‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 68 sur 80 · XXI. Galérius ou le jeune Maximien ( c'est le · texte numérisé non relu

XXI. Galérius ou le jeune Maximien ( c'est le

< FiU de Galéftiit.

MORT DES PERSÉCUtECilS DE LÉGLlSË,

même), étant parvenu à la puissance souveraine, ne songea plus qu'à en abuser. Après la victoire qiill remporta sur les Perses, il voulut introduire du» les provinces romaines la coutume de ces peuples qui renoncent à la liberté, et que leurs rois traitent comme des esclaves. Galérius avait fimpodence de louer cette coutume. H ne pounit toutefois rétablir par un édit; mais on voyait bieo qne son dessein était de réduire tous les Romaiiis en servitude. Il dégradait les magistrats; n feisait appliquer à la question non^^eulemcnt les décurions , mais les plus illustres citoyens des villes. Pour des affaires civiles et de pea d'Importance , il y avait des croix préparées, ou des chaînes pour le moins. On traînait des fiemmes de qualité dans le gynécée Ml y avait quatre pieux fichés en terre pour ceux que FoD frappait de verges, quoiqu'on n'y attachât pas même les esclaves. Rapporterai-je ses divertissemens et ses jeux? Il nourrissait des ours d*nne grandeur et d*une férocité pareille à la steone, et quand il voulait passer le temps, il ordonnait qu'on en apportât quelqu'un , lequel il ^Ksignait par le nom qu'il lui avait donné. Il leur donnait des hommes, non pas à dévorer, mais à engloutir; et quand il voyait déchirer ces misérables, il riait agréablement. Sa table étsit toujours abreuvée de sang humain. Le feu était le supplice des chrétiens qui n étaient pas constitués en dignité; il avait même ordonné qu'on ne brûlerait les condamnés que lentement. Quand ils étaient attachés au poteau , on allumait un peu de feu , dont on leur brûlait la plante des pieds; on appliquait ensuite des flambeaux ardens â tous leurs membres, afin qu'il n'y eût pas une partie de leur corps qui n'eût son supplice. Durant ces tourmens, on leur jetait de l'eau sur le visage , on leur en faisait même boire, de peur qu'une soif ardente ne hâtât leur mort , que Ion ne retardait toutefois par cet artifice que de bien peu de momens. Cependant, après que le feu avait consumé toute leur chair, il pénétrait jusqu'au fond des entrailles; alors on allumait un grand brasier où on les jetait. Ensuite on mettait leurs os en poudre, et on les jetait ou dans la mer ou dans la rivière. XXII. Au reste, il se servait contre tous ses sujets de la science qu1l avait apprise dans les

* Lieu réservé à se» plai8ii*8.

supplices des chrétiens : il rejetait toutes les peines légères, comme l'exil, la prison, les mines; à son gré tout était digne du feu , de la croix, des bètes sauvages. Il châtiait ses officiers et ses domestiques avec la lance. Ne couper que la tète passait pour une grâce, et il fallait avoir rendu quelque service considérableâ l'État pour obtenir une mort si douce. Ce que je m'en vais dire n'est rien en comparaison : plus d'éloquence, plus d'avocats, tous les jurisconsultes relégués ou morts ; les lettres étaient mises au nombre des arts dangereux ; ceux qui en i^iisaient profession on les traitait d'ennemis et de perturbateurs du repos public. Les juges ne reconnaissaient plus d'autres lois qu'une licence effrénée de tout oser et de tout faire; on envoyait dans les provinces des juges ignorans et sans lettres , â qui même on ne donnait point d'assesseurs.

XXIII. Mais le cens ^ que Ton exigea des villes et des provinces causa une désolation générale. Les commis étaient répandus partout, furetaient partout ; c'était l'image de la guerre et de la captivité. On mesurait les terres, on comptait les vignes et les arbres, on tenait registre des bètes de toutes sortes d'espèces. Dans les villes, ou ne faisait point de distinction des boui^eois et des paysans; chacun accourait avec ses enfans et ses esclaves^. On n'entendait que les coups de fouet résonner. On forçait par la violence des supplices les enfans à déposer contre leurs pères, les esclaves contre leurs maîtres, les femmes contre leurs maris ; et lorsque les autres preuves manquaient, on donnait la question aux maris, aux pères, aux maîtres, pour les faire déposer contre eux-mêmes ; et quand la douleur avait arraché quelque aveu de leurs bouches , il passait pour véritable. Ni l'âge ni la maladie ne servaient d'excuse ; on apportait les malades et les languissans; on fixait l'âge, on donnait des années aux enfans, on en ôtait aux vieillards, tout était rempli de gémissemens et de larmes. Le joug, que par le droit de la guerre les anciens Romains imposaient aux peuples vaincus, Galérius l'imposa sur les Romains mêmes; peutêtre â cause que Trajan avait puni par l'imposi* tion du cens les fréquentes rébellions des Daces,

■ Une imposition sur les personnes, sur les bétet , sur les terres labourables, arbres fruitiers, vidpnes.

' Le texte est corrompu ou très-embarrassé en cet endroit.

ATS

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dont Galérius était descendu. On payait encore une certaine taille par tète, et la liberté de ras-» pirer s'achetait à prix d'argent. Mais on ne se fiait pas toujours aux mêmes commissaires; on en envoyait de nouveaux pour faire de nouvelles découvertes ; mais qu'ils en eussent fait ou non, ils doublaient toiigours les taxes, pour montrer que Ton avait eu raison de les employer. Cependant les bètes périssaient, les hommes mouraient; mais le fisc n'y perdait rien, on exigeait leurs taxes après leur mort. Ainsi Ton ne pouvait ni vivre ni mourir gratuitement. I<es seuls mendiahs, par le malheur de leur condition, étaient à couvert de ces violences. Mais ce scélérat voulut les rendre à légalité de persécution , et trouva un moyen de remédier à leur misère : il les faisait embarquer, el quand ils étaient en pleine mer, on les y jetait par son ordre. Voilà l'expédient que ce bon prince trouva pour bannir la pauvreté de son empire; afin que, sous prétexte de pauvreté, personne ne s'exemptât du cens, il fit périr une infinité de misérables. XXIV. Mais le temps de la justice divine approchait, et la prospérité de Galérius était près de son terme. Tandis que ces cruautés Toccupaient, il ne songeait pas â la ruine de Ck)nstance dont il attendait la mort ; mais il ne la croyait pas si proche. Ce prince étant tombé dangereusement malade, redemanda son fils Constantin pour se consoler par sa vue. Ce n'était pas la première fois qu'il avait fait celte prière ; Galérius n'appréhendait rien tant que le départ de Constantin. Il lui avait souvent dressé des embûches, parce qu'il n'osait l'attaquer ouvertement, par crainte de s'attirer une guerre civile, et surtout la haine des soldats qu il redoutait au dernier point. Sous prétexte de divertissement et d^exercice , il avait exposé Constantin à un lion, dont il avait triomphé. En vain Galérius attenta sur la vie de ce prince, Dieu Tavait pris sous sa garde, et le sauva toiyours des mains de ses ennemis. Après donc avoir fait diverses entreprises inutiles contre Constantin, enfin Galérius lui donna son congé et le signa de sa main, le soleil étant prêt à se coucher; il lui permit donc de partir le lendemain au matin après avoir reçu ses ordres. Il avait dessein, ou de le retenir sous quelque prétexte, ou de dépêcher un courrier à Sévère, avec ordre de le retenir quand il passerait en Italie. Constantin se dé-

fiant de ce dessein , après avoir soupe monte i cheval et se sauve. Dans toutes les postes où Q passait, il faisait couper les jarrets des chevaoxi pour empêcher qu'on ne le suivit. Le lendemaîB Galérius fit semblant de s'éveiller beaucouf plus lard que de coutume, et commanda qui l'on appelât Constantin. On lui dit qu^il élut parti la veille après le souper :,le voilà en fiirw; il ordonne que l'on coure après lui. On lui rap* porte que tous les chevaux de poste sont estro* pies. A peine peut-il retenir ses larmea. Cepeor dant Constantin faisait une incroyable diligence^ et se rendit auprès de son père comme il était à Textrémité. Ce prince mourant reconunaoda son fils aux soldats, lui rei^iit Tempire entre lo mains, et expira doucement , comme il Favait souhaité. Aussitôt que Constantin fut parvcna à la dignité d'empereur, son premier soin fut de rétablir les chrétiens dans la liberté de leur religion.

XXV. Peu de jours après, il envoya àGalériai son image couronnée de laurier. Galérius dooia s'il devait la recevoir; et sans ses ministres qnile retinrent, il eût fait brûleret l'image et celaiqui la lui avait apportée. Mais ils lui représenterait que, comme l'on avait créé des Césars inconniit et désagréables aux soldats, assurément ils se rangeraient du parti de Constantin aussitôt qull prendrait les armes. Il défera donc à leur avis , mais à regret, et reçut Timage. Ensuite , il envoya la pourpre à Constantin pour foire voir que de son bon gré il l'associait à l'empire. Cependant ce fâcheux événement rompit ses mesures. Il ne pouvait nommer un troisième César, contre la disposition de Dioctétien. Mais il s'avisa dé cette subtiUté : il accorda le nom d'Auguste à Sévère qui était le plus âgé , et celui de César à Constantin, qui, au lieu d occuper le second rang, se trouva rejeté au quatrième et après l^Iaximien.

XXVI. Lesdifficultésétaient pourtant en quelque sorte levées, quand on apporta à Galérius d'autres nouvelles qui leremplirentde terreur.On lui manda que sou ge..dre Maxence avait été &it empereur à Rome. Voici ce qui le porta à cette hardie résolution: Galériusayant conçu le dessein de ruiner l'empire par l'imposition du cens, passa jusqu'à ce comble de fureur, de vouloir assiûettir le peuple romain même à ce tribut. Il avait déjà nommé des commissaires pour en faire le dé-

MORT DES PERSÉCUTEURS DE L'ÉGLÎSE

nombrement et ea même temps avait extrêmement affaibli le nombre des soldais prétoriens ; de sortequeccuxquiétaientàRomeayant trouvé uie occasioQ favorable firent main- basse sur qudques magistrats et élevèrent Maxence sur le trùne, avec le consentement du peuple romain animé déjà contre Galérius. Il fut d abord surpris de cette nouvelle, mais elle ne lui fit pas pefdrecourage. Ilhaïssait Maxence, et ne pouvait créer trois Césars. II se contentait d'avoir, malgré lui, déftéré cet honneur à Constantin. 11 fait donc venir Sévère , Texhorte à recouvrer l'empiie, et l'envoie avec Tarméedu vieux Maximien contre Siaxence. Cessoldats, qui avaient autrefois goûté les délices de Rome, non-seulement eu souhaitaient-la conservation, mais encore d*y passer leur vie. Maxencr, après une grande audace, songeait à sa sûreté. Il avait lieu de croire que Tarméequeson père avait commandée si longtemps pourrait se ranger de son parti ; et craignant néanmoins que Galérius, qui avait aussi sujet de s'en défier , ne la laissât dans rillyrie sous le commandement de Sévère, et qu avec toutes ses troupes il ne marchât contre Rome , voulant se mettre à couvert d*un danger si émlnent, il en- Toie présenter sa pourpre à ^on père, le vieux Maximien, qui , aprésson abdication, avait établi sa résidenceà la campagne, et le nomme Auguste pour la seconde fois. Ce prince avide de nouveautés, etqui avait refusé Tempire malgré soi, ne refusa pas ce qu*on lui offrait. Cependant Sévère marche droit à Rome, et feint de la vouloir assiéger. Sur ces entrefaites, son armée Tabandonne et prend le parti de son ennemi. Ce misérable n*avait plus d'espérance qu'en la fuite. Mais le vieux Maximien se trouvait sur son passage; de sorte qu'il fut obligé de se jeter dans Raveunes et de s'y enfermer avec toutcequ il put ramasser de soldats. Mais voyant qu'on voulait le livrer à son ennemi, il se remit volontairement entre ses mains, et lui rendit la pourpre qu'il en avait reçue. Cette lAcheté ne lui put obtenir qu'une douce mort ; on se contenta de lui couper les veines.

XXVII. Le vieux Maximien, qui connaissait la fureur deCalérius. ne doutapas qu'ayant appris la mort de Sévère, il n'accourût avec son armée pour le venger et ne se joignit ù Maximin. Et comme Maximicn n'avait pas assez de forces pour résister à ces deux puis^nces unies, il munit

Rome de toutes les choses nécessaires, et va dans les Gaules pour engager Constantin dans ses intérêts par le mariage de sa fille Fausta. Cependant Galérius attaque l'Italie , approche de Rome avec ses troupes, ne respire que la ruine du sénat , que le carnage du peuple, mais û trouve tout en bon élat. Emporter cette puissante ville de force était une entreprise impossible. Ses troupes aussi n'étaient pas assez nombreuses pour l'assiéger. Comme il n'avait jamais vu Rome, il s'imaginait qu'elle n'était pas d'une plus grande étendue que les autres villes qu'il connaissait. Quelques légions ayant horreur de voir un beau-père attaquer son gendre , et les soldats romains assaillir Rome, se révoltèrent contre Galérius. Le reste de l'armée allait suivre cet exemple quand Galérius, craignant qu'il ne lui arrivât comme à Sévère, se jelte honteusement aux pieds des soldats, et, malgré son orgueil, les supplie de ne point le livrer à .ses ennemis. Enfin, la grandeur de ses promesses en toucha quelques-uns , avec qui il se retira , oii plutôt il se mit en fuite. Il était facile de le défaire, si on eût envoyé de la cavalerie après lui. La peur qu'il en eut fit qu'il commanda à ses soldats de se séparer, et de faire du dégât partout, pour ôter le moyen de subsister à ceux qui le voudraient suivre. Les provinces de Tltalie qui se trouvèrent sur le chemin de ces pillards furent entièrement saccagées.lls n'avaient aucud respect pour les femmes; on faisait des traitemens indignes aux pères et aux maris pour déclarer oïl étaient leurs filles, leurs femmes, leurs richesses. On enlevait les bestiaux comme dans un pays de conquête. C'est ainsi que Galérius , peu auparavant empereur romain, et maintenant le fléau de l'itatie, regagna les terres de son obéissance. Aussi s'était-il déjà déclaré ennemi du nom romain. Car dès qu'il se vit revêtu de la pourpre impériale, il fut sur le point d'ordonner qu'à l'avenir on appellerait Tempire romain, l'empire dacique.

XXVlll. Après la fuite de Galérius, le vieux Maximien revint delà Gaule. Son fils et lui gouvernaient conjointement ; mais l'autorité du fils élait plus grande que celle du père; car comme Maxence avait rendu l'empire à Maximien , sa piété lui avait concilié la bienveillance de tout lemonde. Le vieux prince voyait à rrgrel sa puissance partagée, et comme l'eût fait un jeune

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homme il porlait envie à la gloire de son fils; de sorte qu'il résolut de chasser Maxence, et de se remettre en possession de son ancien héritage. Il croyait y trouver de la fiacililé, parce que lessoldatsqui venaient dequitterSévèreluiavaientobéi fort longtemps. Il assembla [donc Tarmée et le peuple, comme s'il eût voulu les entretenir des désordres de TÉtat ; et après qu'il en eut longtemps parlé, tout à coup il met la main sur Maxence, et rayant appelé Fauteur des calamités publiques , il lui arrache la pourpre. Ce prince dépouillé se jeta en bas du tribunal , et fut reçu par les soldats , dont la colère et le murmure étonnèrent cet ingrat vieillard, qui, comme un autre Tarquin, fut ensuite chassé]de Rome.

XXIX. Il se retira encore dans les Gaules, où, aprèsavoir demeurèquelque tempsjl alla trouver Galérius dans IaPannonie,sous prétexte de confëreravec lui des affairesde lempire, mais en effet, pour s'en défaire et s'emparer du bien d'autrui après avoir perdu le sien. Galérius avait depuis peufoit'veniràsacour Dioclès ou Dioclétien,son beau père, afin d'autoriser par sa présence le choix qu'il avait fait de Licinius pour le substituer à la place de Sévère. Dioclétîen et le vieux Maximien assistèrent à cette action. Il y eut donc alors six personnes qui portaient le nom d'empereurs. Maximien, frustré de son espérance, se prépare à une troisième fuite. Il se rend encore une fois dans les Gaules avec des desseins perni« i cieux. Il songeait, malgré l'affinité, à surprendre Constantin ; et pour lui tendre le piège plus adroitement, il quitta les ornemens impériaux. Les Francs avaient pris les armes. Ce rusé vieillard persuade à Constantin de séparer son armée et de n'en prendre qu une partie, et lui dit qu'il ne fallait pas de si grandes forces pour dissiper ces barbares. Ce conseil tendait à deux fins: Tune, deserendre maître d'une armée, et l'autre, de faciliter aux Francs la défaite de Constantin. Ce jeune prince suit Tavis d'un beau-père, d'un homme d'âge et d'expérience.Il marchecontre les Francs avec une partie de ses troupes. Quelques jourss^étant passés, comme ce perfide jugea que Constantin pouvait être entré dans le pays ennemi , tout à coup il prend la pourpre, se saisit des trésors de son gendre , fait û son ordinaire de grandes profusions, et invente mille faussetés contre Constantin. On porte ces nouvelles à Tempereur, il accourt avec son armée. Mjiximien,

n'ayant pas eu le temps de se préparer, est^* pris parla diligence de son ennemi, et les soldats rentrent dans le devoir. Ce révolté s'étaitj aiti de Marseille , et en avait fait fermer les porto. L'empereur en approche : Maximien était sor^la muraille, Constantin lui parle,mais$ans emporte* ment, sans colère, lui demandequel étaitsoo dosein, quel sujet de mécontement on pouvait loi avoir donné, pourquoi il s'était engagé dans nne entreprisequi lui faisait honte. Ce furieux ne hi répond que par des injures. Cependant les portes de Marseille s'ouvrent , et on y reçoit rarïnée victorieuse. On traîne devant rempereor on empereur rebelle , un père impie, un infidèle beau-père. On lui met ses crimes devant les yeux, on le dépouille de la pourpre : on lui pa^ donne pourtant, mais nonsanslui foire plusieurs reproches.

XXX. Ainsi Maximien, privé du titre d'empereur et de beau-père, impatient du rabaissemoit de sa fortune, enhardi par Timpunité, se porte à de nouveaux desseins. Il fiatte sa fille Fausta, et par ses prières, par ses caresses, il l'excite à trahir son mari et lui en promet un autre plus digne d'elle. Il la prie de laisser la porte de sa chambre ouverte, et de foire en sorte que la garde en soit affaiblie. Elle promet ce qu'on désire, mais elle en donne avis à Constantin. On dispose toutes choses pour surprendre le perfide dans un attentat manifeste. On met un eunuque dans le lit de l'empereur, et on rachète par cette âme vile l'âme plus précieuse de l'univers : cependant Maximien se lève au milieu de la nuit, trouve tout fovorable à son dessein, peu de gardes, et encore séparés. Il dit pour excuse qu'il avait foit un songe dont il veut faire part à Tempereur. Il entre dans la chambre le poignard à la main, tue l'eunuque, sort, publie et vante son crime. Mais, d'un autre côté, Constantin parait au milieu d'une troupe de gens armés ; on tire de la chambre impériale le corps de l'eunuque assassiné. A ce spectacle , le meurtrier demeure muet d'étonnement. On lui reproche son impiété et son crime. Pour toute grâce on lui laisse le choix de la mort. Il se pend. Ainsi ce grand empereur, vingt ans durant le maître du^monde, finit une vie détestable par une mort ignominieuse.

XXXI. Après que Dieu eut vengé sa religion et son peuple sur le vieux Maximien, ilétendit la main sur Galérius, auteur de la funeste persécu-

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lefltbîâdeh pcxoe à a|itîser liaxif» dédaignait le nom de Géar el h troè âèaie pbœ d^tiooiM»*. Gdérîiis kii takvof^ ^aâeiirs fais des députés pov kà reprësmer le respect qnll loi devait, qall aTaH toit de contredire son dioix, qoH cédât à Tàgea Rt honneur à ia vîcîUesse, Mais ce jeane homme en devint plos aodacieiix ; lise défendit par le tenp^ soutînt que odui qui le premier avait été honoré de la pourpre, devait aussi occuper le premier rai^, et se moqua des prières .et des commandémens de Galérius. Galérios se repentitalorsde son imprudence. Il n'avait élevé un homme, si indigne de la dignité de César, qu'afin de le voir soumis aveuglément à ses volontés; et cependant cet ingrat ne Faisait aucun compte de ses remontrances ni de ses ordres. Vaincu par Tinsoleocede Maximin, il supprime le nom deCésar, prend avec Licinius la qualité d^Auguste, et donne celle de fils d'Auguste à Maxence et à Constantin. Peu après, Maximia raverlit par no

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frinoes, il revint à Dieu, et durant les intervalles d'une douleur toute nouvelle, il promit de rétablir rÉglise qu'il avait ruinée, et d'en réparer h dofnmaffe. Âétait àTeitrémité quand, par son ordre, on publia cet édit.

XXXIV. t Quoique nous ayons toujours tra** vaille avec beaucoup d'application au bien et i Fatilité de TÉtat, nous n'avons toutefois rien eu tint à cœur que de rétablir les choses dans Tor* dre ancien , et de ramener les chrétiens à la re- Jigion de leurs pères, dont Ils s'étaient séparés; car non contens de mépriser les cérémonies dont leurs ancêtres sont les auteurs , ils sont venus à ce comble de folie de se foire des lois à euxHnèmes et de tenir diverses assemblées dans les provinces; ce que nous avions défendu par nos édits, en leur ordonnant de se remettre dans la bonne voie. Plusieurs ont déféré à ces ordres par crainte, plusieurs aussi, n'y ayant pas voulu obéir, ont été punis. Mais comme nous sommes informés qu'il y a un fort grand nombre dechrétiens qui persistent dans leuropiniâtreté, et qui n'ont de respect ni pour la religion des dieux ni pour celle du Dieu des chrétiens lui-même, en contemplation de notre très-douce clémence et de notre coutume éternelle de pardonner aux hommes, nous avons bien voulu répandre promp* tement sur eux les effets de notre bonté. C'est pourquoi nous leur permettons l'exercice de la religion chrétienne, et de tenir leurs assemblées, pourvu qu'il ne s'y passe rien contre les lois. Par une autre déclaration nous ferons savoir à nos officiers de justice la conduite qu'ils doivent tenir envers eux. Profitant de notre indulgence, qu'ils prient donc Dieu pour notre santé , pour la prospérité de notre empire, et pour leur conservation , afin que l'empire anbsiste éternellement, et qu'ils puissent vivre chei eux en repos.»

XXXV. On publia cet édit à Nioomédie, le trentième jour d'avril, Gelérius étant consul pour la huitième fois , et Maiimin pour la seconde. Les prisons forent ouvertes. Ce ftit alors, mon cher Donat, que vous recouvrâtes la liberté après une captivité de six années. Dieu ne Ait pourtant point touché du repentir de Galérius» Car peu de jours après , ayant recommandé sa femme et ses enfons à Lidnius, tout son corps étant réduit en pourriture, il expira. Se mort ' futaussil6ldivulguéedaiisNicomédie,oùlepre* I

mier mars suivant il devait solmniser lesVioen« nales.

XXXVI. Cette nouvelle ayant été apportée à Maximin, il dispersa des courriers, et se rendit en diligence dans l'Orient, à dessein de profiter de l'absence de Licinius et de s'emparer de toute l'Asie jusqu'à la mer de CbalcédoiocEt pour se concilier l'amour des peuples, dès qu'il fot entré en Bithynie, il ôta le cens. Les deux empereors en vinrent presqu'â une rupture. Leurs troupes occupaient les deux rives opposées. Ils s'accommodèrent pourtant à de certaines conditions, et la paix fut conclue sur le détroit même du Bos^ phore. Maximin retourna plein de confiance , et sa conduite fot pareille à celle qu'il avait tenue en Syrie et en Egypte. Premièrement , il supprima toutes les grâces qui avaient été accordées aux fidèles. H fit suggérer aux villes de aoo empire de lui envoyer des députés pour le supplier d'empêcher les assemblées des chrétiens, afin qu'il parût faire comme par force ce qu'il foisait volontairement Défièrent douce ces députations, il dmisit les premiers des villes pour souverains prêtres. Tous les jours ils étaient obligés d'offrir des sacrifices aux dieux; établissement nouveau et sans exemple. Ceux-ci, appuyés des anciens prêtres, devaient empêcher les civétiens de bâ tir des temples, et leur interdire tout exercice de leur religion , public et particulier, les contraindre même par leur autorité à sacrifier aux idoles, et dénoncer aux juges ceuxqui en foraient refas. Non content de cette ordonnance, il éta* Mit encore en chaque province deux pontifes pour avoir l'ceil sur les autres; et il voulait qu'ils fassent vêtus de manteaux blancs. Il avait dessein d'en user en^Occident comme en Orient, où par une fousse humanité, an lien de condamner les chrétiens â mort, ils les foiuient mutiler. Aux uns on crevait les yeux, aux autres on coupait les mains^ ou les pieds, oq le nec, on les oreilles.

XXXVIL Des lettres de Constantin réprimèrent ces violences. Maximin se retint donc. Mais lorsqu'un chrétien tombait entre les mams des ministres de sa oroauté , on le foisait noyer secrètement. An reste, tous les jours on immobit des victimes dans son palais. Ainsi toutes ses viandes étaient préparées, non point par ses cuisiniers, mais par des prêtres ; mais comme eNes servaient à des eérémoDies profooes^ on

MORT DES PERSÉCUTEURS DE L'ÉGLISE

ne pouvait en goûter sans se souiller d'une impureté sacrilège. En tout le reste, il s'efforçait de ressembler à son maître Galérius. Car si peu que Dioclès et Maximien avaient laissé, Maiimin le ravit sans pudeur aucune. Les particuliers fermèrent leurs greniers , et leurs boutiques. On poursuivait le payement des dettes avant que le tenue fût écbu. Les campagnes étant rendues infertiles, il survint une famine et une cherté inouïe. On enlevait des troupeaux pour iburnir aux sacrifices quotidiens ^.... Il gagnait les soi* dats par de Targent ; il honorait même les bar« bares de ses largesses ; car. pour ce qui est de nvir les biens et de les donner à ceux qui les luidemandaientjenesais s'il ne mérite pas qud-* que louange d'en avoir usé à la manière des brigands, qui ont encore quelque reste d'humanité et ne cherchent pas de proies sanglantes.

XXXVIll. Quant à son impudicité, elle a surpassé sans doute celle des princes les plus infilmes. Quand je dirai qu^elle était monstrueuse et au delà de toutes bornes, ces expressions sont trop faibles pour marquer Ténormitédecevice; notre langue manque de termes pour expliquer une dâ>auche si effrénée. Les eunuques, les ministres de ses voluptés cherchaient partout. Dèsqn'une femme était douée de quelque beauté, les pères ni lesmaris n'enétaient plus les maîtres. On arrachait les vèlemens aux femmes et aux filles de condition ; on les examinait pour voir si en toute leur personne il n'y avait point quelque partiequi fût indigne deVamourdu prince.Gelles qui ne pouvaient souffrir ces insolences, on les noyait comme des criminelles d*État. Quelques maris ne pouvant endurer que Ton traitât si indignement leurs femmes, se tuèrent de désespoir. Sous ce monstre, la difformité était le seul asile de la pudeur. Enfin, il passa jusqu^à cet excès, qu'on n*osait plus se marier sans sa permission , et on lui réservait les premières fleurs de Thyménée. Les grands seigneurs se formèrent sur l'exemple de leur prince, et traitaient les Femmes et les filles de leurs sujets avec la même insolence. Car qui aurait réprimé leurs emportemens ? Pour ce qui est desfillesde basse condition, les prenait qui voulait. Celles que leur naissance mettait en quelque sorte à couvert de cette insulte, on les demandait pour ré-

^ Le texte est corrompu en cet endroit.

compense à Tèmpereur; dé sorte qull iallait se résoudre à la mort, ou à accepter un barbare pour gendre ; car tous ses gardes étaient descendus decesGoths qui, autenppsdesTicennales, furent chassés de leur pays, et qui .se donnèrent à Màximin. Et certes, au grand détriment de Tempire, ces barbares évitèrent alors k servitude, pour assujettir un jour les Romains. C'est avec le secours de tels satellites que ce cniel empereur insultait à tout TOrient.

XXXIX. Enfin , ne connaissant plus d'antre loi que sa volonté , H n'épargna pas même la femme de son prédécesseur et bienfaitenr , qu'il venait d'appeler sa mère. Après la mort de Galérius, Valéria, sa veuve , se retira auprès de Maximin , comme en un lieu de sûreté pour elle, puisque ce prince était marié. 11 ne laissa pourtant pas de l'aimer, et quoique la princesse n'eût pas encore quitté le deuH^il lui fit foire des propositions de mariage, résoin de chasser sa femme si Valéria les écoutait fovorablemen t. Elle répondit avec la liberté que sa qualité lui permettait : qu*il n'y avait guère d'apparence de songer au mariage avec ses lugubres habillemens, les cendres de son mari, père de Maximin par adoption, n'étant pas encore éteintes. D'ailleurs, ajoutait-elle, il ne pouvait répudier une femme dont la conduite était sans reproché, et dont l'exemple lui donnait lieu d'appréhender un traitement tout pareil. On avertit l'empereur de cette audace. Aussitôt son amour se tourné en furie. Il proscrit celte dame, lui ûte son bien, ses officiers, foit mourir ses esclaves dans les tonrmens, l'envoie en exil nvec sa mère sans lui assigner de lien certain ; mai^ il les promène deçà et delà à sa fantaisie. Il suppose de foints adultères à leurs amies,et les condamne à la mort sous ce prétexte.

XL II y avait une dame de qualité et assez âgée; Valéria la considérait comme une seconde mère; Maximin la soupçonna d'être cause du refos de Valéria. II commanda au président Ératinéus de la foire mourir honteusement. On joignit à elle deux autres femmes de condition, dont l'une était amie secrète de l'impératrice, et avait laissé à Rome une de ses filles de chambre parmi lea vestales; l'autre n'avait pas grand commerça avec elle , et avait épousé un sénateur. Mais là beauté et la pudeur de ces deux femmes forent cause de leur perte. On les traîne donc, non pas devant un juge , mais devant un assassin. Poiiit

LACTANCK.

d*accusateur. On suborne un juif coupable d'autres forfaits, OQ lui promet sa grâce pourvu qull dépose contre ces femmes. Le juge, appréhendant d'être lapidé s'il instruisait ce procès dans la ville, en sortit accompagné de gens armés. Toute cette tragédie se passait à Nicée. Enfin on les condamne ; leur innocence ne leur sert de rien. Non-seulement le mari, qui assistait sa* fidèle épouse, mais tous ceux que la nouveauté de cette injustice avait attira à ce spectacle , fondaient en larmes. De peur que le peuple ne sauvât ces dames infortunées , on les conduisit au supplice au milieu de gens armés. Et comme la frayeur avait écarté leurs domestiques, elles auraient manqué de sépulture si la charité secrète de leurs amis n'eût pris soin de leurs funérailles. Le misérable qui s'était déclaré complice de leurs adultères ne jouit pas de l'impunité promise. On l'attacha à un gibet, où il découvrit tout ce mystère d'iniquité; et sur le point de rendre le dernier soupir , il déclara que l'on avait fait mourir des innocentes.

XU. L'impératrice Valéria, reléguée dans les déserts de la Syrie, avertit Dioclétien de son infortune. Aussitôt il envoie redemander sa fille à Maximin; mais vainement il la redemande plusieurs fois; il n'obtint rien. Enfin il lui dépèche un de ses parens, homme d'autorité; et cette dernière ambassade ne réussit pas mieux que les précédentes.

XLII. Au même temps , par l'ordre de Constantin, on renversait les statues du vieux Maximien, et Ton mettait en pièces les tableaux où il était peint avec Dioclétien. Ce prince, flétri d'un outrage qu'avant lui jamais empereur vivant n'avait souffert, se résolut à la mort. H ne se trouvait bien nulle part, l'inquiétude lui ôtait l'appétit et le repos. 11 soupirait, gémissait, se roulait continuellement , tantôt dans son lit , tantôt à terre. Ainsi ce prince, vingt ans durant fiivori de la fortune, réduit â une condition privée, accablé de tant d'opprobre, périt et de faim et de tristesse.

XUII. Il ne restait plus qu' un des ennemis des chrétiens. Je m'en vais raconter sa perte. Quoiqu'il eût conçu de la jalousie contre Llcinius, que Galérius lui avait préféré, il s'était pourtant bien remis avec lui; mais quand il eut appris que Constantin donnait sa sœur en mariage â Licinius, il crut que cette alliance n'avait

pour but que sa ruine. Afin de parer ce coap, il rechercha secrètement l'amitié de Maxence , et lui écrivit avec beaucoup d'honnêteté. Les ambassadeurs sont bien reçus, son amitié est acceptée. On place en un même lieu les images de ces deux princes. Maxence regardait cette alliance comme un secours envoyé du ciel; car sous prétexte de venger la mort de son père , il avait déjà déclaré la guerre à Constantin; ce qui donnait lieu de soupçonner que le vieux Maximien n'avait feint d'être mal avec son fils que pour se faciliter les moyens de perdre les autres empereurs, et après leur mine, partager l'empire avec Maxence. Mais on se trompait. Son dessein était de perdre son fils aussi bien que les autres, et de remonter sur le trône avec son collègue Dioclétien.

XLIV. La guerre civile était allumée entre Maxence et Constantin. Maxence demeurait à Rome, l'oracle lui ayant prédit sa ruine s'il en sortait. Mais il faisait la guerre par ses lieutenans. Ses forces étaient plus grandes que celles de ses ennemis ; car, outre la vieille armée de Maximien , qu'il avait débauchée du service de Sévère, la sienne était encore venue le joindre. On en vint souvent aux mains , et le parti de Maxence avait presque toujours l'avantage. Mais Constantin , résolu à tout ce qui en pourrait arriver, s'approcha de Rome, et campa au pont de Milvius K C'était le vingt-septième jour du mois d'octobre, jour auquel Maxence avait pris la pourpre , et où se terminaient les Quinquennales^. Constantin, averti en songe de faire peindre sur les boucliers de ses soldats le signe adorable de la croix , et d'engager ensuite le combat, obéit, et fit peindre sur ses boucliers un X, avec un accent circonflexe qui signifie Jésus-Christ. Ses troupes fortifiées de cette armure céleste se préparèrent à la bataille. L'armée ennemie en I absence de son em* pereur passe le pont. On se choque avec une égale vigueur de part et d'autre. Cependant le peuple de Rome s'émeut et reproche à Maxence qu'il trahit la cause publique. Epouvanté de ce murmure, il appelle quelques sénateurs, et on consulte le livre des sibylles; on y trouve que ce même jour l'ennemi du peuple ronuiin de-

* Aujourd'hui Ponte-mole.

* Cinquième année du rè0ne de Maxence.

MORT DES PERSÉCUTEURS DE L'ÉGLISE

vait périr. Il interprète Torade à son avantage ; et, certain de la victoire, il court au combat. Il fait rompre le pont après lui , afin que la nécessité de vaincre donnât plus de courage à son armée ; après quoi le combat se réchauffe. Mais Dieu fîivorisait Constantin : ses ennemis s'effraient. Maxence veut se sauver, le pont rompu est un obstacle à sa fuite. Emporté par la multitude des fuyards, il est précipité dans le Tibre. Après une si importante victoire, Constantin est reçu dans Rome avec Fapplaudissement du sénat et du peuple. Là il connut la perfidie de Maximin, se saisit de ses lettres, vit ses images et ses statues. Le sénat accorda à Constantin, la prérogative d'bonneur qu'il avait méritée par son courage, et que Maximin s'était insolemment arrogée. La nouvelle de ce grand événement ayant été portée à Maximin, il se tint d^à comme vaincu. Le décret du sénat le mit en furie; il ne fit plus un secret de la haine qu*il portait à Constantin , et toujours il lui échappait quelque raillerie contre ce prince.

3UjV. Après avoir mis ordre aux affaires de la ville , Constantin alla à Milan. Licinius s'y trouvant pour la célébration de son mariage, Maximin les croyant occupés à la solennité de ces noces , part de la Syne avec son armée durant la plus grande rigueur de Thiver, et à grandes journées se rend dans la Bithynie. Ses troupes étaient fort fatiguées; la pluie, la neige, les boues, le froid, avaient presque ruiné tous ses équipages. Sa marche était affreuse et toute couverte de chevaux morts, funeste présage pour ses soldats ! Après avoir franchi les limites de son empire, et passé la mer, il se présenta aux portes de Byzance. Licinius y avait laissé une garnison. Maximin, par présens, par promesses, tenta la fidélité des soldats; puis il en vint à la force; mais ni la force ni les promesses ne servirent de rien. H y avait déjà onze jours que la ville était assiégée , terme suffisant pour donner avis à Licinius des choses qui se passaient. Les soldats pleins de fidélité, mais en trop petit nombre pour faire une plus longue résistance, furent obligés de se rendre. De là il marche contre Héradée , qui se défend et lui coûte quelques journées. Licinius était accouru à Andrinople assez mal accompagné. Cependant Maximin s'empare dTIéraclée,el s avance à six lieues au devant de

l'ennemi. Il ne put aller plus loin à cause de la proximité de Licinius, qui, ayant ramassé le pliis de gens qu'il avait pu, marchait contre Maximin, à la vérité plutôt à dessein de le retarder que de le combattre ; car l'armée de Licinius n'était pas de trente mille hommes, et dans celle de son ennemi on comptait soixante et dix mille combattans. Comme les troupes de Licinius étaient répandues en plusieurs provinces, le temps ne permit pas de les pouvoir rassembler toutes.

XLVI. Les armées étant voisines: on n'attendait que l'heure de la bataille. Maximin fit un vœu à Jupiter , et lui promit, s'il remportait la victoire, d'abolir à jamais le nom de chrétien. Mais Licinius vit en songe un ange qui lui commanda, de la part de Dieu, de se lever, de lui faire une prière, et lui promit la victoire s'il obéissait. Il lui sembla donc qu'il se levait et que l'ange lui enseignait les termes de cette prière. S'étant éveillé^ il appelle un de ses secrétaires, et lui dicte ces mêmes mots que l'on venait de lui apprendre. «Dieu tout-puissant, nous te prions , Dieu saint nous te prions, nous te recommandons la justice de notre cause, nous te recommandons notre empire ; c'est par toi que nous vivons ; c'est de toi que nous attendons la victoire. Dieu tout-puissant. Dieu saint, exaucenous; nous te tendons les mains; exauce -nous. Dieu saint. Dieu tout-puissant ». On fait plusieurs copies de cette prière, que l'on distribue aux tribuns et aux préposés pour rapprendre à leurs soldats. Persuadés que le ciel leur promet la victoire, ilseu deviennent plus courageux. I^jourdu combat est fixé au premier jourdu moisdemai; ce jour terminait la huitième année du règne de Maximiu. H prévint ce terme d'une journée; et dès le matin il mit ses troupes en bataille pour célébrer avec plus de pompe la fête du jour qui avait été le premier de son empire, car il r^rdait la victoire comme toute certaine. Licinius, averti du mouvement de son ennemi, faitprendre les armes à ses gens et les mène au combat. Une plaine stérile appelée Serène séparait les deux armées. Dès qu'elles furent en présence , les soldats de Licinius ôtent leurs casques, couchent à terre leurs boucliers , tendent les mains au ciel : rempereur commence la prière, les soldats la récitent après à haute voix. Les ennemis en entendent le murmure. Trois fois la prière est

LACTANCE

répétée, après quoi ils reprennenl el le casque et te bouclier. Cependant on ménage une conférence; mais Maximin rejeta toutes les propositions de paix; comme il était prodigue, il méprisait Licinius, qu'il croyaitdevoirètre abandonné par ses soldats à cause de son avarice; c'était aussi le motif qui lui avait (ait entreprendre la guerre. Il espérait par ses' profusions gagner Tannée de Licinius , et , après l'avoir jointe à la sienne, marcher ensuite contre Constantin.

XLVII. Enfin Ton s'approche ; les troupes de Licinius attaquent les ennemis avec furie ; ils s'épouvantent; ils ne peuvent tirer l'épée , ni lancer le javelot. Maximin tournait autour des bataillons de Lucinius , et (àcbait de les ébranler par ses prières et par ses promesses. On lui' ferme partout l'oreille. On détache même de la cavalerie contre lui ; et on l'oblige i se retirer parmi les siens. On taillait impunément son armée en pièces, et tant de légions succombaient sous une poignée de gens. Personne ne se souvenait de son devoir ni de sa réputation ; on eût dit qu' ils n'étaient pas venus au combat , mais à une mort volontaire, tant Dieu avait donné d'ascendant sur eux à leurs ennemis! La campagne était toute couverte de morts. Maximin , voyant ses espérances trompées , quitte la pourpre , et, sous l'habit d'un esclave, a^enfiiit et passe la mer. Une partie de son armée est taillée en pièces; l'autre se rend aux victorieux, ou prend la fuite. On suivait sans honte l'exemple de l'empereur, qui en deux nuits et un jour gagne Nicomédie , distante du lieu du combat de soixante lieues. 11 prend sa femme et ses enfans, et suivi d'un petit nombre de ses officiers, il se dirige vers l'Orient. En Gappadoce il rassemble quelques débris de son armée; quelques troupes le vinrent rejoindre: ces légers secours lui donnèrent le courage de reprendre encore la pourpre.

XLVIU. Licinius, après avoir reçu une partie des troupes ennemies, et les avoir distribuées en des quartiers différens, passa en Bithynie peu de temps après la bataille. Il entra dans Nicomédie, et reiidit grâce à Dieu , comme à l'auteur de sa victoire, et le treizième de juin, Gonstantln et lui étant consuls pour la troisième fois , on publia un édit pour le rétablissement de r£glise , et on l'adressa au président de Nicomédie. Cet édit était conçu en ces termes :

c Nous, rempereur Constantin, et nous, IV pereur Licinius , nous étant assemblés à pour traiter des choses qui conoernent le bien et la tranquillité publique , nous avons cra devoir commencer par ce qui regarde le culte des dieux. Ainsi nous permettons aux dirétiens et à toutes sortes de personnes de suhnre telle religion qu'il leur plaira , afin que la divinité qui préside au ciel soit i jamais propice et à nous et à nos sujets. Nous avons donc cru, et avec beaucoup de raison, que nous devions permettre i chacun de suivre le culte qui aurait le plila de rapport à son inclination , afin que cette souveraine divinité , à la religion de laquefle nous rendons volontairement nos respects, nous continue sa protection et sa faveur. Cest pourquoi vous saurez que, sans avoir égard à toutes les ordonnances qui ont été filtes contre les chrétiens , nous voulons que vous leur permettiez l'exercice de leur religion , sans les y troubler ni inquiéter; de quoi nous avons bien voulu vous avertir. Vous devez pareillement savoir que, pour la paix et la tranquillité de notre règne, nous entendons que la liberté que nous accordons aux chrétiens soit commune à tons DOS autres sujets, afin de ne contraindre la dévotion de personne. Et à l'égard des chrétiens, nous voulons encore que, ai quelqu'un a acheté de nous ou de qui que ce soit les lieux autrefois destinés à leurs assemblées, il les leur rende promptement et sans délai , même sans en exiger le prix. Ceux aussi i qui nos prédécesseurs pourraient en avoir fait don, les rendront pareillement aux chrétiens sans remise. Et tant ceux qui les avaient acquis que ceux qui en avaient été gratifiés se pourvoiront par-devant les vicaires ^ pour en être indemnisés par nous. Toutes lesquelles choses vous forez exécuter au plus tôt. Et parce [qu'outre les lieux où ils ont accoutumé de s'assembler, ils en ont qui appartiennent à leurs Églises, nous voulons que, ans délai , vous les fassiez rendre à la même condition que les précédens , c'est-à-dire que ceux qui les auront restitués sans en recevoir le prix l'attendront de notre libéralité. En toutes lesquelles choses qui concernent les chrétiens, vous userez d'une extrême diligence, afin que notre volonté soit prémptement mise à exécution , et

* Ueuteoam du préfei do firétoirt.

MORT DES PERSÉCUTEURS DE L'ÉGLISE

qa6 par notfe bonté la tranquillité publique soit assurée. Toutes ces choses étant accomplies comme elles sont ordonnées, nous espérons que le ciel nous continuera les faveurs que nous avons éprouvées en tant de rencontres. Et afin que notre intention soit connue^de tout le monde, vous ferez publier cet édit dans les formes ordinaires. »

Après cette ordonnance , il exhorta même les habitans de Nicomédie à remettre les églises au même état qu'elles étaient auparavant. Ainsi, depuis la ruine de l'Église jusqu'à son rétablissement, on compte dix années et qaatre mois ou environ.

XUX. Licinius, poursuivant sa victoire, Maximin se sauva dans les détroits du mont Taurus et s'y retrancha ; mais les victorieux forcèrent ses retrancbemens et le contraignirent à se retirer à Tarse. Là , étant assiégé par mer et par terre, sans espérance de secours, il se résolut à la mort, le seul remède aux maux dont Dieu l'accablait. Mais auparavant il but et mangea avec excès, selon la coutume de ceux qui, pour la dernière fois, veulent goûter le plaisir de la bonne chère. Après quoi il prit la boisson mortelle; et comme le (loison trouva un estomac rempli , sa force fut amortie ; mais avec le temps il se tourna en une peste, afin que la vie de ce malheureux ne servit qu'à prolonger ses dou- ' leurs. Le venin commençant à agir lui consumait les entrailles avec des tourmens qui le portaient jusqu'à la fureur, de sorte que, quatre jours avant sa mort, il prenait de la terre et la mangeait; il se battait la tète contre les murailles avec tant de violence que ses yeux sortirent de leur place. Enfin, devenu aveugle, il vit Dieu environné de ses anges qui lui faisaient son procès. U s'écriait^ comme ceux qui sont au milieu des tourmens, que ce n'était pas lui, mais les autres qui étaient coupables; puis il avouait son crime, et priait le Gbrist avec larmes d'avoir égard à son repentir. Ainsi il rendit son àme criminelle au milieu des tourmens et de ces funestes gémissemens.

L G*est ainsi que Dieu se vengea de ses ennemis dont les enfans même ne furent pas épargnés; car premièrement, Licinius fit mourirValè* re, à qui Maximin avait pardonîié dans sa colère, et même dans son désespoir. Candidianus t^ que

^ Fils de Ga.'ériui et d'une concubine.

Yaléria stérile trait adopté, eut ilDopafeHieaek** tinée. Cette dame, ayant appris que Ganâidiania n'était point mort, se déguisa et se mêla parmi at suite pour voir le succès de ses aventurés. Mais eommo on vit qu'on lui fliisalt beaucoup d'hon* DeuràNicomédie,on s'en défit. Valéria, ayant ap* pris la mort de Gandidianus, se sauva. Licinius fit encore condamnera la mort Sévérien, fils de Sévère. On l'accusa d'avoir eu dessein de s'emparer de l'empire. Sévérien était en âge de porter les armes; il s'était trouvé au combat et avait suivi Maximin dans sa fuite. Tous ceux^i s'attachèrent à la fortune de ce prince parce que Licinius leur était suspect. Valéria seule avait suivi le parti de Licinius , et voulait lui céder tout ce qu'elle avait à prétendre de la succession du vieux Maximin, faveur qu'elle avait refusée à Maximin. Licinius fit encore mourir le fils atné de Maximien, âgé de huit ans, et sa fille âgée de sept ans. U est vrai qu'auparavant on précipita leur mère dans l'Oronte, au lieu même où elle avait fait périr plusieurs femmes vertueuses. Ainsi , par un juste jugement de Dieu , tous ces impies furent traités de la même façon qu'ils avaient traité les autres.

U. Valéria, déguisée, après avoir erré en plusieurs provinces l'espace de quinze mois, fut eur fin reconnue et prise avec sa mère à Thessalonique, et toutes deux furent condamnées à la mort On les mena au supplice en grand appareil; personne ne pouvait refoser des larmes au malheur de deux dames d'une condition si élevée. On leur coupa la tète et on jeta leurs corps dans la mer. Ainsi leur vertu et leur condition fut cauae de leur ruine.

LU. Toute cette histoire est fondée sur le rapport de personnes dignes de foi. 4'ai cru devoir raconter les choses de la même manière qu'elles se sont passées, afin 'de conserver la mémoire de tous ces fameux événemens, et pour qu'un futur historien ne puisse corrompre la vérité en passant sous silence les crimes de tant d'empereurs, et la vengeance que Dieu ena prise. Combien de grâce lui devons-nous rendre d'avoir daigné jeter l'œil sur son troupeau détruit ou dissipé par tant de loups ravissans,de l'avoir rassemblé et rassuré, d'avoir exterminé les monstres qui avaient si longtemps désolé ses p&turages et ses bergeries! Où sont maintenant ces noms de 4ovien et d'Herculien^ autrefois si

LACTANCE

rtféfés des nations^ que Dioclès et Maximien avaient pris avec tant d'insolence, et dont après eux leurs successeurs se sont parés ? Le Seigneur a purgé la terre de ces noms superbes. Célébrons donc le triomphe de Dieu avec joie; jour et nuit adressons-lui nos prières et nos louanges, afin qu'il affermisse pour toujours la paix qu'il

nous a donnée après une gnerre de dix années. Vous , principalement, Donat, qui avez mérité sa bienveillance par vos tourmens, priez-le de répandre sa miséricorde sur ses serviteurs, de garantir son peuple des embûches et des insultes des démons, et de rendre son Église à jamais paisible et florissante.

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