‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 38 sur 110 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

I. Chùre compap^ne dans le service du Seigneur, j'ai jugé utile de penser à ce que tli devrais faire dans le cas où je sortirais avant (oi de ce monde ; je lègue mes conseils à (a bonne foi et je t'engage à les suivre. Nous nous occupons toujours assez de nos biens temporels et nous ne manquons pas de Faire des testamens pour les léguer à ceux que nous aimons. Ne devrions-nous pas plutôt pourvoir au bien-être spirituel de notre postérité, en lui laissant, outre nos bons exemples , nos conseils sur ce qui peut lui procurer l'héritage du royaume des cieux? Puisses-tu foire cas de mes avis! c'est la prière que j'adresse à Dieu, à qui soit honneur, gloire, dignité et puissance dans tous les siècles des siècles.

Je commence donc par te recommander, autant qu'il te sera possible, de ne pas convoler en secondes noces; ne pense pas que je te donne ce conseil par égoïsme , puisque! ne peut m'en revenir d'autre avantage que celui de ton propre bonheur, car la résurrection ne promet point aux chrétiens la réunion des époux , qui seront changés en la nature spirituelle des anges , ainsi que nous l'a enseigné Notre-Seigneur quand les saducéens lui demandèrent à qui appartiendrait la femme qui avait successivement épousé les sept frères. Aucun de ses maris ne se trouvera offensé au jour du jugement, aucun ne lattendra pour lui faire des reprocties. Ne pense donc pas que ce soit pour me reserver Tintégrilé de ta chair que je te conseille ici de rester veuve, car aucun honteux plaisir ne pourra renaître pour nous; ce ne sont point d'aussi Frivoles fîélicités que le Seigneur promet aux siens. Mais je vais tâcher de démon-

trer que mes conseils, à cet égard , ne peuvent que t'ètre utiles, à toi ou à toute autre femme dans les mêmes circonstances.

II. Loin de nous l'idée de condamner l'union de l'homme et de la femme , union qui a été bénie de Dieu comme nécessaire pour conserver la race humaine et pour peupler le monde dans le temps, pourvu que cette union ne se consacre qu'une fois. Adam fut le seul mari d'Eve, et Eve fut sa seule femme, parce que Dieu l'avait seule tirée des côtes d'Adam. Je sais bien que les anciens patriarches épousaient plusieurs femmes et qu'ils avaient encore des concubines. Mais quoique la synagogue fût une figure de notre église , il y avait bien des choses commandées ou du moins permises qui devaient être supprimées ou réformées par la nouvelle loi ; car puisqu'une nouvelle loi était attendue, c'était assurément parce que Tancienne n'était pas parfaite: la parole de Dieu devait venir nous revêtir de la circoncision intellectuelle. Ainsi les licences et les lacunes mêmes de la première révélation montraient qu'il y avait lieu de perfectionner la loi, ce qui a été accompli par Notre-Seigneur dans son Évangile, et par l'apôtre qui a retranché ce qu'il y avait de trop et mis en ordre ce qui était confus.

III. Si je commence ainsi par parler de la liberté des anciens temps et de la correction qui a eu lieu depuis, ce n'est pas que je veuille dire que le Christ soit venu pour séparer les époux et détruire l'union conjugale, comme si depuis sa venue tout mariage devait être illégitime. C'est à faire à ceux qui , entre autres crreui^ , prétendent qu'il faut séparer ceux qui ne font plus qu'une même chair, et par là se mettent en opposition avec celui qui, ayant pris de l'homme de quoi faire la femme , leur a inspiré à tous deux le désir de se réunir par le mariage. Nul part nous ne lisons que le mariage soit défondu ,

TKUTULLIEN.

X\1L Car c est li\ loffraudc spirilucUe qui a remplace tous les anciens sacrifices. «Que m'importe, dit le Seifjncur, la multitude de vos sacrifices? Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des agneaux; je ne veux plus du sang des taureaux et des boucs. Qui vous a demandé toutes ces choses?» Or TÉvangile nous apprend ce que le Seigneur demande. «11 viendra un temps ou les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car Dieu est un esprit. » Voilà pourquoi il veut des adorations spirituelles. Nous sommes les vrais adorateurs et les vrais prêtres, nous qui priant en esprit offrons à Dieu Toraison qui lui plaît le mieux, parce que c'est lui-même qui Ta instituée. C'est lu l'offrande vouée par notre amour, nourri par la fui , conservée dans son intégrité par l'innocence, soignée par la vérité, purifiée par la chasteté , couronnée par la charité^ et que nous devons offrir sur Tautel de Dieu au milieu des chants et des hymnes, et avec toute la pompe de nos bonnes œuvres. Avec cette offrande, nous obtiendrons tout de Dieu.

XXIII. Qu'est-ce que Dieu a jamais refusé à une prière qui lui est adressée en vérité et en esprit , comme il la désire? Tout ce que nous avons lu et entendu , toute notre croyance, nous donne d'irréfragables preuves de son efficacité. Sous l'ancienne loi , la prière pouvait déjà délivrer les hommes de la famine, des incendies et des bêles féroces , et pourtant elle n*avait pas encore été formulée par le Christ. Combien plus puissante est la prière des chrétiens! Elle ne fait point descendre l'ange du sein de la rosée sur les fournaises ardentes; elle ne fournil point un pain grossier à ceux qui ont faim; elle ne détourne de nous aucune souffrance : mais elle donne le courage à ceux qui souffrent, et la patience à ceux qui gémissent : sa vertu augmente la grâce, afin que la foi sache que les souffrances viennent de Dieu , et doivent être supportées pour l'amour de lui. Autrefois la prière pouvait faire descendre les fléaux sur l'humanité, elle mettait les

> AUocuiion aux offrandes ou viciimes anciennes qui devaient être vouées d*avance, en(p*ai8sées , entières , bien 9oi£naées, lavées et couronnées de fleurs.

armées en fuite, elle interdisait à la terre altérée les bienfaisantes pluies du ciel. Mais maintenant, la prière ne sait que détourner la colère de Dieu, le chrétien prie pour ses ennemis et pour ceux qui le persécutent. Vous étonnez-vous de voir la douce rosée du ciel obéir à la voix de la prière qui avait la puissance d'en faire descendre la foudre? L'oraison est la seule puissance qui sache vaincre Dieu ! Mais le Christ ne lui a laissé aucun pouvoir pour le mal, toute $a vertu consiste à obtenir le bonheur pour nous et pour les autres. Elle est encore en cela Timage de la vie de Notre-Seigncur qui n'a su dans son passage sur notre terre que ressusciter les morts, fortifier les faibles, guérir les malades , chasser les démons, ouvrir les prisons et briser les chaînes des innocens. La prière effiatce les péchés, répousse les tentations, arrête le glaive de la persécution ; elle console les faibles et réjouit les forts; elle guide les pas du voyageur, apaise les tempêtes et frappe les brigands de stupeur; elle nourrit les pauvres et apprend aux riches i se modérer; elle relève ceux qui sont tombés, raffermit ceux qui chancellent et soutient ceux qui résistent. L'oraison est le rempart de la foi et notre bouclier contre les regards des impies qui guettent notre chute pour s*en r^ouir. Ne marchons donc jamais sans être ooDverts de cette armure. Pendant le jour , n^oublions pas nos stations; pendant la nuit, souvenons-nous de nos vigiles. C'est sous les armes de k prière qu'il faut que nous défendions Pétendard de notre chef, et que nous attendions le si|{nal que doit donner la trompette de Tange. Tons les anges prient ; toutes les créatures prient. Les troupeaux et les bêtes des bois fléchissent le genou en sortant de leurs étaUes ou de kan antres; ils lèvent la face vers le ciel et le saluent de leurs mugissemens. Les oiseaux an point do jour s'élèvent vers le ciel ; à la phœ de mains ils étendent leurs ailes en croix et gaiouilknt quelque chose qui ressemble à une prière. Que dirai-je de plus sur l'importance de cet indbpensable devoir ? Notre-Seigneur lulHoème a prié , à qui soit honneur et gloire dans tooiiei siècles de siècles.

A SyV FGMMR.

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A SA FEMME

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