XXV. Mais c'est assez parler de'cette matitaei
' s. Jean, 1. — « Gai., 1. - » I. Jean, 4. * Acte», 1. - 5 §. Jean, 19.
et il me semble que j*ai bien prouvé la chair en Jésus-Christ et la chair humaine que le Sauveur a reçue de la Viei^e. J'estime même que cela eût pu suffire, si les différentes opmions qui se sont élevées sur ce sujet ne m'eussent obligé à une dispute plus particulière. J'ai donc examiné les argumens et les passages dont les hérétiques se servent , je les ai proposés moimême pour les combattre, et je crois avoir pleinement montré contre tous , ce que j'ai en-
trepris de prouver, à savoir : de quelle cbair Jésus-Christ a été revêtu, et de quel principe sa chair a été formée : ainsi j'ai maintenant à défendre la résurrection de notre chair, et je fais état de la défendre dans un autre livre , où ce que je dirai dès le commencement sera la fin et la conclusion de celui-ci : en effet, j'y ai jeté les fondemens de notre résurrection, y ayant fait voir très^lairement ce que c'est qui a ressuscité en Jésus-Christ.
TRAITÉ
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
I. La résurrection des morts est l'assurance des chrétiens ; Tespérance que nous en avons conçue, fait que nous y croyons, et la vérité nous oblige d*y croire d'une foi constante et invariable. Mais c'est Dieu qui nous révèle cette vérité. Cependant le commun des hommes s'en moque. Se persuadant qu'il ne reste rien de nous après la mort, ils ne laissent pas toutefois de rendre des offices funèbres aux morts , et d'apporter sur leurs sépulcres des viandes avec une grande profusion, et de celles mêmes qui avaient été le plus de leur goût, et qui selon la diversité des saisons sont les plus délicates, comme s'ils estimaient que ceux qui à leur avis n'ont plus du tout de sentiment, ont encore de Tamour pour la bonne chère. Pour moi , j'ai sujet de nie moquer de ce peuple, lorsque je vois qu'il brûle si cruellement ces mêmes morts qu'il nourrit après si délicieusement et a?ec tant d'excès, les flammes qui consument les corps étant également des outrages et des devoirs d'amitié. 0 piété farouche et qui se fait un jeu de ce que la cruauté a de plus terrible, quand elle brûle des viandes sur le bûcher de ceux qu'elle a fait dévorer par le feu , est-ce un insulte, ou un sacrifice ? Certes, les sages du monde sont quelquefois de Tavis du peuple. C'est une leçon de l'école d'Ëpicure.
qu'il n'y a rien après la mort, et Sénèque a dit que tout finit par la mort, et que la mort même finit comme toutes les autres choses. Je pense que ce serait assez pour réfuter cette erreur, d'opposer au sentiment d'Ëpicure et de Sénèque l'opinion de Pythagore et d'Empédocle, qui ne sont pis de moindre autorité parmi les philosophes; mais je passe aux platoniciens, qui soutiennent l'àme immortelle : ils veulent néanmoins que les âmes rentrent incontinent dans les corps, quoique non pas dans les mêmes corps, et que ce ne soit pas seulement dans les corps humains qu'elles rentrent, comme ils disent que l'âme d'Euphorbe a depuis été l'âme de Pythagore , et que le corps d'un paon a logé l'âme d'Homère. Ainsi ils établissent le retour de l'âme dans la chair, et il est plus supportable d'avoir changé , que d'avoir nié absolument l'état de son immortalité : il est vrai qu'ils n'ont pas pénétré jusqu'à la vérité, mais du moins ils ont frappé à la porte pour tâdier de la découvrir, et de cette sorte le monde, lors même qu'il est dans l'erreur, n'est néanmoins pas dans l'ignorance de la résurrection des morts.
II. Que s'il y a dans le culte du vrai Dieu quelque secte qui ail plus de conformité avec les Épicuriens, quavec les prophètes, ce sont
TERTULLIEN
les Saddncécns ^ L'Rcriture nous apprend quel sentiment en avait J(3sus-Ghrist lui-même. Et certes c'était à lui à révéler tout ce qui avait été auparavant caché, à éclaircir les choses douteuses, à donner la perFection h ce qui n'avait été touché qu'imparfaitement, à accomplir ce qui avait été annoncé, et enfin à prouver nonseulement par luî-mème, mais aussi en luimême la résurrection des morts. Mais laissant là ces anciens saducéens , j*ai maintenant à en combattre de nouveaux qui n'ont qu'une partie de Terreur des anciens; ils reconnaissent la moitié de l'avantage de la résurrection, à savoir la vie de Tàme , méprisant la chair, comme ils méprisent le créateur de la chair. Il* n'y a que ceux qui ont inventé une autre divinité que celle du Créateur, qui envient la résurrection à la substance du corps. Ces hérétiques ne voulant pas reconnaître que Jésus-Christ ait créé cette chair, et pour cela étant contraints de lui attribuer une autre nature, la première de leurs erreurs a été sur la qualité de sa chair, prétendant ou que ce n'était pas une vraie chair, selon Marcion et Basilide, ou qu'elle avait une qualité propre et singulière, selon les opinions erronées de Valenlin et d'Apelles. Ainsi , ils nient la conservation de cette substance, à laquelle ils soutiennent que Jésus-Christ n'a eu aucune part, étant bien informés que c'est un grand préjugé que la résurrection de la chair, si la chair a déjà ressuscité en Jésus -Christ. Cest pourquoi nous avons donné par avance un traité de la chair de Jésus-Christ, par lequd nous prouvons que c'est une chair véritable et solide , contre la vaine erreur d'une chair fantastique, et nous montrons que c'est une chair humaine contre la supposition d'une qualité propre et singulière; et ^insi nous établissons la vraie nature de la chair de Jésus- Christ qui l'a fait déclarer et homme et fils de l'homme. Et certes, prouvant qu'il avait une chair et un corps, cette preuve est leur conviction, car nous concluons qu'il ne faut point croire d'autre dieu que le Créateur, faisant voir Jésus-Christ, en qui Dieu se manifeste si évidemment, faisant, dis-je, voir Jésus-Christ tel qu'il a été promis par le Créateur. Leur conviction étant évidente sur ces deux points : que Dieu est
VS.Matth.,21.
l'auteur de la chair, et que Jésus-Christ est le rédempteur de la chair, il est bien aisé de les convaincre sur celui de la résurrection de la chair. Car c'est ainsi, à notre avis, qa'il fkut disputer avec les hérétiques. Pour suivre an ordre convenable on doit toujours (tommencer par ce qui est principal dans la question, étant nécessaire de convenir d'abord de ce qui en est le fondement , et que Ton peut considérer comme le principe d'où elle dépend; aa contraire les hérétiques, qui connaissent leur foible, ne veulent jamais garder cette méthode, qui est néanmoins la règle ordinaire de la dispute. Ainsi , comme ils savent bien qu'il est fort difficile de persuader les esprits sur Texistence de cette autre divinité qu'ils ont* inventée, contre la majesté de Dieu créateur du monde , que nous connaissons tous naturellement par le témoignage de ses œuvres toutes merveilleuses, mais qui d'ailleurs a eu ses ministres et ses figures, et a rendu sa gloire manifeste par l'autorité de sa parole dans tous les temps qui ont précédé l'incarnation de son Fils, ils oseot de cet artifice, que sous prétexte de recherâier avant toutes choses ce qui regarde le lalut du genre humain ^ comme étant Taffisiire de la plus haute importance et celle qui presse le plus, ils commencent par la question de la résorrection , parce qu'il y a plus de difficulté A croire la résurrection de la chair, qu*à croire une seule divinité ; et de cette sorte, changeant l'ordre de la dispute , non-seulement ils Tafbiblissent , mais ils la chargent de scrupules pir le mépris qu'ils insinuent de la chair, et ibot par ce moyen couler adroitement le sentiment d'une autre divinité , dont ils rendent la proposition moins étrange à la faveur de la ruine de notre espérance en la résurrection des oorpi; car l'homme étant ou déchu du éloigné de celte espérance qu'il avait en son Créateur, il se porte comme de lui-même à soupçonner qu'il est quelque chose de ce qu'on lui propose d'un autre principe, que Ton fait l'auteur d'une nouvelle espérance. Et en effet la diversité des promesses persuade aisément la diversité des dieux. Ainsi nous voyons que plusieurs se sont laissé embarrasser, ayant été plutôt vaincus sur la question de la résurrection de la chair, qu'ils n'ont convaincu les autres sur celle de l'unité de Dieu. Voilà donc comment nous
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
estimons que Tou doit traiter avec les hérétiques , et repousser leurs efforts , et nous y avons déjà satisfait , ayant parlé et de Tunilé de Dieu et de son fils Jésus-Christ, daus deux de nos livres contre Marcîon, et ayant traité dans un autre livre de la chair de Jésus<Ihrist contre les quatre hérésies qui la combattent , et c'est là que nous avons établi les principes de cette question de la résurrection de la chair qui nous reste maintenant à examiner, question dont nous parlerons comme d'une chose qui étant tout assurée à Fégard du Créateur, ne laisse pas de recevoir quelque doute à notre égard. En effet il y a beaucoup d'esprits rudes et ignorans, il y en a de simples, de volages et d'inconstans dans la foi , enfin il y en a plusieurs qu*il faut instruire, redresser et.soutenir. Certes, en leur donnant la conduite, la lumière et les forces dont ils ont besoin, nous travaillerons même à confirmer que Dieu est un ; car c'est une vérité que Ton ébranle, en niant la résurrection de la chair, et que Ton rassure au contraire en la soutenant vigoureusement. Je ne crois pas qu*il soit nécessaire de rien dire de Timmortalité de Tàme, car la plupart des hérétiques, de quelque sorte qu'ils la conçoivent , ne la nient pas. Il n'y a qu'un certain Lucain, qui ne (mrdonne pas même à cette substance ; il en admet la dissolution selon l'opinion d'Aristote, et lui en substitue une autre, comme si c'était une troisième substance qui dût ressusciter, qui ne fût ni âme ni chair, c'est-à-dire qui ne î6t pas un homme, mais qui fût peut-être un ours , animal qui est fréquent dans la province ^ dont cet hérétique porte le nom. Il y a de moi un livre de la nature de Tàme, où celte matière est traitée fort amplement; nous y montrons que l'âme est immortelle; nous n'y reconnaissons la mort qu'à regard de la chair de l'homme; et nous y soutenons fortement la résurrection de cette même chair, y ayant même ramassé tout ce qui concerne ce sujet, et que nous avons touché légèrement en d*autres lieux, où nous avons différé d'en parler à fîMid. Car il est quelquefois à propos de ne toucher les choses qu'en passant , et de les réserver pour une autre occasion. Et cela est permis, pourvu que l'on ne manque pas de reprendre ce qui a été touché légèrement , et ce
* La Lucanie
que Ton a difKré de trailer i fond, pour le remettre dans le corps d'ouvrage où il doit entrer, et où 0 est nécessaire.
Ui. On peut sans doute se conduire, n^ème dans les choses divines , par les notions du sens commun, mais il faut que ce soit pour rendre témoignage à la vérité , et non pas pour appuyer la fonsseté et la supposition. Il faut aussi que le sens humain ne soit pas contraire, mais plutôt qu'il soit conforme à la loi et à la volonté de Dieu. Il y a de certaines choses que nous connaissons par la lumière naturelle, comme la plupart connaissent Timnoortalité de l'âme, comme tous les hommes ont connaissance de notre Dieu. Je veux même me servb* en cette occasion de cette parole de Platon :t Toute âme raisonnable est Immortelle. i> Je veux encore me servir de la conscience du peuple qui Implore l'assistance du Dieu des dieux. Je veux enfin me servir de toutes les autres preuves que le sens commun nous donne de Dieu „ comme quand les hommes disent : que Dieu est Icnr juge, que Dieu les voit , et qu'ils se recommandent à Dieu. Mais quand d'autre part ils disent : a Qui est mort est noort, vivez ( andis que vous jouissez de la vie, » et a toutes choses finissent parla mort; » et, « la mort même trouve sa fin comme les autres choses , » alors il me souvient que le cœur du vulgaire, quoiqu'il soit l'ouvrage de la main de Dieu , n'est néanmoins que terre et que cendre, et qu'il est dit que toute la sagesse du siècle n'est que folie. Que si l'Iiéréiiquc a recours aux sentimens du vulgaire, s'il s'allachc aux vices du peuple, ou à l'esprit du siècle, je lui dirai : «Sépare-toi, hérétique, d*avcc le païen et Tinfidèle. Quoique vous soyez tous les mêmes, vous qui vous faites un dieu selon votre caprice ' , cependant toi qui pses te foindre une autre divinité sous le nom de Jésus-Christ , puisque tu veux passer pour chrétien, sache que tu es autre qu'un païen et un infidèle. Rends-lui donc ses sentimens et considère qu'il n'embrasse pas les tiens et qu'il ne reçoit point ta doctrine : si tu as bonne vue, pourquoi prends-lu un guide qui est dans les ténèbres? Si tu es revêtu de Jésus- Christ , pourquoi te fiiis-lu vêtir par celui qui se trouve dans une nudité toute pleine de misère ' ?
« 1. Cor., 1. — « s. MaUh , 15; S. Marc, 7, cl S. Luc,0 Gai, 3;Éphe8., G.
TERTULLIEN
Si l'apôtre le prête ses armes, pourquoi te sers-tu du bouclier d'un étranger pour te défendre? Que l'infidèle apprenne plutôt de loi à confesser la résurrection de la chair, que toi de lui à nier cette vérité, a Certes s'il était permis aux chrétiens de la nier, ils devraient se fonder sur leur propre connaissance et non pas sur Faveuglement du vulgaire ignorant; tant il est vrai «]uc celui-là n*est point chrétieu, qui nie cette vérité que confessent les chrétiens , et qui la nie par les seuls argumens dont se sert celui qui n'est point chrétien. Otons aux hérétiques ses raisonnemens qui leur sont communs avec les païens, et obligeons-les d'apporter les seules Écritures pour la preuve de leurs opinions, et ils ne pourront tenir contre nous Le sens commun est recommandable par sa simplicité; il consiste en une association des mêmes pensées, et en uneamiablecorrespondanced'espritetde sentimens; et Ton estime qu'il est le plus sincère et le i)Ius fidèle , parce que les choses qu'il propose sont toutes nues, qu'elles n'ont rien de caché et que tout le monde ne connaisse. Il n'en est pas ainsi de la raison divine consignée dans les Écritures : elle pénètre dans le fond , et ne demeure point à la superficie, et le plus souvent elle est opposée à ce qui parait manifestement au dehors, et aux connaissances que donne extérieurement le sens humain.
IV. Kt de là vient que les hérétiques ont ordinairement recuurs à ces notions du sens commun. C'est par où ils commencent d'abord; c'est d*()Ci ils tirent leurs fondemens ; et c'est enfin ce qu'ils mettent toujours en vue, parce qu'ils savent que l'esprit s'y laisse prendre facilement. Y a-t-il quelque chose que l'on entende plutôt de la bouche tant d'un hérétique que d'un infidèle? Ne tombent-ils pas incontinent et à tous propos sur le mépris de la chair? Dans tous leurs discours ne la chargent-ils pas d'injures? ne d(*clauient-ils pas volontiers contre son origine , contre la matière dont elle est formée, contre toutes les infirmités auxquelles elle est sujette? a C est, disent-ils, dès son commencement un peu de terre détrempée dans l'ordure et dans la bouc :» ils ajoutent à rimpurelédecette origine: qu'elle en prend encore davantage du limon de la semence qui la produit ; qu'elle est faible, infirme, vicieuse, fikheuse et incommode; et pour achever la description de tous ses défauts, qu'elle
retourne dans la terre d'oii elle est venue, qu'elle prend le nom de cadavre , quelle perdra même ce nom , pour n'en avoir plus du tout, et qu'enfin la mort la réduira à tel point qu'il n'y aura plus de terme qui puisse exprimer ce qu'elle est. «Quoi! disent-ils encore, un homme sage peut-il se persuader que cette chair qui est disparue à nos yeux , qui est échappée à notre attouchement et même à notre ménnoire, doive reprendre son être; qu'elle se remette en son premier état ; qu'elle sorte de la corruption, et redevienne ce qu'elle n'est plus; que de morte qu'elle est, elle paraisse de nouveau dans une nature solide; qu'elle repasse de la poussière à un corps, et du néant à quelque chose; et que les morts puissent ainsi se relever du sein des flammes, des abîmes des eaux, du ventre des bêtes brutes, des entrailles des poissons et des oiseaux, et de la gueule même du temps qui dévore et consume toutes choses ? Mais est-il possible que Ton espère de recouvrer cette même chair qui est périe par la mort, en sorte qu'un boiteux, qu'un louche, quVin aveugle^ qu'un corps couvert de lèpre, oa abattu de paralysie , que toutes ces personnes, dis-je, revivent dans leurs mêmes défauts et leurs mêmes maladies , sans qu'elles aient de la répugnance de retrouver leurs anciennes incommodités ?oa si les corps ressuscitent tout parfaits, et sans infirmités, ceux qui en ont eu autrefois, ne craindront-ils point qu'elles ne leur reviennenlP Qoe dirons-nous de tant de suites fâcheuses qui tout inévitables à la chair? sera- t-elle encore siûelle aux nécessités de la vie? Faudra-t-il encore qu'elle boive et qu'elle mange ? Les poomons nageront-ils toujours dans ces liqueurs qui les humectent et les rafraîchissent? Une chalear véhémente enflammera-t-elle toujours les entrailles ? Le corps sera-t-il sans pudeur pour ces parties qui ne sont pas fort honnêtes? Et tous ses membres seront-ils toujours occupés à leurs fonctions naturelles? aura-l-il encore des ukères, des blessures, et des fièvres? la goutte le ferat-elle toujours souffrir, et sera-t-il encore réduit à souhaiter la mort? Voilà certes un merveilleux motif de reprendre sa chair, que de vouloir la reprendre pour être obligé d'en vouloir échapper encore une fois. « J*ai rapporté ces objections de nos adversaires avec les termes les plus bonnètcs qu'il m'a été possible , j'ai eu soin que
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
p«iroles fussent accompagnées de pudeur et de bienséance ; et certes il est incroyable combien il faut que nous en souffrions de sales et de désbonnètcs, lant des païens que des hérétiques, dans les conférences que nous avons avec eux. V. Comme donc les esprits rudes et ignorans n'ont point d'autres lumières que celles du sens commun; que les simples et ceux qui doutent de la vérité des choses divines se laissent encore troubler par ces notions qui leur viennent du sens humain; et que c'est la première machine dont on se sert partout contre nous, que de parler avec mépris de la chair, et de représenter la misère de sa nature , je crois qu'il est nécessaire d'abord de la défendre: il faut dire ses louanges pour repousser le mépris que Ton en faiL Ainsi de la même sorte que les hérétiques nous obligent à faire les philosophes avec eux, ils nous obligent aussi à faire les rhétoriciens. Quand même ce corps faible et infirme, qu'ils appellent un mal, sans avoir horreur de ce qu'ils en disent, serait l'ouvrage des anges, selon qu'il a plu à Ménandre et à IVlarc de l'avancer, quand ce serait la production de quelque ouvrier tout de flamme, qui fût aussi un ange , suivant la doctrine d'Apelles, puisque nous ne connaissons les anges qu'après Dieu , il suffirait pour la défense de la chair qu'elle eût la protection de leur seconde divinité. Et certes quel que soit ce Dieu grand et souverain que chacun de ces hérétiques se figure, je pourrais justement prétendre qu'il est le principe de la chair, et l'auteur de sa dignité, comme ayant eu en soi-même le dessein et la volonté de la produire; car sachant qu'elle se produisait , il l'eût empêchée s'il n'eût pas voulu qu'elle eût été produite. De sorte que, selon eux-mêmes, la chair est l'ouvrage de Dieu, parce que toute chose qui est appartient à celui qui a souffert qu'elle soit. Mais nous avons cet avantage, que la plupart des opinions et même les plus saines et les plus solides accordent à notre Dieu tout cet ouvrage de la création de l'homme. Tu sais bien quelle est sa grandeur et sa puissance, toi qui crois qu'il est unique. Que cette chair commence donc à te plaire, puisque l'ouvrier qui l'a produite est un ouvrier si grand. Mais le monde, dis-tu, est l'ouvrage de Dieu. Et cependant < selon le témoi-
» Cor., 7
gnage de l'apôtre, cette beauté de l'univers passe et s'évanouira, cette agréable face du monde finira un jour, et l'on n'estime pas que ce monde qui périra doive être rétabli dans rétat qu'il aura perdu , pour être l'ouvrage de la main de Dieu. Que si tout l'univers étant détruit il ne peut recouvrer son être, que jugerons-nous d'une portion de ce même univers? Certes cet argument serait soutenable, s'il y avait égalité entre cette portion de l'univers et l'univers entier; mais nous disons qu'il y a une grande distance de l'un à l'autre. 11 faut donc considérer que tout a été fait par la parole de Dieu, et que sans elle rien n'a été fait*. La chair a été aussi produite par cette parole, .selon celte forme d'agir que Dieu avait observée dans la création de toutes les autres choses, afin qu'il n'y eût rien qui eût été fait s'il n'avait été fait par la parole de Dieu, a Faisons l'homme, »a-t-il dit, avant que de le créer ^, et puis il a mis la main à l'ouvrage de la création de l'homme, par une prérogative qu'il a voulu lui donner, afin qu'il ne se fit point de comparaison de luict de l'univers. « Et Dieu , dit-il, a formé l'homme, » En quoi se découvre une merveilleuse différence selon la diverse condition des choses ; car les choses que Dieu faisait dans la structure de l'univers étaient inférieures à celui pour qui Dieu les faisait; il les faisait pour l'homme, et Dieu les lui donna incontinent après pour en être le maître. Ainsi les autres parties de l'univers avaient été produites par la seule vertu de la parole de Dieu , comme par un commandement absolu sur des créatures destinées au service de l'homme, et l'homme, au contraire, comme Seigneur de ces créatures, a été créé de la main propre de Dieu, afin que Dieu le formant lui-même, il pût les avoir sous sa puissance. Mais il faut se souvenir que ce que l'on nomme proprement la chair, c'est ce qui a eu la première dénomination de l'homme. Et Dieu a formé l'homme . limon de la terre. Ce qui était encore limon de la terre est déjà l'homme, et il a soufflé en lui l'esprit de vie, et Thomme, c'est-à-dire le limon, a été f^it âme vivante. Et Dieu a mis dans le paradis l'homme qu'il a formé, tellement que l'homme a été premièrement un corps fait de terre, et qu'après cela il a
* S. Jean , 1. — * Genèse, 2.
TERTULLIEN
Si Tapôtre te prête ses armes, pourquoi te sers-tu du bouclier d'un étranger pour te défendre? Que l'infidèle apprenne plutôt de toi à confesser la résurrection de la chair, que toi de lui à nier cette vérité, a Certes s'il était permis aux chrétiens de la nier, ils devraient se fonder sur leur propre connaissance et non pas sur Faveuglement du vulgaire ignorant; tant il est vrai que celui-là n'est point chrétieu, qui nie cette vérité que confessent les chrétiens , et qui la nie par les seuls argumens dont se sert celui qui n'est point chrétien. Otons aux hérétiques ses raisonnemens qui leur sont communs avec les païens, et obligeons-les d'apporter les seules Écritures pour la preuve de leurs opinions, et ils ne pourront tenir contre nous Le sens commun est recommandable par sa simplicité; il consiste en une association des mêmes pensées, et en uneamîablecorrespondanced'espritetde sentiinens; et Ton estime qu'il est le plus sincère et le i)Ius fidèle , parce que les choses qu'il propose sont toutes nues, qu'elles n'ont rien de caché et que tout le monde ne connaisse. Il n'en est pas ainsi de la raison divine consignée dans les Écritures : elle pénètre dans le fond, et ne demeure point à la superficie, et le plus souvent elle est opposée à ce qui parait manifestement au dehors, et aux connaissances que donne extérieurement le sens humain.
IV. Et de là vient que les hérétiques ont ordinairement recuurs à ces notions du sens commun. C'est par où ils commencent d abord; c'est d*()ù ils tirent leurs fondemens ; et c'est enfin ce qu ils mettent toujours en vue, parce qu'ils savent que l'esprit s'y laisse prendre facilement. Y a-t-il quelque chose que l'on entende plutôt de la bouche tant d'un hérétique que d'un infidèle? Ne tombent-ils pas incontinent et à tous propos sur le méprisde la chair? Dans tous leurs discours ne la chargent-ils pas d'injures? ne déclament-ils pas volontiers contre son origine , contre la matière dont elle est formée, contre toutes les infirmités auxquelles elle est sujette? a C'est, disent-ils, dès son commencement un peu de terre détrempée dans l'ordure et dans la bouc :» ils ajoutent à l'impureté decette origine: qu'elle en prend encore davantage du limon de la semence qui la produit ; qu'elle est faible, infirme, vicieuse, fâcheuse et incommode; et pour achever la description de tous ses défauts, qu'elle
retourne dans la terre d'oii elle est venue, qu'elle prend le nom de cadavre , quelle perdra même ce nom , pour n'en avoir plus du tout , et qu'enfin la mort la réduira à tel point qu'il nj aura plus de terme qui puisse exprimer ce qu'elle est. «Quoi! disent-ils encore, un homme sage peut-il se persuader que cette chair qui est disparue à nos yeux, qui est échappée à mirt attouchement et même à notre mémoire, doive reprendre son être; qu'elle se remette en son premier état ; qu'elle sorte de la corruption, et redevienne ce qu'elle n'est plus; que de morte qu'elle est, elle paraisse de nouveau dans une nature solide; qu'elle repasse de la poussière à un corps, et du néant à quelque chose; et que les morts puissent ainsi se relever du sein des flammes, des abîmes des eaux, du ventre des bêtes brutes, des entrailles des poissons et des oiseaux, et de la gueule même du temps qui dévore et consume toutes choses ? Mais est-il possible que l'on espère de recouvrer cette même chair qui est périe par la mort, en sorte qu'un boiteux, qu'un louche, qu*utt aveii^/e, qu'un corps couvert de lèpre, ou abattu de paralysie , que toutes ces personnes, dis-je, revivent dans leurs mêmes défauts et leurs mêmes maladies, sans qu'elles aient de la répugnance de retrouver leurs anciennes incommodités? ou si les corps ressuscitent tout parfaits, et sans infirmités, ceux qui en ont eu autrefois, irecraiDdrout-ils point qu'elles ne leur reviennenlP Que dirons-nous de tant de suites fâcheuses qui sont inévitables à la chair? sera- l-elle encore siûelle aux nécessités de la vie? Faudra-t-il encore qu'elle boive et qu'elle mange ? Les poumons nageront-ils toujours dans ces liqueurs qui les humectent et les rafraîchissent? Une chaleor véhémente enflammera-t-elle toujours les entrailles ? Le corps sera-t-il sans pudeur pour ces parties qui ne sont pas fort honnêtes? Et tous ses membres seront-ils toujours occupés à leurs fonctions naturelles? aura-l-il encore des ukères, des blessures, et des fièvres? la goutte le ferat-elle toujours souffrir, et sera-t-il encore réduit à souhaiter la mort? Voilà certes un merveilleux motif de reprendre sa chair, que de vouloir la reprendre pour être obligé d'en vouloir édiapper encore une fois. « J*ai rapporté ces objections de nos adversaires avec les termes les plus Ihnh nètcs qu'il m'a été possible , j'ai eu soin que mes
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
paroles fussent accompagnées de pudeur et de bienuséance ; et certes il est incroyable combien il faut que nous en souffrions de sales et de déshonnètcs, tant des païens que des hérétiques, dans les conférences que nous avons avec eux. V. Comme donc les esprits rudes et ignorans n'ont point d'autres lumières que celles du sens commun; que les simples et ceux qui doutent de la vérité des choses divines se laissent encore troubler par ces notions qui leur viennent du sens humain; et que c'est la première machine dont on se sert partout contre nous, que de parler avec mépris de la chair, et de représenter la misère de sa nature , je crois qu'il est nécessaire d'abord de la défendre: il faut dire ses louanges pour repousser le mépris que l'on en fait. Ainsi de la même sorte que les hérétiques nous obligent à faire les philosophes avec eux , ils nous obligent aussi à faire les rhétoriciens. Quand même ce corps faible et infirme, qu'ils appellent un mal, sans avoir horreur de ce qu'ils en disent, serait l'ouvrage des anges, selon qu1l a plu à Ménandre et à IVlarc de l'avancer, quand ce serait la production de quelque ouvrier tout de flamme, qui fût aussi un ange , suivant la doctrine d'Apelles, puisque nous ne connaissons les anges qu'après Dieu , il suffirait pour la défense de la chair qu'elle eût la protection de leur seconde divinité. Et certes quel que soit ce Dieu grand et souverain que chacun de ces hérétiques se figure, je pourrais justement prétendre qu'il est le principe de la chair, et l'auteur de sa dignité, comme ayant eu en soi-même le dessein et la volonté de la produire; car sachant qu'elle se produisait , il l'eût empêchée s'il n'eût pas voulu qu'elle eût été produite. De sorte que, selon eux-mêmes, la chair est l'ouvrage de Dieu, parce que toute chose qui est appartient à celui qui a souffert qu'elle soit. Mais nous avons cet avantage, que la plupart des opinions et même les plus saines et les plus solides accordent à notre Dieu tout cet ouvrage de la création de l'homme. Tu sais bien quelle est sa grandeur et sa puissance, toi qui crois qu'il est unique. Que cette chair commence donc à te plaire, puisque l'ouvrier qui l'a produite est un ouvrier si grand. Mais le monde, dis-tu, est l'ouvrage de Dieu. Et cependant < selon le témoi-
» Cor., 7
gnage de Tapûtre, cette beauté de l'univers passe et s'évanouira, cette agréable face du monde finira un jour, et l'on n'estime pas que ce monde qui périra doive être rétabli dans rétat qu'il aura perdu , pour être l'ouvrage de la main de Dieu. Que si tout l'univers étant détruit il ne peut recouvrer son être, que jugerons-nous d'une portion de ce même univers? Certes cet argument serait soutenabic, s'il y avait égalité entre cette portion de l'univers et l'univers entier; mais nous disons qu'il y a une grande distance de l'un à Tautre. 11 faut donc considérer que tout a été fait par la parole de Dieu , et que sans clic rien n'a été fait*. La chair a été aussi produite par cette parole, selon cette forme d'agir que Dieu avait observée dans la création de toutes les autres choses, afin qu'il n'y eût rien qui eût été fait s'il n'avait été fait par la parole de Dieu. «Faisons l'homme, »a-t-il dit, avant que de le créer 2, et puis il a mis la main ù louvrage de la création de l'homme, par une prérogative qu'il a voulu lui donner, afin qu'il ne se Ht point de comparaison de luict de l'univers. « Et Dieu , dit-il, a formé Thomme,» En quoi se découvre une merveilleuse différence selon la diverse condition des choses ; car les choses que Dieu faisait dans la structure de l'univers étaient inférieures à celui pour qui Dieu les faisait; il les faisait pour Thomme, et Dieu les lui donna incontinent après pour en être le maître. Ainsi les autres parties de l'univers avaient été produites par la seule vertu de la parole de Dieu, comme par un commandement absolu sur des créatures destinées au service de rhomme, et l'homme, au contraire, comme Seigneur de ces créatures, a été créé de la main propre de Dieu, afin que Dieu le formant lui-même, il pût les avoir sous sa puissance. Mais il faut se souvenir que ce que l'on nomme proprement la chair, c'est ce qui a eu la première dénomination de l'homme. Et Dieu a formé l'homme. Hmon de la terre. Ce qui était encore limon de la terre est déjà l'homme, et il a soufflé en lui l'esprit de vie, et Thomme, c'est-à-dire le limon, a été fait âme vivante. Et Dieu a mis dans le paradis l'homme qu'il a formé, tellement que l'homme a été premièrement un corps fait de terre, et qu'après cela il «
* S. Jean , 1. — * Genèse, 2.
élé riiomme entier : ces vérités que je te représente te doivent apprendre que tous les biens que Dieu a destinés et promis à Thorome, appartiennent non-seulement à Tâme, mais aussi à la chair, et qu'ils leur appartiennent en commun , par le privilège du nom , si ce n'est pas par la société de leur origine.
VI. Mais je veux continuer mon sujet de la création de la chair, si toutefois il est possible que mes paroles donnent autant à la chair, que lui a donné celui qui Fa faite. Certes dès Tinstant de sa création elle a élé toute glorieuse , de ce que le limon, cette chose si basse et si abjecte , a été manié par les mains de Dieu. De quelque nature qu'elles puissent être, le seul attouchement des mains de Dieu lui eût été un assez grand bonheur. Dieu ne pouvait-il pas faire Thomme eu un instant et en touchant le limon seulement, sans apporter plus de façon pour achever son ouvrage? Il s'agissait donc d ne opération tout à fait grande et importante, puisqu'il s'agissait de mettre en œuvre cette merveilleuse matière. En effet , autant de fois qu'elle reçoit l'impression des mains de Dieu , autant de fois que ces divines mains la touchent , qu'elles la manient , qu'elles la façonnent, et qu'elles travaillent à lui donner la figure humaine, autant de fois la bonté de Dieu l'élève à un état illustre et glorieux. Remets-toi dans la pensée que Dieu est tout entier occupé sur cette matière; que tout ce qu'il est y est employé; que sa main, son esprit, son action, sa raison, sa sagesse, sa providence y travaillent ; mais surtout représente-toi son application admirable dans le dessein qu'il avait en formant sur ce limon les traits et les linéamensdu corps humain. Et certes , Dieu, exprimantune forme dulimonde la lerre^pensaità la naissance future de Jésus -Christ dans la chair; il considérait qu'un jour le Verbe serait homme; et comme la chair de l'homme est une expression du limon de la terre , il se représentait qu'alors le Verbe serait ce qu'est la terre, c'cst-ù-dirc qu'il serait revêtu d'un corps terrestre; car c'est ainsi que le Père parle à son Fils : a Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance.» Et Dieu a fait l'homme, c'est-àdire l'ouvrage de ses mains, il Ta bit i l'image
* Gcncse , 1.
de Dieu, c'est-à-dire de Jésus- Christ; carie Verbe est Dieu , et comme il est l'image de son Père , il n'a point cru que son égaillé avec Dieu fût en lui une qualité m»urpée. Ainsi oe limon te revêtant dès lors de l'image de Jésus- Christ, qui devait naître dans la chair, était non-seulement l'ouvrage de Dieu, mais aussi le gage précieux de l'incarnation du Verbe. Que sert-il donc, pour noircir l'origine de la chair^ de r^ présenter qu'elle vient de la terre, cet élémcDt si sale et si abject? car quand même il editéié convenable de prendre une autre matière pour faire Thomme, il faudrait considérer en ceb U dignité du Créateur qui, en choisissant celle-d, l'aurait jugée digne d'être employée à uo si excellent ouvrage, et l'en aurait même reodue digne en la maniant. On adore Touvrage des mains de Phidias, qui d'une pièce d'ivoire a fabriqué un Jupiter Olympien ; et cette pièce d'ivoire n'est plus considérée comme k dent d'une bête brute et encore d'un si lourd animal, mais comme une souveraine divinité poor qui le monde a tant de révérence. Mon lia révércDce qu'on lui rend n'est pas à cause qae la matière est de dents d'éléphant, mais à canseqnelaforme est de Phidias, ce sculpteur si savant et si admirable. Et le Dieu vivant , le vrai Dieu, en se 8e^ vant d'une matière, ne l'aurait pas nettoyée de tout ce qu'elle avait de souillure et de bassoM, et délivrée de tout ce qui était en elle d*algect et d'infirme! Sera-t-îl dit, qu*un homme ait fabriqué un dieu plus parfaitement que Din n'a pu former l'homme? Mais je passe phi avant, et je dis que si le limon de la tentât une si vile matière, nous ne sommes ploa es cet état. Ce que nous sommes est autre choie; Il s'agit maintenant de la chair, et il ne s^git|ta de la terre ; et quand il est dit de la chahittao terre, et tu retourneras en terre ^,9 ces parafa marquent l'origine de la ehafar et ne chai^Bit rien en sa substance. Elle a reça cette ptingt tive, qu'elle est quelque chose de ploa noUeqoe son origine , et que passant à ce qo'die ert devenue , elle y a passé avec avantage. Ainsi For est terre, parce qu'il vient de la terre, nibl n'est terre que jusqu'au moment qa*Il deriot or; car dès qa'il devient or, H passe d^me Wtière rude et grossière à une matière extrêM-
* Genèse, 3.
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
ment noble et éclatante; de la même sorte Dieu a pu tirer de ces ordures, que tu attribues au limon, cette chair précieuse comme Tor, la purgeant , par le feu de son opération divine , de tout ce qu'elle avait de terrestre.
VII. Mais s'il te semble que la chair soit de moindre valeur, parce que la main de Dieu ne Ta pas vraiment maniée, comme il a manié le limon de la (erre , sache que Dieu maniant le limon afin d*en faire la chair, a travaillé en faveur de la chair même. Ce n'est pas tout, et je veui même t'apprcndre quand et par quelle voie la chair a élé formée du limon, et en a tiré sa beauté et sa fleur ^ ; car il ne faut pas croire ce que quelques-uns ont voulu feindre , que d*abord le limon n*a pas été fait chair, et qu'Adam et Eve ne reçurent cette superficie de chair et ces tuniques de peau que lorsqu'ils furent chassés du paradis, puisque quelque temps auparavant Adam avait reconnu la propaf^alion de la substance en la personne de la femme, selon cette parole qui témoigne que déjà elle était chair : « Ceci est Tosde mes os, et la chair de ma chair ^; » et que la cAte que Dieu tira du corps de Thomme avait été couverte de chair à l'instant que Dieu en forma la femme. Il me semble qu*elle eût été couverte de limon si Adam eût été encore limon, et qu'en lui le limon n'eût pas encore été changé en chair. H s'ensuit donc que le limon a été tout h fait détruit et comme dévoré par la nature de la chair, en laquelle il a été converti. Mais quand est-ce que cela s*est fait? c'est lorsque l'homme a été fait âme vivante par le souffle de Dieu, comme par une vapeur capable de consumer en quelque sorte le limon , et de lui faire prendre une autre qualité. Gomme le limon pouvait être changé en un vaisseau de terre, il pouvaltdelamêmemanièreêtrechangé en chair : ainsi le potier faisant agir doucement l'activité du feu sur son argile, la fait passer à un autre corps, la convertit en une matière plus dure, et par les diverses façons qu'il lui donne, en fait des vases de différentes figures, y imprimant une forme qui est plus belle que sa première forme, et qui par ce changement commence à faire un nouveau genre, et à recevoir un nouveau nom. En effet, encore qu'il soit écrit (& L'argiledu'a-t-cllcau potier 3,9c'cst-â-dirc
« Ucuêse, 3. — * ibid, % - 'liaie 43.
l'homme à Dieu, encore que lapûtre ait dit : a Dans des vaisseaux de terre ^ » toutefois l'homme est argile, parce qu'auparavant il a élé limon, et la chair est terre, par ce qu'elle tire sou origine du limon , qu'elle en a été formée par le souffle de l'esprit de Dieu, et qu'elle a depuis (té revêtue de ces tuniques de peau, c'est-à-dire de ce cuir qui Tenviroune; de sorte que si on lève la peau, on fait paraître la chair toute nue, et que la même chose dont l'homme serait dépouillé si on Técorchait, a servi à couvrir la chair lorsqu'elle a été formée. Ainsi l'apôtre disant, que la circoncision dépouille la chair 3, il confirme que cette tunique de peau c'est le cuir dont la cliair est couverte. Cela étant donc , le limon est tout glorieux d'avoir eu l'impression de la main de Dieu, et la chair est encore plus glorieuse d'avoir reçu le souffle de cet esprit divin , par la communication duquel la chair a été délivrée de la première nature du limon et ornée de la dignité et de la uoblesse de l'âme. Crois-tu être plus curieux que Dieu même? El si tu n'enchâsses pas des pierres précieuses, des diamans de prix apportés de Scylhie , ou des Indes, des perles de la mer rouge, d'une blancheur admirable, ou dans du plomb, ou dans de L'airain , ou dans du fer, ou même dans de l'argent, et que tu prennes le soin de les foire mettre en œuvre dans de l'or très-pur et parfaitement travaillé; si tu prépares des vaisseaux propres et proportionnés à la qualité des vins excellens et des liqueurs précieuses que tu y veux verser; et si enfin tu donnes un riche fourreau à une épée d'un acier choisi et d'une bonne trempe, penses-tu que Dieu ait traité moins favorablement l'ombre de son àme , le souffle de son esprit , l'opération de sa parole , et qu'il l'ait mise dans quelque vaisseau abject et indigne d'elle, comme s'il eût voulu témoigner le mépris qu'il en faisait en la logeant si mai ? Mais, dirons-nous , qu'il l'ait logée dans la chair, ou plutôt qu'il l'ait jointe à la chair, et qu'il ait fait un tel mélange de l'un à l'autre, et mis entre elles une liaison si étroite, qu'elle laisse en doute si c'est la chair qui porte Tàme , ou si c'est l'àme qui porte la chair, si c'est la chair qu< vient à l'âme, ou si c'est l'àme qui vient à la cbalr, toutefois l'on doit.ci*oire que c'est l'àme qui,
1 • Rom., 9; 11. Cor., 4. — * Colosi.| 2.
TRRTULLIEN
comme la maîtresse vient ù la chair, parce qu'elle est la plus proche de Dieu, et c'est une chose qui relève extrêmement la gloire de la chair, de ce qu'elle contient cette âme, toute proche qu'elle est de Dieu , et qu'elle lui conserve la possession de l'empire qui lui appartient. En effet, n'est-ce pas par le ministère de la chair que l'âme jouit de tous les dons de la nature, de tout ce que le monde a de richesses, et de tout ce que les élémens nous offrent de doux et d'agréable? N'est-ce pas par elle qu'elle se sert de tout cet appareil des sens naturels, de la vue, de l'ouïe, du goût, de l'odorat et de Tattouchement ? N'est-ce pas par elle qu'elle produit des eft^ls d'une puissance toute divine , faisant toutes choses par la force de la parole, devancée par la parole intérieure ? Et certes , la parole s'exprime par l'organe de la chair; par elle nous viennent les arts et les sciences , par elle l'esprit fait éclater ses inventions; par elle se font tant d'excellens ouvrages; par elle se conduisent les affaires; par elle les hommes se rendent mutuellement leurs devoirs. Tellement que comme dans toute la vie de l'âme , tout ce qu'elle a de fonctions appartient à la chair, il s'ensuit qu'en l'âme, la privation de la vie, n'est autre chose que sa séparation de la chair. Ainsi le propre de la chair étant de vivre, il est pareillement de sa nature de mourir. Et enfin si toutes choses sont soumises à Tâme par la chair, elles sont aussi soumises â la chair, car il ne se peut que ce qui sert â faire jouir de quelque chose ne participe pas à la jouissance de la même chose. La chair donc, en tant qu'elle prête son ministère et son service à l'âme, est appelée avec elleâ la possession de ses biens. Que si elle est sa cohéritière quant aux biens temporels, pourquoi ne le serait-elle pas quant aux biens éternels?
VllI. Voilà ce que je puis remarquer que la chair possède de plus avantageux des dons communs de la nature humaine; voyons maintenant les dons qui lui sont propres par le nom de chrétien qui lui appartient, et combien cette matière faible et abjecte reçoit de qualités illustres et de prérogatives de la bouté de Dieu. Certes pour la gloire de la chair il lui pourrait suffire qu'il n'y a point d'âme qui puisse obtenir le salut , si elle ne croit en Dieu pendant qu'elle vil dans la chair; tant il est vrai que la chair est ce qui soutient Tédificc du salut. Mais je dis
plus, quand l'âme est choisie de Dieu pour entrer à son service, c'est la chair qui fait qu'elle y peut être reçue. En effet on baptise la chair afin que l'âme soit nettoyée de ses ordures ; on donne l'onction à la chair pour opérer la consécration de l'âme, on marque sur la chair le signe de la croix , afin que l'âme en soit fortifiée contre son ennemi ; la chair reçoit l'imposition des mains afin que l'âme soit éclairée d'une lumière spirituelle; enfin la chair est nourrie de la viande céleste du corps et du sang de Jésus- Christ, afin que l'âme soit remplie et engraissée de la substance de Dieu. Cette chair et cette âme donc qui sont jointes dans l'opération, ne peuvent être séparées dans la récompense; car ces sacrifices si agréables à Dieu , je veux dire ces peines et ces afflictions de l'âme, ces jeûnes si sévères, ces viandes toutes sèches, celte abstinence jusqu'au soir, ce sac et cette cendre, cette crasse et ces saletés qui sont inévitables à ce genre de vie, et qui semblent en être des suites et des dépendances, la chair les reaoQvcUeà toute heure sur soi-même au prix de mille incommodités. D'ailleurs la virginité, le veuvage, l'abstinence secrète de l'usage da mariage, la liberté de cette conjonction légitime bornée à un seul mariage^ sont des victimes dont la chair fait de ses propres biens des holocaustes à Dieu. Mais quel sentiment as-tu de la chair lorsque sortant de l'horreur des prisons pour paraître i la vue des hommes , et étant exposée à la baioe publique à cause de la fidélité qu^elle garde an nom qu'elle porte , elle livre de si généreux combats; lorsqu'elle est enfermée dans les cachots, ces lieux terribles, où l'on est oonune exilé de la lumière , où l'on ne vmt rien que de sale et de malpropre, où tout est puanteur et ordure, où ce que l'on donne même pour vivre est gâté et corrompu, et où enfin la chair ne jouit pas librement du sommeD, puisque dans le lit même elle supporte ses dutnés, et que la paille où elle coucîie la blesse et lui sert de tourmente? Que penses-tu encore de cette chair lorsque étant produite à la iumièrt du jour, on se sert de tout ce que la rage do bourreaux peut inventer de plus cruel pour b déchirer et la mettre en pièces; lorsque par un généreux effort elle périt peu â peu dans les supplices, pour tâcher de rendre la pareille â Jésus-Christ eu mourant pour lui, et bien sou-
DE LA RESURRFXTION DE LA CHAIR
vent mourant sur la croix comme lui , et même par des tourmens qui ont encore plus d'inhumanité et de fureur? 0 chair fortunée et glorieuse, qui peut satisfaire à Jésus-Christ par le paiement d'une si grande dette, en sorte quMI n'en reste autre obligation , sinon que cette dette est effacée, et qn'eÛe ne lui en est plus redevable, mais obligation nouvelle d'autant plus étroite que la première est éteinte et que Jésus-Christ l'en a déchargée !
IX. Ainsi pour reprendre ce que j'ai déjà touché, cette chair que Dieu a créée à son image, et qu'il a formée de ses propres mains, qu'il a animée de son souffle et de son esprit i, lui donnant une vie semblable à la sienne ; qu'il a préposée à toutes ses œuvres merveilleuses , pour les posséder, pour en jouir, pour en être la souveraine, et pour user sur toutes d'un absolu commandement ; qu'il a revêtue de la robe précieuse de ses divins mystères, qu'il a honorée de la grâce de ses sacremens, et de la sainteté de ses lois; dont il aime la pudeur et l'honnêteté ; dont il approuve les mortifications et les travaux ; dont il se consacre les passions par le prix inestimable que nous recevons de sa bonté : cette chair, dis-je, qui appartient à Dieu par tant de titres, ne ressuscitera-t elle point ? Non, non, il ne faut point craindre que Dieu abandonne à une mort qui soit sans retour à la vie l'ouvrage de ses mains, l'objet des soins de son esprit , celle qui a reçu le soufHe de sa divine bouche, cette reine de toutes ses créatures, l'héritière de tous les biens que sa libéralité a versés sur l'homme avec tant de profusion, cette chair qui porte le caractère du sacerdoce de sa religion toute sainte, cette guerrière qui soutient de si illustres combats pour rendre à sa majesté le témoignage qu'elle lui doit, et enfin celte sœur de son Fils Jésus-Christ. Nous connaissons un Dieu qui est bon, nous apprenons qu'il y a un seul Dieu très-bon ^, et nous en sommes instruits par le Christ de ce seul Dieu souverainement bon. Comme il commande la dilection du prochain , après celle que Ton doit avoir pour lui , il fera lui-même ce qu'il commande; il aimera cette chair qui lui est proche eu tant de façons. Si elle est infirme, la vertu se perfectionne dans l'infirmité ; si elle est
> Genèse, 2. — ^ S. Luc , 18 ; S. Mallli ,'^2 j n. (..or., 1*2.
faible et malade, il n'y n que ceux qui se trouvent en cet état \ qui cherchent le médecin ; si elle a quelque chose de déshonnête , c'est des choses de cette sorte que l'on parle avec plus de préfaces d'honneur ; si elle est perdue : o je suis, dit-il, venu pour sauver ce qui était |)erdu^. » Si elle est pécheresse :<c j'aime mieux, dit-il, le s;ilut que la mort du pécheur'. i>Si elle est condamnée : a je blesserai , dit-il , et je guérirai ce que j'aurai blessé^». Pourquoi reproches-tu ù la chair ce qui attend la gloire et la possession de Dieu , ce qui espère en Dieu , ce que Dieu honore , ce qui reçoit les assistances de Dieu? J'ose dire que si ces accidens ne fussent point arrivés à la chair, la bonté, la grâce, la miséricorde, toute la force, et l'abondance des bienfaits de Dieu fût demeurée inutile et sans effet.
X. Âs-tu connaissance des Écritures qui déshonorent la chair .^apprends aussi celles qui relèvent son honneur. Lis-tu les passages des saintes lettres qui portent le mépris de la chair? jette aussi les yeux sur ceux qui marquent sa gloire et son prix. Il est écrit que « toute chair est vile comme de l'herbe^ ;» mais ce n'est pas la seule chose qu'ait prononcée Isaie^; il a encore dit : «Toute chair verra Dieu le Sauveur*^. »(>n remarque que Dieu a dit dans la Genèse: a Mon esprit ne demeurera point dans ces hommes-là , parce qu'ils ne sont que chair ^; » mais le prophète Joël a dit : «Je répandrai mon esprit sur toute chair-*. » H ne suffit pas que tu connaisses l'apùtre, lors qu'il aiguise son stylet contre la chair, comme il fait assez souvent ; car encore qu'il nie qu'il y ait rien de bon dans sa chair i^, encore qu'il assure que ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu, «parce que la concupiscence de la chair s'élève contre l'esprit; quoiqu'il exprime d'autres choses semblables, qui toutefois ne vont pas à déshonorer la substance de la chair, mais seulement à découvrir la honte des actions charnelles, nous dirons ailleurs qu'il n'y a rien que l'on puisse reprocher à la chair, sans faire rejaillir le reproche contre l'âme qui se sert du ministère de la chair. Cependant nous pouvons remarquer que lorsque saint Paul fait entendre sa voix dans ces expressions qui semblent faire
» s. Luc, 5. — M. for., 12.- = S. Luc, 19. * K/.i^ch , r. 18 rf ;i3 ; Dont ., 32 — » Isaic, 40. — • Jbid, 'Gciicsc, 0. - • Jovl, 2. .- •■' Uoin , 8. — '» Galat., 5
honte à la chair, en même temps il porte sur son corps les marques des plaies de Jésus-Christ, il défend de laisser corrompre ce temple qui est noire temple ^ comme il est le temple de Dieu; il fa il de nos corps les membres de Jésus-Christ; il nous avertit de porter et de glorifier Dieu en noire corps. Si donc les ignominies de la chair sont des raisons qui excluent sa résurrection, pourquoi ne dirons-nous pas et avec plus de justice, que ses prérogatives sont des fondemens assurés qui établissent Tespérance de cette même résurrection? Certes, il est plus convenable à Dieu de sauver ce qu'il semble avoir eu quelquefois en aversion, que de laisser tout à fait périr ce qu il a aussi quelquefois favorisé et honoré de sa bienveillance.
Xï. Ce que j'ai dit jusqu'ici est pour servir d'éloge et de défense à la chair contre ceux qui se déclarent ses ennemis, et qui toutefois ne laissent pas de faire profession d'une amitié très-étroite avec elle; car il n'y a personne qui vive plus selon la chair, que ceux qui nient la résurrection de la chair, parce que ne voulant pas convenir des peines qui suivent les actions de la chair, ils ne font point d'état de la retenue dont elles doivent toujours être accompagnées; et c'est d'eux que le Paraclet a si bien parlé par la bouche de Prisca, cette femme douée de l'esprit de prophétie : «Ils ne sont quechairjdit-elle, et néanmoins ils haïssent la chair, d Que si la dignité de la chair est assez bien établie pour lui faire mériter le salut , ne devons-nous pas mettre aussi au rang des causes qui l'élèventàcette félicité, la puissance de Dieu, cette autorité avec laquelle il fait toutes choses? Ne devons-nous pas rechercher, s'il est si grand , que ce tabernacle de chair étant disparu , ayant été ou dévoré ou ravi par quelque accident que ce soit, il puisse le remettre en son premier état? Mais n'a-t-il pas donné des témoignages publics de sa toute-puissance dans toutes les parties de la nature, pour obliger à la croire ceux même qui peut-être n'ont encore aucune connaissance de cet être éternel, lui en qui l'on ne croit point, si l'on ne croit qu'il est partout , et que sa puissance n'a point de bornes? Et de vrai, s'il y a des philosophes qui soutiennent que ce monde cîjl clonicl, qu'il nVst point né, qu'il n'a point
» Galdl.,G.l('x)r., J.
été fait, presque toutes les sectes qui se .sont élevées dans le christianisme en ont bien mieux jugé, ayant cru que le monde est né et a été fait , et attribuant à notre Dieu sa naissance et sa création. Tiens donc pour certain que Dieu a tiré du néant tout cet univers; et ayant cette opinion ferme et assurée que Dieu a une si grande puissance , tu as la connaissance de ce qu'il est. Il est vrai qu'il y a des esprits încapablés d'embrasser cette créance, qui se persuadent plutôt selon le sentiment de quelques philosophes que Dieu a formé l'univers d'une matière première et incréée. Mais quand cette opinion serait véritable, puisqu'elle suppose que Dieu aurait tiré de cette matière première beaucoup de substances et beaucoup d'espèces toutes distinctes de ce principe, je ne laisserais pas de soutenir qu'il a tiré ses créatures du néant, s'il a produit des créatures qui n étaient point auparavant. Car qu'importe-t-il qu'une chose soit faite du néant ou de quelque autre chose, pourvu que ce qui a été fait soit ce qui n'était pas , puisqu'il n'y a point de différence entre n'être rien et n'être point, el qu'au contraire l'on ne peut pas dire que ce qui a Vètre ne soit rien? il y a plus, car quand même cette diversité de principe, ou du néant ou d'une matière première, serait importante, je trouve mon avantage paiement en l'un et en l'autre; car, soit que Dieu ait créé toutes choses du néant, il pourra aussi tirer du néant la chair, après qu'elle aura été réduite dans le néant ; soit qu'il ait formé l'univers d'une autre matière, il pourra rappeler d'une autre matière la chair, quelque engloutie et consumée qu'elle puisse être. Et certes celui qui a fait une chose la peut refaire. C'est une opération plus grande de faire^que de refaire ce qui a été fiiit, de donner le commencement à quelque chose , que de lui restituer ce qu'elle a été ; et enfin lu dois croire que c'est une œuvre plus facile de rendre la vie à la chair que de l'avoir créée.
XII. Mais jette maintenant les yeux sur ces exemples que nous avons de la puissance de Dieu : le jour meurt au moment que la nuit commence, et les ténèbres qui renvcloppent de toutes paris sont connue son sépulcre : toute cette beauté du monde s*habillc de deuil; l'univers n'a |>oinl <h! substance (|ui ne soit comme dans un vètcihcnl lugubre, une extrême négligence
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
déshonore toutes choses, le silence et le sommeil régnent partout, et partout les affaires cessent et sont sans action. Ainsi Ton déplore la perte de la lumière, et toutefois elle revient tout entière éclairer cet univers; elle reprend la vie avec tous ses ornemens et toutes ses grâces, accompagnée de ses astres et de son soleil ; elle donne la mort à la nuit, qui est sa mort; elle franchit l'épaisseur des ténèbres, qui est son sépulcre; elle se succède à soi-même, tant que la nuit retourne avec son appareil : alors les étoiles , dont les rayons avaient été éteints par les flambeaux du matin, se rallument; les astres, qui semblaient n'être plus et qui ne s'étaient absentés que pour un temps , paraissent de nouveau à nos yeux ; ces miroirs du corps de la lune, dans le lustre inégal quelle a tous les mois, se représentent avec ce qulls ont de splendeur et de clarté ; on sent le retour des hivers et des étés, des printemps et des automnes, et par une continuelle vicissitude Ton éprouve la vertu des productions différentes et des diverses qualités de leurs saisons. G est encore le propre de la terre, par la fécondité qu'elle reçoit du ciel, que les arbres, après avoir été dépouillés de leurs richesses, se parent de nouveaux trésors; que les fleurs reprennent leurs couleurs si belles et si agréables; que les jardins repoussent de nouveau et reproduisent leurs herbes ; que les mêmes semences qui ont été consumées dans le sein de cette mère féconde se relèvent , et qu'elles ne se relèvent qu'après avoir été consumées. Secret merveilleux de la Providence ! la terre nous prive de nos biens pour nous les conserver; elle nous les ôte pour nous les rendre. Quand elle les prend, elle ne fait que nous les garder; elle les consume pour nous les restituer tout entiers, et elle les consume d'abord pour nous en faire après des présens plus riches et plus magnifiques. En effet ce qu'elle nous rapporte est plus beau et plus abondant que ce qu'elle nous a ravi et qu'elle a fait périr, tellement que la perte qui nous en arrive n'est effectivement qu'un prêt que nous lui faisons; qu'elle nous paie l'usure de ce qu'elle nous prend , et que nous trouvons de l'unité dans le dommage que nous en souffrons. Et pour dire tout en un mot, la nature est sujette à cette révolution; tout ce que tu trouves aujourdliui a été autrefois; tout ce que tu perdb
n*cst pas tellement perdu qu'il ne soit plus et qu'il retombe dans le néant; les choses qui s'en vont après ((u'elles sont disparues reviennent ù leur premier état, et celles qui sont fmies, par un merveilleux changement , recommencent d'être ce qu'elles étaient, et l'on |ieut même dire qu'elles ne finissent qu'afin de recouvrer leur être; tant il est vrai que rien ne périt que pour son bien et pour être plus heureusement consené. Certes, cette belle vicissitude de toutes choses est une exccllenle preuve de la résurrection des morts. Dieu en a donné des témoignages par ses œuvres avant que d'en donner par les Écritures; il l'a enseignée par les effets de sa puissance avant que de l'enseigner par sa parole. Il fa donné la nature pour recevait d'elle tes premières instructions, et ayant destiné de t'envoyer les prophètes, pour seconder les instructions de la nature, il t*a fait disciple de la nature afin de te disposer à croire plus facilement aux pmphètes, en telle sorte que s^ins hésiter lu admettes pour chose véritable ce que Ton t'annonce de conforme à ce que tes yeux te font découvrir en toutes les créatures , et que lu ne puisses douter que Dieu de qui lu as cette connaissance , qu'il est le restaurateur de toutes choses , ne le soit aussi de la chair, par une vraie résurrection. En effet , en pourrais-tu douter, voyant que toutes choses ressuscitent pour l'homme, à qui elles ont été destinées? mais si elles n'ont point été faites pour Thomme, si elles n'ont point été faites pour la chair, quelh; apparence y a-t-il donc que celte chair, pour la considération de laquelle rien ne périt, et (|ui ne souffre la perte entière d'aucune des créatures, doive elle-même périr entièremcnl .^
XllI. Que si ce qui se passe en général dans tout l'univers ne prouve pas assez la résurrection des morts; si la création ne montre rien de pareil ; si les choses singulières qui sont dans la nature n'en sont pas des figures as:>ez expres^^es, parce que Ton ne peut pas si bien dire qu'elles meurent, que l'on peut dire qu'elles cessent d'être, et que l'on n'estime pas qu elles reprennent une âme qui les ranime, mais que de TéiaC de non être ellesreviennenl à l'être ;raisrcfiexion sur un autre exemple que je vais te proposer, qui est une preuve tout à fait juste et puissante de noire résurrection, «le parh^ d'iine production de nature animale, bujeltc à la vie et à la mort.
TERÏULLIEN.
de cet oiseau qui ne se voit qu'en Orient, si renommé en ce qu'il est unique et qu'il n'a point de pareil, et dont la renaissance, source de sa ])ostcTité, a quelque chose de monstrueux ; car se faisant de son propre instinct ses funérailles, il se renouvelle ; pour renaître il perd la vie, et en la perdant il devient son successeur à soimême dès Tinstant qu'il n'est plus; il est un nouveau phénix, et quoiqu'il ne soit plus il est encore le même; enfin c'en est un autre, mais un autre tout semblable à celui qui n'est plus. Se peut -il rien voir de plus exprès et de plus formel sur le sujet que nous traitons, et y a-t-il quelque autre chose que celle-là , pour laquelle cet exemple si propre à nous instruire ait pu nous être donné? Dieu même l'a marqué dans l'Écriture : « Il fleurira, dit-il, comme le phénix ^, » c'est-à-dire qu'il triomphera de la mort et du sépulcre, aflu que tu croies que la substance du corps peut être rappelée du sein même des flammes. INotre-Seigneur a prononcé que nous sommes dans un degré d'excellence au-dessus de jilusieurs passereaux 2. Certes ce ne serait pas un {;rand avantage, si nous n'excellions point aussi jiar-dessus des phénix : mais peut-être que les hommes mourant une fois périssent pour toujours, tandis que les oiseaux d'Arabie sont assurés de leur résurrection.
XIV. Dieu donc ayant exprimé ces traits admirables de sa puissance, et se pouvant dire qu'il ne les a pas moins représentés par les figures de ses paraboles que par la vertu de ses ])aroles divines, nous devons passer de cette considération à celle des causes profondes de ses conseils et des décrets de sa justice; car c'est ainsi que nous formons la division de notre matière. Nous avons commencé par la dignité et le mérite de la chair, examinant si elle est de telle qualité que, étant détruite par la mort, elle soit capable de recevoir le salut. Après cela nous avons touché l'argument de la puissance de Dieu , recherchant si elle est si grande qu'elle ait accoutumé de conserver l'être ù qui n'est plus, et de le remettre dans l'état qu'il a perdu. Que si nous avons prouvé l'un et l'autre, je t'interpelle maintenant de me demander la cause de la résurrection de la chair, et de désirer que je t'apprenne s'il y a quelque
cause assez pertinente pour assurer la vérité d'une chose de celte importance, quelque cause qui fasse voir que la résurrection des corps est nécessaire et qu'elle est conforme à la raison et à la justice de Dieu. En effet l'on peut opposer, que si la chair est capable d'être rétablie , si la Divinité a la puissance de la rétablir, il faut qu'il précède une cause pour laquelle elle doive être remise dans cet état dont elle a été dépouillée par la mort. Ecoute donc quelle est cette cause, toi qui apprends de ton dieu qu'il est aussi vrai que Dieu est souverainement bon, qu'il est vrai qu'il est juste, souverainement bon par lui-même , et juste par notre attentat ; car si l'homme n'eût point péché il n'eût connu Dieu qu'en la qualité qui lui est propre par sa nature de principe souverainement bon, mais maintenant il l'éprouve juste par la nécessité de la cause qu'il lui en a donnée : cependant Dieu est souverainement bon en ce qu'il est juste, parce que faisant éclater sa justice, en soutenant le bien et en punissant le mal, les jugement différens qu'il rend sur le bien et sur le mal produisent toujours un bien, soit qu'il châtie l'un, soit qu'il récompense l'autre. Mais de savoir si toute cette rigueur du jugement de la nature humaine est une chose convenable à Dieu , tu le peux apprendre plus particulièrement de mes livres contre Marcion. Cependant nous disons que tel est l'état de notre Dieu; c'est à bon droit qu'il est notre juge , parce qu'il est notre seigneur; c'est à bon droit qu'il est notre seigneur, parce qu'il est notre auteur ; c'est à bon droit qu'il est notre auteur, parce qu'il est Dieu. D'où vient qu'il y a un je ne sais qui parmi les hérétiques, qui a dit : Je pense à bon droit qu'il n'est pas notre juge , parce qu'il n'est pas Dieu ; j'estime à bon droit qu'il n^est pas notre seigneur, parce qu'il n'est pas notre auteur. Et certes je ne puis dire si le dieu de ces hérétiques est dieu, lui qui n'est pas notre auteur, qualité qui convient seulement au vrai Dieu ; lui qui n'est pas notre seigneur, qualité qui ne convient qu'à notre auteur. S'il appartient donc à Dieu, en qualité de seigneur et d'auteur de l'homme, de l'appeler au tribunal de sa justice pour le juger, ce qui sera exposé au jugement de Dieu , c'est si l'homme aura fait son devoir de reconnaître et d'honorer son seigueur et son auteur, ou s'il n'aura poiat feit
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
état de satisfeire à cette obligation, et c'est la résurrectioa qui doit achever ce jugement redoutable. Ainsi toute la cause, mais plutôt la nécessité de h résurrection dépend de la destination du jugement de Dieu, de ce décret si convenable à sa grandeur, et à Tautorité qu'il a sur ses créatures; de sorte que ce qu'il faut maintenant examiner est si le jugement de Dieu par Tordre de sa providence prononcera sur les deux substances qui composent l'homme, sur l'âme et sur la chair ; car il est sans doute que ce qui doit être jugé doit aussi être ressuscité. Nous disons donc premièrement qu'il faut croire que le jugement de Dieu sera plein et parlait, parce que ce sera le jugement final, et qu'en qualité de jugement final il sera étemel, d'où il s'ensuit encore que ce jugement sera accompagné de toute justice, en ce qu'il ne traitera pas inégalement l'âme et la chair, et il sera digne de Dieu en ce qu'après une si longue patience que Dieu aura eue, il s'étendra sur tous dans une plénitude et une perfection tout entières; or cette plénitude et cette perfection du jugement de Dieu ne consistent qu'en ce que l'homme tout entier comparaîtra pour être jugé, et comme l'homme est un composé des deux substances de l'âme et du corps, il doit comparaître à ce jugement en l'une et en l'autre substance, parce qu'il faut que l'homme qui n'a vécu que tout entier, soit aussi jugé tout entier, et il sera jugé tel qu'il a vécu , parce qu'il doit être jugé sur tout ce quil a fait durant qu'il a vécu; en effet, la vie de l'homme est la cause de son jugement, et elle doit être examinée par autant de substances qu^elle en a eu pour faire ses fonctions sur la terre.
XV. Mais que nos adversaires, qui ne veulent pas convenir de ces vérités, divisent Tunion qui est entre la chair et l'âme, qu'ils commencent â la diviser en ce qui regarde les œuvres de l'homme durant cette vie, pour avoir après cela l'audace de la diviser dans le prix et la récompense que ces mêmes œuvres doivent recevoir de la bonté de Dieu. QuMIs nient que la chair et Tâme soient dans une société d^actions et de mérite, afin qu'ils aient aussi sujet de nier la récompense qui leur est préparée; que la chair n'ait point de part à la sentence, si elle n'a point de part à la cause pour laquelle la sentence sera prononcée; que l'âme seule soit rappelée au
jugement de Dieu , si elle sort toute seule de la vie. Mais certes, elle ne sort non plus seule de la vie, qu'elle n'a fait seule la course de la vie d'où elle sort. Au reste il est si peu vrai que l'âme fasse seule la course de la vie, que nous u'ùtons pas même à la chair les pensées de l'esprit, quoiqu'elles soient encore toutes nues et qu'elles n'aient point passé à l'action par le ministère de la chair. En effet , ce que le cceur conçoit, l'âme l'opère dans la chair, avec la chair et par la chair. Enfin Notre-Seigneur reprenant les pensées des hommes, donne atteinte à cette partie qui est de chair, et qui est aussi la partie supérieure , et comme la forteresse de Tâmc : a Qu'est-ce que vous pensez, dit-ii , de méchant dans vos cœurs *? » Et ailleurs : «Celui qui regarde une femme par esprit de concupiscence, a déjà commis l'adultère daus son cœur ^ ; » tant il est vrai que sans Tœuvre et sans Tcffet , la pensée seule est une action de la chair. Mais que la faculté qui préside aux fonctions de Tâme, et où est le principe des sens, soit placée ou dans le cerveau , ou au milieu d'entre les sourcils, ou en quelque autre partie qu'il plaira aux philosophes, le lieu où Tâme forme ses pensées c'est toujours la chair; tant que l'âme est dans la chair, elle n est jamais sans la chair; et comme elle n'est point sans la chair, clic ne fait aucune chose, que ce ne soit par elle qu'elle la fait. Recherche encore après cela si les pensées se servent dans leurs opérations de l'entremise de la chair, elles qui se découvrent au dehors par le moyen de cette même chair; si l'âme médite quelque chose, le front en porte la marque et le caractère: le visage est le miroir de tout ce que nous avons dans l'esprit et de nos plus «secrètes intentions. Que nos adversaires qui ne peuvent dénier â la chair la société des pensées, lui dénient la société des œuvres. 11 est vrai qu'ils font le dénombrement des vices de la chair, d'où il s'ensuit que cette pécheresse sera livrée au supplice qu'elle a mérité par son [)éché ; mais quant à nous, la raison veut que nous leur opposions les vertus de la chair, d où il s'ensuit que la chair ayant vécu dans de Ijonncs œuvres en recevra la récompense. Que si c'est Tâme qui agit et qui excite toutes les actions humaines, le mérite de la chair consiste dans l'obéissance
f S. Maltli., 9. — * S. Mattb., 5.
TERTDLLIEN.
qu'elle rend i ses bons mouvemens. Il ne faut point croire que Dieu soit un juge ou injuste ou sans connaissance, injuste s'il ôte la récompense à celle qui est la compagne de l'âme dans les bonnes œuvres, sans connaissance s'il exempte des supplices celle qui est la compagne de Tâme dans ses mauvaises œuvres; et cela est d'autant moins croyable de Dieu, que même dans la distribution de la justice humaine, c'est être juge parfait que de rechercher exactement les miitistres du mal , de n'user point d'indulgence qui sauve les auteurs du crime qu'ils ont commis, et de ne leur envier pas que les peines ou les grâces soient communes entre eux et ceux qui les ont rendus criminels.
XVI. Or, en attribuant à l'âme la gloire du commandement, et à la chair le mérite de Fobéissance, il faut prendre garde que nos adversaires ne ruinent pas par un autre argument ce que nous avons établi , tâchant d'insinuer que la chair est destinée au service de l'âme, mais non pas en qualité de ministre pour Texécution de ses ordres , de peur que convenant de cette qualité, ils ne fussent contraints de la reconnaître pour compagne de Famé , et comme étant en société avec elle. Ils diront que les ministres et les associés sont des hommes qui sont maîtres de leur volonté, et qu'étant en leur liberté d'accepter et le ministère et la société, il est juste que le mérite soit commun entre eux et ceux dont Ils sont les ministres et les associés, et auxquel84ls engagent volontairement leurs soins et leur travail : mais que la chair qui n'a ni connaissance ni sentiment par elle-même, et qui n'a point de soi la puissance de vouloir ou de ne vouloir pas, est plutôt auprès de Tâme comme un vaisseau ou comme un instrument que comme un ministre pour agir avec elle; que de cette sorte il n'y a que Fâme qui doive répondre au jugement de Dieu de la manière dont elle aura usé flu vaisseau de la chair : mais que quant au vaisseau il ne doit point souffrir de jugement, parce que l'on ne condamne point une coupe si quelqu'un y a mêlé du poison , et que l'on ne livre point le glaive à la fureur des bêtes farouches, â cause que les voleurs s'en sont servis pouf commettre leurs crimes. Il faut ^onc avouer que la chair, en ce que les mauvaises œuvres ne lui seront point imputées, est véritablement innocente, et il n'y a point de répu-
gnance que son innocence soit la cause de son salut, parce qu'encore qu'on ne lui attribue pas les bonnes œuvres, non plus que les mauvaises, il est de la bonté de Dieu de sauver ce qui est dans l'innocence. En effet Dieu doit le salut à ceux qui font le bien, et il lui appartient en qualité de très-bon de donner même ce qu'il ne doit pas. Mais je reprends cet exemple de la coupe , je ne dis pas seulement de cette coupe envenimée qui par la véhémence du poison qu'elle a répandu dans le corps lui a fait en un instant rendre l'âme, je parle aussi de celle qui a été infecté^ de l'haleine de quelque sorcière, de quelqu'un de ces vilains prêtres de Gybèle, de quelque gladiateur, ou plutôt de quelque bourreau, et je demande si l'on doit avoir moins en horreur une telle coupe que les baisers de ces sortes de gens, lors même que l'on nous présente un verre qui n'est pas assez net, ou un vase où le vin n'a pas été trempé autant que nous le voulons, nous le rejetons rudement, et le rebut que nous en faisons nous donne sujet de nous fâcher contre notre valet qui nous le présente ? Mais y a-t-il quelqu'un qui puisse souffrir un glaive que les forfeits des brigands ont comme enivré de sang, et qui ne l'éloigné non-seulement de sa chambre et du dievet de son lit, mais de toute sa maison, s'imaginant que s'il y demeurait il n'aurait en songe que des illusions, et ne verrait que des images des âmes arrachées de leurs corps , qui le troubleraient dans son sommeil, comme faisant coucher avec lui et ayant sous sa tête cette épée criminelle, encore rouge de leur sang? Au contraire oo chérit une coupe qui n'a été employée qu'à un bon usage et à un honnête ministère, et qui est recommandable par les services que l'on en a reçus : celui â qui elle servira , ou ornera les bords de couronnes, ou la couvrira de fleurs; un glaive même qui s'est ensanglanté dans des occasions de guerre , et de légitimes combats , et qui est certes homicide, mais plus justement que ce glaive de brigands, recevra la louange qui lui est due par les trophées que l'on en fera dans les temples où il sera glorieusement consacré. II est donc vrai que l'on peut même attacher la condamnation sur les vaisseaux et let instrumens; et il le faut, afin qu'ils participent aux mérites des ouvriers qui les ont faits, et qu'ils aient aussi part à ceux de leurs propres
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inn
mattres. Ainsi je pense avoir pleinement satisfit à cet arfi;ument de nos adversaires, quoique I d'ailleurs leur exemple ne puisse passer pour j juste, si Ton s'arrête à la différence des choses ; car tout vaisseau et tout instrument qui sert à quelque usage, vient de dehors à cet usagée , et ce n'est point par sa nature qu'il y sert , et c>st une matière qui est tout h fait étrangère h la substance de fhomme. Il n'en est pas de même de la chair, et comme dès le ventre maternel elle est conçue, formée et engendrée avec Tâme, elle est aussi mêlée avec Pâme dans toutes 1rs opérations humaines ; car encore que le nom de vase soit donné par Tapùtre & la chair >, voulant qu*on la traite avec honneur et avec respect , le même apôtre la nomme elle-même «Thomnie extérieur, nelle qui est ce limon, lequel a rcrn divs le commencement le nom d'homme et non celui de coupe , de glaive , ou de quelque vaisseau que ce soit : la chair a été nommée vaisseau h cause qu^elle reçoit et qu'elle contient l'âme; et elle a eu le nom d'homme, h cause de la participation de la nature, qui la fait coopérer avec IMme, non pas comme un instrument, mais comme une compagne qui l'assiste de son ministère; ainsi cette compagne à raison de son ministère répondra au jugement de Dieu, quoique d'ellemême elle n'ait aucune connaissance, parce que c'est une partie unie à l'âme qui sait et qui connaît, et que ce n'est pas un simple instrument que l'Ame remue à son gré dans les actions qu'elle produit. L'apôtre donc sachant bien que la chair ne fait rien par elle-même qui ne soit attribué à l'âme, ne laisse pas de dire que la chair est pécheresse, de peur que l'on ne crût qu'elle n'est point responsable au tribunal de Dieu à cause qu'elle n'agit que par le mouvement de l'àme. Sur ce même principe, l'apôtre ordonnant à la chair de faire de bonnes œuvres : c Glorifiez, dit-il, et portez Dieu en votre corps >; » quoiqu'il sache que ces effets viennent de l'âme, il les ordonne néanmoins à la chair, parce qu'il lui en promet la récompense. Et certes il n'eût point été à propos de faire ni ce reproche ni cette exhortation à la chair, si elle n'eût point eu de part soit au péché, soit à la gloire qui vient des actions de vertu ; et enfin ce reproche et cette exhortation seraient inutiles à la chair,
M.Ta., 6.— M.Cor.
sans la reromprnsc ([u'elle remit par le bonheur de la résurrection.
XVII. II y aura sans doute quelques personnes simples parmi ceux qui défendent notre opinion , qui estimeront que la chair doit couiparaltre au jugement de Dieu par une autre raison, ù savoir que l'âme ne peut sentir sans la chair ni la rtgtieur des lourmens ni les délices du repos, parce qu'elle est incorporelle ; et tel est le sentiment du vulgaire : quant à nous, notre créance est que l'âme est cï>riM)relle et non-seulement nous le soutenons ici . mais nous l'avons prouvé dans un livre que nous avons fait sur ce sujet , oCi nous montn)ns «{ue Tâme n un genre pmpre et de substance et de solidité, par laquelle elle est capable de passion et de souffrance. Kn effet l'exemple de Lnz:u*e montre que les âmes souffrent dans les enfers, ou y sont en repos, quoiqu'elles soient encore toutes nues, et par une espèce d'exil se|)arêes de la société de la chair : ainsi nous donnons le moyen â notre adversaire de nous faire cette objection : c L'âme, dîra-t-il. ayant une sorte de corps qui lui est propre, elle n'a besoin que d'elle-même pour être susceptible de sens et de passion , et il n'est point nécessaire que pour cela la chair se représente avec elle. » Mais je lui ré|)on(lrai : « que l'âme aura besoin de la chair, non pas qu'elle ne sente rien sans la chair, mais parce qu'il est nécessaire qu'elle sente aussi avec In chair; la même faculté qu'elle a de sa nature pour l'action, elle l'a aussi |)our la passion; or elle est peu suffisante d'elle-même pour agir, car elle n'a de soi que la [)uissance de former des pensées, de vouloir, de désirer, de disposer ce qu'elle se propose, et quand il faut en venir â Teffet, elle attend que la chair y travaille; de la même sorte pour pâlir elle demande la société de la chair, afin que par la chair elle puisse pâtir pleinement, comme elle n'a pu agir pleinement sans la chair. Cependant, par un jugement équitable, elle porte la peine des choses où elle est suffisante d'elle-même, je veux dire qu'elle souffre pour les vices de sa concu))iscence et de ses pensées et pour le dérèglement de sa volonté. Certes, si les purs mouvcmens de l'âme faisaient toute la plénitude des mérites, et que les œuvres ne fussent pas nécessaires pour leur donui^r Itviir entier acciMnpIissenienl , l'âme toute seule sulhrait pour la consonunalion du juge-
TERTrLLIEIV.
ment de Dieu , n'ayant à èire jugée que sur les choses qu'elle aurait opérées de soi-même, et ofi elle aurait été suffisante toute seule : mais comme les œuvres ont aussi de la liaison avec les mérites, et que c'est par la chair que les œuvres se font, il ne suffit pas que sans la société de la chair Tàmc goûte des joies, ou souffre des tourmens à cause des œuvres faites par la chair; quoique Fâme ait un corps, quoiqu'elle ait des membres, ni son corps ni ses membres ne lui suffisent pas pour pàtir pleinement, non plus que pour agir parfaitement, ainsi de la sorte qu'elle a péché, elle est punie dans les enfers, éprouvant la première la rigueur du jugement de Dieu , comme elle est la première qui a péché par ses mouvemens et ses désirs criminels : mais elle est dans Tattente de la chair, afin qu'ayant formé de mauvaises pensées qui lui ont fait faire de mauvaises œuvres , elle achève par les souffrances de la chair les peines qui sont dues aux mauvaises œuvres, et c'est le dessein pour lequel Dieu a destiné son jugement ù la fin des temps, que la chair se représentant pour être jugée, sa justice fasse une revue générale de toutes les pensées et de toutes les œuvres des hommes, et se puisse montrer dans toute son étendue, et avec toute sa puissance; et de vrai Ton n'attendrait pas à la fin des temps ces peines que les âmes souffrent même dès à présent dans les enfers, si ce n'était qu'aux âmes qu'elles eussent été destinées.
XVIU. Je n'ai encore fait que jeter les fondémens nécessaires pour établir le sens de toutes les Écritures qui promettent la résurrection de la chair, vérité fondée sur un grand nombre d'argumens forts et inébranlables, tirés soit de la dignité propre de cette substance, soit de la puissance de Dieu , soit des exemples de cette puissance, soit enfin des raisons et de la nécessité du jugement, et qui sont autant de préjugés pleins de force et d^autorité, selon lesquels les Écritures recevront leur explication, et non pas selon l'esprit et le sens des hérétiques, qui n'a pour principe que leur incrédulité : en effet, ils estiment que c'est une chose qui choque la raison et qui est incroyable, qu'ime substance qui est disparue par la mort, puisse reprendre son premier être, et recouvrer la vie quelle a perdue, quoiqu'il n'y ait
rien dans la substance de la chair qui soit indigne de ce rétablissement du néant à l'être , que ce changement de son état n'ait rien d'impossible à Dieu, et qu'elle n'ait point d'incapacité qui l'exclue de répondre au tribunal de la justice divine. Certes, ce retour de la mort à la vie est une chose qui surpasserait la créance humaine, si elle n'avait point été annoncée par les oracles de la parole de Dieu. Toutefois, quand Dieu même ne l'aurait pas annoncée, on ne devrait pas laisser d'en être persuadé de soi-même, par cette seule présomption, que si elle n'avait pas été annoncée ce serait à cause de tant d'autres preuves par lesquelles elle est établie; mais puisque la voix de Dieu fait aussi résonner cette vérité dans ses Écritures, tant s*en faut qu'on leur doive donner un autre sens que celui qui se rapporte à tant d'illustres témoignages, que même ces témoignages seuls suffisent pour la persuader, sans l'autorité de la parole de Dieu. Voyons donc premièrement quelle est l'inscription qui nous a annoncé cette promesse de ia restitution de la chair à une autre vie; H me semble qu'il n'y a qu'un seul édit sur ce siyet qui soit exposé à notre vue , et que nous y Usons tous : La résurrection des morts. Ces deux mots sont clairs , décisifs et hors d'ambiguïté, il faut les examiner, et considérer à quelle substance ils conviennent. Lors que l'on me dit que l'homme ressuscitera, je dois en même temps rechercher ce que c'est de l'homme que ia mort a abattu , car l'homme ne doit point attendre qu'autre chose ressuscite que ce qui est tombé et ce que la mort a fait descendre dans le sépulcre, celui qui ignore que la chair tombe par la mort, peut aussi bien ne connaître pas qu'elle subsiste par la vie. Certes la nature prononce ce décret du jugement de Dieu : a Tu es terre et lu retourneras en terre ^;i> et quiconque ne Va pas entendu, ne laisse pas d'en voir l'effet^ toute mort est la destruction des membres du oorpi. Notre-Seigneur lui-même a exprimé cette ooddition de la chair lorsqu'en étant revêtu 0 dit : a Détruisez ce temple, et dans trois jours je le relèverai^. » 11 a montré par ces paroles oe que c'est qui est détruit, qui est abattu, qui est couché par terre , et ce que c'est qui ressuscite et qui sort du tombeau, lui qui avait une âme
' Gpnèsc, 3. — *S. Jean, 1.
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
exposée aux amertumes de la faiblesse humaine jusqu'à la mort, mais qui n'était point sujette à tomber par la mort. Aussi rÉcriture ajoute , qu'il parlait du temple de son corps ^, tant il est vrai que c'est la diair que la mort couche dans le sépulcre, et certes la chute qu'elle souffre a donné sujet de nommer le corps mort du nom de cadavre; au contraire, comme Tàme vit toujours , et qu'elle ne tombe point , elle n'a point de nom qui soit une preuve de vicissitude et de changement en elle : en effet, c'est elle qui, sortant du corps par un petit souffle, cause toute sa destruction et le prive de toutes les fonctkms de la nature, comme c'est encore elle qui rentrant dans ce même corps le tira du sein de la terre : celle-là certes, ne peut tomber qui entrant dans le corps le ressuscite, et celle-là ne peut périr, qui sortant du corps lui donne le coup de la mort. Je veux presser encore davantage mon raisonnement ; et je dis que l'âme ne tombe pas même dans le sommeil avec le corps , et qu'alors elle veille sans souffrir les abatteroens de la chair. Et de vrai , lorsque le corps repose , elle s'agite et se travaille ; que si elle était endormie comme la chair , elle reposerait comme die, et elle serait endormie avec la chair si elle tombait avec elle dans le sommeil ; puisqu'il est donc évident qu'elle ne tombe point dans l'image de la mort, l'on ne peut dire qu'elle soit soumise à la vérité de la condition mortelle. Après avoir examiné le premier mot de l'édit, considère maintenant le second, et prends garde à quelle substance la dénomination de morts se peut rapporter, en quoi d'abord nous disons, et quelquefois les hérétiques attribuant la mortalité à Tàme, nous admettons ce sentiment pour en argumenter contre eux , et conclure que si l'àme étant mortelle comme ils le supposent, elle ressuscitera un lour, c'est un préjugé que la chair, qui n'est pas moins mortelle, participera comme elle à la résurrection. Mais il faut rendre le mot à sa signification propre et naturelle : la résurrection se dit de ce qui a perdu son être, c'est-à-dire de la chair qui n'est plus , et par conséquent elle se dit de ce qui est mort , puisqu'en tant qu'on la nomme la résurrection des morts, elle regarde ce qui a perdu son être , et qui n est plus : nous
* s. Matth., 20.
l'apprenons ainsi d'Abraham, ce père des fidèles, cet homme que Dieu a honoré de son amitié, et avec qui il a eu tant de familiarité; car demandant aux enfans de Ghet une place pour en faire le sépulcre de Sara : « Accordez-moi , dit-il , que j'use du même tombeau que vous, et j'y enterrerai mon mort ^ 9 c'est-à-dire la chair. Car supposé même que l'on crût l'àme mortelle, et qu'on la pût juger digne d'être nommée un mort, Abraham n'eût pas demandé un espace de terre pour inhumer une àme. Que si c'est le corps qui est mort, quand on dit la rénurrection des morts, l'on entend sans doute la résurrection des corps.
XIX. Gomme l'examen de celte inscription, et des termes dans lesquels elle est conçue, en conserve la foi, la vérité. Il pourra servir pour confondre l'erreur de nos adversaires qui brouillent les choses les plus claires sous prétexte d'énigmes et de figures, et Fera que lautorité demeure à ce qui est le plus manifieste, et que les choses Incertaines se règlent par celles qui ont le plus de certitude. En effet, il y a de certaines gens qui tombant sur ce caractère fort ordinaire du langage des prophètes, qui est souvent, mais non pas toujours dans les allégories et les figures, détournent à un sens imaginaire ce que les prophètes annoncent manifestement de la résurrection des morts, soutenant que la mort même se doit entendre spirituellement, que la vraie mort ce n'est (las cette séparation de la chair et de l'àme qui parait à nos yeux, et qu'elle n'est autre que l'ignorance où l'homme est enseveli lorsqu'il ne connaît point Dieu 3, et qu'étant mort à Dieu, il croupit dans son erreur comme dans un sépulcre ; que la résurrection qu'il faut défendre est celle que Ion reçoit lorsque après avoir pénétré la vérité jusque dans le fond , on prend un nouvel esprit et une nouvelle vie en Dieu, el que dissipant la mort de l'ignorance Ton s'élève comme du sépulcre du vieil homme ; que de là vient que Notre-Sergneur a comparé les scribes et les pharisiens à des sépulcres blanchis ^ ; que de cette sorte ceux qui ont reçu la résurrection par la foi sont avec Dieu , ayant été revêtus de Jésus-Christ au sacrement de baptême. Voilà quel est l'esprit des adversaires ; et c'est avec de
• Genèse, 23. — « Koin., 0. — » S. Matth., 23.
TRRTULLIEN.
semblables discours qu'ils abusent souvenl les nôtres dans les conférences qu'ils ont avec eux , comme si eux-mêmes ils admettaient U résurrection des morts: « Malheur, disent-ils, à celui qui ne sera pas ressuscité dans cette chair, de peur de les offenser et les choquer d*abord, si d'abord ils niaient la résurrection.» Cependant, dans le fond de leurs cœurs et le secret de leur conscience, ils ont une autre pensée : «Malheur, disent-ils dans teur intérieur, à celui qui, pendant qu'il est vivant dans cette chair, ne connaît et ne pénètre pas nos mystères,» c'est-à-dire leurs seutimens hérétiques; car selon eux, la résurrection est toute mystérieuse et en figures. Plusieurs d'entre eux, soutenant la résurrection après la séparation de Tàme , disent que sortir du sépulcre c'est s'échapper du siècle, parce que le siècle est la demeure des morts, c'est-à-dire de ceux qui ne connaissent pas Dieu , ou bien que sortir du sépulcre , c'est se délivrer de la prison du corps, parce que le corps est comme un sépulcre qui retient Tàme captive et enfermée dans la mort de la vie du siècle.
XX. Pour ruiner donc ces interprétations et les argumens qui s'en tirent, je veux combattre ce qu'ils établissent pour un premier fondement , à savoir, qu'en tout ce que les prophètes ont dit , ils se sont toujours énoncés dans un sens figuré, et je soutiens que s'il était ainsi et qu'ils n'eussent point aussi supposé les vérités sur lesquelles les figures et les images doivent être tirées, l'on ne pourrait reconnaître dans les ouvrages de ces grands hommes les images et les figures. Et de vrai si toutes choses étaient des figures, qu'est-ce que seraient les choses dont elles sont les figures ? Un miroir peut-il représenter un visage qui n'est point? Mais il est si vrai que tout n'est pas image dans les ))rophètes, et qu'il y a aussi des vérités, que tout n'y est pas ombre, et qu'il y a aussi des corps, qu'ils parlent plus clair que le jour des choses les plus illustres de la vie et de la mort de Notre-Seigneur. Il est écrit que la Vierge a conçu dans son ventre; ce n'est point par figure. 11 est écrit qu'elle a enfanté Emmanuel Dieu avec nous, Jéuis notre Sauveur^, ce n'est point dans un sens figuré ; et s'il est dit dans un sens figuré qu'il recevra la vertu de Damas, et les
«iMie, 3,7ft&
dépouilles de Samarie, il est dit dans un sens propre et manifeste qu'il sera jugé par la ftictioa des prêtres et des princes du peuple. Certes les nations se sont remuées en la personne de Pilate ^ ; les peuples ont fait de vains projets et ont formé des desseins inutiles en la personne d'Israël , les rois de la terre se sont émus , c'est le vieil Hérode , les grands se sont assemblés, c*est la conspiration d'Anne et de Caîphe contre le Seigneur et son Christ; ce Sauveur, comme une ouaille innocente, a été conduit sous le tranchant du glaive pour être ^;orgé ^, il a été mené comme un agneau sans voix devant celui qui avait le ciseau à la main pour le dépouiller de sa laine , c'est-à-dire devant le jeune Hérode ; non , il n'a point ouvert la bouche non plus qu'un agneau, pour se plaindre des traitemens indignes qu'il souffrait ; il a présenté son dos aux fouets qui l'ont déchiré et mis tout en sang 3; il a reçu, sans trouble, les soufflets qui ont outragé sa divine face ; il n'at point détourné les yeux des crachats qu'on lui a lancés insolemment sur le front; il a été placé au milieu de deux brigands; on lui a percé les mains et les pieds ^ ; sa robe a été jetée au sort; il a goûté d'un breuvage tout plein d'amertume ; il a été exposé à des mépris et des railleries; et un traître a lais à prix sa tète précieuse pour trente pièces d'argent^. Y a-t-il rien en toutes ces choses qui soit en figure dans Isaîe, en image dans David, en énigme dans Jérôme? Je dis même que quand ils parlent de ses miracles , ce n'est point par paraboles : car la vue n'a-t-elle pas été rendue aux aveugles, et les muets n'ontils pas re^ l'usage libre de la voix et de la langue? Des mains toutes sèches et des jambes sans mouvement n'ont-dles pas recouvré leur vigueur et leurs forces? Les boiteux n^out-ils pas presque égalé l'agilité du cerf, par la vitesse de leurs pieds? Il est vrai que nous avons accoutumé d'entendre même ces choses spirituellement par rapport aux vices de Tâme que Notre- Seigneur a guéris, mais puisque ces mêmes choses ont aussi été vraiment accomplies dans la chair, cela foit voir que les prophètes ont parlé dans le sens propre comme dans le sa»
iPtainiie,2.— Mute, 53; S. Luc, 23.
* litaïe, 50 et 53. — ^ Psaume 21 ; PuuroeeS.
> Jér., 32 ; S. Maith., 27 ; Isaïe , 35 ; S. Mattb., 1 1 et 11.
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
figaré; ils ont même des façons de parler toutes simples et toutes nues, et qui ne se cachent point sous le voile de Tallégorie, comme quand ils prédisent les calamités des provinces et des villes, la désolation de Tyr, de rËfj[yple,de Babylone,de ridumée, la ruine du grand et fameux commerce des navires deCarthage^ lorsqu'ils représentent les plaies d'Israél, les bienfaits que cette nation ingrate a reçus de la bonté de Dieu dans le pardon de ses crimes, ses diverses captivités, la délivrance qu'elle a obtenue tant de ibis dans Vextrémité de ses maux, et enfin son châtiment effroyable en sa dernière dispersion'; lors, dis-je, qu'ils annoncent toutes ces choses, leurs paroles sont des vérités. Qui est-ce qui aimerait mieux entendre ces passages comme des figures, que de reconnaître que ce sont des vérités littérales ? Les choses sont enfermées dans les paroles , afin qu'en lisant les paroles, on y aperçoive la vérité des choses. Ainsi Téloquencedes prophètes n'est pas partout dans Tallégorie , et en tout ce qu'ils disent ils ne se servent pas toujours du style figuré, quoiqu'ils en usent quelquefois, et qu'il y ait des choses oA ils s'en servent.
XXI. Mais, dis-tu, s'ils s'en servent en quelques choses , pourquoi non dans l'édit de la résurrection, et quelle répugnance y a-t-il à ce que, selon cette façon de s'exprimer des prophètes , on ne la prenne dans un sens tout spirituel? certes il y a beaucoup de raisons qui rfeistent â cette interprétation ; car premièrement que deviendraient tant de témoignages des écritures , qui établissent si clairement la résurrection des corps, qu'ils n'admettent aucune apparence d'explication par figure Pet n'est-il pas convenable, comme nous avons déjà dit, qu'il y ait des choses certaines et manifestes qui fondent la créance des choses obscures et incertaines , de peur même que dans le doute de ce qui est certain ou incertain , obscur ou manifeste, la loi ne se perde, la vérité ne soit en péril et qu^enfin la divinité ne soit notée de légèreté et d'inconstance? En second lieu, il n'est point vraisemblable que ce mystère qui est la base de toute notre foi et le fondement de toute notre discipline , nous ait été annoncé sous des voiles et des ténèbres, et que Dieu nous l'ait proposé d'une fa-
« Isaïc, 13, 19, 2! et 23. — « Imîc, 21, 25 cl 28.
çon obscure et ambiguë, puisqu il est sans di!:!< culte que si Tespérance de la résurrection ni tait évidente, soit quant à la félicité qu^elle promet, soit quant aux peines dont elle menace, elle ne porterait personne à embrasser une religion telle que la nôtre, qui est exposée à la haine publique, et à qui Ton donne cet él()|;(^ d*ètre Tennemie de tous les hommes. Il n'y a point d'ouvrier qui travaille fidèlement si suu salaire est incertain , et il n'y a point de juslo sujet de craindre un péril qui est douteux. Quelle apparence y a-t-il donc que la résurrection des corps nous ait été prédite sous des expressions dont le sens soit caché , puisque la récompense ou la peine qui nous regarde dépend de Tavénement sensible et apparent de celle résurrection? Que si les prophètes ont parlé si clairement en lançant sur les villes, les nations, et les rois, les traits de la justice de Dieu , et prononçant ses jugeniens qui n*élaienlque pour un temps, et qui ne regardaient que de certains lieux et de certaines personnes, peut-on se persuader que les dispositions éternelles de sa providence , que les choses qu'il a ordonnées universellement sur tout le genre humain , aient évité de paraître à découvert, et dans l'éclat de sa lumière ? au contraire , plus ces choses sont grandes, plus elles devraient être environnées de clarté, afin d'établir plus puissamment dans l'esprit des hommes lopinion de leur grandeur. Je pense, au reste, que les décrets de Dieu ont une souveraine équité, une fDi et une fermeté inébranlables , et qu'on ne lui peut imputer ni jalousie, ni mauvaise intention, ni inconstance, ni artifice et déguisement, qui sont les défauts ordinaires des grands de la terre dans la publication qu'ils font pour leurs desseins de leurs ordonnances et de leurs lois.
XXII. Après cela il faut jeter la vue sur les écritures, qui ne nous permettent pas de croire que selon la pensée de ces hommes animaux , pour ne pas dire spirituels, la résurrection se reçoive dès à présent ici bas par la connaissance de la vérité, ou qu'elle se fasse immédiatement après que Ton est sorti de cette vie : je dis donc que le temps de raat)mplisseroent de notre félicité, qui est le terme de notre espérance, étant marqué par les saintes lettres, comme il ne nous est point permis d*en attendre Tcffet avant l'av<!Î*î''Mncnl de Jcsus-Chrisl , nous faisons cepen-
TERTULLIEN
dant des vœux et nous poussons au ciel nos soupirs pour la fin des siècles, pour ce passage de Tunivers au {prand jour du Seigneur ^ , jour de colère et de rétribution ^ jour le dernier de tous les jours, jour caché , qui n'est connu qu^au Père éternel , jour enfin que les prophètes ont marqué par les signes et les prodiges qui le doivent précéder, par le renversement des élémens, par la guerre entre toutes les nations. Je feuilletterais leurs livres, si Notre-Seigneur n'en avait point parlé lui-même. Il est vrai que la prophétie c'était la voix de Notre-Seigneur , mais il est encore mieux que Notre-Seigneur Tait confirmée de sa propre bouche. Ses disciples s'enquérant de lui du temps auquel devait arriver la ruine du temple dont il leur venait de parler, iUeur fait la déduction de ce qui se passerait dans la suite des temps , commençant par les temps des Juifs jusqu'à la destruction de Jérusalem, et continuant par ceux de toutes les nations jusqu'à la consommation des siècles. Car après avoir dit: «alors les gentils fouleront aux pieds Jérusalem , et cela durera jusqu'à ce que le temps des nations soit accompli ^, b c'est-à-dire des nations que Dieu choisira et assemblera avec les restes dlsraél , il passe à ce qui regarde tout le monde et tous les siècles, annonçant selon la parole de Joèl et de Daniel, et de tous les prophètes, qu'il y aura des signes au soleil et en la lune^, que toutes les nations se verront accablées de malheurs, et se trouveront dans une étrange désolation , que l'on entendra un bruit épouvantable sortir des abîmes de la mer, que les hommes frémiront de crainte, et seront tout de glace dans l'attente des choses qui menaceront la face de l'univers; «en effet, dit-il , les vertus qui sont dans les cieux souffriront une terrible émotion, et alors on verra le Fils de l'homme paraître dans les nues revêtu de puissance, de gloire et de majesté ; et quand ces extrêmes révolutions commenceront, c'est alors qu'il faut que vous regardiez en haut et que vous leviez la tête, parce qu en ce moment votre rédemption sera proche.» U dit quand ces choses commenceront , et non pas quand elles seront achevées , parce que quand elles seront
1 Sophon., 1 ; Iwïe , 61 ; Job, 19; S. Hatth., 24. « S. Luc, 21.—» Joi'l, 2 ; Daniel ,7; Abac, 3; iMïe, 13; Ézécli.,32;î). Mallh., 21.
achevées, alors notre rédemption sera présente, et jusqu'à ce qu'elles soient achevées, on dit seulement que la rédemption est proche, rédemption dont l'espérance élève et excite cependant nos esprits à en recueillir les fruits qui sont prêts à nous combler de joie. C'est pourquoi Notre-Seigneur joint à tout ce discours la parabole des arbres dont le bois tendre ayant jeté la tige, produit ensuite les fleurs, qui sont les avant-coureurs du fruit ^ «Ainsi quand vous verrez, îyoute-t-il, que toutes ces choses arriveront, sachez que le royaume de Dieu est proche ; veuillez donc continuer, afin que vous soyez dignes de les éviter, et que vous comparaissiez devant le trône du Fils de l'homme,! ce qui s'entend par la résurrection, et après que tout ce qui doit se faire sera accompli. De cette sorte, quoique la plante mystique de la résurrection commence à pousser dès à présent par la connaissance que nous avons de ce mystère, elle ne sera toutefois en sa perfection et ne produira ses fleurs et ses fruits que lorsque nous comparaîtrons devant Dieu au jour de son jugement. Qui est-ce donc qui avant ce grand jour a excité si hors de saison et û cnieUement Notre-Seigneur, séant à la droite de Dieu , à ouvrir la terre, comme parle Isaîe^, die qui, comme je crois , est encore tout entière ? Qui est-ce qui a fait des ennemis de Jésu^Christ Tescabeau de ses pieds, suivant la parole de David 3, comme s'il était plus prompt que soa Père à lui donner l'honneur du triomphe, tandis que les assemblées des peuples s'écrient encore en tumulte que l'on jette les chrétiens à la gueule du lion ? Qui est-ce qui a vu Jésus descendant du ciel tel que les apôtres l'ont vn y montant ^, selon le témoignage des anges qui assistèrent à son ascension? Les tribus ne se sont point encore animées jusque aiyourd'hoi i se frapper la poitrine^, reconnaissant œloi qu'elles ont traité si indignement; il n'y a personne qui ait reçu Hélie; personne tfa pris la fuite devant la face de FAntechrist; penoonc n'a pleuré sur la ruine de Babykme*; cofei j a-t-il quelqu'un qui soit restnscité, ti ce jifal selon l'imagination des hérétiqnes. — ■ -"^^^ rent de vaines résurrectkns,
■ V<'.ll
1 s. Matlh., 24. — Miiiè. 1. — j
«Actef,4.— »,Za
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
celle qui sera seule la véritable résurrection ? Certes , Jésus-Christ est d^à sorti du sépulcre de son corps, et toutefois il est peut-être encore sujet aux fièvres et aux ulcères, il a déjà foulé aux pieds ses ennemis , et toutefois il a peutêtre à combattre contre les puissances du monde, et enfin il est certain qu'il règne et qu'il est dans la possession de son empire , peut-être néanmoins qu'il doit encore â César ce qui est dû à César K
XXIII. Il est vrai que Fapôlre écrivant aux Colossiens ^, nous enseigne qu'autrefois nous étions morts, que nous étions rebelles et ennemis de Dieu, que nous nous éloignions de lui sans avoir soin de nous en rapprocher, demeurant dans la souillure et la corruption de nos actions abominables; il ^oute : qu'en recevant le baptême nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ, et que nous avons été au même temps ressuscites en lui, par la foi efficace que Dieu qui Ta ressu^ cité des morts a répandue dans nos cœurs. «Et vous, dit encore l'apôtre, lorsque vous étiez morts par les péchés que vous commettiez, par les désordres de votre chair et les excès de votre concupiscence, Jésus-Christ vous a rendus participans de sa vie, et vous a remis tous vos crimes; et si, comme il poursuit, vous êtes morts au péché dans le baptême, pour ne dépendre plus des observations et des élémens grossiers et charnels de la loi, pourquoi quelques-uns d'entre vous se laissent-ils encore charger de ses préceptes, comme si vous viviez dans ce monde légal, et sous cette ancienne sujétion, dont Jésus-Christ vous a délivrés?» L'apôtre, dans tous ces passages nous considère comme morts d'une mort spirituelle, en telle sorte néanmoins qu'il reconnaît que notre corps finira quelque jour par la mort. Quand donc il parle de nous, comme ayant été ressuscites spirituellement par la même raison , il ne nie pas que nous ne devions aussi ressusciter corporellement. Enfin « si vous êtes , dit-il , ressuscites avec Jésus-Christ, portez toutes vos pensées et vos affections au ciel , où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu , ayez soin des choses célestes, et ne vous arrêtez point aux choses de la terre ^. » Il montre là quelle est la résurrection en esprit , car c'est selon l'esprit seulement que nous pou-
« S. Maub.,12; Éphé8.,G.— *Golo»8., t.-*Mbkl.,5.
vons nous élever aux choses célestes, et les choses célestes ne seraient point les objets de nos affections et de nos désirs si dès cette vie nous en avions la possession. Il ajoute : «Vous êtes morts, non pas en vous-mêmes, mais en vos péchés, et la vie dont vous vivez demeure cadiée en Dieu , comme Jésus-Christ y est caché.» Cette vie donc qui est cachée, vous ne la possédez pas encore; ainsi saint Jean a dit : «Nousnesavonspointencoreceque nousserons^, mais nous savons que quand Jésus -Christ paraîtra dans sa gloire, nous serons semblables à lui. Tant s'en fout que nous soyons déjà vivans de cette vie qui nous est cachée, puisqu'elle ne nous serait pas inconnue si nous la possédions. De cette sorte durant notre vie mortelle, nous avons l'espérance avec laquelle nous contemplons par la foi notre éternelle félicité, mais elle ne nous est pas présente; nous l'attendons, mais nous ne la possédons pas. Et saint Paul aux Galates parlant de cettç espérance et de cette attente : a Nous attendons, dit-il, notre justice de la foi par l'esprit d'adoption que nous avons reçu^ ; » il ne dit pas : « Nous tenons notre justice, » et par notre justice il entend la justice de Dieu, à cause de celle qu'il nous rendra dans ce jugement final qui nous donnera notre récompense. Et le même apôtre étant comme suspendu dans l'espoir de cette récompense , écrivant aux Phi- Iippiens:aSi je puis, dit-il, avoir part à cet état où l'on ressent la vertu de la résurrection des morts , non pas que je croie avoir déjà reçu ce qui est nécessaire pour y arriver, et qu'il ne me manque aucune perfection ^. » Certes , ce vase d'élection, ce docteur des nations avait la foi, et par une lumière toute divine il connaissait tous les ministres de la doctrine de Jésus-Christ; il ajoute néanmoins : a Je cours dans la lice de mon maître, à dessein de le suivre et d aller à lui, en reconnaissance de la bonté par laquelle il m'a heureusement arrêté, lorsque je m'enfoyais de lui.» Il va encore plus loin : a Je ne crois pas, mes frères, être parvenu à cette perfection où je tends; je n'ai soin que d*une seule chose, qui est d'oublier tout ce que j'ai laissé derrière , et de ne porter ma pensée qu'à ce qui est devant moi , et je fais tous mes efforts afin d atteindre au bout de la carrière , à ce but où
« n. Jean., 1, 2 et 5. — » Oalaf.,5. — « PbilipiHî, 3. ... . «>
TERTULLIEN
j'entends , à cette palme dTane fol sans tache , avec laquelle je poorrai courir dans cette lice, pour poNMéder, mais en son temps , cet heuran état de la résurrection des morts, qoi est ee qu'il dit aux Gâtâtes- : Ne nous lassons point de bien Mre, ^^arœ qu'an temps de la moisson nous en recueillerons une qni ne nous donnera jamais de dégoût >. » Ainsi parlant à Tfanothée, d'Onésipbore ! c Je prie Dieu qu'au jour du jugement il trotnre miséricorde* ; » et il commande aussi à Timotiiée « de garder fai?iolablenient jusqu'à ee jour et à ce temps les choaesqa*U lui a ordonnées ^ d'observer tou^ofs cette loi pure et irréprébensibie, attoidanC Favénement de Notre*Sdgneur Jésns-Gtarist, qui arrivera au temps ordinaire de oebil qui tro«ve seul sa souveraine béatitude en luinnème , qui est seni puissant, qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs,» paroles par lesquelles TapMre exprime la majesté de Dieu. Saint Pierre,* dans les Actes pnrie encore de ce même temps^ : « Faites, dit-il , pénitence , et convertlsaes-voos il Dieu pour lAtenir la rémission de vos pécbés , «afin que ce temps survenant, oii Jésus-Christ qni vous a été marqué et destiné doit venir et paraître à la vie de tons les hommes, ce soit un temps de repos pour vous, hii qui sera envoyé de Dieu pour la dernière fbis , et qui Jusqu^au temps que toutes les choses que Dieu a annoncées par la boudie de ses saints prophètes seront accomplies , doit être cependant reçu dans le dei qni est son royaume. »
XXiV. Mais apprends de TapAtre quel est ce temps, et qu'il fen instrube par les mêmes paroles avec lesquelles il en a Instruit les Tbessalonidens. Vold ce que noqs Usons daps roœ des épttres qnll leur a écrites* : «On nons parie de votre conversion, et on nous dit avec qudle ferveur vous avez quitté le service dte idoles pou^ embrasser celui dn seul et vrai Dieu, avec quelle fol vous atténdet du dd rav^ement de son Fib Jésus«Chrtat, qn'n a ressoadté des morts. «Etenunautreendiroitde la mèmeépttre: cQodIe pensa-vons que aoit mon tgpirmct^ quelle toia satislhction, quelle la conronne de ma joie, dans la pensée que fa! que je voqs terrai en la présence de Jésoa-Qirist Notre-
«Gai..a-.«n. nm.,3..
>M.TiB.,e.-<A€tcs,d.
Seigneur au jour de son avènement ?» Et encore en un autre endroit : « Afin que vous vous trouviet saints devant les yeux de Dien notre Père à l'avènement de Notre-Seigneor Jésna-Qurist, avec tous ses saints. »Et en un autre lieo voulant ensdgner qnll ne fliut pu s'attrister dn sommeil qui termine la vie mortdie ée$ élus, il parieaossidu tmnps de la résurrection ^cSinoos croyons, dit-41, qoe Jésoa-Ghrist est mort et ressuscité, nous devons croire par la même raison que Dieu, par le mérite de son Fils, amènera avec lui ceux qui ont dormi du sommeil de k mort, c'est la parole de Jésos-Ghriot qoe je vmn annonce , sachet qoe nom qni vivons dans ee monde, et qui aommes réservés à ravénement de Notre-Sdgncor, nous ne eomparaitnins pss au pied de son tribunal avant. œn qni ont dormi en paix dans les sépnicres. Le Se^pieor descendra du eid , et alora Ton entmidni la voix terrible de l'arehange et le aon efkoyable de h trompette qoi appdiera ha moM. A te bmit qui pénétrera jusque dans les tombeanx, ceux qui seront morts en b loi deJiSM-Ghrist resansdtcront les premiers, et qoeat à aona ipi vivons jusqu'à ce jour, nom aorans élevés comme eoi sur des nues pour disraMevant de iésns-Cairist en l'air, d'eA étaiA porfis sme hn dans le dd , noua y jooiroBa ponr jaaBBia de sa présence et de la |^ok« de son roymflM; âOlh iMi , je to prie , qudie vnb d'arcfaang«i))|Édk trompette se Di^i a &e entendue jns^pnPuÉlls heure, d ee n*est peut-être dans q^ttfm chambrée dMrttiqnes. n est vrai que In 'lÉitoaie évtngéliqne qui lea appdio dès I présent^lMt être nommée h trompette de Dieo^aailltle prenche en ee sens, on pour être reasnHilltsn eette de, eonnne Bs le prétendent dtae Mii^ vectiott qdritodlei Bs seront d^ nûrtn ilp li mort fln corps, et eda étant, CBaBHM|^adl|Ml vivans? on lia seront emevéa et cmpo^flCa ^Êiêê$ leajUMa,et eda étant, comment aonMm WMhrf %Mw%K9 lenr miacre eac cnrene^ ppanaa^^a^iBn la perde de Papètroi «Ni n^espfepèQC fMlIkvie présente ^ 9 ntir muant UDC'iAMfiMOÉkH «eniw qui entat edle qae IMt^'^MÉiM^
lenc, par un oepioraoïe egarpMnt ^Hlsa d^ tourne de ta vérité amant que fMgdiè (et Bbp*
I «LTheis.,3et4-*<LGor.,l&
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
mogène , d'où yieot que le Saînt*Esprit< , prévoyant qu'il se Irouverail des f|;en8 qui par une étrange erreur entendraient ainsi la résurrection, a fait dire à Tapôtre dans cette même épUreauxThessalonidens'zcll n*est pas besoin, mes Frères, que je vous informe du temps et des momens redoutables du jour du Seigneur, il suffit que vous sachiei certainement que ce jour viendra quand on y pensera le moins, et qu'il surprendra comme un voleur de nuit surprend ceux qui sont dans le sommeil ; quand ils croiront être dans une profonde paix , et qu'ils se persuaderont qu'il n'y a rien à craindre pour eux, ib recevront le coup de la mort qui, lors qu'ils ne s'y attendront point, les roetira dans le sépulcre. Et le même apôtre exhortant encore avec plus d'effort les Thcssaloniciens dans la seconde éplire qu'il leur écrite : « Je vous conjure, dit-il, mes Frères, par l'avènement de Notre- Scigneur Jésus-Christ, et par cette assemblée qui se fera de tous ses élus pour aller au-devant de lui, que vous ne perdiez pas si promptement le souvenir de la doctrine que nous vous avons enseignée, que la pensée du jugement de Dieu ne vous jette point le trouble et la frayeur dans l'esprit. Ne vous arrêtez ni aux révélations imaginaires des faux prophètes, ni à leurs discours pleins d'impostures , ni même à quelques lettres que de faux apôtres pourraient vous présenter, même comme venant de nous, pour vous donner de la terreur du jour du Scif;neur, vous annonçant que ce jour est sur le point d*arriver ; enfin preuez garde que personne ne vous trompe, et défendez-vous de tous les artifices que l'on pourrait employer pour vous persuader que Jésus-Christ doit bientôt venir. Avant que cela soit, il faut premièrement qu'il se fesse une défection et une révolte, c'est-à-dire un soulèvement contre l'État de cet empire, et qu'après, cet homme de péché, c'est-à-dire l'Antéchrist, ce fils de perdition, paraisse dans le monde. Ce malheureux se déclarera ennemi de tout ce qu'il y a de saint dans la religion; il aura l'audace de s'élever au-dessus de tout ce qui reçoit le culte divin , et occupera le temple de Dieu , pour y établir le siège de sa puissance et s'y faire adorer comme s'il était Dieu luimi^mc^. Ke vous souvient-il pas que je vous cn-
• II. Tiin.. 1 et 2.- • I. Thcw., 5. -» 11. Ibid., 2.
seignais ces choses quand j'étais auprès de vous? Certes vous avez appris de ma bouche ce qui empêche qu*il ne se montre , mais quand son temps sera venu il se montrera à découvert. Cependant il a des persécuteurs qui exercent dès ce temps-ci le mystère d'iniquité, mais que celui qui tient maintenant la puissance la tienne jusqu'à ce que son autorité soit détruite. «Qui est celui-là, sinon l'État de l'empire romain, qui, ayant souffert une défection et la dispersion de sa monarchie en celle de dix rois, «verra paraître la domination de l'Antéchrist, et régner ce méchant, que le Seigneur Jésus-Christ fera mourir par le soufHe de sa bouche ; anéantissant par la gloire de son avènement la tyrannie de cet usurpateur, qui viendra avec la fureur et la rage de Satan, et sera le ministre de ses abominations, et que cet esprit malin fera éclater par des signes et des prodiges et de fausses opérations qui séduiront les âmes infidèles à Jésus- Christ , et porteront les médians à des œuvres d'injustice qui les feront périr.»
XXV. Cette suite et cette disposition des temps dont les <^raes des martyrs attendent le succ^, en l'état où elles sont sous lautcl mystique , demandant à Jésus-Christ le jugement et la vengeance ^ est même marquée par saint Jean dans l'Apocalypse^. Il dit «qu'il faut avant ce terrible événement que le monde boive la substance de ses propres plaies et le calice de la colère de Dieu , qui sera versé sur lui de la main des anges; que cette cité abandonnée au mai soit punie de sa prostitution^, et (|uc dix rois lui fessent recevoir une fin digne de ses forfaits; que 1* Antéchrist, cette horrible bète, avec son faux prophète , porte la guerre dans le sein de l'Église de Dieu, et que le démon étant cependant confiné dans l'abîme, le décret de la première résurrection vienne du trône glorieux duTrès-Haut, et qu'ensuite, le feu ayant consumé toutes choses, sur le point de la résurrection universelle, le jugement de toute la nature se fasse sur ce qui se trouvera écrit dans les livres qui seront ouverts.» Donc puisque TÊcriturc exprime quel sera Tétat des derniers temps, et établit tout le fruit de l'espérance des chrétiens sur ce qui doit arriver à la fin des siècles , il est évident que c'est alors que l'on verra l'acconi-
Upoc^e.-*/6((/., 1Ô el !(>. -5/64C/., 13, 15, 17 cl JJ-
TERTULLIEN
plissement de toutes les choses que Dieu a promises. D'où il s'ensuit que c'est vainement que les iiérétiques prétendent recevoir une résur- ) Cl lion ici-bas; ou si la lumière de la foi de Jésus-Christ est une espèce de résurrection, il Faut croire qu'elle ne préjudicie point à celle qui a été annoncée pour la fin des temps; et il se peut même dire, qu'eu ce que l'on se figure une résurrection spirituelle, c'est un pr^ugé de la vérité de la résurrection corporelle. En cfPet si celle-ci n'avait point été prédite pour la consommation des siècles , on aurait raison de défendre celle-là , et de soutenir qu'il n'y en a point d'autre , et que la vraie résurrection est seulement spirituelle ; mais comme la résurrection dont l'Écriture parle est pour les derniers temps , on reconnaît qu'elle se doit entendre de la résurrection corporelle, parce qu'il n'est point écrit qu'il doive y avoir en ces derniers temps de résurrection spirituelle. Et certes, pourquoi réitérer la prédiction d'une résurrection qui ait les mêmes qualités que celle que Ton s'attribue en ce monde, c'est-à-dire d'une résurrection spirituelle? car ou elle serait accomplie dès la vie présente sans différer plus longtemps, ou elle le serait après cette vie à la conclusion de tous les siècles : ainsi c'est plutôt à nous à défendre la résurrection spirituelle qui procède de la première lumière de la foi, nous qui croyons que nous en aurons toute la plénitude à la fin des temps , et à ce grand jour qui doit décider de notre salut.
XXVI. Je reviens à cette première objection du sens allégorique des Écritures, et je dis que les expressions figurées des prophètes nous servent même pour prouver la résurrection corporelle. Certes, cette première parole qui sortit de la bouche de Dieu au commencement du monde, lorsqu'il prononça que l'homme était terre, «Tu es de terre, dit-il <, et lu retourneras en terre,» parlant de l'homme selon la subsit-ince de la chair quïl tenait de la terre , et qui comme nous avons montré , avait d'abord ét^ appelée l'homme, cette première parole, dis-je, iue donne sujet d'interpréter aussi de la chair tout ce que Dieu donna à la terre dans ce commencement, ou de grâces par sa bonté, ou de punition dans sa colère. Et en vérité, à parler
proprement , la terre n'est point sujette au jugement de Dieu , parce qu'elle n'a i^it ni bien ni mal ; et si elle a été chargée de malédiction pour avoir reçu dans soû sein le sang qui avait été répandu , cela même est une figure qui représente le crime commis par la chair homicide ^; si la terre a des biens, si elle souffre des maux , c'est pour l'homme que les biens et les maux lui viennent , afin qu'il soit ou soulagé ou puni dans les divers accidens qui lui arrivent en ce lieu de sa demeure, et que ces choses l'obligent à feire une plus sérieuse réflexion sur ce que la terre souffrira même à cause de lui. Ainsi quand Dieu menace la terre , et quand il promet quelque faveur à la terre , je pense que c'est plutôt à la chair qu'il ta promet, comme quand il dit dans le prophète Itevid : « Le Seigneur règne, que toute la terre s'en réjouisse',» c'est-à-dire que la chair des saints en ait de la joie , elle à qui appartient la récompense et la gloire du royaume de Dieu. Le prophète ajoute : c La terre verra les éclairs, et frémira de crainte ; les montagnes fondront comme la cire à la vue du Seigneur. » Cette terre qui tremble , et qui fond comme la cire, c'est la chùr des profanes, parce qu'il est écrit : cet ils verront celui qu'ils ont percé inhumainement de la pointe de leur fer '^. » En effet si l'on estime qœ ces paroles soient dites simplement de la terre, entant qu'elle est élément , conmient peut-on conoefoir qu'étant dit d'elle «qu'elle s'est réjouie devoir régner le Seigneur,» il soit encore dit tfelle, «qu'elle frémit et, qu'elle fond à sa vue?» AM quand il est écrit dans Isaie : « Vous roangcro les biens delà terre ^, » il faut entendre ce passage des biens de la chair, de ces biens qui rattendent dans le royaume de Dieu, lorsque son état sera changé, qu'elle deviendra semMaUeaax anges,et qu'elle obtiendra «ce que l'œil n'a point vu , ce que l'oreille n'a point entendu, et ce que le cœur de l'iiomme n'a point compris^. »Atttrement ce serait une exhortation assez vaine que Dieu ferait à l'homme, de Texciter à Tobéissance en lui promettant les biens qœ la terre produit, et les alimens de cette vie, qu'il donne même aux infidèles et à ceux dont les blasphèmes déshonorent son nom , et qu'il communi-
« Genèse, 4. — » Psaume 96. — * S. Jean, 19. « Isaïe, 1. — ' S. Mauh., 72-, 1. Cor., 2.
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
[(ue à tous les bommes sans autre considération sinon qu'ils sont ses créatures ^ de sorte qu'il Fait tomber la pluie sur les mécbants, et luire son soleil sur les justes et sur les injustes. Vraiment la foi aurait une belle récompense, et serait élevée à une (p*ande félicité, si elle n'attendait que les mêmes biens , dont non-seulement les ennemis de Dieu et de Jésus-Christ ont Tusage, mais dont ils font un mauvais usage, rendant le culte divin aux choses que Dieu a créées, au mépris du créateur^. Quoi ! des oignons et des champignons seraient ces biens de la terre qu'elle espérait, Notre-Seigneur ayant prononcé «que le pain n'est pas la seule nourriture de l'homme ! » Ainsi les Juifis, qui n'ont espérance qu'aux biens de ce monde, perdent les biens du ciel 3; ils ignorent la promesse d'un pain céleste ; ils ne connaissent ni l'huile de l'onction divine, ni le vin de Tesprit, cette eau qui distilledc la vigne mystique de Jésus-Christ pour donner vigueur à notre àme. Ils estiment que la terre sainte n'est autre chose que le pays de Judée, et ne voient pas qu'elle se doit plutôt entendre de la chair de Notre-Seigneur, qui est vraiment cette terre sainte en tous ceux qui sont revêtus de Jésus-Christ : terre vraiment sainte par la demeure du Saint-Esprit^, terre qui rend vraiment le lait et le miel par la douceur de l'espérance dont elle console les fidèles^; vraie terre de Judée par la fomiliarité avec laquelle Dieu s'y communique; car le vrai Juif n'est pas celui qui le parait au dehors, mais celui qui l'est en secret, comme elle est et le temple de Dieu et Jérusalem, selon cette parole d'Isale : «Lève-toi, Jérusalem ! arme ton bras de toutes ses forces, lève-toi telle que tu étais au commencement des jours, c'est-à-dire montretoi dans cette innocence que tu possédais avant que tu fusses tombée dans ta transgression criminelle, et que tu eusses si malheureusement violé le commandement de Dieu^. Et certes y a-t-il rien dans ces exhortations qui convienne à la ville de Jérusalem , elle qui a versé le sang des prophètes^, qui a lapidé ceux que Dieu y a envoyés pour la retirer de ses péchés, et qui enfin par une cruauté barbare a ravi la vie à son
« s. Malfh., 5. — « Rom., 1.— » S. Mallh., 4. • Gai., 3. — ^ Exod., 3. — • Rom., 2; I»aïc, 54. '5.MaUb., 23; S.Luc, 23.
Seigneur? Il n'y a d'ailleurs point de terre à qui le salut ait été promis; au contraire, il faut que la terre passe, il faut quelle périsse dans la ruine de toute la face de ce monde. Mais y aurait-il quelqu'un qui osât soutenir que la terre sainte se dût prendre pour le paradis? Et pourrait-on dire que cette terre c'est la demeure de nos premiers parens Adam et Eve ^ ? A le prendre en ce sens, il semblerait que le retour dans le paradis eût été promis à la chair, à qui ce lieu fut donné pour y faire sons^our et pour le garder , et que l'homme y dût être rétabli tel qu'il était lorsqu'il en fut chassé.
XXVII. Nous voyons encore que l'Écriture faisant mention des vètemens marque, par une expression allégorique, l'espérance de la chair ; ainsi il est dit dans l'Apocalypse de saint Jean : « Ce sont ceux qui n'ont pas souillé leurs vètemens avec des femmes ^. » Il parle des personnes qui ont gardé leur virginité ; et ceux qui pour acquérir le royaume des cieux se sont privés des voluptés permises, paraîtront dans des vètemens blancs, c'est-à-dire dans la lumière et l'éclat d'une chair virginale; et dans l'Évangile l'habit nuptial se prend pour la sainteté de la chair 3 ; et Isale enseignantquelest le jeûne que Notre-Seigneur a honoré de son choix et de son estime, et parlant de la récompense qui sera donnée aux œuvres de miséricorde : «Alors, dit-il, ta lumière se montrera tout d'un coup, et bientôt l'on verra éclater la beauté de tes vètemens ^. » Il ne parle ni d'une tunique de soie, ni d'un manteau, mais il veut parler de la chair, et exprimer la renaissance de cette chair, qui par la résurrection se relèvera du tombeau où elle est tombée par la mort. Tant il est vrai (fue nous trouvons aussi dans Tallégorie la défense de la résurrection corporelle. Et en effet quand nous lisons: «Mon peuple, entrez dans les celliers pour un peu de temps en attendant que ma colère passe^;» il fautprendre les celliers pour les sépulcres où reposeront quelque temps ceux qui à la fin des siècles, en ces derniers momens de la colère de Dieu, seront morts sous la tyrannie de l'Antéchrist, et par la violence qu'il exercera sur la terre. Mais pourquoi a-t-il plutôt appelé les sépulcres des celliers, que d'un nom qui
' Genèse, ^ — • Apoc» 3 et 14. — = S. MaUb., 19 et 12. *lsaiic,58. — »yW(/.,36.
TERTliLUEN.
ment de Dieu , n'ayant à être jugée que sur les choses qu'elle aurait opérées de soi-même, et où elle aurait été suffisante toute seule : mais comme les œuvres ont aussi de la liaison avec les mérites, et que c'est par la chair que les œuvres se font, il ne suffit pas que sans la société de la chair Tàme goûte des joies, ou souffre des tourmens à cause des œuvres faites par la chair; quoique Tàme ait un corps, quoiqu'elle ait des membres, ni son corps ni ses membres ne lui suffisent pas pour pàtir pleinement, non plus que pour agir parfaitement, ainsi de la sorte qu'elle a péché , elle est punie dans les enfers, éprouvant la première la rigueur du jugement de Dieu, comme elle est la première qui a péché par ses mouvemens et ses désirs criminels : mais elle est dans l'attente de la chair, afin qu'ayant formé de mauvaises pensées qui lui ont fait faire de mauvaises œuvres , elle achève par les souffrances de la chair les peines qui sont dues aux mauvaises œuvres, et c'est le dessein pour lequel Dieu a destiné son jugement à la fin des temps, que la chair se représentant pour être jugée, sa justice fasse une revue générale de toutes les pensées et de toutes les œuvres des hommes, et se puisse montrer dans toute son étendue, et avec toute sa puissance; et de vrai Ton n'attendrait pas à la fin des temps ces peines que les âmes souffrent même dès à présent dans les enfers, si ce n'était qu'aux âmes qu'elles eussent été destinées.
XVIII. Je n'ai encore fait que jeter les fondemens nécessaires pour établir le sens de toutes les Écritures qui promettent la résurrection de la chair, vérité fondée sur un grand nombre d'argumens forts et inébranlables, tirés soit de la dignité propre de cette substance, soit de la puissance de Dieu, soit des exemples de cette puissance, soit enfin des raisons et de la nécessité du jugement, et qui sont autant de préjugés pleins de force et d'autorité, selon lesquels les Écritures recevront leur explication, et non pas selon l'esprit et le sens des hérétiques, qui n'a pour principe que leur incrédulité : en effet, ils estiment que c'est une chose qui choque la raison et qui est incroyable, qu'une substance qui est disparue par la mort, puisse reprendre son premier être, et recouvrer la vie qu'elle a perdue, quoiqu'il n'y ait
rien dans la substance de la chair qui soit indigne de ce rétablissement du néant à l'être , que ce changement de son état n'ait rien d'impossible à Dieu, et qu'elle n'ait point d'incapacité qui l'exclue de répondre au tribunal de la justice divine. Certes, ce retour de la more à la vie est une chose qui surpasserait la créance humaine, si elle n'avait point été annoncée par les oracles de la parole de Dieu. Toutefois, quand Dieu même ne l'aurait pas annoncée, on ne devrait pas laisser d'en être persuadé de soi-même, par cette seule présomption, que si elle n'avait pas été annoncée ce serait à cause de tant d'autres preuves par lesquelles elle est établie; mais puisque la voix de Dieu fait aussi résonner celte vérité dans ses Écritures, tant s'en faut qu'on leur doive donner un autre sens que celui qui se rapporte à tant d'illustres témoignages, que même ces témoignages seuls suffisent pour la persuader, sans l'autorité de la parole de Dieu. Voyons donc premièrement quelle est l'inscription qui nous a annoncé cette promesse de la restitution de la chair à une autre vie; il me semble qu'il n'y a qu'un seul édit sur ce si^et qui soit exposé à notre vue, et que nous y lisons tous : La résurrection des morts. Ces deux mots sont clairs , décisifs et hors d'and^^lté. il faut les examiner, et considérer à quelle substance ils conviennent. Lors que l'on me dit que l'homme ressuscitera, je dois en même temps rechercher ce que c'est de l'homme que la mort a abattu , car l'homme ne doit point attendre qu'autre chose ressuscite que ce qui est tombé et ce que la mort a fait descendre dans le sépulcre, celui qui ignore que la chair tombe par la mort, peut aussi bien ne connaître pas qu'elle subsiste par la vie. Certes la nature prononoe ce décret du jugement de Dieu : a Tu es terre et tu retourneras en terre >; i> et quiconque ne Pa |ms entendu, ne laisse pas d'en voir l'effet, toute mort est la destruction des membres da ooqM. Notre-Seigneur lui-même a exprimé cette condition de la chair lorsqu'en étant revêtu il dit : «Détruisez ce temple, et dans trois jours je le relèverai^. » Il a montré par ces paroles ce que c'est qui est détruit, qui est abattu, cpii ctf couché par terre , et ce que c'est qui ressuscite et qui sort du tombeau, lui qui avait une âme
' Genèse, 3. —«S.Jean, t.
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
exposée aux amertumes de la faiblesse humaine jusqu'à la mort, mais qui n'était point sujette à tomber par la mort. Aussi rÉcriture ajoute , qu'il parlait du temple de son corps ^, tant il est vrai que c'est la chair que la mort couche dans le sépulcre, et certes la chute qu'elle souffre a donné sujet de nommer le corps mort du nom de cadavre; au contraire , comme Tàme vit toujours, et qu'elle ne tombe point, elle n'a point de nom qui soit une preuve de vicissitude et de changement en elle : en effet, c'est elle qui, sortant du corps par un petit souffle, cause toute sa destruction et le prive de toutes les fonctkms de la nature, comme c'est encore elle qui rentrant dans ce même corps le tira du sein de la terre : celle-là certes, ne peut tomber qui entrant dans le corps le ressuscite, et celle-là ne peut périr, qui sortant du corps lui donne le coup de la mort. Je veux presser encore davantage mon raisonnement ; et je dis que l'âme ne tombe pas même dans le sommeil avec le corps , et qu'alors elle veille sans souffrir les abattemens de la chair. Et de vrai, lorsque le corps repose, elle s'agite et se travaille; que si elle était endormie comme la chair , elle reposerait comme elle, et elle serait endormie avec la chair si elle tombait avec elle dans le sommeil ; puisqu'il est donc évident qu'elle ne tombe point dans l'image de la mort , l'on ne peut dire qu'elle soit soumise à la vérité de la condition mortelle. Après avoir examiné le premier mot de l'édit, considère maintenant le second, et prends garde à quelle substance la dénomination de morts se peut rapporter, en quoi d'abord nous disons, et quelquefois les hérétiques attribuant la mortalité à l'âme, nous admettons ce sentiment pour en argumenter contre eux , et conclure que si l'âme étant mortelle comme ils le supposent, elle ressuscitera un îour, c'est un préjugé que la chair, qui n'est pas moins mortelle, participera comme elle à la résurrection. Mais il faut rendre le mot à sa signification propre et naturelle : la résurrection se dit de ce qui a perdu son être, c'est-à-dire de la chair qui n'est plus, et par conséquent elle se dit de ce qui est mort , puisqu'en tant qu'on la nomme la résurrection des morts, elle regarde ce qui a perdu son être , et qui n est plus : nous
* s. Matth., 20.
l'apprenons ainsi d'Abraham, ce père des fidèles, cet homme que Dieu a honoré de son amitié, et avec qui il a eu tant de familiarité; car demandant aux enfans de Ghet une place pour en faire le sépulcre de Sara : «Accordez-moi, dit-il, que j'use du même tombeau que vous, et j'y enterrerai mon mort 1,0 c'est-à-dire la chair. Car supposé même que l'on crût l'âme mortelle, et qu'on la pût juger digne d'être nommée un mort, Abraham n'eût pas demandé un espace de terre pour inhumer une âme. Que si c'est le corps qui est mort, quand on dit la résurrection des morts, l'on entend sans doute la résurrection des corps.
XIX. Gomme l'examen de celte inscription, et des termes dans lesquels elle est conçue, en conserve la foi, la vérité, il pourra servir pour confondre l'erreur de nos adversaires qui brouillent les choses les plus claires sous prétexte d'énigmes et de figures, et Fera que rautorilé demeure à ce qui est le plus manifeste, et que les choses incertaines se relent par celles qui ont le plus de certitude. En effet, il y a de certaines gens qui tombant sur ce caractère fort ordinaire du langage des prophètes, qui est souvent, mais non pas toujours dans les allégories et les figures, détournent à un sens imaginaire ce que les prophètes annoncent manifestement de la résurrection des morts, soutenant que la mort même se doit entendre spirituellement, que la vraie mort ce n'est pas cette séparation de la chair et de l'âme qui parait à nos yeux, et qu'elle n'est autre que l'ignorance où l'homme est enseveli lorsqu'il ne connaît point Dieu 3, et quêtant mort à Dieu, il croupit dans son erreur comme dans un sépulcre ; que la résurrection qu'il faut défendre est celle que Ion reçoit lorsque après avoir pénétré la vérité jusque dans le fond , on prend un nouvel esprit et une nouvelle vie en Dieu , et que dissipant la mort de l'ignorance l'on s'élève comme du sépulcre du vieil homme ; que de là vient que Notre-Sergneur a comparé les scribes et les pharisiens à des sépulcres blanchis^ ; que de cette sorte ceux qui ont reçu la résurrection par la foi sont avec Dieu , ayant été revêtus de Jésus-Christ au sacrement de baptême. Voilà quel est l'esprit des adversaires ; et c'est avec de
• i;enè»e, 23. — « Hoin., C. — » S. Matth., 23.
TRRTULLIEN.
semblables discours qu'ils abusent souvenl les nôtres dans les conférences qu'ils ont avec eux , comme si eux-mêmes ils admettaient la résurrection des morts: « Malheur, disent-ils, à celui qui ne sera pas ressuscité dans cette chair, de peur de les offenser et les choquer d'abord, si d'abord ils niaient la résurrection.» Cependant, dans le fond de leurs cceurs et le secret de leur conscience, ils ont une autre pensée : «Malheur, disent-ils dans teur intérieur, à celui qui, pendant qu'il est vivant dans cette chair, ne connaît et ne pénètre pas nos mystères,» c'est-à-dire leurs sentlmens hérétiques; car selon eux, la résurrection est toute mystérieuse et en figures. Plusieurs d'entre eux, soutenant la résurrection après la séparation de lame , disent que sortir du sépulcre c'est s'échapper du siècle, parce que le siècle est la demeure des morts , c'est-à-dire de ceux qui ne connaissent pas Dieu , ou bien que sortir du sépulcre , c'est se délivrer de la prison du corps, parce que le corps est comme un sépulcre qui relient Tàme captive et enfermée dans la mort de la vie du siècle.
XX. Pour ruiner donc ces interprétations et les argumens qui s'en tirent, je veux combattre ce qu'ils établissent pour un premier fondement, à savoir, qu'en tout ce que les prophètes ont dit, ils se sont toujours énoncés dans un sens figuré, et je soutiens que s'il était ainsi et qd'ils n'eussent point aussi supposé les vérités sur lesquelles les figures et les images doivent être tirées, l'on ne pourrait reconnaître dans les ouvrages de ces grands hommes les images et les figures. Et de vrai si toutes choses étaient des figures, qu'est-ce que seraient les choses dont elles sont les figures ? Un miroir peut-il représenter un visage qui n'est point? Mais il est si vrai que tout n'est pas image dans les prophètes , et qu'il y a aussi des vérités , que tout n'y est pas ombre, et qu'il y a aussi des corps, qu'ils parlent plus clair que le jour des choses les plus illustres de la vie et de la mort de Notre-Seigneur. Il est écrit que la Vierge a conçu dans son ventre; ce n'est point par figure. Il est écrit qu'elle a enfanté Emmanuel Dieu avec nous, Jésus notre Sauveur^, ce n'est point dans un sens figuré ; et s'il est dit dans un sens figuré qu'il recevra la vertu de Damas, et les
«iMie, 3,7ft&
dépouilles de Samarie, il est dit dans un sens propre et manif^te qu'il sera jugé par la ftictioa des prêtres et des princes du peuple. Certes les nations se sont remuées en la personne de Pilate ^ ; les peuples ont fait de vains projets et ont formé des desseins inutiles en te personne d'Israël, les rois de la terre se sont émus , c'est le vieil Hérode , les grands se sont assemblés, c*est la conspiration d'Anne et de Caiphe contre le Seigneur et son Christ ; ce Sauveur, comme une ouaille innocente, a été conduit sous le tranchant du glaive pour être ^;orgé ^, il a été mené comme un agneau sans voix devant celui qui avait le ciseau à la main pour le dépouiller de sa laine , c'est-à-dire devant le jeune Hérode ; non, il n'a point ouvert la bouche non plus qu'un agneau, pour se plaindre des traitemens indignes qu'il souffrait; il a présenté son dos aux fouets qui l'ont déchiré et mia tout en sang 3; il a reçu, sans trouble, les soufflets qui ont outragé sa divine face ; il n'at point détourné les yeux des crachats qu'on lui a lancés insolemment sur le front; il a été placé au milieu de deux brigands; on lui a percé les mains et les pieds ^ ; sa robe a été jetée au sort*, il a goûté d'un breuvage tout plein d'amertume ; il a été exposé à des mépris et des railleries; et un traître a lais à prix sa tète précieuse pour trente pièces d'argent^. Y a-t-il rien en toutes ces choses qui soit en figure dans Isale, en fanage dans David, en énigme dans Jérôme? Je dis même que quand ils parlent de ses miracles i ce n'est point par paraboles : car la vue n'a^t-dle pas été rendue aux aveugles, et les muets n'ontils pas regu l'usage libre de la voix et de la langue? Des mains toutes sèches et des jambes sans mouvement n'ont-elles pas recouvré leur vigueur et leurs forces? Les boiteux n'oolrils pas presque égalé Tagilité du cerf, par la vitesse de leurs pieds? Il est vrai que nous avons aocoiitumé d'entendre même ces choses spirituellement par rapport aux vices de Tâme que NoCre- Seigneur a guéris, mais puisque ces mêmes choses ont aussi été vraiment accomplies dans la chair, cela foit voir que les prophètes ont parlé dans le sens propre comme dans le sa»
1 Psaume, 2.— Mtaiie,53;S. Liic,2S.
* haïe, 50 et 53. — ^ Psaume 21 ; Puuiiie68.
> Jér., 32 ; S. Malth., 27 ; Isaïe , 35 ; S. MatUi.. 1 1 et 11.
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
Hgaré; ils ont même des façons de parler toutes simples et toutes nues, et qui ne se cachent point sous le voile de Tallégorie, comme quand ils prédisent les calamités des provinces et des villes, la désolation de Tyr, de rÉf];yptc,de Babylone, de Hdumée, la ruine du {p*and et fameux commerce des navires de Carlha{;e >, lorsqu'ils représentent les plaies dIsraCl , les bienfaits que cette nation ingrate a reçus de la bonté de Dieu dans le pardon de ses crimes, ses diverses captivités, la délivrance qu^elIc a obtenue tant de fois dans Vextrémité de ses maux, et enfin son châtiment effroyable en sa dernière dispersion'; lors, dis-je, qu'ils annoncent toutes ces choses, leurs paroles sont des vérités. Qui est-ce qui aimerait mieux entendre ces passages comme des figures, que de reconnaître que ce sont des vérités littérales ? Les choses sont enfermées dans les paroles , afin qu'en lisant les paroles, on y aperçoive la vérité des choses. Ainsi l'éloquence des prophètes n'est pas partout dans Tallégorie , et en tout ce qu'ils disent ils ne se servent pas toujours du style figuré, quoiqu'ils en usent quelquefois, et qu*il y ait des choses oA ils s'en servent,
XXI. Mais, dis-tu, s'ils s'en servent en quelques choses , pourquoi non dans Tédit de la résurrection, et quelle répugnance y a-t-il à ce que, selon cette façon de s'exprimer des prophètes, on ne la prenne dans un sens tout spirituel? certes il y a beaucoup de raisons qui rfelstent â cette interprétation ; car premièrement que deviendraient tant de témoignages des écritures , qui établissent si clairement la résurrection des corps, qu'ils n'admettent aucune apparence d'explication par figure Pet n'est-il pas convenable, comme nous avons déjà dit, qu'il y ait des choses certaines et manifestes qui fondent la créance des choses obscures et incertaines , de peur même que dans le doute de ce qui est certain ou incertain, obscur ou manifeste, la loi ne se perde, la vérité ne soit en péril et qu'enfin la divinité ne soit notée de légèreté et d'inconstance? En second lieu, il n'est point vraisemblable que ce mystère qui est la base de toute notre foi et le fondement de toute notre discipline, nous ait été annoncé sous des voiles et des ténèbres, et que Dieu nous l'ait proposé d'une fa-
« Isaïc, 13, 19, 21 et 23. — « Imîc, 21, 25 cl 28.
çon obscure et ambiguë , puis(|u il est sans dil:!culte que si l'espérance de la résurrection u(tait évidente, soit quant à la félicité qu'elle promet, soit quant aux peines dont elle menace*, elle ne porterait personne à embrasser une religion telle que la nôtre, qui est exposée à l;i haine publique, et à qui Ton donne cet éloi;t^ d'être l'ennemie de tous les hommes. Il n'y a point d'ouvrier qui travaille fidèlement si suii salaire est incertain , et il n'y a point de Justo siiyet de craindre un péril qui est douteux. Quelle apparence y a-t-il donc que la résurrection des corps nous ait été prédite sous des expressions dont le sens soit caché , puisque la récompense ou la peine qui nous regarde dépend de l'avènement sensible et apparent de cette résurrection? Que si les prophètes ont parlé si clairement en lançant sur les villes, les nations, et les rois, les traits de la justice de Dieu , et prononçant ses jugemens qui n'étaient que pour un temps, et qui ne regardaient que de certains lieux et de certaines personnes, peut^n se persuader que les dispositions éternelles de sa providence , que les choses qu'il a ordonnées universellement sur tout le genre humain , aient évité de paraître à découvert , et dans l'éclat de sa lumière ? au contraire, plus ces choses sont grandes, plus elles devraient être environnées de clarté, afin d'établir plus puissamment dans l'esprit des hommes l'opinion de leur grandeur. Je pense, au reste, que les décrets de Dieu ont une souveraine équité , une foi et une fermeté inébranlables , et qu'on ne lui peut imputer ni jalousie, ni mauvaise intention , ni inconstance, ni artifice et déguisement, (|ui sont les défauts ordinaires des grands de la terre dans la publication qu'ils font pour leurs desseins de leurs ordonnances et de leurs lois.
XXII. Après cela il faut jeter la vue sur les écritures, qui ne nous permettent pas de croire que selon la pensée de ces hommes animaux , pour ne pas dire spirituels, la résurrection se reçoive dès à présent ici bas par la connaissance de la vérité , ou qu'elle se fasse immédiatement après que l'on est sorti de celte vie : je dis donc que le temps de Taccomplisseraent de notre félicité, qui est le terme de notre espérance, étant marqué par les saintes lettres, comme il ne nous est point permis d'en attendre l'effet avant l'a- V'^rvnienl de Jcbus-Ghrisl , nous faisons ccpen-
TERTULLIEN
dant des vœux et nous poussons au ciel nos soupirs pour la fin des siècles, pour ce passage de Tunivers au {prand jour du Seigneur ^ , jour de colère et de rétribution ^ jour le dernier de tous les jours , jour caché , qui n'est connu qu'au Père éternel , jour enfin que les prophètes ont naarqué parles signes et les prodiges qui le doivent précéder, par le renversement des élémens, par la guerre entre toutes les nations. Je feuilletterais leurs livres, si Notre-Seigneur n'en avait point parlé lui-même. Il est vrai que la prophétie c'était la voix de Notre-Seigneur , mais il est encore mieux que Notre -Seigneur Tait confirmée de sa propre bouche. Ses disciples s'enquérant de lui du temps auquel devait arriver la ruine du temple dont il leur venait de parler, iljeur fait la déduction de ce qui se passerait dans la suite des temps , commençant par les temps des Juife jusqu'à la destruction de Jérusalem, et continuant par ceux de toutes les nations jusqu'à la consommation des siècles. Car après avoir dit: a alors les gentils fouleront aux pieds Jérusalem , et cela durera jusqu'à ce que le temps des nations soit accompli ^, b c'est-à-dire des nations que Dieu choisira et assemblera avec les restes dlsraél, il passe à ce qui regarde tout le monde et tous les siècles, annonçant selon la parole de Joél et de Daniel, et de tous les prophètes, qu'il y aura des signes au soleil et en la lune^, que toutes les nations se verront accablées de malheurs, et se trouveront dans une étrange désolation , que l'on entendra un bruit épouvantable sortir des abîmes de la mer, que les hommes frémiront de crainte, et seront tout de glace dans l'attente des choses qui menaceront la face de l'univers; a en effet, dit-il , les vertus qui sont dans les cieux souffriront une terrible émotion , et alors on verra le Fils de l'homme paraître dans les nues revêtu de puissance, de gloire et de majesté ; et quand ces extrêmes révolutions commenceront, c'est alors qu'il faut que vous regardiez en haut et que vous leviez la tète, parce qu'en ce moment votre rédemption sera proche.» U dit quand ces choses commenceront , et non pas quand elles seront achevées, parce que quand elles seront
I Sophon., 1 ; Isaîe , 61 ; Job, 19; S. Blatth., 24. * S. Luc, 21.—' Joël, 2 ; Daniel ,7; Abac, 3; Isaie. 13; £7écb.,32;5. Matth., 21.
achevées, alors notre rédemption sera présente, et jusqu'à ce qu'elles soient achevées, on dit seulement que la rédemption est proche, rédemption dont l'espérance élève et excite cependant nos esprits à en recueillir les fruits qui sont prêts à nous combler de joie. C'est pourquoi Notre-Seigneur joint à tout ce discours la parabole des arbres dont le bois tendre ayant jeté la tige, produit ensuite les fleurs, qui sont les avant-coureurs du fruit ^ «Ainsi quand vous verrez, îyoute-t-il, que toutes ces choses arriveront, sachez que le royaume de Dieu est proche; veuillez donc continuer, afin que vous soyez dignes de les éviter, et que vous comparaissiez devant le trône du Fils de l'homme,! ce qui s'entend par la résurrection, et après que tout ce qui doit se faire sera accompli. De cette sorte, quoique la plante mystique de la résurrection commence à pousser dès à présent par la connaissance que nous avons de ce mystère, elle ne sera toutefois en sa perfection et ne produira ses fleurs et ses fruits que lorsque nous comparaîtrons devant Dieu au jour de son jugement. Qui est-ce donc qui avant ce grand jour a excité si hors de saison et si cnieUement Notre-Seigneur, séant à la droite de Dieu, à ouvrir la terre, comme parle Isaïe^, die qui, comme je crois , est encore tout entière ? Qui est-ce qui a fait des ennemis de Jésu^-Ghrist l'escabeau de ses pieds, suivant la parole de David 3, comme s'il était plus prompt que ton Père à lui donner l'honneur du trîomi^, tandis que les assemblées des peuples s^écrient encore en tumulte que l'on jette les chrélie» à la gueule du lion ? Qui est-ce qui a vu Jésus descendant du ciel tel que les apôtres l'ont m y montant ^, selon le témoignage des anges qui assistèrent à son ascension? Les tribus ne le sont point encore animées jusque aujourd'hui à se frapper la poitrine^, reconnaissant celui qu'elles ont traité si indignement; il n*y a personne qui ait reçu Hélie ; personne n'a pris la fuite devant la face de l'Antéchrist; personne n'a pleuré sur la ruine de Babylone<^; enfin y a-t-il quelqu'un qui soit ressuscité, si ce n'est selon l'imagination des hérétiques, qui se figurent de vaines résurrections, au lieu de croire
^ s. Mallh., 24. — » liaïe, 1. — » Ptaumc 109. * Actes, 4. — * Zacb., 12. — « Apoc., 12 ei la
celle qui sera seule la véritable résurrection ? Certes , Jésus-Christ est déjà sorti du sépulcre de son corps, et toutefois il est peut-être encore siiyet aux fièvres et aux ulcères, il a déjà foulé aux pieds ses ennemis, et toutefois il a peutêtre à combattre contre les puissances du inonde, et enfin il est certain qu'il règne et qu'il est dans la possession de son empire , peut-être néanmoins qu'il doit encore à César ce qui est dû à César K
XXllI. n est vrai que Fapôtre écrivant aux Colossiens ^, nous enseigne qu'autrefois nous étions morts, que nous éiicms rebelles et ennemis de Dieu, que nous nous éloignions de lui sans avoir soin de nous en rapprocher, demeurant dans la souillure et la corruption de nos actions abominables; il ^oute : qu'en recevant le baptême nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ, et que nous avons été au même (empsressuscités en lui, par la foi efficace que Dieu qui l'a ressuscité des morts a répandue dans nos cœurs. «Et vous, dit encore l'apôtre, lorsque vous étiez morts par les péchés que vous commettiez, par les désordres de votre chair et les eicès de votre concupiscence, Jésus-Christ vous a rendus participans de sa vie, et vous a remis tous vos crimes; et si, comme il poursuit, vous êtes morts au péché dans le baptême, pour ne dépendre plus des observations et des élémens grossiers et charnels de la loi, pourquoi quelques-uns d'entre vous se laissent-Us encore charger de ses préceptes , comme si vous viviez dans ce monde légal , et sous cette ancienne sujétion, dont Jésus-Christ vous a délivrés?» Lapùtre, dans tous ces passages nous considère comme morts d une mort spirituelle, en telle sorte néanmoins qu'il reconnaît que notre corps finira quelque jour par la mort. Quand donc il parle de nous, comme ayant été ressuscites spirituellement par la même raison , il ne nie pas que nous ne devions aussi ressusciter corporellement. Enfin « si vous êtes , dit-il , ressuscites avec Jésus-Christ, portez toutes vos pensées et vos affections au ciel , où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu , ayez soin des choses célestes, et ne vous arrêtez point aux choses de la terre ^, » Il montre là quelle est la résurrection en esprit, car c'est selon l'esprit seulement que nous pou-
1 S. Matih.,12; Éphé8.,G.— * Goloss., 1.— Mbkl.,5.
VOUS nous élever aux choses célestes, et les choses célestes ne seraient point les objets de nos affections et de nos désirs si dès cette vie nous en avions la possession. Il ajoute : «Vous êtes morts, non pas en vous-mêmes, mais en vos péchés, et la vie dont vous vivez demeure cachée en Dieu , comme Jésus-Christ y est caché.» Cette vie donc qui est cachée, vous ne la possédez pas encore; ainsi saint Jean a dit : a Nous ncsavons point encore ce que nousserons^ , mais nous savons que quand Jésus -Christ paraîtra dans sa gloire , nous serons semblables à lui. Tant s'en fout que nous soyons déjà vivans de cette vie qui nous est cachée, puisqu'elle ne nous serait pas inconnue si nous la possédions. De cette sorte durant notre vie mortelle, nous avons l'espérance avec laquelle nous contemplons par la foi notre éternelle fêlicilé , mais elle ne nous est pas présente; nous l'attendons, mais nous ne la possédons pas. Et saint Paul aux Galates parlant de celtç espérance et de cette attente : a Nous attendons, dit-il, notre justice de la foi par l'esprit d'adoption que nous avons reçu^ ; » il ne dit pas: a Nous tenons notre justice, » et par notre justice il entend la justice de Dieu, à cause de celle qu'il nous rendra dans ce jugement final qui nous donnera notre récompense. Et le même apôtre étant comme suspendu dans l'espoir de cette récompense , écrivant aux Philippiens: aSi je puis, dit-il, avoir part à cet état où l'on ressent la vertu de la résurrection des morts , non pas que je croie avoir déjà reçu ce qui est nécessaire pour y arriver, et qu'il ne me manque aucune perfection '^. » Certes , ce vase d'élection, ce docteur des nations avait la foi , et par une lumière toute divine il connaissait tous les ministres de la doctrine de Jésus-Christ; il ajoute néanmoins : a Je cours dans la lice de mon maître, à dessein de le suivre et d'aller à lui, en reconnaissance de la bonté par laquelle il m'a heureusement arrêté, lorsque je m'enfuyais de lui.» Il va encore plus loin : «Je ne crois pas, mes frères, être parvenu à cette perfection où je tends; je n'ai soin que d'une seule chose, qui est d'oublier tout ce que j'ai laissé derrière, et de ne porter ma pensée qu'à ce qui est devant moi , cl je fais tous mes efforts afin d atteindre au bout de la carrière , à ce but où
« n. Jean., 1, 2 et 5. — 5 Galaf.,5, — « PUilipi^c, 3.
TERTULLIEN
j'entends , à cette palme d'une fol sans tache , avec laquelle je pourrai courir dans cette lice, pour posséder, mais en son temps , cet heureux état de la résurrection des morts, qui est ce qu'il dit aux Gâtâtes : Ne nous lassons point de bien faire, ^^ arce qu'au temps de la moisson nous en recueillerons une qui ne nous donnera jamais de dégoût ^ b Ainsi parlant à Timothée, d'Onésiphore : t Je prie Dieu qu'au jour du ju- (][cment il trouve miséricorde^;» et il commande aussi à Timothée « de garder inviolablement jusqu'à ce jour et à ce temps les choses qu'il lui a ordonnées ^ d'observer toujours cette loi pure et irrépréhensible, attendant l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui arrivera au temps ordinaire de celui qui trouve seul sa souveraine béatitude en lui-même , qui est seul puissant, qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs,» paroles par lesquelles l'apôtre exprime la majesté de Dieu. Saint Pierre, dans les Actes parle encore de ce même temps ^ : tFaîtes, dit-il, pénitence, et convertissez-vous â Dieu pour obtenir la rémission de vos péchés , tafin que ce temps survenant, où Jésus-Christ qui vous a été marqué et destiné doit venir et paraître à la vue de tous les hommes, ce soit un temps de repos pour vous, lui qui sera envoyé de Dieu pour la dernière fois , et qui jusqu'au temps que toutes les choses que Dieu a annoncées par la bouche de ses saints prophètes seront accomplies, doit être cependant reçu dans le ciel qui est son royaume.»
XXIV. Mais apprends de l'apAtre quel est ce temps , et qu'il f en instruise par les mêmes paroles avec lesquelles il en a instruit les Thessaloniciens. Voici ce que nous lisons dans l'une des épttres qu'il leur a écrites^ : cOn nous parle de votre conversion , et on nous dit avec quelle ferveur vous avez quitté le service des idoles pour embrasser celui du seul et vrai Dieu, avec quelle foi vous attendez du ciel l'avènement de son Fils Jésus^lhrist , qu'il a ressuscité des morts. » Et en un autre endroit de la même épttre: «Quelle pensez-vous que soit mon espérance, quelle ma satisfaction, quelle h couronne de ma joie , dans la pensée que j'ai que je vous verrai en la présence de Jésus-Christ Notre-
» Gal.G. — « II. rim.,3.— » LTim., 6. — * Acus, 3.
Seigneur au jour de son avènement ?» Et encore en un autre endroit : « Afin que vous vous trouviez saints devant les yeux de Dieu notre Père à l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec tous ses saints. » Et en un autre lieu voulant enseigner qu'il ne faut pas s'attrister du sommeil qui termine la vie mortelle des élus, il parle aussi du temps de la résurrection ^ « Si nous croyons, dit-il, que Jésus-Christ est mort et ressuscité , nous devons croire par la même raison que Dieu, par le mérite de son Fils, amènera avec lui ceux qui ont dormi du sommeil de la mort, c'est la parole de Jésus-Christ que je vous annonce , sachez que nous qui vivons dans ce monde, et qui sommes réservés à l'avènement de Notre-Seigneur, nous ne comparaîtrons pas au pied de son tribunal avant ceux qui out dormi en paix dans les sépulcres. Le Sei^eor descendra du ciel, et alors l'on entendra la voix terrible de Farchange et le son effroyable de la trompette qui appellera les morts. A ce bruit qui pénétrera jusque dans les tombeaux, ceux qui seront morts en la foi de Jésoa-Chrîst ressusciteront les premiers, et quant à nous qui vivons jusqu'à ce jour, nous seroDs élevés comme eux sur des nues pour aller aijhdevant de Jésus-Christ en l'air, d'où étant portés avec lui dans le ciel , nous y jouirons pour jamab de sa présence et de la gloire de son royaume, c Dismoi , je te prie , quelle voix d'archange, qoeOe trompette de Dieu a été entendue jusqali eette heure, si ce n'est peut-être dans qoeiqoes chambres d'hérétiques. Il est vrai que la parole évangélique qui les appelle dès à présent, peut être nommée la trompette de Dieu, mais à le prendre en ce sens, ou pour être ressuscites en cette vie, comme ils le prétendent d'une résurrection spirituelle, ils seront déjà morts de la mort flu corps, et cela étant, comment sont-Os vivans? ou ils seront enlevés et emportés dam lesjiues,et cela étant, comment sont-ils ici-biS? Certes leur misère est extrême , puisque, sekn la parole de l'apôtre, « ils n'espèrent qu^en h vie présente ^ » s'attribuant une résnrrectioD dans le temps qui exclut celle que Dien nous promet après que nous aurons achevé notre vie mortelle, par un déplorable égarement qni les détourne de la vérité autant que Phigelle et Her*
1 1. Thess., 3 et 4.— * L Cor.» 1&
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
mogène , d'où vient que le SainUEsprll^ , prévoyant qu'il se trouverait des gens qui par une étrange erreur entendraient ainsi la résurrection, a fait dire à l*apôtre dans cette même épttreauxTbessalonideu'ull n'est pas besoin, rocs frères , que je vous informe du temps et des momens redoutables du jour du Seigneur, il suffit que vous sacbiei certainement que ce jour viendra quand on y pensera le moins, et qu'il surprendra comme un voleur de nuit surprend ceux qui sont dans le sommeil ; quand ils croiront être dans une profonde paix , et qu'ils se persuaderont qu'il n'y a rien à craindre pour eux, ils recevront le coup de la mort qui, lors qu'ils ne s'y attendront point, les mettra daas le sépulcre. Et le même apôtre exhortant encore avec plus d effort les Thessaloniciens dans la seconde épl( re qu'il leur écrit ^ : t Je vous conjure, dit-il, mes frères, par i'avénement de Notre- Scigneur Jésus-Christ, et par cette assemblée qui se fera de tous ses élus pour aller au-devant de lui , que vous ne perdiez pas si promptement le souvenir de la doctrine que nous vous avons enseignée, que la pensée du jugement de Dieu ne vous jette point le trouble et la frayeur dans l'esprit. Ne vous arrêtez ni aux révélations imaginaires des feux prophètes, ni à leurs discours pleins d'impostures, ni même à quelques lettres que de faux apôtres pourraient vous présenter, même comme venant de nous, pour vous donner de la terreur du jour du Seigneur, vous annonçant que ce jour est sur le point d'arriver; enfin prenez garde que personne ne vous trompe, et défendez-vous de tous les artifices que l'on pourrait employer pour vous persuader que Jésu»-Ghrîst doit bientôt venir. Avant que cela soit, il faut premièrement qu'il se fiisse une défection et une révolte, c'cst-à-dirc un soulèvement contre TÊtat de cet empire, et qu'après, cet homme de péché, c'est-à-dire l'Antéchrist, ce fils de perdition, paraisse dans le monde. Ce malheureux se déclarera ennemi de tout ce qu'il y a de saint dans la religion; il aura l'audace de s'élever au-dessus de tout ce qui reçoit le culte divin , et occupera le temple de Dieu , pour y établir le siège de sa puissance et s'y faire adorer comme s'il était Dieu luimême 3. Ne vous souvicnl-il pas que je vous cn-
» II. Tan.. 1 et 2. — M. Thwf., 5 — » II. Ibid., 2.
seignais ees choses quand j'étais auprès de vous? Certes vous avez appris de ma bouche ce qui empêche qu'il ne se montre , mais quand son temps sera venu il se montrera à découvert. Cependant il a des persécuteure qui exercent dès ce temps-ci le mystère d'iniquité, mais que celui qui tient maintenant la puissance la tienne jusqu'à ce que son autorité soit détruite. «Qui est celui-là, sinon l'État de l'empire romain, qui, ayant souffcrt une défection et la dispersion de sa monarchie en celle de dix rois, c verra paraître la domination de l'Antcchrist, et régner ce méchant, que le Seigneur Jésus-Christ fera mourir par le souffle de sa bouche ; anéantissant par la gloire de son avènement la tyrannie de cet usurpateur, qui viendra avec la fureur et la rage de Satan, et sera le ministre de ses abominations, et que cet esprit malin fera éclater par des signes et des prodiges et de fausses opérations qui séduiront les âmes infidèles à Jésus- Christ , et porteront les méchans à des œuvres d'injustice qui les feront périr.»
XXV. Cette suite et cette disposition des temps dont les âmes des martyrs attendent le succès, en l'état où elles sont sons Taulcl mystique , demandant à Jésus-Christ le jugement et la vengeances est même marquée par saint Jean dans l'Apocalypse^. 11 dit «qu'il faut avant ce terrible événement que le monde boive la substance de ses propres plaies et le calice de la colère de Dieu, qui sera versé sur lui de la main des anges; que cette cité abandonnée au mal soit punie de sa prostitution^, et que dix rois lui fassent recevoir une fin digne de ses forfaits; que 1* Antéchrist, cette horrible bête, avec son faux prophète , porte la guerre dans le sein de rÉglise de Dieu, et que le démon étant cependant confiné dans l'abîme, le décret de la première résurrection vienne du trône glorieux du Très-Haut, et qu'ensuite, le feu ayant consumé toutes choses, sur le point de la résurrection universelle, le jugement de toute la nature se fasse sur ce qui se trouvera écrit dans les livres qui seront ouverts.» Donc puisque TËcriturc exprime quel sera l'état des derniers temps, et établit tout le firuit de l'espérance des chrétiens sur ce qui doit arriver à la fin des siècles , il est évident que c'est alors que l'on verra l'accoin-
« Apoc,6.-»/fr£ci., tô et 16. ~«/6t</., 13, \5, 17 cl -1>
TERTULLIEN
[)lissement de toutes les choses que Dieu a promises. D'où il s'ensuit que c'est vainement que les liiTétiques prétendent recevoir une résurrciiion ici-bas; ou si la lumière de la foi de Jésus-Christ est une espèce de résurrection, il Faut croire qu'elle ne préjudicie point à celle qui a été annoncée pour la fin des temps; et il se peut même dire, qu'en ce que l'on se figure une résurrection spirituelle, c'est un pr^ugé de la vérité de la résurrection corporelle. En effet si celle-ci n'avait point été prédite pour la consommation des siècles , on aurait raison de défendre celle-là , et de soutenir qu'il n'y en a point d'autre , et que la vraie résurrection est seulement spirituelle; mais comme la résurrection dont rÈcriture parle est pour les derniers temps , on reconnaît qu'elle se doit entendre de la résurrection corporelle, parce qu'il n'est point écrit qu'il doive y avoir en ces derniers temps de résurrection spirituelle. Et certes, pourquoi réitérer la prédiction d'une résurrection qui ait les mêmes qualités que celle que Ton s'attribue en ce monde, c'est-à-dire d'une résurrection spirituelle? car ou elle serait accomplie dès la vie présente sans différer plus longtemps, ou elle le serait après cette vie à la conclusion de tous les siècles : ainsi c'est plutôt à nous à défendre la résurrection spirituelle qui procède de la première lumière de la foi , nous qui croyons que nous en aurons toute la plénitude à la fin des temps , et à ce grand jour qui doit décider de notre salut.
XXVI. Je reviens à cette première objection du sens allégorique des Écritures , et je dis que les expressions figurées des prophètes nous servent même pour prouver la résurrection corporelle. Certes, cette première parole qui sortit de la bouche de Dieu au commencement du monde, lorsqu'il prononça que l'homme était terre, «Tu es de terre, dit-il ^, et tu retourneras en terre , » parlant de l'homme selon la substance de la chair qu'il tenait de la terre , et qui comme nous avons montré , avait d abord ét|^ appelée l'homme, cette première parole, dis-je, me donne sujet d'interpréter aussi de la chair tout ce que Dieu donna à la terre dans ce commencement , ou de grâces par sa bonté, ou de punition dans sa colère. Et en vérité, à parler
« Genèse, a.
proprement , la terre n'est point sujette au jugement de Dieu , parce qu'elle n'a lait ni bien ni mal ; et si elle a été chargée de malédiction pour avoir reçu dans son sein le sang qui avait été répandu , cela même est une figure qui représente le crime commis par la chair homicide ^; si la terre a des biens, si elle souffre des maux , c'est pour l'homme que les biens et les maux lui viennent , afin qu'il soit ou soulagé ou puni dans les divers accidens qui lui arrivent en ce lieu de sa demeure, et que ces choses l'obligent à faire une plus sérieuse réflexion sur ce que la terre souffrira même à cause de lai. Ainsi quand Dieu menace la terre , et quand il promet quelque faveur à la terre , je pense que c'est plutôt à la chair qu'il la promet, comme quand il dit dans le prophète David : «Le Seigneur règne, que toute la terre s'en réjouisse',» c'est-à-dire que la chair des saints en ait de la joie , elle à qui appartient la récompense et la gloire du royaume de Dieu. Le prophète ajoute : « La terre verra les éclairs, et frémira de crainte ; les montagnes fondront comme la cire à la vue du Seigneur, » Cette terre qui tremble , et qui fond comme la cire, c'est la chûr des profanes, parce qu'il est écrit : «et ils verront celui qu'ils ont percé inhumainement de la pmote de leur fer '^. » En effet si l'on estime que ces paroles soient dites simplement de la terre, entant qu'elle est élément , comment peut-on conocfoir qu'étant dit d'elle «qu'elle s'est réjouie de voir régner le Seigneur,» il soit encore dit tfcUe, «qu'elle frémit et, qu'elle fond à sa vue?» Afaist quand il est écrit dans isaïe : « Vous mangera les biens de la terre^, »ilfaot entendre ce ptaiage des biens de la chair, de ces biens qui l'attendent dans le royaume de Dieu, lorsque aon élat sera changé, qu'elle deviendra semblable aux anges,et qu'elle obtiendra «ce que l'oeil n*a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, et ce que le cœur de l'homme n'a point oompris&.vAntrement ce serait une exhortation assez vaine que Dieu ferait à l'homme, de l'exciter à robétasance en lui promettant les biens que la terre produit, et les alimens de cette vie, qu'il donne même aux infidèles et à ceux dont les blasphèmes déshonorent son nom , et qa'il
» Genèse, 4. — ' Psaume 96. — * S. Jean, 19. * Isaie, 1. — < S. Matth., 22; 1. Cor., 2.
que à tous les hommes sans autre considération sinon qu'ils sont ses créatures ^, de sorte qu'il fait tomber la pluie sur les méchants, et luire son soleil sur les justes et sur les injustes. Vraiment la foi aurait une belle récompense, et serait élevée à une (jurande félicité, si elle n'attendait que les mêmes biens , dont non-seulement les ennemis de Dieu et de Jésus-Christ ont Pusage, mais dont ils font un mauvais usa{;e, rendant le culte divin aux choses que Dieu a créées, au mépris du créateur^. Quoi ! des oignons et des champignons seraient ces biens de la terre qu'elle espérait, Notre-Seigneur ayant prononcé «que le pain n'est pas la seule nourriture de l'honune! » Ainsi les Juifs, qui n'ont espérance qu'aux biens de ce monde , perdent les biens du ciel 3; ils ignorent la promesse d'un pain céleste ; ils ne connaissent ni l'huile de Tonction divine, ni le vin de l'esprit, cette eau qui distille de la vigne mystique de Jésus-Christ pour donner vigueur à notre âme. Ils estiment que la terre sainte n*est autre chose que le pays de Judée, et ne voient pas qu'elle se doit plutôt entendre de la chair de Notre-Seigneur , qui est vraiment cette terre sainte en tous ceux qui sont revêtus de Jésus-Christ : terre vraiment sainte par la demeure du Saint-Esprit^, terre qui rend vraiment le lait et le miel par la douceur de l'espérance dont elle console les fidèles^; vraie terre de Judée par la femiliarité avec laquelle Dieu s'y communique; car le vrai JuiF n'est pas celui qui le parait au dehors, mais celui qui l'est en secret, comme elle est et le temple de Dieu et Jérusalem, selon cette parole d'Lsaîc : « Lève-toi, Jérusalem ! arme ton bras de toutes ses forces, lève-toi telle que tu étais au commencement des jours, c'est-à-dire montretoi dans cette innocence que tu possédais avant que tu fusses tombée dans ta transgression criminelle , et que tu eusses si malheureusement violé le commandement de Dieu^. Et certes y a-t-îl rien dans ces exhortations qui convienne à la ville de Jérusalem, elle qui a versé le sang des prophètes 7, qui a lapidé ceux que Dieu y a envoyés pour la retirer de ses péchés, et qui enfin par une cruauté bairbare a ravi la vie à son
« s. Malih., 5. — « Rom., 1. — ' S. Malth., 4. • Gai., 3. — '^ Kxod., 3. — • Uoid., 2; Isaïe, 51 vS.MaUb., 23; S. Luc, 23.
Seigneur? Il n'y a d*ailleurs point de terre à qui le salut ait élé promis; au contraire, il feut que la terre passe , il faut qu elle périsse dans la ruine de toute la face de ce monde. Mais y aurait-il quelqu'un qui osât soutenir que la terre sainte se dût prendre pour le paradis? Et pourrait-on dire que cette terre c'est la demeure de nos premiers parens Adam et Eve ^ ? A le prendre en ce sens, il semblerait que le retour dans le paradis eût été promis à la chair, à qui ce lieu fut donné pour y faire sons^ouret pour le garder, et que l'homme y dût être rétabli tel qu'il était lorsqu'il en fut chassé.
XXVU. Nous voyons encore que l'Écriture faisant mention des vêtemens marque, par une expression allégorique, l'espérance de la chair ; ainsi il est dit dans TApocalypse de saint Jean : « Ce sont ceux qui n'ont pas souillé leurs vêtemens avec des femmes ^. » 11 parle des personnes qui ont gardé leur virginité ; et ceux qui pour acquérir le royaume des cieux se sont privés des voluptés permises, paraîtront dans des vêtemens blancs, c'est-à-dire dans la lumière et Téclat d'une chair virginale; et dans l'Évangile rhabit nuptial se prend pour la sainteté de la chair 3 ; et Isale enseignant quel est le jeune que Notre-Seigneur a honoré de son choix et de son estime, et parlant de la récompense qui sera donnée aux œuvres de miséricorde : «Alors, dit-il, ta lumière se montrera tout d'un coup, et bientôt l'on verra éclater la beauté de tes vêtemens *. » Il ne parle ni d'une tunique de soie, ni d'un manteau, mais il veut parler de la chair, et exprimer la renaissance de cette chair, qui par la résurrection se relèvera du tombeau où elle est tombée par la mort. Tant il est vrai (|nc nous trouvons aussi dans lallégorie la défense de la résurrection corporelle. Et en effet quand nous lisons: a Mon peuple, entrez dans les celliers pour un peu de temps en attendant que ma colère passe^; » il faut prendre les celliers pour les sépulcres où reposeront quelque temps ceux qui à la fin des siècles, en ces derniers momens de la colère de Dieu, seront morts sous la tyrannie de TAntechrist , et par la violence qu'il exercera sur la terre. Mais pourquoi a-t-il plutôt appelé les sépulcres des celliers, que d'un nom qui
' Genèse, i — * Apoc.. 3 el 14, — - S. Mallb., 10 et 12. »l$aïc,ô8. — »/W(/.,36.
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exprime un autre Heu destiné à réserver quelque chose, sinon parce que Ton garde dans les celliers la chair salée que Ton y a enfermée pour Tusai^e de la maison , afin de l'en tirer dans le besoin et au temps qu'il est nécessaire? Car c'est ainsi que les corps embaumés et parftimés pour entrer dans la sépulture sont déposés dans les monumens et les mausolées , pour en sortir au commandement de Notre-Seijjneur. Voilà le sens de ce passage. Et certes quels celliers ont tant de détours qu'ils puissent nous garantir de la colère de Dieu? Quand donc le prophète dit : « Jusques à ce que ma colère passe, » cette colère qui fera mourir rAntechrisl, il montre que la chair qui aura été portée dans le sépulcre avant la colère de Dieu, en sortira lorsqu'elle sera passée : car Ton ne tire des celliers que ce qui y a été enfermé , et l'Antéchrist étant détruit , c'est alors que l'on verra arriver la résurrection. XXVllI. Mais comme la prophétie s'énonce par les paroles, elle s'exprime aussi par les choses. Ce n'est pas seulement le discours, ce sont aussi les effets qui annoncent la résurrection. Quand Moïse met la main dans son sein, et la retire comme morte , et se la remet une autre fois dans le sein et Ten retire toute saine^, n'est-ce pas un prodige qui publie cette résurrection de l'homme entier? Et certes, les trois signes marqués par le prophète nous représentent trois effets merveilleux de la vertu de Dieu : premièrement elle réduira sous la puissance de l'homme le démon, ce serpent tout formidable qu'il est; après cela elle arrachera la chair du sein de la mort: et enfin, au jour du jugement, elle vengera tout le sang qui aura été ré[)andu sur la terre. Ainsi nous lisons dans le môme prophète : «Je ferai, dit Dieu, la recherche de votre sang, même sur les bètes brutes qui lont répandu^, je rechercherai celui que la main de l'homme, que la main du frère aura versé. » Mais l'on ne recherche que ce que Fon redemande, et Ton ne redemande que ce qui sera rendu ; et certes ce que Ton recherche et ce que l'on redemandera pour en faire la vengeance, sera indubitablement rendu. En effet Ton ne pourra demander la vengeance de ce qui n'aura point du tout été; et la chose que l'on demandera se doit représenter, puisqu'elle
' Exod, 4. — - Genèse, 1.
se rend pour satisfaire à la vengeance. Or ce qui est dit du sang regarde sans doute la chair, parce que le sang ne sera point sans la chair; Dieu ressuscitera la chair, afin que le sang soit vengé. Il y a d'ailleurs des choses qui sont dites de telle sorte qu'elles n'ont rien du tout du nuage de Tallégorie, et dont on trouve le sens en expliquant les termes simples selon leur signification commune; comme ce qui est dit dans Isaîe : a Je tuerai et je vivifierai < ; » en efFet, après que Dieu aura tué, il vivifiera; il tue par la mort, et il vivifiera par la résurrection; et comme c^est la chair qui est tuée par la mort, la chair ressuscitant reprendra la vie. Si tuer c'est arracher la vie à la chair, vivifier, qui est son contraire, c'est rendre à l'àme cette même chair. Il faut bien que la chair ressuscite, elle à qui en la foisant mourir Tâme a été ravie, et à qui en la faisant revivre, cette âme.doit être rendue. XXIX. Si donc les allégories de l'Écriture, si les argumens qui se tirent des choses opérées par les prophètes, si des paroles toutes simples nous fout apercevoir la vérité que nous défi^n* dons de la résurrection de la chair, même sans nommer expressément la substance qui doit ressusciter, ne sommes-nous pas en des termes bien plus forts, et n'avons-nous pas plus de droit de soutenir que cette vérité ne peut recevoir de contestation après tant de preuves prises des Écritures qui établissent Tespérance de la résurrection en la chair, par une dénominatioa particulière des substances corporelles? £ooate ÉzéchieP : ail me semblait, dit-il, que je sentais la main de Dieu sur moi, et que le Seigneur m'enlevait en esprit; qu'il m'avait transporté au milieu d'une campagne , où Ton voyait des os de toutes parts ; qu'il me conduisait tout autour de ces os secs et arides , et que cette plaine en était toute couverte; qu'Û me disait : Fihde Thomme , crois-tu que les os que tu vois revivent? Je lui répondais : Seigneur, vous le saveL II me répliquait : Prophétise sur cette montagne d'os qui est devant tes yeux, et tu diras : Vous, os arides, écoutez la parole du Seigneur; voici ce que le Seigneur dit à tous ces os que le sépulcre a séchés : Je vous apporte un esprit dont vous serez animés, et vous vivrez de l'esprit que je vous donnerai ; je vous ferai reprendre votre
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
chair, j'étendrai sur vous une peau Je rcmctlrai dans vous une âme qui vous rendra la vie, et vous connaîtrez que je suis votre Dieu. J*ai donc prophétisé selon le commandement que j'en ai reçu, et lorsque j'annonçais les choses qui devaient arriver, avant que j^eusse achevé de parler, il s'est fait un instant un remuement de tous ces os qui 8*approchaient les uns des autres, et j*ai vu que les os se sont couverts de chair et de nerfs, que la peau s'est étendue pardessus ; mais l'Ame n*y était pas encore. Le Seigneur m*a donc dit : Prophétise , fils de Thomme; élève-toi par la lumière de la prophétie jusques à Tesprit, et tu diras : Venez, esprit, des quatre parties du monde ; inspirez ces morts et qu'ils vivent. Et j'ai prophétisé selon que le Sei(];neurme l'a ordonné; j'ai appelé l'esprit, et il est entré dans ces corps morts; et ces corps morts ont recouvré la vie et se sont levés sur leurs pieds; et ils étaient en si ffrand nombre qu'ils Faisaient comme une puissante armée. Et le Seigneur m'a dit : Fils de l'homme, ces os que tu vois c'est toute la maison d'Israël; ils disent : Nos os sont tout secs, nous n'avons plus d'espérance, et nous avons été arrachés de notre tige; c'est pourquoi je t'ordonne de leur faire entendre cette prophétie : Vous, mon peuple, j'ouvrirai vos sépulcres, je vous retirerai de vos tombeaux, et je vous ferai entrer dans la terre disraêl , et vous reconnaîtrez, mon peuple bien-aimé, que je suis votre Seigneur, quand j'aurai ouvert vos monumens et que je vous aurai retirés des lieui où vous étiez ensevelis; je vous donnerai un esprit, et vous vivrez , et vous jouirez du repos dans cette terre, qui est à vous, et vous saurez que c'est mol qui ai parlé, et qui ai opéré ces grandes choses, dit le Seigneur.»
XXX. Je n'ignore pas que nos adversaires tAchent de donner à ce passage un sens allégorique ; ils disent que quand il est écrit que ces os c'est toute la maison d'Israël , les os dont l^criture parle ne sont qu'une image d'Israël , qu'elle les a exposés hors de leur condition propre et naturelle , et qu'enfin ce n est qu'une figure , et non pas une vraie prophétie delà résurrection; qu'en réalité c'est une expression de TÉtat du peuple juif, qui est représenté comme mort, abbatu sous le poids d'une langueur et d'une aridité fancsdb. et mi$(h*ab!c-
ment dispersé par tout le mondo , comme dars une grande et vaste campaf^ne; que |K)ur cela il est parlé de lui selon l'allégorie sous Tiniage de la résurrection, parce qu*il devait être rassemblé; que les os se devaient rejoindre aux os, c'est-â-dire qu'une tribu devait être réunie A une autre tribu; que les parties séparées du peuple devaient se remettre ensemble pour ne faire plus qu un corps ; que Tintât des Juifs reprendrait sa chair ou !iQ$ richesses , qu'il se revêtirait des nerfs ou des forces que ce royaume avait au temps de sa prospérité; que ce peuple serait tiré de l'horreur des sépulcres, c'est-ûdire du triste et infiirtuné séjour de la captivité; qu'il respirerait sous un air plus doux et plus agréable, et qu'il vivrait dans la terre qui était à lui, c'est-A-dire dans la Judée. Mais enfin qu'est-ce que les Juifs deviendront? Il est sans doute qu'ils mourront. Et que seront-ils ajirôs la mort? Je pense (|u il n'y aura point de résurrection, si ce n'est celle qui a été révélée A fizéchiel. D'ailleurs il y a d'autres preuves qui établissent la résurrection, d'où je conclus que celle dont parle Ézéchiel est vraie, et qu'il y a de la témérité de la renfermer dans l'état des affaires des Juif^; ou si la résurrection que nous défendons n'est pas la même, il ne m'importe, pourvu qu'il y ait une résurrection des corps , comme il yen a une de la calamité des Juifs. Enfjn le rétablissement du peuple juif étant figuré par ces os qui reprennent leurs corps et qui recouvrent la vie par l'esprit dont ils sont ranimés, c'est un témoignage qui nous assure que les os seront aussi remis en leur premier étal, car les os ne pourraient être le sujet d'une figure, s'il ne leur arrivoit à eux-mêmes ce qui est représenté par la figure. En effet, si l'image est une expression de la vérité comme à son principe, il est nécessaire que la chose exprimée par l'imaiyc ait un être réel etvéritable, avant que l'image en puisse être formée. La similitude ne peut être fondée sur ce qui n'est point , ni ce qui n'est rien être la matière d'une figure. Ainsi il faut croire que les os reprendront véritablement la substance du corps et seront véritablement ranimés par l'esprit, selon que nous l'avançons, afin que cet événement, tel (lu'il est dépeint en ce lieu d'Ézéehîcl, puisse exprimer le chani;ement de l'État des Juifs. Mais certes, sans s'arrêter i\ toutes les bublilitrs de l'esprit humain, ccbl un
TERTULLIEN
.scnlimcnt plus saint et plus pieux de défeDdre la vérité toute nue , et de s'attacher à cette simplicité de termes, avec lesquels le prophète 1 explique : ce sens a une merveilleuse autorité, cl c est celui que la proposition faite de la part de Dieu exige de nous. Et certes , si cette révélation avait eu pour objet le rétablissement des Juifs, dès qu'elle a montré le lieu où étaient les os, elle eût aussitôtajouté : a Ces os, c'est toute la niaison d'Israël ; a mais il faut considérer que Dieu, après avoir montré les os, parle de l'espé^ rance en la résurrection; avant que de nommer Israël, il tente la foi du prophète. « Fils de Ihomme, dit-il, crois-tu que ces os revivent ?» afin que le prophète lui répondit : « Seigneur , vous le savez. » Or Dieu n'eût point tenté la foi du prophète sur une chose qui n'eût point dû arriver, dont Israël n'eût jamais ouï rien dire auparavant, et que l'on n'eût pas été obligé de croire. Mais parce que la résurrection des morts avait été annoncée, et qu'Israël, par son incrédulité , se défiant de la vérité qu'on lui annonçait en était môme scandalisé, et ne faisant réliexiou que sur l'état des morts et sur cette vieille pourriture des tombeaux, désespérait que les morts dussent ressusciter un jour , où plutôt qu'Israël, n'élevant point son esprit à la vérité de la résurrection, s'arrêtait seulement à ses circonstances, pour ce sujet Dieu révèle au prophète, qui était même dans quelque doute de cette vérité , tout ce qui se passerait dans cet événement merveilleux de la résurrection des liommes, afin de l'exciter à l'anonncer avec beaucoup de constance et de fidélité , et commande au peuple de croire ce qu'il a révélé au prophète, leur disant qu'ils étaient ces os qui ressusciteraient, eux qui ne croyaient pas que les os dussent ressusciter. Enfin il conclut ainsi cette révélation : « Vous saurez, dit-il, que c'est moi qui ai parlé et qui ai opéré ces grandes choses. » En effet , il devait faire les choses qu'il avait dites, mais il ne devait pas faire les choses qu'il avait dites , s'il les devait faire autrement qu'il n'avait dit qu'il les ferait.
XXXI. Certes si le peuple, étant dans la douleur de se voir réduit à une misérable dispersion, se plaignait dans le langage de l'allégorie, «que ses os sont tout secs et qu'il a perdu toute espérance , w on [Mourrait croire que Dieu aurait «ondoie par une promesse figurée un âc^
espoir exprimé en figure; mais comme le peuple n'avait point encore éprouvé le malheur de la dispersion, et que la résurrection était une chose dont il avait fort souvent perdu l'espérance, et que l'on sait que la considération de la mort du corps éloignait de son esprit toute l'assurance qu'il en devait avoir , pour cela le dessein de Dieu, dans cette révélation, a été de rétablir cette foi , que le peuple détruisait par son incrédulité. Que si Israël souffrait alors quelque calamité, si l'état où il se trouvait lui fournissait quelque sujet de plainte, ce ne serait pas une raison qui dût faire prendre la révélation d'Ézéchiel pour une parole, mais ce serait bien plutôt une preuve que Dieu aurait voulu donner de la résurrection, pour exciter ces peuples à conserver l'espérance du salut étemel , et leur faire naître le désir d'un rétablissement plus nécessaire que celuy d'être rappelé d'exil , ou de recouvrer ses biens , et les détourner en même temps de l'amour des choses pr^ntes; d'où vient que d'autres prophètes ont dit : a Vous sortirez des sépulcres comme des animaux délivrés des liens dont ils étaient attachés S et vous marcherez sur le ventre à vos ennemis, b Et ailleurs : a Votre cœur sera rempli de joie, et vos os pousseront comme l'herbe.» En effet, l'herbe vient de la pourriture et de la oomiption de la semence. Enfin si l'on prétend que l'image des os qui se relèvent du sein de b terre ne représente proprement que l'état temporel des Israélites, d'où vient que ce n'est pas seulement à Israël que cette espérance de la résurrection est annoncée, mais qu'elle l'est aussi à toutes les nations auxquelles la promesse est faite, comme à ce peuple, que les restes de leur chair et de leurs os seront rétablis en corps et en âme, et que les morts se relèveront de leurs sépulcres? car il est dit de tous: « Les morts vivront et sortiront des monumens 2, et la rosée qui leur vient de vous est un remède dont leurs os reçoivent la guérison et la santé;» et ailleurs : a Toute chair se présentera devant moi \ et viendra adorer, dit le Seigneur.» Mais quand cela arrivera-t-il? ce sera lorsque la iâce de ce monde commencera à passer et à s^évanonir. Et il est encore dit auparavant au même lieu : « Gomme le ciel nouveau et la nouvelle terre que
» Maîac, 4; Isaic, 66. - » Ibid., 26.-» Ibid, 66.
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
je fais a une fermeté inébranlable , dit le Seigneur, ainsi votre semence aura une consistance éternelle. » Et c'est alors que Ton verra Faccomplissement de ce qu'il ajoute : » Ils sortiront (c'est des sépulcres qu'il entend), et ils verront les membres de ceux qui ont vécu dans l'impiété. Le ver qui rongera ceux-ci ne mourra point t ; » le feu qui les brûlera ne s'éteindra point , et ils seront exposés à la vue de toute chair ; » c'est-àdire de tous les saints, qui , étant ressuscites et sortis de leurs sépulcres, adoreront Dieu en reconnaissance de la grâce qu'ils auront reçue de sa bonté.
XXXII. Mais afin qu'il ne semblé pas que TËcriture n'annonce que la résurrection des corps qui ont été mis dans les sépulcres, et que les autres ne doivent point ressusciter , il est écrit : « Et je commanderai aux poissons de la mer , qui rendront les os qu'ils auront dévorés ^ et je joindrai les membres, et les os les uns aux autres, d Donc, dis-tu , les poissons seront aussi ressuscites, et les bètes brutes, et les oiseaux de proie, afin qu'ils rendent ceux qu'ils auront engloutis , parce que tu as lu dans « Moïse que Dieu recherchera le sang sur les bètes brutes ^. » Non, il n'en est pas ainsi ; ni les poissons, ni les bètes brutes, ni les oiseaux de proie ne ressusciteront point; et ce qui fait que l'on nomme les bètes brutes et les poissons en parlant de la restitution de la chair et du sang , c'est pour marquer par une plus forte expression la résurrection des corps qui auront été dévorés, l'Ëcriture la représentant parfaitement quand elle dit a que la recherche du sang se fera même sur ce qui les aura dévorés. » J'estime d'ailleurs que l'exemple de Jonas nous donne une belle instruction de cette puissance de Dieu , puisqu'il sortit sain et entier du ventre de la baleine, et que ces deux substances, sa chair et son âme, en furent délivrées. Et en effet les entrailles de ce grand et monstrueux poisson , où le prophète fut plongé durant l'espace de trois jours, pouvaient corrompre et consumer sa chair, tout de même qu^une sépulture qui n'a point été remuée pourrit un cadavre qui a été longtenip.s enfermé dans son sein. Mais certes, l'on ne peut nier que ces bêles brutes sur lesquelles il est écrit « que Dieu recherchera le
« S. Matlh., 9. — « Apoc., 1. — • Genèse,
sang, D ne soient la figure des persi^cutenrs dos fidèles, de ces hommes cruels, pleins de férocité et de barbarie, principalement contre les serviteurs de Jésus-Christ, ou qu'elles ne soient même l'image de ces anges prévaricateurs , de ces esprits d'iniquité, sur lesquels Dieu fera la recherche du sang, par une espèce de compensation de supplice, et de vengeance ^ Y a-t-il donc quelqu'un , si c'est une personne qui ait plus d'inclination à apprendre d'autrui qu'à présumer de soi-même, qui soit plus portée à croire qu'à disputer , qui ait plus de révérence pour la sagesse de la loi de Dieu que de passion pour ses propres sentimens, qui entendant parler de ce que Dieu a ordonné touchant la chair, la peau , les nerfs, et les os , puisse fein • dre que cela se doit rapporter à d'autres choses, comme si ce que TËcriture dit de ces substances n'était pas destiné à l'homme? En effet, ou licn n*est destiné à l'homme , ni le royaume du ciel , que Dieu lui prépare par un effet merveilleux de sa libéralité , ni la rigueur de son jugement , ni la résurrection de quelque qualité qu'elle soit ; ou si ces choses sont destinées à l'homme, il faut de toute nécessité qu'elles soient destinées à ces substances qui composent l'homme auquel elles sont destinées. Mais je demande à ceux qui transportent avec tant de finesse et de subtilité à une autre signification les os , la chair, les nerfs et les sépulcres, d'où vient rjue, quand on dit quelque chose de Tàme, ilr> ne prétendent point que l'âme se doive prendre en un autre sens , et qu'au contraire quami on parle de quelque chose de nature corporelle , ils y donnent tout un autre sens que ce que le mot signifie dans son sens naturel et ordinaire. Certes, si ce qui est de nature corporelle est une parabole, pourquoi n'en sera-t-il pas de même de ce qui est de nature spirituelle ? si ce qui est de nature spirituelle ne s'entend pas en figure, ce qui est de nature corporelle ne s'enlcnd pas non plus en figure; car le corps est aussi bien une partie de l'homme que l'àme , et l'on ne peut faire que l'une de ces deux substances admette le sens figuré, et que l'autre h rejette.
XXXin. Il me semble que je me suis assez arrêté aux preuves tirées des prophètes; je viens
' Gai., 9.
TERTULLIEN
maintenant à celles que me fournit TÉvangile ; mais il faut que je prévienne aussi en ce lieu Fadresseet la subtilité fine et rusée de ceux qui prétendent que Notre-Seigneur a dit toutes choses en paraboles, parce qu'il est écrit : a Jésus a parlé de toutes ces choses en paraboles < ; et il ne leur parlait point sans paraboles,» c'est-ùdire que sans paraboles il ne parlait point aux Juif^ ; ainsi ses disciples lui disaient : « Pourquoi parlez-vous en paraboles ?» et Notre-Seigneur lui-même disait aussi : a Je leur parle en paraboles, afin qu'en voyant ils ne voient pas, et qu'en oyant ils n'entendent pas, selon la parole d'Isaïe. » Certes, s'il parlait en paraboles aux Juifs , il ne parlait pas à tous en paraboles ; il ne parlait pas toujours en paraboles , et toutes les choses qu'il disait n'étaient pas des paraboles; comme il n'usait de paraboles qu'avec quelques-uns, ce n'était que de quelques choses qu'il parlait en paraboles, et c'était ne parler qu'a quelques-uns que de ne parler qu'aux Juifs. Il est vrai qu'il parlait même quelquesfois en paraboles à ses disciples , mais considère que quand l'Écriture le rapporte, c'est en ces termes qu'elle le fait. «Et il leur disait aussi une parabole^.» D'où je conclus qu'il leur parlait même sans se servir de paraboles; car rËcriturc n'aurait pas remarqué quand il parlait en paraboles, si c'eût été sa façon de parler ordinaire. Mais prends garde qu'il n'y a point de parabole dans l'Évangile qui n'ait été ou expliquée par lui-même , comme celle de la semence qu'il rapporte à la distribution de la parole divine^, ou éclaircie par l'évangélisle, comme celle du juge superbe , et de la veuve qui le presse de lui rendre justice^, d'où le texte sacré nous convie à persévérer en l'oraison , ou qui ne se puisse entendre de soi-même , comme celle du figuier que le maître diffère d'arracher et de brûler \ espérant qu'il portera du fruit à l'avenir , ce qui exprime assez clairement 1 état infructueux de la nation Juive. Que si les paraboles n'ont point de voile qui obscurcissent la lumière de l'Évangile, il ne faut point croire que des sentences et des arrêts prononcés de la bouche du Fils de Dieu , et dont le sens est clair et manifeste, doivent recevoir une autre interprétation
» s. Matth., 13. — * S. Luc, 18. - » S. Matlh., 13. •5. Luc, 18. ^5 S. Luc, 13.
que celle que les termes qui les énoncent poi tent naturellement. Or c'est par des sentences et des arrêts que Notre-Seigneur annonce ou le jugement , ou le royaume de Dieu , ou la lésurrection^ «Tyr et Sidon, dit-il , recevront un traitement plus supportable au jour du jugement^. » Et ailleurs : a Dis-leur que le royaume de Dieu est proche?» Et ailleurs: a II te sera rendu, en la résurrection des justes ^. » Mais si les noms mêmes des choses, c*est-à-dire du jugement, du royaume de Dieu , et de la résurretion , représentent si nûmentet absolument ce qu'elles sont qu'on n'en puisse rien enfermer dans le sens figuré et la parabole, il ne faut point certes interpréter figurément ce qui nous est annoncé, soit de cet ordre merveilleux du royaume de Dieu , soit des circonstances de ce grand événement du jugement des hommes, soit de cette impression toute divine que les âmes feront sur les corps, lorsqu'elles viendront les ranimer et au moment de la résurrection ; et l'on doit entendre ce qui en est dit dans un sens corporel , parce que ce sont des choses qui sont destinées aux corps ; c'est-à-dire qu'il ne faut pas y chercher un sens spirituel , parce qu'il n'y a en cela rien de figuré et rien que de propre. Ainsi nous avons déjà dit que le corps tant de l'âme que de la chair recevra sa récompense à cause des œuvres communes à l'àme et à la chair. Et c'est un principe qu'il fallait établir de peur que le corps de Tàme, qui porte l'esprit i des explications figurées, ne donnât Texclusion au corps de la chair quant à l'état de l'autre vie; au lieu que nous devons croire que les deux parties qui composent l'homme ont part au royaume de Dieu , au jugement , et à la résurrection ; et ce que nous prétendons à présent est de montrer que Notre-Seigneur a entendu parler du corps de la chair, partout où il a feit mention de la résurrection , sans que cela préjudicie au corps de Tâme , qui n'a été reconnu que de peu de gens.
XXXIV. Premièrement donc, quand Noire- Seigneur dit a qu'il est venu pour sauver ce qui s'était perdu^,» qui est-ce, à ton avis, qui s'était perdu ? c'est l'homme sans doute. Mais est-ce tout l'homme, ou si ce n'en est qu'une partie? c'est l'homme entier , car la transgression du
* S. Mallh., 11.- VWrf.,10.— • S. Luc, 14.- «/Wc/., 19.
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Bommandement de Dieu , cause déplorable de la perte de la nature humaine, ayant été une opération tant de ^^inclination de TAme, par le mouvement de sa concupiscence, que de Taction de la dialr en ce qu'elle a goûté du fruit défendu , cette transgression, di»-je, a été le titre du crime de riKNome entier, et a rempli toutes ses Facultés de ce funeste démérite qui Ta fait [)érir. Cet homme donc qui a péri tout entier par son crime, sera sauvé tout entier S si ce n*est lue cette ouaille perdue se soit perdue sans son corps, et ait été retrouvée sans son corps; car si le bon pasteur remporte sur ses épaules la chair et Tàme de son ouaille, c'est-à-dire cet animal entier, c'est un exemple qui nous figure le rétablissement de l'homme en Tune et en Tautre substance. Mais combien est-il indigne de Dieu de ne donner le salut qu'à la moitié de rhomme, et de ne faire presque des grâces qu'à demi , tandis que les princes du monde n*en font point de bornées et d'imparfaites, et que celles qu'ils accordent sont toutes pleines. Quoi, le diable sera plus puissant pour la perte de l'homme, il aura le pouvoir de le faire tomber tout entier, et Dieu se montrera plus impuissant', ne pouvant le relever tout entier! Cependant l'apôtre dit «qu'où il y a eu abondance de péché , c'est là que la grâce a été encore plus abondante. «Enfin comment pourra-t-on estimer celui-là sauvé, de qui, si l'on s'arrête à ce sentiment, on pourra même dire qu'il est perdu; car s'il est sauvé quant à l'âme, il est perdu quant à la chair. Et II faut même que l'on répute l'âme perdue, afin qu'elle puisse recevoir le salut; car c'est seulement ce qui sera perdu qui doit recevoir le salut. Toutefois, selon nous, l'âme est immortelle, et quand elle se perd, ce n'est pas qu'elle meure , mais c'est qu'elle est livrée aux supplices et à la gène. Et de cette sorte le salut qui sauve de la mort ne la regarde point, puisqu'il lui est assuré par sa propre nature , et par la vertu de son immortalité; mais elle regarde bien plutôt la chair, qui est reconnue mortelle par le consentement universel de tout le monde; ou si l'âme est sujette à mourir, si elle est d'une nature qui ne soit pas immortelle , en un mot si elle est périssable comme la chair , certes, la chair ayant également la qualité de
* S. Luc , 15. — * Rom., 5.
mortelle et de périssable, elle doit également recevoir le salut , puisque le Seigneur par sa bonté donnera le salut à ce qui périt ^ Je ne veux pas disputer ici contre toi avec beaucoup de contention et de subtilité, dans des discours longs et épineux , à raison de laquelle des deux substances rhomme périt , si c'est en celle-là ou si c'est en celle-ci ; il suffit que le salut lui soit destiné en l'une et en l'autre partie de .son être , et que l'une et l'autre substance le reçoive également. Et certes de quelque substance que tu présumes que Thomme périt, il ne périt point de l'autre ; il sera donc sauvé en celle substance en laquelle il ne périt pas , et il sera encore sauvé en celle en laquelle il périt. Ainsi c|ue tu vois, le rétablissement de Thomme est entier, puisque ce qui périt de lui , Notrc-Seigneur le sauvera, et que ce qui ne périt pas de lui , Notrc- Seigneur ne le perdra pas. Qui pourrait après cela douter de la conservation de Tune et de l'autre substance , dont Tune obtiendra le salut, et l'autre sera dans un éiat où elle ne pourra le perdre? Toutefois Notre-Seigncur ne laisse pas de nous exprimer encore celte vérité : « Je suis venu, dit-il, pour faire non pas ma volonté, mais celle de mon Père, qui mi\ envoyé'-. > Dis-moi, je te prie, quelle est cette volonté. « Afin, ajoutel-il, que je ne perde rien du tout de tout ce que mon Père m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. » Qu'est-ce que Jésus-Christ avait reçu de son Père , sinon cela même dont il s'était revêtu ? Ce qui s'entend sans doute de la nature humaine , de ce composé de la chair et de l'âme. H ne souffrira donc point qu'aucune de ces deux choses qu'il avait reçues périsse; il ne permettra pas aussi qu'il périsse rien, non pas même la moindre partie ni de l'une ni de l'autre. Que si la chair est peu de chose, il ne la laissera donc pas périr , parce qu'il ne laissera pas périr la nioindre chose ; et il n'en laissera rien périr , parce que de ce qu'il a reçu , il n'en laissera périr rien du tout. Certes, s'il ne ressuscitait pas la chair au dernier jour , il souffrirait qu'une partie de l'homme pérît; je ne dis pas une petite partie de rhomme, mais j'ose dire, considérant combien la chair est une grande partie de l'homme , qu'il laisserait périr presque rhomme entier. Au reste quand Notre-
i « S. Maltb., 10. — « S. Jean, (5
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maintenant à celles que me fournit TÉvangile ; mais il faut que je prévienne aussi en ce lieu l'adresse et la subtilité fine et rusée de ceux qui prétendent que Notre-Seigneur a dit toutes choses en paraboles, parce qu'il est écrit : a Jésus a parlé de toutes ces choses en paraboles < ; et il ne leur parlait point sans paraboles,» c*est-ùdire que sans paraboles il ne parlait point aux Juif^ ; ainsi ses disciples lui disaient : « Pourquoi parlez-vous en paraboles ? » et Notre-Seigneur lui-même disait aussi : «Je leur parie en paraboles, afin qu'en voyant ils ne voient pas, et qu'en oyant ils n'entendent pas, selon la parole disat'e. » Certes, s'il parlait en paraboles aux Juifs , il ne parlait pas à tous en paraboles ; il ne parlait pas toujours en paraboles, et toutes les choses qu'il disait n*étaient pas des paraboles; comme il n'usait de paraboles qu'avec quelques-uns, ce n'était que de quelques choses qu'il parlait en paraboles, et c'était ne parler qu'a quelques-uns que de ne parler qu'aux Juifs. Il est vrai qu'il parlait même quelquesfois en paraboles à ses disciples , mais considère que quand TÉcriture le rapporte, c'est en ces termes qu'elle le fait. «Et il leur disait aussi une parabole^.» D'où je conclus qu'il leur parlait même sans se servir de paraboles; car TËcriture n'aurait pas remarqué quand il parlait en pa* raboles, si c'eût été sa façon de parler ordinaire. Mais prends garde qu'il n'y a point de parabole dans l'Évangile qui n'ait été ou expliquée par lui-même, comme celle de la semence qu'il rapporte à la distribution de la parole divine^, ou éclaircie par l'évangéliste, comme celle du juge superbe , et de la veuve qui le presse de lui rendre justice^, d'où le texte sacré nous convie à persévérer en l'oraison , ou qui ne se puisse entendre de soi-même , comme celle du figuier que le maître diffère d'arracher et de brûler \ espérant qu'il portera du fruit à Tavenir , ce qui exprime assez clairement l'état infructueux de la nation Juive. Que si les paraboles n'ont point de voile qui obscurcissent la lumière de î'Ëvangile, il ne faut point croire que des sentences et des arrêts prononcés de la bouche du Fils de Dieu , et dont le sens est clair et manifeste, doivent recevoir une autre interprétation
» s. Matth., 13. — » S. Luc, 18. - » S. Matlh., 13. •5. Luc, 18. ^ « S. Luc, 13.
que celle que les termes qui les énoncent pot tent naturellement. Or c'est par des sentences et des arrêts que Notre-Seigneur annonce ou le jugement , ou le royaume de Dieu , ou la lésurrection ^ «Tyr et Sidon, dit-il , recevront un traitement plus supportable au jour du jugement^. » Et ailleurs : a Dis-leur que le royaume de Dieu est proche?»Et ailleursiall te sera rendu, en la résurrection des justes ^. » Mais si les noms mêmes des choses , c'est-à-dire du jugement , du royaume de Dieu , et de la résurretion , représentent si nûmentet absolument ce qu'elles sont qu'on n'en puisse rien enfermer dans le sens figuré et la parabole, il ne faut point certes interpréter figurément ce qui nous est annoncé, soit de cet ordre merveilleux du royaume de Dieu , soit des circonstances de ce grand événement du jugement des hommes, soit de cette impression toute divine que les âmes feront sur les corps, lorsqu'elles viendront les ranimer et au moment de la résurrection ; et l'on doit entendre ce qui en est dit dans un sens corporel , parce que ce sont des choses qui sont destinées aux corps ; c'est-à-dire qu'il ne faut pas y chercher un sens spirituel , parce qu'il n'y a en cela rien de figuré et rien que de propre. Ainsi nous avons déjà dit que le corps tant de l'âme que de la chair recevra sa récompense à cause des œuvres communes à l'àme et à la chair. Et c'est un principe qu'il fallait établir de peur que le corps de l'àme, qui porte l'esprit i des explications figurées, ne donnât Texclusion au corps de la chair quant à l'état de l'autre vie; au lieu que nous devons croire que les deux parties qui composent l'homme ont part au royaume de Dieu , au jugement , et à la résurrection ; et ce que nous prétendons à présent est de montrer que Notre-Seigneur a entendu parler du corps de la chair, partout où il a feit mention de la résurrection , sans que cela préjudicie au corps de l'àme, qui n^a été reconnu que de peu de gens.
XXXI V. Premièrement donc, quand Notre- Seigneur dit a qu'il est venu pour sauver ce qui s'était perdu^,» qui est-ce, à ton avis, qui s'était perdu ? c'est l'homme sans doute. Mais est-ce tout l'homme , ou si ce n'en est qu'une partie? c'est riiomme entier , car la transgression du
* S. Mallh., ll.-VWrf.,10.-» S. Luc, 14.- *Ibid., 19.
DE LA REStHRECTION DE \A CHAIR.
commandement de Dieu , cause déplorable de la perte de la nature humaine, ayant été une opération tant de.rinclination de FAme, par le mouvement de sa concupiscence, que de Faction de la chair en ce qu'elle a goûté du fruit défendu , cette transgression, dis-je, a été le titre du crime de Fliomme entier , et a rempli toutes ses facultés de ce funeste dânérite qui Ta fait I)érir. Cet homme donc qui a péri tout entier par son crime, sera sauvé tout entier S si ce n'est que cette ouaille perdue se soit perdue sans son corps , et ait été retrouvée sans son corps ; car si le bon pasteur remporte sur ses épaules la chair et Tàme de son ouaille, c'est-à-dire cet animal entier, c'est un exemple qui nous figure le rétablissement de l'homme en l'une et en Fautre substance. Mais combien est-il indigne de Dieu de ne donner le salut qu'à la moitié de l'homme, et de ne faire presque des grâces qu'à demi , tandis que les princes du monde n'en font point de bornées et d'imparfaites, et que celles qu'ils accordent sont toutes pleines. Quoi, le diable sera plus puissant pour la perte de l'homme, il aura le pouvoir de le faire tomber tout entier, et Dieu se montrera plus impuissant^ ne pouvant le relever tout entier! Cependant l'apôtre dit «qu'où il y a eu abondance de péché, c'est là que la grâce a été encore plus abondante. » Enfin comment pourra-t-on estimer celui-là sauvé, de qui, si l'on s'arrête à ce sentiment, on pourra même dire qu'il est perdu; car s'il est sauvé quant à l'âme, il est perdu quant à la chair. Et il faut même que l'on répute l'âme perdue, afin qu'elle puisse recevoir le salut; car c'est seulement ce qui sera perdu qui doit recevoir le salut. Toutefois , selon nous, l'âme est immortelle, et quand elle se perd, ce n'est pas qu'elle meure , mais c'est qu'elle est livrée aux supplices et à la gène. Et de cette sorte le salut qui sauve de la mort ne la regarde point, puisqu'il lui est assuré par sa propre nature , et par la vertu de son immortalité; mais elle regarde bien plutôt la chair, qui est reconnue mortelle par le consentement universel de tout le monde; ou si l'âme est sujette à mourir, si elle est d'une nature qui ne soit pas immortelle , en un mot si elle est périssable comme la chair , certes, la chair ayant également la qualité de
* S. Luc , 15. — * Rom., 5.
mortelle et de périssable, elle doit également recevoir le salut , puisque le Seigneur par sa bonté donnera le salut à ce qui périt ^ Je ne veux pas disputer ici contre toi avec beaucoup de contention et de subtilité, dans des discours longs et épineux , à raison de laquelle des deux substances l'homme périt , si c'est en celle-là ou si c'est en celle-ci ; il suffit ({uc le salut lui soit destiné en l'une et en l'autre partie de son être , et que l'une et l'autre substance le reçoive également. Et certes de quelque substance que tu présumes que l'homme périt, il ne périt point de l'autre ; il sera donc sauvé en celte substance en laquelle il ne périt pas , et il sera encore sauvé en celle en laquelle il périt. Ainsi que tu vois, le rétablissement de Thommc est entier, puisque ce qui périt de lui , Notrc-Seigiieur le sauvera, et que ce qui ne périt pas de lui , Notre- Seigneur ne le perdra pas. Qui pourrait après cela douter de la conservation de l'une et de l'autre substance , dont Tune obtiendra le salut, et l'autre sera dans un élut où elle ne pourra le perdre? Toutefois Notre-Scigneur ne laisse pas de nous exprimer encore cette vérité : « Je suis venu, dit-il, pour faire non pas ma volonté, mais celle de mon Père, qui m'a envoyé*-. «) Ois-moi, je te prie, quelle est cette volonté. « Afin, ajoutct-il, que je ne perde rien du tout de tout ce que mon Père m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. » Qu'est-ce que Jésus-Christ avait reçu de son Père , sinon cela même dont il s'était revêtu ? Ce qui sVntend sans doute de la nature humaine , de ce composé do la chair et de l'âme. Il ne .souffrira donc point qu'aucune de CCS deux choses qu'il avait reçues pcrissi»; il ne permettra pas aussi qu il périsse rien, non pas même la moindre partie ni de l'une ni de l'autre. Que si la chair est peu de chose, il ne la laissera donc pas périr, parce qu'il ne laissera pas périr la moindre chose ; et il n'en laissera rien périr , parce que de ce qu'il a reçu , il n'en laissera périr rien du tout. Certes, s'il ne ressuscitait pas la chair au dernier jour , il souffrirait qu'une partie de l'homme pérît; je ne dis pas une petite partie de l'homme, mais j'ose dire, considérant combien la chair est une grande partie de l'homme , qu'il laisserait périr presque rhomrae entier. Au reste quand Notre-
i « s. Maltb., 10. — « s. Jcaji, 6
TERTULLIEN
Seigneur dit encore : «C'est la volonté du Père Éternel, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et que je le ressuscite au dernier jour;» il établit la plénitude de la résurrection , parce qu'il distribue à chaque substance la récompense du salut , qui est propre à ses fonctions , à la chair par laquelle on voyait le fils, et à Tâme par laquelle on croyait en lui. « Donc , diras-tu , la promesse de cette résurrection regarde ceux qui voyaient Jésus-Christ. » Fié bien, qu'il soit ainsi, pourvu que Tespérance en soit venue d'eux à nous ; car si alors les opérations de la chair et de Tàn^e ont été si avantageuses à ceux qui voyaient, et qui croyaient parce qu'ils voyaient , elles nous doivent sans doute apporter de bien plus grands avantages. XXXV. «Ceux-là, dit Notre-Seigneur, sont plus heureux qui n*ont pas vu, et qui ont cru. » Et en effet, supposé que Ton pût dénier la résurrection de la chair à ceux qui ont vu, et qui en voyant ont cru, certainement Ton ne pourrait la dénier à ceuxde qui Notre-Seigneur a dit «qu'ils sont plus heureux ; » car comment sont-ils heureux, si une partie d'eux-mêmes doit périr? Notre-Seigneur a encore dit : «Il faut craindre celui qui tue le corps et l'âme , en livrant l'un et Tautrc à la gène;» c'est-à-dire que c'est Dieu seulement que l'on doit craindre, et que l'on ne doit point craindre ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent faire aucun mal à Fàme , c'està-dire les puissances humaines. Et certes, ces paroles rendent témoignage que Tàme est immortelle de sa nature, puisqu'elle est telle que les hommes ne puissent lui donner la mort , et que le propre de la chair est de mourir, puisque c'est elle à qui les hommes peuvent arracher la vie. D'où il s'ensuit que la résurrection des morts appartient aussi à la chair , qui ne peut mourir une autrefois par la gène si elle n'a été auparavant ressuscitée. Mais comme mes adversaires subtilisent, en voulant rechercher quel est ce corps que Dieu punit dans la gène , je déclare : qu'à mon sens le corps de l'homme n'est autre que toute cette masse et toute cette structure de chair , de quelque matière] qu'elle soit composée, qu'elle soit pétrie , et qu'elle soit formée; que c'est ce que les yeux voient , ce que les mains touchent, et enfin ce que les hommes tuent. Ainsi je ne prends pour le corps d'une muraille que les pierres , la brique , et le
ciment. S'il y a quelqu'un qui veuille établir un autre corps qui soit plus caché et plus imperceptible, qu'il le montre, qu'il en donne connaissance, qu'il fasse voir que c'est ce qui reçoit la mort de la main meurtrière de l'homme, et je conviendrai que ce qui est dit du corps s'entend de celui qu'ils se figurent. Que si l'on veut aussi nous opposer le corps de l'âme, cette adresse ne réussira pas , car puisque Notre-Seigneur a dit « Que l'on doit craindre celui qui tue le corps et l'âme par le supplice de la gène, par laquelle les crimes du corps et de l'âme sont châtiés,» comme il a parlé du corps et de l'âme, le corps dans ses paroles est distingué de l'âme. Et cela fait comprendre que le corps est ce que nous voyons , et ce qui se présente à nos yeux ; que c'est cette chair, de qui l'on peut dire véritablement que comme elle sera tuée et recevra la mort dans la gène , si elle n'a pas connu plus de crainte d'être tuée de la main de Dieu que de la main des hommes, ainsi elle sera yiyïhée pour posséder une vie qui n'aura point de fin , si elle a préféré aux douceurs de la vie humaine d'être tuée par la cruauté des hommes pour la gloire de Dieu. Cest pourquoi, s'Hy a quelqu'un qui veuille faire passer la perte de la chair et de l'âme dans le malheur de la gène pour la mort et la destruction de l'une et de l'autre substance, et non pas pour leur supplice, comiDe si c'était un instrument préparé par b puissance de Dieu pour les consumer, et non pas pour les punir , qu'il se remette dans la mémoire qu'il est dit : « que le feu de la gène est un feu éternel , et que ce feu est une peine éurnelle, » et que cela lui fasse comprendre que c'est une mort qui n'aura point d'autres bornes que l'éternité , et qui par cette consldératioa est bien plus redoutable que la mort que Ton reçoit de la main des hommes, qui n'est que pour m temps. Et certes , quand il aura bien conço ces vérités , il croira que ces substances qui recevront la mort éternellement pour la peine de leurs forfaits, subsisteront en cet état éternellement. Mais puisqueaprès la résurrection, leeorpf doit perdre la vie avec l'âme dans les peines de la gène , alors l'on aura une preuve évidente et de la résurrection de la chair et de la mort qui doit durer dans toute l'éternité. Garce serait une chose tout à fait absurde que la chair, étant ressuscitée, reçût de Dieu dans la gène une
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
mort où elle rencontrera sa fin, puisque c*est ce qu'elle éprouverait dans le tombeau sans la résurrection. Peut-être que la vie sera rendue à la chair, afin qu'elle ne soit plus , elle à qui il est déjà arrivé de n'être plus par le coup et par la chute de la mort. D'ailleurs Notre-Seigneur, nous confirmant dans celte espérance de la résurrection S a ajouté l'exemple des passereaux , dont il a dit que de deux il n'en tombe point un à terre sans la volonté de Dieu , afin que tu croies que la chair qui sera tombée à terre et qui aura été enfoncée dans la poudre du cercueil , pourra ressusciter par la volonté de ce même Dieu, il est vrai qu'il n'est pas donné aux passereaux de pouvoir ressusciter; mais nous excellons par-dessus plusieurs passereaux, en ce que nous ne tombons pas pour toujours, et que si nous faisons une chute, Dieu nous relève de notre chute par le bien de la résurrection 2. Enfin puisque Notre-Seigneur assure qu'il tient le compte de tous les cheveux de notre tète, il promet au même temps qu*il n'en périra pas un seul; car pourquoi en tiendrait-il le compte, s'il devait souffrir qu'ils périssent Pet c'est ce qu'il a dit : « De tout ce que mon père m*a donné, je n'en perdrai rien du tout, » c'està-dire qu'il n'en perdra pas un cheveu, comme il n'en perdra ni un œil ni une dent. Et en efFet, d'où viendront les pleurs et les grincemens de dents dans la gène, sinon des dents et des yeux ? Ainsi le corps souffrant dans la gêne une seconde mort, il est précipité dans les ténèbres extérieures, où les yeux rencontrent le tourment qui leur est propre ; et il est dit de celui qui se présentant dans la solennité des noces, n'y apporte pas des ceuvres qui méritent de l'y faire admettre, qu'on lui liera aussitôt les mains et les pieds, pour montrer que l'homme ressuscite avec le corps; de la même sorte ce qui est dit que celui qui est admis aux noces a son siège dans le royaume de Dieu, qu'il est assis sur le trône de Jésus-Christ , qu'il assiste à sa droite ou à sa gauche, et qu'il mange du Fruit de vie 3. Ce sont toutes expressions qui marquent assurément l'état et la présence du corps.
XXXVI. Voyons maintenant si Notre-Seigneur renversant toute la ruse des sadducéens, n'a
^ s. Jean, 6. — * S. Mallb-, 8» 9, 13 et 22. • S. Mattb., 20.
pas de plus en plus confirmé notre doctrine. Il me semble que l'état de la question que Toc avait avec eux , était qu'ils voulaient détruire la résurrection ; car ils n'admettaient le salut ni de l'âme, ni de la cliair; et ainsi prenant l'affaire par le biais le plus contraire à la foi de la résurrection , ils tiraient de cette fiice qu'ils lui donnaient, les argumens les plus propres qu'ils pouvaient former pour favoriser leur parti. Ils se servaient pour cela des qualités de la chair en la personne de cette femme qui avait été mariée à sept frères, l'un après la mort de Tautre<, et demandaient si après la résurrection elle se remarierait encore , ou si elle ne se remarierait plus, étant incertaine auquel de ses sept maris elle serait rendue. Il n'y a qu'à considérer les termes de la question, et ceux de la réponse de Jésus-Christ pour trouver la décision de la difficulté. En effet , si les sadducéens rejetaient la résurrection, Notre-Seigneur la défendait, et il les reprenait d'ignorer les Écritures, à savoir celles qui l'avaient annoncée, et de n'avoir point de créance en la vertu et en la puissance de Dieu, capable de ressusciter les morts. Ce qu'il ayoute, « que les morts ressuscitent,» montre sans doute la vérité de ce que les sadducéens déniaient, et confirme que la résurrection des morts appartient au Dieu des vlvans , et qu'elle est vrai tout autant qu'ils déniaient qu'elle le fût, c'est-à-dire que des deux substances de l'homme, l'âme vit après la mort de la chair , et que la chair ayant perdu la vie la reprend. Et certes, s'il a nié qu'en cet état il n'y ait plus eu de mariages^, il n'a pas enseigné iK)ur cela qu*il n'y ait point de résurrection ; au contraire, il a nommé ceux qui ressusciteront, « les enfans de la résurrection,» comme si en ressuscitant ils prenaient une nouvelle naissance; il a dit qu'ils ne se marieront plus ^, mais c'est après qu'ils seront ressuscites , parce qu'alors ils seront semblables aux anges ^; et ils leurs seront semblables en ce qu'ils ne se marieront plus , comme ils ne mourront plus , et en ce qu'ils passeront de leur nature mortelle à la i>ature angélique, en se revêtant d'une qualité incorruptible, par le changement admirable qui arrivera à la substance de la chair , mais ressus-
« S. Maith., 22. — » S. Luc, 20. — » S. MalUi., 21. H. Cor., 15.
TERTULLIEN
citée. Enfin, Ton ne demanderait point si nous nous marierons, ni si nous mourrons encore après un tel événement , ou si nous n'éprouve* rons plus ni le mariage ni la mort, si ce n'était que Ton mettait principalement en doute la résurrection de cette partie mortelle de Thomme, c'està-dire de la chair qui a proprement dans ses fonctions le mariage et la mort. Ainsi tu vois que Notre-Seigneur confirme la vie de Tâme et le retour de la vie dans le corps, c'est-à-dire la vie dans Thomme entier, établissant contre les hérétiques des Juifs cette vérité, qui est contestée par les sadducéens du christianisme. XXXYII. Quand donc il dit que la chair ne sert point >, il faut donner à ses paroles le sens qui y convient selon la qualité de la chose dont il s'agit. Plusieurs de ceux qui le suivaient ayant trouvé son discours dur et insupportable , lorsqu'il parlait de Tobligation de manger sa chair, comme s*il leur commandait de manger crûment sa chair en la façon ordinaire de manger de la chair, il voulut élever leurs pensées à l'esprit , pour leur faire comprendre ce qui devait opérer leur salut ; c'est pourquoi il leur dit d'abord : a C'est l'esprit qui donne la vie, » ajoutant : « La chair ne sert point, «c'est-à-dire qu'elle ne sert point pour donner la vie. Il explique aussi ce qu'il veut que Ton entende par l'esprit : «Les paroles , continua-t-il , que je vous ai dites, sont esprit et vie, » qui est la même chose que TËvan giJe rapporte en ce même lieu^ m Celui qui entend ma parole, et qui croira en celui qui m'a envoyé, aura la vie éternelle ; il n'entrera point en jugement avec Dieu , mais il passera de la mort à la vie. u Ainsi attribuant à la parole la vertu de donner la vie, parceque la parole est l'esprit et la vie, il Fa aussi nommée sa chair, parce que laparole, c'est-à-dire le Verbe, avait été fait chair. Et certes, le Verbe étant fait chair, nous devons former de saints désirs de le posséder pour recevoir la vie ; nous devons avoir l'ouïe toujours disposée à l'admettre dans notre intérieur; nous devons le goûter par l'application de notre entendement ; nous devons enfin le digérer par Fardeur de notre foi. Nous voyons encore que peuauparavant Notre-Seigneur avait dit, « que le pain descendu du ciel est sa chair , » se servant ordmairemcnt de l'allégorie des altmens néces-
saires à l'homme, pour marquer la nécessité que nous avons de ce pain céleste , et l'aveuglement des pères de l'Ancien Testament , qui avaient préféré à la vocation divine le pain et la chair des viandes de l'Egypte. Jésus-Christ donc repassant sur les pensées de ces malheureux auditeurs, parce qu'il savait qu'ils allaient se retirer, et qu'ils ne le suivraient plus : « La chair, leur dit-il , ne sert point <. » Qu'y a-t-il en cela qui détruise la doctrine de la résurrection de la chair comme s'il ne se pouvait pas faire qu'une chose soit de telle nature, qu'encore qu'elle ne serve point , elle reçoive néanmoins du service de quelque autre chose. L'esprit sert, parce qu'il donne la vie; au contraire la chair ne sert point, parce qu'elle est esclave delà mort. Et réellement Notre-Seigneur a affirmé la vérité de ces deux propositions que nous avançons; car marquant ce qui sert et ce qui ne sert pas, il a pareillement découvert quelle est la chose qui sert à l'autre, montrant que cette chose c'est l'esprit qui donne la vie à la chair qui a souffert la mort. «L'heure viendra , dit-il , en laquelle les morts entendront la voix du Fils de Dieu , et où ceux qui l'entendront auront la vie. i>Qu'estce qui est mort, sinon la chair? et qu'est-ce que la voix de Dieu , sinon sa parole et son Verbe , sinon l'esprit qui vivifie? Il ressuscitera la chair qu'il a prise lui-même; il la ressuscitera de la mort qu'il a soufferte lui-même, et 11 la ressuscitera du sépulcre où il a été porté luimême. Enfin quand il ajoute : « Ne vous émerveillez pas de ce que je dis, que l'heure viendra où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu, et où ceux qui auront fait le bien ressusciteront à la vie, et ceux qui auront fait le mal seront ressuscites au jugement et à la condamnation : » il n'y a personne qui puisse prendre les morts qui sont dans les monumens pour autre chose que pour le corps et pour ta chair, parce que les monumens ne sont que la demeure des cadavres. En effet , il est dît clairement que ceux qui sont restés dans Tétit du vieil homme, c'est-à-dire les personnes mortes de cette mort qui vient de rîgnoranoe de Dieu , et que les hérétiques veulent que Ton entende sous le nom de monumens, sortiront des monumens pour comparaître au jugement
* JeaD,$.
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
î Diea. Mais oomment eit«il pottible que des ODumens sortent des monnmens?
XXXVIII. Après tvoir considéré les paroles t Notre-Selgneor , jetons aussi les yeux de «prît sur les cbiises qu'il a faites. Quelle rnsée avons-nous de ses actions, et que veut-il le nous jugions de lui^ quand il ouvre les rcueilset les sépulcres, et qu'il ressuscite les ortsP Pourquoi opérer de si grands prodiges, I D*a eu autre dessein que de faire montre de puissance , ou si, remettant les âmes dans les rps, il n'a eu d*autre motif que les grâces préntes qu'il faisait? Certes ce n'était pasà Jésusiirist une opération fort merveilleuse, que de rssusciter des persounesqui devaient mourir entre une fois. Siaîs si son intention était plutôt i mettre comme en dépôt la foi de la résurrec- )n future, il s'ensuit que cette résurrecti(m ture sera celle des corps, puisque la résurrec- 3n des corps en est la preuve et le modèle. ue l'on ne me dise point qu'encore que la vie ;meure à l'àme seule après la mort du corps , ^anmoins Dieu en a voulu donner par avance !S exemples en la chair , parce que la vie de ime invisible ne pouvait être montrée sensiement aux hommes que par la résurrection une substance visible ; car ce n'est pas connale Dieu que de mesurer son pouvoir par nos lin ions et nos pensées ; et ceux-là ignorent ce fil est , qui ne croient pas qu'il puisse ce qu'ils I pensent pas qui soit en sa puissance. Touteis il ne peuvent pas ignorer cette puisnce de Dieu , s'ils ont connaissance de l'Aicalypse de saint Jean ^. Et certes , celui qui a it voir les âmes des martyrs encore seules et ns leurs corps , jouissant sous l'autel des dées du repos , pourrait aussi les représenter à vue dans l'état de la résurrection , sans le minière de la chair. Mais pour moi jeme renferme ns ce sentiment : que Dieu ne nous peut )mper, et que s'il y a quelque chose où il inque de puissance, c'est seulement en ce l'il est incapable de tomber dans un défaut , d'user de surprise et de tromperie. Quelle parence donc qu'en nous donnant des témoilages d'une chose foture, il nous les ait donnés mtre sorte qu'il n'a disposé la chose même? même que s'il n'a pu nous donner Texemple
S. MatUi., 9; S. Jeao, 11 ; S. Luc, 7. - * Apoc., G. I
de la résurrection sans la chair, il ne puisse nous faire paraître l'effet et l'accomplissement entier de cet exemple dans la substance de la chair ? En effet, il n'y a point d'exemple qui ait plus d'étendue que la chose dont il est l'exemple; or Texemple aurait plus d'étendue que la chose même, si les âmes avaient ranimé les corps , pour servir de preuve et de témoignage d'une résurrection oft les corps demeureraient dans la poussière des tombeaux, sans qu'ils rentrassent dans la vie avec les âmes , tellement que le salut entier de l'homme ne servit â en établir et à en défendre que la moitié ; au lieu que les exemples de leur nature demanderaient plutôt ce qu'il y a de moins, je veux dire la vie de rame seule, pour être comme un avant-goût de la résurrection qui s'accomplirait aussi quelque jour en la chair. Ainsi, selon nous, ces exemples des morts que Noire-Seigneur a ressuscites, enseignaient la vérité de la résurrection de la chair, pour vivre avec l'âme, afin qu'il n'y eût point de substance en l'homme à qui l'on pût dénier cette prérogative, quoique ces mêmes exemples fissent paraître un moindre effet que celui que Jésus-Christ voulait montrer, puisque ces morts n'étaient pas ressuscites pour passer â un état glorieux et incorruptible, mais pour être encore sujets à la mort.
XXXIX. Les actes des apôtres portent aussi témoignage en faveur de la résurrection ; car la seule chose que les apôtres avaient â faire même avec les Juifs, était d'ouvrir les sceaux qui cachaient les mystères de l'Ancien Testament, de consigner entre leurs mains les vérités du Nouveau , et surtout de leur annoncer Dieu en Jésus-Ghrist. Ainsi ils n'enseignaient point une doctrine nouvelle touchant la résurrection des morts, et tout ce qu'ils faisaient sur ce sujet, est qu'à la gloire de Jésus-Ghrist ils prêchaient simplement la résurrection, comme une vérité connue et dont la foi était déjà établie, sans mettre en question sa qualité, n'ayant là-dessus d'autres adversaires que les seuls sadducéens. Tant il est vrai qu'il était plus facile de nier en tout la résurrection des morts , que de l'entendre autrement que de l'homme entier, c'est-àdire de la vie de l'âme et de la restitution de la chair à une nouvelle vie. Ëcouie saint Paul faire sa profession de foi dans rassemblée des grands prêtres, sous la protection d'un colonel
TERTULLIEN
de gens de guerre , parmi des sadducéens et des pharisiens : a Mes frères, dit-il, je suis pharisien, et fils de pères pharisiens ^, et je réponds maintenant devant vous sur la question de Tespérance et de la résurrection des morts. » Quelle était Tespérance dont il parlait, sinon Tespérance commune du peuple juif? Et certes, étant déjà poursuivi comme transgresseur de la loi , il avait sujet de craindre que Ton ne le prit pour être aussi de l'opinion des sadducéens, sur le principal article de toute la foi des Juife , c'est-à-dire sur Tarticle de la résurrection. Ainsi, ne voulant point passer pour un homme qui détruisît la foi de la résurrection , il la soutenait suivant la doctrine des pharisiens, rejetant les senlimens des sadducéens qui la niaient. C'est pourquoi parlant après cela devant le roi Agrippa 2, il lui dit «qu'il n'avançait rien que les prophètes n'eussent annoncé, » faisant voir qu'il croyait la résurrection telle qu'elle avait été annoncée par les prophètes; et alléguant ce que Moïse avait dit^ delà résurrection des morts, il montrait qu'il la croyait corporelle, comme celle où Dieu rechercherait la vengeance du s«mg de l'homme. Il prêchait donc la même ré* surreclion qui était admise par les pharisiens, et qui avait été défendue par Notre-Seigneur, et que les sadducéens avaient mieux aimé nier entièrement que de la croire, comme elle était communément reçue ^. Au reste quand saint Paul en parla aux Athéniens, ils ne l'entisudirent point autrement. Et c'est dans ce sens qu'ils s*en moquèrent; car ils n'en eussent point fait de risées et de railleries, s'il ne leur eût parlé que de l'immortalité des âmes et de leur retour dans des corps , puisque cette opinion était l'opinion la plus ordinaire dans l'école de leurs philosophes. Mais lorsque cette doctrine d'une résurrection, dont on n'avait point ouï parler aupara* vaut , eut été hautement soutenue devant les nations, et qu'elle les eut choquées par sa nouveauté, lors, dis-je, qu'une proposition si incroyable eut £ait nattre des questions et des disputes, dans lesquelles la créance des hommes sur une chose si importante était diversement combattue, l'apôtre eut soin d'affermir la foi de cette admirable espérance, presque par toutes ses cpitres, montrant quecette résurrection était
« Act., 13. — • Ibid., 16. — » Genèic, 9. — « Act., 17.
véritable, qu'elle n'avait point encore eu son accomplissement, qu'elle était corporelle, ce qui était la plus grande question, et, ce qui après cela restait en doute dans les esprits, que ce n'était pas un autre sens que celui de la résorrection de la chair, et qu'elle devait être crue corporelle.
XL. Il ne faut pas s'étonner si Ton tire des écrits de l'apôtre des argumens pour défendre des erreurs, puisqu'il faut qu'il y ait des hérésies, et qu'il n'y en pourrait avoir si les Écritures ne pouvaient être mal interprétées. Or les hérétiques ayant vu que saint Paul établit deux hommes, l'un intérieur qui estl'àme, l'autre extérieur qui est la chair, ils ont attribué le salât à l'âme qui est cet homme intérieur , et la perte à la chair, qui est cet homme extérieur, parce que l'apôtre écrit aux Corinthiens^ : a Quoique notre homme extérieur se ruine et se corrompe, toutefois notre homme intérieur se fortifie et se renouvelle de jour en jour. » Certainement ni l'âme n'est l'homme par elle-même, pulsqu'apris que cette masse d'argile fut nommée rhomme, elle lui fut donnée pour l'animer, ni Ja chair n'est aussi l'homme sans l'âme, puisque dès que l'âme en est dehors, elle n'a plus que le nom de cadavre, de sorte que le nom d'homme est comme une chaîne, dontces deux substances mêléesruDe dans l'autre sont étroitement liées, et que taot que ce nom subsiste il ne se peut qu'elles ne soient pas unies ensemble. Il faut d'aiUenn sop* poser que , selon l'apôtre , on doit entendre sou le nom de l'homme intérieur , non pas tant Tàm que l'esprit , c'est-â-dire que l'homme intéricor est non pas la substance même de l'âme, naii comme la saveur qui sort de cette noble so^ stance. Ainsi quand il écrit aux Éphésiens, que Jésus-Christ habite dans cet homme intérioir ^, il veut dire que la vie dont Notre-Seigneur vit | en nous doit commencer par les sois. En effid, quand il ajoute a par la foi , dans vos cœun , et par la charité ,» il fait que la foi et la charité soient non pas de la substance de rime, mail de la nature des choses que l'âme conçoit; et lorsqu'il dit a dans vos cœurs, » qui sont de la sokstance de la chair, il attribue l'homme Intérietf à la chair, puisqu'il dit que c'est dans le OBV que cet homme intérieur se forme. Gonsidêic
« 11. Cor., 4. — « Éphés., 3.
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
quel sens il a dit : a que rhomme i rrompt et se ruine, et que Thomme
nainlenant en extérieur se corrompt et niérieur se renouvelle et se fortifie de jour en our ^ , » et ne prétends pas qu'il parle de cette cor- *uplion que la chair, selon toi, souffrira sans fin icpuis le jour de la mort , mais de celle qu'elle éprouvera à cause de Jésus-Christ pendant le :ours de cette vie , devant la mort et jusqu'à a mort, au milieu des outrages et des perse- :utions, des tourmens et des supplices. Et cer- :es , c'est en cet état que l'homme intérieur sera "enonvelé par les ornemens et les richesses de 'esprit, faisant progrés de jour en jour dans la )urcté de la foi et la sainteté de la discipline. Je progrès donc ne se doit pas entendre de la >erfection que nous aurons en ce lieu de notre télicité, c'est-à-dire après la résurrection , car ilors nous ne serons pas renouvelés de jour en our , mais une seule fois pour toute l'éternité. 1 Faut que tu jettes encore les yeux sur ce qui mi t : a Les maux présens que nous pouvons souf- Tir, dit le saint apôtre, sont légers et de peu ie durée, mais ils verseront sur nous un tr^r éternel de gloire , et avec les forces que Dieu lous donnera nous en soutiendrons le poids iniai , ne regardant pas, tandis que nous vivons urla terre, les choses qui sont exposées à notre rue, c'est-à-dire nos souffirances, mais les choses Dvisibles , c*esl-à-dire la récompense que nous ;n recevrons ; car les choses que nous voyons ont temporelles, et les choses que nous ne 'oyons pas sont étemelles. Il veut que Ton méirise les persécutions et les souffrances qui ainent et qui corrompent cet homme extérieur, ittendu qu'elles sont légères et qu'elles ne duent qu'un temps, par une juste préférence qu'il lonne à la grandeur des récompenses étemeles et invisibles , et au prix de la gloire céleste |ui emporte à la balance ces travaux et ces afiiciions; que la chair souffre ici-bas ces peines it ces douleursqui rabattentetquiladétruîsent, an t il est évident que cette corruption et cette lissolution de la chair n'est pas celle que ces lérétiques attribuent à l'homme extérieur, vouant que la mort anéantisse la chair sans ressource, pour avoir de quoi combattre la vérité le la résurrection. Ainsi le même apôtre dit liilcurs : Nous devons participer aux souffrances
• 1. Coi ., 4.
de Notre-Seigneur, afin que nous participions à sa gloire ; car je crois que les maux que Ion endure en ce monde, et toutes les amertumes qu'on y éprouve, ne méritent pas d'entrer en comparaison avec la gloire qui nous est préparée en cette autre vie où nous aspirons >. Il montre par ces paroles qu'il n'y a point id-bas de peines qui ne soient inférieures au prix et à la récompense qu'elles en attendent. Que si c'est par la diair que nous participons aux souffrances, comme c'est la qualité propre de la chair que les souffrances la détruisent,, il s'ensuit qu'elle doit prendre part à la promesse qui leur est foite. Et il est si certain que , selon l'apôtre, les persécutions appartiennent à la chak'^pl dit en un autre endroit :«qu'Ëtant arrivé en Macédoine , notre chair n'eut point de relâche , et ne put jouir d'un seul moment de repos.» Et après cela pour montrer que l'âme souffrait avec la chair : « Nous fûmes, dit-il, affligés en toutes façons ; nous avions au dehors des combats en travaillant à vaincre la chair , et nous étions pleins de crainte au dedans , par les afflictions dont notre âme était travaillée,» montrant qu'encore qu'il soit vrai que l'homme extérieur se ruine et tend à sa dissolution, pour expliquer cette parole selon son véritable sens, ce n'est pas que l'homme extérieur périsse pour toiyours, sans espoir de résurrection ; mais c'est que les oppresshmset les maux dont il est accablé passent jusqu'à l'homme intérieur, de sorte que comme ils souffrent tous deux , ils seront aussi glorifiés tous deux , et qu'étant en société de labeurs, il fout qu'ils soient aussi compagnons dans la récompense.
XLl. Il poursuit encore dans le même sentiment, préférant toujours ce prix admirable que nous recevrons là-haut aux maux que l'on supporte id-bas : « Nous savons, dit-il, que si la maison terrestre de notre corps est sujette à se dissoudre, nous en avons une autre qui n'a point été bâtie de main d'homme et qui a son assiette étemelle dans le ciel; c'est-à-dire que nous obtiendrons une heureuse habitation dans le ciel pour la récompense des maux de cette vie , par lesquels notre chair se ruine et se dissout. 11 se souvenait de celte sentence évangclique : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la
« Rom , 7. — « «. Cor., 7. — = Jbid., 5
TERTULLIEN
justice, parce que le royaume descieux leur appartient K Mais, s'il a opposé la grâce de la récompense à la dissolution de la chair, il D*a pas néanmoins nié le rétablissement de celte même chair, puisque celle-là même qui doit souffrir la dissolution, c'est-à-dire la chair, doit aussi recevoir la récompense ; mais parce qu'il avait donné le nom de maison à la chair, il a voulu aussi se servir du même terme dans TopposilioQ qu'il a faite de la récompense qui lui est destinée, promettant à cette maison , qui se dissout par les peines et les souffrances, une maison plus avantageuse pour le bienfait de la résurrection. En effet , Notre-Seigneur promet plusieurs habitations comme autant de maisons dans le palais de son Père ^; ce qui ne se peut certes entendre du domicile de ce monde , après la dissolution duquel un siège éternel nous serait promis dans le ciel ; car ce que Tapôtre dit ensuite, appartenant manifestement à sa chair, fait reconnaître que ce qui précède lui appartient, aussi. L'apùtre donc, distinguant ces deux habitations, syoute^ : «Nous gémissons, nous soupirons sans cesse, dans un désir ardent de nous voir en possession de ce domicile que le ciel nous prépare, si toutefois nous paraissons vêtus de la robe de justice , et que nous ne nous présentions pas dépouillés et dans une misérable nudité, »c'est-à-direque nous souhaitons d'être revêtus de la vertu céleste de Timmortalité , avant que la mort nous ait dépouillés de la chair ; car telle est la grâce et le privilège de ceux qui seront vivans dans fai chair au jour de Tavénement du Seigneur , et qui , à cause de l'extrême dureté du temps de TAntechrist , mériteront, par un merveilleux changement de la vie mortelle à un état immortel , et comme par un abrégé et un retranchement de l'empire de la mort, de venir au-devant de Jesus-Ghrist avec ceux qui ressusciteront des morts, et qui sortiront des sépulcres, ainsi que Tapôtre l'écrit aux Thessalonidens : « Ce que je vous annonce , dit-il , c'est la parole da Seigneur. Sachez que nous , qui sommes vivans et qui demeurons jusqu'à son avènement, nous ne préviendrons pas ceux qui ont dormi du sommeil de la mort. Le Seigneur descendra du del, et alors Ton entendra et la voix de Tar-
« & Matth., S. — > Jean , 14. — • 11. Cor., 6.
chan^^c qui portera un commandement s< rain par toute la terre, et la trompette de qui a|)pellera tous les hommes devant o douta ble tribunal. A ce bruit qui fera fi toute la nature, ceux-là ressusciteront les miers, qui seront morts fidèles à Jésus-GI et quant à nous qui vivons , nous serons ti portés avec eux dans les nues , et tous en ble nous marcherons au-devant du Sau^ et de cette sorte, entrant avec lui dans le nous y jouiront tous de sa présence dans l'éternité 1.»
XLil. Il explique, en écrivant aux C thiens, ce subit et cet admirable change de l'état des personnes qui vivront encore la chair au jour du jugement, quand il «Nous ressusciterons tous, mais nous ne s pas changés tous ^. «Cette merveille s'accono en un instant, en un clin d'œil, au dernier de la trompette ; mais le changement souda la chair mortelle au corps glorieux et imn ne regarde que ceux qui en oe dernier seront trouvés vivans. «Les morts, dit rap« ressusciteront les premiers, et pour nous q vrons, nous serons changés. «Considère bic paroles, et tu rapporteras firalenient celle suivent , au sens dont nous avons aupars parlé ; car quand l'apôtre sjoaie : « Il faut cette nature corruptible soit pour jamais exe de corruption , et que oe qu'elle a de morte revêtu de l'immortalité ^, » il exprime ce doi du ciel , où par nos gémissemens nous soi tons d'être admis. Tandis que noi» vivons la chair, nous demandons que oe cdeste d cile devienne le vêtement de cette chair dai quelle nous serons trouvés , parce que, co il dit , « tous tant que nous sommes dans led cile de la chair, nous souffrons avec peine c dépouillés de ce corps, et nous désirons c état d'incorruption vienne revêtir notre c que nous recevions une vie qui dévore toi qu'elle a de mortel, et qui, lui faisant cha de condition, la porte en on moment du ti à rétemité, etdu domicile de la terre, ae d die du ciel^.» En effet, qui de cens vivant la chair ne souhaiteraient pas de se revèti rimmortalité, et de se perpétuer la vie dar
« 1. Thcf., 4. —» I. Cor., 15.-» Md.. S « 8. Matih., 5.
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
chaD(j;enjcnt si Favorable, qui , par uu gain merveilleux et par une heureuse subrogation, lui tint lieu et raffranchtt de la nécessité de la mort , pour ne pas éprouver cette prison des enfers, où Ion satisfera jusqu'au dernier denier < P A u reste , celui-là même qui aura éprouvé la captiviié des enfers, recevra aussi cet heureux changement après la résurrection; et c'est ce qui nous fait conclure qu'absolument et en toute façon la chair ressuscitera, et que par le changement qui se fera en elle , enfin elle parviendra à cet état glorieux qui la rendra semblable aux anges ^. Que s'il n'y a que ceux qui seront trouvés vivans dans la chair , en qui la chair sera ainsi changée , en sorte que ce qui est mortel âoit dévoré par la vie , c'est-à-dire la chair par ce vêtement céleste et éternel ; donc ceux qui se trouveront morts ne recevront point la vie , étant privés de la matière, et, pour ainsi parler, de l'aliment de la vie , c'est-à-dire de la chain ou il faut de toute nécessité que les morts reprennent aussi la chair, afin que s'ils ont à obtenir la vie, cette vie qu'ils obtiendront puisse dévorer ce qu'ils ont de mortel. «Mais, dis-tu, ce qu'il y avait de mortel dans les morts aura d^à été dévoré. » Je réponds qu il ne l'aura pas été en tous. El certes, combien y en pourra-t-il avoir qui ne seront morts que le jour précédent , combien de cadavres si nouvellement mis dans le tombeau , que l'on peut croire que rien n'en aura encore été dévoré? car selon toi, ce qui est dévoré, c^est ce qui est englouti, c'est ce qui n'est plus, c'est ce qui ne peut plus tomber sous les sens, c'est ce qui ne peut plus du tout paraître. Ainsi de vieux cadavres de géans, dont l'on discerne encore Fenchatnement des membres qui semblent presque vivaos, n'auront point été dévorés; mais j'ai parlé de cela ailleurs. Cependant je ne puis omettre ce qui est arrivé depuis peu en cette ville : On construisait un théâtre sacrilège sur une place pleine d'antiques sépultures ; on y aperçut des os qui y avaient été mis il y avait près de cinq cents ans , et le peuple eut horreur des os si vieux où la glaire paraissait encore et des restes de cheveux qui avaient conservé quelque senteur. Mais nonseulement les os se trouvent entiers , malgré la longue suite des années , les dents même de-
• 1. Cor., 16. — « Ibid., 5.
I meurent sans se corrompre ; et ces reliques de cadavres sont comme des semences de la renaissance des corps dans la résurrection. Enfin quand même ce qu'il y avait de mortel se trouverait avoir été dévoré en tous les morts , ce serait la mort, ce serait le temps, ce seraient les siècles qui l'auraient dévoré; mais aurait-il été dévoré par la vie , par cette robe céleste , par ce vêtement dimmortalité ? Or, dire que ce qu'il y a de mortel a été dévoré par les premiers, c'est nier qu'il l'ait été par les autres. El après tout, cet effet doit être une opération de la puissance divine , et non pas un anéantissement qui arrive dans l'ordre de la nature. Ce qu'il y a donc de mortel ayant à être dévoré par la vie, il est nécessaire qu'il se représen(£ afin qu'il soit dévoré, et qu'il soit dévoré afin qu'il soit changé. Si tu conviens qu'il faut allumer le feu afin qu'il brûle, tu ne peux pas dire que ce qui rallume soit ici nécessaire, et que là il ne le soit pas. Ainsi quand l'apôtre ajoute : a Si étant dépouilIésnousnesommespastrouvésloutI)u^^e parlant de ceux qui , au jour du Seigneur, ne seront plus dans la vie et dans la chair , le sens , dans lequel il a dit que ceux qui sont dé|)ouillés ne sont plus nus, est : qu'ils seront revêtus de la même substance dont ils avaient été dépouillés; car ils seront trouvés comme nus , n'ayant plus leur chair, ou leur chair étant en partie ruinée et mise en pièces. Et en effet, cet état peut avoir le nom de nudité. Mais ils la reprendront après , afin qu'en étant revêtus , ils puissent encore recevoir au-dessus la robe de l'immorlalilé ; car il n'y a que celui qui est déji\ habillé, de qui l'on puisse dire qu'il met par-dessus une autre robe.
XLIII. C'est pourquoi quand le mênic apôtre dit : fi Nous aspirons à la gloire du ciel avec beaucoup de courage et de confiance ^, mais nous savons que tandis que nous vivons dans ce corps nous sommes voyageurs, parce que nous ne marchons qu'au travers des voiles de la foi , et que nous ne voyons pas face à face la beauté essentielle de Dieu : » cela ne se doit pas entendre au désavantage de la chair, et pour la noircir, comme si elle nous séparait de Notre-Seigneur. En effet, ce n'est qu'une exhortation que Tapôtre nous fait d'avoir du dégoût pour celte vie,
» IL tor., 5. — • /bid.
parce que tant que nous vivons dans la chair nous sommes dans un voyage, marchant sous les faibles lueurs de la foi , sans avoir cette heureuse vision de Dieu , c'est-à-dire ne voyant pas Dieu , mais ayant seulement Tespérance de le voir; d'où vient qu'il ajoute : «C'est ce qui nous donne de l'assurance, et ce qui nous fait souhaiter d'être absens de ce corps et de sortir de cette habitation pour en aller prendre une aulre en la présence de Notre-Seigneur, afin cjuc nous ne cheminions plus dans les ombres de la foi , mais que nous soyons assurés dans la possession de notre félicité,» c'est-à-dire que nous soyons heureux en effet , au lieu que dans cette vie nous ne le sommes qu'en espérance. Tu vois que l'apôtre, marquant ici le mépris que Ton doit faire du corps, relève rexcellence du martyre; car il n'y a personne qui, en sortant du corps comme un voyageur , s'en aille droit et dès le moment de sa mort posséder Dieu , si ce n'est par la prérogative du martyre, c'est-à-dire qu'il n'y a personne qui dès cet instant jouisse du paradis, sans éprouver la captivité desenfers, s'il n'est martyr de Jésus-Christ. Vois- tu comment l'apôtre parle de la mort? Est-ce que les paroles lui ont manqué pour exprimer celte sortie de l'àme hors du corps ? ou est-ce avec raison qu'il s'en est expliqué d'une façon nouvelle? Certes, voulant fiiire comprendre que nous serons absens pour un temps de notre corps, il dit « que nous nous en éloignons comme des voyageurs s'éloignent de leur demeure,» parce que celui qui fait un voyage doit enfin retourner en sa maison. Ainsi le même apôtre adressant sa parole à tous : «Nous travaillons , dit-il , pour nous rendre agréables aux yeux de Dieu, soit que nous habitions dans ce corps, soit que nous en soyons absens par la mort; car il faut que nous comparaissions tous devant le tribunal de Jésus-Christ. « Si nous y devons comparaître tous , nous y devons aussi comparaître tout entiers; et l'homme intérieur et l'homme extérieur y doit comparaître , c'est-à-dire les âmes et les corps, afin que chacun y rende compte de ses actions , et qu'il remporte, dit-il, par le corps selon ce qu'il a fait par le corps de bien ou de mal. Je te demande comment tu lis ce passage , car il semble que les fermes en soient confus et embarrassés; mais s'il veut exprimer la peine ou ia récompense qui doivent être
remportées par le corps, la résurrection est sans doute corporelle ; et s'il entend la peine ou la récompense de ce qui a été fait par le corps, les œuvres faites par le corps doivent être punies ou couronnées dans le corps même qui lésa faites.Tout ce discours donc de l'apôtre finissant par ces paroles qui prouvent clairement la résurrection de la chair, il le faut entendre tout entier dans le sens qui convient à ces mêmes paroles par lesquelles il finit.
XLIV. Que si tu considères encore ce qu'il a dit auparavant, où il a fait mention de l'homme extérieur et de l'homme intérieur, n'y trouveras-tu pas toute la dignité et toute Tespérance de la chair ^P car lorsque parlant de la lumière, et disant «que Dieu en a jeté les rayons dans nos cœurs, afin que nous éclairions les autres et que nous leur donnions la connaissance de sa gloire , comme ministres de Jésus-Christ , » il ajoute, «que nous portons ce trésor précieux dans des vases de terre,» c'est-à-dire dans la chair ; que veut-il faire entendre par cette expression? Est-ce que cette chair sera détmîte , parce que tirant son origine du limon , elle est de terre? ou n'est-ce point qu'elle sera exaltée, parce qu'elle enferme un si divin trésor? Et certes, si cette vraie lumière qui luit en la p€^ sonne de Jésus-Christ contient en soi la Yîe, et si cette vie et cette lumière sont données en garde à la chair , est-il possible que cette diair qui a en sa garde la vie doive périr ? il fiiudrait donc que le trésor qui lui a été confié périt aussi, car on confie les choses périssables i oeDes qui doivent périr ^, comme l'on met le vin nouveau dans de vieux vaisseaux. D'ailleurs quand il dit : «Portant toujours en notre corps ItODort et la puissance de Jésus-Christ , quel est ce corps qui, ayant été nommé le temple de Dieu , peut maintenant être appelé le sépulcre de Je sus-Christ? Mais pourquoi portonsHDKios en notre corps la mort et la passion de Notre-Seigneur ? « afin, dit-il, que la vie dont il est vivani soitrenduemanifesteence corps. »Enqaelcorp? en ce corps mortel ; c'est donc en cette diair mortelle par le péché, et vivante par la i;rlce? Mais vois combien cette diair a de dignité, poiiqu'en elle la vie de Jésus-Christ est manlfintée, Donc la vie éternelle de Jésus-Christ , cette vie
M. Cor., 5. — « /*iJ.
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR-
sans fin , et exempte de corruption , cette vie, qui est la vie de Dieu, sera manifestée en un sujet qui n*a aucune part au salut , en une substance dont la dissolution et la ruine doit être perpétuelle; ou, si cela n'est pas, de quel temps est-ce que la vie de Notre-Seigneur sera manifestée en notre corps? Peut-être, diras-tu , que la vie dont parle Tapôtre est celle que Jésus- Christ a menée en ce monde , qui a fini par sa mort et sa passion , et qui non-seulement a paru évidemment ù la vue des 3\i\fs , mais qui est aujourd'hui annoncée à toutes les nations. Tant s'en faut , Tapôtre parle clairement de cette vie de Jésus-Christ, qui a brisé les portes de diaT mant , et forcé les serrures d'airain des enfers ^, et qui depuis cette grande victoire est notre vie. Enfin elle sera manifestée en notre corps; quand ? après notre mort. De quelle sorte? lorsque nous ressusciterons en notre chair, comme Jésus- Christ est ressuscité. Mais que Ton ne nous objecte point que la vie de Jésus-Christ est maintenant manifestée en notre corps par la profession de la sainteté , de la patience , de la sagesse , et de la justice , qui ont fleuri en la vie de Noire-Seigneur, car Tapôtre prévoyant cette explication, ajoute : aNous qui vivons, nous sommes livrés à la mort pour le nom de Jésus- Christ , afin que sa vie soit manifestée en notre corps mortel, ail dit que, quand nous serons mortSfla vie de Notre-Seigneur sera manifestée en notre corps. Mais si alors elle est manifestée en notre corps, comment y sera-t-elle manifestée, si le corps n'est ressuscité? a Nous avons, dit encore rapôtre, une ferme foi que Dieu qui a ressuscité Jésus-Christ , nous ressuscitera aussi avec lui. » Mais Notre-Seigneur étant déjà ressuscité des morts , que signifie ce terme , avec lui , sinon comme lui. Que s'il nous ressuscitera comme lui , il ne nous ressuscitera pas sans la chair?
XLY. Mais nos adversaires tombent dans un autre aveuglement et se brisent à un nouvel écueil, dans la rencontre qu'ils font du vieil homme et du nouvel homme ^. Ils voient que Tapôtre nous avertit de nous dépouiller du vieil homme, de cet appétit corrompu qui est une si féconde source de désordres ; de prendre un esprit nouveau; de nous revêtir du nouvel homme, qui est
' P8;;uinc lOG. - • tpbés., 4.
créé selon Dieu en sainteté, vérité et justice. Ils veulent donc que saint Paul, distinguant ici deux substances, et rapportant la vieillesse à la chair, et la nouveauté à la vieille âme, entende la chair par le vieil homme, et que nous exhortant à renoncer au vieil homme , il nous exhorte à renoncer à un sujet de perpétuelle corruption , c'est-à-dire à la chair. Mais, certes, aie bien prendre et selop l'origine et la nature de ces substances, ni l'àme n'est le nouvel homme, ni la chair n'est le vieil homme, sous prétexte que cellerlù ait été créée la dernière , et celle-ci la première. En effet, quel temps y a-t-il eu entre l'ouvrage de la main de Dieu dans la construction de la chair, et le souffle de Dieu , qui a inspiré l'àme dans ceitte chair. J'ose même dire que, supposé que le chair eût été créée beaucoup de temps avant l'àme, elle a donné la primauté àTàme, en ce qu'elle a attendu que Tàme soit venue l'enfermer, pour que l'homme fût parfait ; car quoique la perfection et la consommai ion d'un ouvrage soit la dernière en ordr.e, il est certain néanmoins que quant 0 Teffct , elle doit tenir le premier rang : cette chose là doit être estimée la première sans laquelle celles qui ont précédé ne peuvent être. Que si la chair est le vieil homme , quand est-ce qu'elle est devenue le vieil homme? Rst-ce dès le commencement? Mais Adam a été tout entier nouvel homme, et rien de ce nouvel homme n*a pu être le vieil homme. Il faut passer maintenant à la génération humaine, dans laquelle , ensuite de la bénédiction que Dieu lui donna , la chair et l'àmc sont engendrées ensemble, sans qu'il y ait entre elles aucune distinction de temps ; et comme elles sont semées ensemble dans le ventre maternel, selon que nous Tarons montré dans notre traité de Tàme, il n'y a qu*un moment pour la conception et qu'un moment pour la naissance de ces deux hommes, qui sont à la vérité de deux substances, mais non pas de deux âges différens , et qui de deux font tellement un seul homme que l'un n'est point devant l'autre. Enfin tout ce que Ion en peut dire est : que nous sommes ou tout vieil homme, ou tout nouvel homme; car que nous puissions (Mrc autre, c'est ce que nous ignorons. Mais Tapôlrc marque manifestement quel est cevicl homme: I «l)cpouillcz-vons,(lil il, du vieil homme, de cet ancicuncco'.ivcrbut ion de pêche où vous étiez allô
tachés avant que d'être soumis à Jésus-Christ ^ » Il ne dit pas que le vieil homme s'entende de la vieillesse de quelque substance, car il ne nous ordonne point de nous dépouiller de la chair, mais seulement de quitter les choses qu'il a moiitic ailleurs être des opérations delà chair, arcuKuiC non pas le corps, mais les œuvres, dont il dit ensuite - :« Que chacun bannissant de sa langue le mensonije, parle sincèrement et en vérité à son prochain, puisque nous sommes les membres les uns des autres. Si vous vous mettez en colère, que votre colère ne passe pas jusqu'au péché, que le soleil se couchant ne la voie pas réjjner dans votre cœur, de peur que votre consentement au mal ne vous mette sous la servitude du démon; que celui qui dérobe ou qui prend d'ailleurs injustement le bien d'autruî, cesse de commettre ces actions criminelles, mais qu'il travaille et que du labeur de ses mains il se mette en élat de secourir ceux qui ont besoin d'assistance; qu'il ne sorte point de votre bouche de discours libre et de parole déshonnèlc , et que ce que vous direz de bon, serve à Tédiiîcation du prochain et à lavancement de la foi , afin que ceux qui vous entendront en profitent, et que ce leur soit un moyen de faire des progrès dans la piété. N offtïnsez point par vos crimes TEsprit-Saint de Dieu, dont vous avez reçu l'impression et le caractère que vous devez garder jusqu'au jour de votre rédemption; que toute malveillance, que tout colère, que toute chaleur, que tout emportement, que toute médisance, que toute indignation, et enfinque toute malice sorte de votre cœur; ayez delà douceur et de Fhumanité, de la bonté et de la compassion les uns pour les autres, et remettez- vous mutuellement les injures que vous avez reçues, comme Dieu, par le mérite de Jésus-Christ , vous a remis tous vos péchés. dD où vient que ceux qui prétendent que le vieil homme c'est la chair, ne courent pas en hâte à la mort, afin qu'en se dépouillant du vieil homme, ils préviennent les préceptes de l'apôtre? Car, quant à nous, qui croyons que toute les règles de la foi chrétienne se doivent accomplir dans la chair et par la chair , nous , dis-je, dont la chair a une bouche pour ne proférer que de bonnes paroles, et de sages et d'utiles discours, une lani}ue pour ne prononcer point de blas-
phèmes, un cœur pour ne concevoir point d'indignation et de colère, des mains pour travailler et pour faire l'aumône, nous ne mettons point de différence entre le vieil et le nouvel homme, quant à la substance, mais seulement quant aux œuvres ; et ainsi nous reconnaissons que l'on dit de celui qui est encore dans l'état de vieil homme, selon cette ancienne conversation de désordre et d'iniquité : qu'il est dans la corruption par le vice de son appétit et de sa concupiscence; comme selon son ancienne conversation de péché, et non pas selon la substance de la chair , ce vieil homme éprouvera la corruption par une éternelle mort. Au reste, le vieil homme étant devenu nouvel homme par une meilleure vie, c'est toujours Iq même homme qui est vivant et il ne souffre aucune altération dans sa chair, parce que ce n'est pas de son corps qu'il s'est dépouillé , mais de ses mauvaises mœurs.
XLVl. Tu trouveras que l'apôtre parle partout de telle sorte qu'il semble qu'en condaimnant les œuvres de la chair il condamne même la chair; mais ne crois pas que ce soit son sentiment, quoiqu'il exprime quelquefois un scas qui en approche ; car s il dit que ceux qui soni dans la chair ne peuvent plaire à Dieu , il s'éloigne du mauvais sens que ces paroles peuvent recevoir, ajoutant : «Vous n'êtes pas dans la chair, mais dans Tesprit ^» Et certes, niant que ceux qui étaient véritablement dans la chair fussent dans la chair, il montrait qu'ils n'étaient pas dans les œuvresdela diair; ii faisait encore voir que ce n'étaient pas ceux qui viTaient dans la chair qui ne pouvaient plaire à Dieu, mais ceux qui vivaient selon la chair, et qu'au contraire ceux-là étaient agréables à Dieu, qui, vivant dans la chair, marchaient ici-t)as seloa Tesprit. U dit au même lieu : « Votre corps est naort, mais c'est par le péché qu'il est mort ; au cootraire votre esprit vit de la vie de la grâce , par la justice que l'esprit de Jésus-Christ à mise en vous. » Or, comme il oppose la vie à la mort qui régne dans la chair , sans doute là où il étaUit la mort par la corruption du péché, là même il promet la vie par l'opération de la justice. En efltt, ce serait en vain qu'il aurait opposé la vie à la mort, si elle ne se trouvait dans le même siyet où se trouve la mort à qui elle est opposée,
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
afin de l'en mcKre dehors; mais si la vie met la mort hors du corps, certes c'est un effet qu'elle ne peut accomplir, si elle ne pénètre le corps dans lequel est la mort quelle en met dehors. Maïs pourquoi se donner tant de peine pour exprimer ce sentiment avec quelque force, puisque Fapôtre l'explique si absolument et avec tant de clarté? «Si , dit-il, Tesprit de celui qui a ressuscité Jésus des morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus des morts ressuscitera aussi vos corps mortels, parce que son esprit habite en vous. » Que s'il y a quelqu^un (|iii estime que le corps mortel se doive prendre ici pour l'âme , comme il ne peut nier que le corps mortel ne soit chair, il faut qu'il reconnaisse aussi la résurrection de la chair, par la raison de la participation d'un même état qu'il attribue à Tânie et au corps. Mais apprends de ce qui suit dans la même épître,que ce n'est pas la chair , mais que ce sont les œuvres de la chair que Tapôtre condamne. « Mes frères, dit-il, nous ne sommes pas esclaves de la chair pour être obligés de vivre selon la chair, car si vous vivez selon la chair, il arrivera que vous mourrez ; mais , si par l'assistance du Saint-Esprit , vous mortifiez votre concupiscence , si vous résistez généreusemeut aux mouvemens de la chair, vous vivrez. » Donc pour répondre à tout ce que l'on nous objecte , si le salut est promis à ceux qui sont dans la chair , mais qui vivent dans la chair selon l'esprit , il est évident que ce n'est pas la chair , mais l'opération de la chair qui est opposée au salut. 11 est encore certain que par 4'exclusion de l'opération de la chair, qui est la cause de la mort , la chair peut espérer le salut , parce que lorsqu'elle est en cet état, elle n'a plus en soi la cause de la mort, a Car, dit l'apôtre, la loi de l'esprit qui donne la vie m'a délivré, par la grâce de Jésus-Christ , de la loi du péché et de la mort, »qui est celte loi dure dont il a dit auparavant «qu'elle réside dans nos membres et quelle y exerce une cruelle tyrannie ^ » Ainsi nos membres ne seront plus captifs sous la loi de la mort, parce qu'ils ne seront plus asservis à la loi du péché de laquelle ils ont été délivrés. Et certes ce qui était impossible à la toi , à cause qu'elleétait faible par la faiblessede lachair,Dieu là accompli, envoyant son Filsdans le monde sous
» Uoui.,7cl8.
la ressemblance de la chair du péché; mais par le péché il a condamné le péché dans la chair , et non pas la chair dans la péché , car la maison ne sera pas enveloppée dans une même condamnation avec celui qui l'habite. L*apôtre donc ayant dit que le péché habite dans notre corps, la condamnation du péché est l'absolution de la chair, comme avant la condamnation du péché la chair était sujette à cette loi du péché et de la mort. G est dans ce même sentiment que saint Paul a donné à la prudence de la chair le nom de mort et d'ennemie de Dieu, et non pas à la chair même, a Mais à qui, diras-tu , imputera-t-on la prudence de la chair , si non à la propre susbtance de la chair? «Certes, j'accorde qu'elle lui soit imputée, si tu montres que la chair a quelque connais- .sance et quelque discernement d'elle-même; mais si elle n'en a point sans Tâme , il s'ensuit que la prudence de la chair appartient à lame, et que si on l'impute quelquefois à la chair« c'est parce que Tâme fait ses opérations par le ministère de la chair. L'apôtre dit «que le péché habite dans la chair, » parce que Tàme qui invite au péché demeure dans la chair comme dans une maison étrangère, et si la chair souffre la mort pour la peine du péché , c'est à cause du péché qu*elle la souffre , et non pas a cause d'elle. Il dit encore ailleurs '.«Pourquoi vous laissez-vous charger des préceptes de la loi , comme si vous viviez dans ce monde légal ^ ?» écrivant non pas à des morts, mais à des gens qui ne devaient plus vivre suivant les maximes de ce monde grossier et charnel et sous la sujétion dont Jésus-Christ les avait délivrés.
XLVll. Car la vie du monde charnel est celle par laquelle, comme il dit, «le vieil homme a été crucifié avec Jésus - Christ 2; » non pas qu'il ait été crucifié quant au corps, mais quant aux œuvres de la chair. Et réellement on ne peut entendre autrement celle parole de l'apôtre, car effectivement notre corps n'a point clé crucifié, et notre chair n'a point souffert la croix de Jésus-Christ. Mais comme il ajoute : « Ccst afin que le corps du péché soit anéanti par la réformation de la vie;» et non pas par la destruction de la substance; et c'est ce qu'il dit : « Afin que nous ne soyons plus sous la domination du péché, et que nous croyions qu'étant morts avec Jésus-Clirist,
' Coloss., 2. — • Roin., 0.
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210US vivrons aussi désormais avec lui.» Ainsi le même apôlre dit : «Songez (jue vous ôles morts non pas en la chair , mais au péché. Ceux donc qui seront ainsi morts, auront le salut quand à la chair, mais ils vivront à Dieu en Jésus-Christ, » c'est-à-dire que n'étant point morts en la chair, ils vivront eu la chair de cette vie toute sainte, parce que ce n'est pas en la chair qu'ils seront morts, mais au péché; c'est pourquoi il poursuit : «Que le péché ne règne point dans votre corps mortel , en sorte que vous lui obéissiez et que vous soyez esclaves de la concupiscence de la chair et de ses désirs déréglés, et ne faites pas de vos membres des instrumens et comme des armes d'iniquité et d'injustice; mais vous-mêmes offrez-vous à Dieu comme des personnes qui sont mortes et qui vivent , non pas simplement comme des personnes qui vivent , mais comme des personnes mortes au péché et vivant de la vie de Jésus-Christ; et enfin que vos membres paraissent en la présence de Dieu comme des armes destinées et préparées à faire des actions de justice.» Et encore après: «Ainsi que vous avez autrefois fait servir vos membres à Timpureté et à l'injustice pour opérer Hniquilé, faites* les maintenant servir à la justice pour votre sanctification; car lorsque vous étiez sous la servitude du péché, vous étiez dans une liberté déplorable , hors de Theureuse servitude de la justice ; mais quel fruit tiriez-vous de ces péchés, dont vous avez maintenant tant de confusion? La fin où ils tendent c'est la mort. Au contraire, comme vous avez acquis cette vraie liberté qui vous délivre de la tyrannie du péché, et que vous êtes devenus serviteurs de Dieu, votre sanctification est le fruit que vous en recueillez en cette vie, et la vie éternelle est la fin où vous aspirez ; car la mort est la solde du péché , et la vie éternelle en Jésus-Christ Notre-Seigneur est un présent que Dieu vous fait par sa grâce. » Ainsi rapôtre,par toute la suite de ces passages, détachant nos membres du commerce de l'injustice et de l'iniquité, et les réunissant à la justice et à la sainteté, et môme, au lieu de la solde de la mort que le péché leur faisait mériter, les transférant à la possession du don précieux de la vie étemelle, il n'est pas douteux qu'il promet à la chair la récompense du salut. Kn effet il n'eût point fallu lui ordonner de vivre dans la sainteté i:t dans la justice , si elle n'eût point dû avoir de
prétentionsà la récompense des actions de justice et de sainteté , et il n'eût point fallu non plus imposer la nécessité du baptême, si la régénération que la chair y reçoit n'était une consécration qui assure la restitution du corps, de la mort à la vie. Et c'est ceque l'apôtre représente encore avec pins de vigueur et d'effort : «Ignorez- vous, dit-il,que tous tant que nous sommes, qui avons été baptisés au nom de Jésus-Christ , nous avons été baptisés en la ressemblance de sa mort , c'est-à-dire que la mort du vieil homme , qui est figurée par la mort de Jésus-Christ , a été accomplie en nous par le baptême? Ignorez -vous aussi que par cette mort du vieil homme et du péché nous avons été ensevelis avec Jésus -Christ, afin qu'étant nettoyés de nos crimes par l'efficacité du baptême, comme il est ressuscité des morts pour posséder une vie nouvelle, nous marchions désormaisdans les voies d'une nouvelle vie?»ll a bien prévu que tu pourrais te persuader qu'il ne veut parler que de la vie présente, dans laquelle la foi, par la vertu du baptême, nous fait vivre dans une nouveauté de mœurs et de conversation ; c'est pourquoi il ajoute: «Si nous avons été entés en la mort de Jésus-Christ par le baptême qui en est la figure, delà manière qu'étant ainsi heureusemeot eûtes, nous avons participé à sa mort, nous participerons encore à sa résurrection, qui nous estaussi représentée par le baptême. En effet nous mourons figurément dans le baptême ; mais nous y ressuscitons véritablement en la chair comme Jésus-Christ est ressuscité. Et tout ainsi que la mort a régné par le péché d'un homme , de même la grâce règne par Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui nous a conféré la justice et nous a élevés à la vie élcrnelle par une très-abondante profusion de .ses bienfaits ^n Mais comment cette comparaison peu t-elle avoir lieu , si la résurrection ne se fait p:> en la chair ; car là où est la mort, là même rsi la vie après la mort, comme la vie a été auparavant là même où depuis a été la mort. Certes, si l'effet de la mort est d'opérer la dissolution de la chair , il faut que la vie qui est conti^aircà la mort opère aussi le contraire, à savmr le rétablissement de la chair, afin que comme la mort exerçant son empire avait dévoré ce i li était mortel, après que ce qui é'ait raorid -
DE lA RÉSURRECTION DE LA CHAIR.
été dévoré par rimmortalité, on lui puisse dire : cô mort ! où est ton aiguillon? 6 mort! où est ta puissance^ ? » Ainsi la grâce sera surabondante, où il y a eu abondance d'iniquité^; ainsi la vertu se perfectionnera dans Finfirmité , sauvant ce qui était perdu, vivifiant ce qui était mort, guérissant ce qui était en langueur , rachetant ce qui avait été ravi , délivrant ce qui avait été mis en servitude, rappellant ce qui avait été égaré, ressuscitant ce qui avait été abattu ; et relevant de la terre dans le ciel où nous avons notre habitation, selon que Tapôtre renseigne aux Philippiens, disant ^ : aD*où nous attendons Jésus- Christ Notre-Seigneur qui changera Tétat de notre corps, plein de faiblesse , de misère et de corruption , pour lui donner les qualités de son corps glorieux. Mais c'est après la résurrection que ce changement se fera , comme ce n'est qu'après la passion que Jésus-Christ a été glorifié. Tels sont nos corps, que l'apôtre écrivant auxRomains^désire qu'ilsse présentent «comme une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu. » Mais comment peut-elle être vivante, si les corps doivent périr pour toujours ? comment peut-elle être sainte, si les corps sont profanes ? comment peut-elle être agréable à Dieu, si les corps sont condamnés à une mort qui soit sans ressource ? Je ne sais de quelle sorte ces gens qui au milieu de cette éclatante lumière des Écritures affeclcnt un aveuglement volontaire, recevront ces paroles de Tapôtre aux Thessaloniciens, où certes j'aperçois autant de clarté que si c'était un rayon du soleil qui les eût écrites^ : a Que le Dieu de paix , dit-il , vous sanctifie dans toutes les parties de votre être; ce n'est pas assez que votre corps, que votre âme , que votre esprit, se conservent purs et sans tache pour paraître irrépréhensibles en la présence de Dieu et en favénement de Noire-Seigneur Jésus-Christ.» Tu vois donc que toute la substance de l'homme est destinée à recevoir le salut, et que le temps où cela se doit accomplir n'est autre que celui de l'avènement de Notre-Seigneur. En effet cet avènement est comme la clef qui ouvrira les tombeaux et qui mettra la résurrection en évidence. XLVIII. Mais, dis-tu, la chair et le sang ne peuvent prétendre à l'hérédité céleste , et â la
' l.Cor., 15; Rom-, 5; II. Cor., 2.- * Ézéch., 31. » IMiilip., 3. — < nom., 12. — »Tbes«., 5.
possession du royaume de Dieu^ Nous savons aussi bien que toi qu'il est ainsi écrit, et nous avons différé jusqu'à présent de toucher â cette objection que nos adversaires mettent comme à la tête de leurs tronpes, pour nous réserver de la détruire la dernière et à la fin du combat, après avoir renversé toutes leurs subtilités, qui sont comme des secours qu'il fallait auparavant défaire. Mais que ces adversaires attendent un peu que nous ayons repassé sur ce qui précède dans l'épttre de l'apôtre, nous découvrirons par ce moyen quelle cause il a eu de parler dans ce passagecomme il l'a fait de la chair et du sang, d'où l'on jugera quel en est le véritable sens. Il faut donc supposer que l'apôtre, écrivant aux Corinthiens et prescrivant généralement les préceptes de la discipline ecclésiastique, a renfermé tout le fondement de TÉvangile qu'il leur annonçait et de la foi dont ils faisaient profession, dans la vérité qu1l leur a tant recommandée , de la mort et de la résurrection de Notre-Seigneur, tirant la règle de notre espérance de ce qui en est le principe. C'est pourquoi il ajoute : a Si Ton vous prêche que Jésus- Christ est ressuscité des morts, comment y ena-t-il entre-vous qui sèment le bruit que les morts ne ressuscitent point? Certes, si les morts ne ressuscitent point , Jésus-Christ n'est point ressuscité, et si Jésus-Christ n'est point ressusciié, toutes nos prédications sont vaines; ainsi nous sommes de faux témoins de la vérité de Dieu , portant témoignage qu'il a ressuscité Jésus Chiist, qu'en effet il n'a pas ressuscité. Enfin si les mor(s ne ressuscitent point , Jésus-Christ ifcsl point ressuscité, et si Jésus-Christ n'est point ressusciié, votre foi est inutile et sans fruit, parce que vous êtes encore chargés de vos péchés, et que ceux qui sont morts en Jésus-Christ sont perdus. » Quel est le but de l'apôtre dans ce discours et que veut-il nous obliger de croire? «11 veut, dis-lu,que nous croyions la résurrection des morts que l'on déniait. » — a Sans doute , dis-je , il voulait qu'on la crût à l'exemple de la résurrection de Notre-Seigneur.» — «Sans doule,» réponds-tu. «Mais, dis-moi, l'exemple se foniie-t-il sur une chose différente, ou sur une chose pareille?» — «C'est, dis-tu, sur une chose pareille ({u'il se forme. » Je te demande donc comment Jésus-Clirist est ressuscité;
« I. Cor.» 15.
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s'il est ré€6uscîté en la chaîr, ou s'il n'est pas ressuscité en la chair ? Que si tu reconnais que selon les Écritures , il est mort et a été enseveli, mais qu'il n'est mort et qu'il n'a été enseveli qu'en la chair, il faut que tu demeures d'accord qu'il est aussi ressuscité en la chair ; car ce qui est tombé par la mort, ce qui a été mis dans le sépulcre, c'est ce qui est ressuscité , et ce n'est pas tant Jésus- Christ en la chair que la chair en Jésus-Christ. S'il est donc vrai que nous ressusciterons à l'exemple de Jésus-Christ, qui est ressuscité en la chair, il est aussi vrai que nous ne ressusciterons pas à Texemple de Jésus-Christ si nous ne ressuscitons pas en la chair. « Par un homme, dit Tapôtre , est venue la mort , et par un homme vient la résurrection. » Il les distingue l'un de l'autre , faisant Adam auteur de la mort , et Jésus-Christ auteur de la résurrection. Mais par la comparaison qu'il fait des deux ensemble, en ce que le nom d'homme est commun à tous deux^ il établit la résurrection en la même substance que la mort. En effet, si de même que tous meurent en Adam, tous seront vivifiés en Jésus- Christ , il s'ensuit qu'en Jésus-Christ ils seront vivifiés en la chair , comme en Adam ils meurent en la chair; mais chacun sera vivifié en son ordre, parce qu'il sera vivifié en son corps. Et en effet , cet ordre n'est autre chose que le rang de la dignité et des mérites; et comme la dignité et les mérites appartiennent aussi aucorps, il faut que l'ordre soit pour les corps , afin qu'ils puissent être pour les mérites. Que si quelquesuns reçoivent même le baptême pour ceux qui sont morts sans avoir été baptisés, soit que cette coutume ait quelque raison ou qu'elle n'en ait point, c'est une coutume dont l'apôtre parle , et qui a été introduite sur cette persuasion que le baptême reçu pour d'autres servirait à la chair quant à l'espérance de la résurrection ; que si la résurrection n'était point corporelle, on ne rattacherait pas ainsi à un baptême corporel. Enfin pourquoi Tapôtre a-t*il remarqué la coutume qu'avaient ces gens-là de recevoir le baptême pour les morts , si les corps que Ton baptise ne ressuscitent point? car leau qui lave le corps ne suffit pas pour opérer la sanctification de Tàine , mais il faut que leau soit accompagnée des ré[K)nse8 de la personne que l'on baptisc , et du ténmignage quesesréponsesdonncnt de la foi. D^ailleurs si les corps ne doivent point
lessusciter, pourquoi, dit le même apôtre, nous exposons-nous à toute heure à tant de périls ^ ? » Certes c'est en la chair qu'il s'y expo.sait : a Je meurs , ajoute-il, tous les jours;» et c'est encore dans les périls où se trouvait sa chair, combattant en Éphëse contre des hommes aussi farouches que de bêtes brutes. C'est cette persécution qu'il souffrit en Asie, et dont il parle dans la seconde épître aux-mêmes Corinthiens : aie ne veux pas, dit-il, mes frères, vous cacher la persécution que j'ai soufferte en Asie ; elle a été si grande et a monté à un tel excès , que toutes mes forces y succombaient, et que je perdais l'espérance de pouvoir sauver ma vie. • Si je ne me trompe il fait la relation de tous ces travaux pour prouver , par les combats de la chair qu'il ne voulait pas que l'on crût inutiles, qu'il fallait indubitablement croire la résurrection de la chair; car les combats de la chair sont fort inutiles si la chair ne ressuscite point. Mais quelqu'un nous dira : a Comment est-ce que les morts ressusciteront? en quel corps reprendront-ils vie ?» C'est ici la question de la qualité des corps , si l'on ressuscitera avec les mêmes corps , ou si Ton en prendra d^autres : mais comme cette question est la dernière qui se doit traiter, l'on peut conclure cependant que c'est reconnaître la résurrection corporelle que de demander quelle sera la qualité des corps.
XLIX. Nous voilà arrivés au fiort de la difficulté et à ce qu'il y a de plus puissant dans la controverse. Or de ce que l'apôtre a dit avant ce passage que nous examinons , Ton peut aussi apprendre quelles substances il répute indignes de participer au royaume de Dieu et à quel con dition il les en exclut. Le premier homme, dit il , a été fait du limon de la terre , et cet homme c'est rhomme terrestre, c'est-à-dire Adam; a mais le second homme vient du ciel, c'est-à-dire que c'est le Verbe de Dieu et que c'est Jésus- Christ ^. Toutefois quoique le scodnd homme vienne du ciel, il n'est homme qu'en ce qa'il est chair et âme, et qu'il est ce qu'est l'homme et ce qu'est Adam. » Le même apôtre, peu auparavant, l'a nommé le nouvel Adam, de sorte qu'il participe au nom d'Adam comme il participe à sa substance : en effet Adam a été f^it chair sans semence , et il en est de même de Jésua-Christi
« II. Cor., 1. - • 1. Cor., 15.
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
Tel donc qu*est Iliomme terrestre, tels sont les hommes terrestres; tel qu'est Thomme céleste, tels sont les hommes célestes. Mais est-ce en substance qu'ils sont semblables, ou plutôt n'est-ce pas premièrement en conformité dévie, et secondement en mérite et en dignité à cause de cette conformité? Certes Tapôtre a donné le nom d'iiomme aux hommes terrestres comme aux hommes célestes, et ils ne peuvent être distingués quant à la substance. Que si Jésus-Ghrist est seul vraiment céleste, s'il est même au-dessus de cet état, néanmoins en tant qu'il est chair et âme , il est homme ; et quant h la condition de ces deux substances , il n'est point séparé de la qualité d'homme terrestre : c'est pourquoi ceux qui sont célestes & son exemple ne le sont pas à Tégard de la substance dans laquelle ils vivent ici-bas ; mais à l'égard de la clarté future, qu'ils posséderont après cette vie. Cette distinction vient de la différence de la dignité d'entre les corps célestes et les corps terrestres; car l'apôtre a auparavant marqué la diversité qui est entre la gloire des uns et la gloire des autres ; il a encore dit : «qu'autre est la gloire du soleil, autre la gloire de la lune, autre la gloire des étoiles, et que les étoiles mêmes diffèrent en gloire Tune de l'autre, quoiqu'elles ne diffèrent pas en substance, p Enfin ayant établi la différence de dignité dans la même substance, dignité où il faut maintenant aspirer pour en avoir la jottfewaiicc a|n*ar-tff mort, il ajoute cette exhortation : que nous suivions ici-bas par une sainte discipline la vie de Jésus-Christ, afin que là-haut nous puissions atteindre au faite de la félicité parla possession de la gloire. «Tout de même, dit-il, que nous avons porté l'image de Thomme terrestre, portons aussi l'image de l'homme céleste.» En effet, nous avons porté l'image de l'homme terrestre par notre participation à la transgression du premier homme , par l'obligation à la mort qu'il nous a transmise, par l'exil hors du paradis. Mais quoique nous portions ici dans la chair l'image d'Adam , toutefois i on ne nous ordonne pas de nous dépouiller de la chair. Que si ce n'est pas de la chair dont on nous avertit de nous dépouiller, c'est de la conversation de la chair, afin que nous portions au dedans de nous l'image de l'homme céleste, non pas de cet homme céleste qui est Dieu et assis à la droite
de Dieu dans le ciel , mais de Jésus-Christ vivant parmi le monde, en sorte que nous mar« chions sur ses traces, que l'on reconnaisse en nons ses linéamens et ses traits, et que nous as* pirions à être semblables à lui par des actions de sainteté,de justice et de vérité. Et certes, en tout cela l'apôtre n'a point d autre but que l'observation de la discipline chrétienne. Ei quand il dit que l'on doit porter ici l'image de Jésus- Christ , c'est en cette chair , et en ce temps de corruption et de discipline : «Portons,» dit-il en termes de commandement , parlant pour le temps où nous vivons et où l'homme n'est que chair et âme, et où, si la foi regarde quelque autre substance, c'est-à-dire une substance céleste, ce n'est qu'à cause de la promesse qui nous est faite, parce que nous ne la possédons pas en cette vie, et qu'il nous est ordonné de travailler pour l'obtenir en l'autre. L'apôtre ayant donc établi l'image de l'homme terrestre et celle de l'homme céleste dans la conduite de la vie présente et dans les diverses qualités des actions humaines,et nous ayant admonestés de renoncer à celle-là et de nous attacher à celle-ci, il ajoute, pour confirmer ce qu'il a fait entendre auparavant, et par une particule qui joint ce qui suit à ce qui précède : « car je vous dis , mes frères, que la chair et le sang ne peuvent parvenir à l'hérédité céleste, et posséder le royaume de Dieu,
n'entendant, par la chair et lcsan{r,qnp ^^U^ fuiu^i. JL I uumiuL itutjuc. i^ue Sri iiiim^e de
l'homme terrestre se rapporte à la vie du vieil homme , et que la vie du vieil homme ne puisse arriver au royaume de Dieu , il s'ensuit que la chair et le sang qui ne peuvent prétendre au royaume de Dieu , se prennent pour la vie du vieil homme. Et en effet , si l'apôtre ne confond jamais les œuvres avec la substance , s'il ne met jamais la substance pour les œuvres , ne t'imagine pas qu'il en use ici autrement. Et lorsqu'il dit, en parlant de ceux qui vivent encore dans la chair, «qu'ils ne sont pas dans la chair, parce qu'ils ne sont pas dans les œuvres delà chair», tu ne dois pas le prendre à contre-sens et Texpliquer contre son dessein, qui est d'exclure du royaume de Dieu non pas la substance même , mais seulement les œuvres qui en sont produites K Ainsi , écrivant aux Galates^, après avoir déclaré quelles sont les œuvres de la chair, il
« Rom., 8. - « Gai , 5.
TERTULLIEN
s'il est ré€6uscitéenla chair, ou s'il n'est pas ressuscité en la chair ? Que si tu reconnais que selon les Écritures , il est mort et a été enseveli, mais qu'il n'est mort et qu'il n'a été enseveli qu'en la chair, il faut que tu demeures d'accord qu'il est aussi ressuscité en la chair; car ce qui est tombé par la mort, ce qui a été rais dans le sépulcre, c'est ce qui est ressuscité, et ce n'est pas tant Jésus- Christ en la chair que la chair en Jésus-Christ. S'il est donc vrai que nous ressusciterons à l'exemple de Jésus-Christ, qui est ressuscité en la chair, il est aussi vrai que nous ne ressusciterons pas à Texemple de Jésus-Christ si nous ne ressuscitons pas en la chair. «Par un homme, dit Tapôtre , est venue la mort , et par un homme vient la résurrection.» Il les distingue l'un de l'autre , faisant Adam auteur de la mort , et Jésus-Christ auteur de la résurrection. Mais par la comparaison qu'il fait des deux ensemble, en ce que le nom d'homme est commun à tous deux, il établit la résurrection en la même substance que la mort. En effet, si de même que tous meurent en Adam, tous seront vivifiés en Jésus- Christ, il s'ensuit qu'en Jésus-Christ ils seront vivifiés en la chair , comme en Adam ils meurent en la chair ; mais chacun sera vivifié en son ordre, parce qu'il sera vivifié en son corps. Et en effet, cet ordre n'est autre chose que le rang de la dignité et des mérites; et comme la dignité et les mérites appartiennent aussi au corps, il faut que l'ordre soit pour les corps , afin qu'ils puissent être pour les mérites. Que si quelquesuns reçoivent même le baptême pour ceux qui sont morts sans avoir été baptisés, soit que cette coutume ait quelque raison ou qu'elle n'en ait point, c'est une coutume dont Tapôtre parle, et qui a été introduite sur cette persuasion que le baptême reçu pour d'autres servirait à la chair quant à l'espérance de la résurrection ; que si la résurrection n'était point corporelle, on ne l'attacherait pas ainsi à un baptême corporel. Enfin pourquoi Tapôtre a-t*il remarqué la coutume qu'avaient ces gens-là de recevoir le baptême pour les morts , si les corps que l'on baptise ne ressuscitent point? car Teau qui lave le corps ne suffit pas pour opérer la sanctification de Tàme, mais il faut que Teau soit accompagnée des ré[K)nse8 de la personne que l'on baptisc , et du lémoignajye quesesréponsesdonncnt de la foi. D'ailleurs si les corps ne doivent point
lessuscKer, pourquoi, dit le même apôtre, nous exposons-nous à toute heure à tant de périls ^ ? » Certes c'est en la chair qu'il s'y expo.sait : a Je meurs , ajoute-il, tous les jours;» et c'est encore dans les périls où se trouvait sa chair, combattant en Éphëse contre des hommes aussi farouches que de bêtes brutes. C'est cette persécution qu'il souffrit en Asie, et dont il parle dans la seconde épître aux-mêmes Corinthiens : a Je ne veux pas, dit-il, mes frères, vous cacher la persécution que j'ai soufferte en Asie ; elle a été si grande et a monté à un tel excès, que toutes mes forces y succombaient, et que je perdais Tespérance de pouvoir sauver ma vie. • Si je ne me trompe il fait la relation de tous ces travaux pour prouver , par les combats de la chair qu'il ne voulait pas que l'on crût inutiles, qu'il fallait indubitablement croire la résurrection de la chair; car les combats de la chair sont fort inutiles si la chair ne ressuscite point. Mais quelqu'un nous dira : a Comment est-ce que les morts ressusciteront? en quel corps reprendront-ils vie ?» C'est ici la question de la qualité des corps , si l'on ressuscitera avec les mêmes corps , ou si Ton en prendra d^autres : mais comme cette question est la dernière qui se doit traiter, l'on peut conclure cependant que c'est reconnaître la résurrection corporelle que de demander quelle sera la qualité des corps.
XLIX. Nous voilà arrivés au fort de la difficulté et à ce qu'il y a de plus puissant dans la controverse. Or de ce que l'apôtre a dit avant ce passage que nous examinons , Ton peut aussi apprendre quelles substances il répute indignes de participer au royaume de Dieu et à quel coq dition il les en exclut. Le premier homme, dit il , a été fait du limon de la terre j et cet homme c'est rhommc terrestre, c'est-à-dire Adam; a mais le second homme vient du ciel, c'est-à-dire que c'est le Verbe de Dieu et que c'est Jésus- Christ ^. Toutefois quoique le second homme vienne du ciel, il n'est homme qu^en ce qaMI est chair et âme, et qu'il est ce qu'est l'homaie et ce qu'est Adam. » Le même apôtre, peu auparavanti l'a nommé le nouvel Adam, de sorte qu^il par» ticipe au nom d'Adam comme il participe à sa substance : en effet Adam a été fait chair sans semence , et il en est de même de Jésua-Ghrist.
« II. Cor., 1. - • I. Cor., 15.
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
Tel donc qu^est Iliomme terrestre, tels sont les hommes terrestres; tel qu'est Thomme céleste, tels sont les liommes célestes. Mais est-ce en substance qu'ils sont sembbbles, ou plutôt n'est-ce pas premièrement en conformité dévie, et secondement en mérite et en dignité à cause de celte conformité? Certes Tapôtre a donné le nom d'homme aux hommes terrestres comme aux hommes célestes, et ils ne peuvent être distingués quant à la substance. Que si Jésus-Christ est seul vraiment céleste, s'il est même au-dessus de cet état, néanmoins en tant qu'il est chair et âme , il est homme ; et quant ù la condition de CCS deux substances , il n'est point séparé de la qualité d'homme terrestre : c'est pourquoi ceux qui sont célestes & son exemple ne le sont pas à Fégard de la substance dans laquelle ils vivent ici-bas ; mais à l'égard de la clarté future, qu'ils posséderont après cette vie. Cette distinction vient de la différence de la dignité d'entre les corps célestes et les corps terrestres; car l'apôtre a auparavant marqué la diversité qui est entre la gloire des uns et la gloire des autres ; il a encore dit : a qu'autre est la gloire du soleil, autre la gloire de la lune, autre la gloire des étoiles, et que les étoiles mêmes diffèrent en gloire l'une de l'autre, quoiqu'elles ne diffèrent pas en substance. » Enfin ayant établi la différence de dignité dans la même substance, dignité où il faut maintenant
aspirer pour en avoir la jottîiwancc aprtv tn
mort, il ajoute cette exhortation : que nous suivions ici-bas par une sainte discipline la vie de Jésus-Christ, afin que là-haut nous puissions atteindre au faite de la félicité parla possession de la gloire. aTout de même, dit-il, que nous avons porté l'image de l'homme terrestre, portons aussi l'image de l'homme céleste.» En effet, nous avons porté l'image de l'homme terrestre par notre participation à la transgression du premier homme, par l'obligation à la mort qu'il nous a transmise, par l'exil hors du paradis. Mais quoique nous portions ici dans la chair l'image d'Adam , toutefois Ton ne nous ordonne pas de nous dépouiller de la chair. Que si ce n'est pas de la chair dont on nous avertit de nous dépouiller, c'est de la conversation de la chair, afin que nous portions au dedans de nous l'image de l'homme céleste, non pas de cet homme céleste qui est Dieu et assis à la droite
de Dieu dans le ciel , mais de Jésus-Qirist vivant parmi le monde, en sorte que nous marchions sur ses traces, que l'on reconnaisse en nons ses linéamens et ses traits, et que nous as* pirions à être semblables à lui par des actions de sainteté, de justice et de vérité. Et certes, en tout cela l'apôtre n'a point d'autre but que l'observation de ladisciplinc chrétienne. Ei quand il dit que l'on doit porter ici l'image de Jésus- Christ , c'est en cette chair, et en ce temps de corruption et de discipline : «Portons,» dit-il en termes de commandement , parlant pour le temps où nous vivons et où l'homme n*est que chair et âme, et où, si la foi regarde quelque autre substance, c'est-à-dire une substance céleste, ce n'est qu'à cause de la promesse qui nous est faite, parce que nous ne la possédons pas en cette vie, et qu'il nous est ordonné de travailler pour l'obtenir en l'autre. L'apôtre ayant donc établi l'image de l'homme terrestre et celle de l'homme céleste dans la conduite de la vie présente et dans les diverses qualités des actions humaines,et nous ayant admonestés de renoncer à celle-là et de nous attacher à celle-ci, il ajoute, pour confirmer ce qu'il a fait entendre auparavant, et par une particule qui joint ce qui suit à ce qui précède : « car je vous dis , mes frères, que la chair et le sang ne peuvent parvenir à l'hérédité céleste, et posséder le royaume de Dieu,
n'entendant , par la chair et JesanfL»iIUC-ceU^ taïufiu ai. I uuuuuu ituLJuc. i^ue si 1 unage de
l'homme terrestre se rapporte à la vie du vieil homme, et que la vie du vieil homme ne puisse arriver au royaume de Dieu , il s'ensuit que la chair et le sang qui ne peuvent prétendre au royaume de Dieu , se prennent pour la vie du vieil homme. Et en effet , si l'apôtre ne confond jamais les œuvres avec la substance , s'il ne met jamais la substance pour les œuvres , ne t'imagine pas qu'il en use ici autrement. Et lorsqu'il dit, en parlant de ceux qui vivent encore dans la chair, «qu'ils ne sont pas dans la chair, parce qu'ils ne sont pas dans les œuvres delà chair », tu ne dois pas le prendre à contre-sens et l'expliquer contre son dessein, qui est d'exclure du royaume de Dieu non pas la substance même , mais seulement les œuvres qui en sont produites K Ainsi , écrivant aux Galates^, après avoir déclaré quelles sont les œuvres de la chair, il
» Rom., 8. - « Gai , 5.
TERTULLIEN
dit qu'il leur annonce, comme il a déjà Fait, que ceux qui commettent ces actions abominables n'auront pas de part au royaume de Dieu , sans doute parce qu'ils n'ont pas quitté Timage de riiomme terrestre qu'ils portaient , pour porter rima(}e de Thomme céleste, et qu'étant demeurés dans le bourbier de leur ancienne vie et dans Tétai du vieil iiomme , ils ne sont que chair et que sang. Mais si Tapôtre avait même dit d'abord cette sentence, «que la chair et le sang n'ont point de part au royaume de Dieu, » sans qu'elle fût expliquée par les choses qui précë« dent, ne dirions-nous pas que ces deux substances de la chair et du sang expriment le vieil homme adonné à la chair et au sang ? c'est-àdire qui n'a soin que de manger cl de boire, et à qui il apparlient de s'écrier, contre la foi de la résurrection, a mangeons et buvons, parce que demain la mort nous réduira dans le néant ^ : » car c'est ce que l'apôtre reproche aux hommes charnels, leur mettant devant les yeux les fruits qu'ils produisent en mangeant et en buvant , qui sont des fruits de chair et de sang.
L. Mais laissant ces interprétations qui s'attachent à reprendre les œuvres de la chair et du sang, nous pouvons dire que ces substances, selon ce qu'elles sont , n'ont rien qui combatte la loi de la résurrection ; car on ne dénie pas directement la résurrection à la chair et au sang', mais ce qu^on lui dénie c'est le royaume de Dieu,
^iiî vîAnf pnrës la résurrection. En effet, il y a non-seulement une résurrection a la vie , mais
aussi une résurrection au jugement , et l'exception de cette résurrection particulière confirme la résurrection générale de làcliair, parce que, en marquant en quel étal la chair ne ressuscite pas à la vie, on sous-entend en quel état elle y ressuscite. Ainsi la différence de la résurrection n'est pas dans le fond de la substance , mais dans ses opérations ; d'où il s'ensuit que la chair et le sang sont bannis du royaume de Dieu à raison du péché et non pas à raison de la substance , quoique à raison de la substance ils ressuscitent au jugement, parce qu'ils ne ressuscitent pas pour posséder ce royaume. Je passe à un autre sens , et je dis : La chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu. Cette proposition est vraie , si Ton considère la chair et le sang
MI. Cor, 15. -«s. Jean, 5
I seuls , et en ce qu'ils peuvent par eux-mêmes ; et l'apôtre a ainsi parlé pour montrer que Tes* prit est nécessaire à l'un et à l'autre ; car c'o^t l'esprit qui vivifie pour nous rendre capables de posséder le royaume de Dieu , et la chair n'y sert de rien ^ Il y aura autre chose qui y peut servir , et cette chose c'est l'esprit , et par l'esprit les œuvres mêmes de l'esprit. De cette sorte, toute chair et tout sang ressuscite également , c'est-à-dire que la chair et le sang de chaque personne ressuscite dans sa qualité , mais il hut que ceux qui doivent entrer dans le royaume de Dieu soient revêtus après la résurrection de la vertu de l'incorruplion et de l'immorlalilé ; et avant qu'ils l'aient obtenue, ils ne peuvent entrer dans le royaume de Dieu. C'est donc à bon droit que nous avons dit que la chair et le sang seuls sont incapables de parvenir à ce bienheureux royaume. Mais puisque, parle changement merveilleux qui doit suivre la résurrection, cette partie corruptible , c'est-à-dire la chair, doit être dévorée par une qualité incorruptible, et cette partie mortelle , c'est-à-dire le sang , doit aussi être dévorée par l'immortalité , certes la chair et le sang , je ne dis pas qui n'ont point été ressuscites , mais je dis qui n'ont point éié ainsi changés et dévorés , ne peuvent posséder le royaume de Dieu. Il yen a qui prennent la chair et le sang pour le judaïsme , à cause de la circoncision ; et réellement le judaïsme est exclu du royaume de Dieu , parce qu'il est du vieil homme. fi.t C'est pour ce sujet qu'il est noté ailleurs par l'apôtre , quand il dit que : «Dès que Dieo l'eut appelé à la connaissance de son Fils, et lui eût donné la charge de l'annoncer aux gentils, il se soumit si absolument à sa volonté, qu'il ne rechercha plus le conseil de la chair et du sang ^ • c'est-à-dire de la circoncision , c'est«à- dire da judaïsme, ainsi qu'il l'écrit aux Galales.
LI. Ce que j'ai réservé à dire pour la fin peut servir à satisfaire tout le monde, et h défendre même l'apôtre. Et certes , il serait tombé dans un étrange imprudence si, comme quelqnes-UDS lui imputent, il avait inconsidérément, et comme l'on dit, à yeux clos, sans distinction, el sans condition, exclu tout sang et toute diahr en général du royaume de Dieu et du séjour même du palais céleste , puisqu'il est certain que Jésus-
I « 1. Cor., 15. — • Gai., 2
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
Ghrîst y est assis à la droite de son père lai qui est homme , quoiqu'il soit Dieu ; qui est le nouvel Adam, quoiqu'il soit le Verbe ; qui est chair et sang, quoique sa chair et son sang aient une pureté infiniment au-dessus de la nôtre. En effet, il est à la droite de Dieu, le même en substance et en personne qu'il y est monté ^, et il en descendra le même selon le témoignage des anges'. De sorte que ces perfides qui l'ont couvert de plaies, avec tant d'inhumanité et de fureur, reconnaîtront celui qu'Us ont si cruellement outragé. Il a été appelé le séquestre et le médiateur d'entre Dieu et les hommes , et du dépôt qui lui a été confié , il garde en soi-même le dépôt de la chair comme les arrhes du dépôt entier; car ainsi qu'il nous a donné les arrhes de son Saint-Esprit , il a reçu les arrhes de la chair, et il a porté dans le ciel le gage de toute la masse du dépôt qui doit être remise quelque jour en celui de notre félicité. Vous donc, chair et sang, soyez en assurance , vous avez acquis en Jésus Christ un droit dans le ciel et dans le royaume de Dieu. Que si ceux qui vous dénient la possession du ciel osent dénier que vous soyez en Jésus-Christ , qu'ils dénient aussi que Jésus-Christ soit dans le ciel ^. Au reste, l'apôtre dit : «que la corruption n'aura point de part à l'incorruption^;» mais il ne parle pas de cette sorte afin que lu croies que la chair et le sang soient la corruption même, car ce qu'ils tiennent de la corruption est seulement qu'ils y sont sujets par la mort. Mais la mort est ce qui corrompt et qui consume la chair et le sang; donc comme il avait dit que les œuvres de la chair et du sang ne peuvent obtenir le royaume de Dieu, pour donner plus de force à sa pensée , il a dénié l'incorruption à la corruption, c'est-à-dire à la mort qui régne par les œuvres du sang et de la chair. Ainsi , peu après , il a en quelque sorte exprimé la mort de la mort même, a La mort dit-il, a été vaincue et comme dévorée dans un (glorieux combat ^. » 0 mort ! où est ton aiguillon ? O mort ! où est Ion pouvoir ? L'aiguillon de la mort c'est le péché , et le péché c'est la corrup- , tion; mais le péché n'a eu force que par la loi. Il est vrai que la loi que l'apôtre reconnaît dans
» S. Mallh , 16; I. Cor., 15; Acle», 1. » S. Jean, ly; 1. Tim., 1.—» II. Cor., 5. ♦! for, 15. - » llom.,?.
ses membres» combattant contre la loi de l'esprit, c'est-à^ire cette puissance qui. est en l'homme de pécher contre sa volonté propre, est une autre loi. Enfin il dit auparavant : « que la mort, notre capitale ennemie, sera vaincue la dernière ; » tellement qu'en ce qu'il est écrit : a que la corruption n'aura point de part à l'incorruption, vie sens est que la mort sera détruite et que l'on verra tomber son empire. Mais quand est-ce qu'il tombera , et par quels moyens tombera-l-il ? Ce sera à ce moment , à ce clin-d'œîl, à ce dernier son de la trompette, où les morts ressusciteront vainqueurs de la corruption. Qui seront ces morts , sinon ceux qui auront souffert la corruption dans la poussière des tombeaux , c'est-à-dire les corps, c'est-à-dire la chair et le sang ?« Et nous serons changés , ajouie-t-il. » De quel état serons-nous changés, sinon de celui où nous serons trouvés? car il faut que celte partie corruptible soit revêtue de l'incorruption, et que cette partie mortelle soit revêtue de Timmortalilé. Qu'est-ce que cette partie mortelle, sinon la chair ? qu'est-ce que cette part ie corruptible,sinon le sang? El afin que tu ne croies pas que l'apôtre soit d'un autre sentiment , vois quelle peine il prend à t'instruire et à l'obliger d'entendre ce qu il te dit. Quand il prononce ces paroles : a Celle partie corruptible, cette partie mortelle ^ ; 0 il jette sa vue sur sa chair et il la louche. En effet, il n'a pu parler de la sorte que de ce qui était présent à ses yeux ; son discours te fait la démonstration de son corps. Mais prends garde, qu'autre chose est ce qui est corruptible, et autre chose la corruption ; autre chose ce qui est mortel , et autre chose la mort : ce qui souffre l'impression de quelque action que ce soit, est aussi ce qui la fait souffrir; ce qui reçoit donc la corruption et la mort , c'est-à-dire la chair et le sang, reçoit aussi nécessairement l'incorruption cl fimmortalité.
LU. Voyons maintenant quel corps l'apôtre dit que les morts reprendront en sortant du sépulcre. Certes, il se presse de le ujontrcr, comme s'il y avait quelqu'un qui lui fît cette question : a Ignorant, dit-il , ne vois-lu pas que ce que tu sèmes ne peut recevoir la vie s'il ne se corrompt auparavant^. » Si l'exemple de la semence le fait voir qu'il n'y a point d'autre chair
»I.Cor., t5.«/w.
TERTULLIEN
qui reçoive la vie que celle qui aura éprouvé la mort, tu comprends aisément ce qui suit dans le texte sacré, parce que tu ne prendras point de sentiment à qui cet exemple ne serve de règle. Et ne crois pas qu'à cause qu'il est écrit, «ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps qui viendra de ta semence, » il doit ressusciter un autre corps que celui qui est semé par la mort. En effet, si tu as cette opinion, tu t'éloignes de la règle de notre exemple ; car le laboureur ayant semé du froment, et le froment s'étant consumé dans la terre, ce que l'on en recueille, ce n'est pas de l'orge , et il n'en vient point de grain qui ne soit du même genre, nature, forme et qualité que celui qui a été semé. Enfin d'où vient ce grain que l'on recueille, si ce n'est pas le même que l'on a semé? Le grain consumé dans le sein de la terre, en quelque état de corruption qu'il se trouve, est ce môme grain, parce qu'il en tire son origine. Mais l'apôtre ne déclare^ t-il pas comment il est vrai que ce que l'on sème ne soit pas le même corps que l'on doit recueillir, quand il ajoute : «Ce que tu sèmes, c'est un grain nu ou de froment, ou d'autre espèce; mais Dieu lui donoe un corps comme il veut. » C'est sans doute â ce grain qu'il dit que Ton sème tout nu, que Dieu donne le corps qui lui convient. cSans doute, dis-tu. Donc ce grain â qui Dieu donne un corps, est conservé et ne périt pas.» Mais commenlcela peut-il être s'il n'est plus, s'il ne se relève point, s'il ne se relève pas le même? S'il ne se relevé point , il n'est point conservé , s'il n'est poiAt conservé, il ne peut recevoir de Dieu un corps. Cependant il est certain qu'il est conservé. Pourquoi donc Dieu lui donnera-t-il un corps à sa volonté, puisqu'il a ce corps tout nu qui lui est propre , sinon afin que, n'étant plus nu , il ressuscite ? Ce qui s'élève sur le corps du grain y est ajouté; et ainsi le corps du grain n'est pas anéanti , mais il est augmenté de quelque chose qu'il n'avait pas. Peut-on douter que ce qui augmente ne soit conservé ? On sème le grain sans qu'il soit revêtu de son étui , sans qu'il ait un épi qui le soutienne , sans qu'il soit défendu par ce poil qui est autour de l'épi , sans que son tuyau apparaisse avec son appareil superbe; mais il se relève avec une abondance qui paie la semence avec usure, dans une figure formée avec un merveilleux artifice, dans un ordre parfaitement disposé, dans un ajuste-
ment qui lui sert d'omemeut et de défense , et enfin dans un habit qui le couvre et qui l'environne de toutes parts ; et toutes ces choaea composent cet autre corps qu'il reçoit de Dieu par un changement qui n'anéantit pas son premier corps, mais qui l'augmente. tDieu, dit l'apôtre, donne à chaque espèce de semence le corps qui lui est propre, ce n'est toutefois pas son corps,» c'est-à-dire ce n'est pas son premier corps, mais celui-là devient le sien, qu'elle reçoit alors de Dieu dr accroissement à ce premier corps. Attach%,-toi à cet exemple , et que ce soit un miroir qui te f^sse voir ce qui arrive à la chair. Crois que la même chair qui a été semée et mise en terre reprendra la vie; qu'elle se relèvera comme une riche moisson; que ce sera la même chair, quoiqu'elle revienne plus accomplie; qu'elle n'en sera pas une autre, quoiqu'elle s'en retourne dans un autre état : car elle recevra aussi de Dieu cet ornement et celle beauté dont il lui plaira de la parer et I proportion de ses mérites. Et c'est ce que Vapôîre a voulu marquer quand il a dit : « Toute diair n'est pas la même chair, » pour dénier non pas la parti-* cipation de la même substance, mais V^litéde la glolfre, établissant la différence des corps, non pas quant â leur genre, qui les rend tous pareils , mais quant à la dignité et aui bon* neurs où ils seront diversement élevés. Sur quoi il rapporte dans un sens figuré des eieinples des animaux et des élémens:c Autre, dit-il, est la chair de l'homme, » c'est-à-dire d*un fidHe serviteur de Dieu, qui est vraiment rbomme; « autre est la chair d'une bète brute, »c*est-àHlire d'un gentil, dont le prophète a dit : cCbomme est semblable à des bêtes brutes;» c autre est la chair des oiseaux ,» c'est-à-dire des martyrs qui prennent leur vol en haut; t autre est celle des poissons, » c'est-à-dire de ceux qui poar être nettoyés de leurs souillures n'ont plus besoin qnede l'eau du baptême ^ De là il passe aux corpa célestes : «Autre , dit-il , est la gloire da aoleil,» c'est-à-dire de Jésus-Christ ; «autre est la gloire de la lune , » c'est-à-dire de l'Église ;« autre, celle des étoiles,» c'est-à-dire la semence d'Abraham. Ainsi une étoile n'a pas tant de clarté, et brille d'un moindre éclat qu'une autre étoile ; ainai Q y a différence entre les corps terrestrea et k$ corps
•Psaume 48.
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
céle$te6 , c'est-à-dire entre un juif et un chrétien. Que si ce n'est point par figure, c'est sans doute vainement qu'il a opposé la chair des animaux et les corps des astres aux corps humains , puisqu il n'y a rien entre eux de comparable pour ce qui regarde la nature, ni même pour Pespérance de la résurrection. Enfin Fapôlre ayant fait voir par ces figures la distinction de la gloire et non celle de la substance : «Il en est ainsi, a-t-il ajouté, de la résurrection des morts. » Que veut-il dire par ces paroles? Certes, il ne marque pas une différence de substance dans les corps qui ressusciteront; mais ce qu*il exprime c'est cette illustre différence de la gloire et de la dignité dont ils seront revêtus, car attribuant encore la résurrection à la même substance delà chair,etrevenanlàcettesimilitude du grain: «Le corps humain, dit-il, est enseveli et caché dans la terre en un état corruptible, et il ressuscitera en un état où il neseraplus sujet à la corruption ; il est enseveli dans la honte et le mépris , et il ressuscitera glorieux; il est enseveli dans la faiblesse, et il ressuscitera dans la puissance; il est enseveli après avoir perdu une vie animale , et il ressuscitera dans une vie toute spirituelle. »En effet, ce qui ressuscite c*est ce qui a été enseveli ; ce qui a été enseveli, c'est ce qui se corrompt dans la terre; et ce qui se corrompt dans la terre, c'est ce corps de chair, et c'est cette chair que Dieu frappa par son jugement : «Tu es terre, lui dit-il, et tu retourneras en terre,» parce qu'elle était vêtue de terrée D'où vient que l'apôtre dit qu'on la sème quand on la met dans la terre, parce que la terre est ce qui la tient comme eu séquestre^, car c'est dans son sein qu on la dépose, et c'est de son même sein qu'on la reprend. Ainsi le même apôtre voulant imprimer plus fortement cette vérité dans notre esprit, la confirme et la scelle de nouveau par ces termes: «car il est ainsi écrit.» Ne crois donc pas que quand il est dit que la chair est semée, cela se rapporte à autre chose qu'à ce quiaétédit: «Tu retourneras en terre d*où tu es venu, »et ne crois pas aussi que ce qui est mis en terre, soit autre chose que la chair, comme il est encore écrit. LUI. Quelques-uns prétendent que le corps animal c'est Fâme, afin d'ôter la créance de ce retour de la chair à la vie ; mais puisqu'il
* GenèM, 5. — * 1. Cor. 6.
est certain que le même corps qui aura été semé et mis en terre ressuscitera , il suffit pour les convaincre de les appeler à l'expérience : ou il faut qu'ils montrent que l'àme ait été semée après la mort , c'est-à-dire qu'elle soit morte , qu'elle ait été abattue et couchée par terre, qu'elle ait souffert la dissolution de son être, qui sont des peines que Dieu ne lui a point ordonnées. Qu'ils fassent voir qu'elle soit tombée dans la corruption, dans le déshonneur, dans rinfirmité,afin que l'on puisse dire d'cllecf qu'elle ressuscite dans un état d'incorruplion, de gloire et de puissance ^» Et certes en la personne de Lazare qui est le principal exemple de la résurrection , c'est la chair que l'infirmité à mise dans le cercueil ; c'est la chair qui a presque éprouvé la pourriture, comme une marque de son déshonneur et de sa honte ; cest la chair que la corruption a rendue un objet d'horreur; toutefois, c'est en la chair que Lnzare est ressuscité. Il est vrai qu'il est ressucité avec son àme exempte de corruption , et que personne n'avait serrée avec un bandage de linge comme un cadavre, que personne n'avait placé dans le sépulcre, dont personne n'avait senti la puanteur et Tinfection, que personne n'avait vue gisante quatre jours dans la terre. La chair de tous les hommes expérimente tous les jours tout cet état, toutes ces circonstances de la mort de Lazare , mais il n'yenapoint dont Tâme fasse cette expérience. Ce qui a donc été dans l'esprit de lapôtre, ce que sa plume a touché manifestement, et enfin ce dont il certain qu'il a parlé, c'est ce corps animal, corps animal quand il entre au monument, et spirituel quand il ressuscite; carie saint apôlrc prêle lui-même la main pour te faire connaître que lu le dois entendre de cette sorte , quand il répète par l'autorité de TÉcriture, «qu'Adam le premier homme à reçu un àme vivante ^. » En effet, si Adam est le premier homme du monde, et si la chair a été Thomme avant que l'àme y eût été inspirée, il est sans doute, que la chair a reçu Tàme ; et si étant un œrps elle a reçu l'àme, elle a été faite corps animal. Quel nom veut-on qu'on lui donne, que celui qui exprime ce qu'elle a été faite par le moyen de l'àme , ce qu elle n'était pas avant que d'avoir reçu l'àme, ce que, Tàme en étant dehors elle ne sera
«S. Jean 21. — *l. Cor., 15.
TERTULLIEN
plus, si ce n'est lorsqu'elle ressuscitera, car ayant recouvré son âme elle redevient une autre fois corps animal, afin que ce corps devienne corps spirituel. Ce qui ressuscite, c'est ce qui à autrefois été; de sorte que la même raison qui donne à la chair le droit d'être nommée corps animal , montre que le nom de corps animal ne peut convenir à Tâme. La chair a été corps avant que d'élrc corps animal, et elle a été faite corps animal lorsqu'elle a été animée; et quoique Tàme soit un corps, néanmoins parce que c'est non pas un corps qui reçoit Tâmc, mais plutôt un corps qui anime et qui donne la vie , on ne peut le nommer corps animal parce qu'elle ne peut souffrir en elle ce quelle fait dans les autres. Quand elle entre dans un corps , elle le fait corps animal. Quand donc elle n'y entre pas, comment elle-même se ferait-elle de nature animale? Ainsi, comme la chair recevant Tàmea été corps animal, elle devient corps spirituel recevant Tesprit : c'est Tordre que l'apôtre a suivi et qu'il a si bien distin{;ué en Adam et en Jésus-Christ. Et quand il nomme Jésus-Christ le nouvel Adam, lu peux bien reconnaître qu'il déploie tout ce qu'il y a de doctrine et de force pour établir la résurrection, non pas de l'àme, mais de la chair ; car Adam , le premier homme, lors(]u'il fut formé du limon de la terre, fut fait chair et non pas àme, quoique après il ail reçu une âme vivante, et que Jésus-Christ, le nouvel Adam , esi Adam parce qu'il est homme, et est homme parce qu'il est chair, et non parce qu'il est âme. L'apôtreajoule:<(Cequi précède ce n'est pas l'être spirituel, mais c'est l'être animal ; et après celui-ci notre corps aura l'être spirituel , qu'il participera du premier et du second Adam, yt Tu vois qu'il fait la distinction du corps animal et du corps spirituel en la mêmechair après qu'il l'a faite en l'un et l'autre Adam , c'est-à-dire en l'un et en l'autre homme. En effet à raison de quelle substance y a-t-il ressemblance entre Jésus-Christ et Adam, sinon â raison de la chair? (|uoi(iu'ils soient aussi semblables quant à l'âme. Mais c'est par la chair qu'ils sont hommes tous (h'ux, parce que la chair a été l'homme la première, c'est elle qui a donné lieu à l'ordre établi entre eux, et qui a fait que l'un est nommé le /)rcmier,et l'autre lesecond homme, c'est-à-dire le premier et le second Adam. Certes des choses de diverses natures ne re^!oivent point un ordre
entre elles quant h la susbtancc, et sî elles en pcavent admettre ce n'est qu'à l'égard des circonstances du lieu, du temps, et de la condition ; au contraire c'est à cause de la substance de chair qu'Adam et Jésus-Christ ont été nommés le premier et le second homme. Ainsi l'apôtre ajoute : « Le premier homme est de la terre , et le second homme est du ciel ; » il est du ciel selon l'esprit, mais il est homme selon la chair. C'est pourquoi comme en l'un et l'autre Adam, c'est un ordre qui convient à la chair et non point à l'âme que le premier homme soit distingué du second, en ce que celui-là a reçu une âme vivante, et que celui-ci a un esprit vivifiant, cette distinction qui est entre eux fait naître aussi un préjugé en faveur de la chair, que ce soit d'elle qu'il est dit : a Ce qui précède, ce n'est pas l'être spirituel, mais l'être animal, et après l'être animal, suivra l'être spirituel.)) D'où l'on conclut qu'il fiiut pareillement entendre d'elle ce qui est écrit : aie corps que l'on sème et que Ton met en terre est un corps animal , et ce même corps ressuscitera corps spirituel,» parce que i'éfre spirituel n'est pas le premier, et qu'il est précédé par l'être animal , que le premier Adam a reçu l'âme, et que le second Adam a l'esprit : en un mot tout ce qui est de l'homme est de la chair, en tant qu'il est de l'homme. Quoi donc, dirons-nous, la chair n'obtient-elie pas en ce monde l'esprit par la foi? et n'a-t-on pas si^el de demander comment l'on peut donner au corps que l'on sème et que l'on enferme dans la terre le nom de corps animal? Certes, la chair reçoit ici-bas l'esprit, mais elle ne le reçoit que comme des arrhes de la vie de l'esprit ^ au lieo qu'elle reçoit non pas seulement des arrhes, mais la plénitude tout entière de la vie animal. Et de là vient qu'elle a le nom de corps animal, parce que la nature est sa principale substance, et que c'est celle qui entre dans le sépulcre, quoique néanmoins elle doive un jour devenir encore spirituelle par la plénitude de l^esprit, dans laquelleelle ressuscitera. Quelle merveille qu'elle prenne plutôt son nom de ceqailaremplilaad^ dans quedecequi ne fallquefarroser au dehors! LIV. Comme des mots qui sont joints à d*aotres mots forment des sens qui donnent souvent lieu à des questions et à des disputes, il en est de même d'un mot considéré séparément et sans liaison avec d'autres mots. Ainsi par ce que
Tapùlrc a dit : « Afin que ce qui est mortel, c*est-àdire la chair, soit dévoré par la vie * ;» Ton s'attache à ces termes; et dévoré en est un duquel on peut induire la perte entière de la chair, comme si Ton ne disait pas que Ton dévore sa bile et sa douleur, pour dire qu'on la retient et qu'on TétoufFe en soi-même. £t certes, ces autres paroles du même apôtre : « II faut que ce corps mortel soit revêtu de l'immortalité^, » montrent que ce qui est mortel est dévoré par la vie; non pas que le corps mortel se consume et se perde entièrement, mais parce qu'il est couvert et caché, et comme ren^rmé sous la rohe de l'immortalité dont il est revêtu, a Donc, dis-tu , la mort étant dévorée , elle ne laissera pas de subsister. » Mais si les termes sont communs , il faut que lu discernes les sens qui sont difPérens, et par ce moyen tu auras I intelligence claire du passage de lapùtre : a Autre chose est la mort, et autre chose ce qui est mortel. » D'où il s'ensuit que la mort sera dévorée d'une façon, et ce qui est morlel d'une autre. La mort ne reçoit point Timmortalité, au contraire ce qui est mortel la reçoit ; et il est écrit qu'il est nécessaire que ce corps mortel soit revêtu de Vimmortalité. Mais comment la reçoit-il ? 11 la reçoit lorsqu'il est dévoré par la vie. Comment est-il dévoré par la vie ? Lorsqu'il entre dans la substance de la vie , qu'il est réduit et renfermé en elle. Au reste , c'est à bon droit que la mort est dévorée pour empêcher que l'homme ne périsse , parce qu'elle dévore de sa part pour le faire périr. « La mort, dit l'Écriture , ramassant ses forces a dévoré ce qui était l'objet de sa rage 3; et c'est pour cela que dans la fureur du combat elle a succombé , elle a été dévorée^. » 0 mort! où est (on aiguillon? O mort ! où est ta puissance? et que sont devenus tes efforts? La vie , cette ennemie de la mort, dévorera par sa vertu, pour le salut de l'homme, ce que la mort dans sa fureur avait dévoré pour la perte de l'homme.
LV. Mais quoiqu'en prouvant que la chair ressuscitera, nous prouvions aussi qu'il n'en ressuscitera point d'autre que celle dont nous parloas, toutefois il faut faire sur cette dernière proposition une réflexion plus particulière, et il est à propos de traiter singulièrement les questions qui tombent dans noire sujet , et leurs
« Cor. 5. — • J. Cor., 15. — » Rom., 5. — * i.Cor., 15.
causes , quelque chose que nous en ayons pu toucher d'ailleurs en examinant notre principale question. Nous expliquerons donc plus au long la force et la manière du changement qui se fera dans noire chair au temps de la résurrection; changement qui semble fournir la présomption de la résurrection d'une autre chair, comme si changer de celte sorte , c'était souffrir une destruction totale et cesser d'être entièrement , et comme si ce changement était une extinction de tout ce que l'on était auparavant. Il faut montrer que le changement n'a rien de commun avec la perle de Têire, que de celui-là on ne peut tirer aucun argument pour la preuve de celle-ci. Ainsi autre chose est le changement marqué par l'apôtre, et autre chose est l'extinction de l'être, mats il n'y a rien en quoi l'un diffère de lautre si la chair doit être changée de telle façon qu'elle périsse. Et la chair étant ainsi changée périra si dans les changemens elle ne demeure pas la même qu'elle a été représentée dans la résurrection ; comme elle périt si elle ne ressuscite pas , elle périt aussi si ressuscitant elle se perd dans le changement qui suit la résurrection , parce que cela étant, elle n'est point non plus que si elle n'avait point ressuscité. Combien est-il déraisonnable de penser qu elle ressuscite aftn de n'être point , puisqu'elle a pu n'être point en ne ressuscitant pas, ayant déjàcommencé par la mort à n'être point? Il ne faut pas s'imaginer que des choses si opposées se confondent ensemble, qu'il se fasse un mélange de rextiuclion et du changement. Et certes, leurs opérations sont toutes distinctes: l'une fait périr absolument , et l'autre ne fait que transférer d'une qualité à une autre. Tout ainsi donc que l'on ne dit pas que ce qui est péri soit changé , de même l'on ne peut dire que ce qui est changé soit péri. Être péri, c'est n'être plus du tout ce que l'on a été, mais être changé, c'est être dans un autre état que Ton était. On peut être dans un autre état et être néamoins le même, car ce qui ne périt pas conserve son être; et s'il souffre quelque chose, ce n'est qu'un changement qu'il souffre, et ce n'est pas qu'il perde son être. En effet, on peut changer sans changer en la substance, comme un homme pont demeurer substantiellement tout entier ce qu'il est, cl changer néanmoins en diverses manières ; car il peut changer d'habitude , de forme
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extérieure, de disposition corporelle, de condition , de dignité , d'âge , d^inclinalion , d'affaires de travail, d'industrie, de biens, de demeure, de foi , de mœurs. Mais parmi tous ces changemens qui lui arrivent , il ne perd rien de ce qui est de I homme, et il ne devient pas tellement un autre qu'il ne soit plus celui-là même qu'il était; si nous ne disions plutôt qu'il devient autre chose, et non pas autre. Les saintes lettres nous donnent aussi des preuves de cette espèce de changemens ^ : la main change à Moïse , et on la voit sans couleur, sans sang et comme morte ; on la voit de blanche et colorée devenir froide et pâle; mais cette même main ayant recouvré sa chaleur, la couleur lui revient, et c'est la même chair et le même sang qu'auparavant. Après cela le visage lui change , et il est environné d^une clarté si brillante que les yeux humains étant incapables d'en supporter l'éclat, ils ne peuvent le voir et le contempler dans cet état^: cependant cet homme qu'on ne voyait plus , c'était le même Moïse. Ainsi saint Etienne était déjà revêtu de la gloire des anges 3, et toutefois c'étaient les mêmes genoux qui se jetaient à terre pour prier Dieu sous la grêle des pierres qui les lapidaient. Notre-Seigneur luimême dans cette retraite qu'il fit sur la montagne changea ses habits en uncorpsde lumière^; mais dans cette transfiguration merveilleuse, il conserva quelques traits de sa personne qui furent reconnaissables à saint Pierre. Moïse et Élie, qui parurent en ce spectacle de la gloire de Jésuft-Ghrist, Tun dans l'image d'une chair qui ne hii avait pas encore été rendue, l'autre, dans la vérité d'une chair dont il n'avait point encore été dépouillé, montrèrent que les habitudes du corps demeurent aux corps glorieux. Et c'est sur cet exemple que saint Paul a dit : «Qui a changé la condition périssable de notre corps et l'a transformé en la splendeur du sien ^. Que si tu veux que le changement et la transfiguration opèrent l'anéantissement total de la substance, il s'ensuit que SaOl dont il est écrit qu'il fut changé en un autre homme par son onction royale , a cessé d'être SaCU , et qu'en cet état il ^ sorti de la vie , et que Satan, quand il se
' Exode, 4. - • Jhid,, 34. — » Actes, 9. ' S. Maitii , 17; S. Marc, 9; S. Luc,a.
> Philip., 25.
transfigure en ange de lumière, n'est plus aR;;c de ténèbres; mais certes, je ne suis pas de en avis , et ainsi le changement qui se fait dans \.\ résurrection n'a rien qui empêche que la niêiiic substance du corps ne demeure.
LVI. Considérons maintenant combien il est absurde, combien il est inique, et combien il esi à ce double titre indigne de Dieu , qu'une substance travaille et qu'une autre en reçoive la récompense ; que cette chair souHre le martyr ; qu'elle soit déchirée et mise en pièces, et qu'une autre soit honorée de la couronne qui lui appartient ; et qu'au contraire cette chair croupisse dans la ftnge et l'ordure des vices , qu'elle s'abandonne aux plus sales plaisirs , et qu'une autre en soit châtiée. Ne vaut-il pas mieux n'avoir point du tout d'espérance en la résurrection, renoncer tout d'un coup à la foi qui nous la promet, que de se jouer ainsi de la sagesse et de la justice de Dieu? Et l'erreur de Marcion n'est-elle pas préférable en cela à celle de Valentin ? Eo efi^t , il n'est point croyable que l'homme étant revêtu de cette robe de l'immorUlité et de l'incorruption , son esprit, sa mémoire et sa connaissance s'évanouissent et se perdent entièrement. Ainsi tout le fruit et tout l'avantage de la résur* rection, tout ce que Dieu ordonne si équitablement sur le bien et le mal , demeurerait san» effet. S'il ne me souvient point que je snia cdui qui a mérité la gloire , comment en rendniftje Thonneur à Dieu ? comment lui chinterai»-je ob cantique nouveau de joie et de rmtnnajwinrr, si je ne sais pas que je suis celui qui lui en doit rendre des actions de grâces' ? Mais pourquoi ce changement n'arrive-t-il qu'en la chair, et poD^ quoi Tàme, qui en toutes choses a présidé sur k chair, ne change-t-elle pas avec b chair ? D'ailleurs qu'elle est cette pensée , que cette Biêaie âme qui a fait toute la course de la vie dans celte chair, qui est parvenue à b connaissance de Dieu, \{\A a été revêtue de Jésus-Christ , qui a semë l'espérance du salut dans celte diair ' , ca recueille la moisson dans une autre ; je ne saii quelle chair? Vraiment il faut que œ soit une chair qui ait beaucoup de charmes et de ^çièbb^ puisqu'elle obtiendra b vie ssns qu'il hû sa coûte rien du tout; et enfin, si l'àme ne chaqge pas , il n'y a point de rCsurrection pour elle, cl
>LCor.,15.— Psaume 05. — Hilal., G.
ronne€roira pomtqu*il yaitderésurreclion pour die, sî ce n'est pas uoe autre âme qui ressuscite. LVII. Voici l'argument le plus ordinaire et l'objection la plus fine que nous proposent les esprits incrédules, a Si, disent-ils, une seule et même substance se rétablit avec sa figure, ses liuéamens et sa qualité , il s'ensuit qu'elle se rétablira avec toutes les autres marques qui la Ibnt reconnaître : ainsi les aveugles, les boiteux et les paralytiques reviendront avec ce qu'il y a de plus remarquable dans leurs défauts. » Quoi I lu changes maintenant de discours , bien que tu dédaignes, quelque tu sois , de recevoir une si [çrande grâce de la bonté de Dieu? Et vraiment, lu n'insistes plus à n'admettre que le salut de Tânie , tu attribues aussi le salut â des hommes (ui ne sont hommes qu'à demi. Mais qu'est-ce c|ue croire la résurrection , sinon la croire tout mtiiTe? Si la chair sera rétablie après la dissolulUm, clic sera bien plutôt rétablie sans ses dé- Riuts corporels : les plus grands effets des cm* vres de Dieu doivent servir de règles pour les moindres. Le retranchement ou la rupture de [|uel(|ue membre , n'est-ce pas la mort du memtjre iuùmc ? Si la résurrection détruit la mort de tout le corps , ne détruira-t-elle pas la mort d'une partie du corps ? S*il se fait un change* meut eu nous {Miur nous élever â la gloire, |x>urquoi ne s'en fera-t-il pas en nous pour nous rendre notre chair délivrée de ses incommodités? Les imperfections du corps sont des aocilens : ce qui nous est propre et naturel c'est que le cor[is soit entier; la nature qui préside â [lotre naissance nous forme tous parfaits , et si nous apportons quelque imperfection du ventre le notre mère, c'est un défaut qui arrive â un tiomme , lequel n'avait rien d'imparfait ; il est bommc avant qu'il survienne un accident qui rause sa difformité; et de la même sorte que )icu lui donne la vie, il lui en iait la restitution: :cls nous étions quand nous l'avons reçue , tels lous la recouvrerons; nous serons rendus â la lal ure et non pas à la disgrâce; nous reprendrons a vie dans l'imperfection de la naissance et non MUS dans l'état de l'infortune. Si Dieu ne ressusile pas les hommes tout entiers, il ne ressuscite pas les morts; car qui est le mort qtii soit tMit entier encore qu'il meure tout eniier? Un lommc est-il sain, quiind il n'a prcs<nio plus de ic? Uii corps C6t-il saus plalc cl sans bicbsurc,
quand il est étendu par terre des coups qu'il a reçus, quand il est froid, quand 11 est couvert de k pâleur de li mort , quand li chaleur du sang étant étemte , la chair s'amollit et est sans vigueur, et enfin quand c'est un cadavre? Y a-t-il quelque état où l'homme soit plus faible que lorsqu'il est faible dans toutes ses parties, où l'homme soit plus paralytique que lorsqu'il est sans aucun mouvement ?, Ainsi ressusciter un mort, ce n'est autre chose que le rétablir en son entier, et cela est nécessaire de peur qu'il ne soit enopre mort en cette portion de lui-même qui ne serait pas ressuscitée. Certes, Dieu est très-capable de refaire ce qu'il a h\i une fois ; ce qu'il a montré en Jésus-Christ est une illustre promesse de cet effet merveilleux de sa puissance et de sa libéralité. 11 a même fait voir ce Sauveur comme celui qui non-seulement ressuscite la chair, mais qui la rétablit tout entière. D'où vient que Tapôtre a dit : « Les morts ressusciteront dans un état d'incorruption^.» Gomment cela, sinon que ceux qui ont été auparavant corrompus, tant par la violence des maux que parla vieillesse du tombeau, redeviendront entiers? Ainsi dans un passage précédent, il propose qu'il faut «que ce qui est corruptible soit revêtu de l'incorruption , et que ce qui est mortel soit revêtu de l'immortalité ; » et il fait sa proposition double, non pas pour user de la répétition d'un même sentiment, mais pour marquer la différence qu'il veut établir; car il rapporte l'immortalité â la destruction de la mort , l'incorruption â l'exclusion de la corruption , et par la division qu'il en fait , il attribue la première â la résurrection, et la seconde à la restitution entière de la chair. Mais n'a-t-il pas aussi promis aux Thessaloniciens le rétablissement de cette substance entière^? tellement que les défauts du corps ne seront plus à craindre à lavenir. Que le corps ait été ou conservé eniier, ou remis dans tout ce que la nature lui avait donné, il ne pourra plus rien perdre, puisque ce qu'il aurait perdu lui sera rendu. Au reste, quand tu dis que si la même chair ressuscite, elle sera encore sujette aux mêmes passions, tu entreprends témérairement de défendre la nature contre son Seigneur, et tu soulèves avec impiété la loi contre la {jiâcc^, comme s'il n'ctail pas permis à Dieu
» 1. Cor., \ô. - « ïbc»., 5. - » MaUii., 19.
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de changer la nalure et de conserver la chair sans s'assujcUir à la loi. D'où vient doue que nous lisons : « Ce qui est impassible aux hommes est possible à Dieu ^; » et Dieu a choisi les choses qui passent pour folles dans le monde, pour confondre la sagesse du monde ? Dis-moi, je te prie , quand , par la liberté dont tu as gratifié ton esclave, tu as changé sa condition, doit-il encore souffrir les fouets, les chaînes, les flétrissures du corps, à cause que cette chair et cette âme qui étaient sujettes à ces cruels traitemens, lui demeurent? Non certes, au contraire, il reçoit lornement de la robe blanche et la dignité de lanneau d'or, il a Thonneur de porter le nom de son patron, il entre dans sa tribu , et est assis à sa table. Accorde à Dieu la même puissance , que par la vertu du changement qui se fera en nous, il réforme la qualité et non pas la nature , nous délivrant des passions et nous donnant de quoi nous en défendre. Ainsi la chair demeurera après la résurrection , et demeurera passible , en ce que ce sera la même ; et sera impassible en ce que Dieu Taura affranchie , mais avec celte prérogative de n'être plus sujette aux passions de la nalure.
LVlll. «Une joie éternelle, dit Isaïe, se répand sur leur lête 2. » Mais il n'y a rien d'éternel qu'après la résurrection la douleur, la tristesse et les sanglots prennent la fuite devant eux. Ainsi l'ange dit à saint Jean: « Kt Dieu essuiera les larmes de leurs yeux, et en tarira la source^.» Il parle de ces mêmes yeux qui pleuraient auparavant, et qui eussent encore pleuré si la bonté divine n'eût arrêté le cours et séché les torrens de leurs larmes, il dit encore : «Ce fleuve de larmes qui sort de leurs yeux sera tari , et la mort ne régnera pas plus avant^. » Donc ce sera aussi le terme de la corruption, qui sera chassée par lincorruption , comme la mort par l'immortalité. Si la douleur , la tristesse et les sanglots viennent de l'affliction de l'âme et de la chair, si la même en est aussi produite , comment est-il possible de les étouffer si l'on n'en fait cesser les causes , à savoir les afflictions de la chair et de rame? Mais est-on sujet à quelques accidcns qui affligent, quand on est auprès de Dieu; à quelques insultes d'ennemis, quand on. est dans le sein de Jésus-Christ ; A quelques véhémences
« Cor., 1. —«Isaïe, 35. -^ Aixw., 7. « * JOUi.. 21.
du démon, quand on jouît des lumières et des douceurs du Saint-Esprit, et lorsque le diable et sesangessont déj^ ensevelis dans les flammes? Enfin en ce bienheureux séjour de la gloire, où sera la nécessité et ce que Ton nomme la fortuue et le destin? Quelle blessure restera à ceux qui seront ressuscites après avoir obtenu le pardon? Quelle colère pourront craindre ceux qui auront été reconciliés après avoir reçu la grâce? Qu'elle infirmité , quand on sera dans un état de force et de vertu ? Quelle faiblesse quand on possédera le salut? Ce que l'Écriture nous apprend, «que les vêlemens et les chaussures des enfoos d'Israël servirent quarante ans sans s'user et sans se rompre ^ ; que les ongles et les cheveux qui croissent si vite, demeurèrent tout ce temps sans croître sur leurs personnes, par Tordre de cette justice qui dispose des puissances naturelles et qui règle ce qui est de la bienséance, de peur que leurs ongles et leurs cheveux ne devinssent d'une grandeur énorme, qui eût pu passer pour un effet de la corruption ; que les flammes de Babylone , n'ofFensèrenl ni les tiares , ni les robes de pourpre des trois frères , quoique ce fussent des ornemcns étrangers à la nation juive ^; que Jonas, dévoré parce monstre de mer, le ventre duquel consumait tout le débris des naufrages , en sortit trois jours après sans incommodité^; que Enoch et Ëlie n'étant pas ressuscites, parce qu'ils ne Mmt pas même encore morts ^, mais ayant été traïuKrés hors de ce monde, et pour cela étant d^ dans un état proche de Téternité, éprouvent que la chair est capable de jouir de l'exemptioD entifat de la faiblesse humaine et de toute sorte d'accidens et d'injures; tous cesévénemens , dii-ie, qu'est-ce qu'ils nous enseignent? Etnemit-ce pas autant de témoignages de notre M et de documens de cette vérité que nous croyons qw nos corps seront rétablis tout entiers? En effet, selon ra|)ôtre : «ces choses ont été écrites pour être des figures de ce que nous ferons qodqoe jour, » et ces flgures nous ont été données sfis que nous ne doutions pas que Dien ne soit ptai puissant que cette loi de la nature, qn*0 M puisse changer cette condition du corps humain, et qu'il no conserve enfin cette chair dont B a même conser\'éet les chaussures et les vètemeK
> Dcut., 10.— 'Daniel,— « JuiKiS, Z — < lY. RfC^^
DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
UX. «Mais, dis-tu, le siècle Futur dépend d*UD autre ordre, parce qu'il est éternel. »D*où tu conclus que la substance de la chair qui est de ce siède-ci, et qui par cette raison n'est pas éternelle , ne peut prétendre à la possession de cet état d'une nature si dîffîérente. Certes, ce que tu dis aurait qudque fondement, si Tbomme eût été formé sur cet ordre du siècle futur, et qu'au contraire cet ordre du siècle futur n'eût pas été fait pour l'homme. Mais quand l'apôtre dit :«Soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le futur, soit le présent, tout est à vous^» il constitue l'homme héritier de toutes ces choses futures. Au reste, Isale ne fait rien pour toi, lorsqu'il dit : «Toute chair est vile comme de l'herbe^,» puisqu'il dit ailleurs: «Toute chair verra Dieu le Sauveur, 9 distinguant la chair de la chair, non pas quant à la substance, mais quant à la fin différente qu'elle aura par le décret de la justice de Dieu ; car, qui ne convient pas que Dieu, par son jugement équitable , prononcera deux sentences, l'une du salut, et l'autre de la peine? Toute chair donc qui est destinée au feu est vile comme de Vherbe , et toute chair qui est ordonnée pour le salut, verra Dieu le Sauveur. Pour moi , je sais que si autrefois je suis tombé dans l'impureté, ce n'est pas dans une autre chair que je suis tombé , et que ce n'est pas non plus dans une autre chair que je m'efforce maintenant de garder la pureté. S'il y a quelqu'un qui ait une double chair, il peut se défaire de cette chair vile et impure, et se reserver seulement cette chair noble et pure qui verra Dieu le Sauveur. Mais parce que le même prophète , parlant des nations , dit en un endroit, a qu'elles sont réputées comme de la poussière et de la salive^, « et en un autre, «qu'elles espéreront et qu'elles croiront au nom de Dieu et en la puissance de son bras^, » pouvons-nous nous tromper en ce qui les regarde, et penser de ce que les unes croiront , et que les autres demeureront dans leur aveuglement, et seront réputées comme de la poussière, ce soit à raison de la diversité de la substance ? Non , non , dans toute cette vaste étendue que l'Océan embrasse, et que le ciel, qui est suspendu sur nos lètes, couvre de son voile, Jésus-Christ a porté aux nations la véritable lumière ; et c*est ici la source
» I. Cor., 3. — » k.ïe, 10 cl \ô. — ' /ifid-j U.
de l'erreur des valenliniens , car les nations fidèles ne sont pas dissemblables des nations infidèles quant à la substance de la chair et de l'âme ; et comme le prophète a distingué les nations, établissant entre elles non pas une différence de genre , mais une diversité de sort et d*élat, ainsi à l'égard de la chair qui dans toutes les nations est une seule et m.ème substance , il a établi une distinction, non pas en la matière, mais en la récompense.
LX. Nos adversaires, pour donner encore plus de jour à la dispute , argumentent contre cette même chair en lui opposant les fonctions ordinaires des membres du corps. Ils disent donc : que les membres ayant été destinés au corps pour leurs opérations naturelles, il est de nécessité qu'ils y persévèrent; ou, s'il est certain que les membres du corps ressuscite n'aient plus ces fonctions, ils en induisent qu'il n'y aura plus de corps, parce qu'il n'est pas croyable que le corps subsiste sans ses membres, ni que les membres puissent être sans leurs fonctions. «En effet, disent-ils, quand l'on n'aura plus besoin de manger et de boire , à quoi servira cette profonde caverne de la bouche, ces rangs et cette assiette de dents, ce canal de la gorge , ce réservoir de l'estomac , ce gouffre du ventre, cette grandeur immense et ce merveilleux enchaînement des entrailles ? Pourquoi dans cet état de la résurrection admettre l'usage de tous ces membres ? Y aura-t-il quelque action à laquelle ils puissent être employés? Faudra-t-il qu'ils portent encore l'aliment de haut en bas, qu*ils le digèrent , qu'ils s'en déchargent? Quel service tirera-t-on des mains, des pieds et des autres membres destinés au travail, quand on ne sera plus chargé des soins de la vic.^ La génération et la nourriture du fruit dans le sein maternel venant à cesser , que deviendront les parties du corps qui y sont nécessaires , celle où Tenfant est conçu , et les sources d'où le lait coule aux mamelles.^ Mais que sera-t-il de toutlcœrps, puisque tout entier il n'agira plus? «Pour répondre A ces objections, nous avons déjà établi qu'il ne faut pas mêler Tordre du siècle futur à celui du siècle présent , parce qu'il se fera im cliangemeut en Thomme, à riioure de la résurrecfion , qui s'opposera A ce mélanijo, roeltant le rorps dans un nuire état ()u*ii n'étaif. Nous :ijoii(o!:s que ccb fonctions de uus nicuihrcs né*
TERTL'LLIEN.
cessaires aux besoins de celte vie, ne dureront que jusques au moment où le corps ressuscitera , parce qu'alors cette même vie sera transfiérce du temps à rétemité , comme le corps animal sera converti en corps spiritucH, cette chair mortelle étant revêtue de Timmortalité, et cette nature corruptible recevant Tincorruption. En effet , la vie étant ainsi délivrée de ses besoins, les membres seront pareillement délivrés de leurs fonctions , mais ils ne laisseront pas d'être toujours nécessaires , parce qu'encore qu'ils soient délivrés de leurs fonctions , il faut qu'ils subsistent par l'ordre du jugement de Dieu, afin que chacun reçoive en son corps selon les actions qu'il aura faites^; car le tribunal de Dieu demande l'homme entier et parfait , mais Thomme ne peut être entier et parfait sans ses membres, parce que c'est leur substance et non pas leurs fonctions qui composent ce qu'il est, si ce n'est que tu veuilles dire qu'un navire soit entier sans son fond, sans sa proue et sans sa poupe, et enfin sans la conservation de tout l'assemblage et de tout le corps du vaisseau. Que si nousavons vu assez souvent un navire tout glorieux d'avoir été réparé, après que la tempête l'avait brisé, ou que la pourriture l'avait mis hors de service, tousses membres ayant été rétablis et remis en meilleur état , avons-nous sujets d'être en peine de Tindustrie , de la volonté et de la puissance de Dieu, en ce qui regarde la réparation de l'homme? Quoi ! si un maître de navire, riche et libéral, se contente que l'on répare son vaisseau, et le f^it rétablir soit par affection , soit pour sa gloire, sans vouloir cependant qu'il travaille, diras-tu que ce corps de navire n*ait plus besoin de ces membres dont il était composé , parce qu'ils seront désormais inutiles et qu'ils ne servent qu'à la conservation du vaisseau qui ne travaillera plus pour le service du mattre ? Il fout donc seulement considérer si Dieu , destinant l'homme pour le salut, y a destiné la chair, et s*il veut que celte même chair soit encore. Et tu ne peux pas prétendre, sous prétexte que ces membres n'auront plus d'usage et de fonctions, que la chair ne puisse reprendre son être; car une chose peut reprendre son être, et toutefois être sans foncfion, outre que Ton ne peut dire qu'une chose ^oit sans fonction si clic
M Cor.,lJ. - ^ 11. (w.,J.
n'est pas , et enfin si elle est , elle pourra n'être pas sans fonction, parce qu'il n'y aura rien dl< nutile en la présence de Dieu.
LXI. Tu dis que lu as une bouche pour manger et pour boire, pourquoi ne dis-tu pas plutôt que tu as cette bouche pour parler, afin que tu sois au-dessus des autres animaux, ou que tu Tas reçue pour louer Dieu , afin que tu t'élèves même au-dessus des hommes? J*£youte qu^Adam a donné les noms aux animaux, avant que de toucher au fruit de Tarbre , et quil a prophétisé avant que d'en goûtera Mais si tu prétends que tu as des dents pour dévorer toutes les denrées qui se vendent au marché , ne t*ont-elIes pas plutôt été données , afin qu'elles soient comme un rempart qui environne ta bouche , et que quand la joie ou la douleur te la fait entr'ouvrir, ce soit avec quelque bienséance? Ou n*est-ce pas une barrière pour retenir le mouvement de ta langue , ou pour te servir, par le battement qui se fait de la langue et des dents, à articuler ta voix et former ta parole. Écoute et vois comment ceux qui ont perdu les dents parlent , et alors tu reconnaîtras combien elles honoreni la bouche et combien cet organe fest nécessaire. Si la nature a ouvert des conduits en rtiomme et en la femme , est-ce afin que par là les feux de la volupté s'évaporent, et n'est-ce pas plutôt pour faire que la boisson s'écoule, et que le corps s'en décharge ? Les femmes ont une matrice , mais l'ont-elles pour recevoir la substance qui sert à la formation de l'homme, on pour retirer celte masse impure de sang que ce faible sexe n'a pas la force de dissiper et de résoudre? Nous sommes obligés d'exprimer tontes ers choses, parce que nos adversaires nous en rompent la tête , disant ce que bon leur semble des diverses fonctions de nos membres, et affiectant même de parler de quelques-uns, et d'en parler à leur mode, c'est-à-dire sans pudeur, pour couvrir, s'ils pouvaient , de confusion ce que nous enseignons de la résurrection des corps ; ne voulant pas considérer qu'avant que ces fbactious cessent, les causes en cesseront. En effet comme l'on n'aura plus faim , l'on n'aura pins besoin de viandes ; comme l'on n'aura plus soif , il n*y aura plus nécessité de breuvage; comme il n'y aura plus de naissance , il ne faudra plus de mélang.
DE LA RÉSURRECTION DE L\ CIIAIR
de seie ; et enfin , comme il n'y aura plus d*obligation de soutenir une nature corruptible , il n*y en aura plus à travailler pour la soutenir : la mort n'étant plus, les alimens ne seront plus nécessaires pour la conservation de la vie, et nos membres ne gémiront plus sous le poids de cette passion ardente, que Ton a de renaître en sa race , et de se perpétuer en sa postérité. Au reste, il est même possible en ce monde de s'abstenir quelquefois de manger, il est encore libre de vivre dans la continence. Moïse et Élie jeûnèrent quarante jours , et durant ces quarante jours Dieu seul fût leur nourriture^ ; cardes ce temps-là on consacrait cette parole : « L'homme ne vivra pas seulement de pain, mais il vivra encore de la parole de Dieu ^ ; »el ce Furent là les commandemens de cette vertu qui devait fleurir en d'autres siècles , et sous une autre discipline. Pour nous, autant qu'il est en notre puissance, nous gardons Tabstinence , et nous avons même un grand soin d'être purs et continens. Ciombien y a-t-11 d*bommes parmi nous qui demeurent volontairement en cet état ? Combien de vierges qui se vouent à Jésus-Christ, et qui le prennent pour leur époux ? Combien de personnes des deux sexes qui vivent hors de ce commerce d^où vient la fécondité , comme si elles étaient dans l'impuissance de mettre des enfans au monde? Que Si dès cette vie les membres s'abstiennent de leurs fonctions pour un temps , comme ils peuvent le faire dans un état qui doit finir par le temps, sans que cela empêche que l'homme soit et subsiste, à plus forte raison, lorsque l'homme sera dans l'état de Télernité , où son être et son salut seront immuables, ne souhaiterons-nous point les choses pour lesquelles, durant le cours de cette vie mortelle , nous avons pris l'habitude d'être sans aucun désir.
LXII. Mais la parole de Noire-Seigneur décide souverainement cette difficulté : « Us seront, dit-il, comme des anges. nS'ils seront semblables aux anges en ce qu'ils n'éprouveront plus le mariage, comme ils n'éprouveront plus la mort jls leur seront aussi semblables en ce qu'ils ne seront sujets à aucune nécessité corporelle. Autrefois les anges ont paru sur la terre comme des hommes; ils ont bu et mangé et on leur a lavé les pieds; ils avaient pris extérieurement
* Exode, 24 ; iii. Refî., 19. — > S. Maltb., 1.
une forme humaine, sans quitter au dedans leur propre naturel Que si les anges , paraissant comme des hommes, se sont soumis dans leur substance spirituelle à des choses qui appartiennent à la chair, pourquoi des hommes, étant devenus semblables aux anges, ne vivraient-ils pas de cette substance de la chair comme s'ils étaient de purs esprits? Certes, ils ne doivent pas être plus sujets, sous l'apparence des anges, aux besoins de la chair, que les anges, sous cette apparence de l'homme, n'ont eu de dépendance de leurs qualités spirituelles. Et Ton ne peut pas dire que les hommes ne demeureront pas dans la chair, parce qu'ils ne demeureront pas dans les besoins de la chair, puisque les anges n'ont pas laissé de demeurer dans leur nature spirituelle , quoiqu'ils ne soient pas denaeurés dans l'usage des seules qualités de l'esprit. Enfin Notre-Seigneur n'a pas dit, «ils seront des anges,» pour ne pas nier qu'ils ne fussent des hommes, mais il a dit : ails seront comme des anges, »pour marquer que le changement qui se fera en eux, n empêchera pas que ce ne soient toujours des hommes. En leur attribuant la ressemblance qu'ils auront avec les anges , il ne leur a pas ôté leur propre substance.
LXllI. La chair ressuscitera donc , et nonseulement toute kl chair ressuscitera , mais elle ressuscitera la même et tout entière. Cependant en quelque lieu qu'elle soit, elle est en dépôt sous la main de Dieu, et Jésus-Qmst a ce dépôt, ce fidèle séquestre de Dieu et des hommes, qui rendra Dieu ù l'homme, et l'homme à Dieu, l'esprit à la chair, et la chair à l'esprit : il a fait une alliance eu sa personne de la chair avec l'esprit, donnant un époux à l'épouse, et à l'épouse un époux. Que s'il y a quelqu'un qui prétende que l'àme est l'épouse , elle sera suivie de la chair comme de sa dot; car l'àme ne sera pas une abandonnée, et son époux ne la recevra pas dépouillée et sans bien : la chair est son équipage, sa parure et sa richesse , et elle l'accompagnera comme sa sœur de lait. ISlais il est vrai que la chair est l'épouse, et que par une illustre alliance contractée par le sang, elle a pris en Jésus-Christ l'esprit pour son époux. Ce que lu crois être sa mort , n'est que sa retraite ; l'âme ne se relire pas toute seule , la chair a aussi ses
«GCDCSC, 18 cl 19.
TERTULLIEN
rctrailcs, et ces retraites sont les eaux, les feux, les oiseaux et les bètes brutes. Lorsqu'il semble qu'elle se dissout dans ces substances , elle s*y écoule seulement ainsi que dans des vases; et si les vases se dissipent , elle s'en écoule encore ; et comme si elle sortait de rembarras de plusieurs tours et retours , elle est rejetée dans la terre, sa première ori(j;ine, afin que de son sein Adam se représente une autre fois à Dieu pour entendre de lui cette parole : a Voici Adam qui est devenu comme Tun de nous. » Et certes, en cet état il possède vraiment une science parfaite, connaissant le mal qu'il a évité, et le bien qu'il a obtenu. Pourquoi, 6 âme, portes-tu envie à la chair? Il n'y a point de créature pour qui tu doives plutôt avoirde Famour, après celuique tu dois avoir pour Jésus-Christ; il n'y a personne que tu doives plutôt chérir d'une affection de frère , puisqu'elle renaît en Dieu avec toi; tu aurais même dû lui obtenir par tes prières le bien de la résurrection , parce qu'en effet, c'est par toi qu'elle a commis le péché qui l'a rendue criminelle. Mais je reviens à loi , ennemi de la vérité, et je dis que je ne m'étonne pas si tu hais la chair, puisque tu as rejeté l'auteur de la chair, puisque tu nies la chair en Jésus-Christ, ou que tu changes sa nature , et que tu la veux faire passer en lui pour autre qu'elle n'est ; ainsi tu corromps même, ou par tes faux raisonncmens, ou par tes mauvaises explications , la parole de Dieu, cette parole divine, c'est-ù-dire le Verbe qui a été fait chair ; tu allègues même pour appui ton erreur , tes écrits apocryphes et tes fables toutes pleines de blasphèmes ; mais Dieu tout-puissant a pourvu par sa grâce à ces impostures de la malice et de l'infidélité des hommes ; car répandant aux derniers temps son esprit sur toute la chair, et échauffant de ses ar-
deurs le cœur de ses serviteurs et de ses servantes , il a rallumé cette foi de la résurrection de la chair, si outrageusement attaquée par les hérétiques, et a éclairci avec tant de lumière, soit dans les termes , soit dans les sens , les passages de Moïse et des prophètes, qu'il n'y est resté aucune apparence d'ambiguïté. Gomme il fallait quil y eût des hérésies pour éprouver les fidèles , et pour rendre leur fidélité manifeste, et que les hérésies ne pouvaient rien entreprendre si les Écritures ne leur en donnaient quelques occasions ou quelque prétexte, il semble que la lettre de l'Ancien Testament leur ait fourni quelques argumens et quelques preuves; mais la même lettre derAncien Testament détruit ces argumens et ces preuves. Enfin il ne fallait pas que le Saint-Esprit demeurât plus longtemps sans inspirer aux fidèles des paroles SI efficaces et si fortes, que quelque subtils que soient les hérétiques, ils n'y puissent plus trouver de semences d'erreurs, et qu'elles renversent même leurs vieux édifices de terre et de boue. Ainsi il a dissipé tontes les ténèbres du temps passé et toutes les ombres dont rhérésie tâche d'obscurcir ce qu'elle prend pour des paraboles, par l'explication claire et maniFeste qu'il a donnée de tous les mystèreSi et de toutes les paraboles et les figures , par la voix de cette nouvelle prophétie qui a été tout inondée des eaux divines du Paraclet. Que si tu puises dans cette féconde source, elle te remplin d'onedoctrinequi t'ùtera la soif de toute antre doctrine; elle te délivrera de cette ardeur de oontentioD et de dispute qui te dévore; et goûtant de tontes parts, dans le courant de cette belle et agréable fontaine , les douceurs de la résurrectioD de la chair, tu y prendras un rafratchîssement qui modérera le feu et la véhémence de Coq esprit
A SCAPOLA.
ÉPITRE A SCAPULA,