force de sa substance. Notre sens est donc que la naissance de Notre-Seigneur ne procède point de l'opération de l'homme , qui est ce qu'il faut entendre par la volonté de Thomme et de la chair, et non pas que cette naissance ne se fasse pas par la voie et la participation du ventre

S. Jean, 1.

maternel. Et pourquoi ce personnage aurait-il tant exagéré que Jésus Christ n'est né ni da sang, ni de la volonté de la chair ou deThominev sinon parce qu'en la personne de Notre^eigneor il y a une chair, que selon la notion commaiie chacun prendrait sans doute pour une chair née par l'opération de Thomme et de la femme? Niant donc qu'elle soit née par l'opération de l'homme et de la femme, il n'a pas nié qn^dle soit née de la chair; au contraire, il a étabfi ', qu'elle est née de la chair, puisqu'il n'a pas nié qu'elle soit née de la chair, comme il a nié qu'elle soit née de l'opération de lliomme etde la femme. Mais dites -moi, je vous prie: M l'Esprit de Dieu est descendu dans le venlre ' maternel , sans qu'il dût prendre la chair da ventre maternel, pourquoi est -il deseenda dans le ventre maternel ? car la chair spirituelle a pu être produite hors du ventre maternel, bien plus facilement qu'il n'était fodle que ce qui était dans le ventre maternel en sortit dehors par la naissance. Certes , c'est sans cause qu'il est entré dans le ventre d'où Ton dit qn*il n'a rien reçu. Mais nous disons qull n'est pas descendu dans le ventre sans cause; d'où nous concluons qu'il en a reçu quelque chose. Eu effet, s'il n'a rien reçu du ventre maternel, c'est sans cause qu'il y est descendu , n*ayant pas besoin d'y descendre , s'il devait avoir une chair de telle qualité qu'elle n'eût rien de commun avec le ventre maternel , c^est-à-dire une chair spirituelle.

XX. Mais quelle est votre manière d*agir, pleine d'illusions et de chicane ? Vous voulei ôter une syllabe qui sert de proposition, et j en substituer une autre, qui ne se trouve poiat en ce sens dans les Écritures saintes. Vous dites que Jésus-Christ est né par la Viei^ et non pas de la Vierge, au ventre, et pas du ventre, parce que l'ange dit à Joseph durant son sommeil : «Ce qui est né en elle est une opératkm du Saint-Esprit S set que l'Écriture ne porte pas: «Ce qui est né d'elle.» Mais quand l'Écriture porterait : « ce qui est né d'elle, » ce serait comme si elle avait dit, ace qui est né en elle;! parce que ce qui était d'elle éuit en elle. Cest donc le même sens , soit qu'il soit dit en elle, ou qull soit dit d'elle, puisque ce qui était en elle était

' s. Mattb., 1.

D£ LÀ CHÂlR DE JESUS-CHRIST.

i iTdle. Gates, c'csl on grand bien que ontMatlhieD parie comme ooas; car rapportai la généalogie de Notre-Seignear, depuis Abraham jnaqtf à Marie : c Jacob, dit-il, a enfsdré Joaeph, mari de Marie , de laquelle est lé Jésns^Chriai K t Saint Paul même impose silence i «s grammairies ; « Dieu, dit-il , a envoyé ion Fils fail d^nne femme. » A-t-il dit, par une iiemiBe, oa en une femme ? et même, pour user d'une oprctsioa plus forte, il a plutôt dit, fait d^aoe femme que né d^une femme. Il pouvait s*éDOQCcr plus simplement, disant : €lVé d'une fienme;» mais, disant «/2zi/ d'une femme,» il a marqué ces paroles de TÉcriture : « Et le Verbe a été feil cbaîr,» et a confirmé que la véritable chûrde Jésos-Christ a été feitede la chair de la Iflerge. Nous avons encore en ceci pour nous les jiMwmfSyiiDn pas de Valentin le platonicien, ,cct apostat et. cet hérétique, mais du très-saint propbèie David, dont Tautorité est si reconnue. CSepnphète , par qui Jésus-Christ s'est chanté soi-nème, nous chante aussi Jésus -Christ. FMCedonc Toreille à Jésus-Christ, et écoule le Sôgnenr qui parie à Dieu son Père ^ : u C'est vous, dit-il , qui m'avez tiré du ventre de ma mère ; » voiU un premier passage -.aDesmamellesoù j'ai pris nourriture, vous êtes mon espérance, et sortant du ventre de ma mère, j'ai été jeté sur ions;» en voilà un autre : a Du ventrede ma mère, TOUS êtes mon Dieu ; v en voilà encore un autre. £ierçons-nous maintenant sur les sens de ces passages :aVous m'avez, dit-il, tiré du ventre.» Qa'est-ce que Ton tire, sinon ce qui est attaché à qoelque chose ; ce qui est joint et uni étroitement à quoi que ce soit, on l'en tire si l'on veut Fen séparer. Que si Jésus-Christ n'a pas été attaché au ventre de sa mère, comment en a-t-il été tiré ; et si celui qui a été tiré du ventre y avait été attaché , comment y avait-il été attaché , sinon en ce que le Fruit qui fait partie du ventre, et qui est une portion des entrailles de la mère, y est lié, tant par cet enchaînement de vdnes et d'artères qui conduisent au nombril le sang pour lui porter l'aliment et l'air pour le feire respirer, que par la communication qu'a le nombril avec les veines et les artères du ventre ou de la matrice , d'où il prend son origine? Lors même qîie deux choses étran-

1 S. NaUli., i.— * Piaume 21.

gères l'une à l'autre se collent ensemble, elles se confondent de telle sorte que, quand on veut en arracher une, l'on ne peut empêcher qu'elle n'emporte quelque morceau du corps d'où on l'arrache , comme un reste qui lui demeure de la dissolution de l'unité qui s'était feite par cet assemblage de deux corps séparés. Au reste, quelles sont ces mamelles de sa mère dont il parle? sans doute ce sont celles qui l'ont nourri, et dont il a sucé le lait. Que les sages- femmes, que les philosophes qui font leur étude de la nature, répondent ici de la nature des mamelles, si elles ont accoutumé de donner du lait saiu( que la femme ait conçu et soit enceinte, ses veines retenant alors le canal ordinaire du sang, et le convertissant, par la coction qui s'en fait , en la matière agréable du lait maternel. D'où vient que durant que les mamelles sont pleines, le cours naturel du sang des femmes est arrêté ? Que si le Verbe a été (ait chair de soi-même, et non par la communication et le ministère de la matrice , comment est-c*e que la matrice n'y ayant point coopéré, n'ayant fait aucune action , n'ayant reçu aucune impression, elle a néanmoins fait remonter la source du sang aux mamelles, où elle ne feit point de changement, si elle n'a du sang pour faire le lait ? Or elle ne pourrait avoir du sang pour faire le lait , si elle n'avait celui que la nature y a destiné et sans qu'elle eût souffert que sa chair, s'arrachant d'elle-même, eût formé le corps de Jésus-Christ. Il parait donc clairement quelle nouveauté il y a eu en Jésus-Christ de naître d'une vierge : elle consiste seulement en ce qu'il est né d'une vierge, selon que nous en avons déjà expliqué les raisons; mais nous pouvons ajouter qu'il est aussi né d'une vierge, afin que notre régénération fût vierge, qu'elle fût nettoyée de toutes nos ordures, et sanctifiée spirituellement par Jésus-Christ , qui est vierge lui-même, et même selon la chair, comme ayant pris naissance de la chair d'une vierge. XXI. Que si nos adversaires prétendent qu'il fallait, pour rendre cette naissance nouvelle et extraordinaire, que le Verbe de Dieu ne fût point fait chair de la chair d'une vierge, comme il n'a point été fait de la semence de l'homme, pourquoi ne pouvons-nous pas dire qu'en ceci se renferme toute la nouveauté de cette naissance adorable , que la chair qui n'est point née

TERTULLIEN

de la semence, prit naissance de la chair ? Mais je veux les combattre encore de plusprès.a Voici, dit le prophète, une vierge concevra dans son ventre ^ » Qu'est-ce qu'elle concevra ? le Verbe de Dieu , et non pas la semence de l'homme. Mais elle concevra pour enfanter un fils; car le prophète ajoute : «Et elle enfantera un fils.» Donc comme c'est son acte propre à elle d'avoir conçu, ce quelle a enfanté est aussi à elle, quoique ce qu'elle a conçu n'ait pas été à elle. Au contraire , si le Verbe a été fait chair de soi-même, il s'est déjà lui-même conçu et enfanté ; et cela étant , la prophétie manque et n'a point de vérité; car la Vierge n'a ni conçu ni enfanté, si ce qu'elle a enfanté par la voie de la conception du Verbe n'est pas sa chair. Mais n'y aura-t-il que cette prédiction du prophète qui sera sans effet? n'en sera-t-il pas de même de ce que les anges ont annoncé de la conception et de Tenfautement de la Vierge, et de toutes les Écritures , autant qu'il y en a qui prononcent qu'elle est mère de Jésus-Christ^? Et certes comment est-eilè mère , sinon parce que son fils a été dans son ventre ? On veut que du ventre de celle dans le sein de laquelle il a été enfermé il n'ait rien reçu qui la fit mère ; mais le nom de.mère n'est point la dette d'une chair étrangère ; il n'y a que la chair que le ventre a formée et qui en est comme la fille, qui donne au ventre le nom de ventre de la mère. Enfin si la chair n'est redevable de sa naissance qu'à soi-même^ te nom de fille du ventre ne lui convient pas^S II faut doncqu'ÉUsabeih qui porte dans son ventre un prophèle, se taise , elle qui est enceinte d'un enfant qui reconnaît son Seigneur. C'est sans cause qjue cette femme pleine du Saint-Esprit dit : a Qui me fait cette grâce que la m(re de mon Seigneur vienne me visiter?» Et si Marie portait Jésus dans son ventre, comme un hôte et non pas comme son fils, comment est-ce qu'Elisabeth dit : « Le fruit de votre ventre est béni ? > Quel est ce fhiit du ventre qui n'est pas un rejeton du ventre, qui n'a pas pris racine dans le ventre , qui n'est paa à celle à qui est te ventre^ ? Et qui est ce finit du ventre? c'est Jésus-Christ. Est-œ

' ItiÊe, r ^ « S-Maub., 1, 2, 12, 13; g. Itorc, B;

a. Lue, 1,1, «5 8l Jean, 2, ^ 19; ^cto, 1. I 'S.Lac, 1.^«lMïe,l|.

parce qu'il est la fleur d'un rejeton poussé de la racine de Jcssé? La racine de Jessé, c*est le sang de David; le rejeton de la racine, c^esC Marie , qui descend de David ; la fleur da rejeton , c'est Jésus-Christ , fils de Marie. Et il est aussi le fruit, car la fleur est le fi*uit de la tige, et par la fleur et de la fleur toilt le Fruit sV vance et croit jusqu'à ce qu*il ait tonte sa bonté. Quoi donc, les hérétiques vetllent Aler ûvL fruit sa fleur, 3 la fletif son rejeton , au rejeton sa racine, H envient à la racine qu'elle s'attribue par le rejeton la propriété de ce qui vient du rejeton, qui est la fleur et te frtiit ! Gai* pour établir dbe succession de race, on rcmonle du dernieir descendant an chef de la race. Et selon cette règle, la chaiîr de Jésus* Christ ne tient pas seulement à Marie', mais elle tient aussi â David par Marie, et faï David à Jcssé. Ainsi Dieii jure (|u'il honorera lë trône de David de ce fruit qui sortira de ses reins, c'est-à-dirè de sa postérité et de sa chair '. S'il sort des reins de bavid, combien pldtàt des reins de Marie, à cause de laquelle il est dans lesreinsàel)avîd3?

XXn. Mais que les hérétiques qui combattent cette extraction effacent donc le téinoignagc des démons qui s'écrient «que J&us-Christ est filsde David. » Que si leur témoignage n*èst pas digne d'être reçu, ils n'effaceront pas le témoignage des apôtres. Saint Matthieu est te premier que j alléguerai. Ce fidètç évâhgélisiê qui était de la compagnie dé Notre -Seiginea^, n'ayant autre dessein que de hpiis donner connaissance (le l'origine dé Jésus-Christ, selon sa chair, a ainsi commencé son Évangile : c Livre de la génération de Jésus - Christ , fils de lîavid, fils d'Abraham ^. »Ce sont là les sources sacrées d où est sortie cett^ divine race, que Tévangéliste copduit de degré en degré jiisqu^i la naissance de Jésus-Christ. Qu'est-ce donc que cet ordre de généalogie fait autre chose que de marquer comment la. chair d'Abralùua et de David dans la suite d'uhe belle lignée, passant par diverses générâ^tioos et venaht à b Vierge , a donné enfin Jésus -Chriét ? L'évangélistè même dit expressément que « jésitiHCbhist est né de la Vierge \ » Je vien» i ^saint Paiiï^ lui qui

< s. Mauh., 1. — « S. Ljic, a. ^» Pumiiw ttl «Malth.,l.-.>IUMii., 1.

DELA CHAIR DE JÉSUS-CHRIST

comiae apôtre de Jésos-Christ est aussi disci- i fk , docteur et témoin du même Évangile ; il amflrme que Jésus-Christ est selon la chair de b semence de David : puisque saint Paul le diL Donc la chair de Jésus-Christ est la semence de fiivid. ]IIais selon la chair de Marie , il est de . b semence de David. Donc en tant qu'il est de b semence de David, il est de la chair de Marie. » De qudqne façon que tu le prennes, il faut que tu avoues Tun ou l'autre : ou il est de la chair fie Marie, qui est de la semence de David, ou il ; ot de la semence de David qui est de la chair k Marie. Klais le même apôtre termine toute cette question , disant qu'il est de la semence lÂbrabam. S'il est de la semence d'Abraham, iphw forte raison de celle de David, qui est Ika plus récent qu'Abraham K Saint Paul rapportant cette promesse de la bénédiction des tttîoof au nom d'Abraham : a En ta semence , tomes les nations seront bénies, s 11 n'a pas , dit-îl, exprimé les semences au pluriel comme pariant de plusieurs , mais la semence au singulier comme parlant d'un seul qui est Jéns-OirisL «Nous qui lisons, nous qui croyons ees vérités , de quelle qualité devons-nous et pouvons-nous reconnaître la chair de Jésus- Christ? Certes, nous ne devons ni ne pouvons b reconnaître autre que celle d'Abraham ; pûsque Jésus-Christ est la semence d'Abraham, ni autre que celle de Jessé, puisque Jésus- Christ est une fleur de la tige de Jessé- ; ni autre que celle de David , puisque Jésus-Christ est un fruit des reins de David ; ni autre que celle de tbrie, puisque Jésus -Christ est né du ventre de Marie; ni, pour remonter plus haut, autre que celle d'Adam ,^ puisque Jésus-Christ est le second Adam ^. Il s'ensuit donc , ou qu'il faut soutenir qu'ils ont tous une chair spirituelle, pour attribuer à Jésus -Christ un corps de même nature, ou demeurer d^accord que la chair de Jésus-Christ n'a point été une chair spirituelle, puisqu'elle n'est pas sortie d*une lige qui ait eu une chair spirituelle^.

XXIU. Ainsi nous voyons laccomplissement de cette parole prophétique que Simcon prononça sur cet enfant nouveau-né, Notrc-Scigneur Jésus-Christ :all sera, dit-il, à plusieurs

* Genèse , 21 el 26; Galat., 3.

' liûe, 11; Psaume 131. — ' 1. Cor., 15.

un sujet où de résurrection et de salut , ou de perle et de damnation^, et un signe qui sera occasion de beaucoup de contradictions. »C*est le signe de la naissance de Jésus-Christ annoncé par Isate. « Pour cela, dit-il, le Seigneur luimême vous donnera un signe , une vierge concevra dans son ventre, et enfantera un fils^.» Nous reconnaissons donc ce signe de contradictions , la conception et Tenfantement de la Vierge Marie, signe dont ces hérétiques philosophant à la mode des académiciens , disent : «Elle a enfanté, et elle n'a pas enfanté; elle est vierge, et elle nest pas vierge;» comme s'il nç nous appartenait pas plutôt qu'à eux de parler de cette sorte, si l'on devait ainsi parler d*unsi grand mystère, puisque nous pouvons dire : que la Vierge a enfanté, parce que le fils qu'elle a mis au monde est de sa chair, et qu'elle n'a pas enfanté parce que le fils qu'elle a mis au monde n'est pas de la semence de Thomme; qu'elle est vierge, parce quelle n'avait point connii d*homme, et qu'elle n'est pas vierge parce qu'elle a mis un enfant au monde. Et enfin l'oo ne peut pas raisonner en ceci comme font nos adversaires , el dire comme eux que la vierge qui a enfanté n'a pas enfanté, parce qu'elle n*a pas enfanté un fils de sa chair, et que celle qui n'est pas vierge est vierge , parce qu'elle n'est pas mère du fruit de ses entrailles. De notre part nous ne doutons point, et ce que nous croyons n est point enveloppé d'une suspension ambiguë; la lumière parmi nous est la lumière, elles ténèbres les ténèbres^; ce qui est, est; ce qui n'est pas, n'est pas; tout ce qui n'est pas conforme à cette simplicité vient du malin esprit. Celle qui a enfanté , a enfanté ; et si elle a conçu étant vierge, elle a été femme dans l'enfantement, el suivant la loi, son corps a été ouvert par Jésus -Christ, en telle sorte néanmoins que, comme, dans la conception, il n'y a point eu d'effort du côté de Thonime, dans ïenfantement , Jésus-Christ est sorti sans violence du ventre de la Vierge. Enfin, c'est ce ventre à l'occasion duquel il est écrit de tous les autres : aTuiil cnfaul mûlc qui ouvre le ventre sera sanctifie et offert au Sci^jncur ^. «Qui est-ce qui est vrainicut saint , que le Fils de Dieu ? de

» S. Luc, I. — • iMïe, 7. — » a Mallb., S. j «Exode, 13jS. Luc,2.

TERTULLIEN-

qui est-ce que Ton peut dire proprement qu'il a ouvert le ventre, que de celui qui a ouvert le ventre lequel était fermé ? au reste le mariage ouvre le ventre pour la conception de tous les hommes , mais celui-ci qui était le plus fermé de tous, est celui qui a été ouvert d*une manière la plus admirable. Et c'est ainsi que Ton pourrait nommer cette mère plutôt du nom d'une personne qui n'est pas vierge que du nom de vierge , et l'on pourrait même dire que par anticipation de temps elle a été mère avant cette merveilleuse ouverture du ventre virginal. Mais pourquoi m'arrêterais -je davantage làdessus, puisque sur ce fondement l'apôtre a dit que a le Fils de Dieu a pris naissance d'une femme , » et n'a point dit qu'il fût né d'une yierge, reconnaissant que par cette ouverture du ventre la Vierge a mis au monde Jésus- Christ, de la même manière que les autres mères mettent leurs enfans au monde. Nous lisons ce que dit Ézéchiel de cette vache qui engendra et qui n'engendra pas. Prenez garde que le Saint- Esprit n'ait pensé à vous, et n'ait voulu vous toucher par celte figure, prévoyant les disputes que vous élèveriez sur TenFantcment de Marie, et sur l'état de la naissance de Jésus-Christ. En effet , s'il n'eût eu ce dessein il n'en eût jamais parlé en doutant , contre sa manière de s'exprimer toujours simplement ; Isaïe ayant dit : « Elle concevra dans son ventre et elle enfantera un fils i.»

XXiy. 11 est vrai qulsaïe jette la confusion sur le front des hérétiques, mais principalement quand il dit : a Malheur à ceux qui font passer l'amertume pour la douceur, et les ténèbres pour la lumière^. dII les note, eux qui ne souffrent pas que les mots conservent leur signification naturelle, en sorte que, quand on nomme l'âme, l'on n'en entende pas une autre que celle qui est connue sous ce nom ; que quand on nomme la chair. Ton n'entende pas une autre chair que celle que l'on voit; et que , quand on nomme Dieu, l'on n'en entende pas un autre que celui de qui l'on parle quand on parle de Dieu. Ainsi Dieu jetant peut-être la vue sur Marcion :aJe suis Dieu, dit-il, et il n'y en a point un autre que moi^. «Et quand il dit en un autre endroit : a II n'y a point de Dieu avant

* liaîei 7. — ■ /^M^./ 5. «* * Deut, 32 ; Isaîe , 45 et 46.

moi, »il attaque ces je ne sais quelles généalo^^ ^ des iEones ou des siècles des Valentiniens» ^ quand il dit aussi : ail n'est né ni du sang n% ^ la volonté de la chair et de Thomme , mai^ ^ Dieu S» il répond à Ébion; et enfin quatiA ^ dit : a Quoiqu'un ange vous eût annoncé un ao^ '^ Évangile que nous, qu'il soit anathème^!f ^ touche les prestiges de Pbilumène, cette ^icr^^ d'Apelles. Certainement , quiconque nie ^f^^ Jésus-Christ soit venu au monde dans un îfx^^. de chair, celui-là estlantechrist; mais celui qi^^ prononce que la chair de Jésus-Christ est u chair véritable et toute nue, une chair natU' relie , et telle qu'on la peut concevoir par nom qui exprime simplement la nature de latchair, celui-là détruit tous les adversaires diL Fils de Dieu ^ ; celui qui établit que Jésus-GhrisC. est un, il renverse tous les argumens de ceux qui lui font faire divers personnages, eC qui veulent qu'autre soit le Christ, et autre Jésus; autre celui qui s'est sauvé des mains des troupes qui l'environnaient, autre celui que les soldati ont véritablement arrêté; autre celui qui s^est fait voir sur la montagne à trois de ses disciples au milieu d'une nuée et tout brillant de Inmiêiti autre cette personne commune et qui n^arait rien de noble et de relevé ; autre cet homme magnanime, autre cet homme qui a tremblé; et enfin autre celui qui a souffert la mort, d autre celui qui est ressuscité, de qui ils atten* dent même leur résurrection , mais daus une autre chair ^. Certes le même qui a souffert viendra un jour du ciel , et le même qui est ressns* site paraîtra aux yeux de tous les hommes^. Ceux qui lui ont fait tant de maux, ceux qui d*aii cœur inhumain lui ont percé, lui ont dédûré la chair si cruellement, ceux enfin qui Toot couvert de plaies, le verront et le reoonnattront; ils reconnaîtront cette même chair qn^ils ont outragée, sans laquelle il ne pourra ni pa* raitre ni être reconnu, pour faire rougir ceux qui osent assurer que la chair repose dans le ciel sans aucun sentiment, et qu'elle est comme un fourreau autour de la personne de Jésus-Christ, ou qu'elle est chair et àme, et autant Tune que l'autre , ou qu'elle est seulement àme, et qu'die n'est plus chair.

Page 1