NÉ EN AFRIQUE, VERS 210. — MORT A CARTHAGE, EN
Schoell a donné dans son quatrième volume de YHistoire de la Littérature romaine, un article dans lequel saint Cyprien se trouve fort judicieusement apprécié comme homme et comme écrivaio.
«Saint Cyprien ou Tbascius Cœcilius Cyprianus, était, dit Schoell, né en Afrique, peut-être à Garthage. 11 enseignait la rhétorique lorsque, dans les années 244 , 245 et 246 , un prêtre de Garthage, nommé Cœcilius ' , le convainquit de la vérité du christianisme. Ce fut alors que, par reconnaissance, il ajouta le nom de ce prêtre aux deux noms qu'il portait auparavant. Son érudition et son aèle lui méritèrent, peu après, le baptême et l'ordre de la prêtrise. L'année suivante, il fut évêque de Carthage. Ce fut en 249 qu'éclata la persécution ordonnée par l'empereur Décius. Comme elle était principalement dirigée contre
* Sert à ce qu'on croit le même personnage qui dans le dialogue de Minucius Félix est représenté comme opposant les argumens les plus forts à la doctrine du christianisme, qu'il embrassa lui-même depuis.
les chefs de l'Église , la populace païenne de Car thage demanda avec fureur que saint Cyprien fût jeté aux lions ^ L'évêque crut devoir se soustraire à la fureur de ses ennemis et se cacha jusqu'en 251. Du lieu de sa retraite, il exhorta son troupeau à la constance. Après que la persécution se fut apaisée, il s'éleva dans l'Église catholique une dispute très-chaude sur la question du savoir si l'on pouvait recevoir dans le sein de l'Église ceux qui , au lieu de mériter la couronne du martyre, avaient eu la faiblesse de se soumettre à quelques-uns de ces actes dont les païens se contentaient, parce qu'ils les interprétaient comme une abjuration du christianisme. Saint Cyprien, d'accord avec le pape saint Corneille, conseilla de ne pas pousser trop loin la rigueur contre ces malheureux repcntans. Novatus, prêtre de Carthage, qui était l'ennemi de Cyprien, parce que ce prélat l'avait cité devant son tribunal à cause de la corruption de ses mœurs , et
^ Une peste avait éclaté et on accusait les chrétiens des malheurs de Tempire.
Novatianui, t'auragoniste de saint Corneille A la papauté, refusèrent de rester en communion avec des apostats et formèrent un schisme que saint Cyprien ne cessa de combattre. Une nouvelle per- B^ulion des cbrélîei» fut ordonnée en 257 . par Valérien. Le proconsul d'Afrique se contenta d'eiiler saint Cyprien i Curubis. L'année suivante, on lui permit même d'habiter sa campagne près de Carthage. Cependant le proconsul ayant reçu, pendant qu'il séjournait à Ulique, de nouveaui ordres qui ne lui permettaient plus d'obterver de ménagemeDS, ordonna d'amener saint Cyprien dans celte ville. L'évoque se cacha , non parce qu'il voulait se soustraire au martyre, qu'il disait lui avoir été annoncé par Dieu, même dans un songe, mais parce qu'il voulait mourir au ■ein de son troupeau. Aussi le proconsul fut-il i peine retourné A Cartha^e, que saint Cyprien sortit de sa retraite. Il fut décapité le 14 septembre 258. Il existe 14 ouvrages de saint Cyprien, et de plus, 83 lettres intéressantes pour la connaissance de l'hisloire ecclésiastique. Une des productions les plus importantes de saint Cyprien , est son traité de VUnilé de l'Église. Les proieslauG veulent le faire regarder, sinon comme l'auteur de celte maxime fonda mentale de la religion catholique, au moios comme celui qui l'a le premier développée et lui a donné sa forme systématique. Ils lui reprochent iiussi l'éloge excessif, selon eux , qu'il donne aux bonnes œuvres et aumdnes, dans son traité qui porte ce litre. Tous les partis conviennent que saint Cyprien était un homme pieux et ziXi- pour le maintien de l'ordre ei de la discipline dans son Église. Il ne se distingua pas comme dogmali>tc, ni comme interprète des saintes Écritures. Son principal mérite, comme écrivain, consiste dans sa morale, Lactance,qui a été professeur de rbétorique. loue son style', saint Jérâme son éloquence et sa clarté. Les modernes n'ont pas confirmé ce jugement drn-i tous ses points; on trouve que saint Cyprien a les défauts de son modèle, Tertullien; et que cnim'' celui-ci, il manque de simplicité. La ronsidérat Ion personnelle qu'il acquit par sa piéti> , par son zèle et par le courage avpc lequel il mourut pour sa foi, lui ont acquis dans l'Église caihol que une grande auiorité, et il est un de ceux qui ont fixé la dogmatique et la phraséo-
' iSalni Cyprien avait, dit Lactance.iin esprit subtil, aO éabir et une grande netteté, ce qui esi une des plus bïlleK riualilés du drucours. Son style esL orné, son eipres- »on f jrile, son raimiinemenL doué de force et de vtjjui'uri il plan, inilruil, perniade.eirail si bien ces irais ctiOMs qu'il serait diflicilc de dire dans laquelle il excelle le plus. {Institutions dii-ines, lir. v, chap. I,) i
NOTICE SUR SAIM CYFKfEN.
logte sacrée, ou ce qu'on appelle ta latinité «^ clésiqsliqiie. Sa réputation fut cause qu'on fbrgn parla suite sous son nom beaucoup d'ouviagrt que la critique a rejetés comme supposés; de tt nombiï sont plusieurs pièces en vers.»
La lettre écrite par saint Cyprien â son ami Donat, quelque temps après leur baptême, cwaplétera celte notice de Schoell , en faisant connaître pitis intimement la direclioo d'idées haUtuelles de saint Cyprien.
I Vous arei raison , nioncber Donat, dem'aTertirdt m'acquiter de ma promeue. Car je me «outiciu de von avoir prorois ce que tous me demandez, ei celle Siiiwid est (oui a-fait Favorable pour cela, puiigue c'est le lempt des Tendance* , oii l'rtpHi libre de tous M>ina k delaiw des btigueidu rente de l'année. La beauté même du lien où Doui ■omoies s'accorde fort bien avec celle du jour, et la face riasie de ces jardins contpireavec la doucenr del'aulounea Balter agréablement les teu. Je tais donc d'avis que nous pawtons ici ce beau jour i nous entretenir, et ï nous instruire l'un l'autre du diriot précepte*. Et de peur que quelque profane ne vienne troubitt' notre entrelien , ou que le bruit de la nanoD ne nnu* incommode, alljns nous asseoir U-bal où cet pampres de vigne qui •erpentenl alentour de ces oimeaui Forment un couvert et une retraite agréable. t> lieu , ce me semble, est ton propre à noire denein; el eu menn; temps que cette belle verdui e réjouira nos ^va\ , notre esprit se nourrira avec plaibir de* cbose* que nous dirons, quoique je voie bien que tous ne vous louciei maintenant que de m'entendre, eiquc méprisant tout 1 ces objets qui potirraiem cb armer vos Teui,vou* les tenez seulement attachés sur moi ; car l'affection que | vous me portez vous rend exlraordinairemeut «ttrulif. Hais que puis-je vous dire qui soit capable de i cette Grande attention, el de vous satisfaire? La diocrité de mon esprit n'eti pat suffisante poui de grandes choses, et ne vous atieiidei pas a une moisson bien ricbe. Je m'effoixersi néanmoins teloa mon pouvoir, puisque aussi bien la matière que j'ai 1 ml. ter est avanlaiieuse. Au barreau , ou devant le peuide, l'éloquence a un vaste cbamp pour paraître ; mais lorsqu'on parle des cboses de Dieu , la vérité el la Simplieélé sont le plus bel oinement du discours. C'est pourausi n'attendez pas de moi des cboset éloquentes, mais fbmea; ni que j'emploie ici des mots choisis el recherchés coouna si j'avais a parler devant le peuple. Je vous enireiiendrai d'une façon simple et grassière, comme la plut propre au dessein que j'ai de relever la boulé et la miséricorde de Dieu, Car ce dont je vous veux parler se sent avant qu'on l'apprenne, el ne s'acquiert pas par une étude louQue et pénible, mais est l'effet d'une grAce prompte et puissante.
■ Lors donc que je languissais dans tes ténèbres d'une nuil profonde, et qne ftoilanl sur la mer oraGeuse 4ii siècle, j'étais incmain de ce que je devais faire, rebelle 1 la lumière el à la vérité, je trouvai» eiirèmemenl dur ce qu'onmepromettaildelabnntéde Dieu pourétresiuvé: qu'on plll naître encore une fois , en sorte que rrcevanl une nouvelle vie dans le.ieaux du baptême, on se déponillÂI de ce qu'un était auparavant , et qti'uii bumme chanfie:)! entièrement d'esprit, sou coips demeurant tott-
NOTICE SUR SAINT CYPRIEN
îourt le même. Comment , dtoait-je , un si rcrand changement ett-il ponible? Comment le défoire tout d'un coup de ce que la nature ou l'habitude ont tellement fortifié? Ce sont là des choiet profondément e nraduéet dans l'âme. Comment un homme accoutumé à faire bonne chère apprendra-t-il en un moment la sobriéle? Peut -on croire qu'une personne qui s*est toujours superbement Yétue, et qui a porté jusqu'ici des habits d'or et de soie, se puisse résoudre à s'habiller simplement et modestement? Un autre qui aura pasiié sa vie dans des charges et des emplois considérables, se réduira-t-il à une conditipn privée? Et celui qui s'est toujours vu accomnatipaé d'une foule de personnes qui dépendaient de lui, ne regarderat-il pas la solitude comme un supplice? Il faut que ceux qui ont vécu depuis si longtemps sous l'empire de leurs passions, en soieut encore dominés ; que la débauche les entraîne, que l'orgueil les enfle, que la colère les enflamme, que Ta varice les tourmente, que la vengeance les anime , que l'ambition les charme, que la volupté les précipite. Vuilà ceque je repassais souvent en moi-même. Car comme je me trouvais engagé dans une infinité de mauvaises habitudes dont j«* ne croyais pas pouvoir sortir, je secondais mes inclinations vicieuses; et désespérant de devenir meilleur que je n'éuis , je m'accoutumais avec mes maux, qui m'étaient déjà coomie passés en nature.
Mais lorsque les souillures de ma vie passée étant nettoyées par l'eau salutaire de la régéuéraiioii , la lumière se répandit d'en haut dans mon cœur; lorsque, ayant reçu le Saint-Esprit, une seconde naissance m'eut fait derenir un nouvel homme : aussitôt mes doutes s'éclaircirent, mon esprit s'ouvrit, mes téuèbres furent dissipées ; ce que je trouvais difficile me sembla facile, et je crus qu'on pouvait faire ce que i'avais estimé jusque alors impossible; en sorte qu'il était aisé de reconnaître que ce qu'il y avait auparavant en moi de charnel et de déréglé venait de la terre, et que ce que le Saint-Esprit animait déjà venait de Dieu. Vous savez vous-même aussi bien que moi, et vous le reconnaissez, ce que celte mort de nos crimes et la vie des vertus a été en nous et y a mis. Vous le savez, et je n'ai que faire de le publier ; car la louange de soi-même est odieuse ; quoi qu'on puisse dire que ce n'est pas une vanité, mais une reconnaissance d'attribuer la gloire d'une chose à Dieu et non pas à l'homme , et d'imputer à la grâce de la foi de ce qu'on ne pèche plus, comme à l'erreur humaine de ce qu'on a péché autrefois. Oui c'est de Dieu«que nous tenons tout ce qu'il y a de force en nous. C'est lui qui nous fait vivre; c'est lui qui nous anime, et qui, nous donnant une nouvelle vigueur, fait que dès ce monde nous avons déjà des pressentimens de l'avenir. Ayons seulement soin de vivre loi^ours dans k crainte, comme étant la gardienne de notre innocence, afin que Notre-Seigneur qui a fait reluire les rayons de sa grâce en notre âme, soit convié à y demeurer par le plaisir que nous prendrons à bien faire, et qu'il n'arrive pas que l'assurance du pardon de nos fautes nous rende négligens, et laisse une porte ouverte à Tancien ennemi pour rentrer en nous. Mais si vous ne sortez point de la voie de la justice et de l'innocence; si vous y marchez d'un pas ferme et égal; si, vous tenant attaché à Dieu de tout votre pouvoir et de tout votre cœur, vous demeurez toujours le même que vous avez commencé d'être, la grâce spirituelle s'augmentera en vous et vous donnera de nouvelles forces. Car les dons célestes ne res-
semblent pas anx bienfaits des hommes ; ils ne reçoivent ni bornes ni mesure. Le Saint-Esprit qui se répand abnidamnient, n'est resserré par aucunes limites, et ne se renferme point dans un espace fixé. Ses eaux coulent toujours, et se débordent de toutes parts. Que mitre cœur seulement soit altéré et ouvert , et ellt s l'inonderont â proportion que la grandeur de sa foi le rendra capable de les recevoir. Lorsque nous serons cbastes et purs, modestes dans nos actions « retenus dans nos paroles, nous pourrons même guérir Us malades, et éteindre la malignité du poison qui les infecte; nous pourrons rendre la sauté spirituelle â ceux qui l'ont perdue, la tranquillité aux outragcux , la paix aux colères, la douceur aux emportés; nous pourrons obliger par nos menaces les esprits immondes et vagabonds qui tourmentent lescorpi des hommes à confesser ce que nous leur demanderont, les presser de se retirer par des fouets invisibles, et lorsqu'ils résisteront, qu'ils pleureront, qn'ils gémniMit, redoubler leurs cbâtimeiis, les battre de nouveau de Terges spirituelles, et les brAler par le feu de nos prières. Car les exorc'ismes que nous fa'uions sur les possédés te voient; mais les tourmens qu'en souffrent les dénont qui les possèdent ne se voient point Ainsi le Saint-Esprit agit avec liberté et autorité à cause de la grâce que nous avons déjà reçue par le baptême; mais parce que nous n'avons pas encore changé de corps , nos yeux sont couverts de nuages et ne sauraient apercevoir ce qui se passe. Combien un esprit ainsi renouvelé par les eaux du baptême est-il fort ! combien est-il puissant ! puisqu'il n'est pas seulement délivré des attachemens qu'il avait au monde et à couvert des efforts de l'ennemi par la pureté et l'innocence qu'il a reçue; mais que sa vigueur et ses forces étant encore augmentées, il commande avec empire à toute l'armée des démons.
Mais afin que vous compreniez encore mieux l'éminencc de cette grâce, je veux éclaircir cela davantage, et mettre cette vérité dans un plus grand jour. Imaginez-vous donc que vous êtes transporté sur le sommet d'une haute montagne, d'où vous voyez tout ce qui se passe au-dessous de vous; et que jetant les yeux de tous côtés, vous contemplez dans un calme d'esprit tout entier toutes les tempêtes et les agitations du monde. N'est-il pas vrai que vous commencerez à en avoir pitié , et que cela vous ^ faisant 'faire réflexion nw vous-même, et sur la grâce que Dieu vous a faite, vous serez encore plus aise d'être échappé d'un si grand péril ? Considérez leschemins remplis de voleurs, les mers couvertes de corsaires, les guerres qui répandent partout l'effroi et l'horreur. Toute la terre est teinte du sang des batailles. L'homicide est un crime quand un particulier le fait , mais on l'ap pelle vertu et courage lorsqu'on le commet plusieurs emsemble; et ce n'est pas la raison de l'innocence , mais la grandeur de la cruauté qui le rend impuni. Que si vous tournez la vue du c6té des villes, vous y trouverez une compagnie plus à craindre que la plus affreuse solitude. On y prépare des spectacles de gladiateurs pour repaître les yeux des assistans de sang et de carnage. On nourrit ces v'iclimes publiques de viandes solides, et on huile leurs membres charnus, afin qu'ils soient pins forts et plus souples, et qu'ils vendent plus chèrement leur vie. Un homme est tué pour donner du plaisir à un homme. Ainsi l'on ne commet pas seulement les crimes, n-.ais on enseigne à les commettre. Se peut-il rien imaginer de plus barbare et de plus inhumain que cela? Mais que di-
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rez-YOUs de oeax cpii t'exposent aux bétes, quoique per^ tonne ne lety tit condamnés? Des gens à la fleur de leur âge, Irien faiu, bien ▼élus, s^appréient de sang-froid à faire eux-mêmes leurs funérailles, et sont assez misérables pour se glorifier de leur misère. Les bétes combattent ainsi contre des bétes , non pour expier leurs crimes, mais pour assourir leur fureur. Les pères regardent combattre leurs enfàns; un frère est dans Tamphithéâtre, et sa soMir est préiente; une mère assiste au triste objet de sa douleur, et elle-même fournit aux frais et à la dépense. Et ils croient qu*au milieu de ces spectacles impies et funestes leurs yeux ne sont pas parricides! 0e là jetez la Tue sur d'autres spectacles qui ne sont pas noint dangereux , et tous Terrez sur les théâtres des choses pitoyables et honteuses tout ensemble. La tragédie se Mt gloire de représenter les crimes passés, et Ton f renouTelle l'horreur des parricides et des incestes, de peur que la mémoire de ces belles actions ne s'efface par le temps. Tout le monde est aTcrti par là qu'on peut faire ce qui s'est déjà hit. On a trouvé cette invention pour ne laisser jamais mourir le souvenir des crimes, et pour les faire passer à la postérité Ces crimes ont cessé , et on en foit des exemples. Les bouffonneries honteuses des comédies représentent les infamies qui se font dans les maisons, on apprennent celles qu'on y peut faire. Car l'on apprend à commettre des adultères , lorsqu'on en ▼oit ; et l'autorité du magistrat qui approuve ces désordres flattant nos mauvaises inclinations, une femme qui était peut-être allée chaste à la comédie , en revient impudique. D'ailleurs , combien les postures indécentes desfareeurs sont-elles capables de corrompre les mœurs •t de fomenter les vices I Quoi ! ▼oir représenter des incestes, et des actions infâmes qui ▼iolentles lois de la nature I Les hommes y deviennent efféminés ; tout l'honneur et toute la vigueur du sexe y est énervée par des actions molles et lascives, et celui qui est plus femme est celui qui platt davantage. Lee crimes y tournent & gloire, et l'on est estimé d'autant plus habile qu'on est plus infâme. Quelles impressions n'est point capable de donner un homme de cette sorte? H émeut les sens, il flatte les passions , il bannit toute honte des e€eui*s les plus chastes. Ajoutez à cela qu'ils ne manquent Jamais d'autoriser œs crimes par des exemples illustres , afin que se faisant écouter favorablement, ils les insinuent davantage dans l'esprit de ceux qui les écoutent. Ils représentent les impudicités de Vénus, l'adultère de Mars, leur Jupiter, qui est plut^ le premier des dieux à cause de ses crimes que de son seeptre, brûlant avec ses foudres pour des beautés mortelles, tantôt prenant la forme d'un dgne, tantôt se changeant en pluie d*or, et tantôt se servant du ministère d'un aigle pour enlever des enfans. Demandez-nooî maintenant si une personne qui voit ces choses peut demeurer chaste? Ils imitent les dieux qu'ils adorent , et ils consacrent leurs crimes.
• Mais si du haut de ce lieu élevé vous pouviez pénétrer dans les seeretsdes maisons, combien verriez- vous de crimes que commettent les impudiques, qu'un homme qui a un peu de pudeur ne saurait même regarder sans rougir ? Vous verriez des crimes que c'est même un crime de voir. Vous verriez des actions si horribles , que ceux qui sont bien aises de les commettre n'oseraient les avouer. Les hommes poussés d'une volupté furieuse et brutale se déshonorent l'un l'autre. Us font des choses que ceux mêmes qui ke font ne tauraleni approuver ; ils sont les
premiers à en blâmer les autres. Un Infime crie eoBlre des infâmes, et croit par là être moins coupable,. eoomi ri la conscience ne suffisait pas pour le rendre crimliiel. Us condamnent en public ce quils font en particulier; «t eo Mesurant les autres. Ils se censurent eux-mênet. Cetl atail qu'ils joignent l'impudence à limpudicité. Et ne voutdkMnez pas de cette efflronterie, c'est le moindre de lenrterimeSk Mais après avoir ainsi considéré les chemint pleîM d'embûches , les combats répandus par toute la terre, les spectacles ou sanglans ou honteux , les impudidtét qol se commettent dans les lieux consacrés à la débaodie, M celles qui se font dans les maisons des particuliers, et dont la licence est d'autant plus grande que les fautes sont plot secrètes , peut^tre que vous croirez que le palais de la justice est un lieu saint et exempt de toute sorte de désordres. Mais jetez les yeux dessus, pour vohr ce qui s'y petae, et vous y trouverez encore plus de choses que ▼ont détesterez et qui vous feront horreur. Car quoique les lois soient gravées sur douze tables d'airain , et quVlles tolenf exposées en vue à tout le monde , on pècbe an mBjeo des lois mêmes , et l'innocence est violée jusque dans le lieu où elle est défondue. Les plaideurs y fbot éclater leur ftireqr et leur rage, et les cris différent dont retentit le barreau forment au milieu de la paix une image de la guerre. L'on y voit des épées et des hadies, des ongles de fer, des chevalets, des roues, enfin plot d'insirumens pour gêner le corps d'un seul homme qu'il n'y a de membres dans son corps, fiarml tout cela qui est-ce qui secourt ceux qui sont opprlmêsf Les avocats ? Ce sont des traîtres et des prévaricateurs. Us )nget ? Ils vendent leurs jugement. Celui qui est assit sur le tribunal de la justice pour venger let crimet, let eommel , et un juge devient coupable pour faire périr on Innoceqt. Les vices y régnent de toutes parts, et s'y font Toir soos toutes sortes de formes. Celui-ci suppose on testsmenC; cet autre falsifie un acte public ; ici on arradie anx enfans la succession de leurs pères ; là des éihoiQer^ som mis en la place des héritiers légitimes. L'on y ffy|| par? tout des ennemis, des calomniateurs , des faux ténioiiit, des bouches vénales prostituées au mensonge. Encore, si les coupables étaient enveloppés dans une même rviof avec les innocens ! L'on s'y moque des lois et des magl^ trats ; car on ne craint point ceux qu'on peut corrompire. C'est même une espèce de crime d'être innocent pafn^ des coupables; qui n'imite point les méchants, les off^iiae. Les lois mêmes sont en quelque sorte d'accord avec let crimes, et ce qui est public commence à être permis. Quelle piideur, quelle iniéQr'né peut-il y avoir en un lieu où il n'y g personne pour condamner les coupables, parce qu'il n'y a que des criminels? Mais de peur qu'il ne semble que nous choisissons les plus mauvaises choses pour les décrfei* toutes , et que nous ne vous fassions arrêter la vue que sur des objets funestes qui offensent tous ceux qui OQt de l'honneur et de la conscience, je veux vous montrer les choses que 1, ignorance du monde appelle biens, et vous verrez si elles ne sont pas à fuir aussi bien que le reste. Qu'est-ce que vous pensez que ce soit que ces charges, ces faisceaux , ces commandemens, ces magistratures, cette opulence? C'est une misère véritable couverte de Tapparence d'une félicité trompeuse ; c'est un poison qu'on boit dans une coupe d'or. Car , voyez-vous cet homme-là qui marche avec une robe toul éclatante d'or et de pourpre ? par combien de bassesses est-il arrivé oft voas le voyez? Combien d'Indignités lui a-t-ilfollu
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xnUen df foll l'ctt-ii njorfOndii ï la porte d'un ombien i-iHl Nnntrt d'affinmii lonqu'îl accomasutreipar boDunir.aBn d« pouvoir lui-mema Un aceompasirf d'âne tnape dr sens qui hni
coor I M dlsnlté «(u'i n penonnc? Mata tooai-
pen la Ad di CM Bra*-U> I CM^O) elle ctt bonraqnllaba aont ptuaenTironnéade ceLte fraie de , loraqu'ila le traureat aeuli et abandoniiné*! ra qu'ila coonaitaenl le dtaordre de leur* aFfaila'itt «e repentent i lolair d'aroir tant dépenté
pour «cbMer la Faveur et In bonnea grâce* du 'ollcet faille dtptiiae. ëmlement Inuiileï ceui ni, elkcaux pour qui elle aa&iil £t quant itre* que Tout eatîmei ricbea, qui joiutient à hériiage , qui envabîMent la terre des pauvrea ; ■nin ia leur et te Faire dei parcs tans bornes, des monceaux d'or et d'ar[^nt et des trésors leaont-ili pasconiinuellenieut jjjitét de frayeur* ; !U de leurE ricbctses? u'appréheadeiit-ils pas | te les ïoleurs.ou le» ennemis , ou l'envie dfs ! n puissaiiies ? Ut ne inang^nt ni ne dorment :. Vous ira vnyes toupirer dan* let fesliiM , ofi lit | des perles et de l'ambre tiri*. Et lorsque, aprèt ' ■mplit de toutes sortes de meudtlicait . ils se ' ucber dans leurs iil* ntous cl douillelt, ils vcilmitieu de la pUune. El ces pauvres malheureux ireDueni pat que louies ces cboses ne *oai que de ipplicea , qu'ils son) Mi» de cbaines d'or, et qu'il* liât possédés de leurs ricbette* qu'ilt ne les U. Misérable aveuglemerti d'uJie convoilise Intenpoutant décbarcer du poids qur 1rs arcable, ils t « qu'ils peuvent pour en éire encore davanablés. Ils rbercbenl de nouvelles malins de peie lourineii*. Ils ne fAni aucune laroeste de leur* :euaqui leur appanienneni, iltn'eu font aucune I pauvre* , et il* appellent leur un ar^eni qu'ilt
ches eux avec aulant de soin et de précauiiou ttaitt d'autres; car bien loin de distribuer quoi Mit h leurs amis ou 1 leurs enFans , ils u'eu it pat seulement pour eax-niCmes. lia ne le pMju'aflii tpi'un autre ne le possède pat. Cepecidani , jel renversement, ils appellent biens, de* cbotei
ne se servent que pour Faire du mal. Mais ne vous pas au moins que ceuï-lâ soient en assu- 1 milieu de leurs richesies i qui la fortune a mis ronnesarlatiie.et qui sont environnés de (îare senlinelles? Ils iMit encore moins assurés que ■et, et crùoneni au mûns autant qu'il* se Font e. lit ont beau avoir des gardes i leurs cAiés . il* aient «e i^araniir des mistret qui accompasncnl deur. Leur propre puissance les épouvante avant donne de la terreur k leurs sujets. La fortune ne . que pour leur être ensuite plut cruelle ; elle ne U que pour let tromper ; elle ne les aiiire a soi ir les perdre ; elle ne les «lève que pour le* préci- ?lus elle let avantage de set biens , plus elle leur payer de grot intérêla.
<eul moyen donc de vivre en paii el en assurance, ' te mettre ï l'abri des tempêtes du sièctc dans un vorable ; de lever sans cesse let yen< au ciel ; et on a été une Fois admis au bain nalutaire , et qu'on déjï procbe de tqn Dieu , de rei;arder combien est loutdesoice que let autres etiiment déplus baut lus Htfi. Et en ettti, qu'est-ce que peut soubailcr
dan* le mondé celui qui «t plni firand quêle monde 7 Qne e'eai uo état heureux et aaturé d'être surli des piéttes du ^icle, et de contempler avec un wil pur la lumière céleste et immonellel Cousidéru tes déQiis que l'eni)em) faisait auparavant en nous; caria considération de notre Tle passée noui doit doonar plus d'amour pour celle que nout menont i c«ti« beure ; et pour arriver I eelle-cl, i) n'etl point besoin d'argent, de faveur, de crédit, commn il enfaut pour entrer dans les cbarijes. C'est un dungraluil de Dieu , et une cboae très-aisée ; car le Saint-Esprit le répand comme le inleit répand ses rayons, comme uni fbniaint répand leteaui, comme le ciel verse la pluie. Après qu'une ime en conteniplani le ciel a connu sou créateur, élevée au-dessnt de louies les puissances de la terre elle commence t être en effet ce qu'elle cri>ii qu'elle est. Vous seulement qui êtes déji enrdlé dans l'armée céleste, prenez sarde de conserver îniiolablet les lois de cette milice spiriiurlle. et de voua aFFermir de plus en plusdani la vertu EViezonlisez tant cesse. Tantôt parles i Dieu , et taïuâi que Dieu vous parle. Qu'il tous instruise de ses préceptes et ïims Forme. Celui qu'il aura enrichi ne deviendra jamais pauvre. On ne doit plu* appréhender rindiGence, depuis qu'on a été une Fois rassasié desbiens célettet. Vous n'auici plus que du méprit pour ces lambris dorèt, et pour ces plancher* de marbre et de jaipe , lorsque vous penierei que c'est vous même qu'il fautorner,vousquiMe«ceite maison dont leSeieneur fait ton temple, et où le Saint-Esprit a commencé i babiier. Que rioooeencc donc pare cette maison, et que la jutilce l'éclairé. Jamais elle ne tombera en ruine par la vieillnse, et lespeintnreseFFacéei, DU l'or terni et eraponéparle temps,iie la{[âieroiit point. Tout cequieiifardéest Frêle, et l'on ne saurait s'assurer de posséder lon|ilemps des cboses qui ne sont pas solides. La beauté de celle maison au coniraire est toujours fraîche, toujours nouvelle, toujours durable! elle "e peut être détruite ; elle peut seulement être cbangée en micui, Initque le corps ressuscitera. En voila atseï pour cette beure, mon cher Douât. Car encore que votre complaisance, la solidité àt votre esprit, cl la Grandeur de voire foi voua FaiFent prendre plaisir i ouïr des choses saintes et salutaires, et que je reconnaisse bien qu'on ne tous puisse rien dire qui vous toit plus Buréable , je crois, néatimoins , qu'il u'rsl pat mauvaia que nous nous modérions un peu , puisque noua tommes loujaurs ensemble, et que nous nous pour* rons encore entretenir quaud il nous plaira. El puisque noua sommes maimeiiani au temps des varaliona, et que nous n'avons rien i faire, passons joyeusement le resie de cette journée, el que l'heure même du repas ne toit pas eiempie des grlcet du ciel, f.iiantont de* psaumes avant de nout mettre i tahie ; et commn vous avri bonne mémoire el la voix belle, que c« toit voua qui preniez la peine de le faire, t'il voua plaît. îSourritsoris-nous de rra cantiques spiriiuel», el qu'une si divine harmonie charme not oreitlet el nos cœurt. >
A la mort de laint Cypricn, les fidèles entprr^ rent son corps avec un srantJ respect . pria du chemin de MappaMa. Dans la sniie une i^Rlise fut élevée sur ce lieu vers l'an 806. La iraililion des Êgliti'S catholiques rapporte que dis ainbassadeursdeCharlemïBPercvenanldePerseeipassanl
à Mappalia i obtinrent d'un souverain mahomé- | tan la permission d'ouvrir le tombeau de saint Cyprien et d'en enlever les ri-liques. lis les déposèrent, dit-on, d'abord à Arles , d'où elles furent porléts à Lyon, et Charles l« Chauve les 6t ensuite transporter de là dans l'i^glise de l'abbaye de Saint-Corneil/e qu'il venait de faire bâiir àCom-
piègne.
Lfs plus anciennes éditions des œuvres de saint Cyprien avec date, sont de l'année 1471, l'une à Rome, de Conrad Sweynbeim ; l'autre à Venise, par Vindelinus de Spire; une troisième sans date parait être à peu près de la même époque.
NOTICE SUR SAINT CYPRIEN
Une des plus célèbres est celle d'Oxfèrd, 1082, par deux évoques anglicans.
La plus belle et la meilleure est celle préparée par Baluze et achevée par dom Maran, et iaw primée au Louvre en 1726, in-fol.
Les œuvres de saint Cyprien ont été réimprimées l'année dernière (1836), à Besançon, en un vol. in-8^ , à deux colonnes.
Les 14 traités et les 83 lettres de saint Cyprien ont été traduits en français par Jacques Tigeon. Paris, 1574, in-fol. ; et par Lambert, Rouen , en 2 vol. in-4'', chez Antoine Leprevôt, 1716. C'est cette dernière traduction que j'ai adoptée.
LACÏANCE ,
FLORISSAIT AUX Ill« ET 1V« SIÈCLES.
n se trouve à la bibliothèque du roi deux traductions inédites de tous les ouvrages de Lactance, à l'exception de son de Mortibus persecutorum , récemment traduit alors par Maucroix. La première est en 2 vol in-4^ par M. Louis Chevalier, président au parlement de Paris, en 1726. Elle contient même une traduction de Tabrégé des Institutions divines. Le style en est traînant et diffus , et le sens de la phrase latine n'est jamais serré d'assez près. La seconde, sans nom d'auteur, porte le numéro 1340 et provient de l'abbaye de Saint-Victor; elle est en 1 vol. in-4^ d'une écriture cursivc du xvu® siècle. Elle contient les sept livres des Institutions divines, le traité de la Colère de Dieu et le traité de \* Ouvrage de Dieu, Le style en est ferme et précis, et le sens est toujours rendu nettement et exactement. Ce manuscrit est d'autant plus intéressant qu'on n'a jamais publié de Lactance que la Mort des persécuteurs , et le premier livre de tes Institutions divines. J'ai fait prendre copie du numéro 1340, et on le trouvera publié enentierdans ce volume. L'auteur a fait précéder son travail d'un avertissement que je reproduis exactement et en entier. Ce morceau est d'un homme fort pieux.
«L'histoire de l'Église, dit le traducteur anononymc, a rendu justice aux écrits de Lactance; a loué l'élégance de son style, son-grand zèle pour la véritable religion et son parfait désintéressement ; mais elle ne nous a rien appris ni de son
pays, ni de ses parens, ni du lieu de sa naissance, ni de celui de sa mort, et n'a marqué que de légères circonstances de sa vie et de ses actions. Dès sa jeunesse il étudia sous Arnobe, et se proposant Cicél'on à imiter, il fit de si merveilleux progrès d'ans l'art de bien parler et de bien écrire, qu'il approcha plus près que nul autre de la per« fection de son modèle.
«Les Grecs, tout éloignés qu'ils étaient de vouloir céder à aucune nation en bel esprit et en po« ! litesse, n'osèrent en disputer la gloire à Lactance, et Eusèbe reconnut de bonne foi qu'il surpassait en éloquence tous les écrivains de son siècle. Sa réputation le fit rechercher par deux empereurs, Dioclélien et Constantin, d'ont l'un sVtait déclaré ennemi de la religion chrétienne, et dont l'autre s'en était déclaré protecteur. Le premier l'attira à Nicomédie pour y faire des leçons publiques, et le second lui confia l'éducation de son fils Crispus. Mais ils se contentèrent de lui avoir donné ces marques stériles de leur estime, sans se mettre en peine de reconnaître son érudition, ni de récompenser son travail. Ces emplois dont ils l'honorèrent n'empêchèrent pas qu'il ne souffrit les incommodités de la pauvreté, ni que dans un âge avancé il manquât souvent des choses les plus nécessaires â la vie. Ce n'était pas aussi au fantôme de leur faveur qu'il avait consacré ses veilles, et jamais il n'avait employé sa plume ni à excuser leurs d^^fauts, ni â flatter leurs passions.
NOTICE SUR LACTANCE
«Il commença à écrire dès le temps qu'il étudiait sous Arnobe et 6t ua petit traité auquel il donna pour titre Entretiens de table. Pendant quUI enseignait la rélhorique à Nicomédie, comme il n'y était pas chargé d'écoliers, et que ta langue latine n'y était pas communément entendue, il eut le loisir d'y composer plusieurs ouvrages , dont les uns ont été perdus et les autres conservés. Ceux do premier ordre sont : une description, en vers hexamètres, des lieux qu'il avait vus en allant d'Afrique en Bythinie; un livre intitulé le Grammairien, deux livres à Asclépiade, et huit livres de lettres. Les ouvrages qui ont été conservés sont: un livre de la Persécution ^ donné depuis peu au public, en latin et en français * , les sept livres des Institutions de la religion chrétienne; l'abrégé des mêmes livres, un livre de la Colère de Dieu , et un livre de la Création de l'homme,
«Dans le premier livre des Institutions de la religion chrétienne, Lactance établit Texistence d'une providence souveraine et éternelle , l'unité de Dieu, et prouve d'une manière invincible que ceux que les païens ont pris pour des dieux n'étaient que des hommes que d'autres hommes avaient vu naître et mourir.
a 11 recherche dans son second livre l'origine de la superstition qui a abaissé les hommes jusqu'à se prosterner devant des idoles insensibles ; et suivant , en général , le progrès qu'elle a eu dans les descendans de CaYn, il montre comment les uns ont adoré lescieux et les asires, et les autres les élément et les bétes. Descendant ensuite au particulier, il fait voir de quelle manière les Romains ont élevé des temples à un grand nombre de dieux étrangers.
« Dans le troisième livre il découvre la faiblesse de la sagesse humaine, les égaremens des philosophes et l'inutilité de leurs études, incapables d'étouffer les %ices et d'apaiser les pas sions.
« Dans le quatrième livre il explique le mystère de rincarnation du Verbe, parle des deux natures du Fils de Dieu, de ses souffrances el de sa mort. Sur la fin, il montre que les hérésies qui ont altéré la pureté de la fèi ne sont nées que de l'ignorance de FÉcriture sainte et que de l'avarice et de l'orgueil de ceux qui les ont inventées.
« Dans le cinquième livre il représente quelle est l'injustice des païens, et envers Dieu auand ils
* Baluze le publia pour la première fois, en laltn, en 1689, et le chanoine Maucroix fit paraître, en 1690, sa traduction que je reproduis dans ce volume. Les mois depuis peu détennineni ainsi l'époque de la traduction donnée dans le manuscrit 1340, et publiée ici pour la première fois.
Tabandonnent pour adorer ses ouvrages, et envers les chrétiens quand ils exercent toutes sortes de cruautés pour les obliger à renoncer à la foi.
« Dans le sixième livre il leur reproche la fausseté du culte où ils s'engagent, lorsqu'ils immolent des victimes à leurs dieux, comme s'ils étaient altérés du sang des animaux et affamés de leur chair, puis il convainc les philosophes de s'être éloignés de la vérité dans les principaux points de leur morale, puisque par tous leurs préceptes ils n'ont pu arracher aucun vice du cœur humain, ni inspirer de la libéralité à un avare, ni de la tempérance à un débauché.
a Dans le septième livre il examine en quoi consiste le souverain bien, propose plusieurs argumens pour prouver l'immortalité de Tâme, montre que Ton ne peut parvenir à cette immortalité que par la vertu , marque les présages qui précéderont la fin du monde, décrit la rigueur du dernier jugement, et conclut enfin son ouvrage en exhortant ses lecteurs à renoncer à l'erreur et à embrasser la piété.
« Le sujet du livre de la Colère de Dieu est de combattre les épicuriens, qui soutenaient qu'il n*y avait point de dieux, ou que , s'il y en avait, ils étaient également insensibles et aux services et aux injures que les hommes prétendaient leur faire. Le principal argument dont Lactance se sert contre eux est que leur opinion détruit la Providence et la religion, et qu'en ôtant aux dieux le soin de gouverner le monde, elle 6te aussi au monde le soin d'honorer les dieux. Pour bien entendre sa pensée il est nécessaire dé remarquer qu'il prend toujours la colère pour un mouvement de l'Âme qui se porte à punir les péchés, ce qui l'aida à justifier que la colère qu'il attribue à Dieu est exempte du trouble auquel celle dts hommes est pour l'ordinaire très-sujette.
« Quant au livre qui a pour titre de l'Ouvrage de Dieu , il tend principalement à prouver la Providence par le soin particulier qu'elle a pris de former le corps de l'homme et de l'animer. 11 est divisé en deux parties , dont la première est employée à répondre aux plaintes que certains philosophes formaient sur la condition humaine, en exagérant avec excès la faiblesse de notre naissance, la difficulté de notre éducation, les douleurs de nos maladies et la nécessité de mourir, à laquelle nous sommes sujets. Elle contient aussi une description détaillée du corps humain et des fonctions auxquelles chaque partie est destinée. Dans la seconde partie du livre il est traité de l'âme raisonnable, des opinions des philoso* phes touchant ses actions et de sa véritable ori-» gine, qui n'est autre que Dieu même.
NOTICE SUR SAINT CYPRIEN
à Mappalia « obtinrent d'un souverain mahométan la permission d*ouvnr le tombeau de saint Cyprien et d'en enlever les reliques. Ils les déposèrent, dit-on, d'abord à Arles, d'où elles furent portées à Lyon, et Charles 1^ Chauve les 6t ensuite transporter de là dans l'église de l'abbaye de Saint-Corneille qu'il venait de faire bàiir àCompiègne.
Lrs plus anciennes éditions des œuvres de saint Cyprien avec date, sont de l'année 1471, l'une à Rome, de Conrad Sweynheim; l'autre à Venise, par Vindelinus de Spire; une troisième sans date parait être à peu près de la même époque.
I Une des plus célèbres est celle d'Oxfèrd, 1082, par deux évéques anglicans.
La plus belle et la meilleure est celle préparée par Baiuze et achevée par dom Maran, et iaw primée au Louvre en 1726, in-fol.
Les œuvres de saint Cyprien ont été réimprimées l'année dernière (1S36), à Besançon, en un vol. in-8^ , à deux colonnes.
Les 14 traités et les 83 lettres de saint Cyprien ont été traduits en français par Jacques Tigeon. Paris, 1574, in-fol. ; et par Lambert, Rouen , en 2 vol. in-4®, chez Antoine Leprevôt, 1716. Cest cette dernière traduction que j'ai adoptée.
LACïANCE ,
FLORISSAIT AUX m« ET 1V« SIÈCLES.
n se trouve à la bibliothèque du roi deux traductions inédites de tous les ouvrages de Lactance, à l'exception de son de Mortibus persecutorum , récemment traduit alors par Maucroix. La première est en 2 vol in-4^ par M. Louis Chevalier, président au parlement de Paris, en 1726. Elle contient même une traduction de Tabrégé des Institutions divines. Le style en est traînant et diffus , et le sens de la phrase latine n'est jamais serré d'assez près. La seconde, sans nom d'auteur, porte le numéro 1340 et provient de l'abbaye de Saint-Victor; elle est en 1 vol. in-4", d'une écriture cursivc du xvii® siècle. Elle contient les sept livres de% Institutions divines, le traité de la Colère de Dieu ti le traité de V Ouvrage de Dieu. Le style en est ferme et précis, et le sens est toujours rendu nettement et exactement. Ce manuscrit est d'autant plus intéressant qu'on n'a jamais publié de Lactance que la Mort des persécuteurs , et le premier livre de ses Institutions divines. J'ai fait prendre copie du numéro 1340, et on le trouvera publié en entier dans ce volume. L'auteur a fait précéder son travail d'un avertissement que je reproduis exactement et en entier. Ce morceau est d'un homme fort pieux.
«L'histoire de l'Église , dit le traducteur anononyme, a rendu justice aux écrits de Lactance;a loué l'élégance de son style, sougraud zèle pour la véritable religion et son parfait désintéressement ; mais elle ne nous a rien appris ni de son
pays, ni de ses parens, ni du lieu de sa naissance, ni de celui de sa mort, et n'a marqué que de légères circonstances de sa vie et de ses actions. Dès sa jeunesse il étudia sous Arnobe, et se pro* posant Cicéi^on à imiter, il fit de si merveilleux progrès d'ans l'art de bien parler et de bien écrire, qu'il approcha plus près que nul autre de la perfection de son modèle.
«Les Grecs, tout éloignés qu'ils étaient de vouloir céder à aucune nation en bel esprit et en po-. litesse, n'osèrent en disputer la gloire à Lactance, et Eusèbe reconnut de bonne foi qu'il surpassait en éloquence tous les écrivains de son siècle. Sa réputation le fit rechercher par deux empereurs, Dioclétien et Constantin, d'ont l'un sVtait déclaré ennemi de la religion chrétienne, et dont l'autre s'en était déclaré protecteur. Le premier l'attira à Nicomédie pour y faire des leçons publiques, et le second lui confia l'éducation de son fils Crispus. Mais ils se contentèrent de lui avoir donné ces marques stériles de leur estime, sans se mettre en peine de reconnaître son érudition, ni de récompenser son travail. Ces emplois dont ils l'honorèrent n'empêchèrent pas qu'il ne souffrit les incommodités de la pauvreté, ni que dans un âge avancé il manquât souvent des choses les plus nécessaires â la vie. Ce n'était pas aussi au fantôme de leur faveur qu'il avait consacré ses veilles, et jamais il n'avait employé sa plume ni à excuser leurs d(^fauts, ni à flatter leurs passions.
NOTICE SUR LACTANCE
Mil
«Il commença à écrire dès le temps qu'il étudiait sous Arnobe et 6t ua petit traité auquel il donna pour titre Entretiens de table. Pendant qu'il enseî^oait la rélhorique à Nicomédie, comme il n'y était pas chargé d'écoliers, et que la langue latine n'y était pas communément entendue, il eut le loisir d'y composer plusieurs ouvrages, dont les uns ont été perdus et les autres conservés. Ceux du premier ordre sont : une description, en vers lieiamètres, des lieux qu'il avait vus en allant d'Afrique en Bytbinie; un livre intitulé le Grammairien, deux livres à Asclépiade, et huit livres de lettres. Les ouvrages qui ont été conservés sont: un livre de la Persécution ^ donné depuis peu au public, en latin et en français > , les sept livres des Institutions de la religion chrétienne; Vabrégé des mêmes livres, un livre de la Colère de Dieu, et un livre de la Création de l'homme.
«Dans le premier livre des Institutions de la religion chrétienne, Lactance établit Texistence d'une prqvidence souveraine et éternelle , l'unité de Dieu, et prouve d'une manière invincible que ceux que les païens ont pris pour des dieux n'étaient que des hommes que d'autres hommes avaient vu naître et mourir.
« Il recherche dans son second livre l'origine (te la superstition qui a abaissé les hommes jusqu'à se prosterner devant des idoles insensibles ; et suivant , en général , le progrès qu'elle a eu dans les descendans de CaYn, il montre comment les uns ont adoré lescieux et les astres, et les autres les élément et les bètes. Descendant ensuite au particulier, il fait voir de quelle manière les Romains ont élevé des temples à un grand nombre de dieux étrangers.
« Dans le troisième livre il découvre la faiblesse de la sagesse humaine, les éga remens des philosophes et l'inutilité de leurs études, incapables d'étouffer les \ices et d'apaiser les pas sions.
« Dans le quatrième livre il explique le mystère de rincarnation du Verbe, parle des deux natures du Fils de Dieu, de ses souffrances et de sa mort. Sur la fin, il montre que les hérésies qui ont altéré la pureté de la fèi ne sont nées que de l'ignorance de TÉcriture sainte et que de l'avarice et de l'orgueil de ceux qui les ont inventées.
« Dans le cinquième livre il représente quelle est l'injustice des païens, et envers Dieu auand ils
^ Baluze le publia pour la première fois, en latin, en 1689, el le chanoine Maucroix fit paraître, en 1690, sa traduction que je reproduis dam ce volume. Les mots depuis peu détermineni ainsi Tépoque de la traduction donnée dans le manuscrit 1340, et publiée ici pour la première fois.
l'abandonnent pour adorer ses ouvrages, et en* vers les chrétiens quand ils exercent toutes sortes de cruautés pour les obliger à renoncer à la foi.
« Dans le sixième livre il leur reproche la fausseté du culte où ils s'engagent, lorsqu'ils immolent des victimes à leurs dieux, comme s'ils étaient altérés du sang des animaux et affamés de leur chair, puis il convainc les philosophes de s'être éloignés de la vérité ^ans les principaux points de leur morale, puisque par tous leurs préceptes ils n'ont pu arracher aucun vice du cœur humain, ni inspirer de la libéralité à un avare, ni de la tempérance à un débauché.
«Dans le septième livre il examine en quoi consiste le souverain bien, propose plusieurs argumens pour prouver l'immortalité de Tâme, montre que l'on ne peut parvenir à cette immortalité que par la vertu , marque les présages qui précéderont la fin du monde, décrit la rigueur du dernier jugement, et conclut enfin son ouvrage en exhortant ses lecteurs à renoncer à l'erreur et à embrasser la piété.
« Le sujet du livre de la Colère de Dieu est de combattre les épicuriens, qui soutenaient qu'il n*y avait point de dieux, ou que , s'il y en avait, ils étaient également insensibles et aux services et aux injures que les hommes prétendaient leur faire. Le principal argument dont Lactance se sert contre eux est que leur opinion détruit la Providence et la religion, et qu'en ôlant aux dieux le soin de gouverner le monde, elle ôte aussi au monde le soin d'honorer les dieux. Pour bien entendre sa pensée il est nécessaire dé remarquer qu'il prend toujours la colère pour un mouvement de l'âme qui se porte à punir les péchés, ce qui l'aida à justifier que la colère qu'il attribue à Dieu est exempte du trouble auquel celle des hommes est pour l'ordinaire très-sujette.
« Quant au livre qui a pour titre de l'Ouvrage de Dieu , il tend principalement à prouver la Providence par le soin particulier qu'elle a pris de former le corps de Thomme et de l'animer. Il est divisé en deux parties, dont la première est employée à répondre aux plaintes que certains philosophes formaient sur la condition humaine, en exagérant avec excès la faiblesse de notre naissance, la difficulté de notre éducation, les douleurs de nos maladies et la nécessité de mourir, à laquelle nous sommes sujets. Elle contient aussi une description détaillée du corps humain et des fonctions auxquelles chaque partie est destinée. Dans la seconde partie du livre il est traité de l'âme raisonnable, des opinions des philosophes touchant ses actions et de sa véritable ori-» gine, qui n'est autre que Dieu même.
kxii
NOTICE SUR LACTANCE
« Saint Jét^me âdmirâiit la férce de notre au- | teur a témoic^é qu'il aurait été & souhaiter qu'il Teùt aussi heureusement employée à éublir les maximes de la religion chrétienne, qu*à ruiner les erreurs du paganisme *. Mais parce tiu*il est incomparablement pittsdifficiled'édifier quededétruire , lia clairement montré les superstitions des païens i^t n'a pas suffisamment expliqué la sainteté des mystères chrétiens. Pour le premier , il ne fallait ({U'un sens exquis, un jugement solide , un esprit exempt des préjugés populaires, une àme assez généreuse 1 1 asset intrépide pour mépriser les promesses et les menaces des princes. Mais le second dettiandait outre cela une connaissance exacte de l'Écriture sainte et une méditation profonde des >rèHtés que l'esprit de Dieu a révélées à rÉglisc et que Ton ne trouve pas dans Lactance. Il a prouvé rantiqulié de la religion chrétienne et de l'Écricrtlme sainte, et donné une haute idée de Dieu en h décrivant comme un être souverain et indépendant de qui les autres procèdent et dépendent. J'ai déjà remarqué qu'il avait bien traité la matière de la Providence et bien expliqué en quoi consiste proprement le culte qui est dû à Dieu. Il n'a parlé que légèrement du péché du premier homme, de la réparation de la nature humaine, de rincarnation du Verbe, de Téconomie de TÊglisé, et en traitant toutes ces matières, il y a mêlé diverses sortes d'erreurs.
ccQuelques-unes de ces erreurs ne regardent que la philosophie, comme quand il fait un grand distours, pour prouver qu'il n'y a point d'antipodes, d'autres ne regardent que la chronologie et Thistoire comme quand il fait Moïse près de neuf cents ans plus ancien que la prise de Troie, au lieu qu'il ne l'était que de trois et demi, selon te calcul d*Eusèbe ; mais les plus considérables et les plus dangereuses sont celles qui louchent la religion. C'est, pour rapporter quelques exemples, une errtûr capitale de nier, comme II le fait, l'élernlié du Fils de Dieu, en disant que le père le produisit avant que de créer le monde. C'en est encore une de soutenir que les âmes, au sortir du torp.i, isont enfermées dans des prisons où elles sont gardées jusqu'au dernier jugement. Enfin, lactance a suivi les égaremens des millénaires, louchant les deux résurrections et le règne de mille ans. »
Je n'ajouterai que quelques dates à cette no-
' Laetaniiils quasi quidam fiutiuseloquentiae lUllianae jtlnam tain uostra twàrmmte potuinet , quèm fircHè ftiieuadasunixit
tice donnée, comme on le voit, par un catholique zélé que je crois de l'école de Port-Royal.
L'opinion commune est que Lactance naquit en Afrique puis |u'il étudia dans la ville de Sioca en Numidie, bien que son nom de fïrmianus ait fait conjecturer à quelques savans qu'il était né à Fermo dans la marche d'Ancône.
Dioclétien l'appela pour enseigner les belles let« très à Nicomédie vers l'année 290.
Il parait avoir renoncé au paganisme vers Tau 300, et composé ses Institutions vers 310.
De Nicomédie , où il résida jusqu'en 317 , Constantin l'appela dans les Gaules pour lui confier l'éducation de son fiIsCrispus, déjà césar; et il mourut à Trêves, probablement vers l'an 325.
A peine l'imprimerie était-elle inventée, que les ouvrages de Lactance furent reproduits; ils furent imprimés dans le monastère de Sublac, en 1465, in-fol. C'est le premier livre imprimé en Lalie, avec date. Le de Mortibus perseculorum ne fut publié qu'en 1089, par Baluze. Ce livrer dont personne depuis saint Jérôme n'avait parié, fut trouvé dans les manuscrits de l'abbaye de Moissac en Quercy , d'où il passa dans la bibliothèque Colbert.
L'édition la plus complète et la mieux exécutée, est celle du père Edouard de Saint-François Xavier. Rouen, 1754-59, 14 vol. in-8^
Je me suis servi pour mes collations, de l'édition de Deux-Ponts, 1786, en 2 vol. in-8'', et de Sédition publiée en 1 vol. in-S**, & deux colonnes, en 1836, à Besançon.
Les Institutions de Lactance ont été traduites en français par René Famé. Paris, 1542, in-fol. Cette traduction est aujourd'hui illisible ; elle est plate et dif luse. Le prem er livre a été aussi traduit par Drouet de Maupeituy, et imprimé à Avignon, en 17 lO. La traduction de Drouet dt* Mauperiuy est élégante et facile ; c'est celle dont je me suis servi pour ce livre, en regrettait qu'il n'ait pas donné suite à son prqjel de publier le reste des ouvrages de Lactance.
La Mort des persécuteurs a été traduite parMaucroix, chanoine de Reims; Paris, 1680, in- 12; par Basnage, d'après la version anglaise de Burnet ; Utrecht, 1687 , in-8*» ; et par Godescard. J'ai choisi celle de Maucroix.
Aucune traduction des autres ouvrages n'avait jamais été publiée ; il en restait cependant deux manuscrits à la bibliothèque du roi. J'ai fait choix de la traduction contenue dans le n^ 13M, ainsi que je l'ai indiqué au commencement de cette notice.