PROCONSUL D'AFRIQUE
I. Jamais nous n'avons montré de frayeur , jamais nous n'avons craint les persécutions que nous avons eu à souffrir de la part de ceux qui ne voient pas encore la lumière. Quand nous avons adopté notre religion , nous en avons accepté toutes les conditions ; et c'est après avoir fait le oins complet sacrifice de nos vies que nous mar- :hoDS au combat. Nous ne désirons d'autres biens que ceux que Dieu a promis à ses fidèles; nous ne craignons d'autres maux que ceux dont il menace ceux qui [^abandonnent. Toute votre cruauté ne sert qu'à exalter notre constance ; nous courons au devant des supplices; nous aimons mieux être condamnés par vous qu'ab* sous par vous. Si donc nous vous envoyons cette épttre, ce n'est pas que nous craignions pour nous ni pour les nôtres; mais parce que nous craignons pour vous-mêmes et pour tous nos ennemis; car notre loi nonsordonne d'aimer aussi nos ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent : car c'est là la perfection de notre charité qui nous est propre et que les autres hommes ne partagent pas avec nous. Aimer ses amis, cVst ce que font tous les hommes; mais aimer ses ennemis, c'est ce que font les chrétiens seuls. Or comme nous gémissons sur votre ignorance, et quenousavonscompassiondeserreurshumaines, nous qui prévoyons l'avenir et qui étudions les signes qui l'annoncent chaque jour plus menaçant pour vous, nous avons été obligés de prendre ce moyen de vous avertir de bien des choses que vous ne voulez pas que l'on vous dise en face.
II. Nous adorons un seul Dieu. Ce Dieu est celui que la nature vous a tous appris à connaître, celui dont le tonnerre vous effraie, et dont les bienfaits vous r^ouissent. Quant aux autres êtres, que vous appelez aussi des dieux, nous savons que ce ne sont que des démons. Cependant il est de droit naturel et de droit commun que chacun adore qui bon lui semble : la reli-
gion d'un homme n'est ni utile ni nuisible à un autre homme. Mais il n'appartient pas à une religion de faire violence à une autre. Une religion doit être embrassée par conviction et non par force; car les offrandes à la divinité exigent le consentement du cœur. Ainsi, quand même vous nous forceriez de sacrifier dans vos temples , vous n'auriez par là rien gagné pour vos dieux , qui ne doivent pas accepter de sacrifices faits à contre-cœur, à moins que ce ne soit par pur esprit de contradiction , sentiment puéril qu'assurément vous ne voudrez pas attribuer à vos dieux. Le vrai Dieu accorde également ses bienfaits à ses serviteurset à ceux qui le blasphèment. Cest au jour du jugement qu'il distinguera les ingrats d'avec ceux qui se seront montrés reconnaissans. Vous nous appelez sacrilèges , et jamais vous n'avez même pu trouver un simple voleur parmi nous.Yoyez quels sont ceux qui cherchent à s'enrichir desdépouilles de vos temples; ce sout ceux qui jurent par vos dieux et qui les adorent : voilà ceux que vous devez appeler sacrilèges; ce ne sont pas des chrétiens. Il serait trop long de vous rappeler en combien de manières les adorateurs de vos dieux les insultent et les tournent en dérision. On nous accuse aussi de ne pas respecter la mayestéde l'empereur, et pourtant vous n'avez jamais trouvé parmi nous de Gassius , ni d'Albianus,ni de Nigrianus. Ce sont ceux qui la veille encore juraient par le génie de César, qui Pont immolé à leur intérêt ou à leur sûreté; et les plus grands ennemis des chrétiens seront en même temps trouvés être les plus grands ennemis de l'empereur. Le chrétien n'est l'ennemi de personne; etde l'empereur moins que de tout autre, puisqu'ilsaitque l'empereur a étéétabliparDlcu, et qu'il doit l'aimer, le respecter, rhonorer et prier pour son salut et pour celui de l'empire tant que le monde existera. Nous honorons donc Tempcrcur, comme il nous est permis de Tho-
nuiTr, cl comme il doit vouloir èlre honore jni-mèiiie. Nous le rcf^ardons comme un homme dépositaire d'une partie delà puissance de Dieu, (jui a éié établi par Dieu, et qui n'est inférieur qu'à Dieu. L'empereur approuvera un Ici hommage ; car en le faisant inférieur à Dieu seul, nous le mettons au-dessus de tous les hommes et même au-dessus de tous vos dieux qui sont en sa puissance. Nous offrons aussi un sacrifice pour la conservation de l'empereur ; mais c'est à notre Dieu et au sien que nous l'offrons , et ce sacrifice est celui delà prière, ainsi que Dieu nous Ta ordonné. Le Créateur de l'univers n'a pas besoin de la graisse et du sang des victimes; cela est bon pour engraisser les démons. Quant aux démons, non-seulement nous les rejetons loin de nous , mais nous les combattons , nous les poursuivons, nous les chassons du corps des hommes, ainsi que presque tout le monde le sait. Nous ne pouvons mieux prier pour l'empereur qu'en nous adressant au seul Dieu qui puisse prolonger ses jours. Vous devriez d'ailleurs être bien convaincus que nous agissons en tièrement sous l'influence de cette patience divine que noire loi nous commande, et que vous n'avez rien à craindre de nous. Nous sommes presque en majorité dans l'empire, cependant tel est notre silence, telle est notre réserve, que vous ne nous connaissez qu'individuellement ; jamais vous n'avez eu à craindre nos rassemblemens. On ne nous reconnaît des autres citoyens que parce que nous nous sommes corrigés de nos anciens vices. Loin de nous d'ailleurs toute idée de nous révolter contre des souffrances que nous désirons , ou de vouloir nous venger contre vous des persécutions que nous savons venir du ciel et que nous regardons comme des faveurs.
m. Néanmoins nous gémissons , ainsi que je Fai dit plus haut, parce qu'aucune cité ne peut impunément verser à flots le sang chrétien. Dans letempsdujugcHilaranus, le peuple se précipita dans nos cimetières eu criant : a point d'aires pour les sépultures des chrétiens ! » mais ils en furent bien punies, les aires de leurs granges leur devinrent inutiles, car des torrens de pluies détruisirent loutcs leurs moissons. Qui ne vit dans la mauvaise saisfjn de l'année passée la menace d*un nouveau cataclysme en punition de Tiniquité et de l'incrédulité du siècle? Que signi-
TKRTLLLIEN.
fient ces feux que Ton a vus voltiger sur les murs de Carthage? et ces affreux tonnerres qui ont ébranlé la ville? Que ceux là le disent qui les ont vus et entendus. Tous ces météores sont des indices de la colère de Dieu qui menace , et nous devons élever notre faible voix pour l'annoncer, la prêcher et la détourner par nos prières. Cependant ce nouveau déluge ne sera que partiel. Quant à la destruction universelle du monde, le temps viendra où ceux qui ne veulent pas croire seront bien forcés de croire , après avoir méprisé tous ces avertissemens. Lors delà réunion du sénat d*Utique, la lumière du soleil s'obscurcit d' une manière effrayante ; il était impossible que ce terrible phénomène pût être attribué à une éclipse ordinaire vu que le soleil était alors à son apogée ^ Demandez plut6t à vos astrologues. Nous pourrions aussi vous citer des gouverneurs qui à l'heure de la mort se sont repentis d'avoir persécuté les chrétiens. Vîgellius Saturninus, le premier qui ait tiré contre nous l'épée de la persécution , perdit la vue. Claudius Lucius Herminianus, ea Capadoce, irrité de ce que sa femme s'était fait chrétienne, tourmenta et persécuta les chrétiens. Seul dans son prétoire il fut attaqué de la peste et les vers pullulaient sur aoo corps. « Qu'on n'en dise rien, disait-il, de crainte que les chrétiens ne s'en r^ouisscnt. » U recûDout ensuite son erreur, et confessa que les auppUoet n'avaient fait qu'augmenter le nombre des fi* dëles. Enfin il mourut presque chrétien luimême. Cacilius Capella disait, en quittant Byzance ; a les chrétiens vont être bien conlens. sMais ceux qui s'imaginent avoir persécuté impunément, sauront à quoi s'en tenir au joup da jugement. Quant à toi, Scapula, nous désirons sincèrement qu'une seule leçon te suffise; rappelle toi donc ce qui arriva lorsque tu condamnas Âdrymeticus Mavillus k fttre jeté aux bêtes, et comment ta persécution fut interrompue.
IV. Nous ne cherchons pas à t'épouTanler ; car nous ne te craignons pas : mais nous voudrions que tout le monde fût sauvé; c'est pourquoi nous t'avertissons i^i 6topLsx»v« de ne pas lutter contre Dieu. Tu peux l'acquitter des de-
^ Cette éciir>M arriva en Tan 210. T^lle épllrtà pula a été écrite, felou toute vraisemblance, en 217.
A SCAPULA.
de ta charge sans oublier ceux de Thuinacar le glaive est aussi suspendu sur vos . Qu'est-ce que la loi exige de toi? Que (u arones les coupables quand ils avouent , et tu les mettes à la torture quand ils nient crimes. Tu vois donc bien que c'est agir *e la loi que de torturer ceux qui avouent les forcer de nier. Vous reconnaissez donc UNIS sommes innocens puisque vous ne voûtas nous condamner sur notre aveu? En mt nous exterminer, vous faites donc la re à rinnocence. Que de gouverneurs d'ailsévères et même cruels ont essayé d'étouffer Qiques procédures ! Par exemple Gincius rus , qui enseigna lui-même à Thister com- : les chrétiens devraient répondre pour renvoyés absous; Vespronius Gaudidus, affecta de ne regarder un chrétien que ime un homme trop remuant; et se coude lui faire faire amende honorable aux eus; Asper, qui après avoir internée un peu nent un chrétien , le renvoya aussitôt sans *cer de sacrifier aux dieux. U avait dit auant aux avocats et aux assesseurs qu'il était g d'avoir à juger une telle affaire. Pudeus nême l'adresse de glisser dans l'acte isation contre un chrétien qu'on lui ameun chef d'accusation de concussion et ction ; et comme il ne se trouvait point de té- > pour le soutenir, il déclara que, selon la loi, pouvait pas continuer les débats. Ces faits aient te suggérer dans quel esprit tu devrais tu aurais même pour toi les avocats, qui mallurs criailleries , favorisent les chrétiens qui ant souvent fort utiles. Un certain notaire, 2 démon allait pousser à se jeter dans un }ice , fut exorcisé par son client qui était ien. Qui de vous n'a, soit un parent, soit un it, soit un ami de la première distinction e ne parle pas du peuple) qui n'ait été par irétiens délivré des démons on des mala- Sévérus lui-même , père d'Antoninus, eut é se souvenir des chrétiens. Il fit venir un n Proculus, surnommé Torpacion , inten- TEubodée, qui l'avait guéri d'une maladie 'huile sainte; et il le fit nourrir et loger son propre palais jusqu'à sa mort. Or Anus savait fort bien que Proculus avait sucé de la morale chrétienne. Sévérus, qui conlit beaucoup de chevaliers et de dames qui
étaient de notre secte, loin de les tourmenter, porta témoignagne en leur faveur et sut résister â la fureur du peuple irrité contre nous. Pendant l'expédition que Marc-Âurèle fit en Germanie , les prières des soldats chrétiens obtinrent du ciel une pluie abondante lorsque Tarmée manquait d'eau. Les plus grandes sécheresses, on le sait , ont toujours cédé ù nos jeûnes et à nos prières. Alors le peuple chante les louanges du Dieu des dieux, le seul puissant ; et sous le nom de Jupiter, c'est à notre Dieu qu'il rend bornage. Veuillez encore observer qu un chrétien ne renie jamais un dépôt; qu'il ne commet point d'adultère; qu'il protège paternellement les orphelins; qu'il nourrit les indigens, et qu*il ne rend jamais le mal pour le mal. De quoi et pourquoi nous accuse-t-on donc? On nous fait un crime de notre croyance. Mais qui a jamais pu prouver que cette croyance fût un principe d'inceste et de crime ? G'est à cause de notre innocence, de notre probité, de notre justice, de notre pureté de mœurs, de notre bonne foi, c'est à cause du Dieu vivant enfin que Ton nous fait périr dans les flammes. Ni les sacrilèges, ni les ennemis de FÉtat , ni ceux qui sont coupables de lèse-majesté ne sont exposés à de tels supplices. Il y a maintenant un préfet de légion et un gouverneur de Mauritanie qui persécutent les clu*étiens ; mais eux du moins le font avec Tépée seulement, ainsi qu'il a été ordonné dès le commencement. Mais de plus grands combats nous mériteront de plus grandes récompenses. V. Votre cruauté fait notre gloire. Prenez garde seulement qu'ù force de supplices, vous ne nous fassiez lever en masse, non pour vous assaillir, mais pour vous prouver seulement que loinde craindre votre tyrannie, nous l'invoquons. Lorsque Arrius Antonius persécutait leschréticns d'Asie, tous ceux de sa province se réunirent et se portèrent devant son tribunal. U en fit emprisonner quelques-uns, et dit aux autres: «Insensés ! si vous voulez mourir, n y a-t-il pas assez de cordes et de précipices?» h ^£ùot,
et ôftXe^ft àirîôviiaxeiv , xprijxvcu; r. fipo'xcu; ex^'s- Si
nous allions en faire autant , que ferais-tu de tant de milliers d'hommes et de femmes de tout âge et de tout rang? Que de bûchers, que d epées ne te faudrait-il pas? Quelles seront les souffrances de celle Carihap,e que tu veux décimer, quand tes soldais cux-niènies ne trouve^
TERTULLIEN
ronl sous le tranchant de leurs glaives que des amîs ou des parents? Quand ils y trouveront des chevaliers et des dames romaines, nobles comme toi , et peut-être tes plus proches parens et tes amis les plus intimes P Abstiens-toi donc, pour toi-même si ce n'est pour nous , pour Cartha(;e si ce n'est pour toi; épargne cette malheureuse province que la manifestation de tes intentions a déjà mise en butte am concussions d'une avide soldatesque et de tous ses ennemis. Nous n'avons d'autre maître souverain que Dieu.
Celui-là est au-dessus de toi ; il ne peut ni ne veut se cacher; et tu ne peux rien contre lui. Ceux que tu refiles comme tes maîtres sont des hommes comme toi, et mourront comme toi. Mais notre religion ne défaudra jamais; et, tu le sais bien , elle n'est jamaisplus florissante qu'au milieu des persécutions. Car, bien des hommes frappés de notre courageuse constance, se prennent à s'enquérir de la cause d'une si admirable patience, et sitôt qu'ils connaissent la vérité, ils sont des nôtres et marchent dans nos voies.
EXHORTATION A LA CHASTETE
I. Je ne doute pas, mon frère , que depuis la mort de ton épouse , tu n'aies pensé sérieusement à acquérir cette paix de Tàme que tu n'obtiendras qu'en restant désormais veuf. Réfléchis-y bien. Mais quoique sur ce sujet chacun doit s'appuyer sur la confiance qu'il se sent en lui-même , et consulter ses propres forces , comme les exigences de la chair interviennent dans les délibérations de l'esprit et résistent à la foi , celle-ci a besoin des conseils d'un autre qui lui serve comme d'avocat contre la chair. Car la chair peut être vaincue par l'esprit , si celui-ci s'applique à suivre la volonté de Dieu plutôt que sa propre faiblesse. On ne sera point glorifié par une audacieuse complaisance pour la chair; on ne peut l'être que par l'obéissance à la volonté. « La volonté de Dieu est notre sanctificalion.o Car il veut que celui qu'il a fait à .son image «devienne tout-à-fait semblable à lui et que nous soyons saints comme il est saint. » Il a établi plusieurs degrés de sanctification, afin que nous puissions tous y prendre part. Le premier degré est celui de la virginité conservée depuis la naissance. La seconde virginité après le baptême, est celle qui nous purifie dans rétat du mariage par une .séparation volontaire entre époux, ou qui conserve notre chasteté en nous faisant pei^vérer dans le célibat. Kufin, le troisième degré est celui delà
monogamie, qui nous feit renoncer ao sexe aprét la mort de notre première épouse. Le premier bonheur, la première virginité est de ne pas connaître ce que plus tard peut-être on regrettera d'avoir connu. Le second degré est de mépriser ce que l'on ne connaît que trop bien. La dernière espèce est encore digne de quelque louange , puisque la modération compte parmi les vertus. C'est être modéré que de ne pas regretter ce qui nous a été enlevé , et aorloat enlevé par Notre-Seigneur Dieu sans la vokMité duquel une feuille ne saurait se détadier de m arbre , a ni le plus petit passerean tomber I terre.»
II. ^Test-ce pas là en effet le langage de h modestie et de la noodération : «Dlea ne fi donné. Dieu me l'a ôté;» qu'il aoit fiiit aohnt sa volonté. Si au contraire nous convoiona I de nouvelles noces , nous agissons contre In voknté de Dieu , en voulant avoir une seconde tak et qu'il nous a ôté ; car, s'il avait voulu que nom continuassion dans le mariage , il noua anrvt laissé notre première fiemme ; à moins qoe nooi ne prétendions que Dieu veuille de nouveau ce qu'il avait cessé de vouloir. Une ftd sinetre et bien fondée ne doit point ainsi tout rapporter indistinctement à la volonté divine. Chacun cherche ainsi à se flatter en disant que rien ne peut se faire sans sa volonté , oomme ail nY
EXHORTATION A LA CHASTETÉ
.'ivnîi Plis aussi une volonté en nous. Ce serait en vOrité une excuse Fort commode pour tous nos péchés, si nous prétendions qu'ils ne peuvent se faire sans la volonté de Dieu. Gela serait déliuire toute loi, toute discipline; je dis même (|n<* ce serait détruire Dieu lui-même que dédire (firil fait par sa propre volonté des choses qu'il ne veut pas. Gomment en effet pourrait-il défendre, sous peine du Feu étemel, des choses qull veut? Assurément, lorsqu'il défend une chose , c'est que cette chose l'offense et qu'il ne veut pas qu'elle se fasse. De même aussi il ordonne ce qu'il veut , et quand nous Taocomplissons, il nous accueille et nous récompense en nous donnant la vie étemelle. Lors donc que nous avons appris ce qu*il veut, et ce qu'il ne veut pas, nous avons la liberté de vouloir l'un ou l'autre, ainsi qu'il est écrit : «Voilà, j'ai placé devant toi le bien et le mal. Tu as (çotiié le fruit de l'arbre de la science. » Nous ne devons donc pas rapporter à la volonté de Dieu ce qui est laissé à notre libre arbitre; car il veut que nous soyons bons , lui qui ne peut vouloir le mal ; et c^est notre propre volonté qui veut, quand nous voulons le mal contre la volonté de Dieu qui ne veut que le bien. Je dis que cette volonté est en nous-mêmes, car il faut bien que nous ressemblions à notre premier père. Or Adam , le premier des hommes et des pécheurs, a voulu, puisqu'il a péché. En effet, le diable ne lui a pas imposé la volonté de pécher, il lui en a seulement fbumi le sujet. La volonté de Dieu était qu'Adam lui obéit librement. Il en est de même de toi. Dieu t'a donné un libre arbitre, c'est-à*-dire la liberté de vouloir; puis il te laisse faire même ce qui lui déplaît; si tu lui désobéis, tu deviens l'esclave du démon qui t'a vaincu. Le diable veut que tu veuilles ce que Dieu ne veut pas; mais il ne peut pas foire que tu le veuilles, puisqu^il ne put forcer les premiers mortels à vouloir malgré eux ce qui était mal. S'ils consentirent, ce ne fut point non plus par ignorance , ils connaissaient bien la volonté de Dieu, qui ne voulait pas assurément qu'on fit ce qu'il avait défendu sous peine de mort. Tout ce que peut le démon, c'est de modifier la volonté qui est en toi. Sitôt que tu lui cèdes, tu deviens son sujet, non qu'il ait mis en toi une volonté, mais parce qu'il s'est emparé de la volonté qui est en toi. Donc nous sommes libres de vouloir ou de
ne pas vouloir; et c'est i l'âme de montrer, à la f^ce de son Dieu , si sa volonté s'accorde avec la sienne.
IIF. Je soutiens donc qu'il Faut étudier avec soin quelle est la volonté de Dieu ; et non-seulement sa volonté manifestée que nous connaissons tous , mais encore sa volonté secrète. Gar il y a des choses qui au premier abord paraissent s'accorder avec la volonté de Dieu , parce qu'il les permet; mais ce qui n'est que permis n'indique pas suffisamment la volonté de celui qui permet. Une permission tient à l'indulgence et non à la volonté. Sans doute la permission ne se donne pas sans la participation de la volonté , mais c'est une volonté influencée par une cause particulière qui la force, pour ainsi dire, de permettre ce qu'elle ne recommanderait pasi Étudiez donc la volonté divine en elle-même , et éludiez les causes qui ont pu la faire dévier en telle ou telle circonstance. Ge que Dieu veut, ce n'est pas ce que son indulgence nous permet; c'est ce que sa loi nous ordonne. S'il permet quelque chose , il indique par cela même qu'il en préfère une autre; or n'est-il pas évident que nous devons faire ce qu'il préfère plutôt que ce qu1l permet? En nous montrant ce qu'il aime mieux, nenous dissuade-t-il pas de ce qu'il aime moins? En nous Faisant connaître ce qu'il permet et ce qu'il préfère, ne t'engage- t-il pas à suivre la voie que tu dois préférer pour lui ressembler? Donc puisqu'il t'a clairement indiqué ce qu'il aime mieux et ce qu'il aime moins, si tu ne fais pas ce qu'il préfère , tu agis contre sa volonté et tu l'offenses, ce qui n'est pas le moyen d'être sanctifié ; car en faisant ce qu'il permet, et en rejetant ce qu'il veut, tu pèches en partie et tu ne seras pas de ses élus. Or, ne point vouloir être sanctifié, c'est pécher. Si donc un second mariage n'est autorisé que par cette volonté divine qui est influencée et comme forcée par TinduU gence, nous disons que ce n'est point là une volonté pure , puisqu'elle a cédé à une cause qui recommandait l'indulgence. Or à ce second mariage est préférée la continence, et il est évident qu'une chose meilleure ne peut pas être préférée à une chose meilleure. J'ai posé ces prémisses, pour parler maintenant avec l'apôtre On ne me taxera pas d'impiété si je dis que lui-même nous a appris à préférer la continence. Je ferai d'abord observer que toute cette indulgence
TERTULLIEN
qu'il montre pour les seconds mariages vient de la raison humaine et non de Tesprit saint dont il n'est pas inspiré au moment où il écrit ce passage. Car quand il a dit aux veufs de se remarier s'ils ne peuvent garder la continence , parce qu'il vaut mieux se remarier que de brûler, il prend aussitôt un autre sujet et ajoute : a Quant aux hommes mariés, je leur annonce, non pas moi, mais le Seigneur, que, etc.» Il indique suffisamment que plus haut il parlait d'après lui-même et au nom du Seigneur, quand il disait : a 11 vaut mieux se marier que de brûler. » Cette parole regarde ceux qui sont déjà mariés et ceux qui voudraient l'être. Examinons cependant un peu quel est ce prétendu bien qui n'est bien que parce qu'il est meilleur qu^un terrible châtiment, et qui ne peut paraître bon que lorsqu'on le compare à ce qu'il y a de pire. Car le mariage n'est bon que parce que le feu est pire. Or je dis qu'on ne doit appeler bon que ce qui mérite cette épithète sans qu'il soit. nécessaire de la justifier, par une comparaison. Loin d'être comparé à quelque chose de mauvais, le bien ne doit pas même se comparer au bien, qui ne ferait que diminuer son écht , sans cependant le faire cesser d'être bon. Mais si une chose n'est déclarée bonne que par une comparaison avec une mauvaise, jesoutiens qu'elle n'est qu'un mal moindre qui parait bonâ côté d'un mal plus grand.;Gar peut-on retrancher le termede la comparaison et dire seulement : a H vaut mieux se marier, 0 sans dire à quoi le mariage est préférable? Puisque l'on ne peut pas dire simplement «le mariage est meilleur,» on ne doit pas non plus dire : «le mariage est bon,» en supprimant la chose la plus mauvaise qui a fait paraître le mariage bon ou meilleur par comparaison seulement. Lors donc que l'on dit : «Il vaut mieux se marier que de brûler,» c'est comme si l'on disait : « il vaut mieux être borgne qu'aveugle. » Certes, à part la comparaison, on ne pourrait pas dire : < il est meilleur ou il est bon d'être borgne. » Qu'on ne s'autorise donc pas sur ce texte, qui ne regarde d'ailleurs que ceux qui sont mariés et ceux qui sont encore célibataires ; et encore ceux-ci devraient bien foire attention à ce qui rend le mariage meilleur.
IV. Nous savons bien que le même apôtre « dit sur le second mariage : « Si tu as perdu ta femme , n'en cherche pas une autre ; si néan-
moins tu en as pris une seconde , tu ne Fabandonneras pas; tu t'es remarié, tu n'es pas en faute. » Mais dans ce passage, c'est encore lui qui |)arle, et non l'esprit qui parle par sa bouche ; car il y a bien de la difiëreiiGe entre le précepte de Dieu et le conseil d'un homme. «Je n'ai pas, dit-il, le précepte de Dieu ; mais je donne un conseil. » Cest qu'en effet ni dans l'Êvangile ni dans les épltres mêmes de Paul , on ne trouve le précepte d'abandonner sa femme. D'où il faut conclure quece qui n'a jamaisélé permispar le Seigneur doit être regardé comme défendu. Néanmoins après ce conseil qu'il semble avoir donné comme par distraction , il se reprend aussitôt et ajoute : < Mais ceux-là seront opprimés selon la chair.» Tout en leur pardonnant, il dit que la fin des temps approche, et ique ceux qui sont mariés ctevraient agir comme s'ils ne l'étaient pas.» En disant ainsi «qu'il est â propos de ne pas se marier, » il dissuade de ce qu'il avait permis plus haut ; et œia en parlant même du premier mariage ; à plus fbrte raison du second. Et lorsqu'il nous exhorte à suivre son exemple , il nous indique clairement ce qu'il désire que nous fassions, et ee dont il veut que nous nous abstenions. Ce qu'il ne veut pia, il ne le permet ni volontairement ni adon la vérité ; car s'il le voulait « il ne le permettrait pas, il le commanderait Mais void ce quil dit plus loin : «Une femme après la mort de son mari, peut se remarier, si elle le veut, oiais aculcnent dans le Seigneur. Mais elle sera phia benreuse si elle persévère suivant mcm conidl; car je pense et l'esprit de Dieu est en mm.» Nous voyons donc là deux avis différent. In par lequel il permet de se remarier , et Tauiit par lequel il recommande la oontioence. LtfMl faut-il croire, direx-voua? Regardez et Usa. Quand il permet , il n'émet que ra?ia tf on homme prudent ; mais quand il défend , fl le dit lui-même soua l'inspiration de l'Eqnit-SaiBt Suivez donc , de ces deux avis, cdni qui est divin. Il y a des fidèles qui ont aussi en eux Faprit de Dieu, mais tous les fidHea neaontpaa des apôtres. Après avoir dit • qu'il est fidèle,»! syoute «que l'esprit de Dien est en lui,» ce diant on ne pouvait douter, puisqu'il était Adèle ; il ajoute cela pour reprendre sa dignité e autorité d'apôtre. Parce que l'esprit était flm particulièrement le don des apôlrea qui k
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nifcstaîcnt par leurs prophéties, leurs miracles et leurs prédications , ils le possédaient donc à un plus haut degfré que les autres fidèles. Il s'est donc particulièrement appuyé sur fautorité du Saint-Esprit pour nous commander ce qu'il préfère que nous fassions; et à cause de la majesté de TEsprit-Saint, ce n'est plus un conseil , c'est un précepte.
V. Je vais parler maintenant de la loi du mariage en elle-même. L'origine du genre humain Ta sanctionnée , en paontrant ce que Dieu a établi dès le commencement pour servir de règle à toute la postérité d'Adam. Quand Dieu eut fait rhomme, il trouva bon de lui donner une compagne. D'une de ses c6tes, il lui fit une femme. Or comme assurément la matière ne manquait pas, puisque Adam avait plus d'une côte , et que d ailleurs les mains de Dieu étaient infatigables, il aurait bien pu lui foire plusieurs femmes s il eût voulu; mais il ne le fit pas; et Adam fils de Dieu , et Eve fille de Dieu , se marièrent et durent se suffire l'un à Tautrc. Ils ont ainsi établi la loi du mariage. «Ils seront deux dans une chair,» dit Dieu. Donc ils ne seront ni trois, ni quatre. Or on sera une chair^et deux dans une chair, si Ton se marie une fois; mais si on renouvelle cette union deux fois ou plus souvent, la chair cessera d'être une, et l'on sera trois ou davantage dans une chair. Une autre considération , c'est que l'apôtre a interprété ce passage : < ils seront deux dans une seule chair; 9 et qu'il l'a appliqué à l'union du Christ avec son Église. Or le Christ est un, et son Église est une. Nous devons voir dans cette explication un nouveau motif de nous en tenir à un seul mariage , puisque notre père Adam n'a contracté qu'une union selon la chair, et que le Christ n'en a contracté qu'une selon l'esprit. La monogamie a présidé à notre renaissance spirituelle comme à notre naissance charnelle. Quiconque sortdela monogamie dégénère des deux manières. Le premier polygame fut un homme maudit. Ce fut Lamech qui en épousant deux femmes fit trois êtres en une seule chair.
YI. «Mais, dira-t-on, les bienheureux |)atriardies non - seulement eurent plusieurs femmes , maïs ils prirent même encore des concubines. Il doit donc aussi nous être permis de nous marier pbn» d'une fois. «Ohl oui sans doute, s'il doit irenir encore entre Dieu et son peuple quelque I
nouvelle alliance dont ces mariages puissent être la figure; oui, si nous sommes encore sous l'ancienne loi qui disait : «Croissez et multipliez;! oui , si une nouvelle révélation n'est pas venue nous dire : «La fin des temps approche, arrêtez-vous, et que ceux qui ont des femmes agissent comme slls n'en avaient pas. » En recommandant la continence , et en mettant un frein à la multiplicité des mariages qui tendait à peupler le monde , il est évident que TÉvangile a aboU l'ancienne loi qui disait : «Croissez et multipliez. » Et pourtant ces deux lois en apparence contradictoires , émanent du même Dieu qui voulut d'abord que l'espèce humaine s'accrôt,etqui dans ce but lui lâcha les rênes, jusqu'à ce que le monde fût rempli et que Tespèce humaine fût assez nombreuse pour devenir le sujet d'une nouvelle discipline. Maintenant donc que nous approchons de la fin des temps , Dieu a rappelé la permission qu'il avait donnée; il a donc eu raison de permettre dans les commencemens ce qu'il a eu raison de restreindre depuis. 11 en est toujours ainsi ; les commencemens sont plus relâchés , et la fin plus serrée. Dieu a fait comme celui qui plante une forêt d'arbres avec l'intention de l'abattre en son temps. L'ancienne loi avait pour but la plantation de celte fbrêt à laquelle le nouvel Évangile < a mis la hache jusque dans les racines.» Il en est ainsi de bien d'autres articles qui ont été abrogés ; autrefois on disait : «œil pour œil et dent pour dent;» mais à présent il est défendu de rendre le mal pour le mal. Il me semble que même par les législations humaines, il est reconnu qu'une nouvelle loi en abroge toujours une ancienne.
VU. Pourquoi ne cherchons-nous pas plutôt dans l'Ancien Testament ces règlemens qui s'accordent avec les nôtres et dont la forme antique a trouvé sa place dans le cadre nouvea u .^ Je vois que dans ces anciens temps il a été souvent mis un frein à la licence trop effrénée des mariages. Il est dit dans le Lévitique : «Mes prêtres ne se marient pas à plusieurs.» Or, s'ils ne se mariaient pas à plusieurs , c'est qu'ils ne se mariaient qu'une fois. Car qu'est-ce que plusieurs ? C'est ce qui est plus d'une fois. Ce qui n'est pas l'unité , c'est le nombre : après l'unité commence le nombre. Mais il était encore réservé au Christ, en cela comme en tant d'autres choses, d'accomplir, c'est-à-dire de compléter la loi. C'est pour-
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qu'il montre pour les seconds mariages vient de la raison humaine et non de Fesprit saint dont il n'est pas inspiré au moment où il écrit ce pass^Qe. Car quand il a dit aux veufe de se remarier s'ils ne peuvent garder la continence , parce qu'il vaut mieux se remarier que de brûler, il prend aussitôt un autre si^et et ajoute : «Quant aux hommes mariés, je leur annonce, non pas moi , mais le Seigneur, que , etc. » Il indique suffisamment que plus haut il parlait d'après lui-même et au nom du Seigneur, quand il disait : a II vaut mieux se marier que de brûler. » Celte parole regarde ceux qui sont d<^à mariés et ceux qui voudraient Tëlre. Examinons cependant un peu quel est ce prétendu bien qui n'est bien que parce qu'il est meilleur qu'un terrible châtiment, et qui ne peut paraître bon que lorsqu'on le compare à ce qu'il y a de pire. Car le mariage n'est bon que parce que le feu est pire. Or je dis qu'on ne doit appeler bon que ce qui mérite cette épithète sans qu'il soit. nécessaire de la justifier, par une comparaison. Loin d'être comparé à quelque chose de mauvais, le bien ne doit pas même se comparer au bien, qui ne ferait que diminuer son écht , sans cependant le faire cesser d'être bon. Mais si une chose n'est déclarée bonne que par une comparaison avec une mauvaise, jesoutiensqu'elle n'est qu'un mal moindre qui parait bonâ côté d'un mal plus grand.;Gar peut-on retrancher le termede la comparaison et dire seulement : a H vaut mieux se marier, 0 sans dire à quoi le mariage est préférable ? Puisque l'on ne peut pas d ire simplement a le mariage est meilleur, son ne doit pas non plus dire : «le mariage est bon,» en supprimant la chose la plus mauvaise qui a fait paraître le mariage bon ou meilleur par comparaison seulement. Lors donc que l'on dit : «Il vaut mieux se marier que de brûler,! c'est comme si l'on disait : «il vaut mieux être borgne qu'aveugle.! Certes, à part la comparaison, on ne pourrait pas dire : « il est meilleur ou il est bon d'être borgne. » Qu'on ne s'autorise donc pas sur ce texte, qui ne regarde d'ailleurs que ceux qui sont mariés et ceux qui sont encore célibataires ; et encore ceux-ci devraient bien foire attention è ce qui rend le mariage meilleur.
IV. Nous savons bien que le même apôtre a dit sur le second mariage : « Si tu as perdu ta femme , n'en cherche pas une autre ; si néan-
moins tu en as pris une seconde, tu ne Fabandonneras pas; tu t'es remarié, tu n'es pas en faute. » Mais dans ce passage , c'est encore lui qui |)arle, et non l'esprit qui parle par sa bouche ; car il y a bien de la différeiice entre le précepte de Dieu et le conseil d'un homme. «Je n'ai pas, dit-il, le précepte de Dieu ; mais je donne un conseil. > C'est qu'en effet ni dans l'Ëvangile ni dans les épltres mêmes de Paul , on ne trouve le précepte d'abandonner sa femme. D'où il faut conclure que ce qui n'a jamais élé permis par le Seigneur doit être regardé comme défendu. Néanmoins après ce conseil qu'il semble avoir donné comme par distraction , il se reprend aussitôt et ajoute : « Mais ceux-là seront opprimés selon la chair.» Tout en leur pardonnant, il dit que la fin des temps approche, et «que ceux qui sont mariés devraient agir comme s'ils ne l'étaient pas.» En disant ainsi «qu'il est à propos de ne pas se marier, i il dissuade de ce qu'il avait permis plus haut ; et cela en parlant même du premier mariage ; à plus fbrte raison du second. Et lorsqu'il nous exhorte à suivre son exemple , il nous hidique clairement ce qu'il désire que nous fassions, et ee dont H veut que nous nous abstenions. Ce qu'il ne vent pia, il ne le permet ni volontairement ni adon la vérité ; car s'il le voulait « il ne le permettrait pas, il le commanderait Mais voici ce quil dit plus loio : «Une femme après la mort de son mari, peut se remarier, si elle le veut, mais •eulcment dans le Seigneur. Mais elle aéra plot benreuse si elle persévère suivant mon coomU; car je pense et l'esprit de Dieu est en moi.» Nous voyons donc U deux avis dlfléraia. In par lequel il permet de ae remarier , et rauw par lequel il recommande U oontioenoe. LtfMl faut-il croire, direit-voua? Regardez et Usa. Quand il permet , il n'émet que ra?ia tf on homme prudent ; mais quand il défieiid , fl le dit lui-même sous l'inspiration de l'Eaprit-Saiat Suivez donc, de ces deux avis, cdoi qui est divin. Il y a des fidèles qui ont aussi en eu rcaprit de Dieu , mais tous les fidHea ne eoot paa des apôtres. Apris avoir dit «qu'il est fldfele,»il syoute «que l'esprit de Dien est en luifice dhsnt on ne pouvait douter, puisqu'il teit Adèle ; il ajoute cela pour reprendre sa dignilé et autorité d'apôtre. Parce que l'esprit était flm particulièrement le don des apôlrea qui k
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nifcstaient par leurs prophéties, leurs miracles et leurs prédications , ils le possédaient donc à un plus haut degré que les autres fidèles. Il s'est donc particulièrement appuyé sur Tautorité du Saint-Esprit pour nous commander ce qu'il préfère que nous fassions; et à cause de la majesté de TEsprit-Saint, ce n'est plus un conseil , c'est un précepte.
V. Je vais parler maintenant de la loi du mariage en elle-même. L'origine du genre humain Ta sanctionnée, en paontrant ce que Dieu a établi dès le commencement pour servir de règle à toute la postérité d'Adam. Quand Dieu eut fait rhomme, il trouva bon de lui donner une compagne. D*unc de ses c6tes, il lui fit une femme. Or comme assurément la matière ne manquait pas, puisque Adam avait plus d'une côte , et (juc d'ailleurs les mains de Dieu étaient infatigables, il aurait bien pu lui faire plusieurs femmes s'il eût voulu; mais il ne le fit pas; et Adam fils de Dieu , et Eve fille de Dieu, se marièrent et durent se suffire l'un à l'autre. Ils ont ainsi établi la loi du mariage. «Us seront deux dans une chair,» dit Dieu. Donc ils ne seront ni trois, ni quatre. Or on sera une chair, et deux dans une chair, si Ton se marie une fois; mais si on renouvelle celte union deux fois ou plus souvent, la chair cessera d*ètre une, et l'on sera trois ou davantage dans une chair. Une autre considération , c'est que l'apôtre a interprété ce passage : « ils seront deux dans une seule cliair;»et qu'il l'a appliqué à l'union du Christ avec son Église. Or le Christ est un, et son Église est une. Nous devons voir dans cette explication un nouveau motif de nous en tenir à un seul mariage , puisque notre père Adam n'a contracté qu'une union selon la chair, et que le Christ n'en a contracté qu'une selon l'esprit. La juonogamie a présidé à notre renaissance spirituelle comme à notre naissance charnelle. Quiconque sort de la monogamie dégénère des deux manières. Le premier polygame fut un homme maudit. Ce fut Lamech qui en épousant deux femmes fit trois êtres en une seule chair.
YI. «Mais, dira-t-on, les bienheureux {mtriarcbes non - seulement eurent plusieurs femmes , mais ils prirent même encore des concubines. Il doit donc aussi nous être permis de nous marier |»ias d'une fois. «Ohl oui sans doute, s'il doit ^enir encore entre Dieu et son peuple quelque I
nouvelle alliance dont ces mariages puissent être la figure; oui, si nous sommes encore sous l'ancienne loi qui disait : a Croissez et multipliez;! oui , si une nouvelle révélation n'est pas venue nous dire '.«La fin des temps approche, arrêtez-vous, et que ceux qui ont des femmes agissent comme s'ils n'en avaient pas. » En recommandant la continence , et en mettant un frein à la multiplicité des mariages qui tendait à peupler le monde , il est évident que TÉvangile a aboU l'ancienne loi qui disait: a Croissez et multipliez. > Et pourtant ces deux lois en apparence contradictoû*es , émanent du même Dieu qui voulut d'abord que l'espèce humaine s'accrût, et qui dans ce but lui lâcha les rênes,jusqu'à ce que le monde fût rempli et que l'espèce humaine fût assez nombreuse pour devenir le sujet d'une nouvelle discipline. Maintenant donc que nous approchons de la fin des temps , Dieu a rappelé la permission qu'il avait donnée; il a donc eu raison de permettre dans les commencemens ce qu'il a eu raison de restreindre depuis. 11 en est toujours ainsi ; les commencemens sont plus relâchés , et la fin plus serrée. Dieu a fait comme celui qui plante une forêt d'arbres avec l'intention de l'abattre en son temps. L'ancienne loi avait pour but la plantation de celte forêt à laquelle le nouvel Évangile a a mis la hache jusque dans les racines.» Il en est ainsi de bien d'autres articles qui ont été abrogés ; autrefois on disait : c œil pour œil et dent pour dent;» mais à présent il est défendu de rendre le mal pour le mal. Il me semble que même par les législations humaines, il est reconnu qu'une nouvelle loi en abroge toujours une ancienne.
VU. Pourquoi ne cherchons-nous pas plutôt dans l'Ancien Testament ces règlemens qui s'accordent avec les nôtres et dont la forme antique a trouvé sa place dans le cadre nouveau ? Je vois (|uc dans ces anciens temps il a été souvent mis un frein à la licence trop effrénée des mariages. Il est dit dans le Lévitique : «Mes prêtres ne se marient pas à plusieurs.» Or, s'ils ne se mariaient pas i plusieurs , c'est qu'ils ne se mariaient qu'une fois. Car qu'est-ce que plusieurs ? C'est ce qui est plus d'une fois. Ce qui n'est pas l'unité , c'est le nombre: après l'unité commence le nombre. Mais il était encore réservé au Christ, en cela comme en tant d'autres choses, d'accomplir, c'est-à-dire de compléter la loi. C'est pour-
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quoi chez les clirélîcns, il est enjoint plus clairement et plus strictement aux prêtres de ne pouvoir épouser qu'une femme. C'est au point que, à ma connaissance, quelques-uns qui en avaient eu deux, ont été rejetés du sacerdoce. Vous direz peut-être : «cela est donc permis aux autres fîdèles puisque cela est défendu aux prêtres par exception. » C'est une grande folie de croire qu'il soit permis aux laïques de faire ce qui est défendu aux prêtres. Est-ce que nous ne sommes pas tous prêtres P N'est-il pas écrit que le Christ a nous a fait les serviteurs et les prêtres de son père?» C'est l'autorité de l'Église qui a établi une démarcation entre l'ordre des prêtres et celui des laïques. Mais la condition essentielle du sacerdoce de Dieu n'est-elle pas en toi? Ne fais- tu pas l'offrande du sacrifice? n'as-lu pas le droit de baptiser ? Tu es prêtre, quand tu ne le serais que pour toi. Là où trois fidèles sont rassemblés , fussent-ils laïques , il y a une Église; parce que chacun «est vivifié par sa propre foi » et que «Dieu ne fait aucune acception de personnes. » C'est pourquoi vous ne seriez point justifiés comme sujets de l'Église , mais comme membres de l'Église. Si donc tu possèdes en toi le droit du sacerdoce que tu peux exercer au besoin , tu es soumis aussi à la loi du sacerdoce. Tu oses baptiser et offrir le sacrifice après avoir épousé deux femmes ? Ne sera-ce pas un plus grand crime dans un laïque de remplir ainsi des fonctions sacerdotales, quand il est défendu même aux prêtres de le faire s'ils ont eu deux femmes ?« Mais, direz-vous, on excuse cela dans les cas de nécessité. » Sachez donc qu'on ne peut appeler nécessité, ce qui pourrait ne pas être. N'épousez pas deux femmes, et vous ne vous trouverez jamais dans la nécessité de violer la loi des fonctions ecclésiastiques. Dieu veut que nous soyons toujours disposés à nous approcher de ses sacremens. Il n'y a qu'un Dieu , une foi , une loi. Si les laïques , du milieu desquels on choisit les prêtres ne se soumettent pas aux conditions du sacerdoce, comment pourra-t-on trouver des prêtres quand on en aura oesoin ? Nous devons donc f^ire en sorte que les laïques ne se marient pas deux fois , puisque nous ne pouvons faire un prêtre que d'un laïque qui ne se soit marié qu'une fois.
Mil. Qu'on se marie donc, si tout ce qui est permis est bon , malgré ce que dit l'apôtre :
«Tout est permis; mais tout ne tend pas au salut.» Dilcs-moi, peut-on appeler bon ce qoi n'est pas utile ? Si ce qui n'est pas utile au salut peut être permis, il s'en suit que des choses qoi ne sont pas bonnes peuvent être permises. Or que devez-vous préférer de ce que vous regardez comme bon parce qu'il est permis , ou de ce qui est bon en soi parce qu'il est utile? U y a loin de la liberté au salut. On ne parle pas de ce qui est bon , parce qu'il doit être embrassé sans qu'il soit besoin d'une permission. Mais on permet ce dont la bonté est douteuse , ce que l'on pourrait ne pas permettre, surtout sMl n'existait quelque circonstance particulière qui justifiât la permission. C'est pour obvier au danger de l'incontinence , que les secondes noces ont été permises. C'est aussi en laissant aux fidèles le choix d'une chose moins bonne en soi , que Dieu les éprouve, et sépare ceux qui ne veulent obéir qu'à sa volonté d'avec ceux qui cèdent i leurs passions , et pour connaître ceux qui cherchent l'utile et ceux qui cherchent Tagréable, ceux qui veulent ce qui platt à Dieu et ceux qui n'aiment que ce qui leur pltlt à eux-mêmes. I^ liberté est la pierre de touche de Tobéissance , parce que l'obéissance est éprouvée par la tentation, et que la tentation s'appuie sur la liberté. Voilà pourquoi tant de choses sont permises qui ne sont pas bonnes et utiles. Celui qui est libre est tenté ; et celui qui est tenté est soumis sa jugement de Dieu. Les apôtres avaient la per^ mission de se marier et d'emmener leurs fenuMi avec eux par le monde. Il leur était permis de vivre de l'Évangile. Mais celai qui ne vooist point user de cette permission noiis engage I suivre son exemple , en nous montrant que cette liberté n'est qu'une épreuve , qu'il a M loorner au profit de la continence.
IX. Si nous examinons bien le sens prataid de ces paroles , nous trouverons que le mantge n'est guère qu'une fbmication tolérée. Gur quand il dit que les époux cherchent à 8*entre-plaiic, il ne veut pas dire qu'ils veulent s^entreîihire par la pureté de leurs mceurs (ce qu'asaortecat il n'aurait pas blâmé); mais il vent parler de h toilette, des ornemens, et en général detoai les petits moyens par lesquels les époux ciM^ chent à s'exciter mutuellement aux actea les ptai voluptueux. Or le désir de plaire par Textéricv est l'essence même de la concnpisoenoecliarode
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qui est elle-même la cause de la fornication. Le mariage n'est-il pas analogue â la fornication , n*a-t-il pas pour but la satisfaction des mêmes désirs? Le Seigneur a dit lui-même '.«Quiconque a jeté sur une femme un regard de concupiscence, est d^à coupable de fornication dans son cœur. » Or celui qui recherche une femme en mariage iait-il autre chose? Qu'importe qu'il réponse ensuite? Faurail-il même épousée, s'il ne reùt d'abord régardée avec concupiscence? à moins que Ton épouse une femme que l'on n'k ni vue ni désirée. 11 importe beaucoup à la conscience du mari de n'avoir point avant son mariage désiré de femme étrangère; or avant le mariage, toutes les femmes sont étrangères, de sorte qu'une femme ne devient mariée qu'àprôs avoir été adultère. Les lois semblent faire une différence entre le mariage et la fornication, mais celte différence ne porte que sur la permission donnée ou refusée , elle ne porte pas sur la chose en elle-même. Cela regarde les hommes comme les femmes. Le mariage et la fornication sont tous deux une union et un mélange charnel dont le simple désir a été appelé fornication par le Seigneur. « Mais, me dira-t-on,vous prouvez trop, car vous attaquez même les premières noces.» Sans doute, je les attaque, et ce n'est pas à tort , puis qu'elles sont aussi fondées sur le désir, et que le désir est une fornication. Ce qu'il y a de mieux pour un homme, c'est de se tenir éloigné du sexe , et voilà pourquoi la virginité a un si grand mérite parce qu'elle est exempte même de ce qui ressemble à la fornication. Et puisque ces considérations forment déjà de puissantes objections contre les premiers mariages, quelle force n'ont-elles pas contre les seconds et les troisièmes? Soyez au moins reconnaissans de ce que Dieu vous a permis de vous marier une fois ; et montrez votre reconnaissance en sachant bien qu'il ne vous a pas permis de le fisiire une seconde. Ce serait abuser de la permission que d'en user sans modestie, c'est-à-dire sans modération; car ces deux mots sont de même origine. Ne te sufBtil pas d'être descendu du faite de la virginité au second rang de la chasteté, et faut-îl encore que lu t'abaisses jusqu'au troisième ou au quatrième ilc{]Té? Tu ne saurais t'arrêtcr à un mariage? mais il n'y aura plus de bornes pour toi, car celui ([ui réprouve ceux qui se marient deux fois.
n'a pas jugé à propos de défendre un nombre illimité de mariages. Marions-nous donc tous les jours , jusqu'à ce qu'enfin nous soyons surpris, par le jugement, comme Sodome et Gomorrhe. Alors sera accomplie cette malédiction lancée sur les entrailles qui auront conçu et sur les mamelles qui nourriront; c'est-à-dire sur les maris et les fomicateurs qui fécondent le sein des femmes, remplissent leurs mamelles et procréent les enfans. Et quand cessera-t-on de se marier? Apparenmient quand on aura cessé de vivre.
X. Renonçons donc aux choses chamelles et occupons-nous un peir plus des choses spirituelles. Saisis, mon frère, cette occasion que tu n'as pas désirée , mais qui se présente à propos, d'être quitte de toute obligation terrestre. Tu n'es plus débiteur! Heureux, toi qui as perdu ta femme ! cette perte devient pour toi un gain. Tu es à même maintenant d'édifier par la continence le grand œuvre de la sainteté. En fiaisant des économies sur la chair , tu enrichiras ton esprit. Examinons bien en nous-mêmes combien l'homme se rapproche de la nature spirituelle quand le hasard la délivré de sa femme : il sa sent comme un homme tout nouveau. S'il fait ses oraisons , il lui semble qu'il est plus près du ciel; il passe les nuits à méditer l'Écriture sainte ; il est tout à la divine parole; s'il chante un psaume, il sent son cœur rempli de béatitude; s'il défie le démon , il a confiance en lui-même. L'apôtre nous recommande les ablutions corporelles comme donnant plus de mérite à la prière; c'est pour apprendre que la pureté du cœur est néce^ire et que nous devons nous purifier souvent. À toute heure, à tout moment, la prière est nécessaire et par conséquent aussi la pureté qui doit précéder la prière. L'oraison part de l'àme ; si donc Tàme a sujet de rougir, Toraison sera honteuse et timide. C'est l'Esprit-Saint qui porte la prière vers Dieu. Si l'esprit voit la honte de Tâme, conmient osera- t-il prendre sa prière et l'enlever au ciel? Ce ministre saint ne sera-til pas tout couvert de la rougeur de l'àme ? Cette parole de l'Ancien Testament est une véritable prophétie : « Nous serons saints, parce que Dieu est saint ; » et plus loin : «Avec Thomme saint, lu seras sanctifié; avec le juste, tu seras justifié; avec Télu, tu seras élu.» Nous devons entrer dans Tesprit de la loi divine d'une
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manière qui soit di|;nc du Seigneur, et non selon les ardentes concupiscences de la chair. Gela est d'accord avec ce que dit Tapôtrc : «La sagesse selon la chair, c'est la mort ; mais la sagesse selon Fesprit, c'est la vie éternelle en Notre- Seigneur Jésus-Christ. » Si donc la chair, même dans un premier mariage , peut ainsi éloigner le Saint-Esprit, quelle funeste puissance nVtclle pas quand ou lui cède au point de se marier deux fois? •
XI. Il y a dans un second mariagie un double sujet de honte; car Tàme de Thomme est obsédée par la présence de deux femmes ; de Tune par le souvenir; de Tautre, par la réalité. Car vous ne pouvez haïr votre première femme dont la mémoire doit vous être plus sacrée et plus sainte, puisqu'elle est déjà dans le royaume de Dieu et que tous les ans vous foites dire des prières pour elle. Vous vous tiendrez donc devant votre Dieu avec autant de femmes que vous €n recommandez dans vos prières; vous offrirez le saint sacrifice pour deux femmes, et cela par les mains d'un prêtre sanctifié par la monogamie ou mieux encore par la virginité, et entouré de ses diacres, de ses chanoincsscs monogames et vierges. Et tu oseras d'un front calme élever au ciel l'offrande de ta prière, et entr'autres faveurs , tu demanderas au ciel la vertu de chasteté pour toi et pour ta nouvelle épouse!
Je sais bien que l'on s'excuse sur l'insatiable concupiscence de la chair. On plaide la nécessité de se faire des amis , d'avoir quelqu'un à la tète de sa maison, pour gouverner sa femille et les domestiques, pour tenir les clés, pour faire filer les servantes et veiller aux dépenses. 11 n'y a donc selon vous que les maisons des hommes mariés qui soient bien administrées ? Il faut donc absolument être ruiné si l'on est célibataire? Est-ce que les eunuques, les militaires et les voyageurs perdent toujours leur fortune? Est-ce que nous ne sommes pas des soldats aussi nous ? Est-ce que nous ne devons pas être d'autant plus soumis à la discipline que notre chef est le plus grand des potentats ? Me sommes-nous pas comme des voyageurs dans ce monde? Gomment se fait-il donc, chrétien, que tu ne puisses te passer de femme ? a Mais il me faut, dis-tu, une compagne pour soutenir avec toi k poids des affaires domestiques. » Prends donc
alors quelque épouse purement spirituelle; choisis une veuve qui soit belle de sa ferveur religieuse, riche de sa pauvreté, et noble par son âge respectable. Ge sera pour toi un bon mariage. Tu peux prendre de telles épouses , tant que tu voudras , sans craindre de déplaire à Dieu. Mais non; des chrétiens, qui ne devraient pas penser au lendemain, veulent une postérité. Les serviteurs de Dieu veulent avoir des héritiers, eux qui se sont déshérités des jouissances du monde. Et encore ne cherchent-ils à se remarier que lorsqu'ils n'ont pas eu d'enhns de leur premier mariage? Ils finiront par demander à vivre plus longtemps, tandis que l'apôtre demandait à être au plus tôt retiré du monde. Assurément un chrétien sera bien plus exempt de soucis dans les persécutions , n'est-ee pas? Il souffrira le martyr avec bien plus de constance? il répondra plus sagement aux interrogatoires? et enfin il mourra bien plus tranquillement parce qu'il laissera des eniâns, pour lui rendre les derniers honneurs apparemment? On dirait que les chrétiens agissent ainsi dans rintéréc de la république, de crainte que les cités ne viennent à manquer d'habitans , s'ils ne veillaient à la propagation de l'espèce. Ils ont peur que les lois et le commerce cessent de fleurir, que les temples soient abandonnés, et quil ne reste plus personne pour crier, «aux bètes les dvétiens ! » Gar voilà sans doute ce qu^ib désirent entendre, ceux qui veulent des enfun. L*fliiibarras d'avoir des enfens devrait suffire pour nous faire rester célibataires , puisque les km humaines obligent les ftm à les élever , piree qu'elles ont prévu qu'aucun homme sage ne voudrait s'en charger de plein gré. Qae fins-ta donc si tu parviens à fiiire partager à ta femme ta manière de voir? Emploierez-vons des médicamens pour détruire le fetns dans son germe? Mais je crois qu'il ne nous est pas pina permis de tuer un enfant avant qu'apris sa nalssinre. Peut-être oseras-tu pendant la grossesse de ta femme demander à Dieu une délivrance qoe ta n'oses pas accomplir toi-même? ou bien tn duBt siras une femme stérile ou devenue flroide pv l'âge ? Réfléchis bien et ne te iâis pas cfaiiBioa. Si Dieu le veut , la femme stérile ou mtmc vMh deviendra féconde, et cela d'autant plos qoe vous paraîtrez l'avoir défié par vos prévisioos présomptueuses. Nous connaissons on dvftks
EXHORTATION A LA CHASTETÉ
qui , pour gouveraer la maison , épousa en secondes noces une femme stérile qui doubla bientôt le nombre de ses enFans.
XIII. Je finirai mon discours, mon bienaimé frère, en citant quelques exemples que me fourniront les gentils, que Dieu nous offre souvent comme un témoignage pour prouver que ce qui lui plaît est souvent reconnu bon par la sagesse mondaine. Les gentils font le plus grand cas de la monogamie , c'est au point que lorsque les vierges se marient légitimement , on leur donne toujours pour dame d'honneur une femme qui ne se soit mariée qu'une fois. Si on croit que cela est de bon augure, je pense que Ton a raison. Dans les cérémonies religieuses ou autres ffetes, les femmes qui n'ont eu qu'un mari prennent le pas sur les autres. La prêtresse de Jupiter ne peut avoir qu'un époux. Le grand pontife lui-même ne peut se marier qu'une fois, tant la monogamie est en honneur. Or lorsque Satan imite ainsi les saintes lois du Seigneur , c'est pour nous narguer. Combien devons-nous rougir de ne point faire au Seigneur le sacrifice que tant d'autres font au diable, auquel ils vouent soit leur virginité, soit leur veuvage perpétuel? Nous avons tous entendu parler des vierges de Vesta , de celles de Junon en Achale, de celles d'Appollon à Éphêse , et de celles de Minerve en d'autres lieux. Les prêtres du bcBuf Apis en Egypte faisaient vceu de chasteté. Les femmes qui se vouent à la Gérés africaine , abdiquent spontanément leurs droits d'épouse et
se privent même d'embrasser leurs enfens mâles. Après la luxure, le diable sait se faire même de la continence un instrument de perdition. Combien est à blâmer le chrétien qui rqette la continence qui pourrait être pour lui un instrument de salut ! Au derm'er jour nous verrons s'élever en témoignage contre nous ces femmes idolâtres qui ont su conserver leur veuvage pour acquérir une bonne renommée; comme Didon , reine fugitive sur une terre étrangère, qui aurait pu désirer former une alliance avec un roi d'Afrique, mais qui loin de vouloir convoler à de secondes noces, aima mieux se brûler que de se marier ; comme cette Lucrèce qui, s'étant une fois et par violence trouvée entre les. bras d'un étranger, lava de son sang sa face souillée, et ne voulut pas vivre après avoir connu deux hommes. Je trouverais bien d*autres exemples chez les chrétiens, et même de meilleurs, en ce qu'il vaut mieux vivre chaste que de mourir pour la chasteté; car la vie et la chasteté sont deux biens qu'il vaut mieux conserver ensemble que de les séparer par la mort. Que de saints hommes et que de vierges dans les ordres ecclésiastiques se sont voués à la continence et ont préféré épouser Dieu seul! Ils ont presque égalé la chair à Tesprit, et en ont retranché tout ce qui ne peut entrer dans le royaume des cieux ; ce qui doit faire enfin penser que ceux qui veulent entrer dans le paradis doivent s'abstenir de ce qui n'y entre point.