DE LA FORMATION DE L'HOMME
À BËMÉTRlANÛS, SON ÉLÈVE.
L y&às pMrreÉ eo&nattrë, mon cher Démé^
f mays , t^biUKéti p^o j'ai de rèpos^ et mèiiie cOm«
BlAi J'ai HIMquWtttdës^ si tons prenez la peine
Se lil% 1% petit HVl^f qye J^i 6crit en termes fort
i(1th]neft, Selon 11 mé4\ikrM de moâ esprit , pour
vniA jnibë Vdll* l^vimdf que yàï pour l'étude, et
{muf M'ilct)liitt«r wmi envers vous du devoir
flë |n<M^t)^ éd vtons enseignant une doctribe
^^IM MflMtë «t plus solMte que celle que ]ë VoinI
^BtoilfttMfS nuMréf^iS; Qfl^ il Shns ce temps-là ,
^kM tous {virlafs que des belles^letires et ûei
Snes, vous ne laissiez pas de m'écouter avec
beaucoup d'attention , combien devez-vous apporter maihtetaant plus d'application et plus de soin pour comprendre les vérités impt>rt8nta que j'ai à vous dire. Je vous proteste que, quelque dangereux que soit le tempft où now vivons et quelque mauvais que soit l'état de mes affaires, je ne laisserai pas de compoeklr ioœs- Samment quelque those qui puisse cotatribuer à rinstrriction dé ceux qui fbnt pfufèaiikHi dft liotre doctrine» de sais bien qli'ils sont devwMil odieux et qU'ils sont persécutés par le penpte, comme des personnes qui déshonorent par le
DE L'OUVRAGE DE DIEU
dérèglement de leur vie le nom de sages qu'ils s'attribuent, et qui ne s'en servent que pour couvrir des vices qu'ils devraient reprendre dans les autres et éviter eux-mêmes. Mais je ne refuserai aucun travail pour instruire et ceux de notre religion et les autres; et j'espère que, comme je n'oublierai rien de ce qui sera de mon devoir, vous n'omettrez rien non plus de ce qui sera du vôtre, et je le souhaite aussi de tout mon cœur. Car, bien que les affaires publiques vous détournent de la contemplation de la vérité et de la pratique des bonnes œuvres , il ne se peut faire qu'une âme aussi belle et aussi pure que la vôtre ne tourne souvent ses pensées vers le ciel.Je me réjouis que vos desseins réussissent, et que vous ayez en abondance tout ce que le monde prend ordinairement pour des prospérités et pour des avantages, pourvu toutefois qu'ils ne changent rien dans votre conscience ni dans vos mœurs. Je vous avoue que j'appréhende un peu que la douceur trompeuse qui natl de la jouissance des biens de la terre ne se glisse insensiblement dans votre cœur. C'est pourquoi je vous avertis, autant que je le puis, de prendre garde à ne les pas regarder comme de véritables biens, mais de tenir pour certain qu'ils sont d'autant plus trompeurs qu'ils sont plus fragiles , et d'autant plus dangereux qu'ils sont plus agréables. Vous savez combien notre ennemi a d'adresse et de force, et nous ne l'éprouvons que trop en ce temps-ci. Il se sert des attraits des créatures comme d'autant de filets déliés et imperceptibles. Il faut donc marcher avec une singulière prudence pour éviter les pièges qui nous sont dressés de toutes parts. Cest pourquoi je vous exhorte à employer tout ce que vous avez de vertu pour mépriser , ou au moins pour ne point trop estimer la prospérité dont vous jouissez. Souvenez-vous de votre véritable père, de la ville dont vous êtes citoyen, de la société où vous avez été reçu. Vous entendez bien ce que je veux dire. Je n'ai pas dessein de vous accuser d'orgueil, dont il n'y a jamais eu le moindre sujet de vous soupçonner. Mon discours ne se rapporte qu'à l'àme, et non au corps, qui n'a été fbrmé que pour elle. C'est comme un vase de terre où l'âme, qui est l'homme véritable , est renfermée. Ce vase n'a point été fait par Prométhée, comme les poètes le disent, mais par le souverain créateur de
l'univers , dont la providence ne peut être comprise par nos sens ni expliquée par nos paroles. Je ne laisserai pas de m'efforcer de dire quelque chase, autant que mon peu de suffisance le pourra permettre, et de la création de l'âme, et de la formation du corps. Et j'entreprends d'autant plus volontiers ce travail , que Cicéron, qui était un homme d'un excellent esprit, s'étant proposé le même sujet dans le quatrième livre de sa République, ne l'a traité que légèrement. Et de peur que nous ne doutassions de la raison qui l'avait porté à le traiter de la sorte, il déclare qu'il n'a manqué ni de désir de le traiter exactement, ni de diligence pour cet effet. Après en avoir parlé comme en passant dans les premiers livres des Lois, il renvoie à Scipion , qui en avait discouru plus au long. Il tâcha néanmoins depuis d'en parler un peu plus amplement dans le second livre de la Nature des Dieux; mais parce qu'en celui-là même il ne s'en est acquitté que très-imparfaitement, J6 n'appréhenderai point de me charger d'un travail que le plus grand orateur de Rome nous a laissé tout entier. Vous condamnerez peut-être la hardiesse que j'ai de proposer les pensées qui me sont venues sur cette matière si obscure et si difficile. Mais puisque ceux qui prennent la qualité de philosophes ont été assez téméraires pour vouloir pénétrer ce que Dieu a voulu qu'il y eût de plus caché dans la nature, et qu'ils ont osé discourir des cieux et des astres , qui sont si éloignés de nous et ne peuvent tomber sous nos sens, puisqu'ils prétendent même avoir des preuves solides et des démonstrations évidentes de ce qu'ils en disent, pourquoi m'accuserait-on de présomption d'avoir voulu examiner la manière dont notre corps est formé .^ Il est certain qu'il n'est pas fort difficile d'en acquérir quelque connaissance, puisque la disposition des parties qui le composent et l'usage auquel elles sont propres nous découvrent l'intention que Dieu a eue en le formant.
II. Dieu , qui est notre créateur £t notre père, nous a donné le sentiment et la raison , ce qui fait voir clairement que nous sommes son ou- \Tage, puisqu'il a le sentiment et qu'il est luimême la raison et l'intelligence souveraine. Il n'a pas donné aux autres animaux le ihême avantage, mais il a pourtant pourvu à leur sûreté ; car il les a couverts de peaux pour les
LACTANCE
défendre de la rigueur du froid , de rincommodité des pluies et des autres injures de Tair. Il a donné à chaque espèce les armes qui lui étaient propres : aux unes la force , pour attaquer et pour combattre; aux autres la vitesse, pour fuir et pour éviter les périls; aux autres, l'industrie et I adresse pour se faire des tanières et pour s'y retrancher. Les unes ont des ailes, à la faveur desquelles elles s'élèvent jusques au haut de Tair; les autres des griffes pour grimper; les autres ont des cornes ou des dents pour se défendre, et aucune ne manque de quelque moyen propre à se coascrver. Que sil y a quelque espèce qui serve d'ordinaire de proie à une plus forte, ou elle se retire en des contrées où elle est comme à couvert de cette violence, ou, si elle ne la peut éviter, elle est si féconde de son naturel qu'elle suffit et pour assouvir l'avidité des animaux de proie, et pour peupler encore suffisamment la terre de ce qu'elle dérobe à leur cruauté. Gomme Dieu a donné à l'homme la lumière de la raison, la vivacité des sens et l'usage de la parole, il ne faut pas s étonner qu'il l'ait privé des avantages qu'il a accordés aux animaux, parce que, par le moyen de la raison , il lui est aisé de réparer cette perte. Il Ta laissé nu et sans armes , parce qu'il lui a donné un esprit capable dinventer l'art de faire des armes et des vètemens. Il n*est pas aisé de bien exprimer combien ces avantages que les bètes ont sur Thomme contribuent à leur beauté réciproque. Si l'homme avait eu ou des dents, ou des cornes , ou des griffes, ou des ongles, ou une queue, ou une peau de plusieurs couleurs, comme en ont les bètes, il aurait été extrêmement laid , au lieu que les bètes seraient laides si elles étaient dépouillées de toutes ces choses. Si on leur avait ôté ou la peau, qui est comme un vêtement dont la nature les a parées, ou les dents et les ongles, qui sont comme des armes dont elles les a pourvues, il n'y aurait rien de si difforme ni de si faible. Ainsi, soit i|ue Ton considère, ou l'usage qu'ont ces parties, ou l'ornement qu'elles apportent, on avouera c|u'on ne pouvait jamais rien désirer qui fût tout ensemble et si utile et si agréable. Quant à l'homme, comme Dieu Va fait pour être étemel , il Igi a donné des armes qui ne paraissent point «ui dehors , mais qui sont cachées au dedans, et qui dépendent non du oprps, mais de l'esprit.
Après ravoir si avantageusement partagé dci biens intérieurs, qui sont sans comparaison ks plus solides et les plus durables, il aurait élé inutile de lui en donner d'extérieurs, qui n*a8raient servi qu'à diminuer ou à cacher la beaaté naturelle de son corps. C'est pourquoi fii accoutumé de trouver étrange la folie des diiciples d*Épicure , qui , dans le dessein qu'ils oit de persuader que le monde n'a point été fiiit ni n est point gouverné par une sage intelligenoe, mais qu'il a été formé par la rencontre fortuite de corps solides et indivisibles, ont la témérité de trouver à redire aux ouvrages de la nature et à la structure de l'univers. Je passerai sont silence ce qu'ils reprennent dans la dispositicNi du monde par une extravagance ridicule, et ne m'arrêterai qu'à ce qui a un rapport particulier avec le sujet que j'ai maintenant entre ks mains.
III. Ces philosophes se plaignent de ce que l'homme naît plus faible que les animaux , qoi ne sont pas sitôt sortis du sein de leurs mères, qu'ils commencent à se soutenir et à résister aux injures de l'air. L'homme, au contraire, parait nu et désarmé , comme un voyageur jeté par la violence de la tempête sur le bord de cette vie, et exposé aux misères qui raccompagnent Il demeure étendu et immobile au lieu même où les flots l'ont poussé, sans pouvoir ni supporter l'activité des éléments , ni cbercfaer de nourriture. La nature semble avoir été à son égard une marâtre, puisque, au lieu qu'elle a été libérale envers les animaux , elle a été envers lui si avare qu'elle l'a abandonné dans une extrême pauvreté et dans la dernière faiUesie , sans appui et sans secours, capable seulement de jeter des cris et de verser des pleurs , qui sont comme un des tristes présages des misèrei dont il sera accablé durant le cours de sa vie. Quelques-uns s'imaginent que ces philosophes parlent avec beaucoup de jugement quand ils déclament de la sorte , ce qui procède de ce qoe plusieurs , [pour n'avoir jamais assez sérieusement considéré les avantages qu'ils ont reçus eo naissant , n'en ont point de reconnaissance. Je prétends au contraire que l'on ne saurait jamaii rien avancer avec si peu de raison ; car, quand j 'examine avec soin toutes les créatures, je reooDnais qu'aucunen'a dû ,ni peut-être n'a pu être iaiCe d'une autre manière que celle dont die l'a été.
DE L'OUVRAGE DE DIEU
aï
Je sais bien que la puissance de Dieu, souveraine* ment sage et intelligente, n'a Fait en toutes choses que ce qui était le meilleur et le plus expédient. Je voudrais donc demander à ces censeurs téméraires des ouvrages de Dieu quel avantage ils croient qu'il manque à cet homme qui natt dans une faiblesse qu'ils déplorent avec des termes si tragiques. Celte Faiblesse empèche-t-elle qu'il ne croisse et qu'il ne parvienne à un âge ]iarfait ? Ce qui lui manque de force est compensé par la raison dont il est pourvu. Mais Thomme , disent ces philosophes , ne peut être élevé qu'avec beaucoup de peines. La condition des bêles est meilleure en ce point. Dès qu'elles ont fait leurs petits , elles n'ont plus aucun autre soin que celui de les nourrir et de leur fournir le lait qu'ils recherchent et qu'ils prennent eux-mêmes sans aucun secours étranger. Les oiseaux n'ont-ils pas beaucoup de peine à élever leurs petits , et ne semblent-ils pas y apporter une prévoyance qui approche de celle des hommes ? Ils bâtissent des nids avec de la terre et des branches d'arbre. Ils demeurent sur leurs œuis plusieurs jours , pendant lesquels ils ne mangent presque point. Quand ils sont éclos, ib cherchent de quoi les nourrir, la nature ne leur ayant point fourni de lait pour cet effiet , comme elle en a fourni aux animaux qui sont sur la terre. Après avoir volé de côté et d'autre tout le jour pour amasser de quoi nourrir leurs petits, ils demeurent auprès d'eux toute la nuit, les gardent et les échauffent. Que peuvent faire les hommes davantage , si ce n'est que , au lieu de chasser leurs enfans quand ils sont grands , ils demeurent unis â eux par le lien d'un amour indissoluble ? D'ailleurs les petits des oiseaux sont beaucoup plus Faibles dans leurs commencemens que ne le sont les enfans. Car, pour les mettre au monde , ils ne les font pas sortir de leur sein ; mais ils les échauffent , et en les échauffant les animent. Quand ils viennent d'éclorê ils n'ont point de plumes, et sont si faibles qu'ils ne peuvent encore ni voler ni marcher. Vie serait-ce pas une impertinence de prétendre que la nature ait traité peu favorablement les oiseaux , sous prétexte qu'ils naissent en quelque sorte deux fois , et qu'après leur naissance ils ont besoin que leurs mères leur cherchent fie quoi vivre? Ceux qui raisonnent de la sorte, rt qui préfèrent la condition des bêtes à celle
des hommes , proposent ce qu'elles ont de plus fort et cachent ce qu'elles ont de plus faible. Je leur demanderais volontiers , lequel ils prendraient, si Dieu leur en laissait le choix, ou la sagesse de l'homme avec sa faiblesse , ou la stupidité des bêtes avec leur force. Ils n'ont pas assez peu d'esprit pour manquer de préférer la condition de l'homme , quand elle serait encore beaucoup plus faible qu'elle ne l'est , à celle des animaux , quand ils seraient encore beaucoup plus forts qu'ils ne le sont Ces hommes fins et rusés voudraient sans doute avoir tout ensemble, et la raison de l'homme , et la force des animaux ; mais ce sont des biens tout à fait opposés et contraires, et que l'on ne peut réunir dans un même sujet. Il faut ou être éclairé et instruit par la raison , ou avoir la force et les autres avantages que la nature a donnés en partage aux animaux. Une créature qui est pourvue par la condition de sa naissance de tout ce qui peut la conserver et la défendre , n'a pas besoin de sa raison. Que pourrait-elle ou faire ou inventer pour employer sa raison , puisque la nature lui a fourni libéralement tout ce qui lui est nécessaire ? Que si elle est pourvue de la raison , quel sujet aurait-elle de souhaiter ce qui peut défendre et fortifier le corps , puisque la raison supplée toute seule au défaut de toutes choses ? Elle est capable de parer et de munir de telle sorte le corps qu'il n'ait rien à désirer. Quelque petite que soit la stature de l'homme , quelque médiocres que soient ses forces , quelque peu assurée que soit sa santé , il surpasse en vigueur et en beauté tous les animaux, par le seul avantage de sa raison. Il natt' d'une constitution tendre et délicate, et trouve moyen de se mettre en sûreté et de se garantir de la violence des bêtes les plus farouches. Ces bêles, au contraire, qui ont de grandes forces pour résister aux injures des élémens, n'en ont point d^assez grandes pour éviter de tomber sous la puissance de l'homme. Ainsi la rajson lui sert plus toute seuleque ne servent aux animaux tous les avantages que la nature leur a donnés en les formant. La masse de leur corps , la grandeur de leurs forces , n'empêchent point que nous ne les prenions et que nous ne les soumettions à notre puissance. Quelqu'un , voyant les boeuB attachés avec leurs vastes corps à notre service, peut-il se plaindre de ce que Dieu ne lui a
LACTANCE
donné qu'an petit corps ? Il ne connaît pas sans doute le prix des faveurs qu'il a reçues de Dieu ; ce qui est une ingratitude , ou plutôt une folie. Platon agissait beaucoup plus sagement quand, pour confondre , comme je me le persuade, ces esprits méconnaissans , il rendait grâces à la nature de ce qu'elle lavait fait naître homme. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner sa pensée ni de décider quel jugement on en doit porter. Quiconque tient sa condition plus heureuse que celle des bêtes est dans un sentiment plus juste et plus raisonnable que ceux qui semblent avoir regret de n'avoir pas éié créés de quelqu'une de leurs espèces. QuesiDieuleschangeait en ces animaux dont ils envient la condition , ils se plaindraient aussitôt de ce changement , et demanderaient avec de grands cris de retourner A leur premier élat, parce qu*en effet toute la force des animaux ne vaut pas Tusage de la parole. La liberté que les oiseaux ont de fendre Tair ne vaut pas l'adresse de la main. La langue et la main sont des choses plus admirables que celles que peuvent faire ou les forces des bêtes ou les ailes des oiseaux. C'est donc une folie inconcevable de souhaiter ce que l'on n'a pas et de le refuser quand il est offert.
IV. Ces mêmes philosophes se plaignent de ce que rbomme est sujet aux maladies et à une mort avancée. Est-ce qu'ils sont fâchés de n'être pas d'une nature divine? Je sais bien qu'ils disent que ce n'est pas ce qu'ils prétendent , et qu'ils veulent seulement montrer que l'homme n'est point l'ouvra je d'une sage providence , et qu'il devrait être fait d'une manière différente de celle dont il l'a été. Je ferai voir au contraire qu'il y a eu de bonnes raisons pour l'assujettir aux maladies et à la mort , qui termine souvent sa vie au milieu de sa course. Dieu , voyant que l'ouvrage qu'il avait fait tendait à la mort , lui a donné en partage la faiblesse , pour le préparer à cette dissolution de son être. S'il avait été d'une constitution assez ferme pour être exempt de maladies , il aurait été aussi exempt de la mort , qui n'est qu'une suite de ces mêmes maladies. Mais comment aurait-il été exempt d'une mort qui arrive avant la saison , puisqu'il est siget à une mort qui arrive dans la saison ? Ces philosophes voudraient-ils que personne ne mourût avant l'âge de cent ans ? Mais comment peu-
vent-ils accorder des contradictions si ma que celles où ils tombent? Car, poi qu'une personne ne pût mourir avant 1 cent ans , il faudrait qu'avant ce temp^ fût en quelque sorte immortelle ; et si i tait, elle ne serait plus sujette à la mort, peut-on s'ima{;iner qui eût la force d'en ter rhommc et de le mettre hors d'état d dre ni les maladies , ni les accidens étrs Étant composé d'os et de nerfs , de !
d'humeurs, que peut-il avoir d'assezsolii être inacessible à la mort. De quelle matii drait-il que le corps fût fait pour être ina et indissoluble avant le terme de cent an leur plaît de prescrire à la vie humaine a rien de ce que l'on peut voir et touche terre qui ne soit fragile. Il faudrait doi chercher une matière dans le ciel. Dieu f l'homme de telle sorte qu'il pût mourir i il était à propos qu'il choisi! pour cet ef matière aussi fragile qu'est la terre. Il fa puisse mourir de tout temps , puisqu'i corps , et que tout corps en tout temps : dissoudre. C'est donc une folie de se p d'une mort arrivée avant la saison , | cette mort-là même est une condition à I nous sommes assujettis par la loi de noti sance. Nous sommes assujettis aux malad la même loi , parce que l'ordre de la nat permet pas qu'un corps qui doit un joi détruit ne puisse être ni altéré, ni afiàibi supposons que l'homme ait été fait deteli qu'il ne pût être malade ni mourir q avoir passé une longue vie et être parvem extrême vieillesse, et montrons les fauss séquences qui se peuvent tirer de ce pri car il s'ensuit qu'avant le terme prescrit me ne pourrait mourir. Il est pourtant < qu'il mourrait s'il ne mangeait point, pour l'exempter de la nécessité de mon faut lexempler de la nécessité de mang( était exempt de cette nécessité, et que, poi server sa vie , il n'eût plus besoin d'alimc ne serait plus un homme , mais un dieu. donc clair , comme je l'ai d^ dit , que ces philosophes se plaignent de ce que les mes ont un corps infirme et délicat,] plaignent , â proprement parler, de œq»
sont pas immortels. Ils sont mortels JMTCC ne sont pas des dieux. On ne pcBCétttloa
DE L'OLVRAGE DE DIEU
itùhle et morlel el iomiorlel. Si Tbommc est lortel dans la vieillesse , il n'est pas immortel Mè la jeunesse. Quiconque doit mourir un jour it chaque jour sujet à là mort , et quiconque [>it un terme prescrit à la vie ne se peut attriuer Timmortalîté. Un moment auquel on ne >it point immortel , et un moment auquel on )it mortel , rend mortel en tout temps. On est onc nécessairement obligé de conclure que bomme ne pouvait ni ne devait être fait d'une Jtre sorte. Mais les philosophes dont je parle ^ont garde de voir la suite de ce raisonnement, arce qu^ils se sont trompés dans le principe, ar après avoir une Fois 6té la Providence, il falit qu'ils avouassent que toutes choses étaient ées d'elles-mêmes , et c^est ce qui les a portés inventer ce concours fortuit d'atomes. Depuis tiMIs se sont engagés dans cet embarras, ils ont Lé contraints de croire que les âmes naissent et leurent avec les corps. Ils avaient reçu comme tie maxime certaine que la sagesse divine ne roduit rien , ce qu'ils ne pouvaient établir n'en trouvant quelque chose à redire à Tordre e la Providence. Ils ont donc repris les choses h cette Providence parait avec le plus grand :lat , telles que sont les maladies et la mort récipitée. Que s'ils les avaient considérées avec Hite l'attention qu'ils devaient , ils auraient lieux prévu les suites de leur doctrine. Car , si tiomme avait été exempt de maladies , il n'aulit eu besoin ni d'habits , ni de maisons , puisii'il n'aurait appréhendé ni le vent, ni la pluie, i le Froid , dont le plus dangereux efFet est de luser les maladies. C'est pourquoi toute la rudence de l'homme consiste à dépendre sa liblesse contre les accidens qui la peuvent inimmoder. Que s'il est siyet aux maladies , Mome à des accidens qui servent à éprouver sa igesse , il ne peut èlre moins sujet à la mort. ^r n'être sujet à aucune maladie , il faudrait voir une constitution tout à Fait Forte et inéranlable , qui ne donnerait lieu ni ù la vieil- »8e , ni à la mort , qui en est comme la suite. ie plus, si la mort avait été remis à un certain' bmps y l'homme n'aurait eu aucune douceur et e serait rendu tout à Fait insupportable. Pres- {ue tous les liens de la société civile dépendent lé la connaissance que nous avons de notre liblesse et de Tappréhension que nous avons de ont ce qui nous peut nuire. C'est pour cela que
les plus Faibles et les plus timides des animaux s'assemblent pour se conserver par leur union et par leur nombre , au lieu que ceux qui ont la Force en partage demeurent dans les déserts. Si l'homme pouvait se fier de la même sorte en ses Forces , il n'aurait aucune raison de rechercher la compagnie ni d'entretenir la société. Il n'aurait ni respect , ni estime pour les autres, enfin il n'y aurait rien de si Farouche ni de si intraitable, ni de si cruel que lui. Mais parce qu'il est Faible et qu'il ne peut subsister sans le secours d'autrui , il recherche la compagnie , où il trouve sa sûreté. On voit par là combien la faiblesse de riiomme et les accidens qui le rendent sujet aux maladies, et à une mort qui semble lui arriver avant la saison , contribuent à rendre sa manière de vivre plus polie, plus civile et plus honnête. Si on le délivrait des périls et des infirmités qui l'environnent, on le dépouillerait de la raison et de la sagesse. Mais je m'arrête trop longtemps à raisonnersur une question si claire, étant certain que rien n'a jamais été Fait ni pu être Fait que par un ordre particulier de la providence divine. Que si je voulais parcourir en détail tous ses ouvrages , ce serait une entreprise qui n'aurait.aucunes bornes. C'est pourquoi je m'attacherai uniquement à examiner le corps de l'homme et à remarquer les traces de la Providence qui y sont visibles , sans parler de celles qui ne tombent point sous les sens.
V. Lorsque Dieu forma les corps des animaux, il ne voulut pas les Faire en rond, de sorte qu'ils pussent se tourner et se rouler de tous côtés; mais il tira en quelque sorte la tête et la fit comme avancer au haut du reste du corps. Il étendit aussi les jambes et les pieds, afin que, se remuant tour à tour, ils portassent le corps au lieu où l'attirerait son désir et la nécessité de chercher des vivres. Outre ces deux memhres qui s'étendent par derrière, il y en a deux autres qui s'avancent par devant et qui tiennent à la tête et au cou, et ont diFFérens usages. Car dans les animaux, soit sauvages ou domestiques, ce sont des pieds qui leur servent à marcher delà même sorte que ceux de derrière, et dans l'homme ce sont des mains destinées non à marcher, mais à Faire toutes sortes d'ouvrages. Outre ces deux sortes de parties, il y en a une troisième où, nu lieu de pîeds ou de mains, il y a des ailes garnies de plusieurs rangs de jplumes
LACTANCE
qui servent à fendre l'air et à voler. Ainsi les différentes espèces ont des parties différentes, qui ont aussi des usaf^es différens. Dieu, pour rendre la structure du corps plus ferme et plus solide, a fait l'épine du dos de plusieurs os, dont les uns sont plus lonf^set les autres plus courts, et cette épine ressemble en quelque sorte ^ la quille d'un vaisseau. Il ne Fa pas faite toute d^une pièce, de peur qu'elle n empêchât le mouvement. Il a étendu et aplati de chaque côté les côtes, qui, se courbant doucement, sont comme une {grille qui couvre et qui défend les parties internes, qui sont tout ensemble et les plus délicates et les plus nobles. Au haut de Tépine, que nous avons comparée à la quille d'un vais- .seau, il a placé la tète, qui préside et qui commande à tout le corps. Elle a été appelée de la sorte, selon le témoignage de Varron, dans une de ses lettres, à Gicéron, à cause qu'elle est le principe des nerfs et du sentiment. Les membres que nous avons dit avoir été destinés à marcher ou à voler ont des os qui ne sont ni trop longs, de peur qu'ils ne pussent se mouvoir aussi promptement qu'il serait nécessaire, ni trop courts, de peur qu'ils ne fussent trop délicats, mais d'une juste grandeur et en petit nombre. Il n'y en a que deux dans les hommes et quatre dans les bètes. Les os n'ont point été faits massifs, de peur qu'ils ne fussent trop pesans et qu'ils rendissent la démarche trop lente, mais creuî, et remplis d'une moelle qui donne de la vigueur à tout le corps. Leur grosseur n'est pas égale dans toute leur étendue. Elle est plus forte aux extrémités qu'aux autres endroits, et ces extrémités sont comme renforcées par les vertèbres, qui se lient aux nerfs et qui rendent le mouvement plus aisé et plus libre. Elles sont couvertes de cartilages qui les empêchent d'être froissées et de sentir de la douleur lorsqu'elles se remuent. Dieu ne les a pas tous faits de la même sorte. Il en a fait quelques-uns tout simples et ronds comme une boule aux jointures où les membres se devaient tourner de tous côtés, par exemple aux épaules ; et d'autres ronds d'un côté et plats de l'autre, auxjointures où les membres devaient seulement se courber, comme aux coudes, aux genoux et aux mains. Car, comme il est et bienséant et commode tout ensemble que les bras, en commençant leur mouvement aux épaules, par où ils sont attachés au corps,
puissent se mouvoir de tons cAtés, auf^ il été et inutile et peu séant qu^ils se fussent h aussi de tous côtés depuis le coude. La n'aurait plus eu la dignité et ragrément a maintenant, et aurait ressemblé à une tnnpe qui dans un éléphant a un usage parlicolicrct fout à fait merveilleux. Dieu , qui a voulu tm éclater la grandeur de sa puissance dans la nriété de ses ouvrages, n'ayant pa» Fait la tète è l'éléphant assez longue pour pouvoir s'atnisiff jusquesà terre, et l'ayant armée de deux défenses, qui, quand elle s'y serait abaissée, Taraient empêchée d'y pattre, a fait sortir da fra( entre ces deux défenses, une partie d^unesé' stance molle et flexible, par laquelle il pn( prendre et retenir quoi que ce soit.
c: VI. Je ne saurais m'empècber de hirt m encore en cet endroit l'extravagance d^Épim^ car c'est de lui que Lucrèce a tiré toutes les it* veries dont il a rempli ses poésies. Pdor dhitrer que les animaux ne sont point l'ouviiie de la Providence, mais que ce ne sont pas Al effets du hasard, il s'est avisé d'avancer qa^ commencement du monde un nombre ionoibrable d'animaux avaient paru sur la tem; mais qu'ils n'avaient pu s'y conserver iaute Alimens, ni y perpétuer leur espèce faute d**ganes destinés à cet effet. Pour donner liai ses atoçfiesqui volent dans un espace inOsi,! a exclu la divine providence. Mais parée qii^ malgré lui-même , il en voyait des traces àm toutes les créatures qui respirent, il aeDi» cours à cette vaine et imaginaire fiction d'oimaux monstrueux dont on ne pût rappoM l'origine à une cause sage et intelligente. Pri^ que toutes les créatures que nous voyons 9â été produites par un principe agissant par té son, il en faut inférer qu'aucune n*a pu êOC produite par un principe qui agit an basai Aussi pour peu que l'on considère la strodai des animaux, on y remarquera les soins qttk Providence a pris pour faire en sorte que kl parties qui les composent fussent propresyi* vers usages et pussent servir à leur cousais tion particulière et à la propagation de kv espèce. En effet, si un architecte ne comnMI point un édifice qu'il n'en ait fait auparawl plan, qu'il n'en ait pris les dimensions, n'ait marqué les endroits qui doivent pleins et ceux qui doivent être vides, qu^il
DE L'OUVRAGE DE DIEU
réglé quel doit être Tintervalle des colonnes , la chute des eaux et le reste, peut-on croire que Dieu se soit résolu de faire des animaux et de leur donner la vie sans leur avoir aussi donné des organes par lesquels ils la pussent conserver? Épicure n'a que trop reconnu lui-même les traces de la raison et de la sagesse divine dans la production des animaux; mais, pour parler conséquemment et pour soulenir le sentiment où il s'était engagé mal à propos, il en a ajouté un autre qui n'est ni moins faux, ni moins ridicule. Il a dit que les yeux n'avaient point été Faits pour voir ni les oreilles pour entendre, ai les pieds pour marcher; que toutes ces parties-là avaient été formées sans qu'elles eussent la fonction qu'elles ont maintenant, et qu'elle ne leur a été attribuée que depuis. J'appréhende de ne pouvoir réfuter ces extrava- Bpinces sans en commettre de semblables ; mais je veux bien paraître un peu imprudent en détruisant ces impertinences, de peur que celui qui les a inventées ne s'imagine être fort subtil. Que prétendez-vous donc, Épicure, quand vous dites que les yeux n'ont point été faits pour voir ? Pourquoi donc est-ce qu'ils voient ? «Ils ont, dites-vous, été employés depuis à cet usage.» Ils y étaient donc propres, et étaient Giits pour cela, puisqu'ils ne peuvent faire autre chose. On doit porter le même jugement de la fonction des autres membres, qui visiblement ont été destinés à cela même à quoi nous les employons. Direz-vous que les oiseaux n*ont point été faits pour voler, les poissons pour Dager, les bêtes farouches pour vivre de proie, les hommes pour se conduire par la raison, et n'est-il pas évident que chaque espèce fiiit ce à quoi elle a été destinée? Mais il faut que ceux qui se sont une fois éloignés de la vérité s'égarent toujours de plus en plus. Car si la naissance de chaque chose, au lieu d'être attribuée à la Providence, le doit être au concours fbrtuit des atomes, pourquoi ce concours-là n'a-t-il jamais formé d'animaux qui entendissent par le nez, qui flairassent par les yeux et qui vissent par les oreilles? S'il est vrai qu il n'y a aucune manière imaginable dont ces petits corps ne se rangent et ne se placent, il faut que, se plaçant contre Tordre naturel, ils fussent des membres et des corps monstrueux. Que si ces oorps ne manquent point de naître selon des
lois réglées et constantes, c^est une preuve manifeste que c'est la raison et non le hasard qui préside à leur naissance. Nous réfuterons plus amplement Ëpicure dans un autre lieu. Maintenant continuons à parler de la Providence.
VII. Dieu a lié les os avec les nerfs afin que l'àme s'en pût servir sans peine et sans effort, comme d'une bride pour tourner le corps de tel côté qui lui plairait. Il a couvert ces nerfs et ces os de chairs au travers desquelles il a répandu des veines, qui sont comme autant de ruisseaux qui portent le sang et la nourriture. Il a couvert les chairs mêmes de peaux, dont les unes sont unies, les autres sont couvertes de poils, de plumes ou d'écaillés. Ce qu'il y a de plus merveilleux dans ces ouvrages des mains de Dieu, c'est que bien qu'ils aient leurs membres disposés dans le même ordre , ils ne laissent pas d'avoir des figures toutes différentes. Tous les animaux ont la tète plus élevée que le reste du corps, ensuite le cou , au-dessous l'estomac, au bas le ventre, et après le ventre, les parties sexuelles, puis après celles-là les cuisses, les jambes et les pieds. Ce ne sont pas seulement les membres qui gardent le même ordre dans le corps, les parties des membres le gardent aussi, les oreilles étant toujours dans un certain endroit , les yeux dans un autre, la bouche, les dents et la langue dans un autre. Cependant, il y a une diversité incroyable et presque infinie dans leurs figures et dans leurs traits. La beauté particulière que chaque espèce conserve dans sa différence, n'estelle pas encore une preuve très-évidente de la sagesse et de la puissance que Dieu a employées à les former. Car , pour peu que l'on voulût y apporterdu changement, on verraitqu'il n'y aurait rien de si embarrassé, de si incommode ni de si difforme. Si on donnait une grosse tête à un éléphant , une petite à un chameau , des pieds et du poil à un serpent, on ruinerait leur nature. Dieu a eu encore soin de donner aux animaux à quatre pieds une queue, qui est comme une continuation de l'épine du dos , et qui leur sert ou à cacher les difformités ou à ménager la délicatesse de leurs parties naturelles, et à chasser les mouches et les autres insectes qui les incommodent. Sans cette partie, les animaux à quatre pieds seraient faibles et imparfaits. Mais dans l'homme, qui a de la raison et sa main, elle n'est pas plus né-
LACTANCE
cessaire que ne le serait la laine et la toison. Ainsi chaque espèce a été formée d'une manière qui lui est propre, de sorte qu'elle n aurait pu être Faite autrement sans être aussi fort diffiorme. Il n'y aurait rien de si vilain qu'une béte à quatre pieds qui n'aurait point de poil ni de laine, ni qu*un homme qui en aurait. La nudité sert d'ornement à Fhomme; et toutefois cet ornement-là ne convenait pas à la tèle , car ce n'est point du tout une beauté ni une perfection que d'être chauve. C'est pourquoi Dieu y a mis des dieveux, qui sont rornement de la partie la plus élevée et la plus apparente de son ouvrage. Cette chevelure n'est point faite en rond ni en forme de bonnet, de peur qu'il n'y eût quelque partie de la tète qui n'en fût point couverte; mais elle est comme répandue en certains endroits et comme rétrécie en d'autres, selon que la bienséance le désirait. Elle entoure entquelque sorte le visage, et est éparse des deux côtés le long des oreilles, et couvre tout le derrière de la tète. La barbe sert à reconnaître la maturité de Tàge, la force du tempérament et la différence du sexe. Enfin il y a un ordre si merveilleux et si parfait dans la structure du corps de l'homme, que pour peu qu'il eût été fait autrement il y aurait eu du défaut.
VIII. Je crois devoir faire une description de rhomme entier, et expliquer en particulierquellè est la figure et quel est l'usage de ses parties, tant de celles qui paraissent au dehors que de celles qui sont cachés au dedans. 0)mme Dieu le destinait*seul au ciel , au lieu qu'il destinait les autres à la terre , il ne lui a donné que deux pieds et l'a formé droit et élevé, afin qu'il regardât le lieu de son origine. Pour les autres animaux, qui n'ont rien que de terrestre et de mortel, il les a abaissés vers la terre, afin qu'ils ne fissent rien autre chose que d'y chercher de quoi vivre. La taille et la stature de l'iiomme, ce visage élevé, montrent bien quelle est son origine et son principe. Cet esprit qui a quelque chose de céleste et de divin , et qui exerce une espèce d'empire, non-seulement sur son corps, mais sur toute la nature , est dans la tète comme dans une forteresse , d'où il considère tout l'univers. Ce palais de l'âme est d'une figure ronde, qui est la plus parfaite. Cest là que ce feu divin est renfermé comme dans un globe et caché comme sous un ciel, f^ partie la plus élevée est
couverte de cheveux , comme nous l'avcmi dit, et l'antérieure, qui est le visage , est décoorotc; et en même temps ornée de parties dont ki ftmctions sont tout ensemble et les plus eioellentes et les plus nécessaires. Les yeux mt dans des enfoncemens, d'où Varron gtoU tpt vient le nom de front. Dieu a voulu qa1i ij en eût ni plus ni moins que deux, qui est ■ nombre parfait. 11 a voulu de la même sorti qu'il n'y eût ni plus ni moins que deux oreflki, en quoi la beauté s'accorde avec ruiilité.ûr, si c'est un agréable symétrie , qu'il y en ait « de chaque côté , c'est aussi une notable oomiiidite pour entendre tous les sons, de quchpc côte qu'ils viennent. Leur figure est tout à 6k admirable , car Dieu n'a pas voulu queleursoivertures fussent droites et dégarnies de défense , ce qui aurait été et moins beau et moîi commode, parce que les sons ne seraient pisî facilement entendus si l'air n^étaît arrêté être* tenu dans les cavités et dans le.s détours de H^ reille , de la même sorte que les liqt:eors «itf retenues et arrêtées dans les vases dont oo i^ sert pour les verser dans d'autres dont l'entret est étroite. Dieu n'a pas voulu que les oreiOeii qu'il destinait à recevoir les $ons et les nô, fussent revêtues ni de peaux lâches et fet dantes, ce qui aurait fait une désa{|^réaUe fgure , ni d'os durs et solides , ce qui n*aurut et d'aucun usage; mais il a voulu qu'elles fumet comme dune constitution moyenne entre (0 deux-là, et qu'elles fussent suspendues par ■ cartilage tendu et délicat, qui leur donnât dek forme et n'empêchât point qu'on ne pAt kl tourner. Comme leur unique fonction est d*» tendre les sons, aussi Tunique foncfioa dtf yeux est de voir les couleurs et la lumière. Il subtilité de leur sîructure est si menrdlkpK qu'il est difficile de trouver des paroles propis pour lexpliquer. Les prunelles, qui sont coofli de riches perles, sont couvertes par debonè membranes claires et luisantes, ce que la PltOT* dence a ordonné de la sorte afin que les îiiM|JB des objets, s'y réfléciiissant cou^nae dans oo it roir, passassent jusques au sens interne. Ctâi travers ces membranes que le sens on TttfA découvre tout ce qui est au dehors; caritf faut pas se figurer que l'acte de la visMiS; fasse par un concours des images qui solefltir| voyées par les objets, ainsi que quelques phl^
DE L'OUVRAGE DE DIEU
sopbes Tont prétendu. Il est clair que Tacte de la vision est un acte qui doit être exercé par la I^iersonne qui voit, et uon par la chose qui est vue. Il ne fout pas non plus se figurer que lacté de la vision se fasse par un épanchement de Tair, ni par une effusion de rayons, parce que, si cela se faisait de la sorte, la vue des objets serait beaucoup plus lente qu'elle ne Test, puisqu'elle ne se pourrait faire avant que les rayons qui sortiraient des yeux ne fussent arrivés jusqu'aux objets. Mais comme nous découvrons en un moment tout ce qui est exposé à nos yeux , et que nous le voyons souvent sans y faire même aucune atteuion , il est clair que c'est l'àme qui regarde par les yeux comme par une fenêtre et par un verre. Lucrèce se sert d*un argument fort ridicule pour réfuter cette opinion.
Si rame, dit il, voyait aa trafert de* yeux, elle Terrait plus clair qoaod iU seraient détachés qu'elle ne Toit quand ils demeurent en leur place, de la même sorte qu'on \oit plus clair par une porte quand elle est ouverte que quand elle est fermée.
Il follait que Lucrèce , ou plutôt qu'Ëpicure, de qui il avait tiré toute sa doctrine, eût perdu les yeux et l'esprit pour ne pas s'apercevoir que des prunelles arracbées, des fibres rompues et dégouttantes de sang, des excroissances decliair horribles à voir, enfin des plaies et des cicatrices, ne seraient pas des organes fort propres à recevoir le jour. Il voulait peutêtre rendre les yeux semblables aux oreilles et les creuser comme elles, afin qu'au travers de leurs cavités on vil la lumière de la même sorte que Ton entend les sons au travers des cavités des oreilles. Il ne se peut rien penser qui fût, ni si difforme à voir, ni si inutile pour l'usage. Combien peu verrions-nous dobjets, si Tâme regardait du haut de la tète par les yeux comme par de petites fentes! Si quelqu'un voulait regarder par le trou d'une aiguille, il ne verrait pas ua objet plus étendu que le trou même. Ainsi pour voir il fallait deux prunelles qui fussent rondes, afin que la vue s'étendit de toutes parts. Cest donc par un effet merveilleux de la providence divine que nous avons deux yeux parfaitement semblables, qui, bien qu'ils ne puissent pas se tourner tout à fait en rond, ne laissent pas d'avoir un mouvement fort libre et fort aisé. Ces deux glot)es sont remplis d'une humeur claire et pure, au milieu de laquelle sont ren-
fermées les prunelles, qui sont comme des étincelles de lumière. C'est par ces deux globes que Tâme voit, et ils conspirent admirablement ensemble pour n'exercer qu'une seule action.
iX. Je crois devoir confondre en cet endroit la vanité de ceux qui, pour faire accroire que les sens imposent , remarquent les rencontres particulières où les yeux se trompent, ils observent entre autres choses que tout parait double à ceux qui sont transportés de colère et à ceux qui sont pris de vin. Mais la cause de cette méprise n'est que trop connue, car elle ne procède que de ce que nous avons deux yeux. Voici comment cela arrive.' Laction de la vue se fait, comme je l'ai déjà dit , par l'application delesprit, et l'âme voit par les deux yeux comme par deux fenêtres. De là vient que les objets sont quelquefois vus doubles non-seulement par ceux qui sont ou fous ou ivres, mais par ceux qui sont et sages et sobres. Il ne faut pour cela que les regarder de trop près et au deçà de Tintervalle où l'action des yeux se réunit en une. La même chose arrive quand l'àme se retire en elle et qu'elle demeure fortement appliquée à la méditation; car alors l'action des yeux se double eC représente tels tous les objets. Dès que l'esprit se relâche de la méditation et qu'il s'applique à regarder, ce qui paraissait double devient unique. Il ne faut donc pas trouver étrange que, lorsque Tàme est affaiblie par la violence du vin, elle ne puisse voir par les yeux non pins qu'elle ne peut marcher par les pieds, qui ne font que chanceler. Il n'y a pas plus de sujet de s'étonner que la fureur qui agite le cerveau empêche l'union des yeux. Gela est si vrai que quand les louches tombent ou en démence ou en ivresse, ils ne voient rien de double. Ainsi la raison pour laquelle les yeux se trompent quelquefois étant manifeste, il ne s'ensuit pas pour cela que tous les sens nous imposent; car quand ils sont sains et entiers , ils ne se trompent point, ou, s'ils se trompent, Tâme reconnaît leur erreur et ne s'y laisse pas surprendre.
X. Continuons à considérer et à admirer les ouvrages de Dieu. Ce sage et souverain créateor a couvert les yeux de paupières, de peur qu'ils ne fussent incommodés par les accidens qui peuvent arriver du dehors. Et c'est de là que Varron croit que vient le nom que les Latim leur ont donné. Pour celui de paupières, il vieoc
LACTANCE
de palpitation, parce qu*elle$ sont dans un mouvement presque perpétuel . Elles sont comme palissadées de petits poils, et forment un rempart très-agréable. Leur mouvement , dont la vitesse est incroyable , bien loin d'empêcher la vue , la récrée. La membrane luisante doit être arrosée par une humeur , autrement la vue s'affaiblirait notablement. Que dirons-nous des sourcils, auxquels les poils qui les revêtent servent d'un grand ornement. ILs couvrent les yeux comme deux remparts et empêchent qu'aucune ordure ne tombe dessus. Le nez , sortant comme du milieu qui les sépare , les distingue et réhausse leur beauté. Les deux joues, qui s étendent doucement, comme deux collines, contribuent aussi à leur sûreté, en parant les coups qui peuvent venir de dehors. Le haut du nez est dur et solide, et le bas est formé par un cartilage tendre et qui obéit à la main. Cette partie du visage, touie simple qu'elle est, a trois usages différens. L'un est de respirer , Tautrc est de sentir les odeurs , et le dernier de donner passage aux humeurs qui descendent du cerveau. Quelque bas que semble cet usage , les deux conduits qui y sont destinés ont été faits par la main toute-puissante de Dieu d'une structure si merveilleuse qu'ils n'ôtent rien de la beauté du visage. S'il n'y avait eu qu'un canal tout simple, il aurait eu sans doute quelque chose de difforme; mais le milieu, qui en fait deux, apporte beaucoup de beauté. Ce nombre de deux, réuni de la sorte , est un nombre parfait. Quoique le corps soit unique , il ne pouvait être composé de parties qui conservassent la même unité ; il fallait qu'il eu eût de pareilles au côté droit et au côté gauche. Les deux pieds ne sont pas seulement commodes pour agir , mais les uns et les autres de ces membres, outre ces fonctions d'utiUté, ont une beauté toute singulière. La tête, qui est le principal ouvrage des mains de Dieu , semble être divisée de la même façon, puisqu'elle a deux oreilles, deux yeux et deux narines. Le cerveau, qui est le principe du sentiment, est divisé en deux parties par une membrane. Le cœur , où l'on croit que réside la sagesse , est unique, et a néanmoins deux ventricules,qui sont les sources du plus pur sang. Le monde de même comprend le ciel et la terre comme ses deux principales parties, ce qui n'empêche point son unité. Ainsi le corps, qui est comme un abrégé du
monde, a plusieurs parties doubles, dont rétniie union et la parfaite correspondance entretica* nent Tunité du même corps. Il est difficile d'exprimer combien la bouche , dont l'on vertare et h fente est faite entravers , apporte de commoditéi et renferme d'agrémens. Ses deux fonctions priocipaies sont de recevoir les alimens et d'artîoilff les paroles. La langue , qui est au dedans, et qa par son mouvement forme la voix , est l'intoprète de l'âme. Elle ne la pourrait pourtaot former si elle n'y était aidée par le palais, pv les dents et par les lèvres. Les dents contriboot plus à former la voix que tout autre organe. comme il paraît dans les enfans, qui ne partent point avant qu'elles leur soient venues , et dans les vieillards , qui ne font plus que bé|pyer depuis qu'elles leur sont tombées. La laogie n'a cet usage que dans l'homme, et dans quelques oiseaux , dont le chant est fort agréaMe. 11 y a une autre fonction à laquelle elle sert, comme je l'ai dit, non-seulement dans rhonnne, mais aussi dans les animaux , qui est de ram»ser la nourriture après qu'elle a été écrasée cl brisée par les dents , et de la faire descendre dans l'estomac. C'est pour cela que Varron croit que le mot de langue vient de ce qu^elle lie les alimens. Elle sert aussi aux animaux à boire; car en rétendant en forme de creux , ils reçoivent l'eau dedans et la poussent vers leur palais La langue est couverte du palais comme d'une tortue , et entourée d'un rang de dents coaune d'une muraille qui la couvre. Les dents, dont l'aspect , bien loin d'être agréable , n^auraît riei eu que d'affreux si elles avaient été toutes nues, sont garnies de gencives, qui ont été ainsi appelées parce qu'il semble qu'elles engendrent les dents. Elles sont encore couvertes des lèvres, qui font un des plus grands omemens du visage. Elles sont aussi plus dures que les autres os, et il était nécessaire qu'elles le fussent , afin qa'dks pussent rompre et briser les alimens. 11 D*y a rien de si beau que l'ouverture des lèvres, dont celle d'en haut est séparée au milieu par une petite fosse, et celle d'en bas s'^avance dooament en dehors avec beaucoup de grâce. Pow ce qui est de la saveur, c'est une erreur de croire qu'elle se sent par le palais : c est par la langue qu elle se sent, et non pas pourtant par la laftgue tout entière, mais seulement par les partici les plus délicates, qui s'étendent auxdeax cOKii
DE i;OlIVRAGE DK DIEU.
Cette saveur qui se feit sentir ne diminue rien de la quantité de l'objet d'où elle sort, de ce que l'on boit et de ce que Ton mange, comme l'odeur ne diminue rien non plus de la quantité des corps d'où elle s'élève pour aller frapper Todorat. Il y a dans le reste du visage des agrémens dont nul discours ne peut approcher. Le menton descend doucement du haut des joues, et se divise à la pointe par une fente. Le cou est droit et étroit ; les épaules en descendent par une pente comme insensible , et étendent les bras , qui ont la force en [partage. Les jointures des coudes ne sont pas moins belles que commodes. Que dirai-je des mains, de ces ministres de la raison et de la sagesse? L'ouvrier industrieux qui les a faites en a comme creusé le dedans, afin qu'elles fussent plus propres à retenir ce qu'elles auraient pris, et les a terminées par les doigts, dont on ne saurait dire si l'on doit plus admirer ou le service qu'ils rendent , ou l'ornement qu*ils apportent. Leur nombre , qui est un nombre entier et parfiiit , leur ordre, qui est bien séant et convenable , leurs jointures, qui sont justes et égales, leurs ongles, qui, en s'arrondissant , couvrent et fortifient leurs extrémités, ont une beauté toute singulière. Pour ce qui est de leur usage, il ne se fait que trop connaître en toutes sortes de manières. Le pouce est séparé des autres et se présente le premier comme leur maître et leur conducteur , et comme celui qui a la principale part dans tous les ouvrages. Le nom qu'on lui a donné en latin est un nom qui marque sa force. 11 n'a que deux jointures apparentes, au lieu que les autres doigts en ont trois. Mais il en a une cachée qui, l'unissant aux chairs de la main, fait une beauté particulière. S'il en avait eu trois, il aurait eu quelque chose d'indécent et de difforme. Parlons maintenant de l'estomac, qui , étant large et droit , forme un des plus beaux spectacles qui puisse être vu. 11 semble qu'il n'y a que l'homme que Dieu a renversé de la sorte « et que les animaux ne se peuvent coucher sur le dos, mais seulement sur l'un des côtés, de sorte qu'ils soient toujours tournés vers la terre. C'est pour cela qu'ilsont lestomac étroit et caché sous leurs jambes , au lieu que celui de l'homme est large et exposé à la vue. 11 était à propos qu'il le fût, puisqu'il est le siège de la raison. Le tetin, qui est un peu apparent, et qui est comme couronné d'un fond on peu
obscur, apporte quelque sorte de beauté. Il sert aux femmes à nourrir lesenfans , et ne sert aux hommes que pour parer l'estomac, et pour empêcher qu'il ne paraisse nu et difforme. Le ventre est au-dessous et a dans son milieu le nombril , par où les enfans tirent leur nourriture pendant quMs sont enfermés dans le sein de leur mère.
XI. L'ordre de mon sujet m'oblige maintenant à parler des parties qui, ayant dû être cachées, ne sont point du tout recommandables par leur beauté, mais le sont extrêmement par leur usage , puisqu'elles doivent recevoir le suc qui se. forme de tout ce que l'on boit et de ce que l'on mange, et qui nourrit notre corps, de la même sorte que les pluies nourrissent la terre. La sage providence du créateur a placé l'estomac au milieu du corps, afin qu'il reçût les alimens, qu'il les digérât et les distribuât à tous les membres. L'homme étant composé de corps etd'ame, Testomac ne fournit des alimens qu'au corps; car , pour ce qui est des besoins de l'âme , Dieu y a pourvu en faisant le poumon d*une substance molle et raréfiée, propre à recevoir l'air et à le renvoyer. Il ne la pas fait d'une consistance aussi solide que l'estomac, de peur qu'il ne se remplit tout d'un coup d'air, ou qu'il ne se vidât tout d'un coup; mais il l'a fait d^une nature spongieuse, afin qu'il s'en remplit et s'en vidât peu à peu , et que , par une respiration continuelle, il conservât la vie. Ainsi le poumon reçoit l'air pour en nourrir l'âme, comme Testomac reçoit les viandes pour en nourrir le corps. Hy a deux canaux qui passent par le cou, dont l'un sort de l'estomac et monte à la bouche, et l'autre sort du poumon et monte au nez. Il y a entre eux cette différence que, au lieu que celui qui porte les viandes delà bouche à l'estomac est toujours fermé comme la bouche même, parce que les viandes retendent par leur poids et l'ouvrent quand il est besoin; l'autre est toujours ouvert, parce que l'air, qui y entre et qui en sort incessamment, est trop délié et trop subtil pour l'ouvrir. L'air entre et sort ainsi continuellement, parce que l'on ne saurait cesser un moment de respirer. Mais , de peur que lair n'entrât avec une trop grande violence et qu'il ne portât la corruption , il est arrêté par une pellicule que Ton appelle le gavion. C*esl pour la même raison que les ouvertures du nez sont
assez étroites. Quelques-uns croient que le nom de nares que les Latins leur ont donné vient de ce qu'elles sont destinées à aspirer ( nare ) sans cesse Tair et les odeurs. 11 est vrai pourtant que ce canal ne se termine pas seulement au nez, roaisqu*ila aussi communication à la bouche par le fond du palais, et à Tendroit où le gavion s^élève dans le gosier. La raison en est évidente, car si le canal qui conduit Tair au poumon ne montait qu'au nez, comme celui qui conduit les viandes ù Test omac ne monte qu'à la bouche, nous n'aurions pas Tusagede la parole. Il a fallu que la divine providence ouvrit parce canal un passage à la voix , sans lequel la langue n'aurait pu la former ni l'arliculer par la diversiié de ses mouvemens. Quand ce passage est bouché , on est réduitau silence, etc'est uneerreur de croire qu'on puisse devenir nmet par une autre cause. Les muets n'ont point de fil qui leur tienne la langue attachée, comme le peuple se l'imagine, mais le passage par où l'air devrait se communiquer à la bouche, est fermé chez eux , ce qui est cause qu*ils ne poussent cet air-là en dehors que par le nez , et en faisant un bruit qui a du rapport avec le mugissement. Ce passage est quelquefois bouché par un défaut de nature, et quelquefois par un accident de maladie, et ceux auxquels ce malheur arrive perdent l'ouïe aussi bien que la parole. Ce canal a encore un autre usage dans le bain, qui est de recevoir par la bouche un air fort échauffé que l'on ne saurait recevoir que par le nez. De plus, quand les conduits du nez sont bouchés par une pituite épaissie qui est tombée du cerveau , on respire par la bouche , sans quoi on serait en danger d'étouffer. Lorsque les viandes ont été digérées par la chaleur, elles se changent en un suc qui se répand dans tous les membres, et en répare la force et la vigueur. Les intestins, qui se replient sur eux-mêmes par iant de tours et de détours, sont un ouvrage digne d'admiration. Car, lorsque les viandes ont été digérées par l'estomac, leur suc passe par les intestins pour se distribuer ensuite dans toutes les parties. Mais parce que la sinuosité des intestins aurait pu le retenir, ce qui aurait été très-dangereux, ils sont frottés au dedans d'une humeur épnîsse qui facilite le passage à tout ce qu'ils contiennent. Je remarquerai encore ici une chose dans la structure de nptre corps, à laquelle Dieu a pourvu avec une
LACTANCE
admirable sagesse. Cest que , encore que li vessie, qui n'est d'aucun usage dans les oiseaux, n'ait aucun canal par où elle communique avec les intestins, elle ne laisse pas de se remplir de l'eau qu'elle en tire, il n'est pas malaisé de coonaître comment cela se fait. Les intestins, ^ reçoivent le suc des viandes quand il sort de l'estomac, sont plus larges et plus déliés qoeks autres. Ces mêmes intestins embras-seat et enveloppent en quelque sorte la vessie, et loi envoient toute Peau, dont elle se décharge pv le conduit que la nature a desiîué i cet eBet, et cependant les matières plus grossières passetf en bas et sortent du corps.
XII. Puisque nous avons commencé à parler des parties internes du corps humain et que nous n'en devons omettre aucune, disons qodque chose de celle où les cnfans commenoeiit à se former. Je sais bien que la nature a prit oa soin particulier de la cacher ; si elle l'a détournée des yeux, elle ne la pas dérobée a l'esprit Les hommes ont deux canaux qui serrent I porter la semence , et qui sont un peu au-desMl des vases où ils la portent. Le canal qui est n côté droit contient la semence qui foit les mâles, et celui qui est au côté gauche contient celle qaî fait les femelles. C'est pourcela que le côtédrait du corps a plus de force et est appelé masculin, et que le gauche en a moins et est appelé féminio. Quelques-uns croient que la semence vient de la moelle , et d'autres croient qu elle vient de tout le corps, et qu'elle s'épaissit dans la veine qui la porte ; mais cela est fort obscur et iiort difficile à connaître. Le sein des femmes se divise de la même sorte en deux |iarties , qui n plient à peu près comme les cornes d*Dn l élier. La partie qui est au côié droit est la partie woh culine , et l'autre est la féminine. Pour ce qa est de la conception, voici de quelle nviniiit Varron et Arisiole croient qu'elle se feit, ili attribuent une semence aux femmes aussi bîci qu'aux hommes, la prennent pour la cause de la rs.sseniblance que les eufans ont queUiuefoîs avec leurs mères , et tiennent que c'est par. le mélange des deux que se fait la conception. Ik s'imaginent que le cœur est le premier formé,! cause qu'il est le principe de la vie et le siège de la sagesse , et que le resie du corps n'est acheté qu'eu quarante jours. Cette conjeaure esttîiée des observations que l'on a faites aux roauvaiici
DE L'OUVRAGE DE DIEU
couches. Il est certain néanmoins que dans les oiseaux , ce sont les yeux qui sont formés les premiers Y comme on l'a remarqué en voyant leurs œufs ; ce qui me persuade que cVst aussi la tète qui est la première tbrméedans Tliomme. Pour ce qui est de la ressemblance, voici comme lis Texpliquent. Ils disent que , lorsque les d(*ux semences se mêlent et se joignent , si celle du père a le dessus , l'enfant , de quelque sexe qu'il soit . resseml)le au père ; au contraire si la semence de la mère à le dessus, Fenfant lui ressemble. Or la semence qui a le dessus est la plus abondante, et est celle qui enveloppe Tautre en quelque sorte et l'enferme. De là vient souvent que Tenfant ne ressemble qu'à l'un des deux, il arrive pourtant, quand les semences sont bien mêlées , ou qu'il ressemble à ions les deux , ou qu'il ne ressemble ni â l'un ni à Tautre. Aussi voyons-nous quelquefois que les couleurs des animaux se mêlent de telle façon dans leurs petits qu'ils ressemblent en quelque chose à chacun d'eux , ou qu'ils ne leur ressemblent point du tout. Quant à ce qui e3t de la différence des sexes , je dirai ici ce que les philosophes enseignent. Us tiennent que , quand la semence de I homme tombe du côté gauche , il se fait un enfant mâle , mais que cet enfant tient beaucoup de sa mère , en ce quil en a la blancheur , la beauté , la taille , la voie , le tempérament , l'esprit, la délicatesse et la faiblesse. Quand la semence de la femme tombe du côté droit , il en vient une 611e , mais elle a quelque chose de viril plus que la bienséance ne semble le demander , comme la force , la grandeur démesurée , le teint brun , le visage revêtu de quelques poils , la voix mâle , la hardiesse et le courage. Mais si la semence de l'homme tombe au côté droit et celle de la femme au côté gauche , alors les enfans naissent selon l'intenliou de la nature , les filles ayant la beauté qui leur convient , et les fils la vigueur qui leur est propre, au reste, on ne saurait assez admirer la prévoyance dont Dieu a usé en formant les deux sexes , afin que , étant unis ensemble par le plaisir , ils conservassent le genre iiumain, malgré les efforts que la mort fait incessamment pour le détruire. Il a donné aux hommes la force en partage, afin que les femmes leur fussent soumises. El c'est pour cela qu'il a reçu le nom de vir qu'il a en latin, qui est un nom qui si-
gnifie la force, comme celui de la femme, mui/er, venant de moliiiies, signifie la faiblesse et la mollesse. Lors(|uela femme est près d'accoucher, son i^ein se remplit de laii pour la nourriture de son enfant. Il éiait juste que cette créature, qui doit avoir un jour la sagesse en partage, tinU son premier aliment d'auprès du cœur , qui est le siège de la sagesse. Cet aliment est une humeur blanche et épaisse qui soutient les enfans dans ce commencement de leur vie , jus- ({u'à ce qu'ils aient des dents et des forces qui les rendent capables d'une nourriture plus solide. Reiournons cependant à noli^ sujet . et achevons d'expliquer ce qui en reste.
X.III. Je pourrais remarquer ce qu'il y a de merveilleux dans les parties qui servent à la production de l'homme , si la pudeur ne m'empêchait d'en parler , et si la même modestie qui a tant de soni de les tenir cachées ne m obhgeait de les couvrir encore maintenant sous le voile du silence. Je me contenterai donc de détester le crime horrible que commettent les impies qui, pour faire un gain honteux, ou pour prendre un brutal divertissement , abusent de cet ouvrage admirable que les mains de Dieu n ont formé que pour être instrument de la propagation du genre humain , et qui ne tirent d'une chose si sainte qu'un léger et stérile plaisir.
Il n'y a rien dans les autres parties du corps qui n'ait été fait avec raison et qui ne renferme sa beauté. Les chairs sur lesquelles on s'assied sont plus fermes que les autres, parce qu'elles soutiennent toute la pesanteur du corps. Les cuisses, qui les portent , s'amincissent peu à peu et se terminent aux jambes , dont les jointures sont si commodes et pour s'asseoir et pour marcher. Les pieds ressemblent en quelque chose aux mains, et en quelque chose en sont diffôrenles. Ils ne sont pas ronds conime ceux des animaux, mais longs cl plats, afin que l'homme fût ferme dessus, et qu'il se tint aisément debout. Ils ont des doigts en nombre égal à ceux des mains , mais c'est plutôt pour l'ornement que pour l'usage , et c'est pour cela qu'ils sont courts et serrés. Le premier n'est pas si fort distingué des autres que le pouce l'est dans la main. Il ne laisse pas de les surpasser en grosseur et en force. Leur union sert à rendre la démarche plus ferme et plus assurée, car on ne sauraitcourir sans presser la ferre avec les doigts
DE L'OUVRAGE DE DIEU
Ea effet on ne sait ni où elle est ni ce qu'elle est. Les philosophes sont fort partagés sur ces deux points, sur lesquels je ne dissimulerai pas mon sentiment. Ce n'est pas que je veuille assurer qu'il soit vérilable , la prudence ne le permettant pas dans une matière aussi embarrassée et aussi obscure que celle-ci. Mais en mettant la difficulté dans son jour , je donnerai lieu d'admirer les ouvrages de Dieu. Quelquesuns prétendent que Festomac est le siège de rime. Si cela était vrai, ce serait sans doute une étrange rencontre qu'une si brillante lumière fût renfermée dans un lieu si ténébreux. D'ailleurs tous les sens lui rapportent ce qu'ils ont senti , ce qui semble faire voir qu'elle est plutôt répandue dans toutes les parties du corps. D'autres l'ont placée dans le cerveau et ont apporté des raisons assez probables de leur sentiment. Ils ont dit que la souveraine à laquelle il appartient de commander au corps devait être d^s la partie la plus élevée , comme dans une citadelle ; que la raison devait gouverner l'homme du haut de sa tète , comme Dieu gouverne le monde du haut du ciel. De plus , les organes de la vue , de l'ouïe , de l'odorat , sont dans la tète et ont des nerfs qui se rapportent au cerveau et non à Testomac. En effet les actions de ces sens là seraient beaucoup plus lentes qu'elles ne le sont si elles descendaient par le cou depuis le haut de la tète jusqu'au bas de l'estomac. Il me semble que ceux qui soutiennent ce sentiment ne s'éloignent pas fort de la vérité. En effet , qu'y a-t-il de si à propos que de placer Fâme , qui est la reine du corps, dans la tète , qui est la partie la plus élevée , comme Dieu , qui est le souverain de l'univers, est dans le ciel , qui en est la plus haute région ? Quand Tâme est fortement appliquée à quelque pensée , elle se retire dans l'estomac , s'y enfonce comme dans son cabinet, y délibère comme dans son conseil, et en tire ses résolutions comme de son trésor. C'est pour cela que , quand nous méditons profondément, nous n'entendons point le bruit que l'on fait autour de nous, ni ne voyons point les objets les plus exposés à nos yeux. Si cela est ainsi , c'est un secret merveilleux , car il ne parait aucun chemin par où Fàme puisse aller de la tète à l'estomac. Que si elle n'y va point im effot , c'est toujours quelque chose de surprenant quelle semble y aller. Peut-on assez
admirer la légèreté et la promptitude du mouvement qui agite cette substance vive et toute céleste, et qui ne lui laisse aucun repos dans le temps même que les sens sont assoupis? Elle s'élève en un moment jusqu'au ciel , passe les mers , parcourt les terres , visite les jvilles , et se rend présentes les choses les plus éloignées. S'étonnera-t-on que Dieu voie et gouverne Tunivcrs , où il est présent par son immensité y puisque l'esprit , tout enfermé qu'il est dans un corps mortel, tout chargé qu'il est du poids de celte masse grossière qui l'environne , ne laisse] pas de se dégager de ses liens et de se mettre en liberté d'aller où il lui platt ? Mais enfin, soit que Tâme réside dans la tète ou dans l'estomac , y a-t-il quelqu'un qui puisse comprendre la manière dont elle est attachée ou à la substance du cerveau , ou au sang pur et subtil qui est renfermé dans le cœur? La grandeur de la puissance de Dieu n'éclate-t-elle pas eu cela même que l'esprit de l'homme ne se connaît point , ne sait où il est ni ce qu il est , et ne peut comprendre par quel lien il est attaché au corps ? Que si l'Âme n'a point de lieu fixe et déterminé , et qu'elle soit répandue par tout le corps, comme elle le peut être et comme Xénocrate , disciple de Platon , s'est efforcé de le faire voir, par la subtilité du sentiment dont tous les membres sont pourvus , on ne saurait pénétrer la nature de l'àme , qui est ainsi mêlée dans toutes les parties du corps. Il faut surtout éviter comme un écueil la pensée d'Âristoxène, qui a nié qu'il y eût une Âme et préfend que ce que l'on appelle ainsi n'est rien autre chose que la disposition des organes qui rendent le corps capable du mouvement et des autres fonc* tions, de la même sorte que l'accord des cordes d'un luth le rend propre à former une agréable harmonie. Selon ces philosophes, l'Âme n'est que l'harmonie des parties du corps. Et comme un luth devient un instrument inutile dès que les cordes sont rompues ou relâchées, dès qu'un organe est corrompu, la machine se démonte , l'âme s'évanouit et se dissipe. Pour peu que ce philosophe eût de sens , il n'aurait jamais comparé l'âme à l'harmonie d'un luth. Car ces cordes d'un luth ont-elles quelque signe de vie , ontelles comme l'âme le mouvement et la pensée? Si nos organes ressemblaient à cet instrument de musique, il les faudrait toucher pour les faire
DE L'OUVRAGE DE DIEU
US
le prouvent encore par la comparaison de la mort et du sommeil ; car, au lieu que la première été la vie et sépare Pâme du corps , le second lie Tesprit et Tassoupit de telle sorte, qu'il ne sait ni ce qu'il fait, ni où il est, et ne laisse pas pouriant d'être exposé à diverses illusions. Il est plus aisé de dire pourquoi cela est Fait que d'expliquer comment cela se Fait. Il est certain que nous ne pourrions jouir du repos que le corps prend pendant le sommeil, si Tesprit n'était occupé par quantité d'images qui se présentent à lui. il est assoupi comme le Feu sous la cendre, mais, pour peu quon Fexcite, il se réveille. 11 est occupé de diverses images, jusqu'à ce que le corps soit assoupi par le sommeil, qui, en lui donnant du repos, lui donne aussi de nouvelles forces; car, quoique le corps puisse quelquefois demeurer immobile dans le temps même que les sens sont éveillés , il ne jouit pas alors d'un parfait rcfKxs, puisque ce feu des sens est allumé. Quand Tesprii s<? détourne des images que lui présentent les sens, ces sens tombent dans le sommeil. Alors lame, à la faveur de la nuit, commence à avoir des pen.sées obscures sur les mêmes sujets dont elle s'était entretenue durant le jour, et s y engage encore plus avant pour ne point troubler le repos si utile et si nécessaire à la santé, comme l'âme s'occupe de vraies images pendant le jour, de peur que le corps ne tombe dans le sommeil ; ainsi elle s'occupe de fausses pensées dans la nuit, de peur que le même corps ne s'éveille. Quand elle ne voit aucune image, elle est ou éveillée ou morte. Les songes servent donc à favoriser le sommeil, et sont comme un soulagement accordé en commun à tous les animaux. Mais il y a ceci de particulier dansceux des hommes, que Dieu s'en sert souvent pour les avertir de lavcnir. Les histoires rapportent quantité de songes dont les événemens ont été prompts et surprenans, et les prophètes ont souvent été instruits par cette voie. Il faut pourtant avouer qu'ils ne sont ni toujours vrais ni toujours faux, parcequ'il y a, selon le témoignage de Virgile, deux portes par où ils entrent. Geuxqui sontfaux n'ont pointd'antrefinqued'as^ soupir le corps et de réparer ses forces. Ceux qui sont véritables sont envoyés de Dieu pour nous révéler le bien et le mal qui nous doivent arriver.