‹ Choix de monumens primitifs de l'église chrétienneChapitre 37 sur 110 · III. Autrefois, il n'y avait point didolc. Avant · texte numérisé non relu

III. Autrefois, il n'y avait point didolc. Avant

que les fabricans de ce monstre ne pullulassent dans le monde, les temples étaient vides , et les murailles des édifices sacrés étaient nues, comme on peut encore le voir dans certaines ruines d'une grande antiquité. 11 y avait cependant de l'idolâtrie dans le monde; le nom n'existait pas, mais la chose existait; car même de nos jours on peut se rendre coupable didolâtrie jusqu'en dehors des temples et sans avoir d'idole. Mais quand le diable amena dans le monde les fabricans de statues, d'images et de toutes sortes de simulacres, alors celte peste du genre humain prit un corps et un nom qu'elle tira des idoles. Ainsi on i>eut regarder comme une source d'idolâtrie tout art qui produit une idole de quelque façon que ce soit. Il n'importe pas qu'une image sorte des mains d'un sculpteur, d'un graveur, ou d'un brodeur, ni qu'elle soit exécutée en plâtre,en couleurs, en pierre, en bronze, en argent ou en tapisserie. Et puisque même sans idole il peut y avoir idolâtrie, certes, quand Timage existe, il importe peu de quelle espèce elle est, ou de quello matière , ou de quelle forme. Qu'on ne pense donc pas que l'on ne doive appeler idole (jue lei statues qui sont faites â l'image de rhonniic. Pour rendre ceci plus clair, nous aurons recours à Tétymologic : it'hi en grec veut dire une forme, une image; u^(<>>/.v en est un diminutif , comme de forme nous avons fait formule. C'est pourquoi iouic forme ou formule, c'est-ii-dirc toute image grande ou petite, doit être appelée une idole. Donc tout service, tout travail fait pour toute idole, est un culte de l'idole, une idolâtrie. Donc aussi le fabricant d'images est cou[)able de ce même crime; â moins que Ion ne prétende (|ue les Israélites ne furent pas idolâtres , parce qu'ils s'érigèrent l'image d'un veau, et non celle d'un homme.

IV. Dieu défend aussi bien de faire une idole que de l'adorer. C'est précisément parce (ju'il faut qu'une image soit faite pour qu elle puisse être adorée, qu'il doit être défendu de la faire s'il n'est pas permis de lui rendre un culte. Voilà pourquoi, dans le but de déraciner l'idolâtrie, la loi divine a dit : «Tu ne fabriqueras pas d'idole:» et elle ajoute : «ni aucune ressemblance de ce qui est au ciel, ni de ce(in{ est sur la terre, ni de ce qui est dans la mer. Cette loi a complclemout défendu ces arts aux

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serviteurs de Dieu. Déjà dans les temps les plus anciens du monde, Enoch avait prédit que les démons tourneraient en sujets d'idolâtrie tous les élémens de la nature, tout ce qui est au ciel , sur la terre , dans la mer, afin que les anges infidèles fussent érigés comme des dieux à la face du Seigneur. L'homme dans son erreur s'est agenouillé devant tout, excepté devant celui qui a tout créé. Les images de ses créatures sont des idoles, et le culte de ces idoles , c*est Tidolàtrie. L'artisan qui a fait une image quelconque est nécessairement responsable de tous les maux que cause Fidolâtrie. Enfin le même Enoch envelope d'avance les fabricateurs et les adorateurs d'idoles dans la même condamnation. El plus loin : «Pécheurs, je vous le jure, quand viendra le jour de la vengeance, votre châtiment est prêt. Vous qui adorez des pierres et qui faites des images d'or et d'argent et de bois, et de pierres et de terres, vous qui servez les fantômes, les démons, les esprits infâmes et toutes ces erreurs qui ne sont point selon la science , ils ne vous seront d'aucun secours. » Mais le prophète Isaie dit : « Vous êtes vous-mêmes témoins, si Dieu n'est pas avec moi. Et il n'y avait point alors de sculpteurs et de faiseurs d'images, hommes vains, qui font ce qui leur plait aujourd'hui et qui ne leur servira de rien demain.» Voyez encore l'anatliême qu'il lance indistinctement sur les fabricateurs et sur les adorateurs d'images , et qu'il termine par ces mots : «Sachez que leur cœur est de la cendre , qu ils sont dans l'erreur, cl (ju'aucun d'eux ne sauvera sou ûme. » Làdessus David s'écrie avec justice : «Et que ceux qui les font leur deviennent semblables ! » Et que dirai-je de plus moi dont la voix mérite si peu d'être écoulée? pourquoi citerais-je les Écritures, comme si ce nclait pas assez de la voix de rKspril-Saint, ou comme .Vil était douteux que Dieu ail maudit et condamné les faiseurs d'image, avant même d'en maudire et d'en condamner les adorateurs ?

V. Nous nous étendrons davantage pour répondre auxdifférens prétextes qui servent d'excuses à ces artisans, qu'on ne devrait jamais admettre dans la maison de Dieu si l'on connaissait bien la loi. On a coutume d'alléguer pour raison qu'ils n'ont pas de quoi vivre autrement. Mais, répoudrai-jc, qu'y a-l-il de commun entre

Dieu et loi, si lu veux vivre selon les volontés au lieu de suivre les siennes? Et comme on ose s'appuyer sur les saintes Écritures, et citer Tapôtre qui a dit : «Que chacun reste dans la condition où il a été trouvé;» il résulterait donc d'une telle interprétation que nous pourrions tous rester dans le péché? car nous avons tous été trouvés dans le péché, puisque c'est pour nous en délivrer que le Christ est descendu vers nous. On prétend aussi qu'il nous a lui-même donné l'exemple de vivre du travail de nos mains. Si tout le monde s'appuie sur ce précepte , il me semble que les filous, et même les voleurs de grands chemins, gagnent leur vie avec leurs mains : les faussaires aussi assurément , car ce n'est pas avec leurs pieds qu'ils se fs^briquent de faux titres. Quant aux histrions , ils ne travaillent pas des mains seulement., ils mettent tout leur corps en mouvement pour gagner leur pain. Qu'on ouvre donc l'église à tous ceux qui se soutiennent du travail de leurs mains , si l'on ne fait aucune distinction des arts- que Dieu a rejetés. Mais on dira contre notre doctrine d'interdiction contre les images: «Pourquoi Molsc dans le désert a-t-il fait un serpent d'airain?» Les images qui ont été faites dans un but particulier et secret font exception à la règle, et ne la détruisent pas. D'ailleurs si nous voulons interpréter cette action pour en tirer un wrfpx" ment contre la loi , ne tomberons-nous pas dans Terreur des marcionites en attribuant rinconstance au Tout-Puissant, comme ces liérétiques qui anéantissent Dieu en niant son iuimoabilité, et en prétendant que tantôt il ordonne et tantôt il défend la même chose? Si Ton suppose que la position de ce serpent d'airain, suspendu entre ciel et terre, ait été un symbole de la crucifixion de Notre-Seigneur, qui devait nous délivrer des serpens, c'est-à-dire des anges du diable, pendant que sa forme elle-même représentait le démon qui devait être mis à mort ; ou si quelque docteur plus savant donne de cette figure une autre interprétation, vu que l'apôtre affirme que les événemens de l'histoire du peuple sous l'ancienne loi n'étaient que des figures de ce qui devait arriver sous la nouvelle; il n'en est pas moins vrai que Dieu, qui a par sa loi générale défendu de faire des images, a, dans un cas particulier, ordonné d'en faire une. Si lu veux suivre la loi de Dieu, la voici : «Tu ne feras

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point dlmages.» Si ta veux t'appuyer sur le fait du serpent d'airain , et imiter Moïse, attends donc, comme lui, pour Faire une idole contre la loi , que Dieu lui-même t'en ait donné Tordre spécial.

VI. Quand même Dieu ne se serait pas exprimé clairement à cet égard, quand même l'Esprit-Saint n'aurait pas menacé à la fois ceux qui font les idoles et ceux qui les adorent, notre baptême suffirait pour nous convaincre que tous ces arts sont contraires à la foi ; car est-ce avoir renoncé au démon et à ses anges , que de les fabriquer? Gomment pouvons-nous dire que nous ayons renié ceux non-seulement avec lesquels, mais par lesquels nous vivons? Avons-nous renoncé aux pompes de ceux par l&squels nous gagnons de quoi nous vêtir? Peux-tu renier de ta langue celui que tu reconnais avec ta main? peux-tu détruire d'une parole ce que tu établis par un Fait? peux-tu professer ta croyance en un seul Dieu, toi qui en Fais tant? c J'en Fais, repondra quelqu'un , mais je ne les adore pas. 9 Gomme si la raison qui empêche de les adorer ne devait pas aussi interdire de les Faire ; des deux côtés , c^est la même oF- Feose envers Dieu. Mais il y a plus , je soutiens que tu les adores , toi par qui seul ils existent pour être adorés. Ce n'est pas le Feu d'un vil sacrifice, c*est le Feu de ton génie que tu allumes sur leurs autels ; ce n'est pas la vie d'une bête que tu leur donnes, c'est ta vie, c'est ton âme : tu leur immoles ton talent, ton industrie; et c'est avec la sueur de ton Front que tu leur Fais des libations. Tu es pour les Faux dieux bien plus qu'un prêtre, puisque c'est par loi qu'ils peuvent avoir des prêtres. C'est ton travail qui Fait toute leur gloire. Tu prétends ne pas adorer les dieux que tu Fais; mais ils te reconnaissent pour leur adorateur, eux à qui tu immoles la plus riche, la plus grasse des victimes , quand tu leur sacrifies ton salut.

VIL Un homme zélé pour la foi parlerait toute une journée sur ce sujet. N'est-il pas douloureux de voir un chrétien quitter les idoles pour venir dans nos églises; sortir de ses ateliers de démons pour entrer dans la maison de Dieu ; lever vers son Créateur des mains qui viennent de créer des idoles, et joindre devant Dieu des mains qui, hors de régUse, se font elles- mêmes adorer dans leurs œuvres ; approcher

du corps de Notre-Seigneur des mains qui donnent des corps aux démons? Mais cela n'est pas tout. Ce n'est pas assez qu'ils souillent l'hostie qu'ils reçoivent des autres; ils vont jusqu'à souiller de leurs propres mains l'hostie qu'ils donnent au peuple. Des Faiseurs d'images ont été admis dans les ordres sacrés! 0 crimes ! Les Juifs ont une seule fois porté les mains sur le Christ, et ces hommes-là déchirent son corps tous les jours. O mains sacrilèges qu'on devrait couper, pour montrer à ces impies si c'est une vaine parole que celle qui a dit; «Si ta main est pour toi un sujet de scandale, coupe-là. » Et quelles mains ont plus mérité d'être coupées que celles qui chaque jour scandalisent le corps de Jésus-Christ ?

VIII. Il y a encore beaucoup d'autres métiers qui ne s'occupent pas , il est vrai , de la Fabrication des idoles, mais qui sont tout aussi condamnables, puisque sans eux les idoles ne seraient rien. Qu'importe en eFFet que tu bâtisses ou que tu décores ; que tu élèves un temple, ou un autel , ou bien une chapelle ; que tu Fabriques les lames de métal, ou que tu Fasses les ornemens de l'idole, ou que tu lui construises seulement une niche? Le plus coupable n'est pas celui qui Fait Tidole, c'est celui qui lui donne sa dignité. Si les arts de luxe sont si nécessaires, il y a bien des manières de les exercer sans sortir de la loi , et sans Fabriquer d*idoles. liC travailleur en stuc peut enduire les murailles, raccommoder des toits, terrasser les citernes, tracer des cymaises et orner les maisons de beaucoup d'autres ornemens qui ne sont point des ressemblances ni des simulacres. Le peintre, le sculpteur en marbre ou en airain, sait faire bien des choses qui tiennent à son art, et qui sont plus Faciles que les images. Celui qui sait dessiner une figure, dessinera encore plus fttcilement un chapiteau de colonne ; celui qui d\m tilleul a su tirer le dieu Mars, ne peut pas être très embarrassé pour faire une armoire. 11 n*y a pas d'art dont un autre art ne soit ou la mère ou la sœur : tous les métiers s'enlre-touchent ; ils ont autant de branches que les hommes ont de désirs. «Mais , direz-vous, il s'agit de notre gain, il y va de nos salaires et de notre travail. » Sans doute, mais si vous vendez moins cher, vous vendez bien plus souvent; cela fera comp:iisalion. Combien de murailles ont elles be-

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soin d'idoles? combien de (emples consiruit-on aux f%iux dieux? pas beaucoup, assurément; mais des maisons, des bains, des hôlels, il en ibul bien davan(a{]^. Tous les jours on a des souliers et des brodequins à dorer, tandis que Mercure et Sérapis ne se font pas dorer tous les jours. Que le luxe et Tambition des particuliers snffîsc donc pour faire gagner les artisans, car ces passions ont plus d'étendue que la superstition. L'ambition vous demandera plus de coupes et de plats que le culte des dieux. Le luxe vous fera vendre plus de couronnes que les fèics t)aîennes. Ainsi, puisque nous exhortons tous les artisans à s'abstenir de fabriquer des idoles et de rien faire de tout ce qui regarde leur culte , et que tious reconnaissons en même temps que beaucoup dobjcls peuvent s'appliquer à l'usage des hommes aussi bien qu'A celui des idoles , il s'ensuit qu'ils doivent bien prendre garde de vendre, avec connaissance de cause, un objet que l'acheteur destine au culte des images. Car si nous vendons sans prendre cette précaution, nous ne serons pas exempts de la contagion de Tidolâtrie, puisque nous mettons sciemment notre travail à l'usage des démons. IX. Parmi les diverses occupations des hommes, nous remarquons encore certaines professions qui ont une tendance vers l'idolâtrie. Je ne devrais pas même avoir besoin de parler des astrologues; mais comme l'un d'eux, depuis peu, a voulu se justifier de ce qu'il continue à exercer cette profession , je vais en dire quelques mots. Je ne vous dirai pas que c'est adorer les faux dieux, que de mettre leurs noms dans le ciel, de leur attribuer la toute-puissance, et d'induire les hommes à ne plus adresser leurs prières à Dieu en leur disant que leur destinée est immuablement réglée par les étoiles. Mais j'avance que les astrologues sont comme ces anges déserteurs qui abandonnèrent Dieu pour rendre iMHnmagc à des femmes qu'ils ont trahies à leur tour; et qu^îls sont par conséquent maudits de Dieu. 0 sagesse divine dont on trouve des reflets jusque dans la sagesse des hommes! Les astrologues ont été chassés de l'empire, eux et leurs serviteurs. Rome, toute Htalic leur csi interdite, comme le cid Test à ceux qni mettent en eux leur confiance. L exil frappe à la fois les mMtrcs et les disciples. Les mages et les astrolo^es nous sont venus de TOrieut ; nous savons

quel rapport il y a entre la magie et Fastrologie. Ce furent des interprètes des étoiles qui les premiers annoncèrent la naissance du Christ, et qui les premiers lui apportèrent des présens. Je pense que par lA ils se sont trndu le Christ favorable. Mais qu'en résulte-t-il? fiiudra-t-il pour cela que la religion des mages les protège maintenant, eux et les astrologues? Aujourd'hui la science vient du Christ ; elle étudie et elle prédit la venue des-étoiles du Christ , et ouo celle de Mars , de Saturne et des autres.

Car cette magie n'a été tolérée que jasqu'k l'Évangile, afin qu'à partir de la nativité du Christ, personne ne se permit de calculer la nativité d'un homme sur le cours des astres. Cet encens , cette myrrhe et cet or qu'ils ofFhtient au Christ encore enfant, furent comme le terme de toutes le$ observations et de toutes les gloires temporelles , que le Christ devait résumer en lui seul. Ce Alt pour cela sans doute que Dieu envoya aux mages un songe, pour les avertir de s'en retourner chez eux, mais non par le même chemin, c'est-à-dire de ne pas suivre leur ancienne voie, de crainte qu'Hérode ne les poursuivit. Mais, littéralement parlant, Hérode ne pouvait pas les {loutsuivre, puisqull ignorait également par où ils s'en retournaient et par où ils étaient venus. Nous devons donc comprendre que ce nouveau chemin n'est autre chose que It bonne voie et la vraie science. Aussi leor c«l-îl expressément recommandé de marcber désormais dans d'autres sentiers. II en est de intaie de cette autre espèce de magie qui se mâiilfcste par des miracles, et qui lutta même contre k puissance de Moïse; ta patience de Dien Pa tolérée jusqu'à l'Évangile. Car, depuis cette époque , nous voyons Simon le magiden, bien qtie déjà converti, restant encore sous llnflnenoe de sa doctrine de charlatan , au point de vouloir, pour ajouter à son pouvoir magiqâe, âdwter la puissance de donner le Saint-Esprit pir Fimposition des mains; mais les apôtres le mandirent et le retranchèrent de la comdMmion des fidèles. H y eut encore un autre magiden qui voulut résister à ces apôtres devant le prooMsol Sefgius Paulus; et H fiit par eux privé de la mr. Voilà , je pense , le traitement qu'anraient sobi tous les astrologues s'ils étaient tombés sou» la main des apôtres< Puisque la magie est punie , l'astrologie, qui en fait partie, doit rîirc

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car qui condamne le {jpenre, condamne respèce. Depuis rÉvan{;ile, vous ne voyez ni sophistes, ni astrologues, ni enchanteurs, ni mages, ni magiciens, qui ne soient exemplairement punis. tOù sont les sages, les letires, les savans de ce siècle? Dieu n'a-t-il pas tourné en folie toute leur sagesse? Tu ne sais rien, astrologue , puisque tu ne savais pas que tu deviendrais chrétien. Si tu le savais, tu aurais dû savoir aussi que ton art ne te servirait de rien. Cette science qui prédit tontes les grandes révolutions aurait dû l'apprendre qu'elle-même elle était en danger. Il n*y a ni science ni avenir dans cette étude. Que celui-là n'espère point le royaume descieux, qui abuse du ciel avec son doigt ou son compas.

X. Il fout aussi nous occuper des maîtres d'école, et des autres professeurs de belles-lettres. On ne peut douter qu'ils ne soient bien près d'être idolâtres. D'abord il est dans leurs attributions de faire connaître les dieux des gentils, leurs noms, leurs généalogies, d'expliquer les fables dont on a orné et embelli leurs histoires, d'observer les fêtes et les solennités païennes. Quel mailre décote pourra, dans le mois de mars , donner ses congés en Thonneur de Palias, s'il n'a chez lui le calendrier des faux dieux? 11 consacre à Minerve le premier argent qu'il reçoit d'un élève, de sorte que, sans qu'il s'incline devant le temple d'une idole, on peut le regarder comme un des prêtres de cette déesse; qu'on le fuie donc comme un idolâtre. Croyezvous qu'il soit moins souillé parce qu'il n'honore et ne nomme cette idole que pour gagner sa vie? Puis il célèbre les minervales et les saturnales comme les derniers de nos esclaves; il reçoit des étrennes; il fête l'anniversaire de Tagrandissement de Rome, et les bacchanales du solstice d'hiver; il exige des présens quand ses parentes se marient; il orne ses classes de guirlandes de fleurs. Les prêtresses et les édiles font des sacrifices en l'honneur de l'école, à l'époriue des vacances; on en fait aussi au génie natal le jour de la naissance du maître. Il y a foule à toutes ces pompes de Satan. Si vous pensez que cela soit convenable à un maître d'école, pourquoi cela ne le serait-il pas à tout autre chrétien? Je sais que l'on dira : «SU n'est pas permis à un serviteur de Dieu de professer les belles-lettres, il n'est donc pas uoii plus permis

de les apprendre? Et comment s'instruira-t-on dans la science humaine, comment saura-t-on alors penser et agir, puisque l'éducation est la clef de la vie? sans les études profanes, il n'y aurait pas d'études religieuses. » Voyons donc ce qu'exige réellement Tétude des lettres, examinons ce qui est nécessaire et ce qui est inadmissible. H est plutôt permis à un chrétien d'étudier les belles-lettres que de les enseigner ; car la méthode du professeur et celle de celui qui étadie sont bien différentes. Si un 'fidèle enseigne une littérature qui est pleine de la doctrine des faux dieux , il est hors de doute qu'en l'expliquant , il la loue , la recommande ; en rappor-. tant toutes ces fables, il les affirme ; en racontant rhistoire des dieux, il porte témoignage en leur faveur. 11 les appelle même des dieux, ce que la loi défend expressément , car c'est prendre le nom de Dieu en vain, in vano. Ainsi, dès le début de ses leçons, il rend témoignage au démon. Pouvez-vous douter que celui-là soit idolâtre, qui catéchise sur les idoles? Mais quand un fidèle étudie, s'il a déjà la vraie science, et surtout s'il l'a depuis longtemps, il n'admet pas comme vrai ce qu'il apprend. Il croit ce qu'il a appris d'abord, c'est-à-dire la science de Dieu etdelafi>i; tout le reste, il le rejettera avec dédain. 11 sera donc aussi en sûreté que le savant qui prend du poison de la main d'un ignorant, et qui se garde de le boire. Celui-ci a donc une excuse, parce qu'il ne peut pas s'instruire autrement. Et dç même qu'il est plus facile de s'abstenir d'enseigner que d'apprendre, de même aussi le disciple s'absentera des solennités païennes de Técole bien plus facilement que le maître.

XI. Quant au commerce, si nous examinons les autres délits, nous y trouverons dabord cette source de tous les maux, la cupidité , qui a fait faire naufrage à plus d'un fidèle. L'apôtre que nous avons déjà cité appelle ridolàlrie une cupidité , et le mensonge est le ministre de la cupidité. Je ne parle. pas du parjure, puisqu'il n'est pas même permis de jurer. Le commerce est-il une occupation convenable à un serviteur de Dieu? Si vous ôtez la cupidité qui fait désirer le gain, il n'y aura plus de raison pour commercer. Mais admettons la possibilité d'un gain licite , et d'un commerce exempt de cupidité et de mensonge; je crois i\\x\\ tombera encore

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dans le péché d'idolâtrie, parce qu'il appartient au génie même et à Tàme de Tidolâtrie , ce métier qui engraisse tous les démons. N'est-il pas même la première de toutes les idolâtries? Ces marchandises, cet encens et ces autres parfums étrangers, sont-ils tous apportés pour faire des médecines pour guérir les malades, ou pour ensevelir les morts? certes, lorsque les pompeuses solennités des sacrifices faits aux faux dieux sont en définitive le but de vos dangers, de vos pertes, de vos fatigues, de vos calculs et de toutes vos occupations, niercz-vous que vous soyez un pourvoyeur des temples des idoles? Il est évident que tous les genres de commerce sont exposés ù cette objection. Ces délits sont bien grands et exigent de nous de grandes précautions, afin que nous nous abstenions de ces péchés et que nous nous éloignions de ceux qui les commettent; car si un autre homme fait mal, il m'importe que je ne sois pas son instrument. Je ne dois pas aider un autre à faire ce qu'il ne m*est pas permis de faire. Cela est bien évident daaa un autre cas, non moins grave; car puisque la luxure m*est défendue , je ne dois ni aider ni consentir âr celle des autres. Puisque je me tiens personnellement éloigné des lieux de débauche, je reconnais ne devoir ouvrir une telle maison ni à mon profit , ni ù celui des autres. La loi contre Thomicide exclut de nos églises même le maître d'escrime, car elle suppose qu'il fera lui-même ce qu'il montre aux autres à faire. Mais voici une analogie plus rapprochée : si un pourvoyeur de victimes se fait chrétien, lui permettrez- vous de continuer son commerce ? Et s'il était déjà chrétien, lorsqu'il l'entreprend, le garderezvous dans le sein de l'église? Non sans doute, ù moins que vous ne veuillez aussi fermer les yeux sur les marchands d'encens , car aux uns est échue la fourniture du sang , aux autres celle des parfums. Si , avant que les idoles parussent dans le monde , l'idolâtriç encore informe pratiquait déjà son culte avec des parfums ; si de nos jours encore l'œuvre de Tidolàtrie peut s'accomplir sans idole et seulement en brûlant de l'encens, certes le plus coupable est le marchand de parfum, puisque sa marchandise est plus indispensable que les idoles mêmes à l'idolâtrie. Nous en appelons à sa conscience même. Si un chrclien qui fait ce commerce

vient à passer devant un temple, comment crschera-t-il sur les autels ou brûlent ses propres parfums? de quel front osera-t-il souffler sur la flamme pour l'éteindre ? comment aura-t-il le courage d'exorciser les nourrissons auxquels il donne pour demeure sa propre maison? Quand un tel homme aurait chassé un démon, il ne devrait pas avoir la conscience tranquille; car ce ne serait pas un ennemi qu'il aurait vaincu, mais un ami complaisant qui lui aurait obéi par reconnaissance pour ses bienfaits journaliers. Donc aucun art, aucune profession, aucun négoce qui aide à faire les images et à établir leur puissance , n'est exempt de l'accusation d'idolâtrie; car assurément nous ne pou- Tons pas dire que l'idolâtrie soit autre chose que le service des idoles.

XII. Après que Ton a admis la foi chrétienne, c'est un prétexte que de s'appuyer sur les besoins de cette vie, et de dire : «Je n'ai pas de quoi vivre ; » car, à cette assertion irréfléchie, je répondrai tout simplement : «Vous parlez trop tard. C'était avant de vous foire chrétien qu'il fallait réfléchir , comme le prudent architecte , qui fait son devis suivant ses moyens avant de commencer son édifice, pour n'avoir pas la honte de l'abandonner à moitié fait. Maintenant vous avez les commandemens du Seigneur, et des exemples qui vous ôtent tout prétexte. Que dites- vous donc ? a Je serai pauvre ; » mail le Seigneur a dit : « Bienheureux les pauvres.» — t Je n'aurai pas de vivres; » mais il est écrit : c Ne vous inquiétez pas des alimens. » Pour les vétemens nous avons l'exemple des lis. cj'avab besoin d'argent ; » mais il faut a tout vendre et distribuer son bien aux pauvres. »— «11 faut que j'établisse mes enfans, que je pense à ma postérité.» — « Quiconque met la main à la charme , et regarde en arrière , est un mauvais travailleur. »— « Mais j'avais dans le monde un certain rang. »— a On ne peut servir deux maîtres. » Si tu veui être le disciple du Seigneur, prends ta croix, et suis le Seigneur , c'est-à-dire , supporte la pauvreté et les tourmens, et même ton propre corps, qui est aussi une espèce de croix. Parens , épouses, enfans, il peut tout quitter pour Dieu. Tes pire et mère, tes enfans, te feront hésiter à abandonner ton état, ta profession , ton commerce? Ne nous a-t-il pas été enseigné que nous devons quitter à la fuis famille et affaires pour suivre le

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Seigneur? Quand Jacques et Jean furent appelés par Notre-Seîgneur, et qu'ils laissèrent là leur père et leur barque ; lorsque Matthieu se leva de son comptoir de percepteur, et trouva que même la sépulture de son père le retarderait trop, aucun de ceux que Dieu a élus n*a répondu : «Je n'aurai pas de quoi vivre». La foi ne craint pas la faim ; elle sait que pour Tamour de Dieu on doit mépriser la faim comme tout autre genre de mort. Elle a appris à ne pas s'inquiéter de la vie, ce n'est pas pour s'inquiéter de la nourriture. Combien y en a-t-i( qui agissent tout-à-fait suivant la foi ? mais ce qui est difficile aux hommes est bien facile à Dieu.

XIII. Espérons néanmoins en sa miséricorde et en sa clémence divine , et prions que nos besoins ne nous entraînent pas jusque sur les frontières de Fidolàtrie. Évitons surtout du plus loin que nous pourrons le soufHe de cette peste, non-seulement dans les choses dont nous avons parlé , mais encore dans toute la série des superstitions humaines, dans toute espèce de culte, rendu soit aux dieux, soit aux morts, soit aux rois; car tout cela appartient aux esprits inunondes. Tantôt ce sont des sacrifices, des rites, tantôt des spectacles. Qu'ai-je à dire sur les sacrifices, et sur ceux qui les font? Quant aux spectacles, j'en ai traité dans un autre ouvrage. Il s'agit maintenant de parler des fêtes et des solennités du paganisme , auxquels nous nous permettons d'assister, tantôt par plaisir, tantôt par crainte, et par là nous agissons contre notre religion en nous mettant en communion d'idolâtrie avec les gentils. J'examinerai d'abord si un serviteur de Dieu se mettra ainsi en rapport avec les païens, soit par ses vètemens, soit par sa manière de vivre, soit par les réjouissances publiques. «Réjouissezvous avec ceux qui sont gais, pleurez avec ceux qui pleurent;» voilà ce que dit l'apôtre pour exhorter les frères à la concorde. Mais cela ne dit pas qu'il puisse y avoir rien de commun entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort. Autrement nous oublierions ce qui est écrit : «Le monde se réjouira; mais vous, vous pleurerez.» Si nous nous réjouissons avec le monde , il est à craindre que plus tard nous ne pleurions avec lui. Pleurons plutôt maintenant que le monde se réjouit ^ et un jour

nous nous réjouirons, quand le monde pleurera. Quand Lazare fut descendu chez les morts , il trouva le repos dans le sein d'Abraham; le ridie au contraire fut jeté dans le tourment du fen : c'était une compensation de leur bonne et de leur mauvaise fortune ici-bas. U y a dans Tannée certains jours fixés pour les paiemens , où les uns reçoivent leurs appointemens, les autres font régler le compte de leurs débiteurs. cVoili^ dites-vous alors, que je vais recevoir ce qui m'est dû, ou que je vais payer mes dettes.» Si cette coutume vient d'une superstition, toi , qui es étranger à ces folles croyances , pourquoi te conformes-tu à ces solennités et à ces fêtes païennes , comme s'il t'était aussi ordonné de payer ce que tu dois, ou de recevoir ce qui t'est (}û à jour fixe? Fais en cela comme tu voudrais que l'on te fit. Si tu souilles ta conscience pour complaire aux préjugés d'un autre, tu oublies que tu es chrétien et tu te laisse^ tenter et entraîner ; si c'est toi qui forces la conscience de ton prochain , tu agis comme si tu n'étais pas chrétien du tout. Tous tes subterfuges ne t'empêcheront pas d'être condamné. D'un côté oa de l'autre tu es coupable d'avoir rougi de ton Dieu. «Quiconque rougira de moi devant les hommes , a dit le Seigneur, je rougirai de lui devant mon père qui est dans le del.»

XIV. Il y en a qui se sont imaginé qu'il était pardonnable de faire comme les gentils , afin de n'être point exposé au blâme et à la médisance. Or voici quelle est la médisance à laquelle nous devons bien prendre garde de donner prise. Qu'aucun de nous ne mérite le juste blâme des gentils par la fraude, l'ii^ustice, les outrages, ou autres mauvaises actions, qui méritent réellement et le blâme des hommes et la sévérité de Dieu. Mais si à chaque reproche que l'on nous fait, nous nous écrions : «Seigneur, à cause de vous notre réputation est attaquée;» alors U n'y aura plus de chrétiens, car tout le cirque est là pour nous maudire et nous calomnier. Cessons d'être chrétiens et l'on cessera de nous blasphémer. Mais bien plutôt , que l'on nous calomnie pourvu que nçus restions dans la bonne voie et que nous n'en sortions pas; pourvu que nous soyons éprouvés, et non pas réprouvés. 0 calomnie, sœur du martyre, qui prouves et attestes que je suis chrétien, puisque c'est pour cela que l'on me déteste , tout le mal que tu dis

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de moi est h ma louange, puisque lu ne peux m^accuser que d'avoir clé fidèle. «Si je voulais plaire aux hommes , dit l'apôtre, je ne serais pas le serviteur de Dieu.» Mais le même nous recommande ailleurs de chercher à plaire à tout le monde ; de même que moi , dit-il , je plairai à tout le monde. [Mais était-ce en célébrant les saturnales et les fêtes de Janus qu'il plaisait aux hommes? ou était-ce par sa modestie et sa patience, sa sagesse, son humanité et sa vertu? n dit encore : «Je me suis fait tout pour tous , afin que je profitasse à tous.» Mais sVst-il ftit idolâtré pour les idolâtres , païen pour les païens, mondain pour les mondains? Mais quoiquUl ne nous défende pas de communiquer avec les idolâtres, les adultères et les autres criminels, parce que ce serait, dit-il, sortir tout ù fîiit du monde , il ne s'ensuit pas qu'il ôte tout frein à cette communication ; et parce qu'il nous est permis de vivre avec les pécheurs , il nous sera permis aussi de pécher avec eux. C'est le commerce de la vie que Tapôtrc permet ; quant au commerce du péché , il est défendu partout. S11 est permis de vivre avec les (j^entils , il n'est pas permis de mourir avec eux. Vivons avec tout le mondé, réjouissons-nous d'être leurs frères selon la superstition. Nous sommes leurs semblables par l'âme , mais non par la croyance ; nous vivons dans le même monde, mais non dans la înéme erreur. S'il nous est défendu de suivre les rites païens avec les païens , â plus forte raison devons-nous nous en abstenir avec nos frères. Qui pourrait excuser une telle transp;ression? Le Saint-Esprit désapprouve les fêtes des Juifs. «Mon âme, leur dit-il, déteste vos sabbats, vos néoménies et toutes vos cérémonies. » Nous qui rejetons entièrement ces fêtes juives, que Ûeu cependant approuvait autrefois, nous assistons aux saturnales, aux brumales, aux fêtes de Janos, et à celles de Mars; nous nous faisons réciproquement des présens , nous donnons des étrennes, des jeux, des festins. Oh ! les gentils sont bien plus conséquens que nous. Ils ne célèbrent aucune de nos fttes, ils ne chôment pas le dimanche ni le temps de Pâques jusqu'à la Pentecôte. S*ils reconnaissaient ces solennités, ils seraient en communion avec nous ; et ils craindraient de paraître chétiens. Quant à nou.s, nous n'avons pas peur qu'on nous prenne pour des païens. S'il fout des fêtes à votre fragilité, n'en

avez-vous pas tant et même plus que les paiensP Car la même fête païenne ne revient qu'une fois par an; et votre dimanche revient tous les huit jours. Comptez bien toutes les fêtes des idolâtres pendant Tannée, et vous verrez qu'ils n'en ont pas assez pour compenser les cinquante jours de notre Pâques.

XV. a Que vos œuvres soient visibles , t a dit Tapôlre. Assurément nos maisons et nos portes sont assez visibles maintenant; car vous trouverez plus de portes de païens sans lanternes et sans couronnes de lauriers, que vous n*cn trouverez appartenant à des chrétiens. Qu'est-ce que cela nous démontre? Si cette illumination se fait pour une image, assurément c'est de l'idolâtre : si elle se fait pour un homme, rappelons-nous que toute idolâtrie a commencé par adorer les hommes, puisque les gentils eux-mêmes avouent que leurs dieux étaient autrefois des hommes. Il n'y a aucune différence entre le culte rendu aux hom mes des siècles passés et celui que vous rendez à ceux du nôtre. Dans Tidolâtrie, ce n'est pas tel ou tel homme qui est condamné , c'est le culte lui-même qui n'appartient qu'au démon. «11 faut rendre à César ce qui appartient â César, » dit le texte , qui ajoute aussitôt : «Et â Dieu ce qui appartient â Dieu.)» Mais qu'estce qui appartient â César ? Voilà précisément ce dont il était question, car on demandait au Seigneur s'il fallait on non payer le cens à César. C'est pourquoi le Christ demanda qu'on lui montrât une pièce de monnaie, et il demanda à Veffigie de qui elle était marquée; on lui répondit : «Â celle de César.» — « Rendez donc, dit-il, à César ce qui appartient à César, et â Dieu ce qui appartient à Dieu. » C'est-à-dire rendes à César l'image de César qui est sur la monnaie , et rendez à Dieu l'image de Dieu qui est dans l'homme. Rends largent à César , et renda-toi tm-mème i Dieu. Car enfin , que restera-t-il pour Dieu, si tu donnes tout à César ? a Mais , direz-vous, c'est donc un honneur dû à Dieu , que d'allumer des lanternes à sa porte et d'en orner les piliers de guirlandes de laurier?» Ce n*est pas assnrément un honneur dû à Dieu , mais c'est une cérémonie en l'honneur de celui que l'on adore comme m Dieu; c'est donc au moins un culte, c'est-ft-dlre un acte extérieur d'adoration qui va droit au démon , quelle que soit Hntention ou la vokmlé intérieure. Car nous savons, ce qu'ignoreiil

DE L'IDOLATRIE

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peut-être ceux qui ne sont pas versés dans la Ullérature profane, que les Romains avaient aussi des dieux de portes : la déesse Gardes, ainsi nommée de cardo, gond; Forculus, de fores ^ porte; Limentinus, de limen, seuil; et enfin Janus lui-même qui vient dejanua, porte. Nous savons aussi que ces noms étaient d'abord vains et vides de sens , mais que les démons s'en emparent aussitôt qu'ils sont consacrés par la supersiition. Sans cela les démons u*auraient point de noms . propres : c'est ainsi qu'ils acquièrent en même temps un nom et une puissance. Les Grecs appelaient aussi Apollon «upaiev^ c'est-à^^ire portier ; et nous lisons que les Anthélies étaient les c^ies qui présidaient aux portes. Le Saint-Esprit, qui prévoyait tout dès le commencement, a dit par la bouche du trèsancien prophète Enoch : que les portes mêmes deviendraient des dieux. Nous voyons aussi que Ton adore les portes des bains. S'il est des êtres que l'on adore dans les portes , à eux les lanternes et les lauriers ; ces décorations s'adressent à l'idole. Et je m'appuie ici sur l'autorité de Dieu même , car il ne fout pas négliger ce qui a été révélé â| un homme pour l'utilité de tous. Je connais un chrétien qui , dans un songe, Ait sévèrement réprimandé de ce que cette nuit-là même, ses esclaves, ft l'annonce d'une fête publique, avaient couronné et illuminé ses portes. Et cependant ce n'était pas lui qui l'avait feit , ni qui l'avait ordonné, car il était en voyage; et à son retour il désapprouva cette cérémonie, tant il est vrai qu'en cela Dieu nous rend responsables de la conduite de toute notre maison. I^our ce qui est des honneurs à rendre aux rois ou aux empereurs , l'apôtre nous recommande clairement d'être respectueux et obéissans envers les magistrats, les princes et les puissances; mais nous devons cependant rester dans les limites de notre foi , et ne pas tomber dans l'idolâtrie. Nous avons là-dessus l'exemple de ces trois frères qui , en toute autre chose obéissans lux ordres do roi Nabuchodonosor , refusèrent constamment d'honorer son image, disant que c'était une idolâtrie que de dépasser ainsi les honneurs qu'il est d'usage d'accorder aux hommes, pour leur rendre un culte presque divin. Daniel aussi était un zélé ser\'iteur de Darius, et II resta au pouvoir tant qu'il n'y eut pour sa religion aucun danger. Mais plutôt que de tomber

dans ee péril, il brava les lions de Darius, eoonM les autres avaient bravé les feux delà fournaise. Qu*on allume donc tons les jours ces lanternes, qui ne sont point la lumière; que Ton eoaroDiie les portes avee ces branches de laurier qui brAleront un jour ceux qui déjà sont menacés da feu étemel : ce sont là des témoignages en feveur des ténèbres, des augures qui présagent des chàtimens. Tu es la lumière du monde> tu es un arbre toiyours vert. Si tu as renoncé aux temples, ne fais pas un temple de ta porte. Fautil te dire aussi : Si tu as renoncé aux mauvais lieux, ne his pas de ta demeure une maison de prostitution?

XVI. Quant aux cérémonies usitées à l'occasion des événemens publics ou particuliers, comme la prise de la toge blanche, les fian* cailles, les noces, les fetes que l'on hit quand on nomme un enfent. Je ne pense pas qu'il y ait en tout cela grand danger d'idolâtrie, parce qu'il feut étudier quelles sont les origines de ces usages. Je crois qu'ils sont innocens par euxmêmes; car la robe virile, l'anneau du mariage, etc., ne tiennent pas, que je sache, au culte d'une idole. Je ne vois pas que Dieu ait jamais condamné un vêtement , si ce n'est celui de femme porté par un homme. Il est écrit : « Mandit celui qui se revêt comme une femme. » Mais la toge est un vêtement essentiellement viril. Dieu ne défend pas non plus de se réjouir quand on se marie, ou quand on donne un nom à un enfant; mais à ces réjouissances on joint souvent des sacrifices. Si ce n'est pas moi qui suis chargé de les feire, ou d'y inviter les autres , que ferai-je alors ? ce qu'il me plaira. 11 serait bien à désirer sans doute que nous puissions ne jamais être témoins de ce qu'il nous est défendu de faire; mais puisque l'esprit malin a tellement répandu l'idolâtrie dans le monde, il Faudra bien quelquefois assister à ces cérémonies, pourvu que ce soit par égard pour les hommes, et non par respect pour l'idole. Si Ton m'invite expressément à un sacrifice , je n'irai pas , car c'est une adoration directe de l'idole ; je n'y contribuerai ni de mes avis , ni de mon argent, ni en aucune manière. Si j'assiste à ua sacrifice où l'on m'a invité, je participe à l'ido^ latrie; mais si c'est une autre cause qui m'a fait accepter une invitation, je ne suis plus qu'un spectateur du sacrifice.

TERTULLIEN

de naoî est à ma louange, puisque lu ne peux m^accuser que d*avoir éié fidèle. «Si je voulais plaire aux hommes, dit Tapôtre, je ne serais pas le serviteur de Dieu. » Mais le même nous recommande ailleurs de chercher à plaire à tout le monde ; de même que moi, dit-il , je plairai à tout le monde. [Mais était-ce en célébrant les saturnales et les fêtes de Janus qu'il plaisait aux hommes? ou était-ce par sa modestie et sa patience, sa sagesse, son humanité et sa vertu? n dit encore : «Je me suis fait tout pour tous , afin que je profitasse à tous.» Mais sYst-il ftit idolâtré pour les idolâtres , païen pour les païens, mondain pour les mondains? Mais quoiqu'il ne nous défende pas de communiquer avec les idolâtres, les adultères et les autres criminels, parce que ce serait, dit-il, sortir tout à fait du monde , il ne s'ensuit pas qu'il ôtc tout frein à cette communication ; et parce qu'il nous est permis de vivre avec les pécheurs , il nous sera permis aussi de pécher avec eux. C'est le commerce de la vie que Tapôtrc permet ; quant au commerce du péché , il est défendu partout. S*il est permis de vivre avec les {gentils , il n'est pas permis de mourir avec eux. À' ivons avec tout le mondé, réjouissons-nous d'être leurs frères selon la superstition. Nous sommes leurs semblables par l'âme , mais non par la croyance ; nous vivons dans le même monde , mais non dans la înéme erreur. S'il nous est défendu de suivre les rites païens avec les païens , h plus forte raison devons-nous nous en abstenir avec nos frères. Qui pourrait excuser une telle trans{]^ression? Le Saint-Esprit désapprouve les fêtes des Juifs. «Mon âme, leur dit-il, déteste vos sabbats, vos néoménies et toutes vos cérémonies. » Nous qui rejetons entièrement ces fêtes juives , que Ûeu cependant approuvait autrefois, nous assistons aux saturnales, aux brumales, aux fêtes de Janus, et à celles de Mars; nous nous faisons réciproquement des présens , nous donnons des étrennes, des jeux, des festins. Oh ! les gentils sont bien plus conséquens que nous. Ils ne célèbrent aucune de nos fttes, ils ne chôment pas le dimanche ni le temps de Pâques jusqu'à la Pentecôte. S'ils reconnaissaient ces solennités, ils seraient en communion avec nous ; et ils craindraient de paraître chétiens. Quant à nous, nous n'avons pas peur qu'on nous prenne pour des païens. S'il fout des fêtes à votre fragilité, n'en

avez- vous pas tant et même plus que les paiensP Car la même fête païenne ne revient qu'une fois par an; et votre dimanche revient tous les huit jours. Comptez bien toutes les fêtes des idolâtres pendant Tannée, et vous verrez qu'ils n'en ont pas assez pour compenser les cinquante jours de notre Pâques.

XY. aQue vos œuvres soient visibles ,t a dit ra|)ô(re. Assurément nos malsons et nos portes sont assez visibles maintenant; car vous trouverez plus de portes de païens sans lanternes et sans couronnes de lauriers, que vous n*cn trou* verez appartenant à des chrétiens. Qu'est-ce que cela nous démontre.^ Si cette illumination se fait pour une image, assurément c'est de l'idolâtre : si elle se fait pour un homme, rappelons-nous que toute idolâtrie a commencé par adorer les hommes, puisque les gentils eux-mêmes avouent que leurs dieux étaient autrefois des hommes. Il n'y a aucune différence entre le culte rendu aux hom mes des siècles passés et celui que vous rendez à ceux du nôtre. Dans l'idolâtrie, ce n'est pas tel ou tel homme qui est condamné , c'est le culte lui-même qui n'appartient qu'au démon. «11 faut rendre à César ce qui appartient â César,» dit le texte, qui ajoute aussitôt : aEt â Dieu ce qui appartient à Dieu.» Mais qu'estce qui appartient â César? Yoilâ précisément ce dont 11 était question, car on demandait au Seigneur s'il fallait on non payer le cens à César. C'est pourquoi le Christ demanda qu'on lai montrât une pièce de monnaie, et il demanda h l'effigie de qui elle était marquée; on lui répondit : a  celle de César. » — t Rendez donc , dit-il , à César ce qui appartient à César, et â Dieu ce qui appartient à Dieu. » C'est-à-dire rendes ft César l'image de César qui est sur la monnaie , et rendez à Dieu l'image de Dieu qui est dans l'homme. Rends l'argent à César , et renda-toi tCH-mème à Dieu. Car enfin , que restera-t-il pour Dieu, si tu donnes tout à César ? a Mais , direz-vous, c'est donc un honneur dû à Dieu , que d'allumer des lanternes à sa porte et d'en orner les piliers de guirlandes de laurier?» Ce n'est pas assurément un honneur dû à Dieu , mais c'est une cérémonie en l'honneur de celui que l'on adore comme m Dieu; c'est donc au moins un culte, c'est-ft-dlre un acte extérieur d'adoration qui va droit an démon , quelle que soit l'intention ou la volonfi intérieure. Car nous savons, ce qu'ignorent

DE L'IDOLATRIE

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peut-être ceux qui ne sont pas versés dans la liltéralure profane, que les Romains avaient aussi des d jeux de portes : la déesse Gardes , ainsi nommée de cardo, gond; Forculus, de fores ^ porte ; Umentinus, de limen, seuil; et enfin Janus lui-même qui vient dc^Vim/a, porte. Nous savons aussi que ces noms étaient d'abord vains et vides de sens , mais que les démons s'en emparent aussitôt qu'ils sont consacrés par la superstition. Sans cela les démons u^auraient point de noms, propres : c'est ainsi qu'ils acquièrent en même temps un nom et une puissance. Les Grecs appelaient aussi Apollon «upoîcv^ c'est-à^ire portier ; et nous lisons que les Anthélies étaient les génies qui présidaient aux portes. Le Saint-Esprit , qui prévoyait tout dès le commencement, a dit par la bouche du trèsancien prophète Enoch : que les portes mêmes deviendraient des dieux. Nous voyons aussi que Ton adore les portes des bains. S'il est des êtres que Ton adore dans les portes , à eux les lanternes et les lauriers ; ces décorations s'adressent à l'idole. Et je m'appuie ici sur l'autorité de Dieu même , car il ne fout pas négliger ce qui a été révélé h\ un homme pour l'utilité de tous. Je connais un chrétien qui , dans un songe , Ait sévèrement réprimandé de ce que cette nuit-là même , ses esclaves, ft l'annonce d'une fête publique, avaient couronné et illuminé ses portes. Et cependant ce n'était pas lui qui l'avait hii , ni qui l'avait ordonné, car il était en voyage; et à son retour il désapprouva cette cérémonie, tant il est vrai qu'en cela Dieu nous rend responsables de la conduite de toute notre maison. Pour ce qui est des honneurs à rendre aux rois ou aux empereurs , l'apôtre nous recommande clairement d'être respectueux et obéissans envers les magistrats, les princes et les puissances ; mais nous devons cependant rester dans les limites de notre foi , et ne pas tomber dans l'idolâtrie. Nous avons là-dessus l'exemple de ces trois frères qui , en toute autre chose obéissans lux ordres do roi Nabucliodonosor , refusèrent constamment d'honorer son image, disant que c'était une idolâtrie que de dépasser ainsi les honneurs qu'il est d'usage d'accorder aux hommes, pour leur rendre un culte presque divin. Daniel aussi était un zélé seniteur de Darius , et il resta au pouvoir tant qu'il n'y eut pour sa religion aucun danger. Mais plutôt que de tomber

dans ee péril, il brava les lions de Darius, eoamt les autres avaient bravé les fenx delà fournaise. Qu'on allume donc tons les joun ces lantornes, qui ne sont point la lumière; que Ton oouroone les portes avee ces branches de laurier qnl brAleront un jour ceux qui déjà sont menacés da feu étemel : ce sont là des témoignages en foveur des ténèbres, des augures qui présagent des châtimens. Tu es la lumière du monde» tu es un arbre toiyours vert. Si tu as renoncé aux temples, ne his pas un temple de ta porte. Fautil te dire aussi : Si tu as renoncé aux mauvais lieux, ne his pas de ta demeure une maison de prostitution?

XVI. Quant aux cérémonies usitées à Toecasion des événemens publics ou particuliers, comme la prise de la toge blanche, les fian* cailles, les noces, les fêtes que l'on hit quand on nomme un enhnt, Je ne pense pas qu'il y ait en tout cela grand danger d'idolâtrie, parce qu'il hut étudier quelles sont les origines de ces usages. Je crois qu'ils sont innocens par euxmêmes; car la robe virile, l'anneau du mariage, etc., ne tiennent pas, que je sache, au culte d'une idole. Je ne vois pas que Dieu ait jamais condamné un vêtement , si ce n'est celui de femme porté par un homme. Il est écrit : « Mandit celui qui se revêt comme une femme. » Mais la toge est un vêtement essentiellement viril. Dieu ne défend pas non plus de se réjouir quand on se marie, ou quand on donne un nom à un enfant; mais à ces réjouissances on joint souvent des sacrifices. Si ce n'est pas moi qui suis chargé de les hire, ou d'y inviter les autres , que ferai-je alors ? ce qu'il me plaira. 11 serait bien à désirer sans doute que nous puissions ne jamais être témoins de ce qu'il nous est défendu de faire; mais puisque l'esprit malin a tellement répandu l'idolâtrie dans le monde, il faudra bien quelquefois assister à ces cérémonies, pourvu que ce soit par égard pour les hommes, et non par respect pour l'idole. Si l'on m'invite expressément à un sacrifice , je n'irai pas , car c'est une adoration directe de l'idole ; je n'y contribuerai ni de mes avis , ni de mon argent, ni en aucune manière. Si j'assiste à ua sacrifice où l'on m'a invité, je participe à l'ido^ latrie; mais si c'est une autre cause qui m'a fait accepter une invitation, je ne suis plus qu'un spectateur du sacrifice.

TERTULLIEN

XVII. Voyons maintenant ce que devront faire les esclaves et les hommes libres qui sont attachés comme serviteurs à des mailres, des patrons ou à des ma{][istratsquiontrhabitude d'offrir des sacrifices. Si quelqu'un sert le vin du sacrificateur, ou s'il prononce quelques paroles qui sont nécessaires à cette cérémonie, il sera certainement compté comme un ministre des idoles. Si nous voulons ne pas perdre de vue cette refile , nous pourrons servir les magistrats et les princes comme Tont fait les patriarches et d'autres fidèles qui ont souvent été les minisires et les serviteurs de rois Idolâtres, en tout ce qui n'était point idolâtrie. Il s'est élevé là-dessus une autre discussion. On demande, dans le cas où un serviteur de Dieu prendrait sur lui de remplir une fonction publique, s*il pourrait, soit par une faveur spéciale, soit même par ruse, s'abstenir de toute espèce d'idolâtrie. Nous trouvons la réponse dans la conduite de Joseph et de Daniel qui s'abstinrent de toute idolâtrie tout en siégeant dans la pourpre pour administrer les deux grands empires de TÉgypte et de Babylone. Nous devons donc croire qu'un clirétien peut rester innocent en parcourant la carrière des honneurs et des dignités, à condition qu'il ne sacrifie pas, qu'il n'autorisera pas les sacrifices, qu'il ne fournira pas de victimes , qu'il ne déléguera pas â d'autres le soin d'entretenir les temples, qu'il ne leur paiera pas de revenus, qu'il ne donnera pas de jeux ni A ses frais ni à ceux du trésor, qu'il n'y présidera pas, qu'il n'ordonnera aucune fête, et même qu'il ne fera point de sermens; que dans l'exercice de son pouvoir, il ne décidera jamais de la vie ou de l'honneur des autres (je fais une exception pour les affaires d'argent), qu'il ne jugera, ne condamnera , n'enchatnera , ni n'emprisonnera personne ; et enfin qu'il ne mettra aucun accusé à la torture: c'est â lui déjuger si cela est possible.

XVIII. Nous allons maintenant parler du vêtement et de l'appareil de ceux qui sont au pouvoir. Chacun a, suivant son rang, sa manière de s'habiller pour les jours ordinaires, et pour les grandes occasions. La pourpre et les diadèmes d'or , qui étaient chez les Égyptiens et les babyloniens des symboles de dignité , ressemblaient beaucoup aux prétextes, aux trabées, aux tuniques brodées de palmes et aux cou-

ronnes d'or que portent maintenant les prêtres des gentils; mais on n'y attachait pas la même idée. L*honneur de porter de tels vêtemens était accordé à ceux qui avaient mérité la confiance de leur roi; c'est pourquoi on les appelait les pourprés du roi, purpuraii, du mot purpura, pourpre, comme chez nous nous appelons candidats ceux qui portent une toge blanche, toga candida. Mais cet appareil n'était pas exclusivement à l'usage des sacrificateurs ni des ministres des idoles ; sans cela , des hommes si saints et si fidèles auraient refusé ces vêtemens souillés, et Ton aurait vu sur-le-champ que Daniel n'avait pas abandonné son Dieu pour les idoles, et qu'il n'adorait ni Bel ni Draco, ce qu'on ne sut que plus tard. D'ailleurs la pourpre simple n'était pas chez les Orientaux un signe de dignité, mais seulement de liberté; c'est pourquoi Joseph qui avait été esclave , et Daniel qui d'esclave était devenu Ubre, montèrent au pouvoir, à Babylone et en Egypte, en conservant leurs vêtemens d'hommes libres. Si donc cela était bien nécessaire, nous pourrions donner à nos garçons le prétexte, et aux filles la stole; ce serait un signe de liberté, et non.de puissance, de famille et non de dignité, de rang et non de superstition. Mais cette pourpre et ces insignes primitifs de puissance et de dignité ont été dédiés à la puissance et â la dignité des idoles; ils ont été par là profanés et souillés, d^antant plus qu'on en revêt les idoles mêmes auiqiidles Ton met des prétextes, des trabées, des Ittidayes, et devant lesquelles on porte les faîscetox et les verges ; en ceci l'on a raison , car les démons sont les puissances du siècle ; ils doivent donc avoir la pourpre et les faisceaux des mafpstnits. Mais à quoi te servira de porter ce vétemfnt si tu ne veux pas exercer le pouvoir qu'il coofère? On ne saurait paraître propre dans un habit sale; si tu prends une tunique déjà souillée, peut-être ne la saliras-tu pas, mauelle te salira. Vous donc qui voulez vous appuyer sur les exemples de Joseph et de Daniel, ttchei qu*oa ne doit point ainsi confondre les temps anciens et barbares avec notre époque moderne et civilisée , l'enfance des sociétés avec leur développement , et surtout ce qui convient à des escbvos et ce qui appartient à des hommes libres. j Joseph et Daniel étaient esclaves, mais vous, \ vous n'êtes les serviteurs que du Christ , qui

DE LMDOUTRIR,

v(ms a délivrés de Tesclavage du siècle : vous devez donc agir d'après son exemple et sa loi. Votre maître a passé sa vîe dans la pauvreté et dans rhumilité, n'ayant pas même de demeure. K Le Fils de Thomme, a-t-il dit, n'a pas où reposer sa (été. t II avait des habits grossiers, autrement il n'aurait pas dit : «Ce sont ceux qui habitent dans les demeures des rois qui sont vêtus avec luxe.» Enfin, il avait un visage commun , ainsi que l'avait prédit Isaie. S'il n'a jamais exercé aucun pouvoir même sur ses disciples auxquels il a rendu les services les plus liumbles , s'il a refusé la royauté, lui qui connaissait ses droits , c'était pour indiquer à ses disciples comment il faut en agir avec la grandeur, le faste et la puissance. En effet , à qui ces dignités eussent-elles mieux convenu qu'au Fils de Dieu? Que de faisceaux auraient marché devant lui ! quelle pourpre aurait flotté sur ses épaules ! quels diadèmes auraient brillé sur son iront s'il n'eût pas jugé que ces choses lui étaient étrangères, à lui et aux siens ! Donc, ce dont il n a pas voulu , il l'a rejeté ; ce qu'il a rejeté, il l'a condamné; ce qu'il a condamné , il Ta renvoyé à Satan et à ses pompes. Il n'aurait pas condamné ces frivolités, si elles ne lui eussent été étrangères; or ce qui ne vient pas de Dieu , ne peut venir que du démon. Si tu as renoncé aux pompes du démon , sache que si tu y reviens, tu es un idolâtre. Écoute bien ceci : les puissances et les dignités de la terre non-seulement sont étrangères à Dieu, mais elles lui sont contraires et hostiles, puisque c'est par elles que les serviteurs de Dieu ont été martyrisés et qu'ils ont souffert des supplices qui avaient été préparés pour les impies ; mais ta noblesse et tes richesses te gênent dans ta lutte contre l'idolâtrie. Il ne manque pourtant pas de moyens pour la fuir. S'il n'y en avait pas d'autres, il resterait du moins celui qui ferait de toi le plus heureux des princes, non sur la terre, mais dans le ciel.

XIX. On pourrait dans ce chapitre traiter de la milice qui tient le milieu entre la dignité et la puissance. Il s'agit de savoir si un chrétien peut entrer dans l'armée , et si Ton peut admettre dans l'Ëglise un militaire, même en caliges, c'est-à-dire, un simple soldat qui ne se trouve jamais dans la nécessité de juger et de condamner à la peine de mort. Il n'y a aucun rappro-

chement possible entre le pacte divin et le pacte humain, entre h bannière du Christ et l'étendard du diable , entre le camp de la lumière et le camp des ténèbres. La même vie ne peut pas être due à Dieu et à César. Moïse portait une verge, Aaron s'est ceint d'une cuirasse ; Jean portait l'épée; Josué a conduit des armées; le peuple de Dieu s'est battu même, s'il vous platt de disputer. Mais comment le soldat combattra-t-il , comment même fera-t-il son devoir pendant la paix, s'il n a pas d'épée? et le Seigneur a défendu celte arme; car, bien que des soldats fussent venus auprès de Jean et en eussent reçu la formule de notre loi , bien que le centurion lui-même eût la foi , il n'en est pas moins vrai que le Seigneur, en désarmant Pierre , a désarmé tous les soldats. Nous ne pouvons admettre comme licite Tétat de soldat, puisque le Seigneur n'a pas permis qu'on se servit une seule fois de l'épée.

XX. Gomme notre persévérance dans la loi du Christ peut être mise en danger non-seulement par nos actions, mais encore par nos paroles (car s*il est écrit : a Voilà l'homme et ses (puvres,9 il a aussi été dit : cTu seras justifié d'après les paroles»), nous devons être sur nos gardes contre l'invasion de l'idolâtrie dans nos discours , soit à cause de nos mauvaises habitudes, ou de notre timidité. Notre loi nous défend de nommer les dieux des gentils. Ce n'est pas à dire que nous ne devions jamais prononcer leurs noms , qui se présentent à tout moment dans la conversation ; car on est souvent forcé de dire : «Vous le trouverez au temple d'Esculape. — Je demeure au carrefour d'Isis. — Un tel vient d'être nommé prêtre de Jupiter, etc.» Puisque ces mots sont dans la bouche de tout le monde, je n'honore pas Saturne en l'appelant Saturne, pas plus que je n'honore Marcus en l'appelant Marcus. Mais il est dit : «Ne prononcez pas les noms des autres dieux, et que leurs noms ne sortent pas de votre bouche. Gela signifie que nous ne devons pas les appeler des dieux, car il est dit plus haut : « Ne prends pas le nom de Dieu en vain. » Or en vain , in vano, signifie dans le vide, c'est-à-dire en idole. Il tombe dans Tidolâtrie, celui qui appelle une idole un dieu. Si je suis obligé de les appeler des dieux , il faut que j'ajoute aussitôt quelque chose pour rétracter cette expression;

TERTULLIEN

rÉt;rUure même les appelle dieux, mais elle dit : a leurs dieux,» ou bien, «les dieux des gentils. y> David , après avoir nommé les dieux, se hâte d*ajouler : «Mais les dieux des gentils sont des démons. » On a aussi la mauvaise habitude de dire me hercle et me fidius dius, parce que bien des personnes ignorent que ce sont des juremens par Hercule. Or, jurer par ceux que tu as abjurés, n'est-ce pas là une prévarication, un oubli de la foi pour ridolâtrie? jurer par les dieux, n'est-ce pas les reconnaître et les honorer ?

XXt. Tu pèches par timidité, lorsqu'un autre prononce devant toi une Formule de serment qui doit te lier, et que tu gardes le silence pour ne pas être reconnu pour chrétien. En te taisant, tu reconnais la dignité de ceux au nom desquels on te regardera comme lié et engagé. Qu'importe que tu reconnaisses les dieux par ta bouche ou par tes oreilles ; que tu jures par une idole, ou que tu te laisses administrer ce serment ? Que ne reconnaissons-nous là les ruses de Satan qui , ne pouvant nous faire prononcer son nom , fait en sorte que les siens le prononcent devant nous, et nous fait entrer ridolâtrie par les oreilles? Quiconque veut te lier ainsi , le fait dans une bonne ou dans une mauvaise intention. Si son intention est mauvaise, ce doit être pour toi un appel au combat : tu sais que tu dois lutter contre rennemi;si elle est bonne, c'est une excellente occasion de faire réponse au nom du Seigneur, pour dissoudre ce lien par lequel l'esprit malin voulait te lier au culte de l'idole, c'est-à-dire à l'idolâtrie. Toute semblable tolérance est un péché; tu honores ceux au nom desquels on te fait obéir. Je connais un homme (puisse Dieu lui pardonner!) qui se disputait dans la rue. Son adversaire lui cria : «Que Jupiter te maudisse!» et il lui répondit : «Qu'il te maudisse toi-même !» Qu'aurait fait de plus un païen qui aurait cru à Jupiter ? Quand même on ne rendrait pas les malé* dictions que l'on reçoit au nom de Jupiter, c'est déjà le reconnaître que de s'en fâcher; car pourquoi t'irriter au nom de celui qui n'est rien? Si tu te mets eu colère, tu affirmes qu'il est quelque chose, tu le crains, tu es idolâtre. A plus forte raison si tu maudis loi-même en son nom; tu rends à Jupiter le même honneur que celui qui t'a maudit le premier. Un fidèle, dans

ce cas , doit rire et ne pas s'irriter; que dit-jef il nous est ordonné non pas de maudire par Dieu , mais de bénir en son nom , afin d'anéantir l'idole , de glorifier Dieu et d'obéir à aa loi.

XXII. \jà chrétien ne se laissera paa tranqufllement bénir au nom des dieux ; il faut qu'il rejette celte bénédiction impie, et qu'il la purifie en pensant à son Dieu. Être béni par les dieux des gentils, c'est être maudit du vrai Dieu. Quand je donne l'aumône , ou que je rends uu service , si pour m'en remercier l'on prie les dieux ou le génie tutélaire du paya de m'ètre propice , mon aumône ou la bonne action que j'aurai faite sera en l'honneur de rîdole , dont la bénédiction sera ma récompense. Car pourquoi ne pas dire que j'ai fait cela pour l'auMHir de Dieu , afin que celui que j'ai obligé puisse le glorifier aussi , et que les démons n'aient pas l'honneur de ce que j'ai fait pour Dieu? Dieu voit sans doute que c'est pour Ijii que j^agis, mais il voit aussi que je n'ai pas voulu Tavouer et que j'ai changé son précepte en un culte d'idolâtre. On dit souvent : « Un homme ne doit pas se glorifier ; » non, sans doute , mais il ne doit pas se renier non plus. Or c'est se renier soi-même que de dissimuler et ne rien dire quand on est pris pour un païen ; car toute négation de la vérité est une idolâtrie , comme toute idolltrie est une négation , soit en action , soit en pirole,

XXIII. 11 y a encore un sublerfii|{e de celle nature qui est un péché en action et co parole, quoique l'on se flatte qu'il est innocent , parce que l'action n'est pas apparente et la parole a'ol pas entendue. Voici ce que c'est ; il y en a qyi empruntent de l'argent à des païens iur hypothèque; quand on leur lit la formule , ik no disent rien, et par là même renient leur dieu; puis ils s'informent à quelle époque cMe ifbire sera jugée, devant quel tribunal, quel sera le président. Le Christ a dit : «Ne jure point du tout. » Tu me réponds : a J'ai écrit quelque cbOM, il est vrai , mais je n'ai rien dit. b G*est la langue qui tue et non l'écriture. J'en appelle i la nature et au bon sens ; est-il possible que la main puisse écrire sans que l'Ame dicte les paroles, quand même la langue ne les dirait pas co même temps; et cela, soit que Time dicte ses pensées , soit qu'elle répète ce qu'un autre lot dicte ; car il ne faut pas dire : «J'écris aoua la dkr téc d'un autre. » Ici j'en appelle à la conscience

DE L'IDOLATRIE

ne faut-il pas que Tàine reçoive et admette volontairement le^ paroles d'an autre pour pouvoir les dicter à la main qui écrit, et cela soit que la lan(];ue raccomp0g;iie| soit qu'elle reste silencieuse ? Et n'est-ce pas Fintention , la conscience, selon les paroles du Christ, qui Fait le péché? « Si la concupiscence ou la malice , dit-il , entre dans le cœur de Thomme , le péché est commis. » Or lu étais sur tes gardes quand on te dictait, et tu ne peux prétendre que tu ignorais ou que tu désapprouvais ces paroles. Puisque.tn étais sur tes gardes , tu as su ce dont il s'agissait; si tu Tas su, tu Tas voulu. Te voilà donc coupable en pensée et en action. Il est absurde de rejeter la faute sur ta main , et de prétendre que la chose s*est faite sans toi. «Mais, dis-tu encore , Je n'ai pas reniéDieu, puisque je n*ai pas juré.» l}uand même tu n'aurais rien dit, tout consen- «ment suffit. Tu ne dis rien quand tu devrais ^otester. Un mot passé ne peut compter dans tin écrit , une voyelle muette ne compte pour rien dans la prononciation. Zacharie, privé pour un temps de sa voix , se passait de cette faculté suspendue en lui , et exprimait avec ses mains les pensées de son àme. Il prononce sans parole le nom qu'il veut donner ft son ftls ; Il parle en caractère d*écriture ; sa main se fait entendre sur la tablette de cire plus clairement que par aucun son. On pourrait dire que l'écriture est plus sonore que la voix ; doutez-vous qu*il ait parlé , celui qui a appris à s'exprimer ainsi P Que Dieu éloigne de nous la nécessité de faire de telles transactions; si nous sommes dans rembarras , qu*il accorde à nos firères la feculté de nous aider, ou bien quMI nous donne le courage de vaincre nos désirs on nos besoins, afin qu'au dernier jour ces caractères impies qui ont

suppléé à notre voix pour renier Dieu , ne nous soient point présentés devant le tribunal céleste , non plus par un avocat , mais par l'ange accusateur.

XXIV. Au milieu de ces écueils et de ces rochers sans nombre , le vaisseau de la foi déploie ses voiles au souffle de l'Esprit-Saint. II vogue en sûreté, s'il a pour pilotes la prudence et le zèle; mais si vous tombez par -dessus bord , le tourbillon inévitable de l'idolâlrie est prêt à vous dévorer et à vous engloutir; chacun de ses flots est mortel , chacun de ses gouffres conduit aux enfers. Qu'on ne me dise pas :t Qui pourra donc s'en garder?» Que Ton renonce au monde s'il le faut. Il vaut mieux sortir du monde et rester chrétien que de vivre dans le monde pour y tomber dans Tidolàtrie. Rien n'est si facile que d'éviter l'idolâtrie pourvu qu'on la craigne ; il n'y a pas de pauvreté qui soit si à craindre que l'abandon de Dieu. Cest pour cela que sur la demande des apôtres , l'Esprit-Saint a beaucoup relâché la rigueur de l'ancienne loi, afin que tous nos soins fussent employés à éviter l'idolâtrie. Cest lâ notre loi maintenant ; plus elle est simple, plus nous devons la suivre rigoureusement. C'est elle qui distingue les chrétiens d'avec les gentils; c'est elle qu'il faut offrir à ceux qui veulent entrer dans FËglise , qu'il fiiut apprendre soigneusement à ceux qui y sont admis , afin qu'ils délibèrent avant d'entrer et qu'ils persévèrent ensuite , ou bien qu'ils y renoncent franchement. Noé reçut dans son arche le eorbeau et lé vautour ; il y reçut le loup , le chien et le serpent, mais il n'y laissa pas entrer l'idolâtrie. L'idolâtrie n'a pas de type dans la nature; ce qui ne fut pas admis dans l'arche , ne doit pas être admis dans l'Ëglise.

TERTULLIEN

TËcnture même les appelle dieux, mais elle dit : n leurs dieux,» ou bien, «les dieux des gentils, yy David, après avoir nommé les dieux, se hâte d'ajouter : «Mais les dieux des gentils sont des démons. » On a aussi la mauvaise habi* tude de dire me hercle et me fidius dius, parce que bien des personnes ignorent que ce sont des juremens par Hercule. Or, jurer par ceux que tu as abjurés, n'est-ce pas là une prévarication, un oubli de la foi pour lidoiâtrie? jurer par les dieux, n'est-ce pas les reconnaître et les honorer ?

XXt. Tu pèches par timidité, lorsqu'un autre prononce devant toi une formule de serment qui doit te lier, et que tu gardes le silence pour ne pas être reconnu pour chrétien. En te taisant, tu reconnais la dignité de ceux au nom desquels on te regardera comme lié et engage. Qu'importe que tu reconnaisses les dieux par ta bouche ou par tes oreilles; que tu jures par une idole, ou que tu te laisses administrer ce serment ? Que ne reconnaissons-nous là les ruses de Satan qui , ne pouvant nous faire prononcer son nom , fait en sorte que les siens le prononcent devant nous, et nous fait entrer Tidolàtrie par les oreilles? Quiconque veut le lier ainsi , le fait dans une bonne ou dans une mauvaise intention. Si son intention est mauvaise, ce doit être pour toi un appel au combat : tu sais que tu dois lutter contre renncmi;si elle est bonne, c'est une excellente occasion de faire réponse au nom du Seigneur, pour dissoudre ce lien par lequel l'esprit malin voulait te lier au culte de l'idole, c'est-à-dire à l'idolâtrie. Toute semblable tolérance est un péché; tu honores ceux au nom desquels on te fait obéir. Je connais un homme (puisse Dieu lui pardonner !} qui se disputait dans la rue. Son adversaire lui cria : «Que Jupiter te maudisse!» et il lui répondit: «Qu'il te maudisse toi-même !» Qu'aurait fait de plus un païen qui aurait cru à Jupiter ? Quand même on ne rendrait pas les malé* dictions que l'on reçoit au nom de Jupiter, c'est déjà le reconnaître que de s'en fâcher; car pourquoi t'irriter au nom de celui qui n'est rien? Si tu te mets eu colère, tu affirmes qu'il est quelque chose, tu le crains, tu es idolâtre. A plus forte raison si tu maudis loi-mème en son nom; tu rends à Jupiter le même honneur que celui qui t'a maudit le premier. Un fidèle, dans

ce cas , doit rire et ne pas s'irriter; que dis-jef il nous est ordonné non pas de maudire par Dieu , mais de bénir en son nom , afin d'anéantir l'idole , de glorifier Dieu et d'obéir à aa loi.

XXII. Ije chrétien ne se laissera pas tranquillement bénir au nom des dieux ; i( faut qu'il rejette cette bénédiction impie, et qu'il la purifie en pensant à son Dieu. Être béni par les dieux des gentils, c'est être maudit du vrai Dieu. Quand je donne l'aumône, ou que je rends un service , si pour m'en remercier l'on prie les dieux ou le génie tutélaire du pays de m'ètre propice , mon aumône ou la bonne action que j^aurai fuite sera en l'honneur de Fidole , dont la bénédiction sera ma récompense. Car pourquoi ne pas dire que j'ai fait cela pour l'amour de Dieu , afin que celui que j'ai obligé puisse le glorifier aussi , et que les démons n'aient pas l'honneur de ce que j'ai fait pour Dieu? Dieu voit^ sans doute que c'est pour Ijii que j'agis, mais il< voit aussi que je n'ai pas voulu Tavouer et que j'ai changé son précepte en un culte d'idolâtre. On dit souvent : « Un homme ne doit pas se glorifier ; » non, sans doute , mais il ne doit pas se renier non plus. Or c'est se renier soi-même que de dissimuler et ne rien dire quand on est pris pour un païen ; car toute négation de la vérité est une idolâtrie , comme toute idolâtrie est une négation, soit en action i soit en parole,

XXIII. Il y a encore un sublerfiige de cette nature qui est un péché en action et en parotei quoique l'on se flatte qu'il est innocent, parce que l'action n'est pas apparente et la parole o'esC pas entendue. Voici ce que c'est : il y en a qui empruntent de l'argent à des païens sur hypothèque; quand on leur lit la formule, ils ne disent rien, et par là même renient leur dieu; puis ils s'informent à quelle époque cette afflUrt sera jugée, devant quel tribunal, qud acrale président, Le Christ a dit : «Ne jurepoini du tout. »Tu me réponds: a J'ai écrit quelque chose, il est vrai , mais je n'ai rien dit. b G*est la langue qui tue et non l'écriture. J'en appelle à la nature et au bon sens ; est-il possible que la main puisse écrire sans que l'âme dicte les paroles, quand même la langue ne les dirait pas eu même temps; et cela, soit que l'âme diète ses pensées, soit qu'elle répèle ce qu'un autre lui dicte ; car il ne faut pas dire : « J^écris soua la dkr tée d'un autre. » Ici j'en appelle à la conscience

DE i;iDOLATRlE.

it-il pas que Tàine reçoive et admette voreitient le% paroles d'an autre pour pouvoir ctcr à la main qui écrit, et cela soit que la e raccomp^gfoe ^ soit -qu'elle reste silenî ? Et n^est-cepas Tintention , la conscience, les paroles du Christ, qui fait le péché? concupiscence ou la malice , dit-il , entre c cœur de Thomme , le péché est commis. » étais sur tes gardes quand on te dictait , ne peux prétendre que tu ignorais ou que sapprouvais ces paroles. Puisque.tu étais s gardes , tu as su ce dont il s'agissait; si $ su, tu Tas voulu. Te voilà donc coupable nsée et en action. Il est absurde de rejeter ite sur ta main , et de prétendre que la s*est i^ite sans toi. «Mais, dis-tu encore, î pas renié Dieu , puisque je n*ai pas juré. » d même tu n*aurais rien dit, tout eonsenit suffit. Tu ne dis rien quand tu devrais ster. Un mot passé ne peut compter dans rit , une voyelle muette ne compte pour dans la prononciation. Zacbarie, privé un temps de sa voix, se passait de cette é suspendue en lui , et exprimait avec ses I les pensées de son àme. Il prononce sans ; le nom qu*il veut donner à son ftls ; il en caractère d'écriture; sa main se fait dre sur la tablette de cire plus clairement ar aucun son. On pourrait dire que Técrisst plus sonore que la voix ; doutez-vous lit parlé , celui qui a appris à s'exprimer * Que Dieu éloigne de nous la nécessité de le telles transactions; si nous sommes dans arras , qu'il accorde h nos frères la feculté us aider, ou bien qu'il nous donne le coude vaincre nos désirs on nos besoins, afin dernier jour ces caractères impies qui ont

suppléé à notre voix pour renier Dieu, ne nous soient point présentés devant le tribunal céleste , non plus par un avocat , mais par Fange accusateur.

XXIV. Au milieu de ces écueils et de ces rochers sans nombre, le vaisseau de la foi déploie ses voiles au souffle de TEsprit-Saint. II vogue en sûreté, s'il a pour pilotes la prudence et le zèle; mais si vous tombez par -dessus bord, le tourbillon inévitable de ridolàtrie est prêt à vous dévorer et à vous engloutir ; chacun de ses flots est mortel , chacun de ses gouffres conduit aux enfers. Qu'on ne me dise pas : t Qui pourra donc s'en garder Pa Que l'on renonce au monde s'il le fout. Il vaut mieux sortir du monde et rester chrétien que de vivre dans le monde pour y tomber dans Tidolàtrie. Rien n'est si facile que d'éviter l'idolâtrie pourvu qu'on la craigne ; il n'y a pas de pauvreté qui soit si à craindre que l'abandon de Dieu. CTest pour cela que sur la demande des apôtres , l'Esprit-Saint a beaucoup relâché la rigueur de l'ancienne loi, afin que tous nos soins fuàsent employés à éviter ridolâtrie. Cest là notre loi maintenant ; plus elle est simple, plus nous devons la suivre rigoureusement. C'est elle qui distingue les chrétiens d'avec les gentils ; c'est elle qu'il faut offrir à ceux qui veulent entrer dans TËglise , qu'il fiiut apprendre soigneusement à ceux qui y sont admis , afin qu'ils délibèrent avant d'entrer et qu'ils persévèrent ensuite , ou bien qu'ils y renoncent franchement. Noé reçut dans son arche le corbeau et lé vautour ; il y reçut le loup , le chien et le serpent, mais il n'y laissa pas entrer l'idolâtrie. L'idolâtrie n'a pas de type dans la nature; ce qui ne fiit pas admis dans l'arche, ne doit pas être admis dans l'Ëglise.

TERTULUEN.

DE L'ORAISON DOMINICALE

Esprit divin, parole divine, raison divine, toutes ces expressions signifient la parole de la raison, et la raison de la parole et de Tesprit. Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ , en donnant à ses nouveaux clisciples son Nouveau Testament, leur a-t-il dicté une nouvelle formule de prière , car à la prière aussi devait s'appliquer ce qui a été écrit : «Le vin nouveau sera mis dans des outres neuves , et le manteau neuf sera raccommodé avec un morceau de drap neuf.»

Tout ce qui était autrefois a été changé, comme la circoncision, ou complété, comme le reste de la loi, ou accompli , comme les prophéties, ou perfectionné , comme la loi elle-même. La nouvelle grâce de Dieu a changé au spirituel tout ce qui était charnel, en passant sonËvangile comme une éponge sur toute Tantiquité. En cela, Notre-Seigneur a prouvé qu'il était Tesprit de Dieu , la parole de Dieu et la raison de Dieu : Fesprit qui prévaut, la parole qui enseigne, et la raison qui vivifie. Aussi Foraison dominicale cst'CUe fondée sur ces trois principes : la parole, puisque c'est une oraison verbale; Fesprit, qui seul fait son mérite et sa puissance ; et la raison , parce qu'elle nous instruit. Jean aussi avait appris à ses disciples à prier, mais il ne faisait que préparer les voies du Seigneur, jusqu à ce que le Christ lui-même fût agrandi, comme Favait prédit Jean , en disant qu'il serait luimême diminué , et jusqu'à ce que Fœuvre de son prédécesseur entrât en lui avec le Saint-Esprit. C'est pour cela que les prières que Jean apprenait à ses disciples ne sont point parvenues jusqu'à nous , parce que tout ce qui était de la terre devait céder devant celui qui venait du ciel, t Celui qui est de la terre, est-il dit, parle des choses de la terre, mais celui qui vient du ciel , raconte ce qu'il y a vu. » Et tout ce qui est du Christ n'cst-il pas céleste? aussi cette prière dominicale est-elle divine. Considérons donc.

mes bien-aimés , la sagesse divine de celui qui nous Fa envoyée ; d'abord il nous ordonne de prier en secret , parce qu'il veut que Fhomme sache bien que Dieu peut l'entendre et le voir partout, même dans les lieux les plus cachés. 11 veut aussi que le fidèle ne fasse point parade de sa religion , mais qu'il se contente de faire entendre sa prière à celui qui peut Fentendre partout. Étudions encore sa sagesse dans le précepte qu*il nous donne ensuite. Il convient à la foi et \ la modestie de ne pas adresser à Dieu une foule de paroles, puisque nous devons savoir qu'il ne manquera pas de protéger les siens; mais sa prière si brève devient bien grande et bieu belle quand on en étudie profondément Fesprit. Plus elle est courte en paroles, plus elle est étendue par le sens ; elle ne s'astreint pas seulement au devoir de la prière , qui est d'honorer Dieu et de Fimplorer, mais elle contient presque toute la morale du Seigneur et la discipUne de son église ; elle est Fabrégé de tout FËvangile.

II. Elle commence par nous faire rendre témoignage de Dieu et de la puissance de k M que nous avons en lui , quand nous disons : lYotre Père qui êtes aux deux. Par ces moCs, nous prions Dieu , et nous attestons que nous croyons en lui en l'appelant «Père;» car il est écrit'.alladonuéàceux quiontcruenlui ledroit de s'appeler ses enfans.» Notre-Seigneur, dans les instructions qu'il nous a adressées , appelle souvent Dieu , a le Père. » Il nous a même ordonné de n'appeler notre père que cdni qui est dans les cieux. Ainsi en commençant Foraison dominicale, nous obéissons d^àà l'un de ses préceptes. Il a été reproché à IsraH, qu'il remplissait le ciel et la terre de sa douleur» en disant : «J'ai engendré des fils, et il ne m^ont point reconnu. » Or , en reconnaissant ne père, nous reconnaissons un Dieu. Ce titre eiprime I la fois son amour et sa puissance. Dans le Ptic,

DE L'ORAISON DOMINICALE

nous invoquons aussi ic Fils , car il a dit : «Mon Père et moi, nous ne sommes qu'un.» Nous invoquons FÉglise notre mère , car nommer le Père et le Fils, c'est reconnaître la mère, qui seule peut avoir établi le rapport qui existe entre ces deux noms. Ainsi , dans un seul mot nous honorons Dieu et les siens, nous obéissons au précepte et nous condamnons ceux qui ont oublié leur père.

m. Le nom de Dieu le Père était autrefois inconnu au monde. Quand Moïse lui-même demanda à Dieu qui il était , Dieu lui répondit par un autre nom. Le Père nous a été révélé dans le Fils, qui par sa venue a donné à Dieu un nouveau nom,^ainsi qu'il le dit lui-même explicitement : a J'ai manifesté ton nom aux hommes. » Nous demandons^tfe ce nom soit sanctifié. Ge n'est pas qu'il convienne à des hommes de foire des souhaits en faveur de Dieu , auquel on ne peut rien souhaiter , ni qu'il ait besoin de notre bienveillance. Nous devons bénir Dieu en tout temps et en tout lieu, à cause des bienfaits dont il a comblé tous les hommes ; mais la bénédiction suffit à la reconnaissance : ce sont des remerclmens , et non des souhaits que nous lui devons. Le nom de Dieu n'a-t-il pas toujours été saint et sanctifié par lui-même , lui qui sanctifie les autres ; lui devant le trône duquel s'agenouille l'armée des anges en chantant : « Saint , saint , saint, b Et nous aussi , qui devons par nos bonnes œuvres devenir semblables à des anges, nous balbutions déjà le cantique étemel et nous apprenons à chanter ce qu'un jour nous dianterons dans le ciel. Voilà pour ce qui regarde la gloire de Dieu. Quant à la prière que nous fôisons pour nous , elle consiste en ce que nous demandons que Dieu soit sanctifié en nous, qui sommes en lui , et en ceux sur lesquels la grâce de Dieu n'est pas encore descendue. En cela nous obéissons an précepte qui nous ordonne de prier pour tous , même pour nos ennemis. Voilà pourquoi en ne priant pas que Dieu soit sanctifié «en nous», nous prions réellement qu'il soit sanctifié dans tous les hommes.

IV. Après cette formule, nous ajoutons : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Nous ne devons pas comprendre qu'aucun obstacle puisse arrêter Teffet de la Volonté divine, mais nous prions encore qu'elle

soit faite en nous et en tous les hommes; car en interprétant bien celte figure , nous trouverons qu>n parlant de notre chair et de notre esprit, nous sommes nous-m^mes le ciel et la terre. Mais quand on prendrait cette expression au pied de la lettre, le sens en serait encore le même , à savoir que sa volonté se fasse en nous sur la terre, afin qu'elle puisse se faire en nous dans le ciel; car , quelle est la volonté de Dieu , si ce n'est de nous voir marcher suivant la loi? Nous lui demandons donc de faire entrer en nous l'essence et la puissance de sa volonté, pour que nous soyons sauvés sur la terre et dans le ciel , parce que sa plus grande volonté est le salut des enfans qu'il a adoptés. Cest cette volonté de Dieu que le Seigneur a tâché de réaliser par ses prédications , par ses osuvres et par ses souffrances. 11 l'a dit lui-même :^Ce n'est pas ma volonté , c'est celle de mon Père que je lais. » Sans doute , toutes les actions étaient selon la volonté de son Père, et il nous a invités à suivre son exemple et à prêcher, à travailler et à souffrir comme lui jusqu'à la mort. Pour pouvoir faire tout cela , nous avons besoin de la grâce et de la volonté de Dieu ; donc en disant :« Que votre, volonté se fasse,» c'est une faveur que nous demandons pour nous-mêmes, puisque la volonté de Dieu ne saurait nous être nuisible , même s'il est quel quefois sévère, suivant nos péchés. Donc par cette parole aussi nous nous disposons à souf firir s'il le faut. Notre-Seigneur, pour nous mon* trer dans sa passion que la faiblesse de notre chair était dans sa chah*, dit : aO mon Père! éloignez de moi ce calice ;» puis se reprenant , il ajoute : «Mais que votre volonté soit faite , et non la mienne, d 11 était lui-même identifié avec la volonté et la puissance de son Père; mais c'était pour nous apprendre à payer notre dette de souffrance, qu'il s'en rapportait ainsi à la volonté de son Père.

V. Que votre règne arrive. Cette prière a un sens analogue à la précédente; elle signifie: que votre règne arrive en nous : car Dieu n'estil pas toujours roi , lui qui tient dans sa main lecœur des rois? Mais tout ce que nous désirons pour nous- mêmes , nous le rapportons à lui , nous le sanctifions en lui , parce que c'est de lui que nous l'attendons. Or si la venue du règne de Dieu s'accorde avec sa volouic cl OLige

TERTULLIEX.

la fia de ce monde, pourquoi le prîons-nous quelquefois de prolon|;er nos jours sur la terre? Ce règne que nous demandons , cVst la fin des temps, c*est la consommation des siècles; nous ; demandons d'entrer bientôt dans le règne et de n'être pas retenus longtemps dans Tcsclavage. Quand cette prière n'aurait pas exactement ce sens, nous devrions le lui donner, par notre désir d'arriver au but de toutes nos espérances. Dans TApocalypse, les Ames des martyrs qui sont sous l'autel crient au Seigneur : a Jusques à quand notre sang criera- 1 -il vengeance contre les enFans de la terre?» C'est qu'ils doivent être vengés au jour du jugement. O Seigneur! hâte l'arrivée de ton règne! c'est le vœu des chrétiens , la confusion des gentils , le triomphe des anges; ccst pour ton règne que nous souffrons, c'est pour ton règne que nous prions !

VI. Avec quel art la sagesse divine a ordonné les différentes partiesde cette oraison ! Après les choses du ciel, c'est-à-dire la volonté et te règne de Dieu, viennent les choses de la terre, auxquelles elle a bien voulu donner une place ; car le Seigneur a dit : a Demandez d*abord le règne de Dieu , et le reste vous sera donné en sus. » Cependant nous sommes portés à donner un sens spirituel à ces paroles , donneznous aujounl'Imi noire pain quotUlien.

Car le pain, c'est la vie; et la vie, c'est le Christ. «Je suis, a-t-il dit, le pain de la vie.» Et un peu plus haut : «Le pain est la parole du Dieu vivant, qui descend des cieux.» D'ailleurs le pain représente le corps même du Christ , puisqu'il a dit : «Ceci est mon corps.» Donc eu demandant notre pain de chaque jour, nous demandons à être pcrpétuellcraenl identifiés avec le corps du Clirist , et à ne nous en séparer jamais. Mais on admet aussi l'inlerprétation littérale, qui est d ailleurs parfaitement d'accord avec la discipline. Nous demandons donc du pain , qui est tout ce qu'il faut pour vivre ; «Ce sont les gentils qui demandent davantage. » Le Seigneur a dit en parabole : « Un père ôtc-t-il le pain à ses enfons pour le donner aux chiens? Et encore : «Si un fils demande du pain à son père, celui-ci lui donne-t-il une pierre?» Il montre par là ce que les enfans ont droit d^attendre de leurs pères. En disant : Donnez-nous «aujourd'hui ,>»

nous obéissons encore à son précepte : « ? inquiétez pas de ce que vous manger main. » Lo Seigneur a expliqué cela par rabole de cet homme, qui dans le tem|: moisson amassa assez de blé dans ses g pour vivre tranquillement pendant biei temps , et qui mourut le soir même.

VII. Après avoir invoqué la libéralité d il est naturel que nous nous adression: indulgence et à sa clémence. Car à que serviront les alimçns, si nous nous en ei sons comme une victime destinée au sai Dieu savait bien que lui ^ul est sans c'est pourquoi il nous a enjoint de dir mettez-nous nos dettes, c'est à dire \ nez-nous nos offenses. Qr demander \ c'est avouer ses fautes, et s'en repenti nous apprend que la pénitence est agr Dieu, qui la préfère à la mort du p< Dans le langage figuré de l'Écriture , un signifie un péché, parce qu'en péch^ encourt une peine , une dette de soufl qu'il faut payer , et qui sera sévèrement si elle ne nous est remise , comme cett* que le maître remet à son serviteur < parabole ce qui n'a d'autre but que de n seigncr cette morale. Car ce serviteur éprouvé la clémence de son matire , Ait reux envers ses propres créanciers; c'esl quoi son Seigneur le fit paraître devant le livra au geôlier pour qu'il payât ja$ dernière obole ; c'est-à-dire poar qu'il f de ses moindres péchés. Voilà pourqa< déclarons que nous pardonnons à ceux q ont offensés, en ajoutant: comme ne mettons nous-mêmes les deiies à nosp débiteurs. Dans un autre endroit, le Si avait déjà dit : « Remet(ez et il vous i mis;» c'est-à-dire pardonnez et il vo pardonné. Lorsque Pierre loi demanda lait pardonner à son frère jasqn^à se] il lui répondit :« Certes, et jiisqn*à septi sept fois.» Ainsi la loi se perfectioiin il est dit dans la Genèse qu'une septii| geance fut tirée de Gain, et que Laii puni septante-sept fois.

VIII. Pour compléter cette prière ai après avoir demandé qoe nos fautes m sent pardonnées, nous prions Dieu de permettre que nous en oommettions li

▼elles. Ne nous induisez pas en tentcUion ; c*esl-à-dîre ne permettez pas que nous y soyons induits par le tentateur; car il ne hxxi pas croire que Dieu veuille nous tenter, ni pour essayer notre foi qu'il connaît bien, ni surtout pour nous faire succomber. L'i^jnorance et la méchanceté n'appartiennent qu'au démon. Ce n^étaît pas pour tenter, mais pour manifester la foi d'Abraham , qu'il lui ordonna de sacrifier son fils, afin de prouver par Teiemple de ce patriarche ce qu'il devait cnsei|;ner plus tard , à tevoir , qu'il fout préférer Dieu à ses plus chers parens. Le Seigneur s'est lui-même laissé tenter par Satan , pour nous montrer quel est le véritable auteur de la tentation. Il Pa encore montré plus tard quand il a dit : « Priez , afin que vous ne soyez point tentés. » Car ils étaient exposés à la tentation ceux qui abandonnaient le Seigneur, et qui préféraient le sommeil à la prière. Aussi la réplique est-elle : Mais ddlii'rez-nous du mai, ce qui est une espèce d'explication de la prière précédente.

IX. A combien de préceptes n*obéissoos-nous pas en récitant cette courte prière! combien elle renferme de discours, de paraboles et d'exhortations tirées de l'Ëvangile du Seigneur, sans compter les recommandations des prophètes, des évangélîsles et des apdtrcs! Nous faisons acte d'adoration en appelant Dieu notre Père; acte de foi , en glorifiant son nom ; acte de soumission, en désirant Taccomplissemcnt de sa volonté; acte d*e$pcrancc , en appelant son règne; acte de contrition , en dcniaudant le pardon de DOS fautes; acte d'humilité, en demandant sa protection contre le tentateur. Qu'y a-l-il d'étonnant? Dieu seul pouvait nous apprendre comment il veut être prié. Ce fut donc lui-même qui institua cette prière, qui , animée et vivifiée de son soufBe et de son esprit en sortant de sa bouche divine, monte au ciel en vertu de sa propre nature toute céleste, et obtient facilement du Père ce que le Fils nous a appris à demander. Après nous avoir dicté cette prière universelle, le Seigneur, qui prévoyait tous les besoins de l'humanité, ajouta : a Demandez et vous recevrez. » Chacun peut donc adresser au cid différentes prières suivant ses besoins, en commençant toiyours par l'oraison dominicale, qui est la prière fondamentale. Les circonstances sont souvent la mesure de nos désirs ; ou

DE L'ORAISON DOMINICALE. 287

peut donc y ajouter les prières que Ton veut , pourvu que Ton n'oublie pas celle qu*il a commandée, de peur que Dieu n'écoute pas nos prières si nous ne sommes pas attentifs à ses commandemens.

X. L'observation des commandement) ouvre le ciel à la prière , qui est le premier de tous les commandemens. Avant de nous approcher de l'autel de Dieu , il faut nous réconcilier avec nus frères; car si notre cœur est plein de haine, pouvons-nous nous approcher du Dieu de paix? pouvons-nous demander qu'il nous pardonne si nous ne pardonnons pas aux autres.^ Celui qui est irrité contre son frère pourra-t-il apaiser son Père qui , dès le commencement , nous a défendu toute haine, toute colère? Joseph en euvoyant ses ft-ères chercher son père, leur recommanda de ne point se quereller en chemin. Cet avis nous est adressé à tous; car, dans notre doctrine, la voie ou le chemin, c'est la voie du salut , c'est par conséquent la prière ; nous ne devons donc pas prier avec la colère dans le cœur. Notre-Seigneur, en accomplissant la loi, c^est-à-dire en lui donnant toute son étendue, appelle homicide celui qui s'irrite contre son frère, ou qui lui adresse une parole injurieuse. L'apôtre aussi nous recommande, quand nous avons eu le malheur de nous irriter contre notre prochain , de nous réconcilier avec lui avant le coucher du soleil. N'est-ce pas une grande témérité que de passer toute la journée sans prier, ou d'oser prier avec un cœur plein de haine? Ce n'est pas seulement de colère, mais de toute mauvaise intention que nous devons nous purifier avant de prier, parce qu'il faut que l'oraison sorte d'un esprit aussi pur que l'esprit auquel elle est adressée. Un esprit souillé ne peut être écouté d'un esprit saint, pas plus qu'un homme triste ne peut l'être d'un homme gai. Nul ne peut admettre et recevoir ce qui lui est contraire.

XI. D'ailleurs comment peut-on croire que pour prier il faille se laver les mains, et qu'on ne soit pas obligé de se purifier la conscience, puisqu'il faut que les mains soient pures, spirituellement parlant, c'est-à-dire pures de sang, de meurtre, de cruautés , d'idolâtrie et de toutes les souillures qui , conçues par l'esprit , s'opèrent parle moyen des mains? Voilà la véritable netteté spirituelle nécessaire à la ^iricMC, et non

TERTULLIEN

celle que pratiquent certains esprits superstitieux qui se croient obligés de prendre un bain avant de prier. En remontant à Torigine de cette coutume, j'ai trouvé qu'elle venait de Piiate, qui se lava les mains en livrant le Christ aux Juifs. Mais nous adorons Dieu, et nous ne le livrons pas; nous devons même nous abstenir d'imiter Texemplede celui qui Ta ainsi livré, et ne pas nous laver les mains, à moins que ce ne soit que comme un signe extérieur de notre pureté intérieure. Nos mains seront toujours assez pures puisqu'elles ont été , avec tout notre corps et notre âme, lavées dans le sang du Christ. Israël chaque jour se lave tout le corps, et cependant il n'est jamais pur; ses mains ne se purifieront jamais du sang des prophètes et de celui du Christ. Aussi la conscience du crime de ses pères ne lui permet-elle pas d'élever ses mains vers le ciel, de crainte qu'un nouvel Isaïe ne leur crie : « abomination ! » ou que le Christ lui-même n'en témoigne son horreur. Mais nous, non-seulement nous élevons nos mains , mais nous les tendons vers le ciel , comme le Christ les étendait sur la croix, et par cette posture suppliante, nous confessons le Christ.

XII.Tuisque nous avons parlé de cette vaine pratique, nous allons dire aussi un mot sur plusieurs autres qui sont vaines et superstitieuses, puisqu'elles ne sont fondées sur aucun précepte de Dieu ni des apôtres. La plupart même sentent plus l'idolâtrie que la religion, sont plus spécieuses que raisonnables, et devraient être évitées, précisément parce qu'elles sont en usage chez les gentils. Il y en a qui ôtent leurs manteaux pour prier: c'est ainsi que font les païens devant leurs idoles. Si cela était obligatoire, les apôtres l'auraient dit dans les instructions qu'ils nous ont laissées sur la prière. Or est-il dit que Paul ait 6té son manteau quand il fil la prière â Carpos? Ou bien pensez-vous que Dieu ne pourra entendre ceux qui sont couverts de leur capuce, lui qui a entendu dans le fond de la fournaise ardente ses trois saints qui, suivant la coutume de Babylone, étaient couverts de tiares et de robes médiques ? Il y en a qui croient devoir s'asseoir pour dire leur prière ; je ne vois pour cela aucune raison, â moins que Tonne s'appuie sur l'exemple d'Hermas, qui, dans rÉcrilure, représente probablement le bon pasteur. Or Ilcrmas dit : a Après que j'eus

prié et que je me Fus assis sur mon lit. » Mais c'est là une simple narration , et non pas un ordre qui nous soit donné: autrement , nous ne devrions donc jamais prier que dans les lieux où il se trouve un lit ? D'ailleurs les gentils ont coutume de s'asseoir après avoir adoré leurs idoles , c'est une raison suffisante pour que nous ne le fassions pas après avoir prié Dieu : cela est même peu respectueux , comme en conviendraient les gentils eux-mêmes s'ils voulaient réfléchir. On ne s'assied pas en présence d'un homme à qui l'on veut témoigner beaucoup de respect, â plus forte raison en présence du Dieu vivant devant qui les anges se tiennent debout en se voilant de leurs ailes. On dirait vraiment que vous reprochez à Dieu la Fatigue que vous causent les prières que vous lui adressez.

XIII. Comme la modestie et l'humilité sont les meilleures recommandations auprès de Dieu, il ne Faut pas élever les mains trop haut quand nous le prions. Il ne faut pas non plus lever la figure avec trop d'assurance. Rappelons-nous que le publicain , dont non-seulement la prière mais encore la posture et le visage étaient humbles, se retira plus justifié devant Dieu que Forgueilleux pharisien. Il convient au3si de parier d'une voix modérée , car si vous parlez haut pour vous faire entendre du ciel, quels pouinoos ne vous faudra-t-il pas? Dieu entend , non la voix, mais le cœur. Le démon de l'oracle pythien disait luimême: a Je comprends les muets et j'entends ceux qui ne peuvent parler. 9 Groyei-voQsqne les oreilles de Dieu aient besoin de tant de bruit? Comment donc alors aurait-Jl entenda Jonas dans le ventre de la baleine , lui dont la voix devait pénétrer â travers les entrailles d'une énorme bête, et , du fond de FiMme , traverser la masse des eaux pour arriver jnsqp'sD ciel? Qu'obtiendront de plus ceux qui ne prient si haut que pour être entendus de leurs voisûis? ne feraient-ils pas aussi bien de priera public?

XIV. Une autre coutume a encore privata; c'est que les personnes qui jeûnent a'abstiennent , après la prière Faite en common , de donner à leur frère le baiser de paix qui tcnDÔie ordinairement nos dévotions. Or, quel meflleor moment que celui de la prière pour montrer notre charité envers nos frères, que celui oA fls viennent de prier avec nous et même de prier

DE L'ORAISON DOMINICALE

pour nous? La prière n'est pas complète si elle n'est accompagnée du baiser de paix. La paix avec nos frères ne peut nuire à nos devoirs envers Dieu. Quel serait donc cet acte de dévotion dont on ne reviendrait pas en paix avec tout le noonde.^ Quelque raison que vous donniez de cet usage, elle ne doit point prévaloir sur le précepte qui nous ordonne de ne pas foire parade de nos jeûnes« Or, en nous abstenant d'embrasser nos frères, nous déclarons que nous avons jeûné. Si cependant vous avez quelque bonne raison pour suivre cette coutume, abstenez-voûs d'embrasser ceux qui demeurent sous votre toit, lorsque vous priez chez vous, où il serait difficile de cacher vos jeûnes; mais après tes prières publiques et toutes les fois que vous pouvez dissimuler vos jeûnes, rappelez-vous le précepte. De cette manière, vous obéirez à la discipline au dehors, et vous suivrez votre coutume dans votre intérieur. Le jour de la pique , étant un jeûne public, vous pourrez vous dispenser de donner le baiser de paix, puisqu il ne peut alors être question de se cacher de ce que tout le monde fait. Il y en a qui pensent que, pendant les oraisons des jours de stations, on ne doit point célébrer le saint sacrifice, parce que, disent-ils, la communion interrompt la station et doit la faire cesser. N'est-ce pas une erreur que de croire que Feucharistie puisse faire cesser un devoir au lieu de le rendre plus obligatoire? Quand on reçoit le corps du Christ , cette participation au sacrifice n'exclut pas du tout Fexécution des autres devoirs ^ Si nos stations ont emprunté leur nom aux coutumes militaires, car nous sommes la milice du Christ, il est clair que ni la joie, ni la tristesse, n'empêchent les soldats de faire leurs stations ; s'ils sont gais , ils remplissent leur devoir plus volontiers ; s'ils ont quelque sujet d'inquiétude, ils n'en doivent veiller qu'avec plus de vigilance.

XV. Quant au vêtement des femmes dans les églises, il siérait peu à un homme, et surtout à un homme d'aussi peu d'autorité que moi , d'en parler après le très-saint apôtre , s'il ne s'appuyait sur les paroles de l'apôtre lui-même. Pierre, inspiré du même esprit que Paul, s'ex-

' Une heure de prière pendant le jour s'appelait une sfalton, et après le coucher du soleil, une veille ou une vifîih*. Ces mois, au propre, si{;nifieiit le tonips qu'une sciiiiiiclle reste eu faction le jour ou la uuii.

prime absolument comme lui, et aussi clairement que lui, sur le luxe des vêtemens et des ornemens d'or des femmes, et sur l'extravagance de leur coiffure en cheveux. Mais en entrant dans nos églises, on dirait qu'il n'est pas certain que notre discipline exige que les vierges soient voilées, Ceux qui veulent que les vierges aillent tète nue, s'efforcent de prouver que l'apôtre, en ordonnant que les femmes fos«, sent voilées, ne voulait pas dire tout le sexe, mais seulement les femmes mariées; et qu'en ne nommant pas spécialement les vierges, il les a exemptées de cette obligation. Car, disent-ils, l'apôtre aurait pu dire, les femmes et les vierges, ou généralement tout le sexe.

XVI. Ceux qui raisonnent ainsi devraient se rappeler que le mot femme , dans les plus anciennes Écritures , signifie tout le sexe , et non une partieseulement. Dieu a nommé Eve femme, avant même qu'elle eût connu son mari ; il désignait donc par là son sexe d'une manière générale. Il l'a appelé fœmina à cause de son sexe , et millier ou femme parce qu'elle était nubile. Or puisque Eve avant son mariage a été appelée femme , il est évident que ce nom convient aux vierges. L'apôtre , inspiré du même esprit qui a dicté la Genèse et le reste des Écritures , a dû employer les mots dans le même sens, et appeler femmes celles qui ressemblent à Eve vierge encore. D'ailleurs , de ce qu'il n'a pas distingué les vierges, comme il l'a fait en un autre endroit où il est question de mariage, il resuite qu'il n'a pas voulu les excepter , car celui qui a bien su distinguer les vierges d'avec les épouses , et les appeler par leurs noms respeciife, quand il a voulu en faire la différence, ne veut pas qu'on les distingue quand il ne les nomme pas séparément. Qu'importe que dans la langue grecque dans laquelle écrivait l'apôtre on appelle les femmes tantôt pvaixa; tantôt 6r«xeta;. Or en disant pvaûca l'apôtre a employé le mot le plus usité pour dire tout le sexe , qui comprend assurément les vierges. Ses paroles sont d'ailleurs fort claires : «Toute femme qui prie nu-lète déshonore sa tête.» Qu'entend- il par toute femme, %\ ce n'est les femmes de tout âge et de toute condition ? En disant toute femme, il ne fait aucune exception; pas plus qu'il n'eu fnit pour les hommes, quand il dit <|iic Unit Ifomme doit se détoiivrir la tète. De

TERTULLIEiV

même que sous le nom crhommc, il faut entendre que tout le sexe masculin, y compris les l^arçons , doit aller nu-lète ; de même aussi sous le nom de femme , nous devons comprendre que le nom de femme renferme même les femmes non mariées, c'est-ii-dire les vierges qui doivent se voiler comme les autres. Dans Tun comme dans Taulre sexe les jeunes [];cns sont ré(';;is par la même loi que leurs aines. Si les vierges se découvrent la tète, il faudra donc que les garçons se la voilent puisqu'ils n'ont pas nommément reçu Tordre conlrairePSi une vierge n'est pas une femme, alors un garçon n'est pas un homme. Puis il est dit que les femmes doivent se voiler à cause des anges, parce que les anges se sont éloignés de Dieu à cause des filles des hommes. Or comment peut-on croire que cela ne regarde que les femmes mariées ou celles qui ont par concupiscence perdu leur virginité? liii-ce que les vierges aussi ne pourraient pas être aimées des anges? JNous voyons au contraire que les anges ne se sont adressés qu'à elles, car l'Écriture dit qu'ils aimèrent les filles des hommes , et non les épouses des hommes, ou les femmes en général , comme elle aurait pu le dire, si cela avait été. La Genèse dit même : «et ils les prirent pour épouses.» Or les anges ne pouvaient prendre pour épouses que celles qui ne Tétaient pas déjà ; car s'ils avaient pris celles qui étaient mariées, l'Écriture se serait exprimée hien autrement. 11 est donc certain que l'apôtre a œmpris les vierges sous le nom de femme, parce que l'espèce est comprise dans le genre. Quand il dit que la nature elle-même a appris aux femmes à se voiler en leur donnant une chevelure abondante qui peut leur servir à la fois de voile et d'ornement, u'est-il pas clair que cet argument s'applique parfaitement aux vierges? Il est aussi honteux à une jeune fille qu'à une femme mariée d'être rasée. Puisque la nature leur a donné la même chevelure, elles doivent être à cet égard régies par la même loi, même celles dont l'enfance défend encore la chasteté, puisque dès Torigine elles sont appelées femmes. Israël observait bien cette loi , mais quand il l'aurait négligée, nous dont la loi a été complétée , nous devrions bien nous en garder. Celui donc qui veut voiler les vierges a raison. Quant aux enfans<|ui ignorent encore leur sexe, ils peuvent jouir du privilège

de leur innocence. Car ce ne fut que lonqoe Adam et Eve eurent les yeux ouverts qu'ils sentirent qu'ils devaient se couvrir &biu quand arrive Tadolescence, la discipline doit changer comme la nature. Les vierges assument à la fois et la taille et les devoirs des femmes. On ne peut appeler vierge celle qui est nubile , car son âge lui a déjà donné un mari , qui est le temps. Mais il y en a qui se sont vouées à Dieu : que celles-là changent tout à fait leur ooîfifbre et qu'elles s'habillent comme des femmes; que celles-là se montrent encore plus réservées et qu'elles cachent tout à fait ce qu'elles couvrent à cause de Dieu. Il nous importe de ne rapporter qu'à Dieu ce que nous ne faisons que par sa grâce , et gardons-nous de rechercher l'admiration des hommes comme une compensation du sacrifice que Dieu seul peut nous aid^ â faire. Pourquoi découvres-tu devant Dieu ce que (u couvres devant les hommes ? Veux-tu donc être moins modeste dans Tégllse que sur la place publique? Si tu as reçu de Dieu la grâce de rester vierge, pourquoi t*enorgueiUis-tu comme si tu ne l'avais pas reçue P Quelle influence espères-tu avoir sur les autres par ton ostentatîuo? comptes-tu les amener dans la bonne voie en te glorifiant ainsi ? Mais tu t'exposes toi-même à un grand danger, et tu y attires les autres. Il est bien facile de se laisser aller à b présomption. Voile-toi, vierge; car si tu es rédiement vierge , lu dois savoir rougir. SI tu es Tierse , ne souffre pas les regards des hommes. Que personne ne voie ta figure. Habille-toi oomine une femme , et que personne n*ait lieo de soupçonner ce déguisement, qui n*en est pas on puisque tu es l'épouse du Christ à qui tn as livré ta chair. Obéis donc à la volonté de ton divin époux. S'il ordonne aux femmes des hommes de se voiler , à plus forte raison Tordonne-t'il aux siennes. Que personne ne pense que ce qui a été institué par les apAtres poisie être abrogé par une coutume particnlière ; or c est sur des usages étrangers que s^appaifiit ceux qui soutiennent qu'on ne doit point ftORcr les vierges à se voiler. Assurément , je nevcn pas non plus forcer celles qui s'd)stinent à aller nu-tëte. Que celles qui sont indubital)lenicnt vierges abusent donc, s'il leur plaît , de la sécarité que leur donnent leur conscience et kur répulaiion. Mais quant à celles qui sont fias-

DE L'ORAISON DOiMlNICALE.

cécs, je soutiens qu^clIcs doivent être voilées aussitôt qu*ellc8 ont présenté la main à leur futur, et qu'elles ont reçu son baiser de fiançailles ; car tout en elles a cessé d'être vierge : leur â(;e par sa maturité , leur chair parTâge, leur esprit par la connaissance qu'elles ont d'elles-mêmes, leur pudeur par le baiser quelles ont reçu , leur espérance par le but de leur désir, et leur àme par la volonté. Qu'il nous suffise de citer l'exemple de Rcbccca, qui crut devoir se voiler aussitôt qu'elle eut vu l'époux qui lui était destiné.

XVII. Il y a quelques chrétiens, en assez petit nombre il est vrai, qui croient ne pas devoir s'agenouiller pour prier le jour du sabbat. Ck)mme cette différence dans le culte extérieur se fait surtout remarquer dans les églises, j'espère que le Seigneur leur fera la grâce ou de cesser de se distinguer de leurs frères, ou du moins de suivre leurs idées sans occasionner de «caudale. Nous qui suivons les usages de nos prédécesseurs, nous ne restons debout que le jour de Pâques ou de la résurrection , solennité joyeuse pendant laquelle nous nous abstenons de toute expression d'anxiété ou de douleur. Pendant les cinquante jours qui suivent , nous remplissons nos devoirs religieux et nous nous réjouissons en remettant les affaires à un autre temps , de crainte de prêter le flanc à la tentation. Mais les jours déjeunes et de vigiles, nous ne prions jamais sans nous mettre à genoux , ni sans manifester notre humilité de toute manière ; car alors non-seulement nous prions, mais nous demandons pardon de nos fautes, et nous en faisons pénitence. Quant aux heures de la prière, nous n'avons rien à dire, si ce n'est qu'on doit prier en tout temps et en tout lieu.

XVIII. Mais comment en tout lieu , puisqu'il nous est défendu de le faire en public? En tout lieu, dit l'apôtre, où l'occasion s'en présente, ou bien où la nécessité vous y oblige. Car il ne faut pas croire que les apôtres aient manqué au précepte lorsqu'ils prièrent et chantèrent les louanges de Dieu dans la prison où ils étaient entendus de leurs gardes ; ni que Paul eut tort de célébrer le saint sacrifice de reucharislic sur le vaisseau, A la vue de tout ré(|uipa{;e.

XIX. Quant aux heures de la prière, il ne serait pas inutile de faire quelques uijbcrvations.

Je veux parler de ces heures qui, d*après l'usage reçu, partagent la journée en quatre parties à peu près égales , Theure de tierce , celle de sexte et celle de none ^ Ces heures sont le plus souvent mentionnées dans l'Écriture. L'Esprit- Saint descendit sur rassemblée des apôtres à la troisième heure. Le jour où Pierre eut cette vision du vaisseau céleste qui représentait la communauté des Églises , il était monté sur la maison pour prier à la sixième heure. Le même était allé avec Jean dans le temple à la neuvième heure, lorsqu'il trouva à la porte un boiteux de naissance qu'il guérit. Quoiqu'ils aient fait cela sans en avoir reçu d'ordre positif, néanmoins il est bon de les imiter et de se faire à soi-même une espèce de loi de suspendre les affaires A certaines heures du jour pour se mettre eu prière. C'est ainsi que faisait Daniel d'après 1 usage des Israélites. Faisons donc en sorte de prier au moins trois fois le jour en l'honneur du Père, du Fils et du Sainl-Esprit, à qui nous devons tout ce que nous sommes. Je ne compte pas ici les prières d'obligation que nous ne devons jamais manquer de faire le soir et le matin, car il convient que les fidèles ne déjeunent pas et n'aillent pas au bain avant d'avoir prié, parce que l'esprit doit être purifié et nourri avant le corps. Les choses célestes doivent toujours passer avant les choses de la terre.

XX. Si ton frère est entré dans ta maison, ne le laisse pas sortir avant d'avoir prié avec lui. Quand tu vois ton frère, est-il écrit, tu vois ton Seigneur. Garde-toi surtout de congédier un étranger sans prière , de crainte que ce ne soit un ange. Que ton hôte lui-même ne partage ton pain charnel qu'après avoir partagé ta prière qui est le pain spirituel. (Test à cela qu'il reconnaîtra ta foi. Ce n'est qu'après le baiser de paix qui accompagne la prière que tu peux convenablement dire suivant le précepte : Que la paix soit en cette maison.

XXI. Les plus zélés chrétiens ont coutume d'ajouter à l'oraison des hymneson des psaumes dont ils chantent alternativement les versets, lorsqu'ils sont plusieurs ensemble. Tout ce qui nous fiiit nous occuper de Dieu et l'iionorcr est bon en soi. I3n esprit toujours roinj)!! de Dieu est la plus belle des oITraiidcs.

' ^|;uf heures du auA.u\, tniu<, (rois Ucuri^ oprès midi.

TKUTL'LLIKN.

XXII. Car c'est h l'offrande spiriluelle qui a remplacé tous les anciens sacrifices. «Que m'importe, dit le Seijîneur, la multitude de vos sacrifices? Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des agneaux; je ne veux plus du sang des taureaux et des boucs. Qui vous a demandé toutes ces choses? j> Or TÉvangile nous apprend ce que le Seigneur demande. «II viendra un temps ou les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car Dieu est un esprit. » Voilà pourquoi il veut des adorations spirituelles. Nous sommes les vrais adorateurs et les vrais prêtres, nous qui priant en esprit offrons à Dieu Toraison qui lui plaît le mieux, parce que c'est lui-même qui Ta instituée. C'est là Toffrande vouée par notre amour, nourri par la foi , conservée dans son intégrité par l'innocence, soignée par la vérité, purifiée par la chasteté , couronnée par la charité^ et que nous devons offrir sur Tautel de Dieu au milieu des chants et des hymnes, et avec toute la pompe de nos bonnes œuvres. Avec cette offrande, nous obtiendrons tout de Dieu.

XXIII. Qu'est-ce que Dieu a jamais refusé à une prière qui lui est adressée en vérité et en esprit, comme il la désire? Tout ce que nous avons lu et entendu, toute notre croyance, nous donne d'irréfragables preuves de son efficacité. Sous l'ancienne loi , la prière pouvait déjà délivrer les hommes de la famine, des incendies et des bêles féroces , et pourtant elle n'avait pas encore été formulée par le Christ. Combien plus puissante est la prière des chrétiens! Elle ne fait point descendre l'ange du sein de la rosée sur les fournaises ardentes; elle ne fournit point un pain grossier à ceux qui ont faim ; elle ne détourne de nous aucune souffrance : mais elle donne le courage à ceux qui souffrent, et la patience à ceux qui gémissent : sa vertu augmente la grâce , afin que la foi sache que les souffrances viennent de Dieu , et doivent être supportées pour l'amour de lui. Autrefois la prière pouvait faire descendre les fléaux sur l'humanité, elle mettait les

' Allocuiion aux offrandes ou victimes anciennes qui devaient être vouées d'avance, enjjraissées , entières , bien 9oi£naées, lavées et couronnées de fleurs.

armées en fuite, elle interdisait à la terre altérée les bienfaisantes pluies du ciel. Maismainten;mt, la prière ne sait que détourner la colère de Dieu, le chrétien prie pour ses ennemis et pour ceux qui le persécutent. Vous étonnez-vous de voir la douce rosée du ciel obéir à la voix de la prière qui avait la puissance d'en faire descendre la foudre? L'oraison est la seule puissance qui sache vaincre Dieu ! Mais le Christ ne lui a laissé aucun pouvoir pour le mal, toute 5a vertu consistée obtenir le bonheur pour nous et pour les autres. Elle est encore en cela Timage de la vie de Notre-Seigneur qui n'a su dans son passage sur notre terre que ressusciter les morts, fortifier les faibles, guérir les malades , chasser les démons, ouvrir les prisons et briser les chaînes des innocens. La prière efiace les péchés, répousse les tentations, arrête le glaive de la persécution ; elle console les faibles et réjouit les forts; elle guide les pas du voyageur, apaise les tempêtes et frappe les brigands de stupeur; elle nourrit les pauvres et apprend aux riches i se modérer ; elle relève ceux qui sont tombés , raffermit ceux qui chancellent et soutient ceux qui résistent. L'oraison estle rempart de la foi et notre bouclier contre les regards des impies qui guettent notre chute pour s'en r^ouir. Ne marchons donc jamais sans être ooaverfs de cette armure. Pendant le jour , n'oublions pas nos stations; pendant la nuit, souvenonsHMNis de nos vigiles. C'est sous les armes de k prière qu'il faut que nous défendions Pétendard de notre chef, et que nous attendions le signal que doit donner la trompette de l'ange. Tons IfS anges prient ; toutes les créatures prient. Les troupeaux et les bêtes des bois fléchissent le genou en sortant de leurs étables ou de leon antres; ils lèvent la face vers le ciel et le nloent de leurs mugissemens. Les oiseaux aa point do jour s'élèvent vers le ciel ; à la phœ de mains ils étendent leurs ailes en croix et guoulllait quelque chose qui ressemble à une priire. Que dirai-je de plus sur Fimportanoe de cet indispensable devoir? Notre-Scigneur lui-même a prié , à qui soit honneur et gloire dans siècles de siècles.

A SA FEMMR.

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A SA FEMME

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