‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 18 sur 110 · TRAITE DE L'ORNEMENT DES FEMMES · texte numérisé non relu

TRAITE DE L'ORNEMENT DES FEMMES

I. Illustres servantes da Dieu vivant , et mes très-chères sœurs en Jésus-Christ, soufFrez qu*en qualité de votre confrère , quelque indigne que je sois de ce glorieux titre , je vous adresse cette courte instruction , non par un sentiment de vanité , mais par le seul motif de la charité qui ro^intéresse à Taffaire de votre salut. Or cette afi^ire, à quoi nous devons tous également travailler, consiste principalement à donner des preuves irréprochables d*une pureté entière. Gomme nous sommes tous le temple de Dieu par la consécration que le Saint-Esprit en a faite dans notre baptême , il faut que la pureté soit, pour ainsi parler, le portier et le gardien de ce temple , afin qu'elle n'y laisse entrer rien d'immonde, rien de profane; de crainte que le Seigneur, qui Thabite, voyant sa demeure souillée, ne vienne à l'abandonner avec indignation. Mon dessein néanmoins n'est pas aujourd'hui de vous faire voir la nécessité de la pureté , les préceptes divins sont assez for mels là-dessus. Je me contente de vous expliquer on des devoirs importans qui regardent cette vertu, c'est-à-dire la manière dont vous devez r^ler votre extérieur; car plusieurs d'entre vous (qu'il me soit permis de vous faire ce reproche, bien que moi-même je sois le plus répréhensible de tous les hommes), plusieurs d'entre vous, dis-je, s'abusant, ou par une ignorance affectée, ou par une dissimulation audacieuse, se comportent au dehors avec jussi peu de retenue que si la pureté consistait dans le seul éloignement des plaisirs charnels. Gomme si l'extérieur, je veux dire la parure et les ornemens du corps, était une chose tout à fait indifférente.

Elles conservent ainsi tout le soin qu'elles prenaient autrefois de cultiver leur beauté et leur bonne grâce ; en sorte qu'on ne saurait remarquer presque nulle différence entre elles et les femmes païennes , auxquelles le caracièrc '•

de la véritable pudeur est malheuretiscment inconnu. Je dis que ces infidèles ne savent ce que c'est que la véritable pudeur, parce que dès qu'on ignore Dieu , maître et dépositaire de toute vérité , on ne peut suivre que les voies de Terreur et du mensonge. En effet, quand ou pourrait croire qu'il y a de la chasteté parmi les païennes, leur vertu est néanmoins si imparfaite et si défectueuse que, quelque chastes qu'elles soient peut-être dans Tàme , il parait trop de dissolution dans le luxe de leurs habits. Telle est leur vanité : c'est se procurer une partie du plaisir quand on ne peut Tavoir tout entier. Gombien en trouverez-vous enfîn, parmi celles-là même qui affectent de ne plaire qu'à leurs maris, qui ne prennent un soin particulier d'orner et d'embellir leur corps pour attirer les regards des étrangers, quelque semblant qu'elles fassent de n'avoir en cela aucune mauvaise intention ? Disons mieux : il est assez ordinaire à ces chastes païennes de ne pas oser à la vérité commettre le crime , mais d'en avoir néanmoins le désir; ou, si elles n'ont pas actuellement ce désir formel , au moins de ne se faire aucune violence pour le prévenir. Faut-il en être surpris ? Tout ce qui ne vient pas de Dieu ne saurait être que déréglé. Ces per- .sonnes, ne pouvant obtenir un bien parfait, gâtent le peu même qu'elles possèdent par le mélange du mal qui s'y trouve.

IL Pour vous, mes très -chères sœurs, vous devez vous distinguer d'elles autant dans vos habits que vous vous en distinguez dans tout le reste, parce que vous devez être parfaites comme votre Père céleste est parfait K Or celte perfection, je veux dire cette pureté chrétienne, doit non-seulement ne pas vous faire désirer d'être aimées , mais encore vous faire haïret détester tout ce qui peut allumer quelque

' Matth., 5.

TERTULLIEN

dangereux amour dans les autres. En premier lieu , parce que ce désir de plaire par des grâces artificielles ne peut venir que d'un cœur gâté et corrompu. On sait combien ces grâces et ces parures servent d'amorce pour attirer au plaisir défendu. Pourquoi donc travaillez-vous à allumer ces flammes dangereuses ? Pourquoi invitez -vous à un plaisir que vous faites profession de regarder comme illicite ? En second lieu , parce que nous ne devons pas frayer le chemin aux tentations, qui deviennent souvent victorieuses à force d'attaques, ou qui du moins troublent furieusement la paix de Tàme. Ah ! Seigneur, préservez-nous d'un si funeste écueil. Nous devons paraître avec un extérieur si modeste , si réglé, si chrétien, que notre conscience n'ait aucun reproche à nous faire : désirant de persévérer toujours en cet heureux état , mais prenant garde à ne pas trop présumer de nousmêmes ; car en présumant de ses propres forces , on appréhende moins , on se précautionne moins, on s'expose plus. La crainte est le fondement du salut ; et la présomption est opposée à la crainte. 11 est donc avantageux de nous défier de notre vertu : cette défiance nous fera craindre ; la crainte nous rendra plus circonspects , et la circonspection noue mettra en état d'éviter le danger. Au contraire si nous comptons sur nous-mêmes, soit en ne craignant point ou en ne considérant pas assez le péril, il nous sera três-difficilc de ne pas tomber. Celui qui marche avec trop de sécurité, ne prenant garde à rien, il ne sera jamais bien affermi. Mais celui qui est attentif à tout , qui appréhende tout, se met en état d'être tranquille et assuré. Plaise au Seigneur que ses serviteurs éprouvent les effets de sa protection, et qu'ils puissent toujours se glorifier en lui des grâces dont il les favorise!

Pourquoi travaillons-nous donc à faire périr nos frères ? Pourquoi par ces embellissemens affectés portons-nous le feu de la convoitise dans leur cœur ? Si la loi nouvelle du Seigneur punit également le désir et 1 action déshonnéte, pensez-vous que celui qui aura causé la perte des autres demeure sans punition ^ ? Or sachez que vous faites périr votre frère, lorsque, expo-

* Maitb., 5.

sant votre beauté à ses yeux, vous lui faites naître des désirs impudiques : il a déjà commis en son âme ce qu'il a criminellement désiré , et vous devenez, pour ainsi parler, Tépée dont il se lue. D'ailleurs, quand il n'y aurait de votre part aucune faute positive, vous n'êtes pas pour cela excusables. Ainsi lorsqu'il s'est commis un meurtre dans une maison, quoique le maître du logis n'en soit pas coupable, son inattention ne laisse pas d'être exposée aux rigueurs de la justice, dès là que l'action crinû* nelle s'est passée chez lui.

Ornez-vous donc maintenant, embellissci soigneusement votre corps, afin que vos frères périssent en vous voyant. INlais que deviendra ce divin précepte : «Vous aimerez votre prochain comme vous-même ^ ? » Hélas ! si vous avez peu de soin de votre salut, ne ruinez pas du moins le salut des autres. Ne croyes pas que le Saint-Esprit se soit expliqué de la sorte par rapport seulement à certains devoirs de charité en particulier : il a parlé par rapport à toutes les occasions où nous pouvons être utiles au prochain. Puisqu'il est donc vrai que notre bien spirituel et celui des autres est eu péril par le soin qu'on prend d'augmenter des attraits déjà trop dangereux par eux-mêmes, soyez persuadées que vous ne devez pas seulement rejeter cet appareil d'ornemens, au moyen desquels la passion commence de 8*alliimer ; mais que vous devez encore laisser dîninuerou effacer l'éclat de votre beauté naturelle, par une espèce de négligence qui ait Dieu pour principe. De cette sorte vous arrêterez les écarts dangereux que les yeux ont accoutumé de faire. Car bien qu'il ne faille pas condamner absolu* ment la beauté , en tant qu'elle est un avantage du corps, un ornement de l'ouvrage de Dieu, et un voile honorable de notre âme , ce» pendant le tort que nous pouvons causer à ceux qui nous voient doit nous faire appréhender les mêmes effets que la beauté de Sara fit craindre autrefois à Abraham ^. Ce père des croyans fut obligé de cacher sa femme sous le nom de sœur, afin de la délivrer de l'insulte des Égyptiens.

111. D'ailleurs, que la beauté ne soit pointa craindre; qu'elle ne soit ni dangereuse pour les

«Malib, 19. - ' Gcn., 12 et 20.

Page 1