ÉCRIT EN
r Les grâces que nous avons reçues de Dieu et de Jésus-Christ sont grandes, mes trës-chers frères ; car le Père éternel a envoyé son Fils pour nous racheter et nous redonner la vie; et le Fils de Dieu a bien voulu devenir enfant de rhoinme pour nous faire enfans de Dieu. Il s'est humilié afin de nous relever lorsque nous étions couchés par terre. Il a été couvert de plaies afin de guérir les nôtres. Il s'est fait esclave pour nous tirer de Tesclavage. 11 a souffert la mort pour nous donner l'immortalité. Ces faveurs sont grandes et signalées. Mais quelle est ceUe bonté par laquelle ne se contentant pas d'avoir racheté Thomme, il lui donne encore les moyens de se sauver? Car Notre-Seigneur ayant guéri en venant au monde les blessures d'Adam , et les morsures du serpent notre ancien ennemi , il donna une loi à l'homme ainsi guéri, et lui commanda de ne plus pécher de peur qu'il ne lui arrivât quelque plus grande disgrâce ^ Ce commandement, d'un côté, nous liait et nous obligeait de conserver noire innocence recouvrée; mais notre faiblesse, de l'autre, nous en rendait incapables, si la bonté de Dieu venant encore à notre secours ne nous eût ouvert un moyen pour le faire, en nous montrant les oeuvres de justice et de miséricorde , pour purifier par là toutes les souillures que nous pouvions contracter ensuite. C'est ce que le Saint- Esprit témoigne dans l'Écriture : «Les péchés, dit-il, sont lavés par la foi et par les aumônes 3. » Ce qui ne se doit pas entendre des péchés contractés avant le baptême, car ceux-là ont été effacés par le sang de Jésus-Christ. L'Écriture dit encore : a Comme Teau éteint le feu ainsi l'aumône efface les péchés 3. «Cest-à-dire que comme l'eau du baptême éteint le feu de l'enfer, les aumônes et les bonnes œuvres servent à
« Jean , 5, 14. - • Prov., 15, 27. ~ » Ecclésiatt., 3, 33.
remettre les péchés; et que comme nous en avons une fois obtenu le pardon dans le baptême , la pratique continuelle des œuvres de miséricorde renouvelle en queUiue sorte la vertu de ce sacrement , et nous fait encore obtenir la même grâce. C'est ce que Noire-Seigneur nous Oiseigne dans l'Évangile. Car comme on reprenait ses disciples de ce qu'ils mangeaient avant que d'avoir lavé leurs mains, il répondit : «Celui qui a fait dedans a fait aussi dehors; mais donnez l'aumône et- toutes choses seront pures pour vous ^» Par où il fait voir que ce n'est pas les mains, mais le cœur qu'il faut nei loyer; et que l'on doit avoir plus de soin de purifier les taches du dedans que du dehors, parce que l'esprit ne saurait être pur que le corps ne le soit aussi. Mais il ajoute en même temps que le moyen de nous purifier, c'est de faire l'aumône. Un Dieu miséricordieux enseigne à faire miséricorde; et songeant à conserver ceux qui lui ont coûté si cher à racheter, il leur apprend comment ils peuvent se laver des fautes qu'ils commettent après le baptême. Reconnaissons donc, mes très-chers frères, la grandeur de ce bienfait, et puisque nous ne nous saurions empêcher de recevoir ici quelques blessures, employons au moins ces remèdes pour les guérir. Et que personne ne se repose tellement sur son innocence, qu'il s'imagine n'en avoir point besoin. Il est écrit : a Qui osera se glorifier d'avoir le cœur chaste, ou d'être exempt dépêché^?» Et saint Jean, dans son éptlre: « Si nous disons que nous sommes sans péché , nous nous trompons nous-mème, et la vérité n'est point en nous ; mais si nous confessons nos péchés, le Seigneur est fidèle et juste, et il nous les pardonnera'.» Si donc personne n'est exempt de péché, et que ce soit un orgueil ou
* Luc, 11 , 40. - • ProT., 20, 9. - » 1. JeaD, I, «.
DES BONNES OEUVRES ET DES AUMONES
une folie de le prétendre, ne devons-nous pas bien remercier Dieu de nous avoir fourni des moyens pour nous en purifier? Car il n'a jamais cessé dans les Écritures saintes , tant anciennes que nouvelles, d'exciter son peuple aux (euvres de miséricorde , et le Saint-Esprit y commande partout à ceux qui aspirent au royaume du ciel de faire des aumônes : a Criez de toutes vos forces, dit-il à Isaîe, et ne vous y épargnez point. Faites retentir votre voix comme une trompette, et prêchez hautement à mon peuple ses péchés, et à la maison de Jacob ses crimes ^ » Et après leur avoir reproché leurs péchés et leurs abominations, et déclaré qu'ils avaient beau prier, jeûner, se coucher dans la cendre et dans le cilice , que tout cela n apaiserait point la colère de Dieu, il leur Fjit entendre pourtant à la fin qu'ils le pourraient fléchir par leurs aumônes : « Faites part de voire pain, ajoute-t-il, à celui qui a- faim, et recevez chez vous les pauvres qui n'ont point de retraite, tiabillez ceux qui sont nus, et ne méprisez point ceux de votre nation; et alors votre lumière éclatera tout d'un coup comme celle de l'aurore, et vous serez paré de riches ornemens, la justice marchera devant vous , et une splendeur divine vous environnera : alors , vous n'invoquerez pas plutôt le Seigneur qu'il vous exaucera , et vous parlerez encore, qu'il dira : Me voici ^ ! » Dieu lui-même nous enseigne les moyens de Tapaiser, qui sont les aumônes. C'est ce qui feit dire à Salomon : « Mettez votre aumône dans le sein du pauvre, et elle vous obtiendra de vous délivrer de tout mal 3. » Et encore : « Celui qui se bouche les oreilles pour ne point ouïr les cris du pauvre criera lui-même à Dieu, et ne sera point écouté^. » Car celui-là se rend indigne de la miséricorde de Dieu, qui ne fait pas miséricorde; et il se ferme la porte de sa bonté, parce qu1l ferme son cœur aux prières des misérables. Le Saint-Esprit témoigne encore la même chose dans les psaumes : a Bienheureux, dit-il , celui qui pense aux besoins du pauvre et de l'indigent , le Seigneur le délivrera dans le mauvais jour^.» Daniel se souvenait de ces préceptes lorsque le roi Nabuchodonosor étant effrayé d'un mauvais songe, il lui donna ce remède pour détourner les malheurs dont il le mena-
« Itaïe, 58, 1. — • Ibid.,1. — • Eccléf., 29, 15, *ProY.,2l,l-»P».40, 1.
; çait: a Que Votre Msyesté, dit-il, suive mon j conseil : rachetez vos péchés par des aumônes, I et vos injustices par des actions de charité, et Dieu vous pardonnera vos offenses ^ » A quoi ce , roi n'ayant pns voulu obéir, il tomba dans les calamités que son songe lui présageait, et qu'il aurait pu éviter s'il eôt racheté ses péchés par des aumônes. L'ange Raphaël dans Tobie confirme aussi la même chose , et exhorte à faire l'aumône gaiement et libéralement : a La prière, dit-il, est bonne avec le jeûne et l'aumône , parce que l'aumône délivre de la mort et efface les péchés 2. » Il témoigne par là que nos oraisons sont moins puissantes lorsqu'elles ne sont pas aidées des aumônes. Il nous apprend que ce sont les aumônes qui rendent nos prières efficaces , qui nous garantissent des dangers, qui délivrent nos âmes de la mort. Ce que vous ne devez pas considérer, mes très-chers frères , comme une explication que je donne de moimême aux paroles de l'ange , puisque les Actes des apôtres rapportent^ une histoire qui justifie qiiè l'aumône ne délivre pas seulement de la seconde mort de Fâme, mais aussi de la première. Car une femme nommée Tabiihe qui s'adonnait à faire des aumônes et de bonnes œuvres étant morte, on alla aussitôt quérir saint Pierre, qui, rempli d'une charité apostolique, vint sans différer. Les veuves l'environnèrent en pleurant, et lui montrèrent les robes et les habits que la défunte leur avait donnés , ses actions priant pour elle plutôt que leurs paroles. Saint Pierre crut qu'on pourrait obtenir ce qu'on demandait de la sorte, et que Jésus- Christ ne manquerait pas d'exauct r des veuves en la personne desquelles lui-même avait été vêtu. S'étant donc mis â genoux, et ce puissant intercesseur ayant offert au Seigneur les prières des veuves et des pauvres, il se tourna vers le corps qu'on avait déjà lavé et étendu sur un ais, et dit : «Tabithe, levez-vous au nom de Jésus- Christ^;» et celui qui avait dit dans l'Évangile' qu'on obtiendrait tout ce qu'on demanderait à Dieu en son nom , ne manqua pas à saint Pierre en cette rencontre et l'exauça sur-le-champ. Aibsi la mort fut arrêtée, et Tàme retourna dans ce saint corps au grand étonnement de tout le monde, tant les œuvres de charité sont puis-
« Daniel , 4, 24 > Actes , 9, 36.
— «Tobic, 12,18.
- « Ibid., 9, 40. — » Jean, 14, 13.
santés; et celle qui avait hit vivre ces pauvres yeuvM par ses libéiiaUtito recouvra la vie par le moyen de leurs prières. Aussi voyons-nous que fiifotre-Seigneur qui ne vivifia pas s^uteœent les fidèles, mais qui leur donne encore des pn^ çept^ pour les f^we yivr^ éterneHen^ent, n% flOfM f€fEoaii»ande rien tant dans l'Ëvangile que de fîiire Taumûne , et de songer plutôt è anoasser dei trésors dans le ciel q«ie sur la terre ; oV^eg^ dit*il, votre bien, et dopnea Taur mAne^i» Et aiUeur§ : tNe vous laites point de trésors sur la tare , où les yen et la rouille les mangent , et où les vplenrs les déterrent et les dérobent \ mais faites-vous des trésors dans le ciel , pu les vers ni la rouille ne les mangent point, et où il n'y a point de voleurs qui les déterrent et les dérobent : car votre oonir sera ei aéra votre trésor^.» Et voulant montrer en quoi consiste la perfection , lorsqu'on a acompli tous les préceptes de la loi : « Si vous voulei être parfait, dit-il, pdlez, vendez tout ce que vous avea et le donnez aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel , et puis venez et me suivez'. 9 W dit encore en un autre endroit , que ce(ui qui veut aquérir la grâce et le salut, doit acheter de tout son bien la vie éternelle, qui est cette pierre précieuse que le sang de Jésus- Gtirist a rendue de si haut pirix. « Le royaume dea cieux, dit-il , est semblable à un marchand qui cherche des pierreries, et qui en ayant trouvé une de grand prix , va vendre tout ce qtfil a et t'achète^.» Enfin il appelle enfans d* Abraham ceux qui s'emploient à aider et à nourrir les pauvrea ; car oomme Zacbée lui eut dit : fl Je donne dès maintenant la moitié de mon bien aux pauvres, et si j'ai fait tort à quelqu'un, Je lui ei| veux rendre quatre fois autant ; » Jésus 2 «Grâfce a été fiaite aujourd'hui à cette maison, parce que cehii-ci est aussi enFant d*Abrabam *• » En effet , si Abraham a été réputé juate à eause qu'il a oru Dieu , celui qui fait Faumàne pour accomplir le commandement de Dieu croit auasi Di^, le craint, et Ta en vue quand il assiste If s pfiuvres. Car il ne les assiste que parce qu'il croit et qu'il sait que TËcriture sainte ne peut mentir IcN^u'elle dit^ : que les arbrea stériles, c'est-à-dire les hommes qui ne font point de bonnes oravres, seront jetîts an
* Luc. 12, 33. ^ » MatUi., «,19. — • Ibid., 19, 21. < Md., la, 4S. - * laie, 19, «. — * Rome, 4, 3.
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feu, et que les personnes charitables seront appelées au royaiime^ Aussi Notre-Seigueur appelle fidèles ceqx qui font de bonnes oeuvres , et 6te toute confiancie en ceux qpi n'en font point : « Si vous n'avez pas été fidèles daps la dispensation des faussfBS richesses, qui vous coiïfiera les véritables P Et si vous n'avez pas été bons économes d i|n bien étranger, qui vous dpnnieira la disposition du v(Hre<^P»
Mais VfMis appréhendez peuti^tre qu'en assis* tant ^insi les pauyres vôtre bien pe sépuise, et qqe vous ne tom()iez vofis-mème ensuite dans la pauvrfsté. N ayez point de peur que cd^ arrive, et mette^*ypus en repps de ce cùlé-là. 1^ richesses pe s*épuissen.t peiot lofaqu'oii s'en sert pour Jésué-Christ , Iprsqu'on les emploie en des ouvres dM ciel. Et ce n'est pas pnoi qui vous le promets et yous en assuré, c'est r£çriture sainte, c'est Dieu mèn^e : «Celui qui s^ eourt les pauvres, dit le Saint-Esprit par la bouche de Salomon, ne manquera jamais; mais celui qui détourne les yeux de dessus eux sera réduit à une extremis pauvreté ^.» Le bienheu? reux apOtre saint Pau) de mèoae , plein de |a grâce du Saint-Esprit dit : «Celui qqi fournit la semence à celui qu| sème vous donnera ce dont vous aviez besoin pour vivre, mtiltipliera la se* mence de yos charités, et augmentera le fruit de votre justice afin que vous soyez riches en tout ^. 9 Et encore : «Ces aumônes qe soulageront pas seulement les nécessités des fidèles, mais produiroq^ labondance, à cause du grand nombre d'actions de grâces qu*on en rend à Dieu ^. » Car les actipns de grâces que les pauvres lui rendent pour les aumônes que nous leur faisons, attirent sa bénédiction sqr nos biens el les font croître. Aussi c'est pour ces sortes ât personnes injcrédules que Noire-Seigneur dit flans r évangile : «Ne vous inquiétez point, disant : Où trouverqnsnoMS à boire et à manger, et de quoi nous vêtir ? Car les gentils se mettent aussi en peine de tout cela ; mais votre père sait yos besoins. Cherchez donc preaiièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données ^.d 11 dit que toutes choses seront données à ceux qui cherchent le royaume et la justice de Dieu; car pour le
« Matlb., 3, 10. — • /bid., 5 , 7. — » Luc, 16-, 1 1 . * Prof., 29, 27.-» H. Cpr., 9, Ip. ^ • II. |>>r., 9. 12. 'MaïUi., 6, 31.
bES BONNES OEUVRES ET DES AUMONES.
royanme, il assure ailleurs qu'il est acquis pour le jour du jugement à ceux qui font de bonnes enivres dans TÉglise i. Vous appréhendez qot votre revenu ne vienne à manquer si vous es assiste! libéralement les pauvres; et vous ne aavei pu, misérable que vous êtes, que tandis qtte vciBS craignez que votre bien ne vous manqm^ la vie et le salut vous manquent en effet Vous prenez bien garde que vos richesses ne diminuent, et vous ne considérez pas que vous diminuez vous-même, parce que vous aimet nieol votre argent que votre àme. Vous avez penr de perdre votre patrimoine , et vous vous perdlsz vous-même pour votre patrimoine. Cest dooe avec grande raison que fapôtre saint Paul dit : cNous n*avons rien apporté en ce monde, et nous n'en saurions non plus rien emporter. Pburva donc que nous ayons de quoi vivre et nona vêtir^ soyons contens; car ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans les pièges du diable, et sont possédés de beaucoup de mauvais désirs qui précipitent les hommes dans la mort et la damnation. Car Tavariee est la racine de tous maux , et quelquesuns ffj étant laissés aller ont Fait naufrage dans la foi , et se sont engagés dans une infinité de malheurs *. » Vous appréhendez que votre bien ne vous manque si vous en faites beaucoup d'aumônes ; mais quand est-ce qu'un homme de bien a jamais manqué de quoi vivre? puisqu'il est écrit : a Le Seigneur ne laissera point mourir le juste de faim ^. b Ëlie est nourri par les corbeaux dans le désert^; et Daniel, enfermé par l'ordre du roi dans la fosse aux lions, y subsiste miraculeusement^; et vous craignez en faisant de bonnes œuvres et vous rendant Dieu favorable de manquer du nécessaire? Notre-Seigneur feisant reproche à ceux qui n'ont guère de foi : «Regardez, dit-il, les oiseaux du ciel ! ils tie sèment, ni ne moissonnent, ni n'amassent dans des greniers; et cependant votre Père céleste les nourrit : n'êtes -vous pas plus qu'eux*?» Dieu nourrit les oiseaux, et des gens qui n'ont aucun sentiment de la Divinité ne manquent de rien ; et vous qui êtes chrétieu, qui êtes serviteur de Dieu , qui vous employez à faire de bonnes œuvres , qui êtes cher à votre Seigneur, vous avez peur de manquer de quel-
* Mauh., 25, 36. — « 1. TIm., 6. 7. » Pror., 10 , 3.
* 111. RoU , 17, 6. -. > Daoiel , 14, 30. — • Mattb., 6, 20.
que chose? Croyez- vous que Jésus-Christ ne nourrisse pas ceux qui le nourrissent , ou que les choses de la terre puissent manquer à ceùt à qui l'on donne teême celles du ciel? N'est-ee pas là une pensée infidèle? Ce sentiment n'estil pas impie et sacrilège? Que fait un incrédule dans la maison de la foi? Pourquoi vous appelle^ t-on chrétien, si vous n'avez aucune eonfianee en Jésus-Christ? Le nom de pharisien veut conviendrait mieux. Car Notre-Seigneur dans l'Évangile parlant de l'aumône, et nous avertissant de nous faire des biens d'ici-bas des amii qui nous reçoivent dans les demeures éter* nelles, rÉvangélisie ajoute : a Les pharisiens qui étaient extrêmement avares entendaient toutes ces choses, et se moquaient de lui ^i Nous en voyons aujourd'hui dans rÉgfise quelques-uns comme cela qui ont les oreilles et le cœur fermés, si bien qu'ils ne sont capables d'alh cun avis salutaire. Et il ne se faut pas étonner que ces sortes de personnes méprisent ce qW disent les serviteurs, puisqu'ils n*ont tend compte de ce qu'a dit le maître même. Pourquoi vous flatter de ces vaines imaginations, comme si en effet c'était la crainte dé manquer qui vous empêchât d'être charitable ? Pourquoi tâchez-vous de vous couvrir de ces faux prétextes? Avouez plutôt la vérité, et puisque vous ne sauriez tromper ceux qui vous connaissent, ne faites point difficulté de dire ce qui en est. N'est-il pas vrai que c'est l'avarice qui vous obsède, et qu'elle a répandu dans votre cœur des ténèbres épaisses qui vous empêchent de voir la lumière de la vérité? Vous êtes esclave de votre argent. La convoitise vous lie et vous garrotte, et vous êtes retombé dans la captivité d'ofi Jésus-Christ voils avait dégagé. Vous gardez des richesses qui ne vous gardent point. Vous amassez des trésors qui ne font que vous charger ; et vous ne vous souvenez point de ce que Dieu dit à ce riche qui se réjouissait déjà dàtis l'espérance d'une abondante récolte : « Foh que tu es, on te redemandera ton âme cette nuit, et que deviendra tout ce que tu as amassé ^7» Pourquoi veillez-vous auprès de votre bien sans vous donner aucun repos? Pourquoi en l'augmentant augmentez-vous vos peines? Pourquoi voulez-vous devenir si riche pour en être plue pauvre devant Dieu? Partagez votre revenu * Luc, te, 14. — •/&«.,«, 20.
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avec Notre-Seigneur. Associez Jésus-Christ à vos biens, afin qu'il vous associe à son royaume. Qui que vous soyez qui pensez être riche en ce monde, vous vous trompez. Écoulez ce que votre Seigneur dit dans l'Apocalypse à ces sorles de, personnes : «Vous dites : je suis riche et opulent, et je n'ai besoin de rien; et vous ne savez pas que vous êtes chétif et misérable, pauvre, aveugle et nu. Je vous conseille d acheter de moi de Tor élincelant pour vous enrichir, de vous couvrir d*une robe blanche pour cacher la honte de votre nudité, et d'appliquer un collyre sur vos yeux pour voir clair ^» Vous donc qui êtes riches, achetez de Jésus-Christ cet or étincelant afin que, vos souillures étant purifiées par les aumônes comme par le feu, vous puissiez être vous-même de For très-pur. Achetez une robe blanche, afin qu'au Iteu que vous étiez nu et difforme en Adam , vous soyez revêtu des ornemens éclatans de Jésus -Christ. Et vous, dame de condition qui êtes dans l'Éjylise , frottez vos yeux non des pommades du diable, mais du collyre salutaire de Jésus-Christ , afin que vous puissiez mériter de voir Dieu , en vous le rendant favorable par vos aumônes et votre l)onne conduite. Mais je ne m'élonne pas qu'étant telle que vous êtes , vous ne vous servez pas de voire bien à des œuvres de charité. Vos yeux sont tellement peints et noircis que cela forme comme une nuit épaisse au devant d'eux qui les empêche de voir les pauvres. Vous êtes riche, et cependant vous croyez célébrer comme il faut les divins mystères en ne regardant pas seulement le tronc, en venante l'église sans sacrifice , et en prenant même une partie de celui que le pauvre a offert. Considérez cette uve de TÉvangile qui, se souvenant des commandemens de Dieu au milieu de la dernière pauvreté, mit dans le tronc deux deniers, qui étaient toutcequ elle avait. Aussi Notre-Seigneur la voyant, et prenant moins garde à son action qu'à sa volonté, et à la somme qu'elle donnait qu'à celle d où elle tirait ce qu'elle donnait, dit : a En vérilé je vous dis que cette veuve a donné plus que tous les autres; car les autres n'ont donné que de leur abondance, au lieu que celleci a donné de son indigence même 2. » Femme heureuse et illustre, d'avoir mérité avant le jour
> Apor.,3, 17. — •Luc, 21,8.
du jugement d'être louée de son juge ! Que les riches aient honte de leur avarice et de leur peu de foi ; voici une veuve et une pauvre veuve qui est libérale. Tout ce que Ton donne c'est pour les veuves et pour les orphelins, et en voilà une qui donne au lieu de recevoir; pour nous apprendre quelles peines sont préparée s aux riches^avares, pui.sque les pauvres mêmes ne sont pas exempts de faire l'aumône. Et pour montrer que c'est à Dieu même que ces charités sont faites , et que quiconque les fait attire sa grâce et en mérite récompense, Jésus-Christ les appelle des dons de Dieu, et dit que cette veuve mit deux deniers dans les dons de Dieu. Ce qui ne sert encore qu'à justifier davantage cette autre parole, que «celui qui secourt le pauvre prêle à Dieu à usure ^» Au reste, mes très-chers frères, que personne ne s'excuse de faire l'aumône sur ce qu'il a des enfans, puisque c'est Jésus-Christ seul que nous y devons considérer, comme nous ayant assuré que c'est lui qui la reçoit, et qu'ainsi ce n est pas des serviteurs comme nous que nous préférons à nos enfans, mais Noire-Seigneur lui-même^. Cest aussi ce qui lui a fait dire pour notre instruction : «Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n est pas digne de moi , et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas non plus digne de moi \r> Nous lisons la même chose dansleDeuléronome pour fortifier notre foi et animer notre amour. «Ceux qui disent à leur père et à leur mère : Je ne vous connais point , et à leurs enfans : Je ne sais qui vous êtes, gardent vos préceptes et vos ordonnances^.» Car si nous aimons Dieu de tout notre cœur, nous ne devons préférer ni nos parens ni nos enfans à Dieu. C'est pourquoi saint Jean dit dans son épttre, que ceux qui ne sont pas charitables ne laiment point : «Comment, dit-il, celui qui étant riche voit son frère dans le besoin et ferme ses entrailles à la compassion, peut-il îivoir l'amour de Dieu^?» Cars! Dieu récompense avec intérêt les charités qu'on fait aux pauvres^, et si l'on donne à Jésus-Christ ce qu'on donne aux moindres chrétiens, quelle ap* parence de préférer les choses de la terre à celles du ciel, et les humaines aux divines'?
' Prov., 19, 17. — « Mattb., 25. 4). — » Ibéd,, 10, 37. * Deut., 33. 9, — » Jean, 3, 17. — • Pror., 19, 17. niallb., 26,40.
DES BONNES OEUVRES ET DES AUMONES
Ainsi cette bonne veuve, au troisième livre des Rois, après avoir consumé toutes ses provisions pmdant la famine, ayant fait d'un peu de farine et d'huile qui lui restait un pain cuit sous la œndre, qui était le dernier repas qu'elle et ses enfans devaient faire, et Ëlie étant survenu là-dessus et lui ayant demandé à manger, die lui en donna sans délibérer, et cette mère qui aimait si tendrement ses enfans , ne lui allégua poiut pour excuse qu'ils mouraient de faim. Elle fit en la présence de Dieu une action qui lui était extrêmement agréable, et la fit prompfement et gaiement ; et elle ne donna pas une partie de ce qu'elle avait de irop, mais donna tout du peu qu'elle avait. Ses enfans étaient affamés, et elle les laissa pour nourrir un étranger; et au milieu d'une pauvreté si pressante, elle songea plutôt à soutenir la misère d'autrui que la sienne propre. Elle méprisa la vie de son corps pour conserver celle de son âme. Aussi Élie qui était la figure de Jésus- Gbrist, pour montrer qu'il ne laisse point les actions de miséricorde sans récompense, lui dit : a Voici ce que dit le Seigneur : La corbeille de farine et la cruche d'huile ne diminueront point jusqu'à ce que Dieu fasse pleuvoir sur la terre ^o Ce qui fut fait, et ses vaisseaux furent remplis sans décroître pour récompense de sa charité. Ainsi la mère n'ùta point à ses enfans ce qu'elle donna à Élie, mais augmenta au contraire par là le peu de bien de ses enfans. Cependant elle ne connaissait point encore Jésus- Christ , et n'avait point ouï parler de ses préceptes. Elle n'était point rachetée par sa croix et par sa passion,^ et elle ne lui donnait point à boire et à manger pour le sang qu'il avait répandu pour elle. Combien donc est coupable un chrétien qui, se préférant soi-même et ses enfans à Jésus-Christ , garde ses richesses et n'en veut poiut faire part à ceux qui languissent dans la pauvreté? Mais vous avez, dites-vous, plusieurs enfans, et cela vous«empêche d'être extrêmement aumônier. Au contraire, c'est ce qui doit vous le rendre davantage; car plus vous avez d'enfaos, plus vous avez de personnes pour qui vous devez prier Dieu, dont vous devez racheter les péchés, dont il vous faut sauver les âmes. Et comme à mesure qu'ils sont en plus grand nombre, vous
} Ul. Rois, 17, H.
êtes obligé de travailler davantage pour les nourrir selon le corps; vous êtes obligé de même de faire plus de bonnes œuvres pour leur conserver la vie de l'esprit. C'est ainsi que Job ayant beaucoup d'enfans offrait à Dieu beaucoup de sacrifices; et il immolait tous les jours une victime pour chacun d'eux, parce qu'il est impossible que nous ne tombions tous les jours en quantité de fautes. L'Écriture en rend témoignage quand elle dit: a Job, qui était un homme juste et droit, avait sept fils et trois filles, et il les purifiait en offrant pour eux à Dieu autant de victimes qu'ils éiaient, et un veau pour leurs péchés ^ » Si vous aimez donc véritablement vos enfans, si vous avez pour eux de l'affection et de la tendresse, travaillez par vos bonnes œuvres à leur attirer les grâces de Dieu. Ne pensez point à ce père infirme et mor- . tel, mais lâchez de leur donner pour père celui qui étant éternel et tout-puissant est le père des enfans spirituels. Faites-le dépositaire des biens que vous gardez pour vos héritiers. Qu'il soit le tuteur de vos enfans, qu'il en soit le curateur, qu il en soit le protecteur. Un bien mis entre les mains de Dieu ne peut être ni confisqué par le prince, ni ravi par un procès injuste. Une succession est en sûreté quand on la donne à garder à Dieu. C'est le moyen de pourvoir à ses enfans, c'est le moyen de ménager les intérêts de ses héritiers. L'Écriture sainte nous le déclare en ces termes : «Je suis bien vieux, mais je n'ai jamais vu le juste abandonné, ni ses enfans chercher leur vie. Il donne et prête tout le jour, et sa postérité sera bénite 2.» Et encore : d Celui qui vit bien et sans reproche laissera des enfans heureux après soi ^ » Vous êtes donc un prévaricateur, et non un père, si vous ne procurez les véritables avantages de vos enfans , si votre affection ne va à les conserver pour l'éternité, niais pour vous qui avez plus de soin d'acquérir les biens de la terre que ceux du ciel , et de donner vos enfans au diable qu'à Jésus-Christ, vous commettez un double crime, et parce que vous ne vous souciez pas d'attirer sur eux le secours de Dieu , et parce que vous leur apprenez à aimer plus le bien que Notre- Seigneur. Ressemblez plutôt à Tobie, et donnez à vos enfansles préceptes salutairesqu'ilHonna^ son Fils, lorsqu'il lui dit: a Écoutez, mon fils, ce
' Job., 1, 5. - • P8.,3è, 27. — « ProY, ?0, 7^
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que je vous dh : Servez Dieu sincèrement, et tâchez de lui plaire en toutes choses. Recommandez aussi à vos encans d'être gens de bien et de ftiireraumônc, de se souvenir de Dieu et de bénir aon nom en tout temps ^b Et encore : «Mon ttès-cher fils, ayez Dieu dans le cœur tout le temps de votre vie, et prenez bien garde de ne point violer ses commandemens. Ne cessez jamais de bien faire, et évitez le mal, et Dieu aura égard à vos bonnes œuvres. Donnez Taumùne de votre bien, et ne refusez aucun pauvre; cela fera que Dieu ne vous refusera rien. Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup; si vous avez peu , ne laissez pas de donner de ce peulà. Et ne craignez point quand vous faites Taum6ne : vous vous amassez un riche trésor pour le temps de la nécessité; car Vaumône délivre de la mort et empêche qu'on n'aille en enfer. L'aumône est un don excellent pour tous ceux qui la font dans la vue de Dieu '.«Quel est ce don, mes très-chers frères, qui a Dieu même pour témoin! Si les païens s'estiment bien honorés dans les largesses qu'ils font au peuple, de la présence des proconsuls on des empereurs, et si les préparatifs de leurs spectacles sont d'autant plus grands que les personnes qui y doivent assister sont plus considérables, combien les libéralités des chrétiens sont-elles plus illustres, puisquMIes ont pour spectateurs un Dieu et son Christ ! Combien l'appareil en doit-il être plus magnifique , puisque tous les anges et toutes les puissances des cieux s'y doivent trouver; puisque le prix qu'on remporte nest pas un chariot ou le consulat, mais la vie éternelle; puisqu'on n'y cherche pas une vaine faveur du peuple, mais qu'on y reçoit un royaume cé-
Mais afin de feire plus de confusion à ceux qui possédés de l'amour des richesses ne s'en servent point pour leur salut, et qu'ils rougissent de leur lâcheté, imaginons-nous que le diable, environné des ses esclaves et de ses suppôts , vienne en la présence de Jésus-Christ, et comparant ceux qui sont à lui avec son peuple lui tientie ce discours : Je n*ai point été fouetté ni aôufBeté pour ceux que vous voyez avec moi ; je n'ai pottit souffert le supplice de la croix ùi ré^ panda mon sang pour eux ; je ne leur promets
»ToWe,14,IO -•/>«., 4, 6.
point un royaume céleste , ni de leur rendre le paradis et Timmortalité ; et cependant voyez quels présens ils me font; combien ils sont précieux, combien ils leur coûtent de travail et de dépense ! Ils ont engagé ou vendu pour cela tout ce qu'ils avaient de plus cher; et si leur spectacle n*est accompagné d'éclat et de magnificence, on les chasse avec injure et hif^mie, et quelquefois même ils courent danger d*ètre lapidés. Montrez-m'en si vous pouvez parmi ceux qui sont instruits de vos préceptes, et qui doivent recevoir des récompenses célestes pour les biens de la terre, parmi ces riches qui regorgent d'aise et de biens , qui vous fassent des présens de cette sorte, et qui pour vous donner des spectacles aussi magnifiques, engagent et vendent leurs héritages ou plutôt les échangent contre les trésors du ciel. D'ailleurs, dans ces présens que Ton me fait, personne n'est nourri, personne n^st vêtu, personne n'est soulagé; tout y est consumé entre ceux qui les donnent et ceux qui les regardent, et toute cette folle dépense se termine à un plaisir d'un instant. Mais vous, vous êtes vêtu et nourri dans vos pauvres , et vous promettez la vie étemelle à ceux qui les assistent; et nonobstant cela à peine vos serviteurs peuvent-ils être comparés â mes esclaves. Que répondrons-nous à cela , mes très-chers firères ? Comment défendrons-nous l'avarice et l'inhumatiité des personnes riches, qui sont sur ce point dans un aveuglement prodigieux? Quel prétexte alléguerons-nous, nous qui né voulons pas faire la moindre chose en reconnaissance de ce que Jésus-Christ a souffert la mort et versé son sang pour nous , et qui sommes inférieurs aux esclaves du diable PNotre- Seigneur nous a donné des préceptes; il a instruit ses serviteurs de ce qu'ils doivent faire; il a promis des récompenses à ceux qui feront de bonnes œuvres et menacé du supplice ceux qui n*en feront point , et ainsi il nous a appris par avance l'arrêt qu'il doit prononcer un jour. Quelle excuse peut donc aporter celui qui ne lait point l'aumône ? de quelle défense se peutil servir? Et puisque le serviteur ne fait pas ce qu'on lui commande, le mattre n'aura-t-il pas oroit d'exécuter ses menaces? Car voici de quelle s^ôrte il parle sur ce sujet : s Lorsque le Pils de lliotnmé , dlt-ll , viendra datas sa gloii*é, àcïtotnpagné de tous les anges , il s'assiéra sop lôn
DES BONNES OEUVRES ET DES AUMONES-
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^rtMi m toute! léd nalions de lu terre seront «MèntMes en sa présenee. Il les séparera tes Uns arec les autres comme dn berger sépare les brebis d'ateo les boucs , et il mettra les brebis à •a droite et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceai qui seront à sa droite : Venez, vcMis que mon Père a bénis, recevez le royaume qui teus a été préparé dès le commencement du monde. Qar j'ai eu faim, et vous m'avez doimé I manger ; j'ai eu soif , et vous m'avez donné à boire; j'ai eu besoin de logement ^ et vous ■i'avez logé ; j'ai été nu , et vous m'avez habillé; j^i été malade, et vous m'avez assisté; j'ai été en prisoii, et vous m'êtes venus voir. Alors les Jtistes lui diront : Seigneur , quand est-ce que Bods vous avons vu avoir faim, et que nous tous avons donné h manger; ou avoir soif, et que nous vous avons donné à boire P Quand est-ce c|ite nous vous avons vii saus Ic^ement, et (pié iions vous avons logé; on sans habits, et que nous vous avons habillé? Et quand est-ce que nous vous avons vu malade ou en prison, et ^uc nous vous sommes venus visiter? Et le Roi leur répondra : Je vous dis en vérité que lorsque vous avez fait toutes ces choses aus mdttfdi'ès de mes frères , c'est à moi-même que vous les avez Faites. Il dira ensuite â ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel que mon Père a préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim , et vous ue m'avez point donné à manger ; j'ai ,eu soif, et vous ne m'avez point donné à boire ; j ai eu besoin de lof^ement , et vous ne m'avez point logé ; j'ai élé nu , et vous ne m'avez point vêtu; j'ai été malade et en prison, et vous ne m'avez point visité. Et le$ iK^éch^^ns lui diroqt aus&i : Seigneur , quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim ou soif, ou manquer de toge^ ment et d'Iiabits , ou être malade et en prison, et que nous ne vous avons point assisté? Et il leur répondra : Je vous dis en vérité qu'autant de fois que vous avez manqué à rendre ces assistances aux moindres de ces petits, vous avez manqué à nie les rendre h moi-même. Et alors ceux-ci iront dans les flanunesi éternelles, et les justes dans la vie éternelle ^. a Qu'est-ce que Jésus-Christ nous poHvait dire de plus puissapt? Gomment nous pouvail-pil excirter davantage aux
«livres de' t&isériedrde ^ qa'Mi déclarant ^aê loàt ee qti'OD dmoe aux pauvres^ é^e^ à la^ même qu'tfn lé donne ^ et que c'est feffltnsdr que de ne les peUnt seeoorir, aftA Iftte al ftôcia n'étIOM point lôocbés de ccMpaMotl pour IMS frères, nous le fosslom au thoins pour hii ; el si nous méprlsiobs les soaffraiioes d'an serviteur , nous pensassions à notre maître qui souffre eft celui que nous méprisons ? CTest pourquoi , tees trèS'Cliers fVère^, tous tant que nous softiiâes qui avons la crainte de Dieu, et qui fbutanl le monde aux pieds nous élevons vers le eièl , travaillons , par rardeof de notre (M et de Mire zèle et par l'exerdeè eontihtiel des bdbBés œovres,àaeqtiérirdenouveai»i mérites. Revêtons icf-bas /éstis-Christ, afin qu'il nisëa revête hb jour de rimmortalité. Notirrissons - le en ee RdoBde , afln d'être asèis en rentre au bencftiet eélesté aVeè Al>rataanti ^ Isaae et Jacob. Se^Dens beaaeoup , ëfln de rêeùelllir beaucoup. Tàcbona d'assurer notre salât tandis qtiê nous le pontons, suivant ce conseil de Fapôtre : «Pendant que nous en avoiiè le temps , dit-il , fMsons dd bien à tous, nfiais prrndpaleraent à ceux qai demeurent dads la maisoti de ftâ ^ Bl lie nous hèsons point de bien faire, car nous ferons la récolte en son temps ^. » Coiisidéi^ons , inés tnèschers frères , ce que les fidèles faisaient sous les apôtres, lorsque la vertu était encore florissante, lorsque la foi des nouveaux chrétiens était vive et embrasée d'une ardente charité. Ils vendaient alors leurs maisons et leurs héritages, et en donnaient libéralement le prix aux apôtres pour le distribuer aux pauvres; et par là ils s^acquéraient des demeures éternellçs. l.eursi bonaes (euvres étaient eo aussi grand nominte que leur union était grande. Or comme nous le voyons dans k& actes : « ta multitude de ceux qui croyaient n*agis$ai^ que par une même àme et un mêmç esprit. Personne ne considérait ce qu'il possédait comtne (ut appartenant, niais toutest choses étaient commuhes^ » C'est là vô^itabiemenf devenir enfant de Dieu, c'est tïtlitêr sa justice ; cair (out ce qui est S Cieu est commun à tous les hommes, et mi n'est exclus de ses grâces et de sçs bienf^ts. Aitisj (e jour éclaire également tput le monde, (e soleil répand ses rayons partout ; (a pluie arrôs$ toutes les
» Galal., C, 10. - * Ibid.y v. 29. — ' Ajclçs, 4, 32.
SAINT CYPRIEN
terres, le vent souffle en tout pays, un même sommeil est pour fous , et tous voient la lumière de la lune et des étoile."^. Celui donc qui, à l'esemple d*une si belle éf];alité, partage ses revenus avec ses frères, imite Dieu en quelque sorte. Quelle sera la (çloïve et la joie des personnes charitables, lorsque Notre-Seifj^neur, faisant la revue de son peuple, et récompensant selon ses promesses nos mérites et nos bonnes œuvres, nous donnera des biens célestes pour des biens terrestres, des choses éternelles pour des choses passagères, beaucoup pour peu ; lorsqu'il nous présentera à son Père , après nous avoir sanctifiés et rendus dignes de lui; lorsqu'il nous communiquera Tinimortali lé qu'il nous a acquise par son sang; lorsqu'il nous fera rentrer dans le paradis et nous ouvrira le royaume des cieux? Imprimons fortement ces choses dans notre ftme; que la foi nous les fasse comprendre; que la charité nous les fasse aimer , et lâchons de les mériter par une suite continuelle d'actions libérales et généreuses. L'aumône , mes très-chers frères, est quelque chose d'excellent et de divin; c'est la consolation des fidèles, le gage de notre salut, le fondement de notre espérance, le
bouclier de notre foi , le remède de nos péchés; c'est une chose grande et aisée tout ensemble; c'est une couronne qu'on remporte dans le temps de la paix et qui est exempte des périls de la persécution; c'est un des plus grands dons de Dieu, nécessaire aux faibles, glorieux aux forts, et utile à tous les chrétiens pour obtenir les grâces du ciel , pour .se rendre Jésus-Christ favorable au jour du jugement, et pour mettre Dieu même au nombre de nos débiteurs. Combattons à l'envi pour remporter cette palme; courons tous dans la carrière de la justice où nous avons Dieu et Jésus- Christ pour spectateurs; et puisque nous nous sommes déjà élevés au-dessus du monde , qu'aucun de ses faux biens ne soit capable de retarder notre course. Si le jour de la mort ou de la persécution nous trouve ainsi dégagés, prompts, et occupés à bien faire, Notre-Seigneur ne manquera point de nous donner la récompense que nous méritons. 11 mettra sur notre tète une couronne d'une blancheur éclatante sfnous triomphons dans la paix, et y en ajoutera une autre de couleur de pourpre si nous demeurons victorieux dans la persécution.