‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 57 sur 80 · DANS L'ANNEE · texte numérisé non relu

DANS L'ANNEE

f Enfin , mes très-chers frères , la paix a été reâdue à l'Ëglise, et ce qui paraissait naguère difficile aux Incrédules et impossible aux apostats, Dieu l'a fait par sa puissance souveraine. Nous commençons à reprendre nos esprits , l'orage est passé , et le calme a succédé à la tempête. Louons-en Dieu , et le remercions d une fiiveur si signalée, quoique nous n'ayons cessé de célébrer ses louanges au plus fort de la persécution ; car l'ennemi n'est pas assez puissant

* S. Luc, 18, 8.

pour faire que ceux qui aiment le Seigneur de tout leur cœur comme nous, ne le louent et ne le bénissent pas en tout temps. Ce jour tant désiré de tout le monde est venu , et après les horribles et affreuses ténèbres d*une longue nuit, Dieu a fait paraître les rayons favorables de sa bonté. Nous contemplons maintenant avec plaisir ces confesseurs glorieux que leur foi et leur courage ont rendus illustres , et nous ne saurions nous lasser de les embrasser. Voici la

* s. Luc, 12, 35.

DE CEUX QUI

troape éclatante des soldats de Jésus-Glirîst qui ODt rompu par leur Fermeté les plus violens efibrts de la persécution, et qui étaient prêts à aonfirir toutes les rigueurs de la prison et de la mort. Vous ayez généreusement résisté au siède, braves athlètes de Jésus-Christ. Vous avex donné à Dieu un spectacle magnifique , et im grand eiemple à tous les chrétiens. Votre ▼Dfx a fidèlement confessé Jésus-Christ, el ne s^esC point démentie depuis qu'elle a une fois fait profession de croire en lui. Vos mains illustres, qui ne s'occupaient qu'à des œuvres saintes et divines, ont rejeté courageusement des sacrifices impies. Votre bouche sanctifiée par des mets célestes, après avoir reçu le corps et le sang du Seigneur, a eu horreur de se souiller de viandes ofFcrles aux idoles. Votre tète n*a point été couverte de ce voile profane dont on couvrait les tètes captives de ceux qn'on obligeait à sacrifier aux fausses divinités. Un firont consacré par le signe de la croix n'a pu SûatTrir la couronne du diable, et s'est réservé pour celle du Seigneur. Avec quels transports de joie l'Église votre mère ne vous reçoit-elle point maintenant dans son sein au retour du OHubat? Avec quel contentement et quelle allégresse ne vous ouvre-t-elle point ses portes , afin que vous entriez en troupe, chargés des dépouilles de l'ennemi terrassé! Les- femmes mêmes ont part au triomphe des hommes , et elles ont vaincu le monde en vainquant leur sexe. Les vierges l'accompagnent aussi, ornées de l'honneur d'une double victoire ; avec les enfans qui ont surmonté par leur courage la faiblesse de leur âge. Après, vient la troupe de ceux qui sont demeurés debout , et qui vous suivent de près dans la gloire de votre triomphe. Ils ont la même fidélité que vous , et le même attachement à la foi. Appuyez sur les fondemens inébranlables des divins préceptes et des lois de l'Évangile, ils ont regardé sans eflProi les bannissemens, la perte de leurs biens , et les supplices les plus cruels. On leur donnait du temps pour tâcher d'ébranler leur foi , mais celui qui a renoncé au siècle se moque de tous ces délais alrtificieux , et celui qui aspire à l'éternité ne s'arrête point au temps. Que personne , mes très- chers frères, ne diminue une gloire quHls ont si justement acquise, que personne ne rabaisse malicieusement leurs avantages.

SONT TOMBÉS

Lorsque le temps porté par les édits pour renier la foi est expiré, quiconque dans ce temps n'a point renoncé Jésus-Christ , l'a confessé. Le premier degré d'honneur est de confesser Notre* Seigneur quand on est pris; et le second c'est de se retirer prudemment et se réserver pour ce qu'il plaira à Dieu d'ordonner de nous. La première confession est publique; la seconde est particulière. Celui-là demeure victorieux des juges du monde; et celui-ci, se contentant d'avoir Dieu pour juge, conserve sa conscience puce en ne trahissant point les sentimens de son cœur. L'un témoigne plus de courage, et l'autre plus de prudence. Le premier se trouve prêt lorsque son temps est venu , et le second est peut-être réservé pour un autre temps ; et de ce qu'il s'est retiré et qu'il a abandonné ses biens pour ne point renier Jésus-Christ, c'est une marque qu'il l'aurait confessé s'il avait été pris.

Mais parmi le triomphe des martyrs, la gloire des confesseurs, et le courage de ceux qui sont demeurés fermes , il y a une chose qui nous afflige sensiblement. C'est que la fureur de l'ennemi nous a arraché une partie de nos entrailles, et en a terrassé plusieurs d'entre-nous. Que ferai-je ici , mes très-chers frères? j'en suis extrêmement en peine. Que dirai-je, ou de quelle manière parlerai-je? Certes, il est plus besoin de larmes que de paroles pour exprimer notre douleur, pour pleurer nos blessures, pour déplorer la ruine d'un peuple autrefois si nombreux. Car qui serait si dur et si impitoyable, que de demeurer les yeux secs au milieu d'une si grande désolation , et de voir ses frères tombés d'une chute mojrtelle, «ans faire retentir le ciel de ses cris? Je m'afflige avec vous , mes frères, je m'afflige avec vous ; et je ne me console point sur ce que je suis demeuré moimême sain et entier, puisqu'un véritable pasteur ressent plus vivement les plaies de son troupeau que son troupeau lui-même. J'entre dans tous les sentimens de votre cœur, et je partage avec vous le poids de votre tristesse. Je gémis avec ceux qui gémissent, je pleure avec ceux qui pleurent , et il me semble que je suis couché par terre avec ceux que l'ennemi a terrassés. Je suis percé des mêmes traits dont vous avez été percés , et l'épée qui vous a blessés a passé au travers de mes entrailles. Ainsi je ne puis

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pas dire que j^aieété à couvert de la violence de la persécution , puisque Taffection que j'ai pour Ides frères fait que f ai reçu le contre-coup de tous les coups qu'on leur a portés. Mais néanmoins , mes frères , il ne nous faut pas désesi)érer, et les ténèbres de la persécution ne nous doivent pas tellement couvrir les yeux , qu'il Be nous reste encore quelque lumière pourvoir ce que Dieu nous commande. Si nous reconnaisisons la cause de nos maux , nous en trouverons le remède. Notre-Seîgneur a voulu éprouver sa famille ; et parce qu'une longue paix avait corrompu la discipline , les chàtîmens du ciel ont réveillé notre foi languissante et endormie. Et quoique nos péchés eussent mérité de plus grandes peines , Dieu qui est bon a tellement tempéré toutes choses , que tout ce qui est arrivé a paru plutôt une épreuve qu'une persécution. Tout le monde ne songeait qu'à s'enrichir, et sans se souvenir de ce que les fidèles faisaient du temps des apôtres , et qu'ils devraient toujours faire , ils se portaient d*une ardeur insatiable à accroître leurs biens. Le zèle de la religion et la pureté delà foi étaient éteints dans les prêtres et dans les ministres de l'Église. Il n'y avait plus de charité ni de règlement de mœurs parmi les chrétiens. Les hommes se peignaient h barbe et les cheveux, et les femmes se fardaient, et l'on corrompait ainsi l'ouvrage de Dieu. On usait de fraudes et d'artifices, et l'on tâchait de se surprendre l'un l'autre. On se mariait avec les infidèles , et l'on prostituait aux patens les membres de Jésus-Christ. Non-seulement on jurait sans raison , mais on se parjurait. On méprisait insolemment les prélats; on sVntre-déchîrait par des médisances, et Ion couvait l'un contre l'autre des haines mortelles et irréconciliables. Les évèques, qui doivent instruire les autres et leur montrer l'exemple, méprisaient l'administration des choses saintes pour se mêler des affaires séculières, et plusieurs, abandonnant leur chaire et leur peuple , couraient de province en province faire des trafics honteux. On n'assistait point les fidèles tpil étaient pauvres , et cependant on voulait toujours amasser ; on enlevait des héritages par fraude, et Ton mettait son argent à usure. Étant tels et coupables de si grands péchés , que né tbéritions-nous point de souffrir, surtout après les avertissemens que Dieu nous donne

dans l'Écriture, lorsqu'il dit : «S'ils abandonnent ma loi et ne marchent pas selon mes préceptes; s'ils profanent mes ordonnances et ne gardent pas mes commandemens , j'enverrai mes verges et mes fléaux sur eux pour les châtier 1?» Ces choses nous ont été prédites il y a long-temps , mais nous, oubliant les commandemens qui nous ont été faits, et n>n tenant aucun compte, nous avons obligé la justice de Dieu à employer des remèdes plus forts pour nous guérir et pour éprouver notre foi. Encore, si nous nous fussions convertis â Dieu quoique tard, et que nous eussions souffert constamment sescbâtimens et ses épreuves; mais aux premières menaces de l'ennemi , une grande partie de nos frères ont trahi leur foi , et sans attendre que l'effort de la persécution les renversât par terre, ils s'y sont jetés d^euxmèmes. Cependant qu'était-il arrivé de si extraordinaire et de si imprévu, pour violer ainsi légèrement le serment prêté à Jésus-Christ dans le baptême ? l^es prophètes et les apôtres, remplis du Saint-Esprit, n'ont-ils pas prédit toutes ces choses? N'ont-ils pas parlé des souffrances des justes et des persécutions des gentils? L'Écriture sainte, qui arme toujours notre foi et qui fortifie les serviteurs de Dieu par une voix puissante, ne dit-elle pas: «Vous adorerez le Seigneur votre Dieu , et ne servirez que lui seul ^P» Ne dit-elle pas encore,pour montrer la grandeur de la colère de Dieu , et nous avertir d'en redouter les effets : ails ont adoré ceux que leurs mains ont faits; ils se sont cour* bés et prosternés devant eux ; je ne leur pardonnerai point ce crime^?» Dieu dit encore en un autre endroit : a Celui qui .sacrifiera à d'autres dieux qu'au Seigneur sera mis à mort ^. » Et de même dans l'Évangile , Notre-Seigneor, qui a accompli par ses actions ce qu'il a enseigné par ses paroles , ne nous a-t-il pas avertis de tout ce qui se fait â cette heure , et qui se fera à Tavenir? N'a-t-il pas menacé de supplices éternels ceux qui le renieront, et promis de grandes récompenses à ceux qui confesseront son nom? Mais, hélas! toutes ces instructions se sont effacées de Fesprit de qudques-uns. ils n'ont pas seulement attendu

> Psaumes 88, 30. ~ * S. Uatb., 4, 10; Dout, 8» 13. »l8aïc,2,8. -«Exode, 22,20.

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qQ'on les interrogeât pour renoncer à Jésus- Christ , ni qu'on se saisit d'eux pour brûler de /'encens sur les autels. Plusieurs ont été Vaincus ayant le combat et terrassés avant le choc, et ils ne se sont pas seulement réservé cette excuse, d*avoir sacrièé aux idoles malgré eux. Ils ont coum d'eux-mêmes à la place publique. Ils se sont hâtés d'aller à la mort, comme s'ils eussent souhaité cela depuis longtemps, et qu'ils n*eussent attendu que l'occasion. Mais que dirai-je de ceux qui remis au lendemain par les magistrats à cause qu'il était tard, les ont priés de ne pas attendre plus longtemps, comme è1k Qu'eussent pu se perdre assez tôt? Peuventils aliégder qu'on leur a fait violence, puisque c*est plutôt eux qui l'ont faite? lorsqu'ils sont montés volontairement au Capitole ^, lorsqu'ils Se sont présentés de leur plein gré pour commettre Un sacrilège détestable, comment n'ont- Ds point trébuché? comment leurs yeux n'ontils point été troublés? comment leurs entrailles ne se sont-elles point renversées? comment ontils eii le courage de lever les bras? comment ne sont-ils point demeurés muets et interdits? tin serviteur de Dieu a-t-il bien eu l'assurance de demeurer là debout, de parler, de renoncer à Jésus-Christ , lui qui avait renoncé au diable et au monde? L'autel où il a offert de Tencens âtii dieux n'a-t-il pas été son bûcher, et ne le devait-il pas fuir comme le lieu de ses funérailles? Pourquoi y apportiez- vous une victime pour y sacrifier? n'étiez-vous pas vous-même la victime? Vous y avez immolé votre salut , votre espérance, voire foi. Plusieurs même ne se contentant pas de leur propre perte , ont exhorté les àatÉ*es à les imiter, et Jëur ont donné à bolrfe le (loison dont ils avaient bu les premiers. Et afin que rien ne manquât il Ténormité de ce ei^itlie, des enfans ont élé portés aux autels par leurs propres pères , et ont perdu la grâce qu'ils ne faisaient quasi que d'avoir reçue. N'aui*ont-ils pas sujet de dire au jour du jugement : oNous n'avons rieii fait. Nous n'avons point quitté le pain hi le breuvage du Séigiieur pour nous souiller de l'attouchement de viandes profanes. G est la perfidie d'autrui qui nous a perdus. Nos pères Ont été nos parricides. C'est eux qui nous ont été l'Église ptnir mè^é et Dieii pour père. Nous ne connaissions point la gran-

* De la ville de Cariha^fp.

SONT tOMBÉS.

3di

deur du crime qu'on nous faisait commettre , et nous ne sommes coupables que parce que d'autres le sont. r>

Mais ce qui est encore plus pitoyable, c'est qu'il n'y a point de prétexte pour excuser un si grand crime. Car dira-t-on qu'il eût fallu abandonner sa patrie et perdre son bien? Mais ne perdrons-nous pas l'un et l'autre en mourant ? C'était JésusTChrist qu'il fallait craindre de perdre , et les demeures éternelles qu'il noua a promises. Le Saint-Esprit crie par la bouche du prophète : a Retirez- vous, sortez de là , ne touchez point à ce qui est impur , sortez de ce lieu, éloignez-vous-en, vousqui portez les vases du Seigneur ^ Et aujourd'hui ceux qui sont les vases du Seigneur et le temple de Dieu, île veulent pas sortir et se retirer de peur qu'on ne les oblige à toucher à des choses impures et à se souiller de viandes abominables. On entend encore ailleurs une voix du ciel qui avertit les serviteurs de Dieu de ce qu'ils doivent faire, et qui dit: «Sortez de Babylone, mon p: uple , de peur que vous ne preniez part à ses crimes , et que vous ne soyez frappé des mêmes plaies qu'elle^.» Celui qui sort et se retire ne participe point au péché; mais celui qui en est trouvé complice en porte aussi la peine. C'est pour cela que Notre-Seigneur a enseigné de s'enfuir durant la persécution, et ne l'a p2ls seulement enseigné , mais l'a fait lui-même. Car comme la couronne du martyre est une grâce de Dieu qu'on ne peut recevoir que quand le temps est venu , quiconque demeurant fidèle à Jésus -Christ se retire, ne renie pas la foi, mais attend le temps; au lieu que celui qui ne s'étant pas retiré a renié Jésus-Christ , n'est demeuré que pour le renier. Ne dissimulons point la vérité, mes frères; ne cachons point la cause de nos maux. Un amour aveugle du bien en a perdu plusieurs, et ceux que leurs richesses tenaient comme enchaînés, n'ont pu être prêts pour se retirer. Ce sont les liens qui ont arrêté lés efforts de leur courage , ei qui les ont empêchés de prendre aucune résolution généreuse; de sorte qu'étant attachés aux choses de là lélf e, ils sont devenus la proie du serpent qiie bieû a condamné â maiiger Id téiri'e 3. Aiissî I^ôtrè- Seigneur qui, comihe un bbtl iftaltrè, iious donne toujours les avertisssemens nécessaires

^ Isaïe, 52, 11. — •Apoc, 18. — » Genèse, 3, 11.

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pour notre conduite : a Si vous voulez, dit-il, être parfait , allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; et puis venez et suivez-moi ^ Si les riches faisaient ainsi, leurs richesses ne les perdraient pas; s'ils mettaient leur trésor dans le ciel, leurs biens ne seraient pas leurs ennemis domestiques, et leur cœur serait avec leur trésor. Le monde n'aurait point de prise sur eux pour les vaincre, et ils suivraient leSeifj^neur libres et dégagés comme les apôtres, et comme plusieurs du temps des apôtres et depuis , qui ayant abandonné leurs biens et leurs parens , se sont étroitement unis à Jésus-Christ. Mais comment ceux-là pourraient-ils suivre Jésus-Christ qui sont liés par leur bien ? ou comment s'élè- Teraient-ils au ciel, étant retenus contre terre par le poids de leurs convoitises? Ils croient posséder leurs biens, et c'est leurs biens qui les possèdent, et ils ne sont pas les maîtres, mais les esclaves de leurs richesses. L'apôtre a marqué ce temps et ces personnes, lorsqu'il a dit : «Ceux qui voudront devenir riches tomberont dans la tentation et dans le piège, et en divers désirs inutiles et pernicieux qui précipitent les hommes dans la damnation et dans la mort ; car Tamour du bien est la racine de tous les maux ; et quelques-uns ayant été possédés de cette passion , ont fait naufrage dans la fbi et se sont engagés en une infinité de malheurs 2. 0 Mais quelles sont les récompenses que Notre- Seigneur nous propose pour nous porter au mépris de nos biens ? Comment nous promet-il de nous dédommager des pertes si légères que nous ferons ici-bas? a Personne, dit-il, ne quittera sa maison ou sa terre, ou son père, ou sa mère, ou ses frères, ou ses eûians pour le royaume de Dieu , qu'il n'en reçoive sept fois autant en ce monde, et la vie éternelle en l'autre ^.x> Puis donc que nous savons cela, et que nous ne saurions douter de la vérité des promesses dé Notre-Seigneur, tant s'en faut que nous devions craindre cette perte , que nous la devons désirer au contraire, puisc[ue le même Seigneur nous dit encore: a Vous serez bienheureux lorsque les hommes- vous persécuteront, vous sépareront, vous chasseront et vous maudiront comme des méchans à cause du Fils

« Mattb., 18» 21. - *l. Tim., 6, 9. - < S. Marc, 10, 29.

de l'homme. Réjouissez-vous en ce temp^li et soyez bien aises, car une grande récompense vous attend dans le ciel ^n — «Mais Ton menaçait, direz-vous, de tourmenter horriblement ceux qui refusaient de sacrifier.» Celui-là se peut plaindre des tourmens qui a été vaincu par les tourmens, et celui qui a cédé à la douleur se peut excuser sur la douleur. Une personne de la sorte peut demander qu*on lui pardonne, et dire : «J'ai voulu combattre vaillamment ; et me souvenant du serment que j'avais prêté, je me suis armé de zèle et de fbi ; mais la longueur et la diversité des supplices m'ont vaincu. Mon esprit est demeuré ferme, et ma fbi constante, et mon âme immobile a lutté longtemps contre la douleur. Mais lorsque la cruauté d'un juge barbare se redoublant , mon corps déjà lassé et affaibli a été encore déchiré par les fouets , meurtri de coups, étendu sur le chevalet, entamé par les ongles de fer, brûlé par les flammes, la chair m'a abandonné dans le combat , les sens ont été vaincus., et ce n'est pas Tesprit , mais le corps qui a succombé sous la douleur.» On peut pardonner plutôt à un homme qui se défîend de la sorte , et son malheur est digne de compassion. C'est ainsi que Dieu a pardonné autrefois à Castus et à Émilius, et qu'après avoir été vaincus au premier combat , il les rendit victorieux au second. D'abord ils cédèrent aux flammes ; mais ensuite les flammes leur cédèrent, et ils tirèrent du sujet de leur défiaite, la matière de leur triomphe. Ce n'était pas leurs larmes, mais leurs plaies qui priaient pour eux , et leur corps blessé et déchiré en cent endroits était une voix puissante qui demandait et arrachait leur grâce. Le sang qui coulait de leurs entrailles à demi brûlées , intercédait bien autrement pour eux que tous les pleurs < qu'ils eussent pu répandre. Mais maintenant quelles plaies peuvent montrer ceux qui ont été vaincus? quelles tortures de leurs membres? puisque la foi n'est pas tombée après avoir combattu , mais que la perfidie a prévenu le combat ; puisque la nécessité ne peut pas excuser le crime qu'on a commis lorsqu'on l'a conmiis volontairement.

Je ne dis pas cela pour exagérer la faute de nos frères, mais pour les porter davantage à

«Lac,6, U

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rier qo*on la leur pardonne et à en faire une sle satisfaction. Car puisqu'il est écrit : «Ceux ai vous disent heureux vous trompent et vous {arent^.» Celui qui flatte le pécheur lui donne latière de pécher, et au lieu d'arrêter ses îmcs il les fomente. Mais celui qui reprend m frère et lui donne des conseils généreux lui Bvre la porte du salut. «Ceux que j'aime, dit I Seigneur, je les reprends et les châtie ^.d De lème il fiiut qu'un prêtre de Dieu ne trompe as les chrétiens par une complaisance perniieose , mais les guérisse par des remèdes ihitaires. Un chirurgien qui n'ose toucher et onder une plaie est malhabile homme, et en ngmente la pourriture et la corruption. II la ànt Govrir , faire des incisions, couper les duirs, et guérir le mal d'une manière plus brte. Le malade a beau se plaindre et crier lorsqu'il souffre, il remerciera le médecin ipaiid il sera guéri. Car une nouvelle espèce de iDil s*est élevée parmi nous, mes très-chers ïères; et comme si la tempête de la persécuioQ n^avait pas causé assez de dé^sordres, pour omble de malheur une peste agréable et trom- «use s'est glissée parmi les fidèles sous le om spécieux de compassion et de miséricorde, ontre la vigueur de l'Ëvangile, contre la loi i Dieu et de Jésus-Christ , il se trouve des to$ assez téméraires pour accorder la paix et

commmiion à quelques personnes impruintes. Inutile et fausse paix, pernicieuse à nx qui la donnent, et infructueuse à ceux qui reçoivent! Ils ne donnent pas le temps aux ilades de guérir par une satisfaction véritable légitime. La pénitence est bannie du cœur s chrétiens, et on leur fait perdre le souvenir s crimes les plus énormes. On se contente

couvrir les plaies des mourans, et on dissiaie des blessures profondes et mortelles. Au tour des autels du diable ils approchent du iint du Seigneur, les mains encore toutes souiles des sacrifices des idoles. Ayant à peine di- M les viandes offertes aux faux dieux , et leur Miche publiant encore leur crime par l'odeur loeste qui en sort , ils viennent enlever le >rps du Sauveur malgré l'Écriture qui crie : îu'il n'y ait que ceux qui sont purs qui mantit de la chair du sacrifice de salut qui est

, 3, 12. - * Apoc., 3, 19.

SONT TOMBÉS

celui du Seigneur ; car quiconque ne mangera étant impur, périra du milieu du peuple ^o L'apôtre déclare encore : « Qu'on ne saurait boire le calice du Seigneur et le calice des démons , ni manger à la table du Seigneur et à la table des démons 3.0 Et il menace les rebelles et les opiniâtres, quand il dit : «Quiconque mangera le pain on boira le calice du Seigneur indignement , sera coupable de la profanation de son corps et de son sang. »

An mépris de toutes ces paroles divines , on fait violence au^ corps et au sang de Jésus- Christ ; et ils l'offensent par là davantage que lorsqu'ils l'ont renié. Avant que d'avoir expié et confessé publiquement leur crime, avant que leur conscience ait été purifiée par le sacrifice et Timposition des mains de l'évêque , avant qu'ils aient apaisé un Dieu irrité qui les me* nace , ils croient que la paix que quelques-uns se vantent faussement de leur donner est une véritable paix. Ce n'est pas une paix mais une guerre , et celui qui se sépare de l'Ëvangile, ne peut être joint à l'Église. Pourquoi appellentils bienfait une injure? Pourquoi nomment-ils douceur une cruauté ? Pourquoi paraissent-ils communiqiier avec ceux qui devraient pleurer et prier sans relâche, après leur avoir ravi les larmes de la pénitence ? Ils sont à ces pécheurs ce qu'est la grêle aux fruits , une constellation maligne aux arbres , la peste aux troupeaux , et la tempête aux navires. Ils leur ôtent ce qui seul les pourrait consoler, l'espérance. Ils coupent l'arbre par la racine. Ils les empoisonnent par des paroles mortelles. Ils brisent leur vais seau contre des écucils pour les empêcher d'arriver au port. Cette facilité ne donne pas la paix, mais la ravit ; ne remet pas dans la communion de rÉglise, mais ferme la porte du salut. C'est là une nouvelle persécution; c'est une nouvelle tentation dont l'ennemi se sert pour achever de perdre ceux qui sont tombés , pour faire cesser leurs regrets, pour charmer leur douleur, pour leur faire perdre le souvenir de leur crime , pour arrêter leurs soupirs , pour sécher leurs larmes, et pour empêcher qu'après avoir cruellement offensé Dieu ils ne le fléchissent par une longue et pleine satisfaction. Cependant il est écrit : a Souvenez-vous d'où vous

« Uvit, 7, 20. - « L Cor., 10, 21. - » 1. Cor, U , 27.

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pas encore venu. Dieu en châtie quelques-uns dès cette heure , afin que les autres deviennent saf^es, et que le supph'ce de peu de personnes soit un exemple pour tous. L'un de ceux qui étaient volontairement montés au Capilole pour renier Jésus-Christ , devint muet aussitôt après ravoir renié. Sa langue qui avait servi dlnslrument à son crime fut le sujet de sa peine, et il ne s'en put plus servir pour demander à Dieu miséricorde. Une femme étant dans le bain (car il ne manquait plus que cela à son crime de se baigner , après avoir perdu la grâce du bain salutaire) devint possédée de Tesprit immonde , qui Tagita de telle sorte , qu'elle tomba , se coupa avec les dents la langue dont elle s'était servie pour manger des viandes détestables ou pour prononcer des paroles sacrilèges, et mourut quelque temps après dans les douleurs d*une colique effroyable. Mais écoutez une chose qui est arrivée en ma présence et dont je suis témoin. Un père et une mère s*enfuyant en bâte et en désordre , laissèrent chez eux une petite fille qui était encore à la mamelle, et que sa nourrice porta aux magistrats, qui lui donnèrent du pain trempé dans du vin , le reste du sacrifice des apostats, parce qu'elle était encore trop petite pour manger de la viande. Quelque temps après sa nourrice la remit entre les mains de sa mère. Mais cette enfant ne put non plus déclarer ce qui s'était passé , comme elle ne l'avait pu comprendre ni empêcher; de sorte que sa mère n'en sachant rien l'apporta avec elle comme nous sacrifiions. Mais la petite fille se trouvante dans l'assemblée des saints , ne put supporter notre prière, et pleurant et se tourmentant comme si on lui eût donné la question , témoignait ce qui lui était arrivé par tous les signes qu'elle pouvait donner en un âge si tendre. Mais quand les cérémonies furent achevées , et que le diacre lui présenta le calice à son tour, alors poussée d'un instinct que Dieu lui donna , elle se mit à tourner la tête , serrer les lèvres , et rejeter le calice. Le diacre néanmoins persista, et lai en fit boire de force ; mais aussitôt le cœur lui souleva et elle vomit. L'eucharistie ne put demeurer dans un corps et une bouche infectée. Le breuvage, sanctifié dans le sang du Seigneur, sortit des entrailles qui étaient souillées , tant la puissance et la majesté de Dieu est grande. Sa lumière découvrit ce qui était caché dans les

ténèbres , et un crime secret ne put tromper un ministre de Dieu. Voilà ce qui arriva à cette petite fille qui était encore trop jeune pour pouvoir déclarer le crime qu'on avait commis en elle. Mais une autre plus âgée qui avait commis le même crime , s'étant présentée pour recevoir l'eucharistie , ce ne fut pas pour elle une nourriture , mais une épée et un poison qui lui ôta la vie ; car le sang du Seigneur demeura entre son gosier et son estomac , si bien qu*il l'étouffait. Et ainsi , opprimée par son crime et non par la persécution, après plusieurs tremblemens et convulsions , elle tomba morte sur la place. Le crime qu'elle avait di.ssimulé ne demeura pas longtemps caché ni impuni; et celle qui avait trompé les hommes sentit les effets de la vengeance de Dieu. Une autre femme ayant ouvert avec des mains impures l'armoire où elle avait mis le saint du Seigneur, il en sortit une flamme qui l'empêcha d'y toucher; et un homme souillé du même crime ayant eu la hardiesse , après la célébration du sacrifice , d'en prendre sa part avec les autres, ne put manger ni manier le saint du Seigneur , et trouva qu'il n'avait que de la cendre dans la main. Cet exemple Âiit voir que Notre-Seigneur se retire quand on le renonce , et que ce qu'on reçoit du prêtre est inutile pour le salut, lorsqu'on le reçoit indignement , puisque la grâce salutaire est changée en cendres , la sainteté se retirant. Combien en voyons-nous tous les jours qui, ne faisant point pénitence de ce crime et ne le confessant point, sont possédés par les démons ? Combien y en a-t-il qui perdent l'esprit et deviennent furieux? Il n'est point besoin de rapporter en particulier tous ces accidens funestes. La diversité des châtimens qui se font de ce crime par tonte la terre , est aussi grande que le nombre des coupables. Que chacun considère non ce que les autres ont souffert , mais ce que lui-même mérite de souffrir, et qu'il ne se croie pas en sûreté parcequeson supplice est diffôré, mais qu'il croie au contraire que la vengeance de Dieu est d'autant plus grande qu'elle vient plus tard; et que ceux qui â la vérité n'ont pas souillé leurs mains par des sacrifices détestables , mais qui ont souillé leur conscience par des billets , ne se flattent point comme s'ils n'avaient pas besoin de foire pénitence. Cette protestation qu'on y a foite est d'un homme qui renonce au cbrtstîa-

DE CEUX QUI

.. Cest la déclaration d'un chrétien qui se désavoue pour ce qu'il est. G*est avoir commis na crime que de confesser qu'on Ta commis ; et pwqn'il est écrit «qu'on ne peut servir deux nattrcs^,» il n'a pas servi Dieu puisqu'il a servi on homme , puisqu'il a obéi à ses édits , puisqu'il a exécuté ses commandemens. Je veux que 9011 crime paraisse moindre et moins honteux aux yeux des hommes , mais peut-il éviter le ji^ement de Dieu ? puisque le Saint-Esprit dit' dans les psaumes : a Vos yeux ont vu ce quH Y 3 d'imparfait en moi , et tous les liommes seront écrits dans votre livre ^.» Et encore, c Lliomme voit le visage , mais Dieu voit le OBor '. » Notre-Seigneur dit aussi : < Toutes les figlises sauront que je pénètre le fond des oMrs^.»!! découvre les dioses les plus cachées, et personne ne se saurait dérober à ses yeux. c Je suis , dit-il , un Dieu proche et non pas un Dieu éloigné. Pensez-vous que si un homme se cadie dans un lieu obscur , je ne le verrai pas ? Ne remplis-je pas le ciel et la terre ^ » Il voit à DU le cœur et les desseins qui sont encore enfermés dans ses replis , et il ne nous jugera pas sediemeot sur nos actions , mais aussi sur nos paroles et sur nos pensées. Mais combien la foi et la crainte de ceux-là est-elle plus louable qui, bien cpi'ils n aient ni sacrifié ni donné des billets , néanmoins , parce qu'ils en ont eu la pen* sée, viennent s'en confesser simplement et avec douleur aux prêtres dé Dieu , découvrent le secret de leur conscience , mettent leur esprit en repos, et cherchent un remède salutaire à leurs Uessures quoique légères, parce qu'ils savent qu'il est écrit « qu'on ne se moque point deDieu^. » On ne peut se moquer de Dieu ni le tromper ; et j'ose dire même que celui-là est plus coupable , qui traitant Dieu comme un homme, pense que son crime demeurera impuni , ()arce qu'il ne l'a pas commis publiquement. Jésus-Christ dit : « Celui qui aura honte de moi , le Fils de l'homme aura honte de lui ? ;» et Ton s'imagine être ciirétien lorsqu'on craint ou qu'on a honte de paraître tel ! Comment celui-là peut-il être avec Jésus^hrist, qui craint ou rougit d'appartenir à Jésus-Christ ? Je veux qu'il soit moins coupable en ce qu'il ne s'est point présenté

SONT TOMBES

, >Matlb.,9,21.

* Apoc., 2, 23.

' Marc, 3,38.

«Psaumes 118,115. — ' Rois, 16, 7.

* Jérémic, 23, 23. - • Galat., 6, 7.

devant les idoles , en ce qu*il n'a point proftmé la sainteté de la foi aux yeux d'un peuple qui s'en moque , en ce qu'il n'a point souillé ses mains ni sa bouche par des sacrifices funestes et des viandes criminelles. Cela peut rendre sa faute moindre , mais cela ne le peut pas rendre innocent. Gela lui peut faire obtenir plus aisément le pardon de son crime , miis cela ne le peut pas exempter de crime. Qu'il ne cesse donc de fiiire pénitence et d'implorer la miséricorde de Dieu, de crainte que ce qui manque à la qualité de son crime ne soit suppléé par sa négligence à y satisfaire.

Que chacun donc, mes très-chers frères, coufesse sa foute, pendant que celui qui a fiaiilli est encore au monde , pendant qu'on peut recevoir sa confession, pendant que sa satisfiiction et la rémission qui lui est donnée par les prêtres peut être agréable à Dieu. Convertissons-nous à Dieu de tout notre cœur; et témoignant par un véritable regret que nous nous repentons sincèrement de notre crime, tâchons d'attirer sur nous sa miséricorde. Que l'âme s'humilie devant lui, qu'elle le satisfasse par une vive douleur, et qu'elle mette toute son espérance en sa bonté. Lui-même nous apprend comment nous le devons prier, lorsqu'il dit : «Retournez à moi de tout votre cœur par les jeûnes, par les larmes, et par les soupirs, et déchirez vos cœurs et non vos vètemens ^» Retournons donc à Dieu de tout notre cœur, et tâchons de Tapaiser par nos jeûnes, nos gémissemens et nos larmes , comme lui-même nous avertit de le faire. Peut-on croire que celui-là s'afflige de tout son cœur , et qu'il implore la clémence de Dieu par des jeûnes , des soupirs et des larmes , qui du jour qu'il a commis le crime n'a cessé de prendre le bain tous les jours , de se traiter tous les jours splendidement , de s'emplir de vin et de viande avec excès sans faire la moindre part de ses biens aux pauvres? Comment celui-là pleure-t-il sa mort qui porte toujours de la gaieté sur son visage? 11 est écrit: «Vous ne couperez point votre barbe*;» et lui pince la sienne et se farde ; et il tâche de plaire aux hommes, tandis qu'il déplaît à Dieu. Cette femme-là gémit-elle, qui peut bien songeràse vêtir superbement, et qui ne songe point qu'elle a perdu Jésus - Christ dont elle était

Moei,2. 12. -« LévU., 16.

SAINT CYPRIEN

DES BONNES OEUVRES ET DES AUMONES

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