TRAITÉ DU TÉTEMENT DES FEMMES
Si 1 on avait autant de foi sur la terre que Ton ni attend de récompense dans le ciel, je suis persuadé, mes chères sœurs, qu'il n'y en aurait pas une parmi vous qui, après avoir connu Dieu et fait réflexion sur sa propre misère, voulût faire paraître de la gaieté, pour ne pas dire de Torgueil, dans les habits; mais qu'au contraire on ne vous verrait rechercher que les plus grossiers et les plus simples. Ce serait en cet état que Ton reconnaîtrait en vous Ave affligée ft pénitente, et vous effaceriez par votre modestie la honte du premier crime, que vous tirez de la première femme, et le reproche que Ton ftiit à votre sexe d'être la cause de la perle du genre humain. Après tout, la femme peutelle méconnaiti^ en sa personne celte première Eve , puisqu'elle enfante comme elle avec douleur , qu'elle souffre la même peine , et qu'elle vit dans la même dépendance. Le châtiment de la première femme demeure toujours sur tout son sexe, il faut donc que tout le sexe participe encore à sa faute. Quoi donc , femme malheureuse , lu es la porte du démon, tu as reçu de lui pour notre perte du fruit défendu , tu t'es révoltée la première contre ton auteur, tuas séduit celui que le diable n'avait osé attaquer, tu as effacé dans l'homme les plus beaux traits de la Divinité, enfin pour réparer ta faute il en a coûté la vie au Fils de Dieu, et lu prétends encore te parer de ces peaux qui n'ont été faites que pour couvrir la honte ^ !
Si dès le commencement du monde les laines \eb plus fines des Milésiens, et le coton que les Sc>Uhes recueillirent avec soin sur les arbres avaient été en usage; si le luxe avait déjà donné du prix à l'écarlate de Tyr , à l'aiguille des Phrygiens et aux broderies des Babyloniens; si dès ce temps-là l'on se fût avisé de rehausser l'éclat des habits par la blancheur des perles et
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par le brillant des pierres précieuses; enfin, si l'avarice des hommes avait déjà tiré Tor da centre de la terre, et si la curiosité des femmes avait inventé l'usage du miroir, pour tromper plus facilement les yeux par des agrémens enopruntés; si, dis- je, tout cet appareil d'orgueil et de vanité avait eu lieu dans le monde dès son commencement , pensez- vous que la première Eve , encore tout aa?ablée du poids de son péché , chassée d'un paradis de délices et d'un séjour de bonheur; enfin à demi morte et de la fbrce de son repentir et du pressentiment de la mort qu'elle venait de mériter, pensez- vous, dis-je, qu'en cet élat elle eùi recherché avec soin tant de vains et de superbes ornemens pour couvrir un misérable corps , et pour éviter une honte dont le péché avait été la cause ? Si donc vous voulez faire revivre en vous cette première Eve mortifiée et pénitente, il faut vous résoudre à ne rechercher et à ne connaître plus ce qu'elle n'avait ni ne connaîiiait pendant qu'elle vivait. Tous ces vains o^l^ mens ne font qu'embarrasser une femme déjà morte à la grâce et presque condamnée ; et il semble qu'ils ne sont destinés que pour servira sa pompe fiinèbre.
En effet, ceux qui les ont inventés, je veoi dire ces enfans de Dieu qui l'abandonnèreot pour posséder les flilcs des hommes <, ont aussi été condamnés à la peine de la mort , et ced est encore désavantageux à la femme; carte furent eux qui , après avoir découvert dans un siècle grossier plusieurs choses que la nature avait utilement cachées , et enseigné plusieurs arts qu'il aurait été bon que l'on eût igncnrés. Ce furent eux, dis^je, qui montrèrent aux hommes à chercher les métaux jusque dans les entrailles de la terre , qui publièrent la force et les propriétés des herbes, qui firent les premiers ca-
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