DU TÉMOIGNAGE DE UAMU
appris de Dieu son premier maître. Apprends il connaître celle par qui seule tu connais les objets extérieurs, et tu trouveras en elle un aruspice, un augure et une propbétesse. Il n*€8t pas étendant que celle qui vient de Dieu sache prédire Fàvenir. Lors mèniè qu'elle est entourée des pièges que lui tend sans cesse Tes* prit du DOal , elié se rappelle encore son créateur, sa bonté, ses commandemens et le but de sa propre existence. Il n'est pas étonUant que celte fille de Dieu puisse chanter les merveilles que Dieu a révélées aux siens. Ceux qui ne veulent pas reeonnattre dans ces éjaculotions qui partent de Tâme la voix infaillible de la nature , prétendent que ce ne sont là que des locutions vicieuses qui , introduites d'abord par les litté* rateurs, se sont peu à peu glissées dans le langage ordinaire. L'âme est antérieure à la parole , Êmnmé cdle-ci est antérieure à Fécritufe : iapehsèêa précédé ié ^tj^îe, comme Thomme lui-même a précédé le philosophe et le poète. Faat-il donc croire qu'avant l'invention des lettres les hommes aient vécu sur la terre sans jamais se servir de ces expressions? Personne ne parlait de Dieu, ni de sa bonté, ni des morts ^ ni des enfers. La langue était bien pauvre alors; ou plutôt il ne pouvait y avoir de langue , si vous prétendez qu'il y manquait tout ce qui rend la rtôire riche, facile et coulante, .si ces expressions qui nous vîertnent si naturellement, qui sont )san$ cesse sur nos lèvres , manquaient aux hommes avant la naissance de Mercure et des belles-lettres. Comment pouvez-Voils croire qu'un écrivain ait pu concevoir et divulguer des idées et des mots que jusqu'à lui aucun esprit n'avait conçus , aucunfe bouche n'avait prononcés , aucune oreille n'avait entendus ? D'ailleurs si l'âme a puisé tout cela dans des livres, ce doit être dans nos écritures, et non dans les vôtres; car les livres t[ue nous a transmis la nation juive , ce sauvageon sur lequel nous avons été greffés, sont de plusieurs siècles antérieurs à toute littérature profane, comme nous Tavoiis^it ailleurs en traitant de leur authenticité. H est donc plus raisonnable de supposer que Tûme humaine ait puisé dans la source primitive que dans les ruisseaux qui en découlent; car ces expressions que l'on trouve çà et là dans votre littérature ont été probablement copiées sur la nôtre, où elles étaient auparavant.
Mais admettant que ce soit par la nature de vos livres que Tàme se soit accoutumée à pariet ainsi , c'est à nous cependant qa'appartientTo^ rigine de toutes ces traditions, bien que vous ayez pu faire les plagiaires de temps en temple Ainsi donc , peu importe que l'âme tienne ses connaissances immédiatement de Dieu ^ ou qu'elle lésait puisées dans les Écritures de DieuP C'est une absurdité que de dire ^ue l'homme ait pu trouver dans les ouvrages des hommes uœ seule idée qui ne soi! antérieure à toute littérature humaine^
VL Tu peux doilc t'en rapporter è ta litté** rature qui dérive de la nôtre , à la nôtre qui vient de Dieu même , et à la nature surtout que tu veux connaître par le témoignage cle Tàme. De ces trois sœurs, l'autorité de Dieu, celle de l'homme et celle de la nature, choisis celle qui té parattM là plus véridiqUe. Si ili as des doutés sur les tnâtiifles des hommes , assurément tu ne peux te défier de Dieu ni de la nature; il te suffit d'écouter la voix de ton âme; or t'en rapportera elle, c'est t'en rapporter à toi-même. Tu dois faire cas de ton âme, puisque c'est à elle que tu dois d'être ce que tu es ; tu es tout pour elle , elle est tout pour toi : sans elle tu ne peux ni vivre ni mourir, et c'est pour elle que tu négliges ton Dieu. Puisque tu crains de te faire chrétien, inteTroge-la ; demande-lui pourquoi elle invoque Dieu, pendant que tu en adores un autre; pourquoi elle appelle démons les mauvais esprits qu'elle veut maudire; elle te dira pourquoi elle bénit le ciel et pourquoi elle maudit la terre, pourquoi elle cherche ailleurs que dans tes temples son juge et son maître ; elle l'apprendra comment il se fait qu'elle ait des idées sur l'état des morts , et comment elle parle tout naturellement le langage de ces chrétiens que tu ne veux ni voir ni entendre. Demande-lui pourquoi elle nous a enseigné ce langage, ou pourquoi elle Ta appris de nous. Examine toi-même combien nos paroIes.se ressemblent, bien que nos mœurs soient si différentes. Tu auras grand tort de supposer que toutes ces expressions ne se trouvent que dans la langue latine , ou dans sa sœur aînée la langue grecque, et de chercher par là à nier qu'elles soient universelles, et par conséquent naturelles. Dieu n'a pas donné une àme exclusivement aux latins et aux Arjiens. Tout
TERTULLIEN
le (jenre humain peut $e passer du nom d'homme. L'âme est partout la même, le langage seul est différent. Chaque peuple a une langue qui lui est particulière ; mais les grandes pensées primitives sont communes à tous les peuples. Dieu est partout; il remplit Tunivers de sa bonté : le démon aussi est partout , et le monde entier peut attester sa malice. Dans toutes les langues on invoque le jugement de Dieu; chez toutes les nations on connaît la mort, et on porte témoignage de ses merveilles. Partout Tàme use de son droit, en proclamant tout haut ce qu'on noas permet à peine de dire tout bas. C'est
donc à juste titre que je dis que Tâme est à la fois coupable et témoiu : coupable d'erreur, elle porte témoignage de la vérité ; et quand un jour elle paraîtra devant le tribunal de Dieu , elle n'aura rien à dire pour se défiendre. «Tu as connu ton Dieu, lui sera-t-il dit, et tu ne Faa point recherché ; tu as eu les démons en horreur , et cependant tu les as adorés. Tu en appelais au jugement de Dieu , et tu ne voulais pas reconnaître hautement son existence; tu as prévu les supplices de Tenfer , et tu n'as rien fait pour les éviter; la vérité chrétienne était innée en toi , et tu as persécuté les chrétiens ! »
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DE LA FUITE PENDANT LA PERSECUTION