‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 69 sur 80 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

11 y a eu dans tous les siècles des hommes d'un génie supérieur qui , s'étant donnés tout entiers à Tétude de la sagesse, et ayant pour cela renoncé à tous les engagemens de la vie civile, ont employé tout ce qu'ils avaient de lumières et de forces pour parvenir à la connaissance de la vérité. Us estimaient qu'il leur était plus utile, et tout ensemble plus glorieux, de s'appliquer à connaître les causes des événemens, et à considérer la conduite admirable de Dieu dans la nature , que de s'occuper à amasser des richesses, et à acquérir de vains honneurs, qui, n'étant que des biens terrestres et fragiles , ne peuvent rendre l'homme ni meilleur ni plus heureux.

Certes, ces grands hommes méritaient de rencontrer ce qu'ils cherchaient avec tant d'ardeur et si peu de succès , puisqu'ils en préHraient l'acquisition à tout ce que le monde a de plus engageant ; car on sait qu'il y en a eu parmi eux qui ont tout abandonné , et se sont privés volontairement des plaisirs les plus innocens , pour suivre , sans embarras et sans aucun autre attachement, la vertu toute nue. Ils étaient touchés pour elle d'un respect si religieux, qu'ils révéraient jusqu'à son nom d'un culte particulier, et qu'ils ne reconnaissaient sur

la terre d'autre puissance légitime que la sienne.

Mais comme la suprême vérité, qui n'est autre chose que Dieu , ne peut être l'objet des sens « ni être comprise par l'esprit humain éclairé des seules lumières de la raison , une recherdie si assidue et si laborieuse leur a été inutile. Il y a une trop grande distance entre Dieu et l'homme, pour que l'homme puisse atteindre par ses propres forces à la connaissance de la vérité.

Aussi cet être souverainement bon, ne pouvant souffrir que l'homme demeurât plus longtemps dans l'aveuglement, et que cette recherche sincère de la sagesse ne le conduisit que par des routes couvertes de ténèbres et environnées de précipices, lui a ouvert enfin les yeux ; la vérité a été un présent de sa main libérale. En faisant connaître à l'homme que toute la sagesse humaine n'est que vanité , il lui a montré en même temps le chemin qui le pouvait conduire à une immortalité bienheureuse.

Mais ce bienfait du del devint Inutile à plusieurs, et la vérité demeure totyours inconnue. Les savans la méprisent, ne la trouvant pas soutenue par des preuves aussi évidentes qu'ils le souhaiteraient. Le peuple la fuit à cause de son air trop austère , car la vertu a toujours quelque amertume qui rebute; au lieu que le vice, accompagné des douceurs de la volupté, attire, platt, engage. Ainsi les hommes trompés par l'apparence courent après un faux bien, et ne trouvent en effet qu'un mal véritable.

Nous avons cru devoir travailler à bannir du monde celte double erreur, en faisant connaître aux savans la sagesse qu'ils doivent

suivre, et en montrant au peuple la religion qn'il doit embrasser.

Au reste, ce travail nous paraît plus honorable et plus utile que celui qui a occupé toute notre jeunesse, que ces exercices de déclamateur et de sophiste qui contribuent bien moins à former Fesprit à la vertu qu'à le subtiliser et à le rendre capable d'exercer une malice plus fine et moins grossière. Nous ne laisserons pas toutefois de tirer cet avantage de ces connaissances profanes, qu'elles nous. donneront plus de facilité à discourir des choses divines, et à disposer les esprits à recevoir les instructions que nous avons résolu de leur donner touchant le coite qui est dû à sa souveraine majesté. Sans doute celui-là mérite beaucoup plus de louanges qui apprend aux hommes à bien vivre, que n'en mérite celui qui leur apprend à bien parler. Et c'est ce qui a , parmi les Grecs , acquis tant de gloire aux philosophes, et leur a donné un si grand avantage sur les orateurs; l'art de la parole n'étant que pour un petit nombre de personnes, mais la science des mœurs étant propre à tous.

Nous emploierons donc pour défendre la vérité ce que nous avons autrefois mis en usage pour soutenir le mensonge; et quoi qu'elle n'ait pas besoin pour vaincre du secours de l'éloquence, et que plusieurs l'aient souvent défendue sans en avoir la moindre teinture ; cependant , lorsqu'elle est ornée de la beauté majestueuse des pensées solides, et qu'elle brille des couleurs vives d'une élocution fleurie, il faut avouer qu'elle en est reçue bien plus agréablement dans les esprits, qu'elle y fait de plus profondes impressions, et que, se rendant d'ailleurs vénérable par la sainteté de la religion qu'elle annonce, elle est conservée dans les cœurs sans que rien l'en puisse effacer.

1. Nous avons donc entrepris de traiter dans cet ouvrage de la religion et de toutes les choses qui concernent le culte divin; car si nous voyons tous les jours de fameux orateurs, les lumières du barreau, s'éclipser, pour ainsi dire, à la fin de leurs cours, et se soustraire aux afiàires publiques, pour s'appliquer uniquement à l'étude de la philosophie, et y chercher le repos que leurs glorieux travaux leur ont si justement mérité : si ces grands personnages,

bien loin d'y goûter la douceur de ce repos si longtemps désiré, et acheté par tant de sueurs et de fatigues , n'y trouvent au contraire que de nouvelles tortures pour leur esprit , parce qu'ils dierchent ce qu'ils ne sauraient rencontrer : avec combien plus de raison et de confiance devons-nous nous jeter entre les bras de la divine sagesse comme dans un port assuré, puisque tout ce qu'elle enseigne est naturel à penser, agréable à écouter, facile à dire et honorable à entreprendre. Si enfin des hommes nés pour être les arbitres des peuples et les interprètes de la justice , ont cru bien mériter du public en lui donnant les Institutions du Droit Civil, pour tâcher par là d'assoupir les difKrends qui naissent à tous momens parmi leurs citoyens : que ne devons-nous point espérer de la grandeur et de la sainteté de notre siyet , puisqu'il ne s'agit pas ici de quelques lois locales, ou de quelques coutumes étaUies, mais de la vie éternelle, de l'immortalité, de Dieu même ! J'entreprends cet ouvrage sons vos auspices, 6 invincible empereur, et j'ose mettre à la tète de ces Institutions le nom sacré du grand Constantin, de ce prince religieux qui , renonçant à l'erreur a, le premier de tous ceux qui ont r^é avant lui, reconnu le véritable Dieu, et lui a rendu le culte qui n'est dû qu'à lui seul. Car cet heureux jour que la Providence avait choisi pour vous donner l'empire du monde, ayant enfin paru, vous commençâtes un r^e qui devait faire tout le bonheur des peuples, comme il en faisait déjà tous les souhaits; vous commençâtes, dis-je, ce beau règne par rappeler la justice du triste exil où vos prédécesseurs l'avaient toujours reléguée. Un commencement si digne d'un empereur chrétien , n'en doutez point , attirera sur vous toutes les bénédictions de Dieu. Ce Dieu reconnaissant vous comblera d'une félicité durable ; il vous donnera les grandes et solides vertus; il prolongera vos jours jusqu'à une heureuse vieillesse, afin que les hommes aient le plaisir de voir la justice et la voir r^ner longtemps sur eux , et qu'après une longue suite d'années et d'heureux succès, vous puissiez mettre entre les mains des Césars vos fils ^ le pouvoir souverain que vous avez reçu de celles de votre auguste père'. Mais si

* Conslaniiii, Constance et CouManl

* Constance Cblore.

LACTANCE

Diea t ocmroniié la piété en votre pertomle sacrée, il saura bien punir Fimpiété de oeox^ qni persécutent encore les adorateurs de son ■oni et les disciples de son fils ; et plus il semble différer leur châtiment, plus ils en doivent eraindre la rigueur. Car si la vertu trouve en lui un père plein de bonté, le crime doit s'attendre à y trouver toute la juste colère et la sévère équité d'un juge inexorable.

Entrons done dans la voie qui conduit i la vérité, et prenons f^arde à ne nous pas engager dans des routes écartées sous la conduite de ces faux sages, de ces célèbres fondateurs de la philosophie humaine. Je serais sans doute le premier à les suivre, et à porter les autres à embrasser leurs dogmes, si je croyais qu'ils pussent nous faire arriver sûrement à la possession de la vertu. Mais ce sont des guides aveugles, qui nes'accordant pas même entre eux sur le chemin qu'on doit tenir, et marchant chacun par des sentiers difKrens qu'ils ont tracés, n'ont laissé après eux que des vestiges confus , sur lesquels il est dangereux de régler les siens , et qui , bien loin de mener à la connaissance de la vérité , conduisent infailliblement à l'erreur et au mensonge. Pour nous , qui avons le bonheur d*ètre initiés par le bsptème aux mystères sacrés de la véritable religion, qui avons reçu d'en haut par l'organe de la foi la lumière de la vérité, et c(ui avons Dieu même pour garant des grands principes que nous établissons, nous invitous toutes sortes de personnes au banquet que nous avons préparé, où nous ne servirons que des viandes célestes, et qui ont la vertu de rendre immortels ceux qui en font leur nourriture ordinaire.

Noos avons partagé cet ouvrage en sept livres, dans lesquels nous exposerons la vérité dans tout son jour, «t nous la ferons voir avec toute la beauté et tous les agrémens qui l'accompagnent. An reste, le sujet que nous traitons est si riche et si abondant , que si nous voulions étaler toutes les richesses qu'il renferme et ne rien omettre de tout ce qui pourrait contribuer à sa perfection, nous serions obligés de lui donner une trop grande étendue. Mais sî nous resserrons notre discours dans de justes bornes , on ne doit pas craindre qu'il en

* Il Tcat miitpicr par 14 Lklniiis.

soit plus obscur; car les choses que noua wnm à dire sont d'elles-mêmes si daires et ai fiMOes à comprendre qu'on ne saurait assez a^étonner de voir les hommes, et surtout ceux qui fmt une profession particulière de sagesse, de ki voir, dis-je , chercher la vérité , sans lu poufoir trouver, puisqu'elle se montre à eux environnés de tant de lumières. Que si nous sommes aaso heureux, ce que nous espérons de la bonté du del, pour faire rentrer les hommes dans le diemin de la vérité, dont ils se sont écartés pow suivre celui de l'erreur, nous les conduirons à la source d'une doctrine salutaire, où ils poomnt étancher avec plaisir et sans crainte la aoif ardente qui les brûle. Il ne sera pas même nécessaire qu'ils fassent un grand effort d'esprit pour pénétrer dans ce que nous leur proposerons : nous le ferons avec tant de netteté qa^on le concevra sans peine, pogrvu qu'on ait la patience d'écouter ou de lire; car il se trouve des personnes si fort attachées à leurs préventions qu'elles se mettent volontairement un Toile sur les yeux pour ne pas voir la vérité; et leur aveuglement est d'autant plus déplorable, qu'en voulant défendre leur religion, ils ne foot rien pour elle ei font beaucoup contre eux. Cest pour ces malheureux esclaves de la prévention et de Terreur que nous entreprenons d'écrire ceci. 11 faut , s'il se peut , les f^ire sortir de cette obscurité où ils sont comme ensevdis, il faut leur aider i rompre les liens qui les rtliennent csptifis du mensonge. Qu'ils considèrent seulement ce qu'ils sont, et pourquoi ils se trouvent sur la terre; qu'ils apprennent à se connaître, et ils apprendront en même temps à connaître quelle est leur fin, et quels sont les UMyens qu'ils doivent prendre pour* y arriver; qu'ils soient eufin bien persuadés que toute rdigion sans la 'pratique de la vertu est fausse, et que la vertu sans l'exercice de la véritable religion n'est qu'imaginaire.

U. Nous avons donc entrepris de tirer la vérité

des ténèbres dont l'erreur Fa couverte jusqu'id, et de la faire paraître dans tout l'éclat qui lîii est naturel : mais nous n'avons pas cru devoir commencer par cette question célèbre, qui semble d'abord se présenter d'eUe-même; savoir : a'il y a une providence qui veille sur toute la nature, ou sî toutes choses ayant été formées par le hasard lui doivent aussi leur conservation.

4dt

Démocrite t été raateur de cette opinkiB, et mm diidplefipîeiire Ta pareUlement enseignée. Mab ees deux philosophes n*ont fait que renoaveler Timpiété de deox funeux athées ^ , dont le prenier doutant de la divinité, et le second la niant absolument, s'accordaient en cela, qu'ils 6taient à la Providence le gouyernement de

Les stoïciens au contraire ont toiqoors soutenu que le monde n'avait pu être ft>rmé que par cette sonveraÎDe puissance, et ne pouvait ae conserver qpe par ses soins. Gicéron même, qnoiqnll ftt académicien déclaré , abandonna anr ce point l'incertitude de sa secte , pour confirmer par plusieurs argumens affirmatifis le sentiment des stoïciens, et le fortifier par de nouveaux raisonnemens: ce quil foit dans plus d'un ouvrage, mais principalement dans celui qu'il a composé sur la Naturedes Dieux. Et oer^ tes, pour convaincre de faïusseté l'opinion de trois ou quatre philosophes, il n'y a qu'à leuropposer le témoignage qoanime des peuples et des nations entières; qui n'ont là -dessus qu'une même voix et un même langage. Car quel est l'homme assez grossier, et dont l'esprit et les morars soient si sauvages et si brutes, qui, levant les yeux au ciei , ne soit convaincu de la nécessité d'une provitknce, quoiqu'il puisse ignorer quel est le Dictt qui hi Sut agir , lorsqu'il vient à ccmtempler la disposition des corps célestes, leur mouvement, leur étendue, leur durée, leur utilité, leur édat, leurs effets. Et il ne se peut qu'il ne conçoive en même temps, que ce qui se maintient dans un ordre si admirable, et se meut par des ressorts si justes, ne soit l'eFfet d'une cause encore plus excellente, et d'une sagesse qui ne peut être que celle d'un Dieu? 11 n'est donc rien de plus aisé que de produire des preuves de cette première vérité; mais parce que cette matière a été beaucoup agitée de part et d'autre, et que les ennemis de h Providence ont été plus d'une fois vaincus et désarmés par aes défenseors, nous ne nous y arrêterons pas davantage, d'autant plus que nous serons obligés dans le cours de cet ouvrage de toucher aouvent le même sujet , qui se trouve si naturellement lié aux autres que nous devons traiter, que nous ne saurions en mtamer aucun qui

* Procagoras «i Dîaeorai.

n'ait qndqoe rapport avec la divine pravUenee. ni. Ne difKrons done |dns d'^trer en matière, et commençons par cette question qui, dans l*6rdre, ne devrait être que la seconde; savoir, si le monde est gouverné par une seule divinité on par plusienrs. Nons n'estimons pas quil puisse y avoir un seul homme, ait sesert de son esprit pour penser et de sa raison pour former un raisonnement, qui ne comprenne par cet luiqne secours qnil tire de la nature , quMI n*y a qu'an Dieu qni soit l'auteur de toutes choses, et qui les conserve par la même puissance qui les a créées* Car quel besoin y a-t-il d'en admettre plusieurs? Est-ce qu'un seul n'a ni «ssex de tête ni assez de force pour un emploi si vaste et si pénibleP Peut^tre que les forées de phi* sieurs unies ensemble pourront suppléer à la faiblesse d'un seul. C'est sans doute ce que s'imaginent ceux qui veulent établir la pluralité des dieux : ils les croient foibles et incapables de soutenir un si pesant fardeau, sans le secours mulud et charitable qu'ils reçoivent l'un de l'autre. Mais comment cette puissance pent-elle si*accorder avec la nature de Dieu qui renferme en soi une puissance infinie? Il d'y a donc qu'un Dieu dont la puissance est sans bornes et la force sans faiblesse. Car cela seul peut-être appelé infiniment solide , qui ne peut rien perdre, et infiniment parfoit, qui ne peut rien acquérir.' Qui doute qu'un roi à qui toute la terre serait soumise n'eût un pouvoir d'une plus grande étendue que si cet empire était partagé entre plusieurs rois? 11 en seraide même de l'empire de l'univers, si on le partage entre plusieurs divinités. Or comme il est certain qu'un pouvoir Infini ne peut résider que dans un être qui est en toutes choses et en quj toutes choses sont, si la divinité n'est unique , en qui trouvera-t-on ce pouvoir? Sera-ce dans des divinités subaltenies, qui le divisant entre elles, détruisent entièrement sa nature? Ces petits dieux qu\>n se figure n'auront en particulier qu'un pouvoir fort limité, parce qu'il manquera à chacun ce qui sera dans tons les autres; et plus leur nombre sera grand, moins ils auront de pouvoir. Bien plus , cette souveraine puissance ne peut souffrir la moindre divisioo; car tout ce qui peut erre divisé, peut être altéré. Or Die» étant nieorruptlble ne peut souffrir aucune airération : concluons donc que 1 la puissance de Diet, qni n^t point Mtincee de

LACTANCE

Dieu même, ne saurait être diTisée. Et certes celui-là est dans une erreur grossière, qui ne peut s'imaginer qu'un corps d'une si grande étendue que le monde, puisse être régi par un seul : il ignore Timmensité de la puissance divine, s'il croit que celui qui Ta créé sans aide en ait besoin |K>ur le gouverner. Mais peut-être voudra-t-on encore nous contester ce point. Un seul n'a pu construire une machine composée de tant de ressorts si justes, et qui ne se dérangent jamais; assembler tant de différens corps pour n'en former qu'un ; les maintenir tous dans une concorde admirable, y mettre tant d'omemens qui surprennent par leur variété, et par la merveilleuse proportion qui se trouve entre eux; il faut néc^sairement, dira-t-on, que plusieurs aient mis la main à un si bel ouvrage. Et moi je soutiens qu'un seul en est l'auteur. Imaginez dans vos dieux telle grandeur qu'il vous plaira ; multipliez-en le nombre à proportion du besoin que vous croyez en avoir pour un édifice si considérable; mettez dans chacun d'eux tant de puissance , de vertu , de sagesse , de majesté , que vous voudrez: je réunirai tout cela dans un seul , et je vous soutiendrai, de plus, qu'il y en a une infinité de fois davantage qu'il n'est possible de le dire ni de le penser. L'esprit humain n'a point d'idée, quelque élévation qu'il lui veuille donner, qui puisse représenter l'ombre seule de cette divine intelligence: comment en pourrait-il soutenir l'éclat? La langue n'a point de parole, quelque énergique qu'elle soit , qui puisse expliquer le moindre des effets qui partent de cette divine puissance : comment en pourrait-elle exprimer retendue? Je sais qu'on peut encore nous opposer que tous ces dieux, considérés chacun en particulier, sont aussi grands que le seul Dieu que nous reconnaissons : mais il n'est rien de moins juste que cette pensée; car il Ciut de nécessité que le pouvoir de ces dieux soit borné : û l'un d'eux veut tant soit peu étendre le sien , il ne le peut qu'il ne rencontre un de ses collègues et qu'il ne le chasse du poste qu'il occupait. Peut-on appeler divin nn pouvoir qui se trouve enfermé dans de certaines limites? Quel dieu! à qui l'on prescrit, pour ainsi dire, une sphère d'activité, hors laquelle il ne lui est plus permis d'agir ! Biais ils ne prévoient pas, ces partisans de la pluralité des dieux , qu'il peut arriver qu'ils se trou'^n de

sentimens opposés, comme il arrivm en effet durant la guerre de Troie (du moins si nous en croyons Homère); car les uns voulant la ruine de cette ville, et les autres au contraire la voulant sauver, ils en vinrent aux mains, et ce difMrend pensa avoir de fâcheuses suites pour la céleste république. Les conséquences en seraient incomparablement plus dangereuses dans le goaveniement du monde. Et voyez à quoi il serait réduit, et quel désordre ce serait dans la nature, si, par exemple, l'un de ces dieux ayant destiné nneeertaine quantité de pluie douce pour arroser h terre et la rendre féconde au printemps, il prenait fantaisie à un autre dieu d'envoyer de la neige? U est donc constant que le monde ne peut èUe gouverné que selon la suprême volonté d'an seul, comme une armée ne saurait subsister que wom les ordres d'un seul général; vouloir enfin admettre plusieurs dieux dans le gouvernement de l'univers, n'est pas moins contraire au bon sens et à la raison , que d'introduire dans le corps humain plusieurs Ames pour conduire et r^ler les mouvemens de ce petit monde, dont la structure n'est peut-être pas moins admirable que celle du grand : en sorte qu'une âme régirait les passions , une autre âme ferait ^;ir ks membres, chacun suivant les fonctions auxquelles il est destiné: celle-ci appliquerait lesaens à leurs objets, cdle-lâ fournirait les esprits et les enverrait aux endroits où ils sont nécessaires; une autre enfin ferait jouer tous les ressorts qd entretiennent la vie, et qui font subsister la machine. Si donc une âme peut seule gouverner le corps qu'elle anime , pourquoi ne vent-on pas qu'un Dieu puisse seul gouverner le monde qu'il a créé ? D'ailleurs, si l'on prétend que Un» ces dieux, dans l'exercice de leurs emplois, reçoivent les ordres de l'un d'entre eux, qui soit comme leur chef, ce ne seront |dus des dieux, mais les officiers et les ministres de celui qui leur commande, qui prescrit à diacun ce que chacun doit exécuter, qui distribue les diarges, en un mot qui est celui à qui les autres obéissenL Si l'égalité ne se rencontre point entre eox,nila divinité non plus, le commandement absolu exclut toute (Missance; or le nom de Dieu est un nom de puissance absolue.

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