‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienne (volume 2)Chapitre 75 sur 80 · DV VRAI CULTE · texte numérisé non relu

DV VRAI CULTE

I. J*ai achevé, avec l'aide de TEsprit-Saief, l'ouvrage que j'avais entrepris pour réclairdssement et pour la défense de la vérité. Lie Seigneur, sans le secours duquel nous ne saurions ni la connaître, ni trouver des paroles propresl l'exprimer, m^'ayant inspiré ce dessein, m^a aussi fait la grâce de me permettre de l'exécuter. Je viens maintenant au principal point de cette matière, qui consiste à montrer par quelles cérémonies et par quelle sorte de sacrifice Dieu veut être honoré. (Test le plus important devoir de rhomme, et d'où dépend sa souveraine KUdté.

INSTITUTIONS DiVlNES. - LIVRE Vi.

Il a été créé non pour regarder le cid et le soleil,GommeAn»agorese l'était faussement persuadé , mais pour adorer, avec une conscience pure , celui qui a fait le ciel et le soleil. Ce que je dirai ici du culte que nous devons rendre i notre maître, servira ft la confirmation des vérités que j'ai déjà établies aussi solidement que mon peu de suffisance me l'a pu permettre, Cette majesté unique et sainte ne nous demande que l'innocence de dos mœurs-Cest le pins agréa^ ble sacrifice que nous puissions jamais lut (rffrir. Il y a des hommes qui s'Ima^ent rtcAr beaucoup de piété quand, après s'être souillés de toutes sortes de crimes , ils rougissent les temples du sang des victimes , ils allument du feu sur un autel , ils répandent du vin vieux en la présence de leurs dieus. Dsleur préparent aussi des festins, comme s'ils pouvaient manger. Ils jugent, non par l'idée qu'ils ont de la nature di~ vine , car ils n'en ont aucune qui s<Ht raisonnable , mais par la corruption de leurs passions, que tout ce qui est eicellent et rare est agréable à leurs dieux, et ne font pas réflexion que ces dieux n'ont pas besoin de biens périssables. Ils n'ont de goût que pour les cboseade la terre, et De jugent du bieo et du mal que par les sens extérieurs. Us fout dépeadre leur religiOD, aussi bien que toute la suite de leur vie , dn plaisir qu'ils y prennent. Depuis qu'ils ont détouroé leur esprit du ciel, et qu'ils l'ont assitjetti à leur corps, ils ne recherchent plus que la volupté, et la goAieot à tout moment, comme s'ils en pouvaient loiOours jouir , et qu'ils ne dussent pas même en être privés quand ils seront privés de la vie. Ils considèrent les richesses comme on très-grand avantage ; et , quand ils ne les peuvent acquérir par de bonnes voies, ils les acquièrent par de mauvaises, par les Fi*audes, par les rapines, par les violences. Enfin, ils dressent des piégea pour tromper; ils se parjurent, et ils violent tout ce qu'il y a de plus mviolable, pourvu que l'or, l'argent et les pierreries reluisent sur leurs vétemens, que leur luxe entretienne abondamment leur intempérance, qu'une foule de gardes et de flatteurs les environnent sans a et fendent ta presse pour leur dwiner le moyen de passer comme en triomphe au miiien du peuple. Voilà comment la làdieté avec laquelle Us se rendent esclaves du plaisir abat toute la vigueur de leur esprit , et les précipite h la mort dans le temps qu'ils croient jouir des doncairs

de la vie avec nnt grande sécurité. L'Ame se doit élever au ciel, comme je l'ai fait voirdans le second livre, au lieu que le corps est attaché i la terre. La lumière et la vie viennent du ciel. Ceux qui ncgligeni Fes biens de l'espril, et qui ne recherchent que ceux du corps, sont dans les ténèbres el dans la mort. Ils sont couverts d'un nuage obscur qui les empêche de voir le vrai Dieu, et de savoir quel culte il faut lui rendre.

11. Ils immolent à Dieu de grasses victimes , comme s'il êtai c pressé de la faim, llslui versent du vin, comme s'il était tourmenté de la soif. Ils allument des flambeaux devant lui, comme s'il était dans tes ténèbres. S'ils avaient la moindre vue des biens célesies,donl la masse grosnère et terrestre qui nous environne nous empêche de découvrir la grandeur, ils reconnaîtraient combien leur exlravai^nce est extrême , quand ils s'imaginent pouvoir se rendre tes dieux favorables par ces sortes de devoirs. S'ils regardaient le soleil avec quelque attention, ils jugeraient aisément que Dieu, qui a Fait une û éclatante lumière pour l'usage de l'homme, n'a pas besoin de celle d'un cierge. Que si ce cercle qui, à cause de son grand éloigoement , oe parait pas beaucoup plus grand que ta tête d'un homme, renferme un si vif éclat que nos yeux ne le sauraient supporter, quelle est la splendeur du jour qui environne ce Dieu qui n'a |ioint de nuit? Il a tempéré la lumière et la chaleur dn soleil, et les a mis au degré nécessaire ponr mûrir les fruits et pour ne rien gAier des corps inférieurs. Peut-on croire qu'un homme, qui fait présent de cierges et de bougies à l'auleuretan dispensateur de la lumière, ait l'usa^ de la raison? Il nous demande une lumière qui n'ait point de fumée, qui soit pure et claire, comme dit le poète : c'est la lumière de Tesj^t, qui ne se trouve qu'en ceux qui connaissent Dieu. Les dieux des païens étant des dieux de la tnre, ib ont besoin qu'on leur allume des dei^es, afin qu'ils ne soient pas dans les ténèbres. Ceux qui les révèrent , n'ayant aucun goût pour les choses du ciel, leur rendent des devoirs qui ne s'élèvent jamais au-dessus de la lerre. Sur la terre on a besoin de lumière, parce que, de sa nature, elle est sombre et ténébreuse. Les païens attribuent à leurs dieux un goût humain, au lieu de I leur en attribuer un divin. Ils s'imaginent qu'ils I aifflenltOiitCCi]iienousaiuions, etqu'ilsonlles

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mêmes désiiis que dous, qui avons besoin de manger quand nous avonsfaim, de boire quand Doùs avons soif, de nous vêtir pour nous garan« tir du froid , et d'allumer des flambeaux pour BOUS éclairer quand le soleil noué a retira sa lumière. Cette manière tonte terrestre d'honorer les dieux est un des plt» forts argumens par lesquels on prouve qu'ils ont autrefois vécu , et qu'ils sont morts ; car que peut-on s'imaginer de câeste dans le sang des victimes dont les païens infectent les autels? 8e persuadent-ils que les dieux se repaissent de ce sang auquel les hommes auraient honte de toucher? Quiconque les en aura repus deviendra à Theure même heureux ^ bien que ce soit un voleur , un adultère, un empoisonneur, un homicide. Il sera chéri €t protégé des dietn, et il recevra de jeurs mains libérales tout ce qu'il pouiro souhaiter. Perse a eu grande raison de se railler de Textrava* ganee de ces superstitions, en demandant ) ceux qui y étaient attachés:

k quel priv prélen^-fSHi ^lebeUir l'^Ufolipii (toi (l|t|iz d leiur* >u0um fS9yoral>Ief f ft eifiérex-youi l'oisif en fear lirtteataint les entraOlet d'une vletime arec du tait et deriialle.

Il voyait fort bien que, poqr se rendre les dieux propices, il n^est point nécessaire de leur offrir la chair des animaux, mais une Ittoe aaînte ^1 pure*, un esprit juste et équitable , up Hmt chaste et généreux. G'est là une religion toute céleste, qui consiste daps des vertus spirituelles, 6t qui n'a rien de la oorruption de la terre. C'est là le culte sincère par lequel Tàme s'immole elle- ' ^ème comme une victime. J'expliquerai , dpqs la suite de ce livre, de quelle sorte cette imfnor lation doit être feite; car il n'y a rien de si exr iselleot ni de si conforme au devoir d*i|n hommp que d'apprendre aux autres le moyen d-poquérjr la vertu,

Gatttlns préfère, dans un dialogue de Gicér ffOn, intitulé Hortmsius, la philosophie à Ion- II» dièses, et témoigne qu'il aimerait mieqx -avoir composé le petit livre sur les devoirs de la vie civile, qu'une longue oraison ppur un sér ditieux comme Gomélius* Je me persuade que c'était là le sentiment deCicéron plutôt que de Gatulus, qui n'a peut-être jamais rien ditil'approcbant, et qu'il avait dessein de donner^ comme par avance, une haute idée des livres des Office qu'il méditait de composer, et dans lequel il a

témoigné depuis que, dans tonte retendue de b philosophie , il n'y a rien de si utile que la morale et les préceptes qui règlent la vie. Si des hommes, à qui la vérité était cachée, ont ent^^ pris d^instruire les autres, n'ayons-noos pas pi» de droit de Fentreprendre, nous qui avons été instruits et éclairés par Dieu mtaie. Noos ae commencerons pas néanmoins par les premières leçons que Pon donne à ceux qui n*ont j^ mais entendu parler de la vertb ; ée serait m travail infini. Nous supposerons les notions qoe les paîenç donnent à ceux qu'ils reçoivent dans leur école, et sur les fondemens qa^ils ont posés nous élèverons l'édifice de la justice dirétiemie à laquelle ils n'ont aucune part. Je passerai soos silence les règles qui leur peuvept être communes avec nous, de peur d'être accusé d'emprunter des preuves i ceux dont je réflite b erreurs.

m. Il y a deux chemins , très-grand empereur , par IHm ou par l'autre desquels II to Indispensahlement que les homnaes passent* Par l'un on monte au ciel ; par l'antre on descend dans l'enfer, ^es poètes et les philosophes opt fort célébré l'un et Vautre par leors vers et par leurs disputes. Les philosophes ont prétendu que Pqn était le chemin de h vertu et l'auti^e le chemin du vice; que rentrée du premier est difficile et embarrassée; mais que, dë^ que l'on a surmonté cette dlifi^cnlté, on trouve tout le reste aisé et on entre dans une agréable plaine qù l'on trouve de oiioi se réçpn^penser de son travail. Qeux qui epouv^Aités 4e cette première difficulté qiiittept ce chemin, en prennent un aqtre dppt l'eptrée parais beaaopup plus sigréable et qif i es( fniyé par iip plus graqd npmbre de personnes ; mais dès que l'oo est m peu avapc0 , toute 1^ beauté fie l'entrée disparaît et on p'y rencpntfe plus que c|es rpc\kfi^ , des précipices , des biiissons , des ravins pt des torrepts , et l'op n'y pept a)ler sans avoir de la ppipe , ^ps échouer souvept , sans fflisser et sans tomber. Cette descrîptjop pe ten4 qp'i montrer qu'il est dif^cile d'acquérir la vertu, mais que quand m la pcissède, on en tire des plaisirs solides et durables, au lieu que l'on ne trouve dans le vice que de Tamertinne et dp déplaisir, bien qu'il p'ait que trop d'aHiails pour nous charmer et ppnr nous surprendre. Cette leçon serait sans doute fort mile aï cem

BÂf

qui la donnent savaient en quoi consiste la | vertu, et où elle se termine. Mais ils n*ont jamais appris ni ce que c*est que la vertu, ni quelle récompense Dieu lui a promise, et c^est ce que j'ai dessein de montrer dans ce Hvre-ci. Gomme ils ne savaient pas que les âmes sont immortelles, ou qu'au moins Hs en doutaient, ils n'ont attribué ni au vice ni à la vertu que des peines et des récompenses temporelles. Tout le discours qu'ils font sur les deux chemins se réduit ou à la Rrugalité on à la débauche. Os disent que le cours de la vie humaine est semblable à un Y; que quand les jeuties geos sont arrivés à l'endroit où le chemin se divise en deux, ils échouent et doutent dans le quel ib doivent s'engager. S'ils trouvent un guide sage et fidèle qui les délivre de leur doute , et qui leur montre le bon chemin , c'est-à-dire que s'ils ont étudié ou la philosophie, ou l'éloquence, ou les belles-letres. ils s'adonneront à l'honnêteté et à

la vertu; ee qui ne se peut f^ire sans une peine incroyable. Que s'ils ne trouvent point de guides, ils s'engagent dans lediemin qui est à main gauche et qui parait le plus beau , c^t-à-dire qu'ils s'abandonnent à l'oisiveté et à la débauche qui leur semblent d'abord fort agréables; et quand ils ont perdu leurs biens et leur réputation , ils vivent dans l'infamie et dans la misère. Voilà oomment les deux chemins dont nous parlons n'aboutissent qu'au corps et à la vie présente selon les descriptions que les philosophes nous en ont laissées.

Peut-être que les poètes en auront parlé plus raisonnablement. Au lieu de tracer oes reutes-M sur la terre, comme ont fait les philosophes, ils ont feint quelles étaient en enfer et se sont trompés en ce qu'il» ont proposé des chemins aux morts qui ne marchent plus. Les nps et les autres ont dit qnelqne chose de bien et de mal, et ont sans doute manqué, en ce qu'ils n'ont pas tous mis ces deux chemins dans la vie et ne les ont pas terminés à la mort. Nous les expliquons mieux quand nous assurons que l'un de ces chemins mène au ciel et l'autre en enfer; c'est-àdire qu'il y a une vie éternelle promiae aux justes et une peine étemelle réservée aux méobans. Je dirai comment ces deux cheminaBsènentran au ciel et l'autre à Tenfer. Je montrerai ees vis»tus que les philosophes n'ont point connues, et - je proposerai leurs récomprnsesj Je parlerai

aussi des vices et dfes chfttimens qu'ils méritent. Quelqu^un souhaiterait peut-è^re que je fraitasse séparément des vertus et des vices ; mais ce sont des contraires qui ne se connaissent jamais mieux que par leur opposition mutueÂe. Ils se suivent et paraissent tour à tour : quand la vertu entre, le vice se retire; quand le viep revient la vertu s'évanouit. Les biens et les maux sont comme dans un combat perpétuel et se diassent réciproquement. On ne saurait éloigner le vice sans introduire la vertu , ni bannir la vertu sans rappeler le vice. La description que nous fiiisdus de ces deux chemins est donc ibft différente de celle qu'en itmt les philosophes. Nous mettons en tète de chaque chemin un guide immortel , avec cette différence que l'iin préside aux vertus et est dans la gloire , au lieu que l'autre préside aux vices et est condamné aux supplices. Les philosophes ne mettent un guide qu'au chemin qui est à main droite; encore n'est-ce pas toujours le même ! (Test le premier qui se présente pour enseigner quelqu'art louable , pour détourner de l'oisiveté et pour exciter à la vertu. Ce guide ne montre le I chemin- qu'à des jeunes gens, parce que Ton n*apprend les arts que dans la jeunesse. Nous ouvrons au contraire, le chemin du ciel à des personnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition; p'arce que Dieu qui est à la tète de œ chemin ne refuse l'immortalité à personne. Les ehemîns ne sont pas disposés de la manière que les philosophes les ont décrits; car étant directement opposés ils ne sont point fidèlement représentés par la figure de IT. Le bon chemin regarde l'orient et le mauvab l'occident. Quiconque aura suivi la vérité et la justice jouira de la lumière de immortalité, au Heu que ceux qui , trompés par le guide infldèie , auront préféré le vice à la vertu et le meu^nge à la vérité, tomberont dans robscm-llé et dans les ténèbres. Je décrirai ici les propriétés de ces deux chemins.

IV. Il n'y a qu un chemin que les gens de bien paissent tenir ; ce chemin mène non aux GhampaAiyséea, comme Toi t dit les poètes ; mais à la région la plus élevée de Punivers. H y a un antre chemin, à roaivgaoebt, qui mène au lien destiné pour la chllinnnt des criaM et aux enfm. CTeat le dientojyjMHriMu^ par

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hommes du salut et les engage dans la damnation. Ce chemin parait d'abord large], uni , paré de fleurs et de fruits. Dieu a mis à Feutrée tout ce que le monde prend pour des biens : les richesses, les honneurs, le repos, les plaisirs; mais il y a mis aussi riiyttstice , la cruauté, Torgueil, la perfidie, la débauche, la discorde, Tignorance , le mensonge , la folie et les autres vices. L'issue est disposée de telle sorte que, quand on approche de la fin, on ne peut plus re^ tourner sur ses pas, on perd de vue les beautés dont on avait été charmée d'abord, et on ne reconnaît que Ton a été trompé qu'au moment où Ton tombe au fond d'un précipice. Gela veut dire que quiconque, s'étant laissé enchanter paor la beauté des créatures, s'arrête à en jouir et se détourne du créateur, sans prévoir ce qui doit arriver après la mort , tombera dans Tenfer où il souffrira un châtiment éternd.

. Dieu a fait au contraire le chemin du ciel in^l et raboteux. Il l'a bordé d'épines qui piquent et qui déchirent. 11 Ta embarrassé de cailloux et de rochers sur lesquels on ne saurait marcher sans se blesser les pieds et sans être en danger de tomber. Il y a placé. la justice, la tempérance , la patience , la foi , la chasteté, l'abstinence , la concorde , la science « la vérité , la sagesse, et les autres vertus ; mais il y a aussi placé avec elles la pauvreté , l'infomie , le travail, la douleur et toutes sortes d'amertiimes. Gela veut dire que quiconque porte ses espérances au delà des choses présentes , et prétend à la possession des biens éternels , sera privé des biens temporels, et fera plus à son aise le voyage de cette vie. En effet , ceux qui sont chaînés de richesses et suivis d'un train nombreux et d'un superbe équipage , ne sauraient jamais entrer dans le chemin étroit que nous décrivons. Les ipéchans n'ont point cette incommodité. Tout ,Jeur réussit, parce que le. chemin où ils marchent est large et a beaucoup de ^ pente. Les içens de bien ont plus de peine parce que leur chemiu est étroit et difficile. Us sont exposés au mépris, à la raillerie et à ;la haine. Tous ceux qui sont entraînés par les voluptés et par leurs passions ont de la jalousie contre ceux qui ont été assez heureux pour acquérir la vertu et pour se mettre en possession d'un si grand avantage dont les autres sont privés. Les gens de bien seront dans la {Muiyreté et dans rîDfamie ; ils

seront exposés aux injures et aux oatrag» , d souffriront tout ce qu'il y a de plus fïcheox d déplus rude ; mais s'ils conservent la patieoa juagues à la fin^ au milieu de tant €le fiitigiMS, ils. recevront la couronne.

• Voilà les deux chemins que Dieu a f noés an bopimes. Il a mis dans l'un et.dans l'autre te biens et des maux; mais il ne les y a pas ni selon le même ordre. Il a lait voir dans ran te maux temporels et ensuite des biens étemels, et cet ordre est sans doute le meillenr. .11 a fiât voir dans l'autre des biens teopporels et canile des maux étemels , et cet ordre est le plus . wsérable et le plus funeste qu'on se paisse imaginer. Quiconque choisira des nianx préscai avec la justice possédera des biens pins stables et plus solides que ceux qu'il anra méprisés,^» lieu que celui qui aura préféré les biens présev à la justice tombera dans des maux plusdas* géreux et plus. terribles que ceux qu'il ann tâché d'éviter. Une vie aussi courte que edlè que nous menons . ici-bas ne saurait avoir et biens ni de maux qui soient de longue doréei Mais l'autre vie ne finissant point , les bicM ou les maux qu'elle renferme ne peuvent flair mM^ plus qu'elle. Les biens de courte durée loat suivis de maux qui n'ont point de fin ., et^ki maux de courte durée de biens qui n'ont poiit de fin non plus. G'est pourquoi chacun , ayut lar liberté de.choisir ou les biens ou .les mauxqv sont, proposés^ doit considérer mûrement si ne lui est pas beaucoup plus avantageux de souffrir des maux de peu de durée pouraoquMr des biens qui n'ont point de fin, que des'altîrcr des. maux qui n'ont point de fin , pour avait voulu jouir de biens de j[>eu de durée. Lorsqoe l'on est engagé dans une, guerre, il en ftat 8upporterlesfatigues,dans l'espérance dégoûter un jour les fruits de la paix. Il faut souffrir.lt faim et la soif, le froid et le chaud. Il faut veiller, coucher sur la terre , essuyer toutes aortes de dangers poyr défendre sa famille , sa maison et ses proches, et pour pouvoir jouir ensuite de quelque repos. Ceux, qui préArent en ces rencontres l'oisiveté au travail s'exposent àde grands malheurs. L'ennemi survient et les. surprend hors d'éut de se défendre ; il porte le ravage sor leurs terres ; i[ pille leurs maisons ; il emmène leurs femmes et leurs enfans, et il les tue ou les prend eux-mêmes. Poiv éviter ces malheurs, il

Faut se priver de commodités passagères. Il en faut user à peu près de la même sorte durant cette vie. Dieu a voulu qu'elle fût pleine.de combats, et nous a suscité des ennemis pour exercer notre valeur. II faut renoncer au repos et au plaisir de peur d'être surpris ; il faut être perpétuellement sur ses gardes, répandre son sang, et supporter les plus grandes fatigues avec d'autant plus de joie que notre général nous en promet une récompense étemelle. Puisque les soldats qui combattent sous les enseignes des princes qui ne sont que des hommes entreprenent d extrêmes travaux pour gagner des biens qu^il. est plus aisé de perdre que de gagner, nous ne devons refuser aucun travail pour gagner un bien que nous qe pouvons plus pordre dès que nous l'avons obtenu. Dieu qui nous a destinés à la guerre, veut que nous soyons toujours sous les armes, et que nous veillions sans cesse , et pour éviter les pi^es de notre ennemi et pour repousser ses efforts. Il nous attaque comme un expérimenté capitaine par divers moyens, selon la connaissance qu'il a de nos inclinations et de nos mœurs. U excite dans le cœur des uns un désir insatiable des richesses, qui sont comme des liens qui les embarrassent ; il allume en d'autres le feu de la colère* pour les détourner du service de Dieu et pour les porter à la vengeance. Il en plonge d'autres dans les voluptés , afin qu'ils ne songent plus à la vertu. Il inspire l'envie à d'autres, afin qu'étant rongés par cette malheureuse passion , ils fassent leur tourment du bonheur de ceux qu'ils haïssent. Il en remplit d'autres d'ambition, afin qu'étant élevés aux . dignités ils donnent toutes leurs pensées aux fonctions publiques , et ambitionnent de voir les années marquées de leur nom i? Il y en a quelques-uns qui forment de plus vastes projets, qui méditent de rendre leur autorité perpétuelle et d opprimer la liberté de leurs concitoyens. Quand Dieu trouve des personnes qui se jettent dans la piété, il les jette dans la .superstition. 11 éblouit par le vain éclat d'une fausse philosophie ceux qui recherchent la sagesse , et les aveugle de telle sorte qu'ils ne peuvent jamais voir la vérité. Yoîlà comment il ferme tous les passages par où l'homme pourrait arriver au salut; voilà comment il ie réjouit

^ Les consuls donnaient leur noui'èTaïuiée'^ leur consulai. ^ • *...

de nos erreurs et de nos égaremens. Cependant comme Dieu souhaite que nous le puissions vaincre , il nous éclaire d'un rayon de sa lumière et nous fortifie d'une vertucéleste dont je me trouve obligé de parler en cet endroit.

V. Avant que de foire le dénombrement des vertus , il en fout donner une définition plus exacte que celle des philosophes , et marquer précisément quelle est la fonction et l'emploi de la yertu. Les hommes n'en ont gardé que le nom et en ont perdu toute la force. Lucilius a renfermé en peu de vers tout ce qu'ils ont coutume d'en dire. J'aime mieux les donner ici, que d'être aussi long et aussi verbeux que je le serais, si je voulais rapporter les opinions diverses et les réfuter. Voici donc comment il parle :

La Terta, mon cber Attiio , oootUte à ooaiiatlre k jaite prix de cbaqoe chose , à sai?oir ce qui est propre à l'homme oa ce qal lai est cootraire , ce qui Inf est utile et hoonète, ou ce qui lui est pemifeieax et bontenz. La Yerta consiste à se régler soi-même et à mettre des bornes à ses désirs et à ses richesses. Elle consiste à rendre des honneurs et des respects à ceux qoi les méritent Elle consiste à se déclarer ennemi des roécbans et ami des gens de bien.Elle consiste à sertir sa patrie et ses proches, et ensoile à prendre soin de soi-même.

CScéron , suivant Panétius , stoïcien , a tiré de ces définitions de Lucilius tous les devoirs de la vie civile, et les a renfermés en trois livres. Nous en découvrirons incontinent toute la fousseté, et ferons voir en même temps combien nous sommes obligés à Dieu de la bonté qu'il a eue de nous révéler la vérité. 11 dit que la vertu consiste à savoir ce qui est bien ou mal, honnête ou honteux, utile ou inutile. Il pouvait épargner quelques paroles, et se contenter de dire: que la vertu consiste à savoir le bien et le mal , puisque rien ne peut être utile ni honnête qu'il ne soit bon , comme rien ne peut être inutile au bonheur qu'il ne soit mauvais , ainsi que les philosophes en conviennent, et que Gicéron le prouve dans le troisième livre du même ouvrage. La science ne peut être une vertu, puisque ce que nous savons nous vient de dehors, au lieu que la vertu est au dedans de celui qui la possède. La science est une foveur que nous fait celui qui nous enseigne, et que nous recevons en l'écoutant. La vertu nbus est propre , et consiste dans la volonté que nous avons de foire le bien. Gomme jl ne servirait ds rien dans un jof^fi de Mvqir.'le chemin si l'on n'avait la

de rien dans la mo^

fi\t ^i «mMtlK le bieD si Von ii'a la vertu d« ip pratiquer. La plupart de ceux qui pèclunt ppt une connaissance, quoique imparfïiite, du bieq ^l du mal ; ils r«(WDais»Qt ieun filules , et c'est pour cela qu'ils tèoheot de leqcactMr-Us pe se tronipeat pas en prenant le mal pour le \ûta ; laais ils sont emportée par le nouvement 4(résM de leurs ^iân, auxquels ils n'ont pas la vertu de résister. Ain» il est dair que la ^pce du lliea et du mal eat difféfente df la vertu, t'upc pevt souvent être s^s l'autre, ^Qfnnie {a «cience > été uns la vertu dpos la plupart des pbi|DWpbW. Puisque c'est une hute de pe pas ^ife le bien que l'on connaît , le décéglenfWQt de la volopli qui s'est opposd aux lumières; de l'esprit «fira puni avec Irfis-grande justice. La vertu ne consiste donc pas à savoir le bien et le mal , n^als ji f^r^ le bien e( à ap pas ^ire le mal. On ne doit pas séparer pour cela la science de la vertu ; il faut ^\^t la science pré- ^e , et que la verln suiYf ■ La cppnaissance ne tert de rien si elle n'est suivie do l'action. Horace a mieux défini la ver^if (jq^d il dit:

Elle oaatiiu k «tiler k vice , et le prcmiCT tlegii de II m- SMMWt de ('«tovaer de it Mie.

La lïnte qu'il a faite e^t de ne l'avoir expljqnée que par opposition à mmi coniraîre, comme si , poiir faire entendre ce que (.■'est que le bien , Il avait dit : le bien est ce qiil n'est pas mal. SI j'ignore ce que c'est que la vertu , j'iRnore aussi ce que c'est que le vice. J'ai besoin «|ue Ton m'explique l'an et l'autre. Faisons donc ce que ce poCte n'a pas f^it , et disons que : lètre vertneuï,c'estréprimer8acoière,mDdérer ses désirs, dompler ses passions ; et cela même c'est éviter le vice, n'y ayant presque aucune action vicieuse qui ne procède de quelques unes de ces causes. En effet , si on avait arrêté tous les mouvemens de cette passion Impétueuse que l'^n appelle la colère , on aurait prévenu en même temps tes querelles et les différends, parce que nul n'aurait la pensée de nuire ni de tendre des pièges à un autre ; ai les désirs injnsles étaient réprimés , on n'exercerait plus de brigandages sur mer ni sur terre , on ne lèverait plus de iroupes pour piller et pour enlever le bien d'antrui ; si le feu de la volupté était assoupi , tout sexe et tout âge gardera» la chasteté, et personne ne ferait ni ne souffrirait d'infamie : ainsi la vie humaine se< rait exemple de crimes, et la vertu avait réfjilé

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les passions. Le {H-Inàpal devoir de la nA conûste à s^bstenir de pécher. Pour s'en at» BÎr, il esL nécessaire de oonnattre ÏHea, pan que , faute de connaître le principe des verts. on tombe insensiblement; dans le vioe et m s'en apercevoir. Pour exprimer ploa distinekment les caractères partiëaliers de la seieaefl de la vertu,nou3pauTon8 dire : que lepnprti la science est de connaître Dieo , et le profKi b vertu de l'honorer; et c'est aussi d'oè h» gesse et la justice dépendent.

VI. J'ai ^it voir , si je ne me trompe, qvh vertu ne consiste pas à connaître le Mei; fi montré ensuite ce que c'est que la v«rlli,etB quoi elle cmsisle. Il ne me reste plus <fn^ p» ver en peu de panAes que les ptailoisphi n'ont point su ce qne c'est que le bien nileiii qnoiqne je l'aie déjft prouvé en quelque dans le troisième livre, lorsque j'ai patKÉ souverain bien. Il est certain qne ceux qui n'A pas connu le souverain bien, n'ont pu ni les autres biens ni les maax. Gommeri» raient-ils vu de faibles ruisseaux, puisqnlIsaW pas vu la source P Dieu est la source des bis. an lien que l'ennemi de son nom est h xm des maux. Voilï les deux principes d'où les bu et les maux procèdent. Les biens , qui de Dieu, ont cela de propre, qu'ils procurer l'immortalité , qui est |e i tnen. Les maux , qui procèdent de rantre pbdpe , ont cela de propre , qu'ils détournent FH du ciel , qu'ils l'attachent i la terre , et lui " mériter un supplice éternel , qui est le soovffà mat. Il est donc clair que ces philosophes,^ ne connaissaient ni Dieu ni sop enaeml, tf ignoré ce que c'est que le bien et le mal ; ib' rapporté tous les biens au service du corps ^ est sujet i la mort, et J l'usage de cette vie ^a est si courte, et n'ont jamais été plus avant la préceptes qu'ils donnent se terminent i la Km et an corps qui est tiré de la terre et quisH de proie à la corruption ; ils ne contiennent ip les moyens d'acquérir des richesses ou de to *:croltrc, de parvenir aux honneurs , aux difi» tés , de se mettre en aédit , et d'usurper fistorîlé et le pouvoir, ce qui ne refrarde>qiie it temps. VoilS pourquoi le poète a dit : que là tt tu consiste i savoir de quellç manière on doiticqnérirdu bien ^t comment on es doit uaerqo»i| ob en aacquis.Les hommes prescrivent dc*rè(ile9|

INSTITDTIOÏÇ l^gtTill-*- — '-^îl?, ^\

par où Ton peut augmenter son qu'ils voient que plusieurs manquent en ce et font fort mal leurs affaires ; mais ee nVit ^ là la vertu dont la pratique est proposée m sage. La vertu ne consiste point à amasser des richesses, puisque ni leur acquisition, ni leur possession ne dépendent de notre liberté, et que les méchans y réussissent mieux que les gens de bien. La vertu n'a garde de s'at^isser josqu*à poursuivre des choses qu'elle méprise ; elle ne quittera pas les trésors incomparables du ciel , auxquels elle est attachée par ses pensées et par ses affections, pour courir après Tombre do siècle. Elle s'occupe principalement à rechercher des richesses que l'injustice des hommes ni la rigueur de la mort ne nous peuvent ravir. C'est pourquoi ce qui suit dans le discours de Lucilius est véritable : que la vertu consiste à connaître quel est le juste prix des richesses. Le sens de ces vers est presque le même que celui des précédeos; mais ni Lucilius, ni aucun philosophe n'a pu savoir quel est ce prix. Ce poète et tous ceux qu'il a imités ont cru que , pour fsiire un bon usage des richesses que Ton possède, il n'y a qu^à avoir de la modération , ne point faire de festins trop magniâques , et ne point dissiper son bien en dépenses superflues ou honteuses. Quelqu'un me demandera peut-être si je nie que ce 90it une vertu que d'en user de la sorte. Je ne le nie pas, car si je le niais, il semblerait que j'approuve le désordre; mais je nie que ce soit là la véritable vertu. (Test une vertu qui n'a rien de céleste, qui rampe toujours sur la terre, et qui ne s'élève jamais au-dessus. Lorsque j'expliquerai les devoirs de la piélé, je ferai voir quel est l'usage légitime des richesses. Ce que Lucilius ajoute n'est nullement conforme à la vérité ; car se déclarer l'ennemi des méchans ou le protecteur des gens de bien, est quelque chose de commun aux gens de bien et aux méchans. Il y en a plusieurs qui , par le désir de parvenir aux grandes charges , affectent de se mettre en réputation d'une rare probité; Ils font pour cela quantité d'actions que font aussi les personnes de vertu, et les font avec d'autant plus d'ardeur et d'autant plus d'éclat, qu'ils ne les font qu*à dessein de tromper. Plût à Dieu qu'il fût aussi aisé d'être homme de bien qu'il est aisé de ftiire semblant de Têtre. Ixirsque ces personnes-là sopt arrivées au comble

digaîfét,

qu'à OD InHBK ée lâs tf«fllK9P's«ie 4^ lovtéger loeev^IftaiL iMMMtefei coter qo'à citry |wiw : gr y<

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les maintfa fkftoire, fw mtm ^'^ nO^st 4t Dieu. Les médMM mm yelfiiiiiii « ^m grand nombre et m mOtmtt «MSn^wit ^tie les gens de biea , ée twie lyifi ae fM }«« moins de boobeor et de fiHior ^MT V» «wivi^ Qui ne sait qoe b victoire or • an ym nm^wi déclarée pour la joiiiee? Le mm¥A pmU t ^mvent été le plos fort, et em et Vk ^m ^msm l'oppression de la lîberfé palilî^t et féiaÉC^ sèment de la tyrannie. LTmêmn m UmUt nm^ plie d'exemples de ee que je dis. Je im m^ tenterai tfen rapporter «b : Pknipée %mkm défendre les gens de bien et prit le* «mi yêm la république, pour le léoit et piMirb Ifterf^; mais ayant été valneo avec la liberté qn^i dé* fendait , il eut la tête trandiée par b perMe des eunuques de b eour d'tgfpie , et M >lé sans sépulture. La vertn ne eomifte doBt «i k se déclarer l'ennemi des médians oa b prviteeteur des gens de bien , paisqa*elle ne peot éire exposée à l'incertitude des événememi. Im vertu consiste à regarder les avantages de notre pétrie comme nos propres avantages. En effet , si Ton avait ôté la bonne intelligence d'entre bs Immimes , il n'y aurait plus de vertu. Les avantage* de notre pays ne tendent -ib pat an dommage de nos voisins ? Pouvons-noos étendre nos frontières sans les chasser de leurs terres ou sans les assujettir à notre domination P Ce n'est pas là une vertu , c'est le renversement de tonte vertn; c'est briser la société humaine , bannir rinnocenoe et la justice qui ne peot demeurer ao milieu des armes et qui se retire ao brolt de b guerre. C'est avec grande raison que OWmn a dit : que cem qni avouent qu'il faut avoir égard à ses concitoyens et ne point se soucier des

LACTANCE

étrangers, rompent la société du genre humain et anéantissent en même temps la bontés la libéralité et la justice. Garde-t-on la justice dans le temps que Ton nuit à quelqu'un, qu'on le hait, qu*on ledépouilie,qu'on le tuePCest cependant ce que font ceux qui s'efforcent de procurer les avantages de leur pays. Us ne savent pas seulement ce que c'est qu'un avantage; ils s*imaginent qu'il n'y a rien d'avantageux, d'utile ni de commode que ce que l'on peut tenir entre les mains, isi toutefois on y peut tenir ce que Ton en peut arracher. On élève jusqu'au ciel, par deslouanges excessives, ceux qui procurent ces avantages à leur patrie , c'est-à-dire ceux qui remplissent le trésor public des richesses des villes mises à feu et à sang et des dépouilles des nations vaincues, et on se persuade qu'ils sont montés au comble de la vertu. Cette erreur n'est pas seulement soutenue par la multitude, elle est autorisée par les philosophes. Lorsqu'ils traitent des devoirs des personnes qui sont engagées dans la profession des armes, ils ne règlent pas leurs sentimens sur la justice ou sur la vertu ; ils les rapportent à l'usage de la vie présente, qui est fort différent de la vertu, comme tout le monde peut le reconnaître et comme Gicéron le déclare en termes exprès, a Nous ne concevons , dit-il , aucune image fidèle et sincèrç du droit et de la justice ; nous n'en avons que l'ombre , ou pas même l'ombre : il serait à souhaiter que nous eussions du moins cette ombre qui nous représenterait quelque trait de la vérité. j> Ge n'est donc que limage de l'ombre que les philosophes ont prise pour la justice. S'ils n'ont pas la justice, jont-ils la sagesse? Gicéron avoue sincèrement qu'ils ne l'ont point. «Lorsque, dit-il, on appelle Fabricius généreux, ou Aristide juste, on cherche des exemples, et on propose l'un de ces anciens comme un modèle de courage et l'autre comme un modèle d'équité ; car aucun d'eux n'a possédé en effet la sagesse dans la perfection dont nous tâchons de former ici l'exemple. Gaton et Lslius n'ont pas été sages, bien qu'on leur en ait donné le nom. Les sept , tant vantés par la Grèce, ne l'ont pas été non plus. Ils n'ont eu qu'une vaine apparence de sagesse, fondée seulement sur l'habitude qu'ils avalent de s'acquitter plus exactement que le peuple des devoirs ordinaires de la vie civile.» Voilà donc des philosophes sans sagesse , et ceux qui

paraissent justes sans justice ; mais les descri|K tions que l'on fait de ces vertus nous impoiai, parce que, pour connaître la vertu , il faut anir la justice et la sagesse. O nul ne les a s'ils les a reçus de Dieu même.

Vn. Geux qui n'ont été mis au nombre es sages que par une erreur et une suq>rise qoicA maintenant reconnue et avouée de tout lemaik, ont été trompés par des fausses apparences tf n'ont embrassé que des ombres et des fintteei La voie trompeuse qu'ils ont suivie a divers tftours qui sont fonnés comme par les txpm des opinions et des sectes dans lesqudleslsK sont égarés. Gar, comme le chemin de la sage» a quelque apparence de folie , ainsi que je ïi fait voir dans le livre précédent , le cbemiaè la folie a aussi quelque apparence de sagesie, qui est conservée par ceux qui ont assaè lumières pour découvrir la folie du peuple. Sis chemin a des vices manifestes, il a aussi quelque image de la vertu ; s'il a des iiyustioes qt l'on ne saurait d^uiser, il a aussi une ooibiei justic^ que l'on ne saurait s'empècberj d'aï» cevoir. Gomment le guide infidèle qui est àla tii pX>urrait-il y engager une si prodigieuse wà titude , s'il n'y semait des attraits capables dek tromper? Dieu ne désirant pas dèDouvrir ta mystères, a placé à l'entrée de son cbemîDàs choses que les hommes ont roépr isées,à caoïeè quelque sorte de bassesse ou d'infamie dooteb leur paraissaient mêlées , afin que s^éloignaiËè la sagesse et de la vérité qu'ils cherchaient aucun guide, ils tombassent dans les qu'ils auraient bien voulu éviter. Le gaii trootpeur qui est à l'entrée du chemin de h mort montre plusieurs détours à ceux qu'il fcit perdre, soit à dessein de leur persuader qil sait faire la différence du bien et du mal, de I vérité et du mensonge , ou en effet par la seé raison que les mêmes vertus' ne sont pas proptf indifféremment à toutes sortes de persomiei, et que comme il y a plusieurs dieux, il y aaioi plusieurs moyens de se perdre en les honorât Ge guide ne mène pas les dâ>auchés par k même chemin par où il mène ceux qui sembM conserver quelque sorte de retenue et dliiiBilité. 11 mène les ignorans par un autre chcù que les savans, les lâches par un autre que les courageux , le peuple par un autre que les philosophes. Le chemin par où il mène les phihh

sopbes es4 encore divisé par des routes particulières ; car il détourne un peu du grand chemin ceux qui n*ont pas d'aversion des voluptés et des richesses, et il tratne à travers les précipices ceux qui font profession de mépriser les biens de la terre et de ne chercher que la vertu. Ces sentiers-là semblent un peu plus écartés que le grand chemin; mais il n'y en a aucun qui n'y ramène. Le guide qui avait séparé les philosophes d'avec le peuple et les savons d*avec les ignorans, les rassemble tous à la fois et les réunit dans le culte des faux dieux pour les égorger du même for, et pour les foire périr du même genre de mort.

Le chemin de la vérité, de la sagesse, de la vertu et de la justice est unique. Nous y marchons du même pas , et dans la même disposition de cœur, parce que nous n'y servons que Dieu, le seul objet de notre culte. Ge chemin est étroit parce que la vertu est une foveur qui n'est pas accordée à tout le monde. Il est droit et rude, parce que la vertu est assise sur une hauteur où Ton ne saurait monter sans peine.

VIII. Les philosophes cherchent ce chemin sans le trouver, parce qu'il n'y a sur le terre aucun vestige, par lequel on le puisse reconnaître. Ils s'égarent comme sur une vaste mer où ils n'ont point de pilote. Il fout chercher ce chemin sur la terre de la même sorte que les pilotes cherchent le leur sur la mer, en regardant le ciel et en observant les astres ; c'està-dire, pour parler plus clairement , que ceux qui désirent marcher dans le chemin de la vie doivent suivre Dieu et non les hommes , l'adorer lui seul et non les idoles, rapporter toutes leurs actions à leur àme et non à leur corps, tendre à la vie éternelle et non à cette vie passagère. Si vous levez les yeux au ciel et que vous preniez le soleil pour le guide de votre navigation, cette lumière spirituelle qui remplit l'esprit d une plus vive splendeur que celle dont le soleil visible éclaire l'univers, vous conduira sûrement au port de la vertu et de la sagesse. Il fout pour cela recevoir la loi de Dieu que Gicéron a décrite dans le troisième livre Des Lois, dans des termes si excellens que j'aime mieux les lui emprunter que d'en chercher d'autres qui seraient peut-être trop diffus et n'auraient pas la même force, a La véritable loi c'est la raison droite et conforme à la nature , qui est i

répandue dans le cœur de tous les hommes, qui est uniforme, stable et éternelle, qui commande le bien et qui défond le .mal. On ne peut ni s'y opposer, ni y dénier, ni Fabolir. Ni le sénat ni le peuple n'en peuvent accorder aucune dispense. U n'en fout point chercher d'explication ni de commentaires. 11 n'y en a point une pour Rome et une autre pour Athènes, une pour le temps présent et une autre pour le temps avenir. Elle sera toujours la même, et dans tous les tempselle gouvernera tous les peuples. Celui qui l'a inventée et publiée est un l^islateur, un seigneur et un Dieu éternel, duquel on ne peut s'éloigner sans se perdre et auquel on ne saurait désobék sans renoncer à sa propre nature, ce qui serait un diàtiment fort terrible quand mène on pourrait éviter les autres. » Y a-t-il quelqu'un, quelque bien informé qu'il soit des mystères de notre religion , qui pût trouver des termes plus propres à parler de la loi de Dieu que ceux que cet auteur a employés, bien qu'il kx fort éloigné de la vérité? Pour moi, je me persuade que ceux qui la publient de cette sorte sans la connaître sont inspirés de Dieu. Si Cioéron avait aussi bien expliqué les préceptes de cette loi qu'il en a découvert l'origine et le pouvoir, il aurait rempli le devoir non d'un philosophe, mais d'un prophète. Puisqu'il ne Ta pas foit, c'est à nous, qui avons reçu cette loi de la main du Seigneur souverain, de la puissance duquel relèvent tous les peuples de l'univers; c'est à nous, dis-je, à tâcher de le foire. IX. Le premier commandement de cette loi est de connaître Dieu et de n'adorer que lui. En effet, quiconque ne connaît pas son créateur et l'auteur de son àme, ne mérite pas le nom d'homme. Ne connaissant pas Dieu, il s'abaisse jusqu'au service des idoles,qui est le plus grand de tous les crimes. Cet éloignement de la source de la vérité et de la justice ne peut porter qu'au mensonge et au péché ; car quand ceux qui ne savent pas la loi de Dieu auraient de bonnes intentions, ils prendraient les lois de leur pays pour des lois véritables, bien qu'elles ne soient point établies sur le fondement de la justice. Car d'où vient la diversité si prodigieuse des lois qui se rencontrent par tout le monde , si ce n'est de ce que chaque nation a établi celles qu'elle a jugé être les plus avantageuses à ses intérêts. Or on sait combien l'intérêt est contraire à la

LACTANCE

justice, et on ne le reconnaît que trop par la pratique desRomains qui, en déclarant la guerre à leurs voisins, et en leur Faisàiit les dernières violences aTéc quelfc|ùe formalité de justice^ ont enlevéieursbienset usurpé rempirede Tunivers. Tous ces peuples s*inia[;inent observer là justice quand ils ne font rien qui soit contraire à la dispositioD de leurs lois , bien que pour Tordi* nàire ib ne se tiennent dans les bornes du de-^ voir que par Tapp^éhension du chàtimetit. Supposons iléannioiÈis qu'ils obéissent aui lois par leur incliflatton et pai* Un pur mouvement de leur liberté , montrent^ils le titre d'exacts observateurs de la justice^ pour avoir déffiré à des lois inventées par des hommes qui ont pii se tromper, et qui ont peutH&tre M Aîrt injii9tés? Oh doit mettre en oe rang-là les auteurs des Ms des Douze Tables , qtii se sont aceonunodés au temps , et qui ont travaillé pour lé bieii pn^ blie. Il y a donc une grande différence entre le droit civil , qui change selon le génie des pmpies , et la justice , qui est simj^le , unique et uniforme , et qui hè peut plus être ignorée que par ceux qui ignorent Dieu d*où elle procède comme de sbn principe. Demeurt>ns d'accord que quelqu'un peut acquérir de îéritàbles vertus par les forces de sa nature, tel que Ton dit que fdt autrefois Gimon TAthéniën , qui distribuait de l'argent à ceux qui en avaient besoin , qui invitait les pauvres à manger avec lui , et qUi donnait deè habits à ceux qiii étaient nus. 11 faut pourtant avouer que si la eonnaissance de Dieu, qui est le premier et le plus nécessaire de tous les biens , lui manque , ses Vertus seront inutiles , et la peine qu'il aura prise pour les acquérir ne lui servira de rien. Sa justice resseml>lera à un corps qui , bien qu'il éit tous ses membres dans la disposition où ils doivent étre^ n'a point de vie ni de sentialent^ parée qu'il n'a point de tète. Ces membres-là n'ont que la figuré extérieure et n'ont aucun usage ^ comme la tète n'a aussi aucun usage quaUd elle est séparée des membres. Celui qui ayant la connaissance de Dieu vk dans le crime , ressemble à une tète qui n'a point de corps : il a le principal et le plus nécessaire , mais il n'en tire aucun fruit , parce qu'il n'a pas les vertus qui sont comme les membres et les organes sans lesquels il ne peUt faire de fonction. Pour donner au corps 1 spirituel dont oous parlons la vie et le aenti- I

ment, et pour mettre la dernière main àlliomBe intérieur, il faut que les vertus, qui sont comme autant de membres, soient jointes à la oonnaiisanee de Dieu , qui est odnimé la tête qoi leir communique la vie; La tète tôt le principe en sentimens et du mouvemeiit. Bien qii'die m puisse vivre quaud elle est séparée de ses mciBbres , elle peut se passer de plilsteurs. CëÉl ai défaut que de manquer de quelques -tt» : mais avec ce défaut on né ùtsèe pad de ytnt Cést une image de Fétàt ofi se trouvent ail qui , bien qu'ils èonhaissent Dieu , de laisMË pas de commettre quelque pébhé; Dteii {MéMie ces péchés-là ; mais il ne pardonne point ftÊÊ^ délité de ceux qui he conhais^etit fias son On peot vivt% lorsqu'on a pérda qoekpies bres ^Énais on ne peut vivre toraqu^on n'aplÉ de tète. Ainsi, quelque vertu que setnMent aftf les philosophes ^ il est certain qu'ils ne saflii rien. liCur vertu et leiu* doctrine n*oitt psilk à principe , puisqu'ils ne ebnnaiasent pas Htài qui est l'unique principe de toute doctita ê de toute vertu. Quiconque né le eeniiatt pââ est aveugle quoiqu'il voie , et sourd qttsii|ifl entebde, et muet quoiqu'il parle ; mais dis fA commencera à le connaître , il oomnaiMieera à voû*, à entendre et à parier. Il alors à avoir une tète qui est le siège des IÉÉ| et 06 sont les yeux , les oreilles et la hapk Celui-là voit , qui reconnaît par les jem II l'esprit la vérité , qui est Dieu même ; fâdaii entend , qui reçoit les eommuidenieiis de Dki au fond de son eœur ; celui-là parle ^ qui ^lÉip la grandeur et la mijesté de Diesi. Ainsi tM qui ne connaît point Dieu est sans doM M impie ; et toutes les vertus qu'il croit avoir m trouvent ensevelies sons les ténèbres dont iedn^ min funeste où il marche est esuveit .; CTcsi pas» quoi personne ne doit se glorifiei^ de vaines ou hiutiles, parce qu'il eàt misérable, puisqull se prive des ÉTantagcs d| *ia vie présente, mais encore eitratagànt, pai» qu'il entreprend en vain de grands Iravam. il effet , sans l'espérance de rinuiioirtaltté fin Dieu procure à ceux qui le servent dans religion, et que nous attendons comme la récompense de la vertu, c'est une oeeupatioadt* plorable de travailler pour acquérir des vertisqii ne produisent que des peines et des miserai ■ la vertu consiste à supporter eooiragousanisnt i

INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE Vl.

m là

pauvreté, le bannissemenr, la douleur et la mort, que le peuple prend pour des maux insupporta* blés, pourquoi les philosophes assurent-ils qu'elle ne doit £tre recherchée que pour elle-même? Est-ce qu'au lieu de mener une vie tranquille et commode , ils prennent plaisir à souffrir dea ai^itations et des traverses qui ne leur serrent de rien ? Si les âmes sont sujettes à la mort , et si les vertus s'évanouissent en même temps que le corps se résout en pourriture, pourquoi refiiaerions-nous de jouir des biens que Dieu nous présente en cette vie, et pourquoi nous déclarerions-nous nous-mêmes méconnaissans de sa bonté ou indignes de sa foveur ? Il est vrai que pour posséder ces bienfr-là, il faut commettre descrimes ; car quand on demeure dans 1^ bornes delà vertu et de la justice, ou n'a que de la patt* vreté. Ce n'est donc pas être sage que de se priver des biens dont les autres jouissent en cette vie, et préférer à ces biens-là les travaux, les tour» mens et les misères , sans pouvoir espérer aucun autre avantage plus considérable. Que s'il faut embrasser la vertu par la raison que marquent ces philosophes^ qui est que Thomme est né pour Tacquérir, il faut sans doute être consolé par l'espérance de quelque récompense au milieu des fatigues et des misères où engage hi poursuite delà vertu. Elle ne passerait jamais pour un bien , si elle n'était suivie de quelque douceur qui tempérât son amertume. On peut dire de la naéme sorte que^ si la privation des biens présens n'était comme compensée par la jouissance dé quelques autres biens, il n'y aurait pas de prudence à s'en priver. Or il n'y en a point d'autres que ceux de la vie étemelle, comme je l'ai fait voir daus le troisième livre de cet ouvrage. Il n'y a que Dieu, qui nous a proposé la vertu, qui nous puisse donner cette vie étemelle en réconh pense. Notre principal devoir est donc de le connaître et de le servir; l'unique espérance de notre salut est fondée sur ce devoir : c'est le premier degré de la sagesse de savoir qui est notre véritable père , de l'honorer et de lui obéir avec tout le soin et toute la soumission dont nous pouvons être capables.

X. Après avoir parlé des devoirs qui sont dus à Dieu , je dirai quelque chose de ceux qu'il faut rendre à Tliomme , bien que ceux que l'on rend à riHHnmc retournent en quelque sorte à Dieu, puisque Tbomme est son image. Le premier

devoir de la justice nous attache à Dieu, et le second nous attache à l'homme : le premier s'appelle religion et le second humànilé. Cette première vertu est propre et (larticiilière aux justes et aux serviteurs de Dieu. Il n'a pas donné ^ la sagesse aux bêtes, mais sulemelit des armes pour leur défense. Au contraire, ayant fait naître l'homme nu et faible, il lui a donné la sagessV pour éviter les peines et pour se garantir âét disgrâces; mais il lui a donné en même tettfK l'humanité pour aimer, pour secourir ëf pour défendre les autres hommes : c'est l6 Hen de toute société, que nul ne peut rompis lélis iie rendre coupable d'un parricide. Noua adiililies tous unis de parenté, puisque nous sottnié» tous de^ cendus du premier homme qùeDiêli avait fbrmé^ et ainsi on ne peut sans erime haïr un hoÉnme^ quand même il serait eoopaMe. C'est pour ceM que Dieu nous a défendu d*entreCenir ni d'inimitié, ni de haine. De ptaMi nous sommes toué frères, puisque nos àittes cmt été Td^uvre dé Dieu. Cette union est plus étroite et plus sainte que celle du corpa ; et Lucrèce ne s'est pas trompé quand il a dit qUe nous sommes toiÉH originaires da del et tous descendus du même père. Il fiitot done regarder comme des bêtes farouches ceux qui , s'étant dépouillés de ttHit sentiment d'humanité, volent les hommes, les tourmentent et lès font mourir. Dieu vedi que nous entretenions si religieusement cette union fraternelle, qu'il nous défend de faire dH mal à personne et nous commande de feire du bien à tout le monde. Il explique ce que c'est qtiè de faire du bien, en disant : que c'est assister nos frères dans le besoin et leur donner de <}Hoi vivre quand ils soht dans la pauvreté; C'est pour cela que Dieu a ordonné que nous vécussions en société et que nous considérassions en chaque personne la nature qui nous est commune. Nous ne méritons pas d'être assistés si nous refusons d'assister les autres.

Les philosophes li'ont laissé aucuns préceptes sur ce sujet, et ayant été éblouis par Féclat d'une fausse vertu, ils ont ôté à l'homme lA miséricorde, et accm les maladies qu'ils promettaient de guérir. Bien qu'ils demeurent d'accord qu'il faut entretenir le lien de la société civile, ils le rompent par la rigueur inflexible qu'ils attribuent à la vertu.

Je réfuterai en cet endroit Terreur de o^ut

LACTANCE

qui croient qu'il ne faut rien donner à personne. Ils rapprochent plusieurs raisons par lesquelles ils disent que les hommes ont été obligés de bâtir des villes. Ils assurent que ceux qui étaient nés de la terre vécurent dans les forêts sans entretenir aucune société, ni par le discours, ni par les lois; qu'ils n'avaient point d'autres lits que des herbes et des feuillages, d'autres maisons que des antres et des cavernes, et qu'étant exposés aux incursions des bètes, ils servaient souvent de proie à leur cranté ; que ceux qui étaient échappés d'entre leurs dents, et qui avaient vu dévorer leurs proches,avaient imploré par gestes les secours des autres hommes, et ayant donné des noms à chaque chose, avaient inventé Tusage de la parole; qu'ayant reconnu que, bien qu'ils fussent nés ensemble, ils n'étaient pas pour cela en sûreté contre la violence des bétes ;ils se fermèrent de murailles, afin que leur repos ne fût plus troublé durant la nuit. Que les esprits qui ont inventé ces bagatelles étaient faibles ! Que ceux qui les ont publiées et qui en ont voulu conserver la mémoire étaient imprudens I Quand ils ont vu que les animaux avaient reçu de la nature l'inclination de s'assembler et de s'attaquer les uns les autres, d'éviter le péril, de se retirer dans des antres, ils se sont imaginé que les hommes avaient appris de leur exemple ce qu'ils devaient craùidre et ce qu'ils devaient rechercher, et que jamais ils ne se seraient assemblés, ni n'auraient inventé l'usage de la parole, si quelquesuns d'entre eux n'avaient été mangés auparavant par les bètes.

D'autres ont soutenu que cette imagination est extravagante , comme elle l'est en effet, et ont assuré que les hommes ne se sont point assemblés par le seul désir de s'opposer à la violence des bètes, mais par un sentiment qui les éloigne de la solitude et leur fait rechercher la compagnie.

Leur différend n'est pas fort grand : ils semblent s*accorder au fond, bien qu'ils n'apportent pas la même raison des premières assemblées des hommes. L'une et l'autre était possible ; mais ni Tune ni l'autre n'est vraie. Les hommes ne sont pas nés de la terre, ni des dents d'un dragon , comme les poètes l'ont feint. Le premier homme a été formé parles mains de Dieu, et la terre a été peuplée de ses descendans, de

la même sorte qu'elle Ta été par les enfalis k Noé depuis le déluge. Les hommes n'ont jam» été sur la terre sans avoir l'usage de la parole, comme chacun le reconnaîtra aisément par peu qu'il ait de lumière. Supposons néanmoin qu'il y ait quelque vérité dûis ces Cadoles, qt dlmpertiuens vieillards ont inveotées dnnats trop grand loisir, et détruisons-les par hi mêmes moyens par où ils s^efforcent de les te blir. Si les hommes se sont assemblés pour le pouvoir secourir mutuellement , il ne leur kâ point refuser le secours qu'on leur peut rcoAt Ceux qui refusent l'assistance qu *ils panât rendre, se privent de celle qa*ils poôrraiot recevoir ; et il faut même qu^en refusant dMt ter les autres , ils se persuadent n'avoir beM de personne. Quiconque se retranche ainsi étï société humaine ne peut plus vivre d'une manière que les bêtes. Geiix qui ne se variai pas abaisser à ce genre de vie , sont oUigéi d'entretenir la société, de rendre aux asmi tous les secours qu'ils peuvent, et d^en attcaèc de semblables quand ils en auront besoin.

Que si les hommes ne se sont assemblés^ par un mouvement d'humanité et de tendras, ils doivent se connaître et s'unir par ce ment; et certes si ceux qui étaient encore f grossiers et si ignorans qu'ils n^avaient usage de la parole, ont témoigné par leurs gais l'inclination qu'ils avaient d'établir entre une communauté, ceux qui mènent une fort polie , et qui sont si fort accoutumés I h fréquentation des autres qu'ils ne poumiol soufFrir la solitude , ne doivent-ils pas ètfe ocore plutôt dans ce sentiment ?

XL il faut avoir des sentimens d'humanité,! nous voulons retenir le titre d'homme. 0 qu'est-ce autre chose d'avoir des aentSnca d'humanité, si ce n*est d'aimer les hommes pott qu'ils ont la même nature que nous? Il n^ft rien de si contraire à la nature de l'homme^ la dissension et la discorde. Cette parole à Gicéron est très-véritable, «qu'un homme ^ suit les sentimens de la nature ne saisît jamais nuire à un autre homme.» Si c'est tft action contraire à la nature que de nuire àH homme , ce sera une action conforme à la natit que de l'assister. Quiconque manque à ce deirir renonce à la qualité d'homme. Je denu i* volontiers si ceux qui soutiennent qu^un

sage ne doit point être touché de compassioD, s'ils en voyaient un qui aurait des armes, et de qui un autre, qui aurait été enlevé par une bète farouche, implorerait le secours, il le devrait secourir ou l'abandonner, lis ne sont pas assez impudens pour nier qull dût fiiire ce que l'humanité demande en ces occasions. Si un homme était au milieu d'un incendie ou sous les ruines d'une maison , ou s'il était tombé dans Teau soit d'un fleuve ou de la mer, n'avoueront-ils pas que l'humanité oblige à le secourir? Us ne seraient pas hommes s'ils ne l'avouaient ; car il n'y a personne qui ne puisse tomber en quelques-uns de ces dangers. Ils demeureront d'accord qu'un homme de corar fera tout ce qu*il pourra pour sauver celui qu'il verra en danger de périr. Ceux qui n'oseraient disconvenir que l'humanité oblige à sauver ceux qui se rencontrent dans ces périls , ont-ils quelque raison pour prétendre que l'on n'est pas obligé de secourir ceux qui sont pressés de la foim ou de la soif, ceux qui n'ont point d'habits pour se couvrir durant la rigueur du froid. Bien qu'il y ait la même raison pour assister ceux qui tombent dans les hasards extraordinaires d'un embrasement ou d'un naufrage, queceuxqui sont dans la nécessité plus commune de la pauvreté, ils y mettent de la différence, parce qu'ils mesurent toutes choses par leur intérêt, et qu'ils espèrent que ceux qu'ils auront délivrés d'un danger leur en témoigneront de la reconnaissance; au lieu que les pauvres qu'ils auront assistés ne leur en témoigneront jamais , parce qu'ils périront bientôt de misère. Cest de ce sentiment que vient cette exécrable parole de Plante : « Que celui qui donne l'aumône à un pauvre lui rend un mauvais office ; car outre qu'il perd ce qu'il lui donne , en prolongeant sa vie il prolonge aussi sa misère.» On peut néanmoins excuser Piaule d'avoir mis ces paroles dans la bouche d'une personne à qui elles convenaient. Mais peut-on excuser Gicéron d'avoir conseillé dans les livres des Offices de ne rien donner à personne? Voici comment il parle: «Les largesses que Ton fait de son propre bien en épuisent le fonds , et ainsi la libéralité se détruit en quelque sorte elle-même; car plus on l'a exercée , et moins on est en pouvoir de l'exercer. » Il ajoute un peu après : « Y a-t-il rien de si extravagant quedese mettre en état de ne pouvoir faire long-

temps ce que Ton fait avec plaisir ?d Voilà comment ce professeur de la sagesse détourne les hommes des devoirs de l'humanité, et conmient il les avertit d'avoir un plus grand soin de conserver leur bien , que d'observer la justice. U a si bien reconnu lui-même que ce conseil est cruel et criminel , qu'il semble l'avoir rétracté en un autre endroit , où il s'explique de cette sorte : « U faut pourtant donner quelquefois , et faire ipart de son bien à des personnes capables.» Qui sont les personnes capables, sinon celles qui peuvent reconnaître les bienfaits ? Si Gicéron vivait encore , je m'écrierais , en lui adressant la parole : Vous vous êtes ^ré en cet endroit ; vous avez ôté la justice d'entre les hommes, quand vous avez r^lé sur l'intérêt les devoirs de l'humanité et de la piété. Ce ne sont pas ceux qui peuvent témoigner de U reconnaissance qu'il ftut assister ; ce sont principalement ceux qui n'en peuvent témoigner : car quand vous les aurez soulagés sans espérance d'aucune reconnaissance, vous vous serez alors acquitté des devoirs de la justice, de la piété et de l'humanité. Voilà en quoi consiste la véritable justice dont vous nous accusez de n'avoir pas [seulement l'image. Vous dites en plusieurs endroits de vos ouvrages que la vertu n'agit pas par intérêt , et vous avouez dans le livre des Lois que la libéralité est généreuse , et qu'elle ne demande point de récompense, a U est certain, dites-vous en un endroit, que celui qui est libéral et bienfaisant ne cherche que la gloire de son action , et ne songe point an profit qu'il en peut tirer, d Pourquoi donc dites-vous en un autre endroit que vous n'obligerez que des personnes capables de le reconnaître ? N'est-ce pas que vous en voulez recevoir la récompense ? Selon vos conseils, oa laissera mourir un homme de faim et de froid , quand on verra qu'il ne sera jamais en état de reconnaître les secours qu'on lui aurait rendus. Un homme qui sera dans l'abondance et dans le luxe n'en soulagera pas un autre qui sera dans la dernière nécessité? Vous dites que la vertu n'attend point de récompense , et qu'elle mérite d'être recherchée pour elle-même. Jugez donc de la justice qui est la première et comme la mère de toutes les vertus, non par votre intérêt , mais par son propre prix , et mettez vos bienfaits entre les mains de ceux qui ne vous

LACTANCE

peuvent jamais rien rendre. Pourquoi choisissezvous les personnes? Vous devez regarder comme des bomnes tous ceux qui implorent votre secours dans la croyance que tous avez de Thnmanité. Gardez la justice , et défiiltes-vous de Fombre et de Tappareoc». Donnea aux aveugles, aux boiteux , aux estropiés , à ceux qui sont dépourvus dç secours et qui sont en danger de mourir si voua no les assistez. S'ils sont inutiles aux hommes, ils ne sont pas inutiifs à Dieu , puisqa^ti leur laisse lai jeuissanee de la via. Pail;^ ce que vous pourrez pour la conserver. Quicon* que pouvant assister un homme qui est en danger de mourir ne l*as8iatç pas , est la cause de sa mort. Gem qui aat renoncé aux sentimens de la nature , et qui ne savent paa quelle est la solide récmnpense des bonnes actions, perdent leur bien par Vappréheniion de le perdre ; ils tondMut dans Tinconvénient qu'ils veulent éviter , qui est qu'ils ne tirent aucun profit de ce qu'ils dépensent , ou qu'ils n'en tirent qu'un profit qui ne dure que fort peu de temps, ils refusent une légère aumône î un pauvre , et aiment mieux perdre Thumanité que la moindre partie de leur bien ; et tu d'autres occasions , ils font des dépenses qui sont tout ensemble et immenses et inutiles. Que dirons^noua de eeux qui emploient à des jeux et à des combats des richesses qui suffiraient à nourrir lea habitans d'une ville entière , si ce n'est que ce sont des furieux qui prodiguent leur bien sans que personne en tire aucun fruit? Il n'y a point de plaisirs qui soient de longue durée. Oeux qui se prennent par les yeux ou par les oreilles passent plus vite que les autres. Ceux qui en ont joui les oublient aussit^, et ne se sentent point obligés à eeux qui ont fiiit de grandes dépenses pour les leur procurer. Ils réussissent quelquefois si mal, qu'ils n'excitent que des plaintes; et quand ils réussissent , ils n'attendent qu'un applaudis-^ sèment de peu de jours. Voilà comment des hommes vaina dissipent leurs biens en de folles dépenses.

Ceux qui les emploient h des ouvrages plus solides et à élever de superbes édifices qui puissent conserver à la postérité la mémoire de leur nom, se conduisent-ils avec plus de sagesse? Il est certain qu'ils ne font pas fort bien de ca-» cher leurs trésors sous la terre. Il n*y a point de monumens qui soient éternels. I^es louanges

ne servent de rien aux morts. Lea pins magoi' fiques bàtimens peuvent être renversés par m tremblement de terre, ou consumés par un einbrasemeot , ou ruinés par l'irruptioB d'une armée, ou ruinés enfin par la suite des temps; car, comme dit Torateor romain : «Il n^ aucun onvrage de la main des hommes que hi kmguear du temps ne détruise. » U n'y a que la justice et la libéralité qui croissent de jour en jour. Gem qui exercent la libéralité envera leurs eoBôtoyens et leurs amis font mieux aaoa deiie que ceux qui donnent des jeux et des eonbsn au peuple, parce que ce qu'ils donnent n'eil pas tout à fait perdu; mais ils ne donnent pa encore de la manière qu'il faut. Pour Ûoi donner, il fout donner à ceux qui aont dans ta nécessité. Tout ce que l'on donne à des pensenés qui n'en ont pas besoin, ou ce que Ton door à des personnes qui le pourront rendre, est mI donné. Il n'est pas donné selon la justice, poi^ que, quand on le retiendrait, elle n'en sersk point blessée. L'unique devoir de la justice et de la libéralité est d'employer son bien I nourrir les pauvres qui sont dans un extréon besoin.

XII. Voilà quelle est la parfoite justice qâ entrelient la société civile diont parlent les philosophes. Le véritable usage des richesses est it les employer non pour son plaisir, mais pav la conservation de plusieurs personnes par a motif d'équité , qui est une vertu qui demeurs toujours.G'est donc une maxime constante :qi1i fout faire Is charité sans intérêt. Il n'en hM attendre la récompense que de Dieu; et que»» que l'attendrait d'un autre, ferait un trafic aa lieu de faire une charité. Il n'aurait obligé psr sonne et n'aurait agi que pour son propre am* tage. Ce n'est pas que celui qui foit du bien I un autre sans attendre rien die lui , n^ troufi aussi son propre avantage , puisqu'il en rceeil la récompense de Dieu. La miséricorde doit tel* lement entrer dans toutes les actions de notrs vie, que Dieu nous commande d'inviter à oi festin ceux qui ne sauraient nous le rendre. Oi n'est pas qu'il nous défende de converser et 4$ manger avec nos proches et avec nos amis, pourvu que nous fassions différence des devoirs de la société et de ceux de l'amitié. L'hospitalité est une vertu fort nécessaire, comme les philosophes en demeurent d'accord ^ nais Si

* détournent le xours que la justice lui donne 1 pour rappliquer à leur profit, a Tliéophraste , =1 dit Gioéron , a donné à Thospitalité les louanges B qui lui sont dues, et il n'y a rien en effet de ■ plus s^ieux que de voir les maisons des per- ^ sonnes de condition ouvertes aux étraugers 1 qui sont considérables ou par leur naissance :* OU par leur mérite.» Il s'est trompé ici de la «' même sorte qu'auparavant quand il a dit qu'il ? faut faire du bien à des personnes capables de t le reconnaître. La maison d'un homme sage et *i d*un homme juste doit être ouverte non à des M personnes illustres et éminentes en dignité, « mais aux plus pauvres et aux plus méprisables. t Ces personnes illustres n'ont besoin de rien; A leur propre grandeur leur suffit. Toutes les ac- •F lions d'un homme juste doivent être des bien- ( faits. Qr un bienfait périt quand il est rendu. Il f ne nous est plus dû, dés que l'on nous en a payé r le prix. La justice veut que les bienfoits soient t entiers , et ils ne le sont jamais s'ils ne sont faits j à des personnes qui ne les peuvent reconnaître. n Goéron n'a considéré que l'intérêt, quand il a j dit qu*il fallait exercer l'hospitalité envers des personnes illustres, et il n'a pas même dissi- ^ mule l'avantage que l'on en retire. 11 a marqué f clairement que l'on peut acquérir une grande t réputation parmi les étrangers , par le moyen des plus considérables avec lesquels on a coni tracté amitié. Si j'avais entrepris de le réfuter, t il me serait fort aisé de faire voir son inconsistance, et je n'emploierais pour cela que ses paroles. Il dit en un endroit que plus une personne r rapporte ses actions à ses intérêts, et moins elle a de probité. Il avoue ailleurs qu'il n'est pas d'un homme sincère et honnête de dissimuler aes sentimens, de cacher ses intentions, de faire paraître par ses actions un autre dessein que celui qu'il a dans le cœur, et que cela n'appartient qu'à un homme rusé , fourbe et trompeur. Gomment donc pourrait-il exempter de malice cette hospitalité exercée envers les plus illustres des étrangers avec tant d'ambition et tant de pompe? Vous allez aux portes de la ville pour inviter à loger chez vous les pei*sonnes de condition qui arrivent des pays étrangers, et vous n'y allez qu'à dessein d'acquérir, par leur moyen, du crédit et de la puissance parmi leurs concitoyens; et vous prétendez paraître juste, civil et libéral , bien que vous ne suiviez que

votre intérêt? Cependant Gicéron est tombé dans cet embarras non par improdence, car il était moins sujet i ce dél^siut que nul autre, mais pour n'avoir rien su de la vérité; ce qui lui est d'autant plus pardonnable qu'il a déclaré qu'il ne prétendait pas donner les préceptes de la véritable justice, parce qu'il ne la connaissait pas, mais seulement d'une justice qui eût l'ombre et l'apparence de la véritable. Il faut donc excuser ce docteur d'ombre et d'apparence, et ne lui pas demander la vérité qu'il avoue qu'il ne connaît pas.

Un des plus importans devoirs de la justice est de mettre les prisonniers en liberté, comme Gicéron en est demeuré d'accord. « La libéralité, dit-il , de ceux qui retirent des prisonniers , qui payent leur rançon, et qui soulagent les pauvres , est fort utile à la république. »

Pour moi, je suis persuadé que la dépense que l'on fait pour mettre des prisonniers en liberté est beaucoup plus honnête et plus digne d'un homme grave que celle que l'on fait pour donner des jeux au peuple. Les principaux devoirs d'un homme de bien sont de nourrir les pauvres et de racheter les captifs; et ceux d'entre les méchans qui s'en acquittent, passent pour des hommes d'importance et remportent de grandes louanges , parce que l'on est surpris de voir qu'il assistent ces personnes qui semblaient abandonnées.

Gelui qui tait du bien à des parens et à des amis ne mérite pas une grande louange, parce qu'il ne s'acquitte que d'un devoir auquel 11 est obligé par la loi de la nature et de l'amitié, et auquel il ne saurait manquer sans commettre une impiété détestable. En cela, il évite plutM le blâme qu'il n'acquiert de la gloire. Mais celui qui fait du bieq jt un étranger et à un inconnu mérite une grande louange, parce qu'il ne le fait que par le principe de l'humanité. On fait le bien par pur motif de justice et de probité, lorsqu'il n'y a aucune nécessité de le faire. Gicéron n'a pas dû préférer la dépense que l'on fait pour racheter des prisonniers à celle que l'on fait pour donner des jeux au peuple; car cette préférence suppose une comparaison et un choix de l'une plutôt que de l'autre. Les lar* gesses que Ton fait en faveur du peuple sont des largesses indiscrètes, et qui approchent fort de rextravagaiice de ceux qui jettent leur bien

LACTANCE

dans la mer. On ne peut pas même donner à ces larfçesses-ià le nom de présent, parce qu'elles ne sont reçues que par ceux qui ne les méritent pas.

Cest une autre grande action de justice de prendre la protection des veuves, des pupilles et des personnes qui n'ont aucun appui; elle est recommandée par la loi de Dieu , et tous les bons juges s*y portent comme par une inclination naturelle. Mais ces actions-là n'appartiennent proprement qu^à nous, à qui le commandement en a été hit Les païens s'aperçoivent bien que c'est une justice à laquelle la nature semble nous obliger que d'assister les foibles ; mais ils ne savent pas sur quoi cette justice est fondée, qui est : que Dieu , qui nous fait perpétuellement sentir les effets de sa clémence, commande de protéger et de défendre les veuves et les pupilles, afin que ceux qui ont des femmes et des enfans n'appréhendent point de les abandonner, quand il est question de mourir pour la foi, et qu'ils souffrent constamment les plus cruels supplices, dans l'assurance que ces personnes, qui leur sont si chères, demeureront après leur mort entre les mains de la Providence qui pourvoiera à leurs besoins.

C'est encore une grande action de cbaritéd'assister des malades qui sont sans secours : c est offrir à Dieu une victime vivante. Ceux quf auront employé leur bien dans le temps à un si saint usage , le retrouveront avec avantage dans l'éternité.

Le dernier et le plus grand devoir de la piété est d'ensevelir les pauvres et les étrangers. I^es païens n'ont donné aucun précepte de ce devoir ; et ils n'avaient garde d'en donner, puisqu iisne suivaient point d'autre règle que l'intérêt. Bien qu'ils n'aient pas approché de la vérité, quand ils ont entrepris de traiter des autres devoirs , ils ne s'en sont pas si fort éloignés que quand ils ont traité de celui-ci , parce qu'ils ont été retenus par je ne sais quelle apparence d'utilité qu'ils y ont sentie, au lieu qu'en ce dernier, ils n'en ont trouvé aucune. Il y a eu même des personnes qui ont soutenu que la sépulture est inutile, et que ce n'est pas un mal d'en être privé; mais leur impiété est condamnée par le consentement de tous les peuples qui suivent un usage contraire, et par la loi de Dieu qui l'autorise. Ils ne disent pas

aussi ouvertement qu'il faille négliger ce devoir; ils se contentent de dire que, quand oof manque , on ne fait pas un grand naal. Ainâ , ce n'est pas tant un conseil qu'ils donnent dViocttre ce devoir, qu'une consolation lorsqu'il a été omis, pour montrer qu'un bomnie 8ag;e ne doit pas s'en affliger comme d'un fort grand mllieur. Je n'examine pas ici ce qu'un homme sage doit supporter avec patience; j'examine ce qal doit faire. Je n'agite pas ici cette questiou : a la coutume de donner la sépulture aux norti est utile. Quand elle serait inutile , comme ki païens le croient, il ne faudrait pas laimer et l'observer, parce qu'elle parait dvile et homiêlt Dans la morale, on considère plus l'inteotia que l'action. Il ne faut pas souffrir querooinfe et l'image de Dieu serve de proie aux bêles 6rouches et aux oiseaux; il faut le rendre I h terre , d'où il est sorti. Nous nous aoquittenai de ce devoir envers un inconnu aussi Un qu'envers nos proches, et nous ne devovk refusera personne. Nous lui rendrons, |Mrk sentiment d'une humanité générale, ce qn nous rendrions à nos proches par le fffattfWf^ d'une amitié particulière. Si l'on ne rend ptf a devoir à un homme , parce qu'il n'a plus de Ma* timent, on le rend à Dieu , qui le reçoit comm un sacrifice très-agréable.

«Je n'aurais plus de bien, dira peut-être quiqu'un, si je voulais satisfaire à tous ces defoîi; je dépenserais en un jour tout ce que j'ai, à j'entreprenais d'assister tous les pauvres, è vêtir tous les nus, de racheter tous ksc^tft et d'ensevelir tous les morts. Dissipera» -Je k fonds que mes ancêtres ont acquis avec hat coup de peine, et me réduirais-je à implonrk secours de la compassion et de la charilé ài autres?» Appréhendez-vous si fort la pamnrcl^ que les philosophes relèvent par des louaifa si extraordinaires, et qu'ils appellent un pst où l'on est exempt des agitations que dooofli les inquiétudes qui accompagnent les ridiesM? Ignorez-vous la multitude des accidens et ài hasards où la possession du bien vous expoi^ Vous serez assez heureux , si vous en poaiu échapper sans perdre la vie. Vous marckB chargé de dépouilles qui excitent l'envie étradignation de vos concitoyens. Que ne nwtlBvous en sûreté un bien que vous êtes en danger I de perdre, ou par la violence des volcnn, si

par riiqastice d'ane proscription, oa par une irruption d'ennemis? Quelle difficulté faitesvous de rendre étemel et immuable un bien qui n'est que temporel et passager ? Confiez à Dieu vos trésors y et ils ne seront ni consumés par Ta rouille, ni enlevés par l'injustice des voleurs ou des tyrans. Ceux qui mettent leurs richesses entre les mains de Dieu ne sauraient jamais être pauvres. Si vous connaissez le prix de la justice, défoites-vous du bagage qui vous charge et vous incommode, pour la suivre plus aisément. Délivrez-vous des chaînes dont la pesanteur vous accable, et courez à Dieu. Il y a de la grandeur de courage à fouler aux pieds les biens de la terre. Que si vous n'êtes pas encore capable de la perfection qui est nécessaire pour mettre vos trémun entre les mains de Dieu , et pour acquérir des iûens solides par la perte des biens périssables, je vous délivrerai de cette crainte. Ces oommandemens-là ne sont pas faits à vous seul ; ils sont faits à tous vos frères qui vous sont si étroitement unis, que vous ne composez tous ensemble qu'un seul corps. Si vous ne pouviez exécuter seul une si grande entreprise, ooDtribuez«y en tout ce qui dépendra de votre pouvoir, et surpassez autant les autres en générosité que vous les surpassez en richesses. Ne vous imaginez pas que je vous conseille d'épuiser, ou même de diminuer notablement vo(re bien. Je vous exhorte seulement à faire un bon usage de ce que vous auriez employé à des dépenses inutiles. Rachetez des prisonniers avec ce que vous auriez mis à acheter des bêtes. Nourrissez les pauvres de ce qui n'aurait servi qu'à nourrir des chiens et des chevaux. Consacrez à la sépulture des morts ce que vous perdriez à entretenir et équiper des gladiateurs. Quel gain y a-t-il à enrichir des scélérats et à leur faire apparendre des exercices qui n'ont rien que de criminel? Faites un sacrifice à Dieu de ce bien qui périrait entre vos mains, et vous en recevrez une récompense éternelle. Dieu a proposé un grand prix aux actions de miséricorde, quand il y a attaché la rémission des péchés. «Si vous écoutez, vous dit-il, les prières de celui qui vous demande des soulagemens , j'écouterai les vôtres. Si vous avez pitié de ceux qui sont dans raffliction , j'aurai pitié de vous quand vous y serez. Que si vous ne les regardez point , et que vous leur refusiez votre assistance, je vous

traiterai de la même sorte, et je vous jugerai ^on la même loi. »

XIU. Lorsque quelqu'un implore votre secours , soyez persuadé que c*est une épreuve où Dieu vous met pour voir si vous méritez qu'il exauce vos prières. Examinez l'état de votre conscience, et cherchez des remèdes convenables à ses maladies. Ne vous imaginez pas néanmoins que la force que l'aumône a d'effacer les péchés vous doive donner la licence de les commettre. L'aumône ne les efface que quand elle est accompagnée du vegtei de les avoir commis et de la résolution de n'en plus commettre de semblables. Dieu souhaite sincèrement de purifier les hommes de leurs péchés , et c'est pour cela qu'il leur ordonne de faire pénitence. Or faire pénitence est protester que Ton ne péchera plus à l'avenir. Dieu pardonne à ceux qui pèchent par indiscrétion, par imprudence et par ignorance. U ne pardonne point à ceux qui pèchent avec connaissance. Ceux dont les péchés sont remis ne doivent pas se persuader que parce qu'ils n'ont point de taches à laver, ils sont dispensés des œuvres de miséricorde. Depuis qu'ils ont été justifiés, ils sont plus étroitement obligés à l'exercice de la justice , et ils doivent conserver leur santé par la même manière de vivre par où ils l'ont rétablie. De plus, nul n'est exempt de pécher pendant qu'il est revêtu d'un corps mortel. Le péché assujettit par trois moyens la faiblesse humaine à son empire : par les actions, par les paroles et par les pensées. Ces trois moyens sont , selon un autre rapport, comme trois degrés par où la vertu monte à sa perfection. Le premier degré est de s'abstenir des mauvaises actions; le second de s'abstenir des mauvaises paroles, et le troisième de s'abstenir des mauvaises pensées. Celui qui est sur le premier degré est juste ; celui qui est sur le second est parfait, et celui qui est sur le troisième est semblable à Dieu. U faudrait avoir une vertu qui fût au-dessus de la nature pour ne donner jamais entrée dans son esprit à aucune action mauvaise, ni à aucune parole indiscrète. Les plus justes, qui ont pris un assez grand empire sur eux-mêmes pour s*abstenir de toutes mauvaises actions, n'en ont pas un assez grand pour s'abstenir de toutes mauvaises paroles, ou de toutes mauvaises pensées. La colère et l'impatience arrachent

LACTANCK.

quelquefois de leur bouche des discours injurieux, et les objets agréables excitent en eux des pensées contraires à Thonnèleté. Puisque nous ne saunons jamais être exempts de taches, nous devons les effacer perpétuellement par nos aumônes. Un homme juste et sage fait consister fies richesses dans la vertu. Quiconque n'a point de vertu est pauvre , quand il aurait des trésors plus immenses que Grésus, ni que Grassus. Il iàut nous couvrir du précieux vêtement de la piété et de la justice, qui est le plus bel ornement dont nous puissions nous parer, et qui ne nous peut être ravi. Si ceux qui adorent des idoles insensibles leur offrent tout ce qu'ils ont de plus beau et de plus excellent , bien qu'elles ne s'en puissent servir, ni en témoigner de reconnaissance , n'est-il pas plus juste de consacrer notre bien à l'usage des pauvres , qui sont les images vivantes de Dieu, qui en tirent du profit , et qui en rendent des actions de grâces ? Dieu qui aura été le témoin de votre libéralité, en sera la récompense.

XIV. Si l'autorité de Dieu et le sentiment des hommes ne permettent pas de douter que la compassion dont on est touché à la vue de la misère ne soit une perfection , il est clair que les philosophes en ont été très^loignés, puisqu'au lieu d'en recomtnander lusage ils en ont parlé comme d'un défiant. Je ne puis mieux réfuter leurs œuvres qu'en proposant cette maxime qu'ils soutiennent : que la compassion, le désir et la crainte sont des maladies. Us tâchent de distinguer les vices et les vertus; ce qui n'est pas fort difficile ; car qui est-ce qui ne distingue fort bien un libéral d'un prodigue, un ménager d'un avare, un laborieux d'un paresseux, un prudent d'un timide? Les vertus ont leurs bornes, et quand elles les passent, elles se changent en vices. I^a constance devient imprudence, dès qu'elle fie soutient plus la vérité. La valeur devient témérité, dès qu'elle s'expose à un péril évident sans nécessité, ou pour un sujet qui n'est pas honnête. La liberté dégénère cil insolence quand, au lieu de se contenter de repousser les injures, elle en fait la première. La sévérité se change en cruauté, quand elle ne garde plus la juste prqK>rtion qui doit être entre le erime et le châtiment. Voilà pourquoi les philosophes disent : que ceux qui paraissent sages ne le sont pas, le plus souvent par un effet

de leur choix ; mais qu'étant trompés par Fapprence , ils prennent le bien pour le maL On m peut nier que cela ne soit vrai. Mais les verlB dont ils parlent ne regardent que le torps. La frugalité, la constance, la prudence, la notfration, la valeur, la sévérité, sont des verts qui se terminent à la vie présente. Mate dm qui la méprisons, nous lÂerchons des verlH que les philosophes n'ont point connues. Ils m pris des vices pour des vertus, et des itnm pour des vices. Les stoldens ôteot Si V toutes les passions qui ébranlent Tesprit, le désir, la joie, la crainte et la tristesse, dnt les deux premières ont pour objet le brea , soi présent soit à venir, et les deu-x antres ont k mal. C'est pour cela qu'ils assurent qae cr sont des maladies qui procèdent de ropisin plutôt que de la nature , et que l'on s^ peM délivrer absolument, en se délivrant des tan opinions; car si le sage est une fois bien pffsuadé qu'il n'y a ni bien ni mal sur la terre, I ne sera plus touché ni de désir, ni de joie, ri é crainte, ni de tristesse. Nous exanainerons it continent s'ils s'exemptent en effet de passioK comme ils le prétendent. Mais on peut dire p« avance que c'est une prétention insolente. à prescrire de s'opposer de la sorte à la natort

XV. Les mouvemens des passions sont par^ ment naturels,. comme il parait dans tooi ki animaux qui y sont sujets , bien qu'ils li'aieal point de Kberté.G'est pourquoi lespéripatétîdai en ont mieux j ugé que les stoïciens, quand ib sal dit : que Ton ne peut les 6ter du cœur de TtonuK; qu'ils y ont été comme imprimés dès le moant de sa création ; que Dieu ou plutôt la aatore , car c'est ainsi qu'ils parlent, nous les a dotaéi comme des armes dont nous avons besimn ftm combattre nos ennemis. Ils avouent pourtat que ces mouvemens sont souvent vicieai, para qu'ils sont trop violens , et qu'il les fmt moîlérff pour les rendre innocens. Leur sentiment aerail assez conforme à la vérité s'ils ne se trompaifat, en rapportant tout au corps, coBome je IVûd^ remarqué.

Pour les stoïciens, ce sont des furieui qv> au lieu de modérer les passions, ks retrancbairt, et qui entreprennent de prouver Tabsence da mouvemens que la nature a imprimés dans nMit âme. C est à peu près la même chose que s'ib entreprenaient d'ùter la timidité aux cerfii, le

INSTITdTIONS DIVINES. - LIVRE VI.

poùiOD aax serpens^ la valeur aux Ikms et la doBoeuf aux brebis ; car, au lieu que chacun de eea mouvemens a é(é donné à une espèce d'animaux ^ ils ont été dounés tous enaenible à l'homme. Que si ce que les médecins assurent est véritable : que la joie est dans la rate , la colère dans le fiel, le plaisir dans le foie et la crainte dans le c<eur, ne serait-ce pas détruire le corps que d'ôter les parties qui le composent? Ces philosophes ne s'aperçoivent pas qu'en vouknt ùter les vices à Thomme , ils lui ùtent aussi les vertus. Ils n'oseraient nier que la vertu ne consiste à réprimer les mouvemens de la colère. Ainsi celui qui serait exempt de colère, ne pourrait plus exercer cette vertu. Si la vertu consiste à résister aux mouvemens de la volupté, celui qui ne sent point ces mouvemens n'a point de vertu. Si la vertu arrête le cours trq» vague de nos désirs, celui qui n'a point de ces vices déréglés , et qui ne souhaite rien du bien d'au- Irui , n'a point la vertu. Ainsi il n'y a point de vertu sans vice , comme il n'y a point de victoire sans combat et sans ennemis, ni généralement de bien sans mal. Les passions sont oomme les •apcrfluiiés de l'Ame. Les terres les plus fertiles produisent d'elles-mêmes quantité d'épines et de mauvaises herbes. Les esprits qui n'ont point été cultivés par les livres ne produisent d'enxHnèmes que des vices. Mais lorsque l'on cDmftience à les cultiver, ils produisent des Tertus. Lorsque Dieu les a créés, il leur a imprimé lé mouvement des passions , afin qu'ils puissent recevoir h vertu de la même façon que la terre reçoit la culture; et il a voulu que les passions fussent la matière des vices^ et queks vices fussent la matière de la vertu. S'il n'y avait point de vices, il n'y aurait point de vertu , nu •tt moins elle n'aurait aucun exerGîce« Vnyons ce tin'ont fait les péripatéticiens qui prétendent éter les vices. Ils n'ont pas retrandié absolu*» ment les autres passions, parce qu'ils ont reconrai qu'elles viennent de la nature , et que sans elles il n'y aurait plus aucun mouvement dans l'àme. Mais ils mettent les affections en ienr place , .savoir : la volonté en la place du désir, comufbe si c'élak quelque diose de mieux de vouloir le bien «|ue de le désirer. Ib mettent le plaisir en ki place de la vanité. N ayant rien à mettre en la place de la tristesse, ils l'ont ôtée abaolument. Cependant il est impossible rie

l'éter de là vie des hommes, car qui pourrait eH être exempt dans le temps qu'il verrait son paya eu désolé par une maladie contagieuse, ou niîné par les armes des étrangers, ou opprimé par la violenoe des tyrans P 11 faudrait ètte stupide et n'avoir plus de sentiment pour voir, sans douleur, la liberté publique étouffée, ses proches, ses amis, et les plus gens de bien exécutés à mort. Ainsi ils devaient retrancher toutes les passions, ou en substituer une en la place de la tristesse; car nous nous fâchons autant du mal préseol que nous nous réjouissons du bien. Ils devaient donc donner un autre nom à la tristesse, de la même sorte qu'ils en ont donné un autre à la joie, puisqu'il y avait la même raison. Il est clair que le terme leur a manqué, et que faute de terme, ils ont été, malgré la nature, s'il est permis de parler ainsi , une passion dont elle ne peut jamais être dépouillée. Il me serait aisé de faire voir que , pour embellir leurs discours, ils ont donné divers noms à la même chose , et à des choses qui n'avaient pas entre elles grande différence. Le désir natt dé la volonté; la précaution natt de la crainte; la joie n'est qu'un plaisir qui dure. Supposons néon- Bioios que ce soient choses diffiirentes, comme ils le prétendent, et disons avec eux : ^e le désir est «ne volonté persévérante ; que la joie est un plaisir qui enfle le œur et qui l'élève; que la crainte est une précaution excessive. Il s'ensuivra, qu'au lieu d'ùter les passions qu'ils assurent qu'il faut 4ter, ils n'en èteront que le nom. Ainsi ils retombent, sans y prendre garde, où ies péripatéticiens oât été par raison, et ils demeurent d'accord avec eux qae,pHisque I\hi ne peut retrancher les vices , il les fiiut modérer. Il est donc oertain qu'ils se trompent, qu'ils ne (but rien de ce qulls prétendaiiDC faire* et qu'après de longs débats , ils ae trouvent an lien d'où ils étaient partis.

XVI. ie ne vois pas que les péripatéticiens aient approché de la vérité, quand , après être demeurés d'acoord que ces passions sont victeuses , ils ont tâché de les réduire à qoclque sorte de médiocrité ; car enfin il ne faut point aouffrir de vices , pour médiocres qu'il puissent être, il faut faire en sorte que nous n'en ayinns point. Les passions qui naissent avec nous n'ont rien de vicieux, bien que , par ie mauvais usage que nous en Faisons , elles puissent devenir des

(ucui , uu pcui s cffUrKi'f cl eu t^tui'ïiiii , un peut.

tenir le bon cbemin. Je montrerai peut-être qu'il y a des occasions où le moindre mouvemenl de joie est vicieux ; et qu'il y en a d'autres où le plus graud est innocent. Si je le montre, de quoi servira la médiocrité ou la modération qu'ils prescrivenl ? Je demande donc ; s'ils sont persuadés qu'un sage doive sentir de la joie du mal qu'il voit arriveràsoneDoemi, ou modérer celle qu'il sent du bien qu'il voit arriver à sa patrie, lorsqu'elle assure son salut par la défaite de ses ennemis, ou qu'elle recouvre la liberté par l'oppression des tyraos? Perscone ne doute que celui qui aurait de la joie dans la première occasion, ou qui n'en aurait point dans la seconde, ne commit un très-grand crime. On peut faire le même Jugement des autres passions. Cependant le devoir de la sagesse est non de les modérer, mais de modérer leurs causes, comme je l'ai déjà dit ; car elles viennent de dehors. Il n'est pas besoin de leur mettre un frein , parceque les plus modérées peuvent être fort vicieuses, et les plus immodérées peuvent être Fort innocentes. 11 n'est pas nécessaire de désigner les lieux, les temps et les occasions où elles sontraisoDoablesetlégitimes. Gommec'est unbien de tenir ledroit chemin, et un malde s'égarer, c'est aussi un bien de se porter à la vertu par les passions , et un mal de se porter par ces mêmes pasiions au vice. Pour graod que soit le plaisir, il est innocent quand il se contient dans les bornes du mariage. Pour léger qu'il soit, il

lusupiies m a pousse pius luia que je sein d'aller. Je montrerai que les i qu'ils ont pris pour des vices, bien des vices, sont au contraire de grai Je Ferai entrer dans ma preuve un c je tiens pour très-important. Ils que la crainte est un vice, que c'< blesse d'esprit, qu'elle est directemi au courage , et que jamais elle ne s avec lui. Quelqu'un pourrait-Il jam ai ce soit une action de courage que d 11 n'y a point d'apparence. On ne sa gîner que quoi que ce soit puisse et que son contraire. Cependant, sans u tilités dont Socrate use dans Platon { ceux contre lesquels il dispute k c qu'ils avaient nié, je ferai voir sim] sans artifice : que la plus grande d craintes est la plus grande de toutes de courage. Personne ne doute qa de la douleur, de la pauvreté, du bai de la prison et de la mort , ne soit Faiblesse et de làcbeté. Quiconque o') aucune de ces choses, passe pour ha être intrépide. Quiconque craint Diei rien de tout cela. Je n'ai pas besoin i des preuves pour établir cette vériU et (m voit tous les jours, les noure de supplice que souffrent ceux qui Je ne saurais retracer sans liorret image des manières différentes doc fait mourir, et la rage que les tlètes i

)bjet. Quand elle regardera Dieu, elle ardera plus aucune créature , et elle sera I et légitime.

met le désir au nombre des vices ; mais ; vice que quand il s*attacheà la terre, 1 qu'il est vertu quand il s'élève dans ; car quiconque souhaitera , de tout son de posséder la justice, la vie étemelle et les biens que Dieu nous procure, n'aura

I mépris pour les richesses, pour les 1rs , pour la puissance, et même pour les Qes et pour les empires.

stoïciens diront peut-être que , pour poses biens-là , il ne faut que le vouloir. Au ire, c'est peu de le vouloir. Uy a plusieurs nés qui le veulent; mais dès qu'elles sont ;s par la douleur, elles cessent de le voucontinuent de désirer. Quand le désir des lu ciel nous ait mépriser les biens de la il mérite d'être mis au nombre des vernsi , au lieu d'arracher les passions, il en ire un bon usage, et les tourner vers Tobleur est propre. Les passions ressemux chevaux d'un chariot: l'adresse est de ri conduire. Pour précipitée que soit leur , elle ne laissera pas d'être heureuse si fait dans le bon chemin. Pour peu qu'elle arte, elle sera malheureuse quand elle ente, et elle se terminera ou à des préci- )u à un autre lieu qu'à celui où elle tend, nte et le désir seront des vices s'ils s'at* t à la terre , au lieu que ce seront des vers s'élèvent vers le ciel. Les philosophes t parle prennent la parcimonie pour une

II est certain néanmoins qu'elle n'en est e , si elle n'est rien autre diose que le déoir , parce qu'elle s'occupe à accroître ou Tver les biens de la terre. Pour nous, e rapportons point ce souverain bien à nodité du corps, mais au salut de l'âme, lersuadés , comme nous le sommes, qu'au épargner son bien, il le faut employer usement aux œuvres de justice et de cha- )us n'avons garde d'avancer que la fruoit une vertu, elle n'en a que le nom et ence. La frugalité, qui ne s'abstient ^^des que par le désir d'amasser du bien , est ; car on n'est pas moins obligé à mépriien qu'à s'abstenir des plaisirs. L'épargne déoage que l'on fait du bien procède

I d'une bassesse d'esprit, ou qui appréhende de manquer de ce qui lui est nécessaire, on qui désespère de réparer la dissipation de ce qull aurait donné généreusement, ou qui n'a pas assez d'élévation et de force pour inépriser les richesses. Cependant ces philosophes donnent le nom de prodigues à ceux qui n'épargnent pas leurs biens. Ils mettent cette différence entre les libéraux et les prodigues : que les premiers donnent à certaines rencontres, et avec une certaine mesure , à ceux qui les ont obligés ; au lieu que les derniers donnent hors de saison, et plus que leur commodité ne le peut permettre, à ceux auxquels ils n'ont aucune obligation. Dirons-nous que c'est [être prodigue que d'employer son bien, par charité, à nourrir les pauvres? Il y a grande différence entre ceu qui donnent leur bien par débauche à des ^mmes perdues , et ceux qui le d<mnent aux pauvres par charité; entre ceux qui TabandcHinent à des joueurs et à des infftmes, et ceux qui le consacrent au service de Dieu; entre ceux qui l'emploient à des festins et ceux qui le déposent dans le trésor de la justice. Cest un viee d'en faire un mauvais usage et une vertu d'en faire un bon usage. C'est une vertu de ne point épargner son bien que l'on peut réparer, quand il s'agit de conserver à un homme la vie que l'en ne pourrait lui rendre si elle était une fois perduej; et c'est un vice de l'épargner en cette oc* casion. Je ne pourrais m'empêcher d'accuser d« folie ceux qui ùtent à l'homme tous ces senti mens de douceur et de tendresse, et qui, sous prétexte de le rendre tranquille, le rendent insensible. Non-seulement il n'est pas possible de l'établir dans le profond repos qu'ils prétendent, parce que de soi-même il est toiigours dans l'agitation et dans le mouvement; mais quand cela serait possible , cela ne serait pas raisonnable, parce que , comme l'eau qui croupit n'est pas saine , ainsi un esprit qui est immobile n'est utile à rien , et ne pourrait produire la moindre pensée. Enfin , priver l'àme du nxNivement , c*est la priver de la vie, qui est un mouvement au lieu que la mort est un repos.

Il faut avouer que ces philosophes connaissent quelques vertus ; mais ils n'en savent pas l'usage. La constance est une vertu, mais die ne consiste pas à repousser les injures qui nous sont hutes;-car ajci lieu de les repousser il les

««M m cnui«, iiut» i|Ufluu un m hmiiic Qv^m-

NmeneBt pluiM qne d'abandoDoer Dien , et de NDonctri I* M, qtaaà im oomervc la liittné m U ftligioa au millm de toutes les menaces 4a alMf, et que l'oa méprise la violence et la MSedMtrrans. Ainsi, par une srandeorextTMMrdiBBife de courage, nous foulons aux pieds It doaleur et U tnort que le reste des hommes ipprtiMMdent sur tontes cboee*. C'est en ce IMint qnl omstsle la vertu et ta coi]SRince:d'ètre taHetteat attachés a Dieu^ne rien de ce que W nendê a de plus tfftllile ne nous m puisse ■fparer. GtcértB' a dono en nisott de dire : kOelui ltu( trtîbt la mort, la douleur, l'exil, la pMHNMTt topent être homme de bien. > Se- ■tqne D'M a pas en «oins d1ficrk«, dans ses Hff(* de irt)titMDphiettor«lc, les paroles qui sui- MM : K Voili le TéritaUe bonnMe tionme qui ne M hk poittt remarquer par réminence de sa iignMs for l'éclat de la pourpre , par la finie dasoMeiers, mais qui n'en vaut de rien moins inur <tfe privé de toutes ces choses. Quand il TCît la n«rt prtsente , il ne s'étonne point awwie s'il voyait qndque cboae de noavtau. ' S'il est obligé de subir les plus cruels supplices, Cavalcr des diarbons de fîcu , d'être clone A un |HXeaa , il se mettra moins en peine de la donlear qu'ils lui causeront, que de la manière dont il les souRre. • Quicoaque sert Dieu touflre ces lourmens sans les craindre , et partant il est justi. IjS conséquence que l'en' peut tirer de ce disoMirs, est que ceux qui smtéloi-

qu'à accomplir les préceptes de que jouissant de la louange qu'il il ne soit privé de la récompense autres commandemens que doîv ceux qui se sont ctmsacrés au ta sont fort aisés, comme celui de i mais à dessein de tromper ou d< un crime à celui qui fait professio de s'en détourner le moins du mo prendre quelqu'un. Le mensongi lien dans le chemin de U justice où nous marchons. Nul de ceux qi avec nous ne pronoocn^ ces paroh

G» n>ri point Al Ibat m» tamum, nf m VKdedSpukcrhiéiiUeiiRrlurtt iat»i

Car il sera persuadé qu'il n nais permis de la déguiser, no h)rsqu'il parle i un ennemi o tonna, «t jamais la langue ne tn dont elle est l'interprète. S'il préti il n'en (ire aucun profil , et il oblif reusemmt pour attendre aucune n ses bienftits. Il doit quelqiiefois m aise de le prendre; mais il [se peol voir plus qu'il n'a prêté. Quiconqm autre sorte fait son avantage de la trui , et cherche ) se couvrir dca i pauvres. Jamais un homme de M une occastoD d'exercer la ctoarité; la déi^oiiorera par un gain aussi qu'est celui de l^isore, et il fera e

quelqu*ali est assez injmteet assez insolent pour lui faire outrage, il le soufFrira avec modération et en laissera la vengeance à Dieu , bien loin d'entreprendre de la prendre. Il conservera son innocence en tout temps et en tout lieu , ce qui s'étend plus loin ((u'it ne semble ; car cela veut ^ire qu'il ne fera aucune injure ft personne, et que si on lui en fisiit quelqu'uneJI ne la repoussera pas ; il la remettra entre les mains du juge souverain et équitable qui voit toutes les actions et toutes les pensées des hommes. Il ne s'en rapportera qu'A lui , parce qu'il n'y a personne qui puisse éviter l'exécution de son Jugement. Gda est cause qu'un homme de bien est généralement méprisé et qu'il passe pourunlAche, dans la créance qu'il ne saurait se défendre. Au contraire , ceux qui vengent leurs injures passent pour des gens decœur^ et attirent l'estime et le respect de tout le monde. Quelque avantage qaun homme puisse procurer à un grand nombre de personnes^ il sera toujours moins considéré que celui qui a le pouvoir de nuire. Il ne se corrompra pas pour cela au milieu de ta corruption des autres; il obéira plutôt aux cemmandemens de Dieu qu'il ne suivra leur^ exemple, et il aimera mieux être méprisé que de manquer à son devoir. «Si quelqu'un, dit Cioéron dans les livres des Offices, veut pé* nétrer les replis de sa propre conscience, qu'il apprenne de soi-même que l'homme de bien est celui qui sert tous ceux qu'il peut servir et qui ne nuit jamais à personne, si ce n'est qu'il ait été attaqué et qu'il ait reçu quelque injure.» Il a corrompu une vérité très-importante par la condition qu'il y a ajoutée, par laquelle il a gâté le portrait de l'homme de bien et lui a été Tomement de la patience , qui est une des plus belles vertus. l\)urquoi ajoutait -il ces paroles: Si ce n'est qu'il ait été attaqué , et qu'il ait reçu quelque injure. «L'homme de bien, dit-il, nuira qu«Ki il aura été attaqué. » S'il nuit , il ne sera point homme de bien : il y a autant de mal à repousser une injure qu'à la faire. D'où viennent les contestations 9 les querdies et les ipuerres, si œ n'est de la résistance que l'hnpatienoe feit à riiûttstioe? Que si Ton n^pposait à l'injustice qne la patience , qui est la verta la plus propre et la plus nécessaire à l'homme, on l'arrêterait i rheure même, comme on arrête le feu en jetant de l'eau dessus. Mais quand on veut la

Irepousser en lui opposant 17rmpatknee , elle excite un incendie qui ne peut être éteint que par le sang. Ainsi Gicéron, qui fait profession de l'étude de la sagesse, a privé l'homme dé bien de la patience , qui est une vertu dé grand usage dans cette vie : elle arrête seule le cours des crimes, et il n'y en aurait plus aucun sur la terre si elle se trouvait dans le C6eur de tous les hommes. Quel plus grand malheur peat^il arriver à un homme de bien , que de lâcher la bride à la colère, qui le rend indigne de ce nom ! Gicéron avoue lui-même qu'il n'y a rica de si contraire à la nature de l'homme tiue de nuire à un autre. Les bêtes se défendent quand on les attaque; les serpens ne (toit da mai que quand on les poursuit pour les tuer ; et pour passer de l'exemple des bêtes à <^lui des iMan» mes, les plus grossiers et les plus ignorans se portent à la vengeakice avec une fureur aveui^ dès qu'on leur fait quelque iiùare. Quelle diflM* rence y anra-t-il entre eux et un homme sage, s'il n'a une patience invincible qu'ils A'ont point, s'il ne sait réprimer la colère à laquelle ils s'a* bandonneat ? Ge qui s trompé Gicéron , c'est qu'en parlant de la vertu et de la ftMree , il i va qu'en toute sorte de combats elle devait rem* porter la victoire, et n'a pu reconnaltrec que celui qui suit les mouvemens de la doalear oa de la colère, qui obéit à ses passions^ et qui, an lieu de leur résister, reçoit les impressions qu'dies lui donnent , n'est plus dans le cbtain , de la vertu. Gelui qui veut venger i'it^ure qu'il a reçue , imite cdni qui la lai a feite. Or qui* conque imite an médam ne peut pas être homme de bien. Ainsi Gicéron a ôté A son sage deux grandes verms en deux paroles, l'innocenœ et la patience. Gomme il avait une élo* quence de chien, ainsi que disait Appiss seian le témoignage de Salluste, il a vaahi aussi que les hommes vécsssent à la manière des dMens, et qu'ils noordissent^ comtae eux, quand ils seraient attaqués. On ne sainrait troaverd'exempie plus juste , pour faire voir combien la ten-* geance que l'on recherche des îqjares que Ton a reçues excite de tempêtes et désordres > que celui de cet oratoar même qui la défead, iSL qui s'est perdu lainnême estrensêigasatcoaaaM il l'avait apprise des philoso|dieSi S'il m'avrit opposé que la patience aux cutrages qtt*on lui feisait, s'il les avait dissimulés, sa lieQ

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de les repousser par ces oraisons fomeuses qu'il fit sous on titre étranger avec une légèreté , un emportement et une extravagance incroyables, jamais sa tète n'aurait ensanglanté la tribune dont elle avait été autrefois le principal ornement, et jamais on n'aurait vu la proscription da triumvirat qui fut si funeste à la répubHque. Ce n'est pas le propre d'un homme de bien ou d'un honune sage de vouloir s'exposer an danger d'une bataille, parce que Févénement en est incertain, et que la victoire n'est pas en notre pouvoir. Le propre d'un homme de bien et d'un homme sage est non de se défaire de son ennemi, ce qui ne se fiait ni sans crime, ni sans danger, mats d'ôter tous les sujets de contestation et d'inimitié, ce qui se fait avec justice et avec avantage. U faut donc considérer la patience comme une grande vertu. Dieu a mieux aimé permettre que l'homme de bien passât pour un lâche , que de permettre qu'il fût privé d'une vertu si nécessaire; car s'il ne souffrait jamais aucune injure, on ne pourrait reconnaître la force qu'il a de réprimer les mouvemens de la colère et de la vengeance. Que si , quand il en a souffert quelqu'une , il tâchait de la repousser, il serait vaincu ; au lieu que s'il la souffre , il est maître de soinooème et victorieux. Cette vertu , qui le rend maître de soi-même , s'appelle patience, et on peut dire qu'elle est toute seule contraire â toute sorte de vices. Elle apaise les troubles qui agitent l'âme, et la rend , en quelque sorte , à elle-même. Il n'est pas possible de dompter tellement la nature, que nous ne soyions jamais émus d'aucune passion ; mais il en faut réprimer les mouvemens avant qu'ils aient fait beaucoup de mal. Dieu nous a défendu de laisser coucher le soleil sur notre colère. Gicéron a mis lui-même le pardon des ii^ures au nombre des vertus, bien que cela soit fort contraire au précepte qu'il avait donné de les repousser. «Je l'espère, dit-il. César, parce que vous n'oubliez rien que les ii^ures. » Que si un homme aussi éloigné non-seulement de la justice céleste et divine, mais de la justice humaine et civile, oubliait les injures, ne les devons -nous pas plutôt oublier, nous qui sommes appelés â une profession éminente, et qui prétendons à une vie étemelle.

XIX. Lorsque les stoïciens tâchent d'ôter à l'homme les passions comme les maladies qui

ruinent la santé de l'âme, les opposent, et soutiennent qae la nature ne a pas données sans une très-grande raiso n'auraient pas tort en cela, s'ils savaient q sont les justes bornes des choses. Usdiseï] la colère est comme le foyer de la valeur , a si pour se battre avec courage il fallait née rement être transporté de colère. Il fbn( voir par là qu'ils ne savent ni ce que c'es la vertu, ni pourquoi Dieu a donné laoo l'homme. Si elle a été donnée pour tac hommes, il n'y a rien de si cruel que l'ho que Dieu a créé pour vivre dans Tinni et dans la société, il n'y a rien de si sem aux bêtes les plus farouches. Il y a trois pa: qui rengagent en toute sorte de crimes : la c ledésir et le plaisir. C'est pour cela que les| ont fdnt qu'il y avait trois furies qui agi son âme. La colère demande la vengea»

désir demande les richesses, et le plaisir den la volupté. Dieu a mis à toutes ces choses cer bornes qu'elles ne peuvent passer sans corrc leur nature et sans devenir vicieuses. Il es de les marquer. Le désir nous a été. donné ^acquérir les choses qui sont nécessaires à li servation de notre vie ; le plaisir nous a été i pour la production des enfons, et la colère retenir dans le devoir ceux qui sont sous puissance, pour imprimer de la crainte jeunes gens , et pour empêcher qa'ils ne prei une licence effrénée de se porter à toutes i de vices. S'il est juste , et même nécessaire, trer en colère contre ceux qui sont au-di de nous , il est dangereux et impie d'y i contre nos égaux : cela est impie, parce quel le saurait faire sans violer l'humanité ; et ce dangereux, parce que s'ils se défendent i ou périr ou les perdre. Le commandemen Dieu nous fait de ne nous point mettre en( contre ceux qui nous offensent et qui nous c des injures , montre clairement que cet te pi ne nous a été donnée que pour l'usage qu marqué, qui est de ne point souffrir, pa pernicieuse indulgence, les fautes de ceu sont au-dessous de nous, et de les corriger cesse, de peur que leurs vicieuses habitud se fortifient. Quelques philosophes ont étc par ignorance , les bornes de ces pa.ssioos , autres les ont absolument réjetées, biei] l'on en puisse faire un fort bon usage. Ces

des grandes sources des injustices et dès impiélés qui se commeUeiit dans le monde. Quand on entre en colère contre ses égaux , on excite des contestations, des querelles et des guerres. Quand on désire amasser de grandes richesses, on use de tromperies, et on commet des brigandages et des meurtres. Quand on ne cherche ce plaisir qae pour le plaisir, on est porté aux fornications, aux adultères et à d'autres abominations. Il iaut contenir ces commandemensdans les bornes qui leur sont prescrites ; ce que ne peuvent faire ceux qui ne connaissent pas Dieu ; mais ceux qui le font sont patiens, courageux et justes.

XX. 11 ne me reste plus à parler que des plaisirs des sens. Aussi bien suis-je obligé de finir ce livre , qui n'est déjà que trop long. Tous les plaisirs étant vicieux et funestes, il les faut réprimer et les vaincre , ou , comme je Tai déjà di t , les renfermer danslesbornesquileursontprescrites. Les animaux ne sentent point d'autre plaisir que celui de la génération ; ils n'usent des sens que par nécessité ; ils voient pour chercher ce qui leur est nécessaire pour la conservation de leur vie; ils écoutent pour se reconnaître et pour s'assembler ; ils flairent et ils goûtent pour choisir ce qui leur est propre à manger et pour rejeter ce qui ne Test pas; Us boivent et mangent jusqu'à ce que leur estomac soit rempli. Mais la providence de l'excellent ouvrier qui a créé l'homme, a répandu le plaisir indifféremment sur toutes ses actions, afin que la vertu le combatte continuellement, comme un ennemi domestique.

«On n'est excité aux adultères, ditCicéron dans le dialogue qui a pour titre \ Ancien Caton^ et aux autres débauches les plus infâmes , que par les aiguillons de la volupté. La nature ou quelque divinité ayant donné l'esprit à Thomme, comme le plus excellent de tous les présens , il n'y a rien qui lui soit si contraire que le plaisir. Quand le plaisir domine, la tempérance n'est plus d'aucun usage , et la vertu ne peut s'accorder avec la volupté.» Dieu a donné à l'homme la vertu pour réformer la volupté et pour la renfermer dans des bornes , de peur qu'elle ne le surprenne pas ses attraits, qu'elle ne l'assujettisse à son empire et ne rengage dans une mort éternelle.

Le plaisir des yeux a divers objets et se tire de la vue des choses qui sont à l'usage de l'homme, et qui sont parées des beautés de l'art ou de la nature. Les philosophes ont eu

raison de Tôter, et de soutenir que regarder le ciel est une occupation plus digne de l'homme que de regarder ce qu'il y a de plus rare et de plus excellent sous le dd, et qu'il doit plutôt admirer la splendeur des astres qui y sont attachés que la variété des couleurs , et l'éclat de Tor et des pierreries qui brillent sur les tableaux et sur les plus riches ouvrages de la main des hommes. Mais après que ces philosophes nous ont exhortés avec assez d'éloquence à regarder le del , et à mépriser les spectades que la terre nous peut présenter, ils s'y arrêtent eux-mêmes, et y prennent du plaisir. Pour nous, nous devons nous en abstenir absolument, parce qu'ils corrompent l'esprit et le portent au vice , et ne contribuent en rien à notre bonheor. Quiconque voit égorger un homme avec plaisir, souille sa consdence , bien que cet homme-là ait mérité la mort et qu'il y ait été condamné par les lois, et il est presque aussi coupable que s'il avait eu part aux homiddes commis en secret. Us appellent des jeux ces exercices où l'on répand le sang ! Ces hommes se sont tellement dépouillés des sentimens de l'humanité , qu'ils s'imaginent se jouer et se divertir lorsqu'ils massacrent d'autres hommes. Us sont sans doute plus coupables que ceux dont ils se plaisent à voir répandre le sang. Je voudrais bien qu'on me dit si ceux-là ont de la pitié et de la justice , quf non-seulement permettent que l'on tue des hommes qui implorent leur clémence , mais qui, non contens des blessures qu'ils leur ont vu recevoir et du sang qu'ils leur ont vu répandre , demandent avec fSiveur qu'on leur ùte la vie, et de peur que qudqu'un ne leur échappe en faisant semblant d'être mort, crient que l'on achève des misérables qui sont renversés par terre et percés de coups. Ils se fâchent quand les gladiateurs combattent trop longtemps sans se tuer; et,, comme s'ils étaient altérés de sang , ils demandent qu'on en amène d'autres qui aient plus de vigueur. Celte coutume crudie ùte tous les sentimens de l'humanité , et ceux qui l'ont une fois prise n'épargnent pas les inno- ^ cens , et sont bien aises que l'on exerce indifféremment sur tout le monde les traitemens qu'ils ont vu faire aux coupables. Ceux qui veulent marcher dans le chemin de la justice doivent bien se garder de devenir complices de

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ces meurtres publics. Quand Dieu nous a déffmda de tuer , il nous a aussi défendu nonseulement de voler , ce qui n'est pas non plus permis par les lois , mais aussi de faire beaucoup d*«iitres choses qui sont permises par les lois civiles. Il n'est pas permis à un homme de bien d'aller à la guerre, parce qu'il ne connaît point diantre guerre 4|ue celle que sa vertu hit eontinuellement au vice. H ne lui est pas permis d*intenter une accusation capitale , parce qu'il n'y a point de différence entre celui qui tue par le fer et celui qui tue par la langue , et qu'il est défendu de tuer de quelque manière que de soit. Ainsi la défense que Dieu a faite de tuer ne souffre point d'exceptioo.'Que personne ne se persuade qu'il soit pennisd'écraser des enfainsqui viennent de naître ; c'est une horrible impiété de leur ôler la vie que Dieu leur a donnée. Cependant s'il se trouve des personnes qui , voulant se souiller des crimes les plus atroces, envient à ces faibles et innocentes créatures la jouissance de la lumière que leur créateur leur avait accordée , comment ceux qui n'épargnent pas leur propre sang épargneraient-ils celui des autres ? L'énormilé de leur crime est si manifeste, qu'il n'y a point de couleur par où on puisse la déguiser. Que dirons^nous de ceux qui , par une fausse piété, exposent leurs enfans? Peuvent ils passer pour innocens, quand ils abandonnent aux dents des chiens leurs propres entrailles ? Et ne fontils pas mourir ces enfins d'un plus cruel genre de mort que s'ils les avaient étranglés? Qui doute que ce ne suit une impiété de priver ces innocentes créatures de l'effet de la compassion des personnes charitables ? Quand ils auraient le bonheur de tomber entre les mains de quelqu'un qui prit le soin de les élever, celui qui les a exposés, les a mis en danger ou d'être réduits eu servitude , ou d'être prostitués dans les lieux de débauche. Qui est-ce qui ne sait pas les outrages que Ion peut faire . soit par méprise ou autrement, aux deux sexes , lorsqu'on les confond , et dont Œdipe est un exemple j funeste ? Ceux qui déposent leurs enfiins sont donc aussi coupables que ceux qui les tueut. Ces parricides prétendent trouver une excuse légitime dans leur pauvreté , qui ne leur a pas permisde nourrir un si grand nombre d enfans. |l n'est patau pouvoir deshommesd'avoirdu bien : Dieu donne tous les jours des richesses aux pau- ;

vres, et réduit les riches à la pauvreté. Qi quelqu'un se trouve en effet si pauvre qu'il pas de quoi nourrir des enfens^ quMI s'abstii de la compagnie de sa femme plutôt que d( truire l'image de Dieu. Ainsi rhomicide i défendu, de quelque manière qa*oo le i mette , il n'est pas permis de le regarda peur que la conscience ne soit souillée ps vue du sang que l'on ne répand que pour da un cruel plaisir au peuple.

Je ne sais si la corruption du théâtre i point encore plus criminelle que celle des s tacles et des combats. La comédie ne représ le plus souvent que de jeunes filles corromi et violées, que des femmes qui font Kami et plus les poêles qui ont décrit ces désor ont d'él^nce, plus leurs sentimens ent avant dans l'esprit, et plusieurs erreurs s'i chent à la mémoire. Les tragédies ne coot nenl autre chose que les parricides et les ince des méchans princes. Les mouvemens imp ques des bouHbns n'inspirent que la débaa lis enseignent à commettre de véritables ac tères quand ils en représentent d'imaginai Quelles impressions ces sales représentatioiM font-elles pas dans l'esprit des jeunes ge quand ils voient que tout le monde y asfl sans pudeur? Le plaisir, qui entre plutôt par yeux que par les autres sens, s allume dans t cœur. Ils approuvent les infamies quand ib rient ; et les jeunes gens dont il ne faut | corrompre Tinnocence , et les vieillards qol sont plus en âge de pécher, s*en retourneot leurs maisons plus corrompus qu^ils n*ét» venus au théâtre.

Il n'y a que de la légèreté , de la vanité d l'extravagance dans les jeux du cirque ; les if tateurs entrent dans une fureur égale â liai tuosité avec laquelle les tenans courent A la carrière. Ceux qui semblaient n'être va que pour regarder , se font regarder eux-mèi par Texcès de leurs clameurs et par le dérég ment de leurs gestes. H faut donc éviter ab lument tous les spectacles, de peur qs n'impriment les mouveir.ens inquiets desvi dans des âmes qui doivent être tranquilla paisibles, et que les attraits de la volupté nous détournent du ser\'ice de Dieu et de pratique des bonnes œuvres. l.es jeux sont fêles des faux dieux ; ils n ont été institués i

ir honorer le jour de leur uaissaiice, ou pour idre la consécration de leurs temples plus febre. Les chasses et les préseos ont été or- Qnis au commencement en rhonneur de Sane, les faui dieux du théâtre en l'Iionneur de schus , et les jeux du cirque en Tbonueur de ptune. Ils ont été attribués par la suite du ips aux autres dieux , comme SisiniMS piton le prouve fort au long dans les livres il a faits des spectacles. Quiconqve va à ce3 ictacles , qui sont des cérémonies de la sustition païenne, quitte le service de Dieu et tache à celui des démons.

(XI. Le plaisir de Touie prooÈde de la dou* r de la voix et du chant , et [n'est pa« moins ieux que celui de la vue » dont je viens de '1er. Qui ne prendra pour des hommes perdus débauche , ceux qui ont dans leur maison un lipage de théâtre? U n'y a pas moins de dé- ;lement â avoir chez soi un théâtre et des aors, que de les avoir en public et de les rexler avec tout le peuple. J'ai assez parlé des ctacles ; il ne me reste plus qu'à donner des s k ceux qui prendront la peine de lire cet Tage, qui est de ne se pas laisser charmer

les plaisirs qui s'insinuent jusqu*au fond de le.

1 est aisé de mépriser des sons que Ton peut écrire , et les concerts des instrumens

ne s'attachent pas fortement â l'esprit. is un poème composé avec art, surprend prit p^r s^ douceur, latlire et l'enchante. ftt de là que procède le peu de créance que savans ajoutent à nos mystères; carétapt lutumés aux ornemens et aux figures de quençe et de la poésie, ils méprisent les inctions solides, qiais peu él^qtes que donnent nos doctrines , et |a simplicité du rage de l'Ecriture. Ils ne cherchent que œ :rhatouilIe leurs sens ^ et ils ne se laissent uaderque par des discours agréables. Est-ce Dieu , qui est fauteur de l'esprit , de la lanet de la parole , ne saurait parler en termes ïDS ? Il a proposé la vérité sans fard et sans mens , afin que tout le monde la pftt con- ^e. Ceux qui aiment la vérité et qui ne veupas être trompés, doivent rejeter les plaisirs corrompent l'âme de la même sorte que les Ût8 corrompent le corps , et doivent pré- " leb. biens véritables aux faux, les éternels

aux temporels , les utiles aux agréables. Ww ne doit plaire à leurs yeux que ce qui se hit avec piété et avec justice; rien ne doit pMiV (i leurs oreilles que ce qui peut pouprir Tâine. || faut bien se garder d'abuser d'un sens qqi nom a été donné pour recevoir la doctrine du eiel. Si nous nous plaisons à entendre des airs et des chansons, epteadoQS les louanges de Diei), voill le pl«isir solide, parce qu'il est joint à la vertu. C'est un plaisir qui ne passe pas promptemept comme ceux du corps , mais qui dure toiûpun* Ceux qui en cherchent d'autres , i^rçhent I9 mort, parce que la mort est dans le plaisir , comme la vie est dans la vertu ; car quiconque voudra jouir des biens temporeh et terrestres , sera privé des éternels et des célestes.

XXII. Je n'ai rien à dire des plaisirs du gqftt et de l'odorat , qui sont les deux sens les plin grossiers , et qui ne se rapportent qu'au Qorpa, si ce n'est qu'il serait honteux à un holoqie et à un homme de bien d'être l'esdaye de aa bouche [et de son ventre , de se couvrir dà parfums et de fleurs; ce que nul pe p^ut faire pour peu qu'il ait d'esprit, et pour peu qu'il lui reste de vertu. Quelqu'un demandera p^t* être ; pour quelle fin ces chmes^là ont été ipisiii au monde, s'il n'est pas permis d'ep jouir. J'^ d^à dit que la vertu ne pourrait remporter aiv^ eune victoire, si elle n'avait des eunemjs |i combattre. Les attraits de la volupté sont toà armes de celui dpot l'unique occupation est d'a(« taquer la vertu et d'exterminer l'innocence ; il enchante l'âme par ces charmes dont il sait qui le poison est mortel, U mm jette dans |a «Hin par le plaisir, de la mèa^e sorte que Pi^u iious attire à la vie parletravail.il nous engage d^m le véritable mal par de faux biens, de la w^m sorte que l'on parvient au véritable biep par é$ faux maux.ll faut doue éviter ces divertîsseipeiia comme des filets et comme des pièges, de peujr qu'ils ne nous assujettissent à l'empire de la mort.

XXIII. Je dirai maintenant quelque chose de l'attouchement, qui est un plaisir qui se répand sur toutes les parties du corps. Je ne crois paa devoir parler des habits ni des ornemens, maia seulement de la volupté, et faire voir combien elle est dangereuse et avec combien de seûa on est obligé de la réprimer. Quand Dieu a créé les deux sexes, il leur a donné une inclinai ion par laquelle ils se recherclient l'un

senis la vertu, aHo qu'ils eussent la gloire de rtsialer aui charmes de la volupté. Notre ennemi sait combien est grand le pouvoir de cette aijHdité, que quelques-uns appellent une nécessité, et qu'ils détournent de son véritable objet, pour la porter vers un autre. Il inspire aux hommes de mauvais désirs, afin qu'au lieu de se contenter des plaisirs permis, ils en cherchent de défendus. Il met devant les yeux des beautés qui excitent les passions; il allume dans le cœur le Feu de l'amour et l'eicite jusqu'à ce qu'il ait réduit l'homme eu cendre. Il a établi des lieui de prostitution, de peur que quelqu'un ne fût détourné de U débauche par l'apprébensioa des lois; il y expose de misérables femmes qui ont renoncé à la pudeur, et il bit son divertissement et son jeu des infamies qu'elles y souffnat. Ainsi il plonge dans le bourbier des Ames que Dieu a créées pour être saintes. Il les dépouille de la pudeur, de l'honnêteté. Il a inventé les conjonctions abominables et OHitraires à la nature par lesquelles les mAles se corrompent réciproquement. De quel crime peut-on espérer que ceux-là se puissent abstenir, qui sacriâent i leur brutalité un %e pour lequel sa faiblesse et l'imioceDce ne leur devraient donner que de la compassion et du respect ? Il n'y a point de paroles qui égalent l'énormité de ce crime. Je ne saurais rien dire de ceux qui en sont coupaUes, sinon que ce sont des impies et des parricides, qui ne se contentant pa.s de jouir du sexe dont Dieu leur a accordé l'usage, ou-

préserver d'un si funeste débo conque ne peut arrêter l'impéfa furieuse passion, la doit renfe bornes d'un mariage légitime, devenir criminelle, elle jouii qu'elle recherche. Que peuvent cbés pour excuser leur dérégi qu'il n'y a rien que d'honnête c On demeure d'accord qu'il est qi mis; mais quand il est défenda, poser la continence. Dieu n'a défendu de jouir des personnes leur ft>i à un autre et qui sont en mariage, mais aussi de celles qài dans cet engagement, s'abandcm didté publique. Il nous enseîgi deux cwps sont joints ensemble plus qu'un. Quiconque se plonge se salit. Ceux qui se sont salis d vent se laver bienlAt après. Mais souillé leur conscience par l'attout débauchée ne peuvent effacer i qu'en beancoup de temps et p nombre de bonnes oeuvres. Ghacu 1er souvent cette pensée dans se Ueu n'a établi la distinction des s la conservation de la nature, f n'en est permise que pour la géi time des enfans. Gomme il ne nw les yeux aHn que nous prissions garder ce qu'il y a de beau id-bas, mais afin que nous vîsi

jettissent leur esprit aux sens, se condamnent à la mort, puisque c'est sur les sens et sur le corps que la mort exerce sa puissance. Chacun doit conserver avec un soin particulier la pudeur et la chasteté, et ne suivre pas seulement en cela les lois des hommes , mais s'élever audessus d'elles en observant exactement celle de Dieu. Quand il aura fiait une fois habitude de cette vertu, il aura honte des moindres désordres, et trouvera plus de satisfaction dans la privation des plaisirs, que les débauchés n'en trouvent dans la jouissance.

Ce ne sont pas là tous les devoirs de la chasteté : il y en a quelques autres'. Dieu a renfermé la fidélité conjugale dans retendue du lit nuptial. Il ordonne que celui qui a une femme lui garde la foi qu'il lui a promise, sans pouvoir en avoir une autre, soit libre, soit esclave : la loi de Dieu n'est point semblable à celle des hommes. Si le droit romain ne déclare adultère que la femme qui connaît un autre homme que son mari, et qu'il exempte de ce crime un homme qui a plusieurs femmes outre la sienne, l'Évangile ne met point de distinction à cet égard entre l'homme et la femme, et tient coupable celui qui jouit d'une autre que de celle qu'il a épousée. C'est pour ce sujet que Dieu a voulu qu'au lieu que, parmi les animaux, les femelles ne souffrent plus le mâle après qu'elles ont conçu, les femmes le souffrent toujours ; car peut-être que si les femmes refusaient à leurs maris ce qu'ils désirent, ils le chercheraient dans la compagnie d'une autre, et violeraient la fidélité du mariage.

Les femmes ne conserveraient pas ellesmêmes la gloire de la chasteté s'il n'était en leur pouvoir de la perdre. Quand une bête refuse de souffrir le mâle après qu'elle aune fois conçu, on ne dit pas que ce soit en elle une marque de continence; elle ne refuse de le souffrir que parce que si elle le souffrait, elle en sentirait de la douleur ou encourrait du danger. On ne mérite pas d'être loué pour n'avoir pas fait ce qu'on n'a pu faire. On loue la continence dans l'homme, parce qu'elle nelui est pas naturelle, et qu'elle dépend de sa liberté. Le mari et la femme doivent la garder également, et le mari doit donner à la femme l'exemple de la fidélité qu'il exige d'elle. S'il l'exige sans la garder, il est injuste, et c'est de celte injustice

que sont venus les adultères, lorsque les femmes ont cessé d'être fidèles à des hommes qui n'avaient plus pour elles d'amour ni de tendresse. Les plus effrontées usent de cette excuse dans leurs débauches^ et disent qu'en manquant de fidélité à leurs maris, elles ne leur font point d'injure, mais qu'elles repoussent celle qu'elles ont reçue. Quintilien a excellemment exprimé cette pensée : « Celui, dit-il, qui ne s'abstient pas de la femme d'un autre, ne gardera pas aisément la sienne. Il ne verra pas le désordre de sa maison pendant qu'il tâchera de le porter dans celle de son voisin. Une femme â qui ce malheur arrive se laisse aisément corrompre par l'exemple, et quand elle a manqué à la foi , elle croit avoir une excuse, de dire ou qu'elle a imité son mari, ou qu'elle s'est vengée de sa perfidie.»

Il faut prendre garde que notre incontinence ne soit l'occasion de celle d'un autre. Il faut que le mari et la flemme se rendent réciproquement la fidélité qu'ils se doivent, et qu'ils portent également le même joug auquel ils se sont soumis. Traitons les autres de là même manière que nous voulons être traités, et ne faisons jamais à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fit.

Voilà les obligations que nous impose le précepte de la continence. Ajoutons -y néanmoins encore quelque chose pour ne pas le renfermer dans des bornes trop étroites. Les personnes mariées se doivent conduire de telle sorte, que jamais elles ne se tendent aucun piège. Quiconque épouse une femme qui a été répudiée par son mari commet un adultère , et quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet aussi un adultère , si ce n'est qu'elle l'ait commis la première. Dieu ne veut point que ceux qu'il a unis et qui ne font qu'un seul corps se séparent. Il ne défend pas seulement l'adultère, il en défend la pensée et le regard accompagné d'un mauvais désir. La seule image du plaisir suffit pour rendre l'âme coupable: c'est l'âme qui commet le péché et qui en est I souillée. Ce n'est pas être chaste que de conserver la pureté du corps et perdre celle de rame. Que personne ne simagine qu'il soit difficile de garder la continence et de résister â la volupté : c'est une ennemie que tout le monde est obligé de combattre et sur laquelle

11 a exprimé la grandeur de Dieu, quand il a dit qull est au-dessus de nos pensées. Il a puisé dans la source de la vérité, quand il a reconnu que les hommes n'ont pas été mis en vain sur la terre, comme les épicuriens le prétendaient, mais qu'ils y ont été mis pour servir Dieu et pour lui rendre un culte qui consiste en des actions de justice et de piété. Il aurait sans doute embrassé noire religion, si quelqu'un la lui avait enseignée, et il aurait quitté Zenon et Sotion pour suivre un docteur de la véritable sagesse : a Conduisons-nous , dit-il , de telle manière que Dieu approuve notre conduite. » Cette parole pourrait paraître divine si elle n'avait été précédée par l'aveu de son ignorance. Le secret de notre conscience ne nous servira de rien : il n'y a point de secret pour Dieu ; il n'y a nul moyen de nous déguiser. Nous pouvons dérober nos actions aux yeux des hommes en fermant les portes; mais nous ne saurions cacher si bien notre cœur que Dieu n'en voie tous les mouvemens.

Le même Sénèque dit, dans les premiers livres du même ouvrage : «Que faites-vous? que méditez-vousP que prétendez- vous? Vous ne sauriez vous cacher ; votre garde vous suit partout. Vous pouvez être séparé d'un de vos amis par l'occasion d'un voyage, d'un autre par la mort, d'un autre par la maladie; mais celui-ci ne vous abandonne jamais : pourquoi choisissez-vous le lieu le plus retiré, et pourquoi en éloignez-vous tout le monde?Êtes-vous assez imprudent pour espérer de n'être point découvert? Que vous sert de n'avoir point de complice, puisque vous avez une conscience?»

Cicéron a parlé de Dieu et de la conscience d'une manière aussi admirable que Sénèque. «Souvenons-nous, dit-il, que nçus avons Dieu pour témoin, c'est-à-dire notre conscience, qui est la chose la plus excellente et la plus divine que Dieu nous ait donnée.» Faisant en un autre endroit le portrait d'un homme de bien, il dit : « Un homme tel que celui que je décris, ne fera ou ne pensera jamais rien qu'il ne puisse publier. »

Effaçons donc les taches de notre conscience, qui est exposée aux yeux de Dieu ; et , comme dit le même auteur, songeons, à chaque action que nous faisons , que nous serons tenus d'en rendre compte . et que nous sommes exposés non

à la vue de tous les hommes, comme Cicéron a dit, mais à la vue de Dieu. Il nous serait plus aisé de nous cacher de notre propre conscience que de nous cacher de lui : il faut donc que nous lui découvrions nos blessures, et que nous en fassions sortir tout le venin.ll n'y a que celui qui a redressé les boiteux , qui a rendu la vue aux aveugles , qui a guéri les lépreux et ressuscité les morts, qui les puisse réformer; il éteindra dans notre coeur l'ardeur de la concupiscence, il en arrachera la racine de la volupté ; il y apaisera les mou vemens de la jalousie et de la colère. Il faut avoir recours à ces remèdes avec d'autant plus d'empressement, que les maladies de l'âme sont plus dangereuses que celles du corps. Quand un homme aurait l'usage de tous ses sens, et qu'il jouirait d'une parfaite santé , il ne laisse pas d'être malade s'il est transporté de colère, s'il est enflé d'oi^ueil, s'il est consumé par le feu de l'amour , et qu'il soit esclave des autres passions. Au contraire, celui qui ne porte point d'envie au bonheur d'autrui , qui n'admire point les richesses , qui ne regarde jamais une femme avec un mauvais désir pour elle, qui ne souhaite point le bien d'autrui, qui ne méprise personne, qui a dans le cœur la douceur, la modestie, la libéralité, l'amour de la paix , celui-là , dis-je, jouit d'une santé parfaite. Ceux qui observent religieusement ces préceptes sont véritables serviteurs de Dieu , et l'honorent par le sacrifice de leurs bonnes œuvres. Dieu ne nous demande point de victimes sensibles, il ne nous demande que la pureté de nos mœurs. Pour faire ce sacrifice, il ne faut ni herbes, ni gazon, ni entrailles de bêtes; il ne faut que les mouvemens du cœur. L'autel sur lequel on ofFre est au milieu du cœur même , et cet autel n'est point souillé de sang , parce que l'on ne met dessus que l'innocence, la patience, la douceur, la chasteté et labstinence. Voilà les cérémonies par lesquelles Dieu veut être adoré; voilà la loi excellente et divine qui commande constamment le bien, qui défend constamment le mal, et qoi porte infailliblement à la justice et à la sainteté. Je n'ai touché qu'une partie des commandemeas qu'elle renferme ; ceux qui voudront savoir les autres pourront les puiser dans la source dont nous n'avons ici qu'un ruisseau.

XXV. Je dirai maintenant quelque chose des sacrifices. «L'ivoire, dit Platon, n'est pas un présent digne de Dieu. Quoi donc! seront-cedes

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demeurent aisément d'accord de ce que nous leur proposons et reconnaissent que cela est incontestable. 11 n*y a que ceux qui sont capables de la vertu qui lui soient favorables. Tout le monde n'en est-il pas capable? Pour Tètre, il hut avoir souffert la pauvreté, et les incommodités qui en sont inséparables. Si le principal emploi de la vertu est de supporter le mal , ceux qui sont accoutumés au bien sont incapables de la vertu. G*est pour cela que les pauvres sont plus disposés à croire les maximes de notre reli||;ion que les riches : ils ne trouvent pas dans leur condition tant d'obstacles à la foi. Les autres sont non-seulement embarrassés dans la jouissance des biens du monde , mais chargés de chaînes ; ils sont accablés du joug de la concupiscence, cette maîtresse impérieuse qui les attache à la terre, et qui les empêche de lever les yeux au ciel. Le chemin de la vertu est si étroit que Ton n'y saurait entrer avec beaucoup de bagage. Il faut être presque nu pour y être conduit, par la main de la justice, jusqu'à la porte du ciel. Ces riches superbes, suivis d'un grand train et d'un long équipage , marchent dans le chemin de la mort , qui est un chemin fort large. Les lois que Dieu nous a laissées et que nous tâchons de publier, ne sont pour eux que de l'aigreur et du poison. Us ne peuvent néanmoins les rejeter sans se déclarer ennemis de la vertu et de la justice.

J'achèverai maintenant ce qui reste à mon ouvrage, et il n'y reste plus rien que de parler du jugement que Dieu établira sur la terre, lorsqu'il y sera revenu pour rendre à chacun selon ses œuvres , et pour y ordonner des peines et des récompenses. J'ai parlé dans le quatrième livre de son premier avènement ; je parlerai dans celui-ci du second que les Juifs confessent et qu'ils espèrent en vain , parce que ce second avènement ne sera que pour la consolation de ceux qui auront été assemblés en son nom. Ceux qui ont été assez impies pour l'outrager dans l'état de sa faiblesse, reconnaîtront avec fhiyeur sa puissance, et subiront, par un ordre inévitable de la justice, les chàtimens qu'ils lisent dans les prophètes sans les entendre. Ils seront condamnés au feu étemel par la bouche de celui dont ils ont répandu le sang. Mais je ferai un ouvrage exprès pour découvrir leurs erreurs et

leurs crimes. Tâchons cependant d^enseigner b vérité à ceux qui l'ignorent.

II. Dieu a ordonné que ce siècle iiqaste finirait après avoir duré un certain espace de temps, et que le péché étant délmit et le bonheur des gens de bien assuré, il y aurait sous son règne un siècle tranquille, heureux, et qui mériterait d'être appelé le siède d'or , i plus juste titre que celui des poètes. L'égarement des philosophes procède principalement de œ qalls n'ont nen su de la création du monde, qoi renferme les plus rares secrets de la divine sagesse. Ayant entrepris de les pénétrer par leurs propres lumières , bien que cela soit impossible, ib se sont engagés en des erreurs et des côntrsdictions d'où ils ne peuvent sortir. Ils ont entrevu quelques vérités; mais fis n'en ont pa trouver les preuves, qui ne dépendent que de la révélation. Si l'homme pouvait pénétrer les envres de Dieu , il pourrait les imiter , l'un étaat presque la même chose que l'autre. Or, oomDe il ne les peut imiter, revêtu qu'il est d'un eorps faible et mortel , il ne les peut non plus péoé^ trer. Si nous considérons attentivement le monde et les merveilles qu'il renferme, nous reconnaîtrons aisément combien ce vaste ouvrage des mains de Dieu est au-dessus de tons les ouvrago des mains des hommes. Or, la sagesse de INeo n'est pas moins au-dessus de la sagesse des hommes, que ses ouvrages sont au-dessus de leurs ouvrages. Gomme Dieu est parfait , parce qu'il est immortel et incorruptible , sa sagesse est aussi parfaite. Gomme il n'a rien qui lui soit contraire, il n'a rien aussi qui soit au--dessus de lui. Mais comme l'homme est sujet à plusieurs imperfections , sa sagesse est sujette à rerrenr; et comme il y a plusieurs obstacles qui empêchent que sa vie ne soit éternelle, il y a aussi plusieurs défauts qui empêchent que sa sagesse ne soit parfaite. Gette sagesse est extrêmement faible quand elle veut s'élever d'elle-même à b connaissance de la vérité. L'âme étant enfermée dans le corps comme dans une prison fort obscure, n'a pas la liberté de s'étendre ni de regarder la lumière : il n'y a que Dieu qui eonnaisse ses ouvrages. L'homme ne peut arriver à la connaissance de la vérité , ni par la forée de son esprit , ni par la subtilité de ses rafsooMmens , mais seulement par l'attention qu'il porte aux discours de celui qui peut seul renseigner,

tt par la docilité qu'il a pour recevoir sa doctrine. Gicéron , après avoir traduit un passage où Platon fait dire à Socrate que le temps était venu auquel il était prêt de sortir de la vie , au lien que ceux devant qui il parlait, vivaient encore , ajoute : « Les dieux immortels savent lequel des deux est le plus avantageux ; mais je suis persuadé que nul homme ne le sait. » Ainsi toutes les sectes ayant été inventées par des hommes sujets à l'erreur, et établies sur un autre fondement que celui de la parole de Dieu qui est infaillible , elles ne peuvent être que très-éloignées de la vérité.

111. Puisque je parle ici des erreurs des philosophes, je puis marquer, comme en passant, celles où les stoïciens sont tombés touchant la nature. Ils la divisent en deux parties , dont l'une a la force d*agir , et Tautre est maniable et traitable; l'une a du sentiment, et l'autre n'en a point ; mais elles ne peuvent être Tune sans l'autre. Gomment ce qui manie et ce qui fbrroe, peut -il être la même chose que ce qui est manié et formé? Ne serait-ce pas une manifeste extravagance de dire que le potier et la terre ne sont qu'une même chose? G*est ce que ftont les stoïciens quand ,sou$ le nom de nature, fls entendent deux choses aussi différentes, que le sont Dieu et le monde, l'ouvrier et l'ouvrage, et quand ils disent que l'un ne peut rien faire sans l'autre; comme si la nature était un mélange de Dieu et du monde. Quand je supposerais ici que Dieu est l'àme du monde , et que le monde est le corps de Dieu , il ne s'ensuivrait pas qu'ils seraient de même temps , et que Dieu n'aurait point fait le monde. Ils avouent eux-mêmes que Dieu l'a fait pour l'usage des hommes, et que quand le monde né serait pas, Dieu ne laisserait pas que d'être, parce qu'il est un esprit éternel et qui n'est point attaché à un corps. Gomme ils n'en ont pu comprendre la grandeur, ils l'ont joint à son ouvrage, comme une âme à un corps ; et c'est pour cela que Virgile a dit que :

C^esl comme un esprit répandu dans tontes les parties de roniven, qni les a^ite et les anime. ^

Comment cela s'accorde-t-il avec ce que les stoïciens disent : que Dieu a fait le monde, et qu'il le gouverne par sa providence? S'il afalt lé monde, il a été sans le monde. S'il le gouverne, il le gouverne non comme Vâme gouverne le corps], mais comme le maître gouverne sa maison, comme

le pilote gouverne son vaisseau , comme le conducteur d'un chariot gouverne ses chevaux , et sansêtre mêlés ni confondus avec leschosesqu'ils gouvernent. Si les parties de l'univers sont les membres de Dieu, elles feront un Dieu privé de sentiment et sujet à la mort, puisqu'elles sont elles-mêmes insensibles et mortelles.

Il est aisé de faire le dénombrement des tremblemens qui ont ébranlé la terre, des inondations qui ont abtmé les lies et les villes , des feux souterrains qui consument les montagnes , et des autres changemens qui surviennent dans la nature. Gela fait voir le peu de soin que Dieu aurait de conserver son corps , si l'opinion des stoïciens était véritable. Mais ce serait peu qu1I négligeât si fort de le conserver, s'il ne l'exposait aux injures que les hommes lui veulent faire. Les uns bâtissent dans la mer; les autres coupent les montagnes; les autres ouvrent la terre pour y chercher de l'or. Geux qui la labourent déchirent la peau de Dieu , ce qui ne se peut faire sans impiété. Dieu permet-il que son corps soit coupé de la sorte? Est-ce que cette âme céleste se retire au centre de la terre, et qu'elle en abandonne la surface pour ne point sentir de douleur? Si cela est impertinent et ridicule, ces philosophes ont eu aussi peu de sens que la terre même, puisqu'ils n'ont pas reconnu que l'esprit de Dieu est répandu de telle sorte dans toutes les parties du monde, qu'il ne laisse pas de demeurer incorruptible et immuable.

Cequ'ils ont apprisde Platon est très-veritable: que Dieu a créé le monde et qu'il le gouverne par sa providence. Ge philosophe et les autres qui ont suivi son sentiment devaient expliquer la manière dont Dieu a créé le monde , la raison et la fin pour laquelle il l'a créé. Les stoïciens disent qu'il l'a créé pour Tusage des hommes; mais Êpicure déclare qu'il ne sait pour quelle fin les hommes mêmes ont été créés. «G'est une folie, dit-il , que d'avancer que les beautés de l'univers ont été produites en faveur de l'homme; car, quelle utilité les dieux peuvent-ils tirer de nous, pour se mettre en peine de faire quelque chose en notre considération ! » Il semble que cela ait quelque sorte de fondement , car ces philosophes n'apportaient aucune raison pour laquelle Dieu a créé les hommes. G'est à nous, à qui Dieu a révélé ses secrets, de les expliquer, et non â ceux

LACTANCE

qui n'en avaient point de connaissance , bien qu'ils eussent reconnu, comme je Tai déjà dit, que Dieu avait créé le monde pour l'usage des hommes : n'ayant pas néanmoins reconnu la suite de ces vérités, ils n'ont pu soutenir le principe. Platon, appréhendant d'attribuer à Dieu un ouvrage imparfait et de peu de durée, a dit qu'il était éternel. Pourquoi donc les hommes ne sontils pas aussi éternels? Les hommes pour lesquels le monde a été fait devant finir , pourquoi le monde ne doit-il pas finir ? Est-il probable qu'il soit plus stable et plus durable que ceux à Tusage desquels il se rapporte?

Si Platon avait fait une sérieuse réflexion sur ces conséquences , il aurait reconnu que le monde ayant eu un commencement, il doit aussi avoir une fin, et que rien de ce qui est visible et palpable n'est éternel.

Ceux qui nient, au contraire , que le monde ait été fait pour Tusage des hommes , ne sauraient dire pour quelle fîn il a étéfait; car s'ils assurent que Dieu ne Ta fait que pour soi-même, nous leur demanderons pour quelle fin il a créé l'homme. Pourquoi jouissons-nous du monde? Pourquoi appliquons-nous à notre profit ce qui n a pas été préparé pour nous? Pour quelle fin les espèces différentes des animaux ont-elles été créées? Pourquoi est-ce que nous croissons , que nous cessons de croître, et que nous mourons? A quoi se rapporte la j^cnération et la succession conliuuelle des hommes? Dieu a voulu nous voir et imprimer sur nous son image , comme sur une cire, pour prendre plaisir à la regarder : ce qui étant ainsi, il a aussi voulu avoir soin des animaux, et principalement de l'homme, auquel il les a assujettis. Â l'égard de ceux qui soutiennent que le monde est de toute éternité , je ne propose point maintenant une difficulté qu'ils ne sauraient jamais résoudre, sinon que le monde n'a pu être de toute éternité sans avoir un principe; mais je dis que s'il avait été de toute éternité , ce serait un ouvrage où l'on ne pourrait remarquer aucune trace de raison ; car quel bien la raison aurait-elle pu avoir dans la construction d'un ouvrage qui n'aurait point eu de commencement ? Avant que de faire un ouvrage, il faut en concevoir le dessin , et on ne le saurait jamais achever que l'on n'en ait conçu l'idée. Ainsi l'idée que la raison conçoit d'un ouvrage précède rouvragcmêmr; et partant, ce qui n'a point été

fait n'est point l'ouvrage de ta raison. Or le monde est disposé et gouverné par la raison, et ainsi il faut qu'il ait été fait , et qu'ayant eu un commencement, il doive avoir une fin. Que ceux dont je parle nous disent donc , s'ils en sont capables, ou la raison pour laquelle le monde a été créé, ou celle pour laquelle il sera détruit. Épicure , ou plutôt Démocrite, n'ayant pu comprendre cette raison, a dit qu'il était né de lui-même par un concours et par un mélange fortuit de semences, etqu'ilfinirait et serait résolu parleurséparation. Il a donc corrompu les bonnes idées qu'il avait conçues, et a renversé la raison par l'ignorance de la raison même. Il a réduit le monde , et ce qui se passe dans le monde ^ à la condition d'un songe. Mais, puisque nous voyons qu'il n'y a aucune de ses parties qui ne soit gouvernée par la raison , que les mouvemens des cieux , le cours des astres, la vicissitude des saisons, la fertilité des plaines, la beauté des montagnes et des fbrêts , la source et le progrès des fontaines et des rivières, la vaste étendue de la mer, la diversité des vents , et tout le reste qui le compose en dépend absolument, y a-t-il quelqu'un assez aveugle pour dire qu'un ouvrage où les traits de la Providence sont si visiblement marqués, ait été fait sans raison? Que s'il est certain que rien ne se fasse ni se conserve sans raison , si la sagesse de Dieu parait dans la disposition de ses ouvrages, sa puissance dans leur grandeur, il faut que ceux qui ont osé douter de la Providence aient été des insensés et des stupides. Ils n'auraient pas eu tort s'ils n'avaient nié qu'il n'y eût point des dieux , à dessein de soutenir qu'il n'y en a qu'un. Mais, comme ils ne l'ont nié que pour soutenir qu'il n'y en a point, quiconque ne doute qu'ils soient tombés dans la dernière de toutes les extravagances y est lui-même tombé. IV. Nous avons parlé assez au long de la Providence dans le premier livre. Que s'il y en a une, comme il parait si clairement par la beauté de ses ouvrages qu'il n'est pas permis d'en douter, il faut nécessairement qu'elle ait produit l'homme et le reste des animaux. Cherchons donc la raison pour laquelle le genre humain a été créé , puisque ce que les stoïciens assurent est constant : a que c'a été pour son service que le monde a été fait, b bien qu'ils se trompent en j ce qu'ils disent qu il a été fait pour le service I humain , au lieu de dire qu'il a été f^it pour le

service de l'homme; car sous ce nom singulier d'homme l'on comprend généralement toute la nature. Mais parce que ces philosophes ne savent pas que Dieu n'a formé qu'un homme, ils s'imaginent qu'il en a formé plusieurs , qui sont nés de la terre comme des champignons. Hermès n'a pourtant pas ignoré que Dieu a formé l'homme , et qu'il l'a formé à son image. Mais retournons au sujet d'où je m'étais éloigné. Rien n'a été fait pour soi-même, et rien n'a été fait qui n'ait quelque usage ; car qui serait ou assez actif, ou assez imprudent, pour entreprendre de faire une chose dont on ne pourrait faire aucun profit? Quiconque élève une maison, ne l'élève qu'à dessein qu'elle soit habitée. Quiconque construit un navire, le construit à dessein que l'on s^en puisse servir pour passer la mer. Quiconque fait un vaisseau , le fait pour y renfermer quelque chose. Ainsi l'on ne fait aucune chose en vain et sans la destiner à quelque usage. Le monde n'a donc point été créé pour soi-même, puisque étant insensible, il n'a besoin ni de la chaleur du soleil, ni de la lumière de la lune, ni du souffle des vents , ni du rafraîchissement de la pluie, ni des alimens que l'on tire des fruits. On ne peut pas même dire que le monde ait été fait pour Dieu, puisqu'il n'a pas plus besoin du monde,ni des espèces différentes qu'il renferme, qu'il n'en avait avant qu'il l'eût créé, et qu'il n'en tire aucun usage. H est donc clair que le monde a été fait en faveur des animaux, puisqu'ils se servent de tous les biens qu'il renferme, et que s'ils ne les recevaient dans la saison, ils ne pourraient subsister. Il est clair d'ailleurs que tous les animaux ont été faits pour l'homme, qu'ils lui ont été donnés pour son usage et pour son service, et qu'aucun d'eux , soit qu'il soit sur la terre ou dans l'eau, ne peut comprendre comme lui la raison de la création du monde. Je vais être obligé de répondre en cet endroit à une difficulté qui nous est faite par les philosophes, et principalement par Gicéron. Voici à peu près la manière dont il raisonne. Dieu n'ayant créé le monde qu'en notre faveur, d'où vient qu'il a produit un si grand nombre d'insectes , de serpens et de vipères? D'où vient qu'il a répandu un si grand nombre de poisons sur la terre et sur la mer? Cette matière est fort ample; mais je suis obligé de l'abréger , puisque je ne puis la toucher ici que comme en passant. L'homme

est composé de deux parties fort différentes et fort contraires, d'une âme et d'un corps, c'està-dire du ciel et de la terre, de la lumière et des ténèbres , d'un esprit subtil , invisible et étemel, et d'une chair grossière, sensible et mortelle. Ainsi il y avait quelque sorte de nécessité de lui proposer et les biens qu'il devait poursuivre, et les maux qu'il devait éviter ; car ce n'est que pour les discerner qu'il a reçu la raison et la sagesse. Les autres animaux, qui sont privés de cet avantage, ont reçu, comme en revanche des mains de la nature, et des habits pour se couvrir et des armes pour se défendre. L'homme n'a rien reçu de tous ces biens-là. Mais il a reçu la raison , qui est un bien plus excellent ; il a été formé nu et sans armes, afin que la sagesse lui servit d*armes et de vêtemens. Que Gicéron apprenne donc : que la raison a été donnée à l'homme, afin qu'il pût prendre les poissons pour se nourrir, et qu'il pût éviter les piqûres des serpens et des vipères pour sauver sa vie. Ges biens et ces maux lui ont été proposés parce qu'il avait reçu la sagesse, dont le principal emploi est de les discerner. 11 faut donc avouer que l'homme a une force et une puissance admirable, puisque. Dieu a créé en sa faveur le monde avec tout ce qu'il renferme , et qu'il l'a élevé au-dessus de toutes les créatures , parce qu'il est seul capable d'admirer la beauté et l'excellence de ses ouvrages. G'est pourquoi Âsclépiade , mon cher ami, a eu raison d'écrire ce qui suit, dans le livre de la Providence, qu'il m'a fait l'honneur de me dédier : « Il y a sujet de se persuader que la Providence a placé l'homme immédiatement au-dessous d'elle , parce qu'il est seul capable de reconnaître ses œuvres ; car qui est-ce qui , en voyant le soleil , comprenne assez combien il répand de beautés et d'ornemens? Qui est-ce qui , en voyant le ciel, l'admire autant qu'il mérite d'être admiré? Qui est-ce qui cultive la terre? qui navigue sur la mer? qui se sert du fou ? Dieu n'a créé aucune de ces choses pour lui, puisqu'il n'en avait pas besoin. Mais il les a créées pour l'homme , afin qu'il en fit un bon usage.»

V. Rapportons maintenant la raison pourquoi Dieu a créé l'homme. Si les philosophes l'avaient connue, ou ils auraient soutenu les vérités qu'ils avaient découvertes, ou ils auraient évité de grandes erreurs où ils sont tombés. G'est ici le

INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE Vil.

l^omme est composé d'un corps terVeslre et d*une âme céleste , il a aussi deux vies , une ttinporelle, qui est propre au corps, et une étemelle, qjâ est propre à Tàme. Nous recevons la première quand nous naissons ; mais nous ne |ianrenons à la seconde que par notre travail, parce qae , comme nous Pavons déjà dit , nous ike devons pas jouir sans peine de Timmortalité. La première vie est terrestre comme le corps , M a une fin comme lui; au lieu que la seconde est céleste comme l'âme , et n'a point de fin non blas qu'elle. Nous recevons la première sans en tToir aucune connaissance; au lieu que nous avons une entière connaissance de la seconde gnand nous la recevons , parce qu'elle est la récompense de la vertu et non Tapanage de la Elatiire, et que Dieu a voulu que nous la puslions mériter par celle que nous menons ici-bas. tl nous a accordé la vie présente, ou afin que tions perdions par nos péchés la vie véritable tt étemelle , ou que nous l'obtenions par nos rertas. Le souverain bien ne se trouve point Sans la vie du corps, parce que , comme elle a an commencement par un ordre immuable de Dira , elle doit , par le même ordre , avoir une Rn. Or il est certain que ce qui est sujet à

Eroir une fin ne peut renfermer le souverain iestu La vie spirituelle que nous pouvons acquénr? étant au contraire exempte de désirs et de tout mal , elle contient le souverain bien. La stmcture naturelle de notre corps semble fournir une preuve de cette vérité; car, au Heu que les autres animaux sont tournés vers la terre tfoû ils sont sortis, et qu'ils ne sont nullement ' éapables de recevoir l'immortalité, qui vient du ' dd , l'homme regarde le ciel et attend l'immor-

* taillé qui lui est promise , bien qu'il ne la puisse '' posséder que quand il platt à Dieu de la lui ac- : cmrder. Si Dieu ne l'accordait , il n'y aurait point

> de différence entre les méchans et les gens de

* bien, puisque les uns et les autres seraient éga- ^ lement immortels. L'immortalité n'est donc pas,

* êomme je Fai dit , un apanage de la nature, t mais une récompense de la vertu. Lliomme n*est I pas droit dès le moment de sa naissance : il est

> d'abord courbé vers la terre comme les animaux

* terrestres , parce qu'il a un corps et une même nature que la leur, et que la vie qu'il mène icibas ressemble fort à celle des bètes. Mais il prend ensuite des forces et s'élève vers le ciel ;

il délie sa langue et en apprend Pusage. Gela nous montre que lliomme, étant né mortel, de* vient immortel lorsqu'il commence à vivre de la vie de Dieu, c'est-à-îdire à suivre la justice , qui consiste dans le culte de Dieu , dès que IMeu même l'attire à la vue du ciel et à la considération de soi-même. Gela arrive, lorsque Thomme étant lavé dans ce bain céleste , y laisse toutes les faiblesses de Tenfence et toutes les taches de sa vie passée , et y prenant l'accroissement d'une force toute divine, arrive à un âge parfait. Ainsi , quelque étroite que soit l'union du corps et de l'âme, ces deux parties qui nous composent ne laissent pas d'être dans un combat perpétuel , parce que Dieu nous a proposé la vertu pour récompense. Les biens de Tàme sont les maux du corps, comme la fuite des richesses, la privation des plaisirs, le mépris de la douleur et de la mort. Les biens du corps sont aussi les maux de l'âme, comme l'amour des richesses, les plaisirs et les divertissemens , qui corrompent l'esprit et le perdent. Voilà pourquoi il est ' absolument nécessaire qu'un homme qui a de la sagesse et de la vertu soit attaqué par les maux , afin qu'il les puisse surmonter par son courage, et que les méchans soient au contraire dans l'abondance des biens de la terre , tels que sont les plaisirs , les emplois et la puissance. Ges derniers mènent une vie toute charnelle, et étant plongés dans les voluptés, qui sont les ennemies de la vertu , ils ne peuvent arriver â l'immortalité. La vie temporelle doit donc être sujette à la vie étemelle , de la même sorte que le corps doit être sujet à l'&me. Quiconque aime la vie de l'âme méprise celle du corps , et nul n'arrivera jamais â la possession du souverain bien , qu'en se souciant fort peu de tous les autres. Celui, au contraire, qui aura préféré la vie du corps et qui se sera attaché i la terre par ses désirs, ne pourra jamais jouir de la vie céleste. Gelul qui voudra être heureux pendant Tétemité, sera malheureux pendant le temps, et ne goûtera point la consolation que Dieu donne dans le ciel, qu^il n'ait essayé toutes sortes de fatigues et de peines sur la terre. Celui qui aura voulu être heureux dans le temps, sera malheureux dans l'éternité et sera condamné par un effet de la justice divine à un châtiment étemel , pour avoir préféré les biens de la terre à ceux du ciel. Dieu veut être adoré et honoré

d désir de dispute, et ayant entrepris de ;nir opiniâtrement leurs erreurs, ont renl les meilleui*s maximes des autres, et ont \ échapper la vérité d'entre leurs mains, si quelqu'un avait ramassé les vérités qui

répandues parmi les diverses sectes des )sophes, et qu'il en eût formé un corps de rine , il ne se trouverait pas éloigné de noientiment. Mais c'est une entreprise que le peut faire s'il n'est bien informé de la vé-

et il ne peut en être bien informé s'il ne pprise de Dieu même ; car à moins de cela ,

sera jamais capable de la reconnaître et de scemer de la fausseté. Que s'il la pouvait dérirpar hasard, il ne laisserait pas de railer solidement; et bien qu'il ne pût l'ap- T sur le témoignage de l'Écriture , il la prorait assez évidemment pour la foire recoure. C'est pourquoi il me semble que Terreur ;eux'là est tout à fait insupportable, qui, s avoir approuvé les maximes d'une secte , ^tre déclarés en sa faveur, condamnent toutes autres comme fausses ou inutiles, et se tarent à une dispute opiniâtre, bien qu'ils sachent, ni ce qu'ils doivent soutenir, « qu'ils doivent réfuter, et rejettent iniremment tout ce qui est avancé par ceux ne sont pas de leur avis. La chaleur et niâtreté de leurs disputes a été cause qu'au- ) secte n'a possédé entièremment la vérité,

que chacun en ait découvert une partie, on a dit que Dieu avait créé le monde. Les )hètes ont assuré la même chose, et les lies Font confirmé par leurs vers. 11 faut z que ceux-là se trompent, qui disent que es choses sont nées d'elles-mêmes, ou par le »urs de quantité de semences fort petites et déliées; car il est impossible qu'un ouvrage le si prodigieuse grandeur et d'une si mereuse beauté, ait pu être produit autrement

par la puissance et par la sagesse d'un *e être parfait. La manière dont il se conserve $e gouverne est une preuve convaincante 1 est l'ouvrage d'un être sublime, intelligent, stoïciens soutiennent que le monde et ce I contient, a été fait pour Thomme. L'Écriture s enseigne la même vérité ; et ainsi Démo- ; s'est trompé quand il a cru que les hommes sut sortis au hasard de la terre comme des . Ce philosophe n'ayant pu pénétrer le

secret de la formation de l'homme, l'a réduit comme au néant. Arislon a prétendu que les hommes étaient nés pour pratiquer la vertu. 1^ prophètes ont enseigné la même doctrine, et partant Aristippe a eu tort de les assujettir au plaisir comme des bêtes. Phérécide et Platon ont soutenu l'immortalité de l'âme , et c'est la croyance de tous les chrétiens, et partant Dicéarque et Démocrite sont tombés dans l'erreur, quand ils ont dit qu'elle périssait avec le corps. Zenon le stoïcien a soutenu : qu'après cette vie il y a des lieux séparés pour recevoir les âmes des gens de bien et celles des méchants ; que les unes jouissent d'une parfaite tranquillité, au lieu que les autres sont tourmentées dans une région obscure et dans un bourbier plein d'horreur. Les prophètes nous ont fait une description toute semblable des peines et des récompenses qui sont préparées par la justice divine aux siècles à venir. Épicure s*est donc trompé quand il a cru que ce n'était qu'une fiction poétique, et qu'il s'est imaginé que les supplices qu'on attribue aux enfers sont ceux que les méchants souffrent sur la terre avant leur mort. Il est donc clair qu'il n'y a point de vérité , ni de mystère dans notre religion, que les philosophes n'aient soutenus et qu'ils n'aient en quelque sorte touchés. Mais ils n'ont pu soutenir les vérités qu'ils avaient découvertes, parce qu'ils n'en avaient pas formé un corps, comme nous l'avons fait.

VIII. L'immortalité est donc le souverain bien auquel nous sommes destinés dès notre commencement et dès notre naissance. C'est la fin où nous tendons et où nous arriverons par la vertu. 11 est bien juste d'en parler, puisque nous avons été assez heureux pour la découvrir. Quelque justes quaient été les argumens de Platon, ils n'avaient pas toute la solidité nécessaire pour établir parfaitement la vérité, parce qu'il n'avait pas compris les raisons de ce mystère. II avait les sentimens qu'il faut avoir de rimmortalilé de l'âme, mais il n'en parlait pas comme du souverain bien. Mous pouvons parler avec plus d'assurance, puisque nous avons, non des conjectures et des doutes, mais une connaissance que nous avons tirée de la doctrine de Dieu même. Quant à Platon , il a raisonné de cette sorte : a Tout ce qui a, dit-il, du sentiment et du mouvement par soi-même est immortel, car

LACTANCE

ce qui n'a point de principe de son mouvement, n'a point aussi de fin , puisqu'il n*a garde d'être abandonné par soi-même. » Il aurait attribué par cette manière de raisonner Timmorlaiité aux bêtes, s'il ne les en eût exclues, en ajoutant quil n'y a que Tâme de Thomme qui soit éternelle. Il explique celte proposition, en remarquant la subtilité de ses inventions, la promptitude de ses pensées , la Facilité de ses conceptions , le souvenir qu'elle conserve du passé , la prévoyance qu'elle a pour Tavenir, et la connaissance d'une multitude presque incroyable d'arts et de sciences dont les autres animaux n'ont pas la moindre teinture. « Celte âme, ajoute-t-il, qui est capable de tant de grandes choses, descend sans doute du ciel, puisque l'on ne saurait trouver son origine sur la terre. Elle n'a rien de terrestre, et tout ce qu'il y a de terrestre dans Fhomme retourne à la terre d'où il a été tiré; au lieu que ce qu'il y a de subtil et de céleste retourne au ciel , dès qu'il est délivré du corps où il avait été renfermé comme dans une prison. oVoilà un abrégé fidèle de la doctrine de Platon , qui est expliquée fort au long dans ses ouvrages. Pythagore avait été dès auparavant dans le même sentiment, aussi bien que Phérécide, son maître, qui , selon le témoignage de Cicéron, a parlé le premier de l'immortalité de l'âme. Mais bien que ces philosophes aient excellé en éloquence, ils n'ont remporté aucun avantage dans cette dispute sur Dicéarque, sur Démocrite et sur £picure, qui ont soutenu le sentiment contraire; et la matière est demeurée si peu éclairée , que Cicéron , après avoir rapporté toutes ces opinions difFérentes, avoue franchement qu'il ne sait laquelle il doit embrasser : ail faut, dit-il , avoir une lumière divine pour découvrir laquelle de ces opinions est la véritable. » Et dans un autre endroit, il écrit ce qui suit : a Chacune de ces opinions ayant été soutenue par de savans hommes , on ne saurait deviner ce qu'ils ont dit de certain.» Nous n'avons pas besoin de deviner, nous, à qui Dieu a révélé la vérité.

IX. n y a desargumens qui n'ont été inventés ni par Platon, ni par aucun autre philosophe, qui ne laissent pas de prouver fort solidement Timmorlalité de Pâme. Je les renfermerai en peu de paroles, parce que j'ai hâte de représenter le jour du jugement où les actions de tous les hommes seront examinées à la fin des siècles. Gomme

Dieu est invisible» de peur que rincapackipe les yeux du corps ont de le découvrir ne suite de douter de son existence, parmi les merveilles il a produit des cboses dott k force se fait sentir, bien que leur substanaiÉ imperceptible aux yeux. Nous connaismnik voix , l'odeur et le vent , quoique nous ne b puissions voir. Et ce sont des exemples qui apprennent à connaître Dieu par des eftat bien que nous ne le voyons point par les fd l du corps. Qu'y a-t-il de si clair que la im^à si fort que le vent , de si violent que Todêif { Cependant nous n'apercevons aucun de corps, quand ils remplissent Pair ou qa ibiîi^l peut nos sens. Ainsi nous connaissons Dien,i par les yeux, ni par aucun autre senscorpod, mais par l'esprit et par la considération dei ouvrages. Bien loin de mettre au nombre di philosophes ceux qui assurent qu'il n'y a Dieu, à peine s'ils méritent que je les mette; nombre des hommes. Ils sont plutôt semblabli aux bêtes , puisque, ne découvrant rien parla esprit, ils croient qu'il n'y a rien que ce qui l» che leurs sens , et que , parce qu^ik voient di adversités aux gens de bien et des prospériÉ aux méchans,ils se sont imaginé que tout a^ se fait se fait par hasard, et que le monde^i lieu d'être l'ouvrage d'une sage provideiB, n'est qu'un effet de la nature. Ils sont ensuite dans les extravagances ofr leur égarement devait les jeter. Que si Dieu est i corporel , invisible et éternel , on ne peut ps en inférer que l'àme ne survive point au oorpitf qu'elle est invisible dès le moment qu^elle en flt séparée, puisqu'il est certain qu*il y adestn qui subsistent et qui ont le sentiment de lavi^ bien qu'ils ne puissent être aperçus par b yeux. Mais il est difficile, dira-t-on , de voir de quelle manière l'àme conserve le ment, lorsqu'elle n'a plus les organes par oAb puissances sensitives reçoivent leurs fonctioai Que dirons-nous de Dieu? Est-il aisé de coBprendre la manière dont il subsiste sans ïïsm de corps ? Comme ceux dont je parle sont posuadés qu'il y a des dieux, si ces dieux-là existai en effet , il est certain qu'ils n'ont point de corps I. es âmes subsistent de la même sorte lorsqu'eUtf sontséparées,et cela est fondé sur la ressemblance qui est entre Dieu et Vkme à l'égard de laraisoatf de la Providence. Enfin , il y a encore on anUt

argument assez fort , et doDt Gicéron a eu connaissance , pour prouver Timmortalité de Fâme, qui est : qu'il n'y que Thomme qui ait quelque idée judicieuse de la religion. Or, la religion nous étant propre et particulière, c'est sans donte une preuve que nous désirons et recherchons une nature excellente, à laquelle nous devons nous unir étroitement. Quelqu'un peut-il considérer la structure des autres animaux, que la providence étemelle n'a faits courbés vers la terre que pour montrer qu'ils n*ont aucun rapport au ciel , sans reconnaître que l'homme seul est un animal céleste et divin, dont la taille droite et le visage élevé vers le ciel semble mépriser la bassesse de la terre , chercher le lieu de son origine , et tendre vers le souverain bien, qui est son principe. Trismégiste a très-bien nommé etttiri^a l'action par laquelle l'homme tend à Dieu , qui est une action dont les autres animaux ne sont pas capables. La sagesse, qui est un bien qui n'a été accordé qu'à l'homme , n^étant autre chose que la connaissance de Dieu, n est clair que l'âme, au lieu de finir avec le corps , subsiste totyours , et que , sentant comme par un instinct naturel et le principe d*où elle est sortie et le lieu où elle doit retourner, elle aime et cherche Dieu , qui est éternel. Il y a encore une autre preuve fort considérable de rimmortalité de l'âme , qui est que l'homme neul a Tusage du feu , qui est un élément céleste. Toute la nature étant composée du feu et de Teau, qui sont deux élémens contraires, dont l'un est attribué à la terre et Tautre au ciel, les autres animaux , comme grossiers et terrestres, se serrent de l'eau, qui est l'élément de la terre; Thomme seul a l'usage du feu , qui est un élément léger, sublime et céleste. Ce qui est pesant abaisse et entraîne vers la mort, au lieu que ce qui est léger élève et porte à la vie, qui est en baot. Comme il n'y a point de feu sans lumière, il n'y a point de vie sans lumière. Le feu est donc l'élément de la lumière et de la vie , d'où il s'ensuit que l'homme, qui en a l'usage, est d'une condition immortelle. On peut encore tirer une autre preuve de l'immortalité de l'âme de l'avantage que l'âme a seule de posséder la vertu; car si l'âme périssait avec le corps, la vertu serait contraire à la nature , puisqu'elle nous nuirait durant le cours de la vie présente. I«i vie que nous menons sur la terre et qui nous

est commune avec les animaux, poursuit le plai* sîr et fuit la douleur, dont le sentiment est incommode et donne quelquefois la mort. Que si la vertu nous prive de la jouissance des sens que nous recherchons naturellement, et qu'elle nous porte à souffrir les mauxpour lesquels nous avons de nous-mêmes de l'aversion , la vertu est un mal contraire à la natur$, et il faut avouer que c'est une folie que de la poursuivre , puisqu'en h poursuivant on se prive des biens présens, et qu'on souffre les maux sans espérance d'aucun profit; car n'est-ce pas avoir perdu toute sorte de sentiment que de renoncer aux plus charmantes voluptés , pour vivre dans la bassesse, dans la pauvreté, dans le mépris et dans la honte, ou plutôt pour ne pas vivre, mais pour gémir, pour être tourmentés et pour mourir! N'est-ce pas être stupide et aveugle que de se jeter dans des maux dont on ne tire aucun bien qui puisse récompenser la perte de plaisir dont on se prive I Que si la vertu n'est pas un mal , si elle agit honnêtement quand elle méprise les voluptés criminelles et infâmes, si elle fait paraître de la force quand, pour s'acquitter de son devoir , elle n'appréhende ni la douleur , ni la mort, il faut donc nécessairement qu'elle obtienne quelque bien plus considérable que ceux qu'elle rejette. Or quel bien peut-on espérer après la mort, si ce n'est Téternité?

X. Parlons maintenant de ce qui est contraire à la vertu, pour en tirer de nouvelles preuves de rimmortalité de l'âme. Tous les vices sont sujets au temps, et ce n'est que pour le temps qu'ils s'élèvent. La vengeance apaise la colère ; le dégoût qui suit la )ouissance modère ou éteint absolument le vice de la volupté ; l'ambition qui recherche les honneurs s'en lasse dès qu'elle les a possédés. Les autres vices s'arrêtent aux objets qui les avaient excités; et ainsi ils passent en un temps pour revenir dans un autre; au lieu que b vertu demeure ferme et immuable, sans abandonner jamais celui qui .l'a une fois reçue, car dès que nous la perdons, les vices, qui sont ses ennemis, retournent : ainsi quand elle s'éloigne, et qu'elle se retire, c'est une preuve que nous ne l'avons jamais bien possédée. Quand elle est une fois solidement établie dans notre cœur, elle parait dans toutes nos actions, et elle ne pourrait exterminer tous les vices si elle ne demeurait ferme dans le cœur dont elle s^est tout

la mort qui sépare l^àme du corps et ne la détruit poiot. On se sert encore d'un autre allument pour établir la même vérité, qui est : que tout ce qui est exposé aui yeui ou à Tattouchement, est sujet à être détruit par la force, et partant qu'il ne peut être étemel,mais ce qui ne tombe ni sous l'attouchement ni sous les yeux et ce qui ne se fait sentir que par ses efFets, est étemel, parce qu'il ne peut soufFrir aucune violence étrangère. Le corps est donc sujet à la mort, puisqu'il est exposé à la vue et à l'attouchement, et l'àme est immortelle parce qu'elle n'y est poiot exposée. XII. Répondons maintenant aux argumens que proposent ceux qui soutiennent un sentiment contraire, et que Lucrèce a rapportés dans son troisième livre :

Paiique rame, dit-il , naît avec le oorp« , il faut nëcessairanent qa*elle meure arec loi.

n y a grande différence entre l'une et l'autre. Le corps est solide,visible et palpable; l'àme est subtile et imperceplible aux sens : le corps est fDrmé de terre; l'âme n'a rien de la grossièreté ni de la pesanteur de la terre, comme Platon le reconnaît ; car si elle ne tirait son origine du ciel, elle ne pourrait avoir autant de promptitude, d'adresse et de force qu'elle en a. Le corps est visible et palpable, sujet à la corruption et à la mort, parce qu'il est formé d'un élément pesant et corruptible. Mais l'àme est immortelle, parce qu'elle est subtile et imperceptible à l'attouchement; elle est hors des atteintes et de toute violence étrangère. Il est vrai que le corps et l'àme naissent ensemble, et que le corps, qui est fait de terre, est comme un vase qui reçoit l'àme. Lorsque ces deux parties souffrent la séparation à laquelle on a donné le nom de mort, chacune d'elles retourne à sa nature ; le corps retourne à la terre d'où il a été tiré, et l'àme, qui a été créée par l'esprit de Dieu, demeure immortelle, parce que l'esprit de Dieu est éternel. En6n, ce poète ayant oublié ce qu'il avait avancé, de la doctrine qu'il avait entrepris de soutenir, ajoute ce qui suit : j>

Ce qui a ^té tiré de la terre retomne à la terre; oe qui est detoeodu du ciel remonte au ciel.

Il est certain que ce discours ne convient pas à une personne qui est persuadée que l'âme meurt avec le corps; mais Lucrèce a été vaincu par la force de la vérité, et il l'a laissé échapper de sa plume. La conclusion qu'il tire

de ce que l'àme naît avec le corps, «qu'elle meurt aussi avec lui,» est fausse et peut-être tournée contre lui-même. II est faux que le corps périsse lorsqu'il est séparé de l'àme ; il demeure entier plusieurs jours, et se conserve même très-longtemps quand il a été embaumé. S'ils mouraient ensemble, comme ils naissent ensemble, l'àme ne se retirerait pas et n'abandonnerait pas le corps comme elle le feit, mais ils périraient tous deux au même moment, et le corps se dissoudrait avec la même vitsese avec laquelle l'àme disparaît ; ou dès que le corps serait dissous, l'àme se dissiperait de la même sorte qu'une liqueur se dissipe dès que le vase qui l'a contenue est rompu.Mais puisque le corps, qui est si fragile, ne se dissout pas aussitôt que l'àme en est séparée, et ne retourne pas à la terre d'où il est sorti, il faut conclure que l'àme, n'ayant rien de fragile, retourne au ciel comme au lieu de son origine et y vit éternellement.

L*aocrois«enient , dit-il , que les sens prennent dans les enfans, la vigueur qu'ils ont dans les jeunes gens, et la diminution qu'ils souffrent dans les veillards, est une preuve évidente que l'âme est mortelle.

Pour répondre à cette objection ,je dirai d'abord qu'il y a de la différence entre l'esprit cpii est la source de nos pensées, et l'àme qui est le principe de notre vie. Le sommeil qui assoupit l'esprit, n'assoupit pas l'àme. La folie qui ôte l'usage de la raison ne prive pas de la vie^ et c'est pour cela que l'on appelle insensés ceux qu'elle attaque, et que Ton ne les appelle pas morts. Il est donc vraiqueresprit,oula force d'entendre et de concevoir, croit ou diminue selon les divers âges ; mais il n'est pa$ vrai que l'àme croisse ou diminue; au contraire, elle est toujours au même état depuis le moment auquel elle a été créée , jusqu'à celui auquel elle est délivrée de la prison du corps, et auquel elle retourne au lieu de son origine Quoique cette àme ait été créée de Dieu, néanmoins parce qu'elle est enfermée dans le corps comme dans une obscure prison , elle n'a pas au commencement la science qui est quelque chose de divin , mais elle l'acquiert en écoutant et en apprenant^ et bien loin de la perdre dans un âge avancé, elle l'augmente et la conserve, lors surtout qu'elle s'y est adonnée de bonne heure et qu'elle n'a pas mal employé les premières années de sa vie.

Quand une extrême faiblesse vient affaiblir

liNSTITUTlONS DIVINES. - LIVRE VU.

de sortir de leur prison, ou du lieu de leur eiil, pour retourner dans leur patrie. Ainsi, c'est plutôt une séparation à laquelle rame survit, qu'une dissolution qui Tan^ntisse. Les autres arf^umens de ce poète épicurien sont contraires à l'opinion où a été Pythagore : que les âmes . sortent des corps consumés par la vieillesse et les maladies, pour se joindre à de nouveaux, et pour renaître tantôt dans un homme, tantôt dans une béte, et tantôt dans un oiseau, et que c'est par ce changement qu'elles se rendent en quelque sorte immortelles. Cette imagination ridicule, et plus digne du théâtre que de Técole, ne mérite pas d'être réfutée sérieusement , parce qu'il semblerait que celui qui entreprendrait de la réfuter aurait appréhendé qu'elle ne trouvât créance dans quelques esprits. Je me contenterai donc d'avoir détruit ce que l'on oppose à la vérité , sans me mettre en peine de détruire ce que Ton oppose à Terreur.

XIII. J'ai fait voir, si je ne me trompe, que Tâme n'est sujette â aucune dissolution. Il ne me reste plus rien à foire, si ce n'est de confirmer par autorité les raisons que j'en ai rapportées. Je n'emploierai point maintenant pour cet effet le témoignage des prophètes , dont tous les discours tendent à faire voir que l'homme est né pour servir Dieu, et pour mériter l'immortalité en le servant ; mais je produirai des auteurs que ceux qui rejettent la vérité n'oseraient récuser. Mercure Trismégîste, devinant la nature de l'homme . dit : a que Dieu le fit en partie mortel et en partie immortel, et qu'il le mit comme entre l'essence éternelle et immuable, et les essences sujettes au temps et au changement, afin qu'il pût tout voir et tout admirer. D Mais parce que quelqu'un le mettra peut-être au nombre des philosophes, bien qu'il ait été mis au nombre des dieux , et qu'il soit honoré comme tel par les Égyptiens, et qu'il prétendra que son autorité n'est pas plus grande que celle de Platon ou de Pythagore, j'apporterai un témoignage plus considérable. Un habitant de Polis, ayant consulté Apollon de Milet et lui ayant demandé si l'âme survivait au corps, ou si elle finissait avec lui, il répondit en ces termes :

Pendant que Tâme est enfermée dans le corps , elle est sujette aux maladies et ^ la mort ; mais dès qu'elle en est délivra et qu'elle est montée au ciel , elle est exempte de la douleur et de toutes les incommoJiit-s de la terre.

Que dirons-nous des vers des sibylles? Ne publient-elles pas hautement la vérité que nous soutenons, quand elles déclarent que Dieu jugera les vivans et les morts. Ainsi, Démocrite, Ëpicurè et Dicéarque se trompent , quand ils assurent que l'âme est mortelle. Us n'oseraient parler de la sorte en présence d^un magicien qui saurait l'art de tirer les âmes de l'enfer, de les rendre visibles, et de leur faire prédire l'avenir; et s'ils l'osaient, ils seraient convaincus de la fousseté de leurs sentimens par des effets trop sensibles. Mais parce qu'ils n'ont pu découvrir la nature de l'âme, qui est en efFet si subtile qu'elle échappe aux plus pénétrans, ils ont eu la témérité d'avancer qu'elle est sujette à la mort. Quel jugement ferons-nous d'Aristoxène, qui a nié que le corps eût une âme lors même qu'il est plein dévie, et qui a soutenu que ce que nous appelons âme, n'est autre chose que la puissance de sentir, qui dépend de la vigueurducorpsetdeladispositiondesorganes,de la même sorte que l'harmonie dépend des cordes et de la disposition d'un instrument de musique, ce qui est la chose la plus extravagante qu'on puisse jamais avancer. Ce philosophe avait de bons yeux à la tête, et n'en avait point à l'esprit, puisqu'il ne voyait pas qu'il avait une âme. Mais il y a eu des philosophes qui ont vu qu'il n'y a rien au monde que ce que les yeux y peuvent voir , bien que les yeux de l'esprit soient beaucoup plus perçans que ceux du corps pour découvrir des objets qui se fbnt bien sentir, quoiqu'ils ne se laissent point voir.

XIV. Après avoir établi l'immortalité de l'âme, je crois devoir faire voir de quelle manière et en quel temps elle la reçoit, afin que ceux qui s'imaginent qu'elle a été donnée à des hommes par la volonté d'autres hommes , en reconnaissance de ce qu'ils auraient inventé l'art de cultiver la terre, ou quelque autre art utile à la société, ou de ce qu'ils auraient tué des bêtes farouches , reconnaissent l'extravagance, l'aveuglement et la corruption de leur erreur. J'ai déjà montré dans les livres précédens combien la récompense que ces services méritent est au-dessous de l'immortalité, et je le montrerai encore dans ceux-ci, afin que tout le monde reconnaisse que la vie éternelle n'est due qu'à la vertu , et qu'il n'y a que Dieu qui la donne. Ceux que l'on se persuade avoir M mis au nombre des dieux, n'nvaicnl

leur place naturelle. Bien qu'un si rare événement fût une éclatante preuve de la puissance que Dieu employait contre les ennemis de son peuple , il ne laissait pas d'être le signe et la figure d'un miracle plus surprenant , qu'il accomplira à la fin des siècles lorsqu'il délivrera ses élus de la servitude du monde. L'Egypte fut seule frappée en ce temps-là, parce qu'il n'y avait qu'un peuple de Dieu dans les fers de cette nation. Mais comme à la fin du monde le peuple de Dieu sera répandu sur toutes les parties de la terre , et qu'il n'y en aura aucune où il ne gémisse sous l'oppression, il n'y en aura aussi aucune qui ne sente les coups par laquelle la justice divine leur rendra la liberté. Gomme la désolation de l'Egypte fut alors prédite par des présages extraordinaires , la ruine du monde sera marquée par des signes prodigieux qui paraîtront dans tous les élémens. Lorsque la fin de l'univers approchera, la face des choses sera tellement déâgurée, et leur état tombera, par le prodigieux accroissement de la malice dans une telle extrémité de débordemens et d'excès , que notre temps, qui semble être monté au plus haut point de la ma lice, peut passer en comparaison de celui-là pour un temps fort doux et pour un siècle d'or. L'honneur et la vertu seront si rares, le crime, l'impiété, Tavarice, l'intempérance si communs, que le peu qui restera de gens de bien seront la proie des méchans , exposés aux plus cruelles perse** cations^ accablés d'outrages , et que les méchans seront dans l'abondance de toute sorte de biens. Les lois seront universellement violées. Nul ne possédera que ce qu^il aura usurpé ou conservé par la violence. II n'y aura plus parmi les hommes ni bonne foi, ni humanité, ni sincérité, ni honneur, ni paix ; et par une suite nécessaire, il n'y aura ni sûreté, ni police, ni repos. Toute la terre sera remplie de tumulte ; tous les pays seront ébranlés par le bruit des armes; toutes les nations seront aux mains les unes contre les autres. Les villes voisines se feront la guerre , et l'Egypte sera inondée comme d^un fleuve de sang , et portera la première le juste châtiment de ses extravagantes superstitîons.La désolation fera le tour du monde et abattra tout, comme les blés au temps de la moisson. La cause de cette désolation sera que l'empire romain qui s*étend maintenant sur toule la

terre, que cet empire si puissant (je. ne lé saurais dire sans horreur, mais je le dirai pourtant puisque cela doit arriver), sera détruit, que l'Occident sera réduit à la servitude et que rOrient aura l'autorité de commander. Il ne faut pas s'étonner qu'un État qui parait si solidement établi , qui a été élevé à un si haut point de grandeur pendant une longue suite d'années et par les exploits héroïques de tant d'illustres personnages et qu'ils ont soutenu par de si immenses richesses, ne tombe enfin en ruine. Ce qui peut être élevé par la puissance des hommes , peut être détruit par la même puissance. Ils ne peuvent rien faire qui ne soit sujet au temps et à la destruction , puisqu'ils y sont sujets eux-mêmes. Les autres empires qui avaient subsisté plus longtemps ont enfin été détruits. Les Égyptiens, les Perses, les Grecs et les Assyriens ont autrefois étendu leur domination sur l'univers, et leur puissance s'étant évanouie, les Romains sont enfin devenus maîtres du monde. Mais plus leur élévation a été prodigieuse , plus leur chute sera funeste. Sénèque a donné élégamment des âges à la ville de Rome ; il a dit quelle avait été comme dans l'enfance sous le règne de Romulus , son fondateur ; dans la jeunesse sous les autres rois, qui ont pris le soin de lagrandir et de Tinstruire ; qu'étant presque parvenue à un âge parfait sous Tarquin , elle avait secoué le joug de son insolente domination et avait mieux aimé être gouvernée par la sage disposition des lois que par la volonté des princes. Il ajoute que cette ville s'étant trouvée comme à la fin de sa jeunesse avant la guerre d'Afrique, elle avait augmenté en force, et qu*ayant ruiné Carthage qui lui avait disputé si longtemps l'empire , elle avait étendu ses bras de tous côtés sur mer et sur terre, jusqu'à ce qu'ayant dompté tous les rois et subjugué tous les peuples , et comme épuisé, par leur défaite, la matière de ses conquêtes , elle avait' tourné ses armes contre ellemême. Le temps de la guerre civile, auquel elle a déchiré ses propres entrailles, a été comme le commencement de sa vieillesse , d'où elle est retombée dans le gouvernement monarchique comme dans une seconde enfance ; car ayant alors perdu la liberté qu'elle avait autrefois acquise par les conseils et par le courage de ces vertus, elle tomba dans une si pitoyable faiblesse , qu'il semblait qu'elle ne s<; pouvait

$erpm enlevés, et il ne restera que l'autre tiers, composé de ceui qui auront été éprouvés.

XVII. Je crois devoir expliquer en détail la manière dont ces choses arriveront. Lorsque la 0n des siècles sera proche, Dieu enverra un igprand prophète pour attirer les hommes à sa connaissance, et lui communiquera le pouvoir de faire des miracles. Dans les pays où sa doctrine sera rejetée, il fermera le ciel, arrêtera la pluie, changera l'eau en sang, tourmentera les désobéissans et les rebelles par la soif et par la faim , et fera sortir de sa bouche un feu qui dévorera ceux qui seront assez insolens pour entreprendre de le blesser. Il convertira par ses miracles un grand nombre de personnes au culte de Dieu. Lorsqu'il aura obéi à sa volonté et exécuté ses ordres , il s'élèvera en Syrie un 9Utre roi, produit par le mauvais esprit, qui sera le destructeur et l'exterminateur du genre humain, et qui s'étant joint à d'autres méchans princes ^ont j'ai parlé, dissipera avec lui le reste de ceux qui auroqt échappé & ses premières cruautés. Ce dernier fera la guerre au prophète de Dieu, (e vaincra, le fera mourir et le laissera sans sépulture. Mais cç prophète r^yscitera le troisième jour, et sera enlevé au ciel en présence et au grand étonnement de tout le nqonde. Ce roi sera très-méchant , et , de plus , fîuix prophète, se fera appeler Dieu, et commandera qu'qn l'adore comme le Fils de Dieu , et il aura le pouvoir de faire des prodiges par lesquels il trompera tellement les hommes qu'ils l'adoreront. Il commandera que le feu descende du ciel , que le soleil s'arrête dans sa course, que des images parlent ; et ces prodiges, qu'il fera par sa seule parole, attireront à sa suite une fbule de s^vans. Il s'efforcera de renverser le temple de Dieu ; il persécutera le peuple innocent , et l'affliction sera plus violente qu'elle n'avait été depuis le commencement du monde. Il marquera comme des bêtes ceux qqi s'approcheront de lui et qui croiroot en lui, et ceux qi)i refuseront de recevoir sa marque, .s'enfuiront sqr les montagnes; ou s'ils se laissent prendre, ils souffriront des tourmens (!xqqis, et mourront par de cruels genres de mort. U fera envelopper les gens de t)ieii dans les livres des prophètes, et les &ra br(^lfr de la sorte. Il aum la permission de ravager la terre

'espace de quarante-deux mois, pendant les-

quels la vertu sera rejetée , l'innocence odieuse, et les geps de bien serviront comme de proie apx méchans : il n'y aura plus d'ordre, de règle et de discipline; nul ne respectera les cheveux gris des vieillards; nul n'aura pitié de la faiblesse ou du sexe des femmes , ou de Tàge des enfans. Tons les droits seront violés, et la terre sera comme exposée à un brigandage général et abandonnée au pillage. Alors les défenseurs de la vérité se sépareront des méchans et s'enfuiront dans les solitudes. Le roi impie , transporté de colère au premier bruit de cette nouvelle , pressera son armée, investira la montagne où les saints se seront retirés. Quand ils se verront entourés et poussés de toute part, ils élèveront leurs voix et imploreront le secours de Dieu, et il les exaucera, et enverra du haut du ciel un puissant roi qui les délivrera et qui défera les impies par le fer et par le feu.

XVIII. Les prophètes remplis de Pesprit de Dieu , et les devins, animés par le démon, ont également prédit que tout ce que je viens de raconter arriverait. Hydaspe, dont j^ai déjà parlé, après avoir déjoué Tinjustice et la misère de ces derniers temps, dit :que les fidèles se sépareront alors des impies , élèveront les mains au ciel et imploreront le secours de Jupiter ; que Jupiter jettera les yeux sur la terre, qu^il écoutera les cris des fidèles et exterminera les impies. Tout ce quil avance en ces endroits-là est fort vrai, à la réserve qu'il attribue à Jupiter ce qpi n'appartient qu'à Dieu. Cest aussi par un mauvais artifice des démons que Ton a comprimé , que le Fils de Dieu sera envoyé par son père , pour exterminer les méchans et pour mettre les bons en liberté ; ce que Mercure Trismcgiste n'a point dissimulé; car dans un livre ini\i}x\é Discours par/aii, après avoir fïit un long dénombrement des malheurs que j'ai touchés, il ajoute ce qui suit : «Quand cela sera arrivé de cette sorte, mon cher Asclépius, le Seigneur, le Dieu, et le père et le créateur du premier et du seul Dieu , jetant les yeux sur la terre . opposant Tordre de sa volonté au dérèglement des hommes , et les rappelant do leur égarement, les nettoiera de leurs vices. Soit qu'il les lave par les déluges, ou qu'il les eoasume par te fèu, ou qu'il les afflige ptp les maladies, il rendra au mbnde sa première fiee et son ancienne beauté, n Les sibylles en ont parlé

e ceux qui auront connu Dieu qui seront it dont les bonnes et les mauvaises acronC mises dans la balance* afin que si les sont en plus grand nombre que vaises, ils soient récompensés par la ce de la vie éternelle, et que si, au con- ;s mauvaises Temportentsur les bonnes, t condamnés au supplice. Peut-être que jn demandera en cet endroit, comment it faire que Tàme que nous supposons û\e soit condamnée au supplice et m éprouve la rigueur; car si elle reçoit nent dû à ses crimes, elle en soufFrira »uleur, et cette douleur lui causera la )ue si elle n'est pas siyetteà la mort, est pas non plus à la douleur. Voici de naniëre il faut répondre à cette diffi* ue propasent les stoïciens. Les âmes nt toujours et ne peuvent être réduites it; mais celles des gens de bien étant impassibles et bienheureuses, elles reit au ciel comme au lieu de leur origine, elles sont enlevées dans un pays heuelles jouissent des plus charmans plaiis celles des impies qui se sont souillées désirs impurs, sont d'une condition qui mme le milieu entre la mort et Vimmor- :lles sont sujettes à la faiblesse comme à iadie contagieuse, où elles sont tombées bitude trop étroite qu'elles ont entretec leurs corps ; en se soumettant aux pas- Iles ont contracté des taches qui ne se t effacer, ce qui est cause que si, d'un les ne sont point sujettes à la mort, u'elles sont originaires de Dieu, elles le ; l'autre aux supplices et aux tourmens, [ue leurs péchés leur ont laissé des imas qui les rendent sensibles à la douleur. )oéte a exprimé cette pensée par ces pane n*est pas délivré de tous ses maux , quand il est ! la vie ; il ^ a des peines qui le suivent encore après et lors même qu*il n*est plus sur la terre, il subit le t dû aux crimes qu*il a commis.

oies semblent assez conformes à la vérité; :n que Tâme disparaisse comme une vat qu'elle s'évanouisse comme un songe,

notre égard elle soit invisible et impalelle n'échappe pas pour cela aux mains istice éternelle.

La puissance de Dieu est si grande qu'il

se saisit sans peine des purs esprits , et les châtie comme U lui plaît. Les anges et les démons l'appréhendent , parce qu'il sait les punir d'une manière que nul discours ne peut expliquer. Il ne faut donc pas trouver étrange que les âmes, quoique immortelles, soient capables de souffrir les supplices auxquels la justice les condamne. Il est vrai que, n'ayant rien de solide ni de palpable , elles ne peuvent aussi rien souffrir de la part des corps qui sont palpables et solides. Elles sont spirituelles, mais elles n'en dépendent pas moins absolument de Dieu, dont la nature et la puissance est un pur esprit. L'Écriture nous enseigne la manière dont les impies seront punis ;car,comme leurs âmes se sont souillées par les péchés qu'elles ont commis avec leurs corps, elles seront réunies à ces corps pour être punies. Les corps que Dieu leur donnera alors ne seront pas semblables à ceux que nous avons maintenant , et seront des corps d'un tempérament inaltérable et d'une condition indissoluble , qui ne seront point consumés par l'activité d'un feu étemel. Ce feu-là sera fort différent de celui que nous employons à divers usages. Le nôtre s'éteint si nous manquons de lui fournir incessamment de la matière pour l'entretenir; mais le feu que Dieu allumera pour châtier les impies sera un feu qui n'aura besoin d'aucun aliment,qui n'aura point de fumée, et qui aura la pureté et la fluidité de Feau.ll n'est pas porté en haut par une force étrangère, comme le nôtre, que les parties terrestres et les vapeurs grossières dont il est mêlé contraignent de s'élever vers le ciel par un mouvement déréglé et inégal. Ce feu divin aura le pouvoir et de brûler les impies et de les conserver ; car , se servant à soi-même d'aliment , il sera comme une image de la fable du vautour dont les poètes ont feint que Titye était rongé sans êlre consumé. Il brûlera et tourmentera les corps sans les détruire. Le Sauveur jugera les justes et les fera pas.ser par le feu. Ceux dont les péchés l'emporteront sur les vertus , ou par le poids ou par le nombre , seront légèrement touchés par la flamme. Mais ceux dont la vertu sera parfaite n'en sentiront aucune atteinte, parce qu'ils ont eu eux une force secrète qui les garantira. Ce feu , qui a reçu de Dieu le pouvoir 4e tourmenter les coupables, respectera les innocens. Que personne cependant ne s imagine que les âmes

LACTANCE

fuient j|i({ées iocontiaent après leur mort ; elles seropt toutes gardées daus une vaste prison jusqu'à ce que le souverain iuffe vienne les examiner. Il donnera alors l'immortaliié en récompense à ceux dont Tinnocence aura été reconnue ; et pour celles qui auront été convaincues de leqrs crimes, il les privera de la résurrection, tf les jettera dans une région obscure où elles spafFrirpnt les supplices qu'elles méritent.

XXII. Quelques-uns, qui ne savent pas doù les poètes ont pris ce que je viens de dire, jugent que l'exécution en est impossible, et prennent ces récits pour des contes Faits à plaisir. Il Y a d'autant moins de sujet de s'étonner de leur intiment , que les poètes , qui ont traité cette matière, Tont fort déguisée et en ont altéré la vérité; car, bien qu'ils aient été plus anciens (}ne les historiens, que les orateurs et que les autres écrivains, néanmoins parce qu'ils n'étaient pas instruits des mystères de Dieu , et qu'ils n'avaient qu'une idée Fort grossière et fort confuse de la résurrection , ils en ont parlé d'une manière fort imparfaite, et comme d*une imagination fabuleuse ; ils ont même témoigné qu'ils n'en avaient point de preuve certaine , et qu ils ne suivaient qu'un bruit vague et qu'une opinion douteuse. Cest ainsi que Virgile, voulantcomme s'excuser de ce qu'il en avançait, a demandé permission de raconter ce qu'il avait appris par le rapport d'autrui. Ainsi, bien qu'ils aient en quelque sorte altéré la vérité, ce qu'ils ont avancé ne laisse pas d'y être d'autant plus conforme dans le fond, que cela s'accorde avec les prédictions des prophètes, ce qui nous suffît pour former une preuve invincible. Il faut pourtant avouer que leur erreur n'est pas sans fondement; car, comme les prophètes publiaient sans cesse que le Fils de Dieu jugerait les hommes après leur mort, les poètes, qui ne connaissaient point d'autre souverain seigneur du ciel que Jupiter, ont dit que son fils ju{;erait dans les enfers. Ils n'ont pas néanmois attribué ce pouvoir-là à Apollon , à Bacchns ou à Mercure, qui passent pour des dieux du ciel, mais ils Font attribué ou à Minos, ou à Éaque, ou à Radamante. Ils ont corrompu par une licence poétique ce qu'ils avaient appris; et ces bruits vagues et confus qui ont couru parmi le peuple, ont altéré la vérité. Us se sont trompés , quand ils ont dit que les morts ressusciteront après

qu'ils auront passé mille ans dan» lea enfin Voici comment Virgile en parle :

Lorsque les âmes ont pataé mille ans dans In eaftn, A •ont condoiies au fleuve de rOubli , afin ^*elki toiol attentes de retourner sur la terre et de reotrer dant

Leur méprise est, en ce qu'ils oot it, que les morts ressusciteront mille ans wfA leur mort, au lieu qu'ils reasusciierant |w régner mille ans avec Dieu, qui deseôdB pour purifier le monde, pour donner m nouvelle vie aux âmes des justes , pour réfam leurs corps et pour les mettre en d'une félicité éternelle. Tout ce qu^ils oot est véritable, à la réserve du fleuve de IXirii, qu'ils n'ont inventé que pour qu'on ne levéemandat pas pourquoi les âmes ne se soaviamatf plus dans les enfers de la vie qu'elles ont mat sur la terre , des emplois qu'elles y ont eus, é des actions qu'elles y ont faites. Cependant cctt doctrine parait incroyable, et ou s'imagini qs c'est une fable inventée par une licence poétifK Quant à nous, lorsque nous expliquons le mystère de la résurrection, et que nous assaroiuf|K les âmes n'oublient point en Tautre vie ceqa4 les ont fait en celle-ci, et qu'elles oonserveroM un souvenir de ce sentiment, on nous faitoa autre objection, qui est que : depuis tant è siècles personne n'est encore ressuscité pour aafirmer notre doctrine par un exemple. Maiii est aisé de leur répondre: quelarésurrectiaBK peut arriver pendant un siècle où riojosda règne encore; où les meurtres sont commiia trahison par le poison, par le fer et par k ta; où la vertu est noircie pas les médisances, M" honorée par les injures, chargée de chatnestf condamnée aux plus rigoureux supplices; oùl^ianocence est si odieuse que tous ceux qui variai .suivre Dieu, non-seulement deviennent Tià^ de la haine publique , mais sont encore char|{éi de toutes sortes d'outrages, tourmentés parie nouveaux genres de supplices , et contraints, pv la plus barbare de toutes les cruautés, à reoèc un culte religieux à des dieux faits par la miii des hommes , sans qu'on puisse trouver aocoa prétexte de raison pour couvrir cette videott. Faut-il ressusciter, pour souffrir tant dlndignci traitcmens , et reprendre une vie où lV>n ne peal trouver de sûreté! Puisque les justes sopt ailljNt méprisés en ce monde , et qu'ils en sont si 9Nh vent enlevés [Kir les niéchans, que pourraieat

atlcndre ceux qui sortiraieot de leurs tombeaux pour y revenir? lis seraient sans doute eileriui- Ués à l'beure même , de peur que leur présence et leurs discours ne ruiussseut la superstitioa païenne et n'attirassent toutes les nations au culte d'un seul Dieu. La résurrection ne doit donc arriver que quand le crime aura été àétruit, et quand rien ne pourra empêcher que ceux qui ressusciteront ne mènent une vie parfaitement heureuse. Il n'y a eu que les misères de cette vie qui aient donné occasion aux poëtes d'inventer le fleuve de l'Oubli, de peur que les âmes ne refusassent de retuurner sur la terre, quand ellessesoiiviendraientde tout ce qu'elles y auraient souR^ert. Voilà pourquoi Virgile a demandé :

S'il Ht poMlUt qa'il r ait dc( Inm qui vniilknl biCD nnlrer iaiu àtt eorpt iprts m tue une M* •ortin , tl d'od Irar «ÎMt nu li élranse dâir de jouir encore de 11 vie.

Gomme ils ne savaient de quelle manière . cela devait arriver, ils ont cru que les fkmes rcnattraient, et retourneraient comme à une seconde enfance. Cest par la même occasion que Platon, discourant sur la nature de l'ftme, a dit : que , par la facilité et par la vitesse avec letquelles les enfaos apprennent, il est aisé de KCoonattre que l'àme est immortelle et divine ; de sorte qu'ils semblent renouveler plutAt d'anciennes idées qu'en acquérir de nouvelles; en quoi ce savant homme est tombé d'une manière fort ridicule dans les imaginations des poètes.

XXm. Les âmes ne renaîtront point, parcequ'il est impossible qu'elles renaissent ; mais elles ressusciteront, seront revêtues de leurs cwps par LO effet de la puissance de Dieu, conserveront le souvenir de leurs actions , et , Jouissant d'une abondance incroyable de biens célestes, rendront grâces à Dieu de ce qu'il aura éloigné d'elles tous les maux, et de ce qu'il les aura appelées à une vie et à un empire qui n'auront point de bornes, non plus que l'éternité. Les philosophes ont entrepris de parler de la ré- «urrection ; mais la doctrine qu'ils ont eue sur cesïÛBt n'a pas été moins corrompue qne celle des poètes. Pythagore a prétendu que les iines passent en de nouveaux corps; mais il est inexcusable en ce qu'il les Fait passer dans des corps de bêtes d'abord, et en des corps d'hommes ensuite, et en ce qu'il assurait que la sienne

avait autrefois animé le corps d'Euphorbe. Chrysippe, queCicéron dit èlre comme one colonne qui soutient la galerie des iloloiens, en ajugé plus raisonnablement lorsque, parlant da renouvellement du monde dans le livre qu'il a composé de la Providence, il a écrit ce qui suit : «Les choses étant telles que je vieiude les représenter, il est clair qu'il n'est pas impoisible que, quand nous serons morts, nousretournions après un certain cerde d'années à l'état où nous sommes aujourd'hui.» Mais laissons-la l'autorité deshommespour écouler celle de Dieu. Voici ce que dit la sibylle :

Il D'T ■

taroiii

lortqiK Dira Ici loger*, cl qu'il diilribncn ■« bow tl au mtebaiu ki rfcompcau* c( Ici rblllmn* qn'ilt inroot mtriléii, In médiini loniberoni dini le Ita e( recoQDltln»t la jnilioc de kur roadamiulioD ; In geoi de bieD , in coalnire, dcmcureroDl (DooK Hirtiien«MTj<xilroaldarbaaaa*r et de la sloire.

Puisque les prophètes, les devins, les poHeset les philosophes, conviennent de la résurrection des morts, que personne ne nous demande de qqelle manière elle se pourra Faire. On ne niiriit rendre raison des ouvrages de Dieu. H dut croire qu'ayant bien su créer l'homme, ilsauri bien le réparer.

XXIV. J'4JouIerai maintenant ce qui fwît: he Fils du Dieu suprême viendra juger les yivm» ei les morts , selon le témoignage de la ùhylle qui dit :

Qoeto

*«ramlL

Lorsqu'il aura exterminé l'itûtistice , qu'il anra juf^étousles hommes, etqu'ilaura ressuscité cenx qui auront été justes dès le commencement, il demeurera pendant mille ans parmi les hommes qu'il gouvernera avec une' parfaite équité. Cest ce que la sibylle, transportée d'une sainte ferveur, a exprimé de cette sorte :

Ceu>^ qui seront eu ce temps- U en vie Re muurropt point; mais ils mettront «g ntonde pendant mille ans une mqltilude jnâaie d'en i^ns, qui seront saints et agréables i Oiea Ceui qui auront été resauadtéi présidwoot en qualité de juges à ceux qui seront dcrarapés en vie. Toutes In rations ne seront pas absolument détruites : quelquei-unu seront

LACTANCE

réservées pour servir de malière aux victoires que Dieu accordera aux justes et d'ornement à leur triomphe, et pour être réduites à une éternelle servitude. 1^ prince des démons et Fauleur de tous les maux sera chargé de chaînes et gardé dans les prisons de l'empire céleste, durant les mille ans pendant lesquels la justice régnera sur la terre, afîn qu'il ne puisse nuire aux personnes de piété. Lorsque le Fils de Dieu sera arrivé, les gens de bien seront assemblés de toutes les parties de Tunivers, et lorsque le jugement sera achevé, leur ville sainte sera fondée au milieu de la terre, où le Seigneur qui Taura fondée demeurera lui-même avec les gens de bien. La sibylle décrit cette ville, en disant :

Que Dieu Ta lui-même fondée , et qu'il l*a rendue plus écla- Unte que le soleil ni la lune , et les autres astres.

Les ténèbres dont le ciel était couvert seront dissipées, et le soleil et la lune recevront une lumière, qui ne soufFirira plus de diminution. La splendeur du soleil sera sept fois plus éclatante qu*elle n'est maintenant. La terre produira une abondance incroyable de fruits, sans que personne ait la peine de la cultiver. Le miel sortira des plus durs rochers; on verra couler des ruisseaux de vin et des fleuves de lait; enfin l'univers, délivré de la domination de Terreur et de rimpiété, sera comme transporté de joie. Les bétes les plus féroces ne se nourriront plus de sang. Les oiseaux ne fondront plus sur leur proie; tous les animaux seront doux et paisibles ; les lions demeureront dans Tétable avec les troupeaux; les loups n'enlèveront plus les brebis; les chiens n'iront plus à la chasse ; les éperviers ni les aigles ne nuiront plus; les enfans joueront avec les serpens; enfin on verra en ce temps-là une fidèle image de tout ce que les poètes ont feint être arrivé au siècle d'or, sous le règne de Saturne. La façon de parler figurée des prophètes qui expriment les choses à venir cqmme si elles étaient déjà passées, a été cause qu^ les poètes se sont trompés. Les prophètes étaient inspirés de Dieu et voyaient les choses quil leur révélait, comme si elles eussent été présentes. Lorsque leurs prédictions ont été publiées, ceux qui n'avaient point de connaissance de« secrets de Dieu ont cru qu'elles avaient été accomplies aux siècles passés, bien qu'il soit vrai

qu'elles ne peuvent être accomplies penda Tautorité absolue et le pouvoir de coron est entre les mains des homnoes. Mais qw religions profanes auront été abolies, ( crimes seront bannis, et que la terre sera $< à Tobéissance de Dieu :

Les pilotes abandonneront les Taicaeaax , et les m. rcnonreront au commerce. 11 n*y aura point de ici ne porte de lui-même toutes sortes de fraits , sans hommes aient eu la peine de le cultÏTer. Les moitsoi ront dans les campagnes , les raisins pendront am et le miel coulera des cbénes. On ne teindra plos k et la toison prendra sur le dos des brebis toutes sorte leurs. Les dièvres retourneront à la beri^erie pleine et les troupeaux n'appréhenderont plus la reoa lions.

Il semble que Virgile ait eu dessein endroit d*imiter la sibylle de Cumes. V que celle d'Erythrée a dit sur le même

Alors les loups paîtront avec les brebis sar les mo les lynx avec les chevraux , les ours avec les bcnifs ; mangeront la paille dans Tétable ; les enfans écrai serpens.

En un autre endroit, elle représente termes Tabondance dont Dieu favorisi hommes :

Dieu , dit-elle, comblera les hommes de joie. La terr toutes sortes d'arbres , et ces arbres porteront une leuse diversité de toutes sortes de fruits. On Tcn comme des fleuves de vin , de miel et de lait.

Une autre en a parlé de cette sorte :

11 n'y aura que la terre habitée par les gens de I aura une si heureuse fertilité , et où Ton Terra oouk du creux des rochers.

Les hommes vivront en ce temps-là da profonde paix et dans Tabondance de choses, lis régneront avec Dieu , et les | des nations les plus éloignées viendront le grand roi , dont le nom sera vénérable Tunivers , et lui feront des présens.

XXV. Voilà ce qui a été prédît par le phëtes. Je n'ai pas cru qu'il fût nécessa rapporter leurs paroles; et d'ailleurs j'aui engagé à un travail presque infini , et j trop augmenté mon ouvrage , en ani quantité de passages confornaes les ui autres, et dont la répétition aurait et ennuyeuse. J'ai de plus été persuadé c serait un avantage considérable à la cauj je défends , d'employer plutôt le témoij - des étrangers que celui des auteurs de

parti ^ et de faire voir que nos ennemis ont entre leurs mains des preuves de la vérité qu'ils refusent de reconnaître. Si quelqu'un veut n'instruire solidement , qu'il aille A la source de ces auteurs sacrés, et qu'il puise dans leurs ouvrages une doctrine plus ample et plus merveilleuse que celle que j'ai renfermée dans celuici. On demandera peut-être, quand toutes ces choses que j'ai racontées arriveront. J'ai déjà fait voir qu'il est absolument nécessaire qu'à la fin des six mille ans l'état du monde soit changé, et qu'il paraît par les signes qui , selon les prédictions des prophètes, précéderont ce changement , que le temps en est fort proche. Ceux qui ont écrit sur la chronologie, et qui ont supputé, tant selon l'autorité de l'Écriture que aelon celle des historiens profanes, les années qui se sont écoulées depuis le commencement du monde, ont apporté des preuves très-solides de ce que j'avance. Quoiqu'il y ait quelque difiërence dans la manière de compter de ces auteurs, il semble pourtant que la fin des siècles ne peut être éloignée de plus de deux cents ans. Il parait aussi visiblement que le monde est menacé d'une ruine prochaine; et la seule circonstance qui peut diminuer notre crainte est que la ville de Rome subsiste encore dans un état florissant. Mais quand cette capitale de l'univers aura été renversée, et qu'elle ne sera plus qu'un amas de ruines, il ne restera plus aucune raison de douter que la fin des siècles ne soit arrivée. Cette seule ville soutient et conserve tout. C'est pourquoi, si les ordres et les décrets de Dieu peuvept être différés , nous le devons prier que l'abominable tyran qui doit commettre tant de crimes et éteindre cette lumière, dont Pabsence sera suivie de la ruine de l'univers, ne vienne pas sitôt. Continuons la description de ce qui doit arriver ensuite.

XXVI. J'ai déjà dit que le prince des démons iera lié, au commencement du règne des saints; mais il sera délié et mis en liberté à la fin des mille ans de ce règne , et des sept mille du monde. Mais il soulèvera les peuples et les excitera à prendre les armes contre les saints , et à mettre le siège devant leur ville avec des troupes innombrables. Ce sera pour lors que les derniers effets de la colère de Dieu sur les peuples éclateront , et qu'il exterminera jusqu'au dernier d'entre eux. Il ébranlera la terre avec une si horrible vio-

lence, que les montagnes de Syrie en seront brisées, que les collines demeureront comme suspendues , et que les murailles et toutes les villes tomberont à terre. Dieu arrêtera le soleil dans l'espace de trois jours , et augmentera de telle sortes a chaleur, que les impies et les rebelles en seront brûlés. Il fera tomber sur eux une pluie de soufre, une grêle de pierres enflammée et des gouttes de feu; leurs forces seront comme fondues par Texcès de la chaleur; leurs corps seront brisés par la grêle; ils se tueront les uns les autres par ï^épée, de sorte que les montagnes seront remplies de corps morts, et les campagnes couvertes d'os. Le peuple fidèle sera caché dans les cavernes pendant ces trois jours, jusqu'à ce que la colère de Dieu contre les nations éclate dans le dernier jugement. Quand les justes sortiront de leurs retraites, ils trouveront une quantité d'ossemens et de cadavres. La trace des impies sera effacée , et il ne restera plus sur la terre d'autre nation que celle qui sera soumise à Dieu. Sept ans se passeront sans que l'on coupe les arbres, et au lieu de brûler du bois, on brûlera les armes des nations vaincues ; la guerre sera suivie d'une paix étemelle. Lorsque les mille ans seront accomplis. Dieu réparera le monde, pliera le ciel, changera la terre, donnera aux hommes la forme des anges, les rendra blancs comme la neige, et recevra pendant toute l'éternité leur culte et leurs sacrifices. Ce sera en ce temps-là qu'arrivera la seconde et la générale résurrection où les impies seront tirés de leurs tombeaux , pour être condamnés à un supplice étemel. Ces impies sont ceux qui ont adoré des idoles faites par la main des hommes , et qui n'ont point connu le Seigneur et le créateur du monde , ou qui l'ont renoncé. |Leur prince sera pris avec ses ministres, et condamné au feu éternel avec toute la foule des impies , en présence des anges et des saints.

Voilà la doctrine des prophètes que les chrétiens suivent; voilà notre sagesse, qui passe pour folie et pour vanité dans l'esprildcceuxqui rendent un souverain cuhe à des créatures qui ne sont que faiblesse , et qui sont encore attachés à la fausse philosophie du siècle. Ce qui augmente leur hardiesse, est que nous n'avons pas accoutumé de défendre publiquement nos sentimens, cl que nous obéissons au commandement que

toi

LÀCTANCE.

Dieu nous fiiit de respecter ses mystères dans le silence, de les conserver dans le secret de noire conscience , et de n^entrer jamais en dispute avec ces profanes qui ont rinsolence d'attaquer Dieu et sa religion, non pour s'instruire , mais pour insulter et pour Faire des railleries outrageuses et Sanglantes. Les mystères doivent èlre cachés ayec une grande fidélité , et principalement par cent qui ont, comme nous , le nom de fidèles. Cépetidant , les impies prenant notre silence pour reffet d'une mauvaise conscience, inventent d'horribles calomnies contre les personnes les plus innocentes et les plus hounèles, et ajoutent volontiers Foi à ces calomnies qu'ils ont inventées. Mais ces (aux bruits sont entièrement dissipés, très-saint empereur, depuis que le souverain Seigneur du monde vous a suscité pour rétablir la justice et pour conserver le genre humain. Maintenant que vous gouvernez Tempire romain avec une si haute sagesse et une si parFaite équité , les serviteurs de Dieu lie sont plus traités comme des scélérats et des impies. Maintenant que la vérité est découverte, et qu'elle paraît avec éclat, on n'accuse plus d'injustice ceux qui s'eFIbrcent de garder la justice avec toute l'exactitude qui leur est possible , on ne nous reproche plus le nom de Dieu, et ou ne dit plusque nous n'avons point de religion , nous qui sommes seuls dans la religion véritable, parce que nous méprisons les images des morts et que nous adorons un Dieu vivant. La souveraine providence vous a élevé au comble de la grandeur humaine, parce que vous êtes capable de réparer, par votre piété, les Fautes des autres princes, et de pourvoir à la conservation de vos sujets avec une bonté paternelle, de chasser loin de Tempire les méchans que Dieu vous a livrés entre les mains pour Faire voir h tout le monde en quoi la véritable majesté consiste. Ceux qui ont voulu abolir le culte de Dieu pour maintenir l'impiété et la superstition, ont été exterminés, au lieu que vous qui aimez sincèrement Dieu et qui soutenez généreusement ses intérêts, vous trouvez la prospérité et le bonheur, la réputation et la gloire à la suite de toutes vos entreprises, ilsont porté et portent encore le châtiment dû à leurs crimes, au lieu que vous êtes garanti de toute sorte de périls, par la toute puissante main de Dieu , et que vous jouissez sans trouble de l'autorité souveraine. I^ souverain Seigneur

de l'univers vous a choisi entre tous les Mira pour travailler à rétablissemeal de la religia, parce que vous les surpasse2 par réminence M votre vertu. Les impies dont je parle ont n peut-être quelque apparence d'innoccBce:

car ils n'en pouvaient avoir la réalité pAqu'ils ne connaissaient point Dieu qui en al Tunique principe, au lieu que TinclinatioD qri vous porte naturellement au bien, soute» par la Foi et par la piété chrétienne, voesiMl donné une justice et une sainteté accompye. Vous êtes sans doute fort propre à servir de ni* nistre à Dieu, dans le dessein quMl avait de informer les abus des hommes. C'est pourqori nous le prions sans cesse de vous eonsemr, vous qui conservez TÊtat, et qui inspirez letf> sir d*aimer toujours son nom , ce qui sen ne source de bonheur pour vous , et de repos par les peuples.

XX Vil. Puisque j'ai achevé les sept livres q> j'avais entrepris, et que je suis heureosemol arrivé A la fin de mon ouvrage , il ne me reA plus rien que d'exhorter tout le monde i e» brasser la véritable religion , et en même tenfl la sagesse , dont i'eFFet est l'exercice est de ïït priser les biens de la terre, de fuir les attnH des plaisirs , et de renoncer aux erreurs pèÉ obtenir le trésor incorruptible des récoinpct> ses éternelles. C'est un bonheur inestimable dltre délivré des misères de la vie présente, tt d'aller à ce juge d'une équité souveraine, ctl ce père d'une bonté infinie, qui nous donnénk repos au lieu du travail, la vieau lieu dé la niort,il clarté au lieu des ténèbres , les biens du ciddiLS l'éternité au lieu de ceux de la terre et du tempi; et enfin une récompense à laquelle les pciîs que nous trouvons ici-bas dans la pratique dS vertus chrétiennes, n'ont aucune proportioÉ. C'est pourquoi, si nous souhaitons parvenirH plus haut point de la sagesseet du bonheur,iinii devons nous résoudre à supporter non-seulenieat les travaux dont parle Térence, comme soBl ceux de moudre au moulin , d'être battus, d'Ivoir les Fers aux pieds, mais endurer les prisons, les Fers, les supplices, les douleurs et b mort même, dans l'assurance où nous sommes que , comme il n'y a point de plaisir sur la tent qui ne soit accompagné de quelque peine, il nf a point aussi de vertu qui ne soit suivie deii récompense. Tout le monde doit donc fâcherde

tOÈ

prendre le bon chemin , de pratiquer généreusement les vertus, de supporter avec patience les peines de la vie présente , dans Tespérance de recevoir un jour du soulagement. Notre père et notre Seigneur, qlii a créé le ciel et Ta posé sur des fondemens inébranlables, qui y a attaché le soleil et les autres astres , qui a suspendu la terre sur son propre poids, et Ta comme fortifiée par les montagnes et entourée delà mer, qui a tiré du néant tout ce qu'il, y a dans le monde, ayant reconnu les erreurs et les égare- . Dtens des hommes, leur a envoyé un chef et un , conducteur pour leur montrer le chemin de la \ vertu. Suivons-le et obéissons-lui , parce que , comme a dit Lucrèce :

n a purgé DOS e«priU des erreurs par la vérité de tes dis- I eoort ; il a arrêté rinconêtanoe de nos désirs et la Tauité de ' BOt craintes ; il nous a déooavert le souverain Uen où n<lUB I devons tendre), et le chemin par où nous y devons arriver.

11 ne s'est pas contenté de nous montrer le

chemin ; il l'a tenu le premier, et a marché

devant nous , de peur que les difficultés qui

8*y rencontrent ne nous frappassent d'effroi.

Abandonnons , s'il est possible , le chemin qui

nous trompe et qui nous perd , et où la mort se

cache sous les attraits de la volupté. Plus nous

sommes avancés en âge et plus le jour auquel

' nous partirons de ce monde , nous parait pro-

\ die y plus nous devons nous préparer à paraître

^ sans tache et sans péché devant notre juge , bien

f loin d'imiter l'aveuglement de ceux qui , quand

f^ ils se sentent menacés d*une inort prochaine,

î^ par les incommodités de la vieillesse et par la di-

h: minution de leurs forces, prennent cette menace

î! ponr un avertissement de se hâter de jouir des

i plus doux et des plus agréables plaisirs. Que

ti chacun se retire de ce bourbier pendant qu'il en

^ a le moyen , et qu'il se tourne de tout son cœUr

tli vers Dieu, afin qu'il puisse attendre en assu-

t rance le jour auquel le souverain Seigneur de

S9^ Tmiivers jugera des actions et des pensées de

^ tous les hommes. Que non-seulement 11 mé-

T prise, mais encore qu'il fuie tout ce que l'on re-

cherche ici- bas, et qu'il préfère soa salut à tous les biens dont la possession est incertaine , passagère et trompeuse. Us passent et changent sans cesse , et s'échappent d'entre nos mains plus vite quils n'y sont tombés. Quand nous les retiendrions durant toute notre vie, il faudrait les quitter au moins à la mort : nous ne saurions emporter que l'innocence et la vertu. Celui-là paraîtra fort richedevanl Dieu,qui paraîtra avec la continence , avec la miséricorde» avec la patience, avec la charité, avec la foi : c'est une succession qui ne peut nous être ôtée, ni donnée à un autre à notre préjudice. Qui est-ce qui veut la posséder ? Que ceux qui ont làim s'approchent, et ils seront rassasiés d'un aliment céleste qui contentera leur appétit. Que ceux qui ont soif s'approchent, et qu'ils puisent de l'eau du salut dans une source qui ne tarit jamais. Cet aliment et cette eau du ciel rendent la vue aux aveugles , l'oule aux soiirds , la voix aux muets, l'usage des pieds et des jambes aux boiteux , la sagesse aux insensés , la santé aux malades , la vie aux morts. Notre souverain et équitable juge tirera de l'obscurité du tombeau ceux qui auront eu le courage de fouler aux pieds les corruptions de la terre. Que personne ne mette sa confiance dans les richesses , datis les dignités , ni même dans l'autorité souveraine : tous ces avantages du siècle ne sauraient nous procurer l'immortalité ; car celui qui aura renoncé aux privilèges de la condition humaine, et qui en s'attachant aux biens présensse sera roulé sur la terre, sera châtié comme un déserteur de son seigneur et de son père. Travaillons donc sérieusement â acquérir l'innocence qui nous accompagnera jusqu'au trône de Dieu. (Combattons cependant sous ses enseignes ék pour son service, tant que notre âme animehi notre corps. Veillons et demeurons en sentinelle. Résistons généreusement contre les ennemis qui nous sont connus , afin que les ayant vaincus , nous recevions de îa main de Ôiev la récompense qu'il nous a promise.

jk fiMdn

I. J'ai souvent remarqué, mon cher Donal, qu'il y a plusieurs personnes, et m^me des philosophes, qui aH>ient que Dieu n'entre jamais en colère. I^ raison de leur sentiment esl. ou que Dieu oe fait que du bien, et qui) ne convient point i une puissance aussi grande et aussi excellente que la sienne de Faire du mal; ou qu'il n'a aucun soin des choses d'ici-bas, et. par une suite nécessaire, aucune inclination à nous faire ni du mal ni du bien. Comme celte erreur est Irès-dangereuse et qu'elle ne tend à rien moins qu'a renverser tout l'ordre de la vie humaine. J'ai cru la devoir réfuter, de peur qu'elle ne vous surprenne et que le nom de ceux qui se vantent d'être fort savans ne vous engage à la suivre. Ce n'est pasqui* j'aie la présomption d'avoir compris la vérité par la force de mon esprit; mais c'est que je fais profession de suivre la doctrine que Dieu , qui seul sait tout et qui révèle ses secrets comme il luiplatL, a eu la bonté de nous enseigner. Les philosophes, qui n'avaient rien appris de celte doctrine, ont cru qu'ils pouvaient découvrir d'eux-mêmes ce qu'il y avait de plus caché dans la nature ; ce qu'il est pourtant certain qu'ils ne pouvaient faire , parce que, tant que l'Ame est enfermée dans le corps comme dans une prison, elle n'a qu'une connaissance fort imparfaite; et qu'une des principales différences qu'il y ait entre Dieu et l'homme , c'est que , au lieu que Dieu a une science parfaite , l'homme n'a que l'ignorance en partage. Ainsi, pendant que nous vivons dans un corps mortel , nous avons besoin d'une lumière pour dissiper les ténèbres qui nous environnent, et celte luraitre là c-it Dieu même. Quiconque l'aura reçue dans son cœur pénétrera le secret de la vérité. Mais dans l'éloignement dcDiPU et desa doctrine céleste, il n'y a qu'ignorance et qu'erreur. C'est pourouo^gcrale, qui était le plus savant despldMtfÉ^^^bnt confiMdre [a présomjMo^/^^ |()yaieM

savoir quelque chose, disait qu'il ne savait ria, si ce n'est : qu'il ne savait rieo. Il avait reconai que toute la philosophie n'avait riea de couin ni de véritable. Et ce n'était pas par le seul dessein d'abaisser les autres qu'il en jugeait àt\i sorte, mais c'est qu'en effet il avait eomiiKfg- Irevu la vérité. C'est pourquoi , lorsqu'il fni accusé et réduit à la nécessité de se défendre, il déclara , selon le rapport de Platon , qu'il nr avait point de sagesse parmi les hommes, railli. méprisa et rejeta toute la doctrine d'oii les philosophes tiraient vanité, et protesta que, pour lui, il faisait profession de ne rieo savoir. Qat s'il n'y a point de sagesse ni de science panni In hommes, comme Socrate l'enseigne et comiDr Platon le témoigne , il est clair qu'il n'y m a qar dans Dieu, il faut donc lâcher de leconnaltren de trouver la vérité en le trouvant. 11 estlecrftleur de l'univers, qui ne peut être vu pari» yeux du corps et qui ne peut être découvert qu'à peine par ceux de l'esprit. La religion et attaquée de plusieurs manières par ceux qui n'ont pas pu parvenir à la sagesse ni comprodre les saints mystères.

II. il y a plusieurs degrés par où I'od montci palais de la vérité ; mais il n'est pas aisé de mo ter jusqu'au haut, parce que plusieurs, ébloû de l'éclatqui l'environne, chancellent et ttHnbnl à la renverse. Le premier degré est de reoonnaitre la Fausseté de la superstition païenne, rt de rejeter l'impiété du culte que l'on rend à d(t dieux faits de la main de l'homme. Lèse est de savoir qu'il n'y a qu'un Dieu , qui a ait le monde et qui le gouverne. I* troisième et de connaître l'ambassadeur et le ministre qai a envoyé sur la terre pour nous délivrer de erreurs et pour nous instruire de la vérité. Il est aisé, comme je viens de le dire . de lombrr surces degrés, à moins que l'on ne prenne ganfc de s'y tenir ferme. Ceux qui reconnaissent b ^usseté de la religion des païens et qui mépn-

DE LA COLÈRE DE DIEU

sent les idoles faites de terre et d'autres matières fragiles , et qui , au lieu de se tourner vers Dieu, quMIs ne connaissent point , se tournent vers les élémens, qu'ils admirent; ceux qui adorent le ciel, la (erre, la mer, le soleil, la lune et les étoiles , tombent dans le premier defçvé. J'ai réfuté Tignorance de ces premiers dans le second livre des Divines institutions. Ceux qui avouent qu'il n'y a qu'un Dieu, et qui , trompés par les faux raisonnemens des philosophes, ont des sentimens indignes de sa grandeur, et nient qu'il ait ou aucune figure ou aucune affection, tombent dans le second degré. Enfin, ceux qui connaissent renvoyé de Dieu et qui savent qu'il a élevé un temple immortel et divin , et qui cependant ou ne le reçoivent point, ou le reçoivent d'une autre manière que la foi ne veut qu'on le reçoive, sont ceux qui tombent dans le troisième degré. J'ai déjà réfoté ces derniers dans le quatrième livre du même ouvrage et les réfuterai encore plus au long lorsque je répondrai aux objections de toutes les sectes qui par la vanité de leurs disputes se sont éloignées de la vérité. Je ne parlerai en cet endroit que de ceux qui tombent dans le second degré par les mauvais sentimens où ils sont touchant la nature divine. Il y en a parmi eux qui croient que Dieu ne fait du bien à personne et qu'il n'entre point en colère, mais qu'il goûte la douceur d'un profond repos et d'une parfaite sûreté dans la possession d'une félicité immuable et étemelle. D'autres lui ôtent les mouvemens de la colère et lui laissent l'inclination à fsiire du bien , parce qu'ils croient qu'il n'y a rien de si conforme à sa nature que d'aider et de secourir, ni de si contraire à la même nature que de nuire. Ainsi tous les philosophes demeurent d'accord que Dieu n'entre point en colère , mais ils ne demeurent pas tous d'accord qu'il n'ait pas l'inclination de faire du bien. Pour mettre quelque ordre dans cette matière, il faut dire : que le désir de la vengeance et le désir de faire du bien étant deux désirs contraires, ou il faut laisser à Dieu le désir de la vengeance et lui ôter le désir de faire du bien, on lui ôter l'un et l'autre; ou bien il faut lui ôter le désir de la vengeance et lui donner le désir de faire du bien , ou bien il ne lui faut ôter ni Ton ni l'autre de ces deux désirs. H n'y a point de milieu , et il faut nécessairement que la vérité que nouscherchons se rencontre dansquelqu'une

de ces propositions. Examinons-les donc en particulier afin que la suite de notre discours nous conduise à la vérité.

III. Pour ce qui est de la première partie de la division que nous avons faite, personne n'a jamaisdit queDieu soit capable d'entrer en colère et de venger les injures qu'on lui fait, mais qu'il n'est point sensible aux honneurs qu'on lui rend et qu'il n'en donne point de récompense. En effet il n'y a rien de si contraire à la nature de Dieu que d'avoir le pouvoir de nuire et de n'avoir pas celui de secourir. Aussi , quel moyen , ou même quelle espérance resterait-il aux hommes d'être sauvés , si Dieu ne pouvait faire que du mal? Cette majesté si vénérable perdrait l'autoritéque les juges ont de pardonner etd'absoudre, et serait réduite à la condition d'un exécuteur dont l'unique fonction est de punir. Puisque nous voyons qu'il n'y a pas seulement du mal dans le monde, mais qu'il y a aussi du bien, il faut que, si Dieu n'en est pas l'auteur, il y ait quelque autre qui le soit. S'il y en a quelqu'un, qui est-il ? Gomment est-ce qu'il s'appelle ? Et pourquoi celui qui nous fait du mal nous est-il plus connu que celui qui nous fait du bien? Mais, s'il ne peut y avoir d'autre principe que Dieu , c'est une extravagance ridicule d'avancer que sa puissance , dont la bonté est égale à la grandeur, nuise toujours et ne serve jamais. Aussi cette extravagance a-t-elle paru si insoutenable qu'elle n'est jamais entrée ni dans la bouche, ni dans la pensée de personne. Ce point étant décidé, passons aux autres, et continuons à chercher la vérité.

IV. Le point qui suit contient une maxime de l'école d'Épicure, qui est : que comme Dieu n'entre point en colère contre les crimes des hommes, aussi n'est-il point touché de leurs devoirs ni de leurs services. Épicure ayant jugé que c'était une chose indigne de la nature de Dieu de faire du mal , parce que le mal provient, pour l'ordinaire, d'un mouvement de colère et d'un désir de vengeance, il lui a ôté aussi l'inclination de faire du bien. Il a bien vu qu'on ne pouvait laisser à Dieu l'émotion de la colère et le désir de punir, sans lui laisser aussi quelque sentiment pour les bonnes actions et la volonté de leur donner la récompense qu'elles méritent. Ainsi, pour lui ôter un défaut, il lui a ôté une perfection. «C'est pour cela, dit ce philo*

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LACTANCE

sophe, quevDieu est heureux, qu'il est incorruptible et immuable; car ne se souciant de rien et n'ayant aucune peine, il n'en fait aussi à personne* » Mais, si Dieu D'à point de mouvement comme en ont tous Us êtres qui ont la vie, s'il n'a pas un pouvoir plus étendu que celui des bQmmes, s'il n'a ni volonté, ni action, ni fonction, il n'est pas Dieu. Quelle plus digne fonction \u\ ppnrrait-on attribuer que celle de gouverner la monde, que celle de prendre soin des créatures qui ont le sentiment de la vie, et principalement des hommes, desquels dépend tout ce qu'il y a sur la terre? De quelle béatitude pourrait jouir un Dieu qui serait tonjours dans un immobile repos et dans un stupide engourdissement, qui est sourd pour ceux qui le prient et aveugle pour ceux qui l'honorent? Qu'y a-t-i( qui soitsi digne de Dieu, qu'y ^-t-il qui lui soit si propre que d'avoir une providence qui s'étende sur toutes choses P S'il ne se soucie de rien, et qu'il n'ait soin de rien, il n'a rien de la nature divine. Ge philosophe, qui lui ûte toute sa puissance et toute sa fonction, ne détruit-il pas son être? C'est pour cela que Gicéron rapporte que Possidonius disait qu'Ëpicure avait cru qu'il n'y avait point de dieux, et qu'il n'en avait parlé que pour éviter U haine publique, et qu'ainsi il reconnaît de bouche les dieuYt mais qu'en effet il n'en reconnaît point, puisquil ne leur laisse ni fonction ni mouvement. Si cela est ainsi, qu'y avait-il de si peu sincère, et même de si captieux ? ce qui est fort indigne d'un homme grave et d'un homme s^ge. S'il a parlé aatrement qu'il ne pensait, n'était-ce pas un dissimnlé, nn fourbe et un fou? Mais Épicure n'était p«is si 9n fit si rusé que de pi^rler de la sorte h dessein de tromper. Il parlait selon sa pensée et écrivait pour laisser i la postérité un monument éternel de ses sentin^ens ; mais il est tombé dans l'erreur, car, ayant été trompé par une fan^se proposition qui lui semblait vraie, il admit les conséquences qui en étaient tirées selon les règles du raisonnement. Cette proposition est : que la colère ne convient point à Dieu. Comme elle lui paraissait certaine et indubitable, il ne pouvait refuser d'en recevoir aussi les suites, et après avoir ôté à Dieu une affoction, il était obligé de lui ôler toutes les autres. Quiconque ne peut-être mis en colère

ne peut aussi être apaisé. Que s'il est exempt de ces deux mouvemens, il l'est aussi de b crainte, de la joie, de la tristesse et de la compassion, l'agitation d'aucun de cea moavemeof ne convenant non plus à Dieu que celle de» autres. Que s'il n'y a point d'affection dans Dieu, parce qu'il n'y a point d'affection sani quelque sorte de faiblesse, il n'y a point noo plus de providence. Voilà jpsqu'où ce savant homme porte son raisonnement^ car il a supprimé les autres conséquences qui se tirent nécessairement de ses principes, savoir : que Dieu ne se soucie de rien et qu'il n'est rien. 11 s'ctt comme arrêté sur ce dernier degré, parce qa'il voyait que, s'il descendait d'avantage, il \oat berait dans un précipice. Mais de quoi lui % servi ou son silence ou sa fuite, puisqu'il est tombé, malgré qu'il en eût, jusqu'au fond de l'abime, puisqu'il a dit ce qu'il ne voulait pas dire, et puisqu'il a été emporté, par la suitt nécessaire de son raisonnement, où il ne voulait point aller? Voilà jusquesoù conduit l'fpinion de ceux qui tiennent que Dieu n'est pa capable d'entrer en colère. Mais elle n'est prêt* que plus soutenue de personne ; elle ne l'est qui par un petit nombre de scélérats, qui s'imaginent en vain que par là ils se procureront l'impunité. Que s'il est faux que Dieu ne puisse ni entrer en colère ni être apaisé, Classons k la troisième proposition que nous avons annoncée.

V. On croit que le sentiment que les stoïciens ont de Dieu est un peu plus supportable quand ils disent que Dieu est propice aux hommes, mais qu'il n'entre point contre eux en colère. H faut avouer que l'on est favorabknaent écouté du peuple quand on soutient que Dieu n'est pas capable de cette faiblesse, de croire avoir été offensé, d'en être ému, d'en être troublé et d'en entrer en fureur. En effet, si II colère ne convient pas à nn homme {;rave ni i un homme sage, puisqu'elle est comme noc . tempête qui agite l'àme et qui trouble sa traDquillilé, qu'elle met l'ardeur dans les yeux, le tremblement dans la bouche, le bégayement dans la langue, la confusion, la rougeur et la pâleur sur le visage, elle convient beaucoup moins à Dieu. Que si un prince qui a une paissance de quelque étendue fait d'horribles désordres, quand il s'abandonne à la colère^ s*il

DE LA COLERE DE DlEU.

répand le sang, s'il rase les villes, s*îl extermioe les peuples et désole les provinces, Dieu, qui dispose de Tempire de Tunivers, ne le détruirat-il pas absolument, s'il est capable d'entrer en colère ? 11 fout donc éloigner de lui un mal si pernicieux et si funeste. Que s'il est exempt d'un mouvements! peu réglé et si peu honnête, et qu'il ne fasse mal à personne, que reste-t-il, sinon qu^il est doux, tranquille, propice et bien* foisant? C'est ainsi qu'il sera le père commun de tousleshommes,etqueron pourra dire véritablement d'une nature aussi excellente que la sienne, que sa bonté sera égale à sa grandeur. En effet, si parmi les hommes on loue ceux qui servent plutôt que ceux qui nuisent, ceux qui sauvent la vie plutôt que ceux qui Tôtent, si on les chérit, si on les comble de bénédictions et si on les regarde comme des dieux, n'est-il pas juste de croire que Dieu, qui a toutes les perfections sans aucun défaut, répand continuellement ses grâces et ses faveurs sur les hommes ? Il faut avouer que ce discours est spécieux et propre à s'insinuerdans l'esprit du peuple. Il est vrai aussi que ceux qui y ajoutent créance approchent de plus près que les autres de la vérité ; mais ils ne laissent pas de se tromper en quelque point, pour n'avoir point fait assez d'attention sur ce sujet. Car, si Dieu n'entre point en colère contre les impies, il n'aime point les gens de bien. ^ Ainsi ceux qui lui ôtent l'inclination de faire grâce, de même que le mouvement de la colère, parlent plus conséquemment en soutenant leur erreur, puisqu'il est certain que, dans les rencontres des objets opposés et contraires, il faut ou se porter vers tous les deux, ou ne se porter ni vers l'un ni vers l'autre. II faut, par exemple, que celui qui aime les gens de bien haïsse les méchans, et que celui qui ne hait point les méchans, n'aime point les gens de bien, parce que l'amour que Ton a pour les [gens de bien vient de la haine que Ton a pour les méchans, et la haine que l'on a pour les méchans vient de l'amour que l'on a pour les gens de bien. Personne n'aime la vie qui ne craigne la mort, personne ne cherche la lumière qui ne fiiie les ténèbres. Ces choses ont ensemble une liaison si étroite qu'elles ne se peuvent séparer. Si un maître a deux serviteurs dont l'un soit bon et l'autre mauvais, il n'a pas pour tous les deux les mêmes sentimens et ne

les traite pas tous deux de la même sorte, et, s'il le disait, il serait extravagant et injuste. Il parle au bon avec douceur; il lui confie la conduite de sa maison. Il châtie l'autre de parole et d'action, le met dans les fers et lui fait souffrir la nudité, la faim et la soif, et en use ainsi afin que le châtiment de celui-ci détourne les autres de faire du mal et que l'exemple de celui-là les porte à faire du bien. Quiconque donc a de l'amour a aussi de la haine, et quiconque a de la haine a aussi de l'amour, parce qu'il y a des personnes qui méritent d'être aimées et qu'il y en a d'autres qui méritent d'être haies. Or, comme celui qui a de l'amour fait du bien à ceux qu'il aime, aussi celui qui a de la haine fait du mal à ceux qu'il hait. Cet argument est convaincant et ne SQufFre aucune réponse. L'opinion de ceux qui laissent à Dieu le mouvement de l'amour et qui lui ôtent celui de la haine est donc une opinion vaine, et aussi fausse que celle qui le prive de l'un et de l'autre de ces mouvemens. Mais il y a un point où les premiers ne se trompent pas, comme nous l'avons d^à dit, qui est celui par lequel ils laissent à Dieu Tinclination de fiiirè du bien. Les seconds, ayant admis un faux principe, en tirent une fausse conséquence et tombent dans l'erreur. Ils ne devaient pas raisonner comme ils font, ni dire : puisque Dieu n'entre point en colère, il ne se laisse point apaiser ; mais ils devaient raisonner ainsi : puisque Dieu se laisse apaiser, il faut qu'il entre en colère. Car si le premier point, savoir que Dieu n'entre point en colère, était certain, il fiiudrait exami* ner le second. Mais, le premier étant douteux, le second est presque certain; or c'est une prétention extravagante de vouloir renverser une maxime certaine par une qui n'est que douteuse, au lieu qu'il but appuyer celles qui sont douteuses par celles qui sont certaines.

VI. Voilà tout ce que les philosophes ont pensé au sujet de la divinité, aucun d'eux n'ayant rien dit davantage. Que si tout ce qu'ils ont avancé est convaincu de fausseté, il f^ut que la vérité se trouve dans une proposition qu' ils n'ont jamais avancée ni défendue, savoir : que comme Dieu entre en colère, aussi se laisse-t-il apaiser. C'est ce que nous avons à prouver et à soutenir, comme un des principaux points de notre religion. Car il ne faudrait rendre aucun honneur à Dieu s'il n>a

LACTANCE

douiiait point de récompense, ni appréhender de Toffènser s*il n^entrait point en colère contre ceux qui Toflfensent.

VU. Bien que les philosophes se soient souvent éloignés de la vérité, et qu'ils soient tombés par ignorance dans une infinité d'erreurs, comme des voyageurs qui, ne sachant pas le chemin, et ayant honte de le demander, ne laissent pas de marcher toujours, ei qui, plus ils marchent et plus ils s'égarent, il ne s'en est pourtant trouvé aucun parmi eux qui n'ait point mis de différence entre l'homme et les bètes,et qui ait égalé une créature pourvue de raison aux animaux qui en sont privés. C'est cependant ce que font certains ignorans, qui étant semblables aux bètes, et qui, ne cherchant non plus qu'elles que le plaisir de leur ventre, disent qu'ils n'ont point été mis au monde d'une autre sorte que les autres créatures qui respirent l'air, ce qu'il n'est pas sans doule permis à ces hommes d'avancer, car qui est-ce qui est assez ignorant pour ne pas savoir, ou assez stupide pour ne pas sentir qu'il a dans soi-même quelque chose de divin ? Je ne parle pas encore ici des avantages de Tâme ni de l'esprit , par lesquels l'homme a une union étroite avec Dieu, car la seule disposition de notre corps et la seule figure de notre visage suffisent pour faire voir que nous ne sommes point semblables aux bètes. Elles sont toujours baissées vers la terre d'où elles tirent leur nourriture, et n*ont aucun rapport avec le ciel, qu'elles ne regardent jamais. Il n'y a que l'homme qui , ayant la taille droite et le visage élevé, est né |MHir contempler le ciel, pour chercher Dieu et |M)ur le connaître. Aussi n'y a-t-il point d'autre animal que Thomme, comme dit Gicéron, qui ait quelque connaissance de Dieu. Il n'y a que lui qui ait reçu la lumière de la sagesse et qui puisse arriver à la connaissance de la religion, et c'est la principale ou l'unique différence qu'il y ait entre eux et les bètes. Car, bien qu'il y ait d'autres avantages qui semblent lui être propres, il est vrai pourtant que les bètes n'en S(mt pas absolument dépourvues. Il a, par exemple, l'avantage de la parole que les bêles n^ont point; mais elles ont quelque usage de lu voix, par où elles se connaissent et par où rllf 8 semblent donner des marques, tantôt de iHil^rr et tantôt de joie. Il est vrai que leur voix

nous parait inarticulée ; peut-être aussi que la nôtre leur paraît telle, peut-être que les voix des bêtes sont articulées pour elles puisqo'dks les entendent. Enfin, elles ont des soas difKrens quand elles sont émues de difCérentei passions, et par ces sons elles expriment la disposition où elles se trouvent. Le rire est au» propre à l'homme, et cependant oo remirqK dans les autres animaux quelque chose de.seoblable. On y voit des signes de joie quand ils se jouent, qu'ils flattent et quils s^adoodssart. Il n'y a rien de si propre à l'homme que la ruson et la prévoyance de l'avenir. II y a foattant des animaux qui préparent plusieurs isioei dans les lieux où ils se retirent, afin que, s'ils étaient assi^;és par un côté, ils se pussent sauver par un autre, ce qu'ils ne feraient pas s'ils n'avaient de la connaissance. Il y en a qui fout des provisions, comme les fourmis, qui uoaih sent des grains de Ué pour les nourrir durât l'hiver ; comme les abeilles, qui connaissent le lieu où elles sont nées et où elles demeurent, et qui travaillent pendant l'été pour avoir de qaoi se nourrir pendant l'hiver. Je serais trop loa| si je voulais rapporter toutes les manières pir lesquelles les animaux semblent imiter le soia et riudustrie des hommes. Mais, s'ils rimitent en plusieurs choses, il est certain qu'ils ne limitent point en ce qui est de la religion, doat on ne peut seulement s'imaginer qu*il j wi parmi eux la moindre trace. La religfion i comme pour sa marque particulière la justice à laquelle nul animal n'a de part. Car il n'y a que l'homme qui commande en maître, et k$ animaux sont comme des esclaves achetés à prii d'argent. La justice excite à la religion etoblip à/endre à Dieu le culte qui lui est dû. QoicoB* que ne lui rend point ce culte s'est dépouillé des sentimens de l'humanité et mène une ?if de bête sous l'apparence d'un homme. Puisqoe la principale, ou même Tunique différence qu'a y ait entre nous et les animaux consiste en ce que nous avons seuls la connaissance de Dieo, il n'y a point d'apparence que nous nous trompions en ce point et que les bêtes aient la raison de leur côté, puisque c'est par la raison et par la sagesse que l'homme est élevé au^essus de tous les êtres qui ont de la vie et du sentiment. Que si la connaissance que Thomme a de Dieu le met au-dessus des autres animaux, il est

clair que la religion, par laquelle il riionore, doit subsister.

Vni. Or cette religion est détruite s1I est vrai , comme dit Épicure , que aies dieux étant immortels de leur nature et jouissant d'une parfaite tranquillité, loin du bruit et du tumulte qui trouble notre repos, sans douleur et sans crainte, dans Fabondance de leurs propres biens et dans l'indépendance des nôtres, ils ne sont ni rendus propices par nos présens et par nos respects, ni irrités de notre n^ligence ou de nos mépris. » Assure-t-il par ces paroles qu'il faille rendre quelque culte à Dieu, ou sll le nie, et qu'en le niant il ruine toute sorte de religion ? Car, si Dieu ne fait du bien à personne et qu'il ne récompense jamais les services qu'on lui rend, qu'y a-t-il de si inutile, de si ridicule et de si extravagant que de bâtir des temples, d'offrir des sacrifices et d'employer son bien en des dépenses dont on ne peut tirer aucun fruit. Mais on doit rendre de l'honneur, dira-t-on, à une nature si excellente. Quel honneur doit-on à un Dieu qui ne s'en soucie point du tout et qui n'en témoigne aucun ressentiment ? Quelle obligation pouvons-nous avoir de respecter un Dieu avec qui nous n'avons aucune habitude ? « Si Dieu, dit Cicéron, est fait de telle façon qu'il n'ait pour nous ni tendresse, ni inclination de [nous faire du bien, qu'il soit à notre égard tel qu'il lui plaira. Car pourquoi souhaiterait-on qu'il nous fût favorable, puisqu'il ne le peut-être à personne.» Pouvait-on parler de Dieu avec un plus grand mépris? Car, dire de lui qu'il soit à notre égard tel qu'il lui plaira , c'est dire qu'il se retire et qu'il s^éloigne de nous, puisqu'il ne nous peut servir de rien. Que si Dieu ne se met en peine de rien, et s'il ne fait jamais de bien à personne, pourquoi ne nous abandonnerons-nous pas à toutes sortes de crimes, lorsque nous les pourrons dérober à la connaissance des hommes et à la rigueur des lois. S'il n'y a que la justice humaine à craindre, faisons nos affaires quand nous les pourrons faire secrètement, enrichissons-nous du bien d'autrui et n'épargnons pour cet effet ni son sang ni sa vie. Épicure renverse entièrement la religion par cette doctrine, et en la renversant remplit le monde de confusion et de désordre. Que si nous devons retenir parmi nous la religion, parce qu'en Ty rete-

nant nous y retenons et la sagesse, par laquelle nous sommes au-dessus des bètes, et la justice, par laquelle nous sommes conservés en sûreté, comment pourrons-nous soutenir la religion, si ce n'est par le moyen de la crainte ? Car quand on n'a point de crainte on n'a point de respect, et quand on n'a point de respect on ne rend aucun honneur. Ainsi l'honneur et le respect ne se conservent que par la crainte. Or on n'a jamais de crainte à moins qu'il n'y ait quelqu'un qui en puisse donner, en faisant sentir les effets de sa colère. Soit donc que l'on n'ôte à Dieu que l'inclination de faire du bien ou que celle de faire du mal, soit qu'on les lui ôte toutes deux, on ruine la religion, sans laquelle toute la vie n'est qu'une vie pleine d'extravagance, de désordre et de cruauté. Car il est certain qu'il n'y a rien de si capable d'arrêter le dérèglement de nos passions et de nous détourner des crimes que d'être persuadés que Dieu est témoin de notre conduite, et que non-seulement il regarde nos actions , mais qu'il écoute nos discours et qu'il découvre nos plus secrètes pensées. Quelques-uns croient que cette maxime n'est pas véritable et qu'il est néanmoins expédient de la recevoir comme telle, parce que les lois ne sauraient punir les crimes secrets, et qu'il n y a que la crainte que la conscience en conçoit qui en puisse arrêter le cours. Si cela était vrai, il n'y aurait ni religion ni divinité. Ce ne seraient que de vains noms inventés par les politiques pour conserver dans la société civile quelques images d'honnêteté et d'innocence. Cette question est très-importante, et bien qu'elle soit un peu éloignée de mon sujet, je n'ai pu m'empêcher de la toucher en passant, puisqu'elle s'est comme présentée d'elle même.

IX. Tous les anciens philosophes s'étant accordés àreconnattre une providence,et aucun n'ayant jamais douté que Dieu ne gouvernât le monde par la même sagesse par laquelle il l'avait créé , Protagoras fut le premier qui , au temps de Socrate , dit qu'il ne savait pas certainement s'il y avait un Dieu ou s'il n'y en avait point. Cette doctrine parut si impie aux Athéniens , si contraire à la vérité et à la religion , qu'ils chassèrent ce philosophe de leurs États et qu'ils brûlèrent publiquement les livres où elle était contenue. Il n'est pas besoin d'examiner ce sen-

LACTANCE

tîment de Protagoras, puisqu'il n'avançait rien comme certain.

Socrate , Platon son disciple , les stoïciens et les péripatéticiens , qui sont sortis de Técole de Platon , ont été dans le même sentiment où avaient été les anciens. Épicure, qui est venu depuis , a dit qu'il y avait un Dieu parce qu'il est nécessaire qu'il y ait dans le monde un être excellent , souverain et heureux ; mais il n'a pas reconnu pour cela la Providence. Ainsi , au lien de croire que le monde fût un ouvrage de Part ou de la raison , il s'est imaginé qu'il n'avait été formé que par la rencontre fortuite d'atomes. Il me semble que Ton ne saurait avancer de plus manifeste contradiction. Car, s'il y a un Dieu, il y a aussi une providence, puisqu'il est impossible que ce Dieu ne se souvienne pas du passé , qu'il ne connaisse pas le présent et qu'il ne prévoie pas laveuir. Épicure n'a donc pu nier qu'il y eût une providence , sans nier aussi qu'il y eût un Dieu, ni reconnaître un Dieu sans reconnaître une providence. On ne saurait concevoir l'un sans l'autre. Dans les derniers temps , où la philosophie avait perdu une grande partie de sa force et de sa réputation , il se trouva dans Athènes un homme nommé Diagoras, qui nia qu'il y eût des dieux, et qui pour cela fot surnommé athée. Théodore de CyThne se joignit à lui ; et , ne pouvant rien ajouter tous deux à ce qui avait été inventé par ceux qui les avaient précédés, ils s'avisèrent de nier une vérité qui avait toujours été généralement reconnue. Voilà lès premiers qui se déclarèrent contre la Providence , qui avait été reçue par tous les siècles précédens et soutenue par tous les philosophes. Que ferons-nous en cette occasion ? Emploierons-nous ou la raison ou l'autorité pour réfuter ces faibles et méprisables adversaires, ou plutôt les emploierons-nous toutes deux ? Si nous le faisons, nous le ferons en peu de paroles.

X. Ceux qui ne veulent pas avouer que le monde soit l'ouvrage de la divine providence , disent ou qu'il a été formé par le concours fortuit de certains corps, ou qu'il a été produit tout d'un coup par la seule force de la nature. Ils disent, comme Straton, que cette nature a d'ellemême la force de produire et de détruire toutes choses, bien qu'ils soutiennent d'ailleurs qu'elle n'a ni figure ni sentiment, ce qui est la même chose que s'ils disaient que le monde s'est fait |

tout seul et qu'il n'a point eo d'aotenr. Go deux propositions sont paiement vaines et éloignées de la vérité. Mais il arrive toqjonn que ceux qui l'ignorent disent loate antre diose que ce que la raison les obligerait à dire. Je d^ mande premièrement où sont ces petits corps par la rencontre fortuite desquels le monde a été formé, et d'où ils viennent? qui les a jamaii vus P qui les a sentis? qui en a entendu parier? N'y a-t-il eu que Leucippe qui ait eu des yeni et de l'esprit? Ou plutôt n'a-t-ii pas été seul sans esprit et sans yeux , puisqu'il a avancé des choses plus ridicules et plus incroyables que les rêveries ni les songes ? Tous les anciens philosophes avaient cru que le monde était composé de quatre élémens. Licucippe n'a pas trouvé à propos de le croire , de peur qu'il ne semblât marcher sur les vestiges de ceux qui l'avaient précédé. Il a donc soutenu que les élémens ordinaires avaient des principes qui ne pouvaient èlre ni vus, ni touchés, ni être découverts pir quelque sens que ce soit. Il les a figurés si menus que la pointe de l'aiguille la plus déliée ne les saurait diviser , et c'est pour cela qu'il leur a donné le nom d'atomes. Mais comme il prévoyait fort bien que, s'ils étaient tous feitsde la même sorte, ils ne pourraient former une aussi merveilleuse diversité d'ouvrages que celle qui se remarque dans l'univers, il s'est avisé de dire qu'il y en avait quelques-uns qui étaient polis , d'autres qui étaient raboteux , qu'il y en avait de ronds et d'autres pointus , et qui ressemblaient à des crochets. Ne valait-il pas mieux se taire que de faire un si mauvais usage de la parole ? J'appréhende même que l'on ne jnge qu'il n'y a pas moins d'extravagance à réfuter ces imaginations qu'il y en a à les avancer. Je ne laisserai pourtant pas de les réfuter de la même sorte que si elles avaient quelque chose de raisonnable. Si ces petits corps sont polis et ronds» ils ne se peuvent unir ensemble pour former un composé. Des grains de millet , étant polis comme ils le sont , ne peuvent se lier pour fidre une masse. Mais il y en a , dit-on , qui sont raboteux et faits en forme de triangles et de crochets. S'ils sont en forme d'angles et de ctochels , il y a des points et des parties qni avancent et qui se peuvent diviser, qui penrent être vus et touchés. Ils volent, dit-on , et se remuent incessamment dans l'air comme la poussière qâ

DE LA COLEftfi DE DIEU.

tarait lorsqu'un rayon du soleil passe par Tou- ▼ertnre d'une fenêtre. CTest de ces petits corps qttè naissent les arbres, les herbes et les plantes; é'eat de là que naissent lés animaux ; c'est de quoi le feu , reau et les autres êtres sont composés et en quoi Us se résoWent. Cela serait supportable si on ne faisait entrer ces faibles principes que dans la composition des petits corps ; mais prétendre que le monde entier en toit composé est Teffet de la dernière extravagance. Épicure a néanmoins trouvé moyen d'enchérir encore là-dessus en soutenant qu'il n'y a point de vide , mais qu'il y a des espaces infinis et Une infinité de mondes. Quelle est donc la force de ces atomes pour pouvoir former foutes ces vastes et prodigieuses machines? Premièrement je demande quelle est la source de ces principes ; car, si c'est d'eux que toutes choses procèdent , d'où procèdent-ils eux-mêmes? et comment la nature a-t-elle pu en fournir une quantité suffisante pour faire des mondes innombrables P Mais pardonnons lui cette extravagance par laquelle il s'est vainement imaginé ces mondes sans nombre , et ne parlons que de celui que nous habitons. Il dit donc : que ce qui est dans le monde est composé de corps indivisibles. Si cela était , aucune espèce n'aurait besoin d'une semence particulière pour sa conservation; les csnh ne seraient point nécessaires pour faire éclore les oiseaux, ni les oiseaux pour pondre les œufs ; les animaux paraîtraient sans avoir été produits par la voie ordinaire de la génération ; et les plantes et les arbres croîtraient sans les semences que nous semons chaque jour. Pourquoi donc est-ce que les grains produisent des blés et que les blés portent d'autres graiiïs ? Enfin , si c'était le concours et l'assemblage des atomes qui composât tous les corps, il y aurait de ces corps-là qui se formeraient dans l'air, puisqu'il est tout rempli d'atomes. Pourquoi ces atomes -là ne produisent- ils pas sans terre , sans humidité , sans racines , des arbres , des herbes et des plantes f fl e.^t dair que rien n'est composé d'atomes , puisque chaqoe chose a su nature particulière , une semence qui lui est propre, et une manière singulière de prendre son commencement et sa daissatieé. C'est potirqiiol LuCrèéé voulant réfuter ceux qui diMient que toutes choses avaient été tirées du néant , oublia les

2 atomes qu'il soutenait et dit que , s'il était possible de tirer quelque chose du héafit , les se* mencés seraient inutiles , et que chaque espèce pourrait naître de chaque chose. Il ajoute qde , puisque les semences sont nécessaires pour là production des êtres , ils ne peuvent être tirés du néant. Il n'y a personne qui ne voie qu'il parlait contre le bon sens et qu'il se contredisait quand II parlait de la sorte. Car, puisque chaque chose naît d'une semence particulière , Il est clair que rien n'est formé par la rencontre ni par l'assemblage des atAmes. Croirions-nous donc qde ces atomes contribuent à former l'eau et le feu P Ne voyons-nous pas sortir le feu lorsque des corps fort durs , comme le fer et les cailloux, se touchent avec violence? Ya-t-il des atomes dans ces corps-là? Gomment y ont-ils été enformés?S'ils y son t , pourquoi n'en sortent-ils pas d'eux-mêmes? Gomment les principes du feu se conservent-ils dans des corps aussi froids que les caillouxP Mais, pour ne plus parler ni des cailloux , ni du fer, en exposant au soleil un vase de verre plein d'eau, on fait du fou, même durant la plus grande rigueur de l'hiver ; croira-t-on qu'il y ait du feu dans l'eau , puisqu'il n'y en a pas même dans le soleil , et que les rayons de cet astre n'en font pas en été P Quand l'haleine s'approche de la eire , qu'une vapeur touche un marbre poli ou une lame, il s'y amasse peu à peu une légère rosée. Les nuées se forment des exhalaisons de la mer et de la terre , et se dissipent aussitôt et mouillent les corps où elles se répandent , ou bien elles s'épaississent et fournissent ensuite la matière des pluies. Où dironsnous que ces vapeurs se soient formées? Dironsnous qu'elles se soient formées dans une vapeur, dans l'haleine , dans le vent ? Il est certain que rien ne petit demeurer dans ce que l'on ne peut ni voir ni toucher. Est-il besoin de parler des animaux , dont la structure est si merveilleuse, qu'il n'y a aucune partie qui n'ait sa place, son usage et sa beauté ? Pour peu d'attentioti que Ton apporte à les considérer , on reconnaîtra qu'ils ne peuvent être l'ouvrage du hasard. Mais quand nous demeurerions d'accord que les membres, les os , les nerfs , le sang tt lés humeurs sont hia d atonies, de quoi dM66s«itous que sont faits \éi seM , ta mémoire , la (tensée , le jugement et ('es|trit. Pùnt les foiré, fl hxA

' sai^s doute d'autres prindpes plus ghlÀds , et

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si ces principes sont grands , ils ne sont pas indivisibles. De plus, si toutes les choses que nous voyons sont composées de choses que nous ne saurions voir , d'où vient que nous ne les saurions voir? Mais qui est - ce qui ne voit pas que tout ce qui est dans l'homme , soit qu'il puisse être aperçu par les yeux ou qu'il tombe sous les autres sens, est toujours fait des mêmes principes? D'ailleurs comment des atomes qui s'amassent et s'unissent par un effet du hasard peuvent-ils former un ouvrage rempli de raison. Nous voyons qu'il n'y a rien dans le monde qui n'ait été fait avec une raison admirable , et , par ce que cette raison est au-dessus de respritderhomme,àquoi la pouvons-nous attribuer plus sagement qu à la divine providence? Dirons-nous que rimage de l'homme est un ouvrage de l'art, et que l'homme même n'est qu'un effet du hasard et qu'un assemblage formé par le concours fortuit de ses parties? Quel rapport y a-t-il entre un ouvrage de sculpture, qui représente un homme , et un homme véritable ? L'art ne peut imiter que les dehors et les traits extérieurs.

. La suffisance de l'ouvrier ne va pas jusqu'à donner le mouvement et le sentiment à son ouvrage. Il ne parle point de la vue , de Touïe , de l'odorat ni de l'usage merveilleux , soit des parties qui paraissent ou de celles qui sont cachées et internes ; mais je demande : qui est l'artisan qui a pu former le cœur de l'homme , qui a pu lui donner l'usage de la parole et lui inspirer la sagesse ? Y a-t-il donc quelqu'un qui , pour peu qu'il ait de sens, croie que l'assemblage des atomes puisse faire ce que l'homme ne saurait faire avec toute sa sagesse ? Voilà les rêveries où ces philosophes sont tombés en refusant de laisser à Dieu la gloire d'avoir fait lé monde et le soin de le gouverner. Mais, quand nous leur accorderions que tous les corps terrestres sont composés d'atomes , s'ensuivrait-il pour cela qne les êtres célestes le fussent aussi? ils en exceptent les dieux, et avouent qu'ils sont incorruptibles, éternels et bienheureux. Ils ont raison de les excepter, car, s'ils les avaient soumis à cette loi comme le reste de la nature, ils les auraient assiiyettis à la mort , qui leur serait arrivée par la dissipation de ces parties indivisibles. Mais s'il y a quelque chose qui n'ait point été fait d'atomes , pourquoi ne di-

rons-nous pas que le reste n'en a point été fait non plus? De plus, je demande pourquoi, avait que le monde eût été fait de ces faibles principes , les dieux ne bâtissaient point un palaii pour l'habiter. Si ces parties imperceptibles ne s'étaient assemblées pour former le ciel, lei dieux n'auraient point encore de demeore et seraient comme suspendus dans un vaste vide. Par le moyen de quel conseil et de quelle sagesse est-ce donc que les atomes se sont amasséi pour affermir la terre , pour étendre le del aodessus et pour y attacher les astres , dont la variété foit le plus agréable ornement de la nature. Y a-t-il quelqu'un qui , considérant ces merveilleux chefs-d'œuvre , puisse croire qn'ib ont été faits sans raison, sans sagesse et sans providence , et qu'ils ne sont rien autre chose qu'un amas de parties imperceptibles et indivisibles? N'est-ce pas une espèce de mirade, qu*il se soit trouvé un homme qui ait osé le dire , et d'autres qui aient bien voulu le croire, comme Démocrite , et depuis Épîcure , qui a reçu toutes les vaines opinions de Leudppe? D'autres disent que le monde a été fait par h force de la nature, qui n'a ni figure ni sentiment. Cette opinion est encore plus insoutenable que celle de Leucippe, car si la nature a fait le monde , il faut que, pour le faire, elle ait osé de conseil et de raison ; car, pour faire quelque chose, il faut avoir de la science et la voknté de la faire. Si la nature n'a ni figure ni sentiment, comment a-t-elle pu former des êtres qui ont une figure si admirable et un sentiment si vif? Y a-t-il quelqu'un qui veuille dire que la nature a pu faire , sans connaissance, sans art, sans adresse, et par un pur effet du liasard, oa les corps des animaux , dont la structure est si subtile et si merveilleuse , ou le ciel , dont la disposition est si sagement tempérée pour les besoins des hommes ? S'il y a quelque chose , dit Ghrysippe , qui puisse faire ce que l'homme ne saurait faire avec toute sa raison , il faut que cette chose-là soit plus grande , plus forte et plus sage que l'homme. L'homme n'a pa faire le ciel ni les astres. Il faut donc que odai qui les a faits surpasse l'homme en adresse , en invention, en prudence et en pouvoir. Or cehii-ià ne peut être autre que Dieu. Si la nature , qne quelques philosophes prennent pour la mère de I toutes choses, n'a ni connaissance ni sentimoit}

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elle ne saurait jamais rien faire , car où il n'y a ni connaissance ni pensée, il n'y a non plus ni mouvement ni action. Mais si la nature apporte de la prudence pour commencer ses ouvrages, si elle se sert de la raison pour les ranger et les mettre en ordre, si elle fait voir son pouvoir en les achevant et en les conservant, pourquoi , au lieu de rappeler nature , ne Tappelle-t-on point Dieu ? Si Tassemblage des atomes , ou la nature , qui est un principe qui agit sans connaissance , ont pu foire toutes les choses visibles , je demande pourquoi ils ont pu Faire le ciel, et qu'ils n'ont pu faire une ville ou une maison ? pourquoi ils ont pu faire des montagnes , des marbres , et n'ont pu faire ou les colonnes ou des stautes? Les atomes ont sans doute pu faire ces ouvrages, puisqu'il n'y a point de manière en laquelle ils ne se placent ; car pour la nature, il ne se faut pas étonner qu'elle n'en ait jamais fait, puisque ce n'est qu'une aveugle qui n'a ni lumière ni intelligence. Que dirons-nous donc ? Lorsque Dieu commença à travailler à la structure de l'univers , dont la beauté est égale à la grandeur , et qu'il mit chaque partie dans sa place et la destina à l'usage auquel elle était propre , il fit toutes les choses que l'homme n'avait pu faire, et parmi ces choses-là il fit l'homme même. En le créant , il lui communiqua une portion de sa sagesse , et lui inspira la raison autant qu'une nature aussi faible que la sienne en était capable , et il la lui inspira afin qu'il s'en servit pour , se procurer les commodités qui lui seraient nécessaires. Si dans la république de ce monde ( il est permis de parler ainsi) il n'y a point de Dieu dont la providence le gouverne , et si la nature est privée de connaissance et de seqtiment, d'où croirons-nous que procède l'homme , cette nature si intelligente et si éclairée ? Si le corps vient de la terre, d'où il tire son nom aussi bien que son origine « par qui l'âme , qui le conduit et qui l'anime , qui ne peut être vue ni touchée, y aura-t-dle été envoyée , si ce n'est par une nature très-intelligente et très-sage? Il faut sans doute que Dieu gouverne le monde , de la même sorte que l'âme gouverne le corps. Car quelle apparence qu'une nature aussi petite et aussi basse que le corps de Thomme soit gouvernée par une intelligence , et qu'une machine aussi vaste et aussi excellente que l'univers ne

le soit par aucune ? C'est pourquoi Gicéron dit dans les Questions tusculanes et dans le livre de la Consolation, que l'on ne saurait trouver sur la terre le prindpe d'où l'âme procède. « Il n'y a point , dit-il , dans elle de mélange ni de composition; il n'y a rien qui puisse être formé de la terre ni de l'humidité de l'eau , ni qui tienne de la nature de l'air ou du feu. Car on ne trouve rien dans tous ces corps qui contienne la mémoire , la pensée, et l'esprit qui rappelle le passé, qui connaît le présent et qui prévoit l'avenir , ce qu'il ne pourrait faire s'il n'avait quelque chose de divin. D'où lui viendrait cette intelligence, si elle ne lui venait de Dieu même?» Puisque , à la réserve de deux ou de trois philosophes, qui se sont en vain éloignés de la vérité , tous les autres conviennent que le monde est gouverné par la providence du seul Dieu par la puissance de qui il a été tiré du néant, puisqu'il n'y a plus personne qui préfère ou les imaginations de Diagoras et de Théo dore, ou les songes de Leudppe, ou la témérité de Démocrite et d'Épicure, à l'autorité des sept anciens qui ont mérité le nom de sages , ni à celle ou de Pythagore , ou de Socrate, ou de Platon , ou des autres grands personnages qui ont reconnu une providence, il n'y a rien de si faux que la pensée de ceux qui croient que là religion n'a été inventée que par les politiques, à dessein d'imprimer de la terreur au peuple, et d'empêcher par ce moyen que les ignorans ne s'abandonnassent à toutes sortes de crimes. Si cela était, les anciens sages nous auraient trompés. Que s'ils avaient eu intention de nous tromper et qu'ils n'eussent inventé la religion que pour engager le genre humain dans l'erreur , ils n'auraient pas été sages , parce que la sagesse ne saurait s'accorder avec l'imposture. Mais supposons qu'ils aient été sages, comment ont-ils pu débiterleurs mensongesavec assezd'adresse et avec assez de succès, pour surprendre non-seulement les ignorans , mais Platon , Pythagore , Zenon , Aristote , et pour imposer à des hommes aussi éclairés qu'ont été ces chefs célèbres des sectes principales? Il fout donc demeurer d'accord avec ces grands hommes : qu'il y a une providence qui a tiré du néant tout ce que nous voyons , et qui le gouverne. Des corps si vastes dans leur grandeur, rangés dans un si bel ordre, si justes dans leurs mouvemens

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et si stables dans leur durée, n'auraient pu être fiiits sans l'industrie d'un ouvrier très-habile , lie pourraient être conservés sans le soin d'un ^rdien très-vigilant , ni gouvernés sans la Sagesse d'un souverain très-éclairé. Cette vérité èêt évidente ; car tout ce qui a de la raison ne

Sut procéder que d'un principe qui en ait aussi, la raison ne peut convenir qu'à une nature ((oi a dd sentiment et de la sagesse, et cette natiire-Ik ne peut èlre autre que Dieu. Que si le ttonde a été créé avec raison , et si c'est encore (yar la raison qu'il est gouverné, c'est une preuve certaine qu'il n'y a que Dieu qui en puisse avoir été Tauleur. Que si Dieu est l'auteur et le gouverneur du monde, il n'y a rien de si justement établi que la religion , puisqu'il n'y a rien qui soit tant dû que l'honneur et le respect que l'on tthd au Créateur et au père commun de tous les êtres.

XI. Après avoir établi la vérité de la Providence, ce que nous avons maintenant à examiner, est si elle appartient à un seul ou à plusieurs. Je crois avoir Fait voir très-clairement dans mes Institutions , qu'il ne peut y avoir plusieurs dieux , parce que le pouvoir, qui serait partagé ti comme divisé entre eux , serait afl^ibli et ruiné par ce partage. Que s'il ne peut èlre ruiné et affaibli , il ne peut être partagé. Il n'y a donc qu'on seul Dieu , qui a une puissance parfaite et Incapable de recevoir ni diminution, ni accroissement. S'il y avait plusieurs dieux, ils partageraient entre eux la souveraine puissance; et, chacun gardant sa part, aucun ne la posséderait tout entière. Il est donc impossible qu'il y ait plusieurs gouverneurs dans Funivers, plusieurs maîtres dans une famille , plusieurs pilotes dans un navire , plusieurs conducteurs dans an troupeau , plusieurs rois dans un essaim d'abeilles, plusieurs soleils dans le ciel, plusieurs âmes dans un corps, tant il est vrai que toute la nature doit conserver l'unité en chaque ordre. Que s'il n'y a , comme dit le poêle , qu'un esprit répandu dans le vaste corps de l'univers, et si eet esprit imprime seul le mouvement à toutes ^ parties , il n'y a, selon ce témoignage, qu'un Dieu qui gouverne le monde, comme il n'y a qu*une âme qui anime le corps. La puissance divine^est donc renfermée tout entière dans un seul , qui gouverne tout Tunivers par le moindre signe de sa volonté , et dont la grandenr ne peut

être ni conçue par notre esprit, ni exprimée pv nos discours. D*o& est donc née la fansse opioiOD dont les hommes ont été prévenus : qu'il y a plisieurs dieux? Ceux qui sont maintenant adaii comme des dieux ont été des hommes. Ils ét»cit autrefois de puissans rois , et leur mémcnre aèi honorée après leur mort, et leur nom a reçi ■ culte religieux , en reconnaissance, ou des afiBtages qu'ils avaient procurés à lew*s peupla, ou des arts qu'ils avaient inventés poar le Ka de la société civile. Il y a eu non-seulement da hommes, mais aussi des femmes, qui ont reçocxt honneur, comme les plus anciens écrivains deh Grèce, que l'on appelle théologiens^ et eomm les Romains , qui sont venus depuis eax et qa les ont imités , en demeurent d'accord. Les priicipaux sont Ëvhémère et Ennius, qui ont déerit leur naissance, leur mariage, leur postérité, leur règne, leur vie, leur mort, et qui ont puK des statues que l'on a érigées en leur homiear. Cicéron , qui est venu depuis eux, a renvené, dans le troisième livre de la Nature des dleoz,

toutes les relip,ions qui étaient reçues de mi temps; mais il n'a pu établir la véritable, dont il n'avait point de connaissance, et nul antre ne l'a pu faire non plus que Inî. Aussi a-t-il témoigné qu'il découvrait bien la fausseté da jft ganisme, mais qu'il ne pouvait découvrir hférité. « Je voudrais bien , dit-il , qu'il me fût aa«i aisé d'embrasser la vérité qu'il m^est aisé de re* jeter le mensonge. ^) Ce n'est point par artifloe qu'il a parlé de la sorte , ni comme un acadéaîcien qui voulait dissimuler ce qu*il avait dan l'esprit. Il a parlé sincèrement et selon sa pemfe et parce que la vérité ne peut être, en effet, découverte par la force de l'esprit humain, ili fait ce qui se peut faire , qui est de réfuter h fausseté. 11 est aisé de renverser tout ce qui est inventé à plaisir et avancé sans fondement II faut donc avouer que Dieu est Tunique principe et l'unique auteur de toutes choses, comme Pbton Ta reconnu dans son Timée; et .sa msûesié est si grande qu elle ne peut être ni comprise par l'esprit, ni exprimée par le disconrs. Hermès , qui, selon que Cicéron le rapporte, aléli mis par les Ég}'ptiens , au nombre des dieox, qui a mérité, par sa doctrine et par sa Tcfla, d'être surnommé Trlsmëglste^ c'est-à-dire trois fois grand , et qui est plus ancien non-sevlement que Platon , mais aussi que Pythagore et

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qae les sept sages, demeure d'accord de la même chose. Socrate dit , dans Xénophon, quMl ne faut point chercher quelle est la figure de Dieu. Platon dit, dans les livres des Lots , qu'il ne faut en aucune sorte se mettre en peine de savoir ee que c'est que Dieu , parce que Ton ne peut le découvrir ni Texprimer. Pythagore reconnaît qu1l n'y a qu'un dieu, qui, étant un pur esprit, »e répand dans toutes les parties de la nature, et communique aux animaux le sentiment. Antisthène, dans le livre qu'il a (ait de la Nature, dit qu'il n'y a qu'un dieu , bien que les villes et les nations aient des dieux particuliers. Aristote, avec les péripatéticiens qui l'ont suivi, et Zenon, avec les stoïciens ses disciples, disent à peu près la même chose. Je serais trop long si je voulais fiiire le dénombrement des opinions des autres philosophesqui, bien qu'ils n'aient pas tous tenu le même langage, se sont pourtant tous accordés, en ce qu'ils ont reconnu une souveraine puissance qui prend le soin du gouvernement de l'univers. Cependant , quoique les philosophes, les poètes, et ceux mêmes qui adorent les idoles, reconnaissent souvent qu'il n'y a qu'un Dieu , aucun d'eux n'a jamais pensé au culte qu'ils devaient lui rendre ; ce qui a sans doute procédé de la créance où ils étaient qu'il est bienfiiisant, qu'il n'entre en colère contre personne, et qu'il n'a besoin de rien. Tant il est vrai qu'il ne peut y avoir de religion où il n'y a point de crainte!

XII. Après avoir répondu à la prudence impie, ou plutôt à Taveuglement détestable de quelques-uns, retournons à notre sujet. Nous avons f^it voir qu'en ôtant la religion, on ôte aussi la sagesse et la justice, parce que la connaissance de Dieu ne se trouveque dans l'homme, qu'elle est au-dessus des bêtes, et que si Dieu, qui ne peut être trompé, n'arrête l'impétuosité de nos passions, elles nous emportent dans le crime. Il n'est donc pas seulement utile pour le bien de la société civile , de croire que Dieu eonsidère toutes nos actions, mais cela est trèsvéritable. En effet, si la religion et la justice étaient ôtées d'entre nous, nous tomberions dans un état pins rempli d'aveuglement et de cmauté que n'est celui des bêtes ; car au lieu qu'elles épargnent leur propre espèce, si Iliomme était délivré de l'appréhension d'une souveraine puissance, il n'épargnerait plus rien.

et serait plus farouche et plus cruel que lesbétes, dans les occasions où il pourrait se dérober à la justice des lois et à la rigueur des chàtimens. Il n'y a donc que la crainte de Dieu qui maintienne la société civile et la vie humaine. Cette crainte serait Mée , si l'homme était une ftris persuadé que Dieu n'entre jamais en colère. Ainsi non-seulement il est utile de croire qu'il y entre toutes les fois qu'il voit commettre des injustices , mais cela est parfaitement conforme â la vérité et à la raison. Retournons maintenant à notre sujet ; et après avoir vu que Dieu a fiiit le monde , voyons pourquoi il Ta fait.

XIII. Quiconque considérera avec attention la disposition de l'univers, reconnaîtra sans peine que les stoïciens ont eu raison de croire qu'il a été fait en faveur de l'homme. En effet, toutes les parties qui le composent et toutes les productions qui en naissent, sont propres i notre usage, et contribuent à notre service. Le feu nous fournit la lumière qui nous éclaire et qui nous conduit durant la nuit, et la chaleur qui nous échauffe, qui cuit nos alimens, et qui fbrge le fer et les métaux. L'eau des fbntaines nous fournit de quoi boire et de quoi nous laver. Les fleuves servent à arroser les campagnes et k séparer les États. La terre nous'produit une merveilleuse diversité de fruits. Les collines portent les vignobles. Les montagnes sont couvertes de forêts, et les plaines de moissons et de pâturages. La mer ne nous sert pas seulement à entretenir le commerce et à transporter les marchandises étrangères, elle nous donne des poissons de toutes espèces. Que si l'homme tire tant de commodités des élémeos dont il est si proche, 11 ne faut pas douter qu'il n'en tire aussi beaucoup du ciel , puisque le ciel contribue notablement à la fertilité de la terre, qui lui dontie tout ce qui lui est nécessaire pour entretenir sa vie. Le soleil tourne chaque année dans des espaces inégaux par un mouvement continuel ; en se levant, il bit naître Je jour, qui est destiné au travail, et en se couchant, il amène la nuit, qui est deMioée au repos; en s'approcbant tantôt du midi, tantôt du septentrion, il produit la diversité des saisons , à la faveur de laquelle la terre est engraissée par les pluies et par les neiges durant rhîver, et les fruits sont mûris par la chaleur et adoods durant l'été. La lune , qui préside à la nuit, et qui en dissipe l'obscurité par sa présence, qui

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prend chaque mois diverses faces, favorise les voyages et les travaux que Ton ne pourrait faire sans de grandes incommodités, pendant l'ardeur du jour ; car il est certain que le temps de la nuit est plus propre, comme a dit le poëte:

Four couper les idoîmoos, pour fiiucber les prés et pour fore phuiêurs ourraget dan* les inaisoat.

Les autres astres sont aussi d'un grand usage : ils servent à conduire les vaisseaux sur la vaste étendue des mers, et montrent au pilote le chemin par où il peut arriver au port. Les vents attirent les nuées , d'où sortent les pluies qui arrosent les campagnes et qui produisent Tabondance. Toutes ces choses arrivent en différentes saisons et par un ordre réglé et continuel, afin que les hommes ne manquent jamais de ce qui leur est nécessaire pour la conservation de leur vie. Il est vrai que la terre nourrit les animaux aussi bien que les hommes, ce qui donne lieu de demander si, quand Dieu a travaillé à la création du monde , il a eu Fintention qu'il servît à leur usage. Il n'a point eu intention qu'il leur servit , puisqu'ils n'ont point de raison, et qu'il les a faits eux-mêmes pour le service de l'homme , pour le nourrir, pour le vêtir et pour le soulager dans son travail. Ainsi, il est clair que la divine providence a pris un soin tout particulier de fournir à Thomme , en abondance, tout ce qui pouvait contribuer à sa commodité, et que c'est pour cet effet qu elle a rempli l'air d'oiseaux , la mer de poissons, et la terre d'animaux de toutes sortes d'espèces. Lorsque les académiciens disputent contre les stoïciens, ils ont accoutumé de demander pourquoi , s'il est vrai que Dieu ait tout fait en faveur de Homme, il a permis qu'il y eût tant de choses sur la mer et sur la terre qui lui sont nuisibles et pernicieuses. A quoi les stoïciens ont fort mal répondu, pour n'avoir pas eu assez de soin d'examiner la vérité. Ils ont répondu : qu'il y a dans les animaux plusieurs utilités secrètes, qui ne se découvrent que par le temps, et qui ne se reconnaissent que par l'expérience. Mais quelle utilité y a-t-il dans les rats, dans les vers, dans les serpens, qui ne sont propres qu'à nuire à l'homme? Y a-t-il dans ces animaux-là quelques remèdes cachés? et qu'était-il besoin de chercher ces remèdes-là contre le mal qu'ils font, puisque c'est de ce mal qu'on a sujet de se plaindre ? On dit qu'une vipère brûlée et réduite

en cendres guérit les morsures qu'elle a faites Mais n'aurait-il pas été pins expédient qu*il n'y eût jamais eu de vipère, qui pût ni blesser pv ses morsures, ni en guérir. Ils pouvaient doue faire une autre réponse, et plus courte et pi» véritable, en disant: que Dieu ayant créé rhomiiie à sa ressemblance, comme le principal de sa ouvrages, il lui inspira à lui seul la sagesse, afii qu'il commandât au reste des créatures, etqaH se servit de tout ce qu'il trouverait dans l'ooivers. Il lui proposa en même temps le bien et le mal, afin qu'il le discernât par la lumière de h sagesse qu'il avait reçue. C'est en quoi ooosiile l'usage de cette sagesse; car on ne saurait cobnattre le bien et l'embrasser, qu*on nesachean» connaître le mal et le rejeter. Ce sont des contraires qui sont comme inséparables. Quand oi les propose à l'homme, s'il choisit le bien et s'il rejette le mal, il fait un bon usage de a raison. Gomme le bien lui a été donné afin qu'il en jouit , le mal lui a aussi été proposé afin qal l'évitât. Si l'homme n'avait point de mal à craindre ni de péril à éviter, il n'aurait point d'ocosion de faire paraître sa sagesse , ni même de besoin d'en avoir. Si on ne lui proposait jamaii que du bien, à quoi lui servirait Tesprit, Fcbtendement,la raison et la science? Il ne pourrait rien choisir qui ne lui fût propre et convenable. Si quelqu'un apprêtait un grand festin àdes ca* fans , chacun d'eux prendrait les viandes vers Ici* quelles son inclination ou le hasard le porteraical, et aucun ne prendrait rien qui ne fût agréabkà son goût et utile à sa santé. La faiblesse dekar discernement dans leur bas âge ne leur appivterait aucun préjudice. Mais si , parmi la dinr* site des mets dont la table serait couverte, oi en mêlait d'amers, de dangereux, d'empoimanés, alors ils seraient trompés par le déÀnt di discernement nécessaire pour choisir les boM et pour laisser les mauvais. U est donc clair cpe le discernement et la sagesse sont nécessairei pour éviter le mal , et que s'il n'y avait point ci de mal dans le monde, nous n'aurions point ci besoin de la sagesse. Voilà une raison très-solide, que les stoïciens n'ont point connue.

Quant à l'argument des épicuriens , il cit aisé de le détruire. Ils le proposent de cette sorte : ou Dieu veut ôter le mal et ne le peat, ou le peut et ne le veut , ou il ne le vent ni nek peut , ou le veut et le peut. S'il le veut et ne le

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peut , c'est une faiblesse qui ne convient point à un Dieu. S*il le peut et ne le veut pas, c'est une jalousie qui ne convient non plus à Dieu que la foiblesse. S1I ne le veut et ne le peut, c'est et foiblesse et jalousie tout ensemble. S'il le veut et le peut , pourquoi ne l'ftle-t-il pas , et d'où vient qu'il y a tant de maux dans le monde? Je sais qu'il y a plusieurs philosophes qui se laissent embarrasser de cet argument, et qui, en étant poussés, avouent, comme malgré qu'ils en aient, que Dieu ne prend aucun soin, qui est ce que prétend Ëpicure. Mais il ne nous est que trop aisé, à nous qui connaissons la vérité , de répondre à ce raisonnement captieux. Nous disons donc que Dieu veut tout ce qu'il lui plait, et qu'il est également incapable et de faiblesse et de jalousie. Il peut ôter le mal et ne le veut pas, et n'a point pourtant de jalousie. Il laisse le mal dans le monde; mais en le laissant, il donne à l'homme la sagesse, qui lui est plus avantageuse que le mal ne lui saurait être dommageable. La sagesse nous donne la connaissance de Dieu , et celte connaissance nous conduit à l'immortalité, qui est le souverain bien. Nous n'aurions pas cette connaissance -là du bien, si nous n'avions celle du mal. Épicure, ni aucun autre philosophe, n'a pu découvrir ce secret, ni reconnaître qu'en ôtantlemal, on ôterait la sagesse, et on ne laisserait pas à l'homme le moindre reste de vertu , puisque la vertu consiste uniquement à surmonter et à vaincre le mal. Ainsi ces philosophes, qui nous veulent délivrer du mal , nous privent de l'avantage incomparable de la sagesse. Il fout donc demeurer d'accord que Dieu a également proposé et le bien et le mal à l'homme.

XIV. Après avoir vu les raisons pour lesquelles Dieu a fait le monde,' voyons celles pour lesquelles il a fiait l'homme. Gomme il a fait le monde pour l'homme , il a fiait l'homme pour soi , et l'a créé pour être le gardien et le prêtre de son temple, le témoin de ses ouvrages , l'admirateur de ses merveilles. Il n'y a que lui qui soit éclairé de la raison , et qui puisse , à la faveur de cette lumière , connaître Dieu , et admirer la diversité de ses ouvrages et la grandeur de sa puissance. C'est pour cela qu'il a seul été pourvu d'entendement, de connaissance, de raison et de sagesse. Cest pour cela qu'il a seul le visage tourné vers le ciel, par où il semble

être averti de regarder son créateur. C'est pour cela qu'il a seul une langue capable d'exprimer ses pensées , et l'usage de la parole pour publier les louanges de son souverain. Enfin c'est pour cela qu'il a reçu le pouvoir de commander à toutes les créatures , afin qu'il obéit lui-même à son créateur. Puisque Dieu a donné à l'homme l'empire du monde, il est bien juste qu'il reconnaisse la majesté de celui de qui il l'a reçu, et qu'il chérisse les autres hommes , qui partagent avec lui le même honneur. Quiconque fiait profession de connaître Dieu et de l'honorer, ne peut , sans crime , en offenser un autre qui fiait la même profession. Cela fiait voir clairement, si je ne me trompe , que l'homme a été créé pour s'acquitter des devoirs de la religion et de la justice. Cicéron même l'a reconnu dans les livres des Lois, où il parle de cette sorte : « Parmi tout ce que les savans peuvent dire à l'avantage de notre nature, il n'y a rien de si excellent que de reconnaître que nous avons été mis au monde pour y observer la justice. » Que si cette vérité ne peut être révoquée en doute. Dieu veut que tous les hommes gardent la justice , c'est-à-dire qu'ils rendent à Dieu et aux hommes ce qu'ils leur doivent , qu'ils honorent Dieu comme leur père, et qu'ils aiment les hommes comme leurs frères. C'est en ces deux devoirs que consiste toute la justice. Quiconque donc ne connaît point Dieu, ou quiconque offense un autre homme, est injuste, agit contre sa propre nature, et viole la loi divine.

XV. Peut-être que quelqu'un demandera pair quel endroit le péché s'est insinué dans le cœur de l'homme , comment l'ouvrage des mains de Dieu a été corrompu , et comment il se peut faire qu'une créature, qui n'a été mise au monde que pour observer la justice, la viole si souvent par tant de crimes. J'ai déjà dit que Dieu avait proposé à l'homme le bien afin qu'il le choisit , et le mal afin qu'il le rejetât. Il a permis le mal pour rendre le bien plus recommandable ; car , comme je l'ai déjà expliqué en plusieurs endroits, ce sont deux contraires qui ne peuvent être l'un sans l'autre. Le monde est composé du feu et de l'eau , qui sont deux élémens qui se font une guerre continuelle. La lumière ne pourrait être s'il n'y avait point de ténèbres. Il n'y aurait point d'orient s'il n'y avait point d'occident , ni de chaud s'il n'y avait point de froid.

Uir dct lois qui défeDdissent le mal et qui commaodasunl la vertu. Puisqu'il y i du Itteo e< dn mal dans lés aciions d«s boinmes , il faut qall y ait diRérena tnotivcmens dana le cœur de Dieu, et qu'il se perte et à récompenser l'un el i punir l'autre.

SpiCBre , qui n'est pas de ce sentiment , propo« eo cet endroit une difficulté. Si Dieu avait de la joie quand il voit faire le bien et qu'il le veut récompenser , ou s'il entrait en colère quand il voit faire le nul et qu'il le punit , il serait aussi si^et â la crainte , au désir et aux autres mouvemeus qui sont des effets et des marques de la faiblesse de l'homme. Il n'est pas nécessaire que celui qui peut entrer en colère puisse être saisi de crainte, ni que celui qui peut être touché de joie puisse (Ire aussi serré de tristesse. Au contraire , ceux qui ont les plus grands mouvemens de colère sont pour l'ordinaire les moins capables de peur, et ceux qui sont fort gais de leur naturel ne sont pas iurt sensibles à la tristesse. Mais il n'est pas besoin de discourir des passions auxquelles notre Faiblesse nous rend sujets. Nous n'avons qu'à considérer , je ne dirai pas la nature divine , parce que ce terme de nature ne peut être propre pour exprimer un être qui n'a point de naissance ni de commeocemenl, mais je dirai Dieu , et , i le voir tel qu'il est ; l'homme n'a que trop de si^ets de craindre , Dieu n'en peut avoir. L'homme, étant exposé à une inanité d'accidens

ft dp nfril> . >nnp^hMu]A lp« viiil^ruva nii'nn lui

pour la coosen'ation de l'naii XVI. Quelqu'un demander sont les oaasions où Dieu d soit de sa colère ou de sa ^d ment les hommes ont accoutu i lui quand ils sont dans l'aff créance qu'il a le pouvoir d maux qui les pressent , ils li prières. Alors Dieu a compasi sa tendresse ne lui perroettai leurs demandes ni de leur refi D'ailleurs plusieurs, qui soi Dieu a1me la vertu et qu'il esl verainde tous les hommes, pu de son nom , lui offrent des ( cent d'attirer ses grâces par É et lui donnent lieu d'exercer i s'il n'y a rien qui convienne i de ^ire du bien , ni rien qui i sa nature que de ne point reco qu'on lui rend, il hal qu'i bonne volonté et les efforts i pour n'êlre point soupçonné de qui est un crime que les homo»

parmi eux tout à fait inexcusal traire des scélérats, qui en toi passent, laissent de honteuse débauches , qui violent leur fi jures , qui joignent la violence enlever le bien d'autrui, qui r sans épargner leurs plus proct

DE LA COLERE DE DIEU

faiblesse et de la vanité dans les argumeos de | comment Dieu peut-il jouir d'un si profond re-

ceux qui, faisant difficulté de demeurer d'accord que Dieu entre jamais en colère , ne laissent pas d^avouer quMI donne souvent des marques de sa douceur et de sa clémence ; car il ne pourrait donner des marques de clémence s'il ne pouvait entrer en colère. Les argumens de ceux qui lui Otent absolument toutes sortes de mouvemens ne sont pas moins faibles. Sous prétexte qu^'l y a des mouvemens dont Dieu n'est point capable, comme sont ceux du plaisir , de la crainte , de ravarice , de la tristesse, de la jalousie , ils ne lui en laissent aucun autre. Il est vrai que Dieu n'a point ces mouvemens-lâ, parce qu'ils ne sont point sans défisiut. Mais il y en a d'autres qui ne procèdent que de la vertu , comme sont ceux de la colère contre les méchans , de la tendresse pour les gens de bien, de la compassion pour les misérables ; et ceux-là se trouvent véritablement en Dieu, parce qu'ils n'ont rien qui ne soit digne de sa puissance et de sa justice. Si Dieu Bravait ces mouvemens-là , l'univers ne serait ({u'un théâtre de confusion où les lois seraient impunément violées , où le vice régnerait avec la dernière insolence , et où la vertu , n'ayant point d'appui, n'aurait point non plus^de sûreté, et où toute la terre serait réduite à une funeste désolation. Mais en l'état où sont les choses, les poéchans appréhendent le châtiment , les gens de bien attendent des récompenses et les affligés espèrent de la protection ; la vertu est autoriaée et le vice réprimé. Je sais bien que l'on nous tibjecle que les méchans sont souvent les plus lieureux sur la terre , que les gens de bien sont les plus misérables, et que souvent ils sont perlécutés et tourmentés impunément. Nous verrons dans la suite de ce petit ouvrage les raisons pour lesquelles Dieu permet que cela irrive. Examinons cependant si Dieu prend soin de ce monde et s'il entre quelquefois en colère. XVII. Dieu , dit Épicure , n'a soin de rien. Il n'a donc aucun pouvoir, car quiconque a quelque pouvoir prend aussi quelque soin. Que s'il a du pouvoir et qu'il ne s'en serve point , quelle raison a-t-il de négliger de la sorte non-seulement le genre humain, mais tout l'univers? C'est, dit ce philosophe, qu'il jouit d'un profond repos qui fait sa béatitude et son immortalité. A qui est-ce donc qu'appartient le gouvernement de ce monde où nous voyons un si bel ordre ? Ou

pos , lui qui a la vie et le sentiment P Le repos n'appartient qu'au sommeil et à la mort. Le sommeil même n'est pas un par&it repos, puisqu'il n'y a que le corps qui se repose durant le sommeil, et que l'âme, se représentant diverses images, est dans une agitation continuelle pendant que le corps répare ses forces. 11 n'y a donc que la mort où se trouve le repos éternel, Or , comme la mort n'approche point de Dieu , le repos ne lui peut non plus convenir en aucune sorte. Que s'il agit , que peut-il fiaire qui soit si digne de sa grandeur que de gouverner le monde ? S'il gouverne le monde , il a soin des hommes , considère les actions de chacun d'eux en particulier, et souhaite qu'ils aient tous de la sagesse et de la vertu. Cest ce qu'il veut et ce qu'il commande. Quiconque suit sa volonté et ses commandemens est l'objet de son amour ; ceux , au contraire , qui les méprisent et qui le^ violent sont l'objet de sa haine.

Si Dieu nuisait â quelqu'un , disent les Épicuriens , il n'aurait point de bonté. Ceux qui accusent de rigueur et de cruauté la justice de Dieu ou celle des hommes , et qui croient que ce soit nuire et faire du mal, que de réprimer les crimes et de punir les coupables , sont dans une erreur grossière et pernicieuse. Les lois qui ordonnent des peines seront des lois dangereit* ses , et les juges auront tort de condamner ay dernier supplice ceux qui auront commis 1^ crimes les plus atroces. Que si la loi est juste quand elle ordonne des peines contre ceux qui les méritent , et si le juge fait le devoir d'un homme de bien quand il punit les coupables h dessein de protéger et de conserver les innocens. Dieu ne nuit â personne quand il arrête l'insolence des pécheurs. Car nuire est faire du mal à un innocent et épargner les méchans, et en les épargnant leur donner la licence de persécuter les gens de bien. Je voudrais bien demander à ces philosophes , qui font un Dieu oisifec immobile, si un maître qui aurait du bien, une grande puissance et une nombreuse fiimille, et qui aurait aussi des serviteurs qui , abusant de sa douceur et de sa bonté , s'empareraient de sa maison , mangeraient son bien , le mépriseraient et se moqueraient de lui; je voudrais bien, dis-je , demander si ce maître ferait sagement de souF- I frir l'insolence de ses domestiques et de ne point

LACTANCE

maintenir son aulorilé. Se pourrait-il trouver quelqu'un qui eût une patience si inébranlable , ou plutôt une stupidité si insensible? Mais, supposant qu*il est aisé de supporter le mépris f voyons ce que ce mattre serait obligé de faire, si ses serviteurs se portaient à des crimes encore plus atroces , tels que sont ceux qui ont été décrits par Gicéron. S'ils avaient tué les femmes et les enfans de leur mattre et brûlé sa maison , et que le mattre négligeât de les punir, serait-ce à lui un effet de douceur et de clémence , ou de cruauté et de barbarie? Que si c'est barbarie plutôt que douceur d'épargner des crimes qui sont aussi atroces que sont ceux-là, ce ne serait pas en Dieu l'effet d'une vertu de ne point concevoir d'indignation contre les injustices et les violences. Le monde est sa maison, les hommes sont ses serviteurs : quelle serait donc la patience qu'il aurait de souffrir que ses serviteurs le méprisassent, qu'ils se moquassent de sa bonté, qu'ils déshonorassent son nom, et de ne concevoir aucune indignation , bien que ce soit le sentiment que conçoivent tous ceux à qui les désordres et les débordemens déplaisent? La colère est donc un effet de la raison, et c'est par le crime que Ton réprime lalicenceetqueronarrète le crime. Les stoïciens n'ont point connu la différence qu'il y a entre le bien et le mal , ou entre la bonne et la mauvaise colère, etpar ce qu'ils se trouvaient incapables de la régler , ils ont jugé qu'il fallait la retrancher absolument. Les péripatéticiens se sont contentés de la modérer, mais nous avons combattu assez amplement leur opinion dans le sixième livre de nos Institutions. Les définitions que Sénèque a rapportées de la colère, dans le livre qu'il a composé sur ce sujet, ne font que trop voir que les philosophes n'ont point connu la nature de cette passion. « La colère , dit-il , est un désir de se venger des injures que l'on a reçues. » Quelques autres , au rapport de Possidonius, ont dit que c'était un désir de punir ceux de qui l'on croit avoir été offensé contre la justice. D'autres la définissent de cette sorte : <x La colère est un mouvement par lequel Tâme se porte à nuire à celui qui nous a offensés , ou qui a eu dessein de nous offenser.» La définition qu'Aristote en apporte, n'est pas beaucoup différente de la nôtre, car il dit que a la colère est un désir de faire sentir de la douleur à celui de la part duquel nous en

avons reçu. » C'est la douleur dont nou.<( âVODS parlé ci-devant, qui se rencontre dans les bélfs, et qui doit être réprimé dans Tbomme , de peur qu'elle ne le porte à de grands péchés. Mais dk ne peut être dans Dieu , parce que Dieu nepeot être blessé ni souffrir de douleur. Elle se troove dans l'homme, parce quUl est exposé à toutes sortes d'injures; que le mal qu'on lui fût lui cause de la douleur , et que le sentiment de la douleur excite en lui le désir de la vengeaoce. Où est donc la juste colère dont nous sommes émus à la vue des crimes? C'est une colère qui n'est point un désir de se venger , parce qu'elle n'a été précédée d'aucune injure. Je ne parle point maintenant de ceux qui violent les lois, contre lesquels on ne doute point qa*iui juge ne puisse entrer en colère sans commettre aucune faute. Supposons néanmoins en cet en* droit qu'il a toujours l'esprit dans une situatioi tranquille , et que , quand il punit les coupables, il le fait sans trouble , parce qu'il est le ministre de la loi et non de sa passion ; car c^est ainsi que le supposent ceux qui veulent arracher do cœur de l'homme tout sentiment de colère. Je parle principalement en cet endroit des personnes qui sont en notre pouvoir et sous notre conduite, comme na<i esclaves, nos enians, nos femmes et nos disciples. Quand ces personneslà font quelque faute , nous nous sentons émos de colère et portés à les corriger, étant impossible que le mal ne déplaise pas à un homme de bien , ni qu'il ne soit pas ému de colère quand il le voit faire. Mais il se porte à punir les fintes, non par un désir de vengeance, mais par un zèle de justice, par une ardeur louable de réprimer la licence et de rétablir la pureté des mœurs. Cette colère est juste dans riiomme, nécessaire pour la pénitence des méchans, et se trouve dans Dieu , qui en a donné Texemple i Thomme. Dieu n'a pas moins de zèle pour arrêter les crimes , dont le débordement inonderait toute la terre , que les hommes en ont pour co^ riger les fautes de ceux qui leur sout soumise Or Dieu ne les saurait réprimer sans paraître touché de quelque sorte d'indignation, comme tous ceux qui ont de la vertu en sont toochés quand ils voient faire le mal. Voici donc la défi* nition qu'il fallait donner de la colère, c La coHic est un mouvement de l'âme qui se porte à les péchés. » La définition que Gieéraii e

porte, quand ii dit que «la colère est un désir de se venger, » n'est pas beaucoup différente des autres. Il y a une colère que Ton appelle fureur et rage , qui est toute vicieuse, et qui ne se doit pas même rencontrer dans les hommes. Mais celle qui ne tend qu'à réprimer les désordres et à arrêter le cours des vices ne doit point être ôté aux hommes , ni ne le peut être à Dieu , parce qu'elle est non-seulement utile , mais encore n^essaire.

XVin. La colère, disent quelques-uns, n'est point du tout nécessaire, puisqu'on peut sans elle châtier les crimes. Au contraire , je soutiens qu'il n'est pas possible de voir commettre des crimes sans en sentir quelque émotion. Il est vrai qu'un juge peut demeurer dans une situation tranquille, parce que le crime n'est pas commis en sa présence, mais qu'il lui est rapporté comme un Fait douteux et qui a besoin d'être prouvé. Jamais le crime n'est si manifeste qu'il ne reste à l'accusé quelque moyen de se défendre. Ainsi , un juge peut alors avec raison lie concevoir aucun sentiment d'indignation contre un accusé, qui par Tévénement sera peutêtre trouvé innocent. Quand la vérité est établie et que l'accusé est convaincu, c'est la loi plutôt que le juge qui prononce, et par cette raison il peut satisfaire à son devoir sans être ému de colère. Il n'ordonne rien proprement de soimême, il ne fait qu'exécuter ce que la rigueur de Tordonnance lui a prescrit. Mais pour nous, nous ne saurions voir commettre des fautes dans nos maisons sans en sentir de l'indignation, la vue seule des fautes étant quelque chose d'indigne et de fâcheux. Celui qui verrait sans émotion commettre des crimes , paraîtrait ainsi les approuver, ce qui serait honteux et injuste, ou serait bien aise de se délivrer de la peine de les réprimer, pour conserver la tranquillité où demeure l'âme lorsqu'elle n'est point excitée par la oolère. A Tégard de celui qui entre en colère et qui s^apaiseâ l'heure même, qui, par unedouceur indiscrète et hors de saison, pardonne ou toujours ou trop souvent, il corrompt ceux dont il entretient l'insolence, et se prépare à soi-même on supplice qui n'aura point de fin. C'est donc un défaut de réprimer en soi les mouvemens de là oolère, lorsqu^on devrait les suivre pour punir les crimes des autres. On loue Archytis de Tireiite d'avoir dit à son (crmier qui avait

laissé dépérir sa terre : « Malheureux que tu es ! je te chaînerais de coups si je n'étais en colère, d Plusieurs admirent dans cette parole et dans cette action un rare exemple de retenue. Mais la haute estime qu'ils avaient conçue de ce philosophe les empêche de reconnaître son extravagance. «Un homme sage, comme dit Platon, ne punit pas les coupables seulement à cause des crimes qu'ils ont commis, mais afin que ni eux ni les autres n'en commettent plus. » Quand des valets savent que leur maître punit lorsqu'il n'e^t pas en colère, et que lorsqu'il est en colère il pardonne, ils ne se contenteront pas de faire de légères fautes, de peur d'être battus, mais ils en feront de grandes, pour mettre leur maître dans une furieuse colère et pour éviter par là le châtiment. J'aurais loué la modération de ce philosophe s1l avait donné un peu de temps à sa colère pour s'apaiser et pour tempérer la rigueur du châtiment. La grandeur de la colère ne devait pas faire pardonner la faute, elle devait seulement en faire retarder la punition, de peur que, étant faite sur-lechamp, elle ne fût ou trop sévère par rapport au coupable, ou trop violente de la part du maître. De plus, la sagesse et l'équité permettent-elles de punir des fautes légères et de laisser en même temps des crimes atroces impunis? Enfin, pour peu que ce philosophe eût connu la nature des vertus ou des passions, il n'aurait jamais fait profession d'une si indiscrète modération, quand ce n'aurait été que pour ne point donner lieu â de mauvais serviteurs de se réjouir d'avoir mis leur maître en colère. Comme Dieu a donné au corps divers sens pour la nécessité de ses fonctions, il a donné â l'âme plusieurs affections pour la conduite des moeurs. Il lui a donné l'amour du plaisir pour mettre des enfans au monde, et fémotion de la colère pour arrêter le cours des crimes. Ceux qui ne savent rien de la fin des choses, et qui n'ont point appris l'usage qu'ils doivent faire des dons de Dieu, abusent du plaisir en s'abandonnant à la débauche, et de la colère en procurant du mal à ceux de leurs supérieurs et de leurs égaux contre lesquels ils ont conçu de la haine. C'est de là que viennent les crimes les plus atroces et les tragédies les plus sanglantes. Archytas aurait mérité des louanges si, après s'être mis en colère contre quelqu'un de ses citoyens et de ses ' égaux de qui il aurait reçu quelque injure, il

LACTANCE

avait retenu son ressentiment et étouffé dans son cœur le désir de la vengeance. Il y a de la gloire à se vaincre de la sorte, et à détourner les maux que le débordement de la colère pourrait causer ; c'est une faute de dissimuler les fautes des enfans et des serviteurs ; et en négligeant de les châtier on leur donne lieu de devenir plus coupables. Alors, bien loin de modérer sa colère, il la faut exciter si elle est trop languissante Nous ne disons rien ici de Thomme que nous ne le disions aussi de Dieu , qui a fait riiomme à son image. Je ne parle point de la figure de Dieu, parce que les stoïciens nient qu'il en ait aucune, et que si j*entreprenais de les réfuter je m'engagerais dans une dispute qui me fournirait une trop ample matière. Jene parle que de sa substance spirituelle, qui est une substance qui pense,qui entend, quiconnait, qui sait, qui prévoit. Et puisque toutes ccscboses conviennent à Thomme, il est clair qu'en cela il est l'image de Dieu. Il est vrai que cette image se salit et se corrompt, parce que, ayant quelque chose de l'impureté de la terre, elle ne peut conserver l'innocence qu'elle a reçue de son créateur, si ce n'est qu'il n'ait la bonté de Tinstruire. XIX. L'homme est, comme je viens de le dire, composé de corps et d*âme. Dans Tun sont les vices et dans l'autre les vertus, et ces vertus et ces vices se font une guerre perpétuelle. Les vertus, qui sont les biens de Fâme et qui s'occupent à régler les passions, sont contraires au corps. Les biens du corps, qui sont les plaisirs qui flattent les sens, sont contraires à l'âme. Mais lorsque Tâme résisteaux passions et qu'elle les réprime, elle est véritablement semblable à Dieu. D'où il paraît que l'âme, qui a quelque chose des vertus qui se trouvent en Dieu, n'est point sujette à la mort. Il faut cependant remarquer qu'il y a cette différence entre les biens du corps et de l'âme que, la vertu étant pleine d'amertume, au Ueu que le plaisir est comme environné de douceur, plusieurs se laissent prendre par ses charmes ; et ceux qui se sont rendus esclaves de leur corps et de leurs sens sont comme attachés à la terre et ne peuvent plus recevoir les présens du ciel : mais ceux qui, pour obéir à Dieu, auront réprimé les désirs de la chair, préféré la vertu â la volupté et observé la justice, seront reconnus de Dieu comme semblables à lui. Étant donc constant qu'il a donné

aux hommes une loi toute sainte, et que son intention est qu'ils vivent dans Tinnocence et qu'ils ne fassent aucun mal, peut-il voir sans indignation qu'ils violent sa loi, qu^ils renoncent à la vertu et qu'ils recherchent la volupté. Puisqu'il prend soin du gouvernement du monde, comme il doit sans doute le prendre, il ne peut négliger ce qu'il y a de plus importaot dans le monde. Puisqu'il pourvoit aux besoins des créatures, comme la créature le doit faire, il nous procure ce qui est nécessaire pour doos rendre la vie plus sûre, plus commode et plos heureuse. Puisqu'il est le père commun au»i bien que le Dieu de tous les hommes, il est bien aise quand ils s'adonnent à la vertu, et fâcbé quand ils s'abandonnent au vice. Il a de lamour pour les gens de bien et de la haine pour les impies. « 11 n'est pas besoin, disent quelques philosophes, qu'il ait de la haine; c'est assez qu'il ait une fois ordonné des châtimens contre les impies et des récompenses pour les gens de bien.» Que s'il se trouvait quelqu'un qui coaservât dans ses actions quelque image d'innocence et de justice, en ne faisant tort à personne et en évitant les vices les plus grossiers, et qu'il ne rendit pourtant aucun honneur à Dieu et ne songeât [>as mémeâ lui, comme Aristote, Timon et les autres philosophes, celui-là, pour avoir gardé en apparence la loi de Dieu, ne serait-il point châtié du mépris qu'il aurait fait de sa puissance? Dieu peut donc se mettre en colère, quand ce ne serait que contre la fausse confiance que celui dont nous parlons aurait mise dans sa probité prétendue. S'il se met en colère contre lui en haine de son orgueil, pourquoi ne se mettrait-il pas en colère contre un autre qui aura méprisé sa loi et appréhendé la peine qu'on doit se donner pour la garder? Le juge n'a pas le pouvoir de faire grâce, parce qu'il n'est que le ministre de la volonté d'autrui ; mais Dieu a ce pouvoir, parce qu'il est juge et dispensateur de sa propre loi. En la faisant, il ne s'est pas ôté le pouvoir d'en relâcher quelque chose. U peut donc faire grâce quand il lui platt; et conune il peut faire grâce et donner des preuves de sa clémence, il peut aussi faire justice et laisser des marques de sa colère.

XX. D'où vient donc, dira quelqu'un, que ceux qui commettent les plus grands crimes sont les plus heureux , et que ceux qui vivent selon let

DE LA GOUBE de DIEU.

règles de la piété sont souvent fort misérdbles ? C'est que des esclavea fu^itif^ et des enfans émancipés ont une licence effrénée , a|i lieu que ceux qui vivent sous la puissance de leur p^reou de leur mattre , sont tenus daps une exacte discipline. La vertu s'éprouve et s'affermit par des exercices pénibles et désagréables aux sens, au lieu que le vice est toujours comme plongé dans la volupté. Une faut pas, pour cela, que celui qui s'y abandonne se promette une impuni (é perpét uelle. n n'y a point de prospérité qui dure toujours.

Il fi|u| «Itf^pdiv le (Ipr^ipr jour , iiinti qse l'a dit m po«le qui ne manque pas d'élégance : et nul ne doit être appelé heureux «tint I9 fo de it vie.

C'est par la fin que l'on juge du bonheur, et aucun ne peut éviter le jugement de Dieu, ni pendant sa vie, ni à sa mort. Il précipite tes vivans dans l'ablroe, et punit les morts d'un supplice éternel. Si Dieu entre en colère , dirat-on, il doit y entrer d'abord, et châtier les crimes à l'heure même qu'ils sont commis. S'il les châtiait de la sorte , il exterminerait le gfcnre humain. Il n'y a point d'homme qui soit tout à fait innocent , et plusieurs choses nou3 portent au péché, comme l'âge, la violence, la pauvreté , l'occasion , la récompense. La chair dont nous sommes revêtus est si fragile, que si Dieu n'usait envers nous de sa miséricorde , il ne resterait que peu de personnes sur la terre. Mais il est très-patient , et réprime les mouvemens de sa colère; car comme il a une parfeite vertu, Ha aussi une parfaite patience. Combien y a-t-il de personnes qui changent de conduite, et qui renoncent â la débauche pour faire profession de modération et de retenue? Combien y en a-t-il qui, après avoir mené dans leur jeunesse une vie déréglée et licencieuse qui les couvrait de honte et d'infamie , se réforment tout d'un coup, et méritent des éloges des bouches mêmes dont ils n'avaient autrefois reçu que des reproches? Cet heureux changement n'arriverait pas, si tous les péchés étaient punis sur-le^bamp. U est vrai que les Jais jcoodainaent sur-le-champ les crimes pubh'cs. Mais combi^ y en a-t-il qui ne sont commis qu'en secret? Combien y a-t-il de coupables qui arrêtent, soit par amis ou par argent , les poursuites de leur dénonciateur, qui obtiennent par crédit et par faveur leur absolutioa , e^ éludent Ja justice? Sj Dieu punissait Cous ceux qui se dérobent à b

justice des hoipmes, i) ne resterait presque perspnne sur la terre. U n'y eut jamais de si juste sujet d'exterminer le genre humain qqe le mépris qi)'ii a hii de]a diviq^ puis$ancé^ en rendant un souverain culte â de faibles ouvrages de l'art; au lieu quie Dieu, çn tournant aux hommes le visage vers le ciel , les avait exeitÀ â considérer l|?s choses célestes, et â rechercher la connaissance de sadivine nature. Ils ont mieux aimé se courber comme des b^tes, et sci tourqer vers la t^rre ; car c'est se pourber vers I9 terre et adorer la terre, que l'oii doit fouler aux pieds» que d'adorer des images faites de métaux €t d'autres matières tirées de la terre. L'avantaçe qui se tire de la patience dç Dieu , est que , ap milieu d'une si horrible impiété et d*une si généralecorruption,leshommes condamnent leurs propres erreprs et reconnaissent la vérité. Plusieurs aban4onnent les faux dieux , adorent le vrai Dieu, et embrassent la vertu. Mais quelque grande que la patience de Dieu soit en ellemême, et quelque avantageuse qu'elle soit aux pécheurs, elle en punit quelques-ans, quoiqu'elle les punisse t^d; et quand elle voit qu'ils ne sont plus capables de se corriger, elle les arrête, de peur qu'ils ne continuent dans leurs désordres. XXl. Il ne nous reste plus qu'une qu^tion , qui est une des plu$ importantes. C'est que quelqu'un : dira que Dieu est si éloigné dé se mettre en colère, qu'il défend même à rhommt de s*y mettre. Je pourrais dire qu'il y a eu sujet de modérer ia colère de l'homme , parce qu'dit est souvent injuste , et que ses mouvemens sent aussi déréglés que firéquens. Pour détourner les funestes malheurs que causent les petits, les médiocres et les grands, quand^ ne se possédant plus. As suivent les emportemens de cette furieuse passion , il a fallu nécessairement leur mettre des bornes. Mais pour ce qui estde Dieu, il ne se fâche point pour un temps, parée qu'A est étemel, et neseÂcbe point sans sujet, parée qu'il a une perfection infinie. GependanC il n'est pas vrai que Dieu défeirie aux hommes de se mettre en colère; et s1t le leur défendait absolument , il semblerait eondamner lui-ménM soa propre ouvrage, puisque en formant le lbi«, 1 a, en quelque sorte, auterisé cette éoK^tioD, dont on croit que le principe est eentenu itm le fid. U n'a donc pas absolument défendu le mouvement de la colère, qui est uh meiiyeBCDt

LACTANCK.

nécessaire, mais Q en a défendu la continuation et la suite. Aussi est il bien juste que, puisque la vie des hommes est courte , leur colère ne soit pas longue. Si elle Tétait, les haines s'accroîtraient et s*aigriraient dételle sorte, qu'elles ne pourraient plus être terminées que par la ruine mutuelle des ennemis. De plus, quand Dieu commande d'entrer en colère , et qu'au même temps , il défend de commettre aucun péché, il n'arrache pas entièrement c^tte passion de notre cœur. Il en rehausse seulement ce qu'elle a de vicieux, afin qu'en châtiant les coupables, elle garde de la modération. Ainsi celui qui nous commande de nous mettre en colère s'y met lui-même. Celui qui nous ordonne de nous apaiser s'apaise, parce qu'il ne nous commande ni ne nous ordonne rien qui ne soit juste et qui ne tende à notre avantage. Bien que j'aie dit que Dieu ne se met pas en colère pour un temps, comme font les hommes qui ont souvent des émotions passagères, il ne faut pas croire pour cela que, comme il est éternel, sa colère le soit aussi. Ses perfections étant infinies, il a sa colère en sa puissance , et bien loin d'en être emporté, il la retient et s'en sert comme il lui platt. Et cela n'est point du tout contraire à ce que j'ai dit ci-dessus. Si la colère de Dieu avait été éternelle, Fhomme n'aurait pu rentrer en grâce avec lui après la voir ofrensé, ni satisfaire à sa justice par la pénitence. Ainsi il ne se serait jamais réconcilié avec les hommes, lui qui leur a commandé de se réconcilier entre eux avant le coucher du soleil. Il est pourtant vrai que la colère de Dieu demeure toujours sur ceux qui pèchent toujours. 11 ne s'apaise point pardeTencens,par des victimes, pardesprésens,qui ne sont que des biens corruptibles ; mais il s'apaise par le changement de vie et par la réformation des mœurs : quiconque cesse de pécher fait cesser la colère de Dieu. Et c'est pour cela qu'il ne punit pas tous les pécheurs sur-le-champ, afin qu'ils aient le temps de se reconnaître.

XXll. Voilù, mon cher Douât, ce que j'avais à vous dire touchant la colère de Dieu , afin que vous sussiez ce que vous aurez à répondre à ceux qui semblent lui 6ter toute sorte de mouvemens. Après cela, il ne me reste plus rien à faire, si ce n'est de finir cet ouvrage de la même sorte que Cicéron a fini ses livres des Questions tusculanes, et de tirer des divines Écritures des

témoignages irréprochables pour convaincre ceux qui , s'imaginant faussement que Diea est exempt de colère, détruisent toute la religîoD, sans laquelle, comme je crois l'avoir fait voir, nous serions semblables aux bètes et nous égalerions en cruauté celles qui sont les plus farouches, et en ignorance celles qui sont les plus stupides. La sagesse ne consiste que dans la religion, c'est-à-dire dans la connaissance de Diea. Les prophètes, qui étaient des hommes tout remplis de son esprit, n'ont parlé que de la txmté qu'il a pour les gens de bien et de la colère qu'il conçoit contre les impies. Ces témoignages ne sont que trop suffisans à notre é(prd. Mais parce qu'ils sont rejetés par ceux qui n'ont point d'autre marque de la profession qu'ils font d'être sages que celle qu'ils tirent de la longueur de leurs cheveux et de la façon de leur habit, je suis obligé d*y ajouter des preuves fondées sur le raisonnement. Je sais bien que cette méthode est contraire à celle que je devrais tenir, et qœ* au lieu d'appuyer la foi par des raisons, il faodrait confirmer la raison par la foi. Mais je m'éloigne à dessein de cet ordre , de peur que, si je le suivais, la dispute ne fût trop longue et ne produisit aucun fruit. Apportons donc des témoignages que les philosophes puissent recevoir, ou qu'au moins ils ne puissent rejeter. Beaucoup de célèbres écrivains ont dit qu'il y a eu plusieurs sibylles , comme Ariston de Chios et Apollodore d'Erythrée parmi les Grecs, Varroo et Fenestella parmi les Latins. Ils demeurent tous d'accord que la plus illustre fut celle d'Erythrée, et Apollodore témoigne tenir à grand honneur d'avoir été de son pays. Fenestella conte que le sénat envoya des ambassadeurs â Erythrée pour en rapporter les vers de cette sibylle, et pour les mettre (sous le consulat de Curion et d'Octave) dans le Capitole , qui avait été réparé par les soins de Catule. Voici comment elle parle du souverain créateur du mondé :

11 est éternel , incorruptible , récompense les boas «a deli de leurs iiiériles et réserve pour les méduni de redoufaUes effet de sa colère.

En parlant dans un autre endroit des actions qui déplaisent à Dieu.

Fuyez, dit-elle, les sacrifices impies, et n'en offt«z qjaL^k Dm vivant. Évitez Tadultére et les conjonctions abominablci d contraires^ la nature. Ayez soin de nourrir roê eoftmtyCtgvdez-vous bien de les tuer ; car rinunortel enuv daot w \in implacable contre ceux qui commettenlces crime.

Voilà une preuve très-expresse de la colère que Dîeu conçoit contre les roécbans.

XXIII. Puisque, au rapport de quelques grands hommes, il y a plusieurs sibylles, je ne dois pas me contenter d'avoir produit le témoignage d'une seule. Les livres de la sibylle de Gumes sont tenus fort secrets , à cause qu'ils contiennent la destinée du peuple romain. Mais les autres sont assez communs , et il n*y a point de loi qui défende aux particuliers de les avoir et de les lire. Il y en a un qui. déclare en ces termes à toutes les nations que la colère de Dieu tombera sur elles pour cbàtier leurs crimes :

A ia fln des tièclet la ooMre terrible de Diea tombera tor le monde ooapable.

Une autre attribue à la mèmecolère le déluge, qui, pour abolir le crime, détruisit le genre humain :

Lon, dit-elle, que le Dien dn ciel se mit en colère contre les bommet, il conrrit la sorfece de la terre det eaux de la mer.

Elle décrit aussi Tembrasement qui abolira une seconde fois les crimes. Voici ses paroles:

Lorsque la colère de Diea sera de telle sorte allumée qu'elle ne pourra plus s'éteindre , elle exterminera le genre bumaln par le feu.

Ovide a dit sur le même sujet :

Qull devait arriver un temps où le del, la terre, la mer et tout Tunivers, seraient embrasés.

Ce temps-là arrivera lorsque le culte de Dieu sera tout à fait aboli. La même sibylle avoue pourtant qu'il se laisse fléchir, puisqu'elle exhorte les pécheurs à avoir recours à sa miséricorde, et qu'elle leur promet qu'il leur pardonnera slls embrassent la piété. Ces témoignages ne font que trop voir la faiblesse des argumens dont se servent les philosophes pour ôter à Dieu le mouvement de la colère, et la fausseté de l'opinion qui les porte à lui attribuer, comme un avantage , une insensibilité qui serait tout à fait contraire à sa grandeur. La majesté des royaumes et des empires de la terre ne peut être conservée que par la crainte des sujets. Un prince qui ne se mettrait point en colère ne trouverait point d'obéissance et ne maintiendrait point son autorité. Un sinlple particulier qui n'aurait que de la douceur serait dépouillé de son bien , outragé et moqué de tout le monde. Que si ceci est véritable, comment Dieu maintiendrait-il la grandeur et la gloire de son empire, si, étant exempt de colère, il n'imprimait aucune terreur dans le ccrar des

hommes? Apollon de Milet, ayant été consulté sur le sujet de la religion des Juifs , fit la réponse qui suit :

Elle bonore le souverain roi et le tout-puissant créateur, en présence duquel la mer et la terre, le ciel , les enfers et les démons mêmes, tremblent de crainte.

Si Dieu était aussi immobile que ces philosophes le représentent, il ne ferait pas trembler ainsi toute la nature. Personne n'obéit que par contrainte. Pour bien commander, on est obligé d'imprimer de la (erreur , et pour en imprimer il faut témoigner de la colère. Quiconque n'en témoignera point, commandera ce qu'il voudra, mais ses commandemens seront méprisés. Que chacun sonde son propre cœur et se consulte soimême, et il apprendra qu'on ne peut exercer aucun empire sans témoigner de la colère , ni sans ordonner des chàtimens. Puisque Dieu exerce un empire absolu sur l'univers , il faut qu'il entre quelquefois en colère. Que personne ne se laisse donc tromper par les vains discours des philosophes, et qu'il n'apprenne point dans leur école à mépriser Dieu , ce qui serait le plus grand de tous les crimes. Nous sommes tous obligés de l'aimer, puisqu'il est notre père; de le respecter, puisqu'il est notre maître; de l'honorer, puisqu'il nous comble de ses faveurs; de le craindre, puisqu'il nous menace de ses chàtimens. Il mérite nos respects par tous ces titres. Qui pourrait , sans tomber dans l'impiété, ne point aimer celui qui est le père de son àme.^ Qui pourrait mépriser impunément celui qui a une.souveraîne puissance sur toutes les créatures? Si nous le considérons comme notre père , c'est lui qui nous a mis au monde et qui nous a donné la jouissance de la lumière et de la vie. Si nous le regardons commeDieu, c'est lui qui nous fournit une diversité presque infinie* de fruits et d'autres alimens qui nous nourrissent. Nous sommes dans sa maison et faisons une partie de sa famille. Bien que cette famille n'ait pas un respect aussi profond , ni une dévotion aussi pure qu'elle le devrait avoir pour dignement reconnaître les grâces infinies qu'elle a reçues de la main libérale d'un si bon père et d'un si puissant maître, elle pourra espérer le pardon de sa négligencesi elleconserve la vérité du culte qu'elle lui doit et qu'elle renonce aux biens pensables pour aspirer aux biens éternels. Que si nous voulons réussir dans une entreprise également sainte

LACTANCE

et DéceMâirë, fioas devons suivre Dieu et le recevoir comme le souverain principe de tout bien et comme le parfait modèle de toute vertu. T a-(-il une pàilèsince fflil^ âbtoliie que la tienne? une raison plus sublime ? une gloire plus éclatante? Puisqu'il nous éclaire par la lumière de sa sagesse et (|u'il nous conduit par la sainteté de ses coroniandemens , il ne nous est pas permis de l'abandonner ni de renoncer à son culte pour rechercher des biens passagers et périssables. On ne parvient à la fëticité ni en se plongeant dans des vdluptés criminelles et empoisonnées, ni en amassant des richesses, qui ne portent qu^â la débauche, ni en recherchant des honneurs, qui n'ont rien de solide et dont Pâme ne peut être embarrassée qu'elle ne soit en même temps assujettie àu corps et condamnée i la mort. Mais 6n y parvient en conservant rinnocen(!e et en gardant la justice, dont la vraie récompensé et le digne prix est Timmortaiité que Dieu a préparée dès le Commencement aux âmes saintes et pures qui ont hebreusement évité la 6Drrut)tion du siëèle. Ceux qui souillent leur conscience par des fraudes , par des fouri)eries, par des brigdndages, et dui la noircissent de crimes qui sont comme des taches qui ne se peuvent effacer, seront privés de cette récompense, tl faut donc que tous ceux qui vêtaient

passer non-seulement pour sages, niaid pour raisonnables, méprisenf et foulent aux pieds toot ce qu'il y a de Fragile et de corraptibte , et qu'ils s'unissent étroitement â Dieu. Il faàt qu'ils bannissent d'entre eux Timpiété, et ces funestes discordes qui troublent ta société humaine et qui rompent Tutiion que noas pouvons avoir avec Dieu. Il faut qu^ils soient équitables et bienfaisans, et qu'ils emploient ce qu^îls auront de bien non à entretenir les plaisirs d'un seul, mais à procurer le salut de plusieurs. La volupté n'est pas moins sujette à la ihort que le corps, à la délicatesse duquel elle est comme aitsujettie. La justice et la libéralité au contraire en sont exemptes comme l'âme , qui se rend semblable à Dieu en faisant de bonnes œuvres. Gonsacroosle, non dans des temples visihies, mais dans notre cœur; car tout ce qui est élevé par la main des hommes peut aussi être détruit. Purifions ce teiUple, qui est sali non par la fumée ni par la poussière, mais pAr les mauvaises pensées, et qui reluit non de la lumière des cierges^ mais de l'éclat de la sagesse. Quand nous aérons une fois bien persuadés que Dieu y est présent et qu'il voit les seci^ts de notre cœuf , nous nous cbddblrotijt de telle sorte que bôds êvitimné les effets de sa colère et attirerons sur nous Tabondance de ses grâces.

DE L'OUVRAGE DE DIEU

ou

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